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Newsletter Novembre 2012


Rencontres

Caroline Fournier de la Compagnie Bhâva Caroline est présidente de la Compagnie Bhâva, association destinée à promouvoir la danse et la musique du sud de l’Inde. Elle proposera un stage le 10 Novembre à l’Atelier.

Peux-tu te présenter et présenter la Compagnie en quelques mots ?

arts vivent d’une manière incroyable en Inde. Ils sont sans cesse renouvelés ce qui les rend en fait résolument contemporains. Je conçois ainsi la Compagnie Bhâva comme une sorte de « passeur » entre ce que je peux vivre et ressentir en Inde et ce que je veux transmettre ici.

Je suis Caroline Fournier, présidente de la Compagnie Bhâva que j’ai créée en juin 2011 au retour d’un long séjour en Inde. Cette association est destinée à promouvoir les arts du spectacle du sud de l’Inde que sont la danse et la musique. Ce partage se fait pour le moment sous la forme de cours et de stages de danse régulièrement programmés à l’Atelier du Coteau. Le but de la Compagnie Bhâva est aussi d’associer cette pratique à une recherche chorégraphique contemporaine et de créer à terme un atelier de création chorégraphique. Il me semble en effet important de ne pas restreindre la danse et la musique indienne à quelque chose de figé ou de stéréotypé. Ces

Comment as-tu débuté ta vie de danseuse ?

C’est un chemin qui n’est pas très classique ! Tout dépend ce que l’on entend par « vie de danseuse ». Je m’intéresse depuis de longues années à la danse contemporaine et à toutes formes artistiques qui mettent le corps en mouvement. J’ai aussi beaucoup pratiqué la gymnastique rythmique et sportive. J’ai toutefois arrêté car la compétition ne m’intéressait guère et je n’étais plus dans le plaisir de

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Caroline et ses jeunes danseuses au spectacle de l’école de danse Elisa Commeyne crédit photo: Patrick de Montalier

Peux-tu nous parler de ton art, le Bharata Natyam ?

la pratique. Ensuite, durant mes études à l’Université, j’avais envie de reprendre une activité physique exigeante. Attirée par la musique indienne, j’ai donc essayé le Bharata Natyam. J’ai très vite retrouvé ces sensations de plaisir et de bien-être auxquelles on devient rapidement addict. La pratique de la gymnastique pendant l’enfance et l’adolescence m’a certainement offert une condition physique très adaptée au Bharata Natyam et c’est ainsi que depuis plus de cinq ans, je pratique intensément cette danse du sud de l’Inde. En parallèle, je suis toujours des cours de danse contemporaine ainsi que de yoga. Ces cours sont essentiels pour moi car ils complètent mon approche du Bharata Natyam tant au niveau du souffle et des postures que dans l’attention portée au corps.

Le Bharata Natyam est l’une des cinq danses indiennes reconnues comme classiques. Chaque état indien possède des pratiques artistiques distinctes. Le Bharata Natyam s’est développé dans le Tamil Nadu (« Le Pays des Tamouls »), dans le sud-ouest de la Péninsule indienne. Curieusement, en sanskrit, il signifie littéralement la danse (Natyam) de l’Inde (Bharata). Cette danse dont les origines sont difficiles à préciser était destinée aux devadavis ou servantes de dieux. Elles dansaient dans les temples et offraient leur art aux divinités lors de cérémonies ou de processions religieuses. Cet art était transmis de maître à élève dans une tradition purement orale où le travail de la mémoire a une place centrale.

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Salle de Nirmala Nagarajan, professeure à l’école de Kalakshetra à Chennai, Inde Aujourd’hui, l’enseignement est sensiblement différent. L’apprentissage peut se faire dans des écoles et conservatoires mais la relation avec un professeur en particulier demeure essentielle. C’est lui qui transmet sa sensibilité et son approche de la danse. Il ne s’agit pas d’un enseignement figé : il y a certes une base incontournable (apprentissage des postures, gestes et expressions) mais il y a aussi multiples façons de l’interpréter et de la vivre. Le Bharata Natyam est une danse particulièrement exigeante car l’on doit maîtriser un vocabulaire technique important auquel on ajoute un travail très précis sur les expressions. Ce n’est ni du théâtre ni du mime mais simplement la manifestation sincère d’une sensibilité. C’est probablement ce qu’il y a de plus fort émotionnellement pour le danseur mais aussi pour le spectateur, notamment quand on la chance de vivre cette expérience en Inde. Les arts indiens -danse et musique-

ont à mon sens une puissance émotionnelle qui nous emmène quelque part où réside une incomparable beauté.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de découvrir l’Inde et cet art ancestral ? Comme je le disais à l’instant, c’est d’abord par la musique indienne que j’ai découvert le Bharata Natyam. J’étais très attirée par les formes musicales du nord de l’Inde que l’on nomme « hindoustanie » et qui sont certainement les plus accessibles. Puis j’ai vu un spectacle de danse indienne au festival « Les Orientales  » à Saint-Florent-le-Vieil qui m’a beaucoup marqué. Je trouvais cette danse pleine de finesse mais aussi très forte expressivement. Je connaissais peu l’Inde à cette époque. J’ai commencé à m’intéresser davantage à cette culture via la musique et la danse. Ces dernières constituent des portes d’entrée formidables à une civilisation riche et raffi-

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Temple de Shiva née. Il n’est pas toujours aisé de comprendre la culture indienne mais j’ai l’impression qu’à travers la danse on arrive à l’approcher plus en profondeur. J’ai aussi beaucoup de chance de découvrir et continuer mon apprentissage de cet art à travers ma professeure, Nirmala Nagarajan. Elle enseigne dans la prestigieuse école de Kalakshetra à Chennai en Inde. Elle ne fait pas de différence sur mon origine européenne et me donne de précieuses clés d’approche et de compréhension de cet art.

ment et que j’ai pu découvrir en Inde. A côté, un volet rédactionnel permettrait de présenter des articles régulièrement sur des sujets touchant à la danse et à la musique. Ce sera aussi l’occasion d’écrire sur des arts et des pratiques artistiques contemporains d’Europe, d’Asie et d’ailleurs. Chaque art et chaque culture engendre de nombreux chemins exigeants pour accéder à une même finalité que l’on l’appelle « Art » ou « Beauté ». Nous souhaitons donc explorer, notamment via la parole des artistes, les points communs, les rapprochements possibles et même les influences conscientes ou inconscientes entres ces différents chemins. Quand la Compagnie Bhâva a été créée, je souhaitais aussi pouvoir apporter un conseil en programmation musicale et en danse indienne. Nous souhaiterions aujourd’hui aller plus loin dans ce sens et proposer à terme un festival. Il serait un lieu pour faire naître des rencontres artistiques, échanger sur des pra-

Quels sont tes projets à venir avec la Compagnie Bhâva ? Nous aimerions dans un premier temps créer un site internet dédié aux arts du spectacle indiens. L’idée est de mettre en place une base de données des artistes et formations musicales indiennes. Bien entendu, il ne s’agit pas d’être exhaustif mais de mettre en valeur des artistes que nous apprécions tout particulière-

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tiques musicales et chorégraphiques... Autant d’idées qui vont voir le jour et sur lesquelles nous sommes entrain de réfléchir.

Quels sont tes projets en lien avec l’Atelier du Coteau ?

Plusieurs projets ont déjà vu le jour à l’Atelier du Coteau. Je pense que j’ai eu beaucoup de chance de rencontrer Elisa. Elle ne m’a pas seulement encouragée à créer la Compagnie Bhâva, elle m’a aussi donné l’opportunité de donner des cours et de présenter le Bharata Natyam en public. J’ai ainsi participé par deux fois au spectacle de fin d’année de l’école de danse d’Elisa Commeyne. L’année dernière était particulièrement touchante car avec le groupe des petites danseuses de 6/7 ans, nous avons conçu une suite chorégraphique autour du dieu Krishna. J’espère que d’autres moments de découverte de l’Inde et de la danse avec le jeune public pourront voir le jour au sein de l’Atelier du Coteau, notamment lors des vacances scolaires. Sinon, pour le moment, le projet principal est  le stage d’une journée entière que nous organisons avec une amie, Ofra Hoffman, le 10 novembre prochain à l’Atelier du Coteau. Ofra est une danseuse que j’ai eu le bonheur de rencontrer à Chennai lors d’un long séjour en Inde. Elle pratique un style différent du mien, un très beau style ancien, qui est encore enseigné par Selvam, fils de Muttuswami Pillai. C’est une chance énorme de pouvoir accueillir Ofra à Nantes et de découvrir son style de Bharata Natyam car il est rare et magnifique. D’origine israëlienne, Ofra a passé beaucoup de temps à Chennai et vient de s’installer à nouveau à Paris  ; elle est en France pour quelques mois et c’est maintenant qu’il faut profiter de sa présence et de son amour pour la danse comme pour l’Inde ! Nous proposerons en fin de journée, à partir de 17H30, une petite démonstration à deux de quelques unes de nos chorégraphies en simples saris de danse. Je pense que nous renouvellerons cette expérience en mars ou avril prochain avec

probablement un petit spectacle en costumes après mon retour d’Inde.

Comment vont-ils se dérouler ?

Pour ce qui est du volet enseignement, les stages reprendront à partir du mois de mars à raison d’une ou deux fois par mois. Ce n’est pas impossible qu’un cours hebdomadaire voit le jour, ce qui me permettrait de proposer des stages qui soient davantage ciblés et complémentaires à une pratique régulière (apprentissage d’une chorégraphie par exemple, focus sur les expressions du visage ou les gestes de la main...).Tout cela est en ébullition ! Je suis certaine que ça va prendre forme lors de ce nouveau séjour à Chennai entre décembre et février.

Quels sont les lieux qui t’inspirent à Nantes ou ceux où tu aimes aller ?

Pour ce qui est de la danse, j’aime beaucoup aller à Nantes au Théâtre Universitaire. Je vais généralement à l’ensemble des spectacles de danse et parfois naissent de belles surprises. C’est, à mon sens, une vraie scène de recherche. L’atmosphère du lieu est, par ailleurs, chaleureuse et conviviale. Je me rends aussi régulièrement au Centre Chorégraphique National de Nantes pour voir les répétitions publiques ou les créations de la compagnie de Claude Brumachon. C’est un espace assez improbable, dans l’ancienne chapelle des Capucins, datant de la fin du XIXe siècle. Je suis de nature curieuse et j’apprécie d’observer la diversité des pièces contemporaines. Cela nourrit aussi notre approche de la danse. Les échanges qui suivent les répétitions publiques au CCNN sont à ce titre très intéressants puisqu’ils permettent de s’interroger sur nos propres pratiques. Au-delà de Nantes, je suis obligée d’évoquer Chennai (ex-Madras) et ses quartiers dédiés à la musique et à la danse, notamment du côté de Mylapore. Ces lieux sont incroyables notamment en décembre, au moment de la saison : de la musique et de la danse tous les 08


Ofra Hoffman jours, à toutes les heures, les plus grands danseurs, les plus fameux musiciens et des découvertes géniales... C’est un moment magique et intense, émotionnellement très fort qui là encore permet de s’immerger dans une culture prodigieusement riche.

sur les magnifiques padam interprétés par la grande diva Aruna Sairam (disponibles chez Ocora Radio France)... Et je ne peux pas clore cet entretien sans parler de certains danseurs comme Rama Vaidyanatham, Priyadarshini Govind ou encore Navtej qui comptent parmi les plus grands artistes aujourd’hui de Bharata Natyam. Sur le blog de la Compagnie Bhâva, quelques liens permettent de les découvrir  : www.ciebahava.blogspot.com

As-tu une lecture, une musique ou un film que tu aimerais partager ? C’est une question difficile car je ne pourrai pas m’arrêter à une lecture, une musique ou un film ! Pour rester du côté de l’Inde, je dois dire que j’ai été beaucoup touchée ces dernières années par la lecture des romans et poèmes de Rabindranath Tagore qui nous emmènent dans le Bengale de la fin du XIXe siècle... En écho, il faudrait voir aussi le Salon de Musique du cinéaste bengali Satyajit Ray qui narre l’histoire d’un aristocrate déchu emporté par son amour de la musique... Et en musique, il faut se jeter, par exemple,

Retrouvez Caroline le Samedi 10 Novembre de 11H à 16H30. Le stage sera partagé avec Ofra Hoffman, danseuse. Il se décomposera en deux parties: de 11H à 13H, pratique de nouveaux adavus; de 14H à 16H30 apprentissage des premières lignes du padam surooti. Ouvert aux débutants et initiés. Tarif : 30 € compagnie.bhava@gmail. com ou 06 62 64 31 14 09


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