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Suivis et conservation Convention LPO/ONF Bilan des suivis 2009 Conseils et retour d’expériences Le suivi Argos en Limousin Etude de l’habitat dans le Loiret Synthèse bibliographique

1 2 3 8 9 10

International

Suivi d’un trio en Espagne 11

n°2/3 - Octobre 2010 La population mondiale de l’aigle botté serait évaluée à moins de 20 000 couples dont le quart en Europe, majoritairement en Espagne. Mondialement non menacé, les effectifs français, autour d’une moyenne d’au moins un demi-millier de territoires, sont classés vulnérables. Encore peu étudiée, l’espèce bénéficie désormais d’un réseau de passionnés réunis sous l’égide de la LPO et de l’ONF avec déjà 170 sites contrôlés pour 131 couples nicheurs dans 13 départements en 2009. Son statut national pose questions : curieuse répartition le long d’une diagonale SW/ NE ? Quelles causes orientent les tendances d’évolution observées, contraction sur les limites septentrionales alors que des signes de développement se manifestent aujourd’hui ? Qu’est-ce qui le contraint à migrer, son hivernage demeurant marginal dans notre pays, alors que son alimentation s’appuie largement sur les oiseaux ? Quelles actions nécessitent d’être mises en œuvre pour sa protection ? Quelle proportion de la population nationale relève des forêts bénéficiant du régime forestier ? etc. L’union entre naturalistes et forestiers est un signe encourageant pour le développement de la connaissance et la conservation de ce petit aigle au tempérament forestier affirmé, mais n’oublions pas que ses chasses le conduisent régulièrement à l’extérieur des massifs boisés. Ce numéro 2010 du bulletin d’infos est un pas supplémentaire en ce sens avec le bilan 2009 des suivis, une aide précieuse pour le rechercher rédigée par les meilleurs spécialistes nationaux, un regard sur les intéressants suivis par balises depuis le Limousin, dans le cadre du programme LPO/ONF « Oiseaux des bois » une étude détaillée sur les sites de reproduction en Orléanais et la synthèse bibliographique concernant la gestion forestière et cette L’Aigle botté n°2/3 - Octobre 2010

espèce, et enfin un volet international relatant l’exemple d’une reproduction coopérative. La récente convention entre nos deux organismes exprime la volonté de ce travail en commun au bénéfice de ce rapace attachant. • Alain Perthuis

réseau avifaune ONF

Une convention LPO/ONF pour l’Aigle botté Au printemps 2010, la LPO et l’ONF ont signé une convention nationale pour la constitution d’un réseau Aigle botté. Les objectifs de cette convention sont : - de suivre les populations en France et réaliser un bilan annuel des suivis en ayant soin d’agréger, dans la mesure du possible, les données par classe de propriétaire (domanial/communal), - d’animer ce réseau d’observateurs, via notamment un bulletin d’information spécifique et un site web, - de promouvoir la signature de conventions LPO/ONF au niveau local pour optimiser la communication entre acteurs de terrain et la protection de l’espèce, - d’établir tout conseil utile à la conservation de cette espèce, - d’élaborer en commun, LPO et ONF, toutes propositions utiles à la connaissance et à la conservation tant auprès du Ministère chargé de l’environnement (plan national de sauvegarde ou de conservation) que d’éventuels financeurs ou mécènes. La LPO bénéficie donc du soutien financier de l’ONF pour réaliser la synthèse annuelle des suivis et le bulletin du

réseau. Des fiches techniques pourront également être réalisées. Après la synthèse bibliographique, c’est l’annuaire du réseau qui est diffusé avec ce second bulletin. Il est également prévu la rédaction et la mise en ligne d’un site Internet consacré à l’Aigle botté. Une nouvelle fiche de saisie pour les bilans annuels des suivis a été définie et est testée auprès du réseau pour cette saison 2010. Cette fiche devrait notamment permettre une meilleure harmonisation des données recueillies sur le terrain, et ainsi faciliter leur traitement et leur exploitation future. Il est également proposé une distinction entre forêts domaniales, forêts communales et forêts privées. Toutes les propositions du réseau sont les bienvenues quant aux outils à développer pour soutenir et encourager les mobilisations locales. Cette convention nationale se veut être une opportunité pour la mise en œuvre de conventions locales entre les associations naturalistes et les directions territoriales de l’ONF. Pour impulser ces partenariats et porter à connaissance d’un maximum d’acteurs les expériences de coopération existantes ou à venir, il est demandé de transmettre aux animateurs de cette convention nationale toutes informations sur les actions mises en œuvre dans le cadre de partenariats locaux : études, mesures de gestion, échanges de données, sensibilisation, etc. La participation de tous est nécessaire pour que ce partenariat se concrétise par une meilleure connaissance et protection de l’Aigle botté. • Pour la LPO Renaud Nadal & Romain Riols

• Pour l’ONF

Alain Perthuis


Suivis et conservation Bilan des suivis de la reproduction en 2009 Départements

Sites contrôlés occupés

Couples Couples nicheurs suivis producteurs Auvergne

Jeunes à l’envol

Surveillants Journées de surveillance

Allier

16

16

11

13

4

22

Cantal 63 : gorges de la Sioule 63 : gorges Dordogne Haute-Loire

7 5 8 3

3 4 7 1

3 3 5 1

3 3 4 1

11 2 4 2

10 12 15 2

Saône-et-Loire

14

Bourgogne 14 Centre

12

14

1

/

Loiret

45

45

41

42

3

35

Loir-et-Cher

3

2

2

2

3

6

18

23

12

46

6

8

10

84

Languedoc-Roussillon Aude

44

18 Limousin

Corrèze

9

7 Midi-Pyrénées

Aveyron

2

2

1

1

3

2

Lot

0

0

0

0

1

1

5 11 172

3 11 133

2 8 113

1 9 124

7 4 67

10 / 245

2008

157

120

90

120

51

224

2007

133

93

65

80

24

192

Tarn Hautes-Pyrénées Total 2009

Synthèse des suivis de la reproduction de l’Aigle botté en 2009. LPO Mission Rapaces

Le bilan du suivi de l’Aigle botté en 2009 est positif puisque à nouveau, on constate que le réseau s’étoffe : observateurs et journées de surveillances sont en augmentation, 170 sites occupés ont été notés, 131 couples nicheurs ont été suivis parmi lesquels 111 produisent 124 jeunes à l’envol. Si le succès reproducteur est bon dans l’Aude et en Corrèze, il apparaît passable sur l’ensemble des autres départements suivis et avec 0,95 jeune par couple nicheur au niveau national, ce succès est inférieur à 2008 mais toutefois supérieur à 2007. En revanche la taille des nichées à l’envol (1,25), autrement dit le nombre de jeunes par couple ayant réussi, est 2.

L’Aigle botté botté n°2/3 n°2/3 -- Octobre Octobre 2010 2010 L’Aigle

nettement plus faible que les dernières années. Localement, les conditions météorologiques sont mises en cause. On notera, dans les actions phares de cette année 2009, le développement du programme de baguage et de suivi satellitaire mené en Limousin par Pascal Cavallin et Thérèse Nore (SEPOL) et qui s’étend désormais sur l’Auvergne. Mettons aussi l’accent sur le travail remarquable effectué par Julien Thurel (ONF) dans le cadre du programme « Oiseaux des bois » en forêt domaniale d’Orléans et qui s’en nul doute nous apportera des arguments indispensables à la préservation de l’espèce. Notons aussi pour rester dans ce thème, que

notre vigilance et notre engagement sont indispensables face au capitalisme sylvicole, la préservation des sites de nidification de cette espèce casanière n’étant en effet que rarement assurée malgré les beaux discours ambiants… Un grand merci à vous tous qui faites évoluer les connaissances sur cette espèce, assurez par vos démarches le succès reproducteur de couples menacés et vivre ce réseau !

• Romain Riols

LPO Auvergne romain.riols@lpo.fr


Conseils et retours d’expériences pour la mise en œuvre de suivis La synthèse suivante s’appuie sur l’article paru dans l’EPOPS, revue naturaliste de la Sepol : Nidification de l’Aigle botté en Limousin. Le point sur nos connaissances. T.Nore, 2007. Cette note collective qui s’appuie sur nos observations dans différentes régions (Limousin, Auvergne, Loiret, Hautes-Pyrénées, Bourgogne) a pour objectif de donner quelques conseils pratiques aux naturalistes désireux de s’impliquer dans le suivi de l’espèce. Dans cet objectif, nous rappelons d’abord les principaux critères d’identification. Les périodes stratégiques pour le suivi, en lien avec la phénologie de l’espèce, sont également récapitulées. Enfin, nous précisons la situation des nids et décrivons plus longuement les comportements observés en période de nidification.

Reconnaître l’Aigle botté L’Aigle botté, à la silhouette fine et athlétique, est le plus petit aigle d’Europe. D’une taille proche de celle de la Buse variable, il s’en distingue par une queue plus longue aux extrémités anguleuses, des ailes pointues et légèrement tombantes comparées à sa ligne de vol. Rappelons que ce petit aigle présente globalement deux types de plumage : la morphe claire, la plus fréquente, est caractéristique en vol par le contraste noir des rémiges et le dessous blanc. La morphe sombre est moins caractéristique avec des parties inférieures chocolat plus uniformes. Dans les deux cas, l’ensemble des rémiges est sombre à l’exception des primaires internes plus claires et barrées apparaissant « translucides », notamment à contre-jour. En vol, celles-ci forment une fenêtre claire bien visible qui sépare la bande sombre formée par les primaires externes et les secondaires. En tout type de plumage également, la partie supérieure de l’oiseau, brune, présente une bande alaire dorée, ressemblant au patron du Milan noir mais plus contrastée.

Celle-ci est formée par les moyennes couvertures ainsi que les grandes couvertures les plus internes et les rémiges tertiaires. Ce dessin, parfois le port des ailes et l’aspect de la queue (carré et sombre), induisent un risque de confusion avec cette dernière espèce, dont la queue est parfois très peu fourchue (juvéniles et individus en mue). Mais chez les deux formes aussi, le croupion et les moyennes scapulaires dorés tranchent également dans les teintes brunes et permettent d’éliminer toute confusion avec le Milan noir. D’autres critères plus subtils mais néanmoins bien visibles permettent un diagnostic fiable : les « phares » blancs de chaque côté du cou au niveau des épaules sont caractéristiques bien que seulement visibles quand l’oiseau est de face ou de dessus. Ces «phares» peuvent toutefois, rarement, être absents. Le dessous de la queue est gris avec l’extrémité plus sombre. Un liseré blanchâtre (bien visible sur fond de végétation ou à contre-jour) borde l’ensemble des rémiges et des rectrices (presque comme le plumage juvénile). Des plumages dits « intermédiaires » entre les deux morphes sont possibles, rendant la classification délicate, surtout lors d’observation sous mauvaise lumière : c’est l’occasion de rappeler ici que l’identification des rapaces ne doit pas se baser que sur les couleurs ! C’est la silhouette, avec grosse tête d’aigle (que présente aussi le circaète), queue carrée et port des ailes arquées, légèrement cassées vers le bas (comme les Aigles pomarin et criard) et semblant la plupart du temps jamais complètement étendues, qui constitue le critère d’identification le plus sûr. La tenue des ailes, bien à plat et complètement étendues, « à la vautour », est aussi caractéristique. Il donne ainsi l’illusion d’un oiseau de plus grande taille avec un corps de petit volume, ce qui est très net quand il est de face alors qu’une buse, par exemple, paraîtra avoir un gros corps et des

ailes courtes. La queue est quasisystématiquement tenue fermée, même quand l’oiseau profite d’une ascendance thermique, ce qui est également typique. Les conditions aériennes et comportementales induisent, bien sûr, une grande variabilité de cet aspect. On remarquera dans de rares cas (quand l’aile est bien étalée) son extrémité paraissant alors plus large et typique des aigles, avec six rémiges primaires émarginées, au lieu de cinq chez buses, bondrées, milans… Posé, il se distingue par sa grosse tête dorée, son bec brillant apparaissant plus imposant qu’il ne l’est, ses tarses puissants et emplumés. De dos, par le dessin typique des moyennes couvertures et scapulaires dorées. Ses cris en série, aigus et musicaux, sont caractéristiques.

Phénologie de l’aigle et calendrier de l’observateur A l’exception d’une dizaine d’hivernants autour des grandes zones humides méditerranéennes dont la Camargue et de quelques données hivernales ou très précoces dans la région de Biarritz, l’Aigle botté nous revient généralement d’Afrique sahélienne de mi-mars à mi-avril. Pour localiser les territoires, la période de mi-mars à mi-mai, et plus spécialement le mois d’avril, est la plus propice à l’observation des couples cantonnés, dont la présence se manifeste par des parades, transports de matériaux, offrandes de nourriture et accouplements, comportements de défense territoriale, chants ou échanges sonores. Il convient d’être attentif lors de ces prospections de printemps puisque les Aigles bottés peuvent parader très haut dans le ciel et être alors invisibles à l’œil nu. La ponte est déposée, selon les couples et les régions, entre fin avril et mi-mai et éclot courant juin, parfois dès la fin mai. Mi-juillet, des observations complémentaires sur L’Aigle bottébotté n°2/3 - Octobre 20102010 3. L’Aigle n°2/3 - Octobre


bois, généralement plutôt en sommet de relief avant de s’aventurer au-dessus de la canopée. Ils apprennent alors à chasser d’abord par le jeu puis en tentant sérieusement leur chance sur des proies potentielles. L’émancipation des jeunes semble se dérouler dans un court rayon autour Gorges de la Sioule, dans le Puy-de-Dôme. R.Riols du site de naissance, généralement inférieur à 500 m (deux km maximum). Les juvéniles peuvent donc être contactés près du nid jusqu’à leur départ en migration. Un juvénile suivi par balise dans la vallée de la Dordogne a fréquenté une zone de 20 m autour de l’aire les deux premières semaines, à proximité du lardoir Gorges de l’Allier, dans le Puy-de-Dôme. R.Riols des adultes ; puis de 50-70 m les deux semaines suivantes pour finir par un maximum de 420 m jusqu’au départ en migration. Ils sont encore nourris pendant toute cette période qui peut durer jusqu’à sept semaines, depuis l’envol jusqu’à la miseptembre, voire la fin de ce mois. Il semble La vallée de la Dordogne, en Corrèze. M.Boutauds que seuls les mâles prennent en charge les territoires où l’aire demeure inconnue le ravitaillement des jeunes à la fin sont possibles car les transports de proies de cette période, les femelles quittant généralement plus tôt le site de par les adultes, ou les comportements reproduction, entre la quatrième de défense du nid donnent de nouvelles semaine d’août et la seconde de opportunités de localisations précises. Les jeunes, deux au maximum par couple septembre. Une fois délaissés, les jeunes partent souvent seuls pour leur premier (quoique les nichées à trois, rarissimes, voyage vers l’Afrique dans la seconde ne sauraient être totalement exclues), prennent leur envol dès la mi-juillet pour quinzaine de septembre. Août-septembre est donc aussi une les plus précoces jusqu’à mi-août pour bonne période pour repérer les familles les plus tardifs. Mais leur émancipation avec juvéniles volants. Les vols et cris est longue, ils restent jusqu’à deux incessants des jeunes, très bruyants semaines à proximité du nid, en sousL’Aiglebotté bottén°2/3 n°2/3- -Octobre Octobre2010 2010 4. L’Aigle

lorsqu’ils sont deux, sont facilement repérables. A compter de la mi-juillet jusqu’à mi-septembre, les prospections au sol par l’imitation des cris des juvéniles sont payantes. L’imitation des cris de jeunes permet de gagner beaucoup de temps lorsqu’une zone est délimitée. En effet, par temps sec, les jeunes répondent depuis le nid dans environ 80 % des cas. Cependant, si ces derniers viennent d’être nourris, ils ont tendance à ne pas répondre. Aucune recherche d’aire ne doit s’effectuer avant la mi-juillet. La période de décembre à février est idéale pour la découverte des aires, sans dérangement, en l’absence des aigles et des feuilles aux arbres...sauf bien sûr dans lez zones de résineux.

Habitat et localisation des aires L’Aigle botté affectionne les zones de moyenne montagne qui lui offrent des espaces de chasse variés (prairies bocagères, landes, villages) et des forêts mixtes de pente. L’espèce occupe quelques grandes zones forestières des plaines du centre de la France, chassant aussi dans les zones agricoles, bocagères, étangs et rivières alentour, mais aussi sur les zones résidentielles entourant les villes. L’aire est habituellement construite sur un vieil arbre, non loin de la cime, au sein d’une vieille futaie feuillue ou résineuse. Il arrive aussi, notamment en Saône-et-Loire, qu’elle soit située en taillis sous futaie, sur des arbres pas nécessairement vieux et gros. Dans les gorges de la Dordogne (paysages de moyenne montagne), les arbres occupés se situent en majorité dans le tiers supérieur des versants, bien souvent à quelques dizaines de mètres sous la rupture de pente. L’espèce affectionne particulièrement les secteurs de vallée ouverts avec des reliefs complexes (secteur de méandre ou de confluence). L’orientation nord semble fort prisée dans les secteurs suivis du Massif Central, peut-être parce qu’elle offre les plus beaux arbres. En Saône-et-Loire, seule la pente semble être déterminante et l’orientation, tout comme les dimensions de l’arbre support, n’apparaissent pas primordiales. Dans les Pyrénées également, la forte déclivité semble être au moins aussi importante que l’orientation pour le choix du site. On remarque que les aigles choisissent une fourche dominante ou une branche latérale, facilitant l’envol et l’arrivée au nid, ainsi que, probablement, une bonne


surveillance des abords. Dans les régions vallonnées, la fenêtre de départ et d’arrivée domine souvent le relief permettant un envol glissé. L’aire, rechargée au fil des ans, est souvent très volumineuse, d’une taille supérieure à celle de la buse. Les nids récents sont plus modestes. L’aire est de forme ovoïde, d’un diamètre et d’une épaisseur atteignant parfois 90 cm. D’abondants feuillages verts la garnissent, donnant beaucoup de feuilles roussies lorsqu’on la trouve en hiver. Une partie aplatie du côté où les adultes atterrissent nous paraît caractéristique mais ne semble pas systématique. En règle générale, l’Aigle botté construit luimême son aire et, en l’absence de dérangement ou de modifications de ses environs immédiats, l’occupe plusieurs années. Toutefois, l’Aigle botté peut nicher dans d’anciennes aires d’autres rapaces (milans, autour, buse, etc.). Les essences des arbres supports de l’aire sont très dépendantes des conditions locales. Dans les gorges de la Dordogne, les chênes, les hêtres et les châtaigniers, qui sont les essences dominantes, accueillent le plus grand nombre d’aires. Mais, plus en amont dans le Puy-de-Dôme, tous les sites sont en sapinière. En forêt de plaine d’Orléans, ce sont les Pins sylvestres qui sont les plus prisés. En Saôneet-Loire, ce sont les hêtres et les chênes, arbres dominants des forêts locales, qui sont les plus utilisés. Le Sapin blanc, le douglas, le Pin sylvestre et le bouleau y sont plus exceptionnellement utilisés. Dans les Pyrénées, les couples nichant dans les vallées montagnardes utilisent essentiellement les sapins alors qu’en piémont l’essence la plus communément occupée est le chêne pédonculé et dans une moindre mesure le hêtre. Le lierre est quasiconstant sur les arbres hébergeant des aires. Dans la vallée de la Dordogne, on relève des distances entre aires de 1,3 à 5 km. Dans la plupart des cas, la distance à l’aire la plus proche connue occupée la même année est de 4 à 5 km. Dans le Puy-de-Dôme, l’espèce peut avoir localement une densité plus importante avec une distance moyenne de seulement 1,8 km

entre cinq couples. Dans le Loiret, en forêt de plaine, 500 et 750 m sont les distances les plus courtes observées entre deux aires occupées une même année. La densité minimum en forêt domaniale d’Orléans est d’un couple pour 750 ha. En Bourgogne, dans le « noyau », les aires sont assez proches (700 m ; 1,5 km ; 1,5 km ; 2 km ; 2,2 km). Dans le piémont pyrénéen, la distance moyenne semble s’établir autour de 3 km entre deux aires. Il n’est pas rare de découvrir des aires d’aigles à proximité de « palombières », ces cabanes perchées destinées à la chasse aux pigeons ; il existe même des cas de constructions d’aires sur le plateau supérieur de palombières abandonnées.

Les comportements en période de reproduction Parades Dès l’arrivée des oiseaux, les parades donnent lieu à des vols spectaculaires : aux planés ascendants succèdent des piqués, ailes tenues fermées, suivis de brusques ressources où l’oiseau fait alors généralement vibrer nerveusement ses ailes jusqu’à ce que l’élan lui manque… tête relevée au dessus du corps, parfois gorge bouffante et queue relevée, l’oiseau bascule alors pour effectuer un nouveau piqué et ainsi de suite. A portée d’oreilles, il est possible d’entendre le chant émis lors de ces chandelles. Ces parades spectaculaires sont effectuées par le mâle à haute altitude, parfois jusqu’à près de 3 000 m ! La femelle n’est généralement que spectatrice mais des vols en tandem peuvent aussi avoir lieu, le mâle simulant régulièrement des attaques sur la femelle qui se retourne alors de sorte que les deux partenaires se présentent les serres. La femelle effectue aussi ce type de parade mais le plus souvent dans un secteur plus restreint, juste au-dessus du site de nidification et à moins haute altitude, elle descend alors en festons d’amplitude bien plus modeste, tout en faisant vibrer ses ailes jusqu’à se poser sur un arbre voisin du nid, parfois après avoir plongé à travers le bois. Après leurs

parades aériennes, les oiseaux, une fois posés, piètent fréquemment sur la branche ou sur l’aire, faisant mine de picorer, tortillant nerveusement ou arrachant avec vigueur une branchette. Des apports de tels matériaux au nid ou de proies (par le mâle), accompagnés de phrases chantées, découle presque systématiquement un rapide accouplement. Le mâle reste alors quelques instants perché à côté de la femelle avant de repartir en chasse ou en parade. Certains vols de parade réunissent trois ou quatre oiseaux. Ces comportements sociaux incluent généralement des vols en tandem entre individus de couples proches, et sont pour l’observateur chanceux un moment à ne pas louper pour découvrir différents sites de nidification. Il semble que les mâles raccompagnent les mâles et les femelles…les femelles. L’oiseau local, dominant, raccompagne alors l’autre individu en volant derrière lui et un peu plus haut. Les évolutions en festons, avec chandelles, ailes vibrantes, sont à nouveau observées en fin de saison (fin août-début septembre) parfois assez loin de l’aire, correspondant probablement à une affirmation territoriale en des points précis. Elles peuvent notamment être observées au-dessus de sites occupés sans reproduction ou en échec. Elles peuvent néanmoins se produire à n’importe quel moment du cycle de reproduction, même une femelle occupée à couver pouvant sortir revendiquer sa propriété en cas d’intrusion d’une autre femelle. Construction de l’aire La construction du nid est principalement effectuée par la femelle mais les deux oiseaux participent à l’opération. Les apports de matériaux peuvent être entrecoupés de vols de parade près du nid, se terminant par un piqué. En période d’élevage, c’est souvent le mâle qui apporte les rameaux verts à l’aire. La construction de l’aire est particulièrement active de la mi-avril à la première semaine de mai, même si des dépôts sont observés dès le mois de mars et si l’aire est rechargée en rameaux verts durant l’élevage des jeunes. L’Aigle L’Aigle bottébotté n°2/3 n°2/3 - Octobre - Octobre 2010 2010 5.


verts, sur le site de nidification. Elle effectue de temps à autre de petits vols en boucle par conditions favorables (par exemple après une averse), sans qu’il s’agisse forcément de chasser un intrus. Elle commence à chasser et à participer au Massif d’Uchon (651 m), au sud du Morvan, ravitaillement des en Saône-et-Loire. C.Gentilin jeunes seulement à partir du moment où apparaissent les couvertures juvéniles recouvrant le duvet (trois semaines avant l’envol d’après les données du suivi par balise en Limousin). Le mâle peut alors parfois, rarement, assurer la surveillance du ou des poussins. Plus les poussins grossissent Forêt domaniale d’Orléans, dans le Loiret. J.Thurel et plus la femelle s’en éloigne. En parallèle, la taille des proies et l’état de ces dernières (déplumées ou non) varient. Ainsi, près de l’envol ou après, il n’est pas rare qu’un adulte dépose une proie entière non plumée sur le nid. Le caïnisme est observé de temps à autre chez l’Aigle botté mais semble peu fréquent (il est aussi difficile à Le Kercorb, dans l’Aude. R.Riols détecter). Plus le poussin grandit, Comportement pendant l’élevage plus les gestes deviennent puissants et des poussins vifs. Ainsi, les jours précédant l’envol, Durant presque toute la période de le poussin peut battre puissamment séjour au nid des jeunes, la femelle des ailes pendant plusieurs secondes, reste constamment à proximité de décollant parfois du perchoir, sautant l’aire (entre 20 m et 100 m d’après les parfois de branche en branche, se données de deux femelles suivies dans le rattrapant de justesse avant la perte Limousin), pouvant effectuer sa toilette d’équilibre. Les phases de repos ont à découvert sur une branche morte généralement lieu dans le nid, parfois ou rester, cachée, à vue du nid, allant aussi dans les plus hautes branches parfois cueillir une branchette verte d’où il peut observer l’horizon ou le pour en garnir la coupe. On observe ciel et suivre ainsi du regard le passage aussi des comportements de type « vol des adultes ou de futures potentielles de parade » avec récolte de rameaux proies. 6.

L’Aiglebotté bottén°2/3 n°2/3--Octobre Octobre2010 2010 L’Aigle

Alarmes, échecs, et dérangements : fidélité à l’aire Nous l’avons vu, un adulte reste le plus souvent à proximité de l’aire. La plupart des aigles s’enfuient en silence lors d’une intrusion, quitte à prendre de la hauteur pour observer, en émettant rarement des cris d’alarme. Le comportement des individus est éminemment variable. L’attachement à l’aire persiste après l’échec et les deux oiseaux du couple peuvent encore être observés près du nid, poursuivre les apports verts dessus mais déserter le site plus tôt (début septembre voire août). Globalement, l’Aigle botté est très casanier et fidèle à son aire (comme en témoigne l’occupation régulière des aires en forêt de Tronçais dont l’une l’est depuis 17 ans). Le changement d’aire semble plus fréquent en cas d’échec de la reproduction et quasisystématique en cas de perturbation de l’habitat proche. A contrario, des couples changent régulièrement d’aire sans raison apparente, tel ce couple nichant en Limousin avec succès dans un habitat dépourvu de toute perturbation qui a niché successivement dans quatre nids différents. Il semblerait donc que certains couples soit plus fidèles à l’aire que d’autres ; d’autre part, le changement de partenaire pourrait s’accompagner d’un changement d’aire. Modes de chasse Planant le plus souvent à haute altitude, l’Aigle botté scrute son territoire, profitant le plus possible du vent. Lorsque le temps est couvert et que les ascendances thermiques manquent ou lorsque des proies terrestres (lézards, rongeurs) sont recherchées, l’Aigle botté peut chasser à moins de 100 mètres d’altitude. Il chasse souvent sur un petit secteur qu’il survole régulièrement, tout doucement face au vent, restant volontiers si le vent le permet en vol stationnaire, queue étalée, à la manière du Circaète. Baissant et tournant souvent la tête, il la relève de temps en temps au-dessus de son dos pour surveiller les évolutions d’autres rapaces. Lorsque qu’une proie potentielle est repérée, il décroche en un brusque et vertigineux piqué, souvent ponctué de paliers pour « ajuster le tir », où l’attaque est souvent avortée, sinon l’aigle effectue un dernier piqué jusqu’à sa proie qu’il percute en plein ciel ou capture au sol ou bien encore il freine à une dizaine de mètres au-dessus des


feuillages puis pénètre en torpille volante à l’intérieur des houppiers. S’il manque son coup, on le voit remonter peu après, là où il est entré, « en marche arrière », se laissant porter par l’air, ailes à demi pliées. Ensuite, il s’élève à nouveau rapidement en plané pour reprendre son observation, jusqu’à la tentative suivante. L’observation d’un oiseau en chasse, jusqu’à la capture d’une proie doit être assidue afin de pouvoir assister à un ravitaillement qui pourra alors donner une idée approximative de la localisation du site de nidification voire sa découverte. Mais cette technique n’est pas toujours payante, l’aigle pouvant aller chasser à plusieurs kilomètres de son aire. Le programme de suivi par balise Argos/GPS réalisé en Limousin met en évidence des phases de chasse sur 48 h par les femelles, en seconde partie de l’élevage, jusqu’à 40 km de l’aire pour une moyenne de 30 km. Le départ a lieu alors vers 10 h et le retour vers 16h-17 h le lendemain ou le surlendemain. Toilette et repos Comme chez tous les oiseaux, les soins apportés au plumage, ainsi qu’au nettoyage du bec et des serres, longs et méticuleux, sont très souvent observés sur une branche voisine de l’aire. Une attitude de détente d’une aile le long du corps, ainsi qu’une exposition, ailes semi-ouvertes, dos au soleil levant ou couchant, est fréquente. Lors des vols matinaux, l’aigle semble se nettoyer encore le bec avec ses griffes. Le soir, l’oiseau disparaît dans les feuillages au crépuscule, et change encore de perchoir (en bout de branche, s’éloignant du tronc) jusqu’à la nuit. Cela concerne, bien sûr, les deux oiseaux du couple. Si l’aigle se pose fréquemment pour déguster ses proies à proximité du lieu de capture, il est par contre très casanier dans ses habitudes de repos et toilette (surtout par mauvais temps) : la découverte de ses perchoirs habituels permet de localiser son aire. Comportement après l’envol L’apprentissage du vol, comme chez les autres rapaces, demande

des essais progressifs, émaillés de mésaventures : le jeu aérien occupe une grande place dans la vie des jeunes. S’ils sont deux, ils simulent des attaques de l’un sur l’autre, se renversant en présentant les serres. Seuls, ils expérimentent la descente « en parachute » et saisissent toute occasion d’attaque sur un autre rapace, qui gagne de la hauteur et inverse les rôles, l’agresseur initial devant s’esquiver. L’aiglon manque fréquemment la branche sur laquelle il veut se poser et repart en dessous pour une nouvelle tentative ou bien se retrouve la tête en bas, battant vainement des ailes pour se rétablir. Le jeune s’amuse également très souvent à « capturer » les rameaux de la cime des houppiers. On peut observer un adulte se laissant tomber, comme lors d’une attaque, sur un juvénile posé (comportement interprété par Valet, 1971) comme un enseignement des techniques de chasse). Les parents restent pourvoyeurs jusqu’en septembre, apportant des proies en émettant un « kit ! kit ! » doux, auquel répond l’intense « Klu ! Klu ! » du jeune venant prendre la proie déposée sur l’aire ou bien sur un arbre proche. Dans la plupart des cas, les jeunes ne sont pas très farouches. Lors des visites estivales de nid, le jeune nous survole alors à basse altitude en poussant quelques cris, un adulte surveillant la scène 100 m au-dessus, le plus souvent silencieusement. Relations interspécifiques Milan royal, Milan noir, Buse variable, Autour des palombes, Circaète Jean-le-Blanc peuvent occuper les mêmes aires que l’Aigle botté ou nicher à moins d’une centaine de mètres. La nidification des autres rapaces forestiers (buse, bondrée, milans, autour, circaète, etc.) à moins de 100 m de l’aire de l’aigle est régulièrement observée. Des observateurs signalent l’agressivité de certains aigles visà-vis des buses, des circaètes ou des bondrées. De manière générale, les différentes espèces de rapaces d’un secteur se connaissent et se supportent le plus souvent, même

si des comportements de mauvaise humeur peuvent se manifester. La nouvelle installation d’un autre rapace inconnu ou d’une cigogne noire déclenche cette agressivité qui s’estompe progressivement au bout de quelques jours, quand les oiseaux se connaissent.

Epilogue Quoi de plus valorisant que de « passer le témoin » aux plus jeunes ? Depuis 2005, le suivi en Limousin mené par Thérèse Nore a pris un nouvel essor, sous l’impulsion de Pascal Cavallin. Dans le cadre de son programme personnel agréé par le Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, le suivi de l’Aigle botté par télémétrie satellitaire ouvre de nouvelles perspectives notamment dans l’identification des territoires vitaux. Les Pyrénées sont vastes, et l’ensemble de leur piémont accueille la plus importante population française. C’est dans les Pyrénées-Atlantiques que l’espèce a été étudiée et a fait l’objet des premières publications modernes sur sa biologie (Jacques Carlon). Aujourd’hui, si les Pyrénées-Orientales n’accueillent que quelques couples méconnus, l’Aude toute proche abrite une belle population s’étendant depuis les froides sapinières du piémont jusqu’aux vastes chênaies chaudes des Corbières, aux petites collines des plaines cultivées du Lauragais, et à la Montagne Noire faisant ainsi le lien entre la population pyrénéenne et le Massif Central. La situation est de mieux en mieux connue et étudiée même si pour l’instant le suivi de la reproduction ne porte que sur quelques couples. Plus à l’ouest, l’Ariège abrite également une belle population mais l’espèce n’y est pas encore étudiée, de même qu’en HauteGaronne proche. C’est sur le piémont des Hautes-Pyrénées qu’on trouve enfin une population bien suivie (François Ballereau) et dans le Gers (Jean Bugnicourt). En Auvergne, région qui abrite une centaine de couples, le suivi réalisé depuis 30 ans dans les forêts domaniales de l’Allier (Jean L’Aigle L’Aigle bottébotté n°2/3 n°2/3 - Octobre - Octobre 20102010 7.


Fombonnat & groupe rapaces nord Allier) se poursuit. Depuis 2003, le suivi de deux petites populations localisées dans de grandes vallées de moyenne montagne du Puy-de-Dôme (Romain Riols) vient enrichir les connaissances de l’espèce dans la région en s’intéressant à un contexte différent. Dans le Loiret, un suivi réalisé en forêt d’Orléans depuis 2004 par Julien Thurel, est aujourd’hui étayé par le programme « Oiseaux des bois » LPO / ONF (20072011). Il a pour objectif d’étudier l’espèce au travers de sa distribution, ses habitats de nidification et l’analyse des impacts liés aux coupes et travaux. Une publication des résultats sur les habitats de nidification est à venir et sera suivie par une étude sur le régime alimentaire. En Bourgogne, Christian Gentilin effectue des recherches en Saône-etLoire depuis 1992. Ce département est très vallonné, avec des secteurs de plaine (Bresse, val de Saône, val de Loire) d’une altitude fréquente de 500 à 700 m, atteignant un maxi de 902 m en Morvan. La population atteint la cinquantaine de couples et reste stable. Dans les autres départements bourguignons, la situation est bien moins connue : quelques couples localisés dans la Nièvre et l’Yonne. En Côte-d’Or la population semble mieux lotie et plus prometteuse, la forêt y étant très étendue et le relief bien vallonné. Dans les prochains numéros du bulletin L’Aigle botté, nous aborderons plus en détail les situations et résultats des suivis dans ces différents secteurs.

• François Ballereau, N.Midi-Pyrénées francois.ballereau@wanadoo.fr • Pascal Cavallin, SEPOL et CREN Poitou-Charentes pascal.cavallin@free.fr • Jean Fombonnat, PO Auvergne jean.fombonnat@wanadoo.fr • Christian Gentilin, EPOB /AOMSL christGENTILIN@free.fr • Thérèse Nore, SEPOL therese.nore@unilim.fr • Christian Riols, LPO Aude christian.riols-loyrette@orange.fr • Romain Riols, LPO Auvergne romain.riols@lpo.fr • Julien Thurel, ONF Centre julien.thurel@onf.fr

8.

L’Aigle botté botté n°2/3 n°2/3 -- Octobre Octobre 2010 2010 L’Aigle

Bilan sur les suivis Argos/GPS en Limousin En 2009, quatre oiseaux (deux adultes et deux juvéniles) étaient porteurs de balises. L’un des juvéniles a été consommé par un Autour des palombes, ce qui a entraîné la perte irrémédiable de la balise dès le mois de juillet ; le second a vu son trajet migratoire postnuptial stoppé au Maroc, deux jours après son passage à Gibraltar à la mi-septembre. Les deux adultes ont effectué un trajet et un hivernage très riche en données, l’un au Nigeria pour la troisième saison consécutive (et sur les mêmes territoires) et l’autre à l’extrême sud de la Mauritanie. La remontée printanière a montré que même des adultes chevronnés peuvent s’abîmer dans le Sahara lors de leur traversée des bancs de sables que cette espèce semble vraiment fuir au plus juste. « Marthe – 70629 » émet toujours à deux jours de toute piste et dans une zone insurgée et contrôlée par Al-Qaïda, empêchant tout espoir de récupération de la balise. En 2010, malgré de très nombreuses opérations de capture, seule une femelle adulte a pu être équipée d’une balise dans le Puy-de-Dôme. « Henriette – 62659 » s’est montrée plus casanière que les trois précédentes femelles adultes. Cela se caractérise par un très fort sentiment d’appartenance et de protection de l’aire porteuse d’un juvénile. A l’heure de la rédaction de ces lignes, «  Thérèse - 70630 » porte, pour son septième voyage migratoire, une balise dont le harnais donne des signes de dégradation et dont les émissions ne se font plus que sur le mode Argos (fin de vie annoncée !). Elle était pointée à proximité de Niamey le 23 septembre, se dirigeant vers le Nigeria comme à l’accoutumée. « Henriette – 62659 » a entamé le voyage beaucoup plus tard (19/09) que les précédents adultes équipés et est pointé au 23 septembre à l’aube de son passage de Gibraltar. Quels seront ses territoires d’hivernage …les paris sont ouverts ! 2011 marquera la fin des opérations de captures et la fin du programme de terrain. Les moyens financiers nécessaires à sa poursuite ne sont pas disponibles en cette période de crise. La zone d’étude restera néanmoins sous un suivi plus

La femelle adulte «Marthe». V.Jorland

classique de population et les oiseaux équipés plus particulièrement. Pour la campagne 2010, nous tenons à remercier R.Riols (LPO Auvergne), T.Darnis (ONF Auvergne), la famille Preiss, S.Bonillo, M.Boutaud, F.Cornet, A.Chabot, O.Schiltz (SEPOL), V.Jorland, M.Laprun, F.David (LPO-Mission Rapaces), le Parc animalier du Reynou à Boisseuil, E. et J.Cavallin pour leur aide précieuse sur la conduite des opérations engagées.

• Pascal Cavallin

SEPOL et CREN Poitou-Charentes pascal.cavallin@free.fr • Thérèse Nore SEPOL therese.nore@unilim.fr • François Baillon, IRD • Damien Chevallier, CNRS • Frédéric Jiguet, MNHN

La première publication de valorisation des données par l’équipe pluridisciplinaire est disponible sous les références suivantes : Ringing & Migration (2010) 25, 62–64 / Satellite tracking of a Booted Eagle Aquila pennata during migration. Damien Chevallier, Frédéric Jiguet, Thérèse Nore, François Baillon and Pascal Cavallin. Cette publication est disponible sur Internet sur le lien : http://blx1. bto.org/pdf/ringmigration/25_1/ chevallier.pdf


tudes des caractéristiques environnementales E en forêt domaniale d’Orléans Dans le cadre du projet « oiseaux des bois » en forêt domaniale d’Orléans, une étude des caractéristiques écologiques de l’habitat de reproduction a été réalisée pour cet aigle. Il a ainsi été démontré que les Aigles bottés s’installent dans de vieux peuplements composés de Pins sylvestres et utilisent pour construire leur aire l’un de ces pins, dominant (hauteur et houppier importants), sain, incliné ou non (*). Les analyses ont permis de constater un éloignement de plus de 300 m de ces aires par rapport aux habitations, voies de circulation et lisières externes à la forêt. Cette distance permet de limiter la perturbation directe de ces milieux sans avoir de conséquence sur l’accès aux zones de chasse. L’installation de ces aires se situe principalement sur des parcelles d’un seul tenant ou en deux sous-parcelles (72 % des aires) dont la surface est comprise entre 11 et 20 ha (44 % des aires). Ces résultats indiquent que l’espèce tend à éloigner aussi bien la parcelle que l’arbre de toute perturbation, sylvicole ou non, en s’installant notamment sur des parcelles dont la surface permet un

Arbre porteur de l’aire dans un peuplement de diamètre 50 cm. composé à 100 %de Pins sylvestres. A.Grenet

accès rapide à son réseau d’aires en cas de dérangement au cours de la reproduction et/ou de la nidification. Des informations complémentaires sur l’installation de l’aire dans l’arbre ont pu être apportées par ce travail. Ainsi, les aires sont construites majoritairement dans le tiers supérieur du houppier au milieu de la branche horizontale (31 % des aires) ; ceci a pour effet de faciliter l’envol et l’arrivée à l’aire tout en assurant un bon ensoleillement. Les aires sont d’ailleurs principalement orientées vers l’est (70 % des aires) et construites dans des houppiers de forme étalée (47 % des aires). Il a également été démontré que la situation (éloignée ou en contact) des arbres avoisinant l’arbre porteur suit un schéma précis. Ce dernier est constitué d’arbres éloignés Peuplement de diamètre 30 cm, de l’arbre porteur Pins sylvestres/chênes avec dominance au sud-est et suddu Pin sylvestre à plus de 50%. A.Grenet ouest, au contact

pour le nord-est et, soit éloigné, soit au contact, au nord-ouest. Ainsi, l’occupation d’un site par les Aigles bottés est le résultat de tout un ensemble de critères qu’offre cette parcelle tant au niveau de l’absence de perturbations qu’au niveau des caractéristiques écologiques du peuplement et de l’arbre porteur de l’aire. (*) Ce choix du Pin sylvestre est lié à la fois à l’offre en forêt d’Orléans (celui-ci étant la deuxième essence présente à 29 %) et aux caractéristiques propres de l’arbre qui offre à l’arrivée des aigles (mi-mars) un houppier et des ramifications denses ainsi qu’un feuillage persistant.

• Axelle Grenet

ONF Centre axgrenet@hotmail.fr • Julien Thurel ONF Centre julien.thurel@onf.fr

Le rapport de stage de Axelle Grenet (Master Espace Rural & Environnement) : Aigle botté. Caractéristiques environnementales favorisant sa nidification en forêt d’Orléans. Grenet, A. 2009. 47p. est disponible auprès de l’ONF Centre (julien.thurel@onf. fr) ou auprès de la LPO mission rapaces. L’Aigle bottébotté n°2/3 - Octobre 2010 L’Aigle n°2/3 - Octobre 2010 9.


Synthèse bibliographique « Aigle botté et gestion forestière » Contexte Le projet « Oiseaux des bois », conjointement mis en œuvre par l’ONF et la LPO, a pour objectif d’identifier et de promouvoir des pratiques de gestion durable favorables à l’avifaune. Parmi les trois forêts-ateliers concernées par ce projet, la forêt domaniale d’Orléans s’intéresse principalement à la problématique de conservation des espèces de rapaces patrimoniaux, en particulier l’Aigle botté, le Circaète Jean-le-Blanc et le Busard Saint-Martin. Sur la forêt domaniale d’Orléans, l’ONF travaille en partenariat avec l’association naturaliste locale, Loiret Nature Environnement (LNE). Dès le début du projet, il est apparu essentiel de pouvoir s’appuyer sur des études et des expériences existantes. LNE a donc été chargée de réaliser une bibliographie analytique principalement axée sur la prise en compte des rapaces dans la gestion forestière des forêts de production de plaine.

Méthode En ce qui concerne les espèces, les publications, françaises ou étrangères, relatives à l’écologie, l’éthologie, le régime alimentaire, l’habitat, les menaces ou facteurs de déclin, des espèces cibles ont été collectées. En ce qui concerne la gestion forestière, nous avons tenté de prendre en compte toutes les publications et ouvrages étudiant, de près ou de loin, les relations Sources Densité Distance moyenne entre nids actifs Essence arbre porteur du nid Hauteur du nid

Carlon, 1984, 1987 0,7 couple / 1 000 ha -

Chêne principalement entre 10 et 14 m 54-59 jours Date des éclosions après ponte Taux d’éclosion/ réussite à l’envol

1,6 j/couple

Menaces

entre biodiversité et pratiques de gestion. Tous ces ouvrages ou articles scientifiques ont été enregistrés dans une base de données bibliographiques (logiciel EndNote). La plupart d’entre eux ont été rassemblée au siège de LNE, où ils sont consultables. Actuellement, la base bibliographique contient près de 300 références. A chacune d’entre elles ont été attribués une série de mots clés. Toutes les références bibliographiques ont été lues et synthétisées, dans l’optique de servir la problématique du projet « Oiseaux des bois ».

Synthèse Pour une meilleure connaissance de cette espèce en France, on se réfèrera aux travaux de Carlon (1984, 1985, 1987), qui a étudié l’espèce (en particulier le comportement) dans les PyrénéesAtlantiques, à Nore (2007) pour le Limousin ou à Fombonnat (2004) pour la forêt de Tronçais. Ces observations, réalisées en milieux collinéen ou montagnard, ne sont évidemment pas transposables intégralement à la problématique de la forêt d’Orléans. Elles restent toutefois une excellente référence dans la compréhension de l’écologie de l’espèce. En ce qui concerne la sensibilité de l’Aigle botté aux dérangements, Nore (2007) le considère comme une espèce très sensible. Fombonnat (2004), qui a suivi un peuplement de rapaces diurnes pendant 22 ans en forêt de Tronçais, y note un taux d’échec particulièrement Fombonnat, 2004

Nore, 2007

1,5 couple / 1 000 ha

-

3

2,5 – 5 km

Chêne 91,5 % Hêtre 8,5 % entre 21 et 32 m

Chêne ou hêtre principalement _

_

_

1,3 j./couple (ou 0,9 j. /couple, sur 22 ans)

-

Réduction du bocage (sites de chasse) ; dérangements (exploitation forestière, tourisme et loisirs sportifs)

Prédateurs (martres, genette, grand-duc…) et dérangements anthropiques

Synthèse des principaux paramètres liés à la reproduction de l’Aigle botté. 10.

L’Aigle L’Aigle botté botté n°2/3 n°2/3 -- Octobre Octobre 2010 2010

élevé (30,5 % sur 22 ans de suivi), qu’il attribue aux dérangements anthropiques. En forêt de Tronçais (Fombonnat, 2004), les aires sont situées entre 120 et 1 380 m des lisières, avec une distance moyenne de 263 m (n=17 pour 59 reproductions). D’après l’auteur, les oiseaux sont très fidèles à leur aire et à leur territoire : sur 54 reproductions (de x couples), les oiseaux ont utilisé seulement 17 aires. Un même site a été occupé 15 fois entre 1983 et 2002 ; une autre aire a été occupée sept années de suite.

Recommandations générales de gestion Chez les rapaces, tout comme chez la plupart des autres espèces, les processus biologiques en jeu sont tellement complexes et subtils qu’ils doivent pouvoir s’exprimer et jouer au mieux afin d’assurer le devenir des espèces. Une gestion forestière durable, intégrant les impératifs de préservation de la biodiversité, devrait donc avant tout, éviter aux rapaces toute contrainte d’origine anthropique (dérangements, en particulier au printemps ; destruction des sites de nidification…). Beaucoup a été dit sur les mesures de gestion favorables aux rapaces mais la plupart des recommandations se basent sur des connaissances empiriques. En réalité, très peu d’expériences scientifiques ont été menées sur l’impact réel des pratiques et traitements sylvicoles, au contraire des peuplements de passereaux, qui ont fait l’objet de nombreuses études, principalement aux Etats-Unis (e.a. Redpath, Sallabanks…). Depuis près de 15 ans, l’ONF s’est résolument engagé dans la recherche du compromis idéal entre les exigences de l’exploitation forestière et celles de la protection des milieux et des espèces. Les recommandations de gestion peuvent se regrouper en trois types (d’après Nore, 2007) : - mesures générales de gestion, favorables à la diversité et à la densité des espèces (optimisation des capacités d’accueil) ; - mesures spécifiques de protection des espèces rares et patrimoniales (protection des aires) ; - information préventive en vue d’éviter la destruction d’espèces protégées dont la présence est encore inconnue à ce jour


Mesures générales de gestion - Favoriser les zones de chasse des rapaces, en maintenant, tant que possible, des milieux ouverts au cœur des massifs forestiers (peuplements clairs, clairières, zones humides, parcelles en régénération, landes, zones agricoles extensives…) ; favoriser les grandes longueurs de lisières ; conserver les fruticées ; conserver les espèces d’accompagnement (sorbier, troène, sureau, lierre…) pour permettre la nidification et l’alimentation des passereaux. - Favoriser les milieux de transition entre les zones ouvertes et la forêt ; - Conserver un minimum d’arbres à cavités (de 1 à 20 / 5 ha). - Limiter les traitements chimiques, dont l’une des conséquences est la diminution de l’abondance des proies. - Limiter la fréquentation pendant les périodes de quiétude, voire interdire l’accès à certaines parcelles pendant ces périodes. Mesures spécifiques de protection des espèces sensibles - Localiser les sites de reproduction, au printemps, à la faveur des parades nuptiales ; localiser les aires, au cours de la période hivernale ; lors des martelages et des coupes, épargner les arbres

porteurs des nids. - Définir un périmètre de quiétude et un périmètre rapproché de protection autour des aires occupées (voir tableau ci-après). - Adapter le calendrier des travaux et coupes dans le périmètre de quiétude pendant la période sensible de chaque espèce (voir calendrier ci-après) ; ceci concerne les coupes, les travaux de dépressage/ débroussaillage/dégagement, l’ouverture et l’entretien des voies d’accès, le martelage, la vidange des bois… qui devraient idéalement être effectués entre septembre et février. - Prévoir une réflexion préalable à toute implantation d’infrastructure (loisir, piste, autres) de manière à réduire au maximum les nuisances éventuelles dans les secteurs écologiquement sensibles de la forêt. - Pour certaines espèces, préférer le traitement en futaie mélangée J

F

M

A

(feuillus-résineux) et/ou favoriser le renouvellement progressif du peuplement forestier afin d’éviter les changements brutaux dans la structure paysagère ; maintenir ou créer des grains de vieillissement là où c’est possible pour favoriser la présence de très gros bois ; pour l’Aigle botté, maintenir les sousétages (nid peu visible du sol). - Dans tous les cas, la présence de rapaces sera favorisée par le nombre et la qualité des zones de chasse (milieux ouverts, clairières, parcelles en régénération, lisières, zones humides…) et par l’abondance des proies. - Les lignes électriques devraient être enterrées.

• Marie-des-Neiges de Bellefroid & Aurélie Mougel LNE mariebellefroid.lne@orange.fr

M

J

J

A

S

O

N

D

Aigle botté Autour Balbuzard Bondrée Busard Saint-Martin Circaète

Calendrier des périodes les plus sensibles pour six espèces de rapaces (e.a. d’après PNC, 2004 ; Nore, 2007)

International Suivi d’un trio d’Aigle botté en Espagne Dans le précédent bulletin du réseau, Christian Riols relatait d’énigmatiques observations sur un site dans l’Aude et évoquait un possible cas de trio. La Mission Rapaces a donc consulté la bibliographie pour relever la description d’éventuels cas de polyandries ou de polygynies. Une observation en Espagne, publiée en 2005 dans Raptors Researchs, témoigne d’un cas de coopération entre trois adultes. D’autres témoignages de la part du réseau sur ce thème seront les bienvenus.

Bien que la monogamie soit le mode de reproduction le plus répandu chez les rapaces, des cas de polygynies, de polyandrie et de reproduction coopérative ont été enregistrés chez plusieurs espèces (Newton 1979, Korpimaki 1988, Stacey and Koening 1990). Une revue effectuée récemment sur ce sujet a montré que de tels cas étaient fréquents chez des espèces bien étudiées. En revanche, chez de nombreuses autres espèces, le mode de reproduction n’a pas pu être clairement défini en

raison des difficultés posées par l’observation, et du manque de données les concernant (Kimball et al. 2003). Des cas de reproduction coopérative ont été observés chez 3 % des espèces aviaires dont 42 rapaces diurnes (Brown 1987, Kimball et al. 2003). Nous décrivons ici un cas de reproduction coopérative mené par un trio d’Aigles bottés au sein d’une population bien étudiée de 21 à 29 couples dans le sud-est de l’Espagne. Nos observations ont été faites en 2001 dans la région L’Aigle L’Aigle bottébotté n°2/3 n°2/3 - Octobre - Octobre 2010 201011.


montagneuse de Murcie (sud-est espagnol) caractérisée par de larges bandes de forêts de pins parsemées de zones non arborées, cultivées ou broussailleuses. L’Aigle botté est un rapace territorial de taille moyenne qui niche en zone forestière, dans les arbres ou les falaises des régions paléarctiques à sub-sahariennes (del Hoyo et al. 1994). Cette espèce est considérée comme monogame (Newton 1979, Cramp and Simmons 1980) et à notre connaissance aucun autre cas de trio reproducteur n’a été observé. Les Aigles bottés de la péninsule ibérique sont des résidents d’été, arrivant de leur zone d’hivernage fin mars, début avril. Dans notre zone d’étude, la construction (ou reconstruction) des nids se fait rapidement après l’arrivée des aigles et la ponte a lieu en moyenne le 24 avril.

Observations En 2001, un trio polygame a été observé pendant la période préincubatoire sur un des territoires de la zone d’étude. Or ce territoire était déjà surveillé en 2000 dans le cadre d’une autre étude. A cette occasion, les 195 h d’observation nous avaient permis de photographier et d’identifier un couple formé d’une femelle de phénotype sombre (F1) et d’un mâle de morphe claire (M1). La femelle avait été capturée et marquée par un radio émetteur, fixé grâce à un harnais dorsal. En 2000, lors du premier suivi, cette femelle pondit deux œufs et le couple éleva les deux poussins avec succès. En 2001, après repérage du trio, 46 h ont été consacrées à leur observation. Le mâle était bien celui observé l’année précédente (tête et cou clairs, poitrine blanche barrée de nombreuses petites rayures brunes). La femelle F1 a été identifiée également, grâce à son radio émetteur. Le troisième oiseau était un adulte (le plumage adulte est acquis à partir de la troisième année calendaire, Forsman 1999), de morphe claire et identifié comme une femelle (F2) en raison de sa taille et de son comportement. Pendant la période pré-incubatoire, aucune copulation ni aucun

comportement agressif n’ont été observés au sein du trio. Au lieu de cela, les trois aigles ont apporté des matériaux à l’aire et l’ont arrangée, bien que la contribution à ces tâches ait été faite majoritairement par la femelle F1 (70 % des 10 apports de matériaux observées) et par le mâle M1 (20 %). Lorsque le nid a été vérifié le 29 avril, le mâle M1 et la femelle F1 le défendaient. Le nid contenait deux œufs, couvés par les deux femelles, avec une contribution majoritaire de F1 (93 % du temps sur 540 min. d’observation) par rapport à F2 (7 % du temps observé). Nous avons également observé à trois reprises la femelle F2 prendre le relais de F1 lorsque cette dernière quittait le nid pour aller défendre son territoire, chasser ou probablement se reposer. Par contre lorsque F1 couvait, F2 restait perchée sur un arbre proche. Bien que F2 ait amené des branches vertes, F1 est la seule à les avoir arrangées dans le nid. Après éclosion des œufs, F1 est la seule à avoir nourri les poussins, pendant que F2 restait la plupart du temps perchée sur un arbre proche. A une seule occasion, F2 a été observée avec F1 dans le nid. Lorsque le mâle apportait des proies au nid, il émettait des cris auxquels les deux femelles répondaient. F2 n’a jamais été observée rapportant des proies au nid. Les deux femelles ont cependant été vues attaquer ensemble un Grand Corbeau (Corvus corax). Le couple et la femelle assistante ont élevé avec succès un petit qui a pris son envol entre le 5 et le 10 juillet 2001.

Discussion Plutôt qu’un cas de polygamie, on peut considérer le cas décrit ci-dessus comme une reproduction coopérative car tous les membres du groupe reproducteur ont contribué à une seule reproduction (Kimball et al. 2003). Il y a très peu de cas similaires documentés dans la littérature scientifique et par conséquent nous pouvons penser que la reproduction coopérative est rare chez l’Aigle botté. Cependant, c’est une affirmation à prendre avec précaution car de tels cas sont difficiles à repérer, en particulier

pour une espèce comme l’Aigle botté dont la biologie reproductive est assez mal connue (Veiga et Vinuela, 1994; Suárez et al. 2000). La présence d’assistants dans les nids de rapaces a pu être associée à de nombreux facteurs, comme une forte productivité du milieu donnant des proies abondantes (Van Cleef et Bustamante, 1999), une faible densité de proies (Doyle, 1996), un sexe-ratio biaisé (Oring, 1986, Arroyo et Garza, 1986), la faible disponibilité en sites appropriés pour la construction de nids (Herredia et Donazár, 1990, Bertrán et Margalida, 2002), la saturation des territoires de nidification (Herredia et Donazár, 1990), les bénéfices potentiels de la vie communautaire (Garcelon et al., 1995, Kimball et al., 2003), l’expérience obtenue par les juvéniles pour se reproduire dans le futur (Zuberogoitia et al., 2003). L’Aigle botté est une espèce philopatrique (Cramp et Simmons, 1980) et une hypothèse possible est que l’individu assistant serait né dans la zone d’étude et serait retourné pour la première fois sur son lieu de naissance. Le lien de cet individu avec le couple principal n’est pas connu : progéniture de ce couple ou recruté par lui ? Les observations limitées que nous avons faites ne nous permettent pas de savoir comment le trio s’est formé. Nous ne pouvons donc qu’encourager les autres observateurs d’Aigles bottés à identifier les reproducteurs et les scientifiques à garder dans l’idée que la reproduction coopérative est possible chez cette espèce.

• Jose E. Martinez , Carlos

Gonzalez, & José F.Calvo Cooperative nesting by a trio of Booted Eagles (Hieraaetus Pennatus). RaptorRes. 39(1):92-94, 2005. Departamento de Ecología e Hidrología, Universidad de Murcia, Campus de Espinardo, 30100 Murcia, Spain coljemt@um.es Traduction : Laure Bentze

L’Aigle botté Bulletin réalisé et édité par la mission rapaces de la LPO Tel : 01 53 58 58 38 Fax : 01 53 58 58 39 62 rue Bargue, 75015 Paris rapaces@lpo.fr Réalisation et relecture : - Danièle Monier - Renaud Nadal - Thérèse Nore - Alain Perthuis - Christian Riols - Romain Riols - Yvan Tariel Photo de couverture : David Fajardo Maquette : La Tomate Bleue LPO © 2010

12. L’Aigle botté n°2/3 - Octobre 2010

L’Aigle botté n°2/3 - Octobre 2010


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