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Distribué avec

Quand l’URSS fascinait l’intelligentsia française Une exposition parisienne retrace les liens culturels entre les deux pays en clôture des Saisons de la langue et littérature franco-russes. P. 7

La communauté juive russe lance un message Le Musée juif qui vient d’ouvrir ses portes à Moscou grâce à des dons privés se veut un appel à la tolérance.

Publié en coordination avec The Daily Telegraph, The Washington Post et d’autres grands quotidiens internationaux

P. 8 © RIA NOVOSTI

Ce supplément de huit pages est édité et publié par Rossiyskaya Gazeta (Russie), qui assume l’entière responsabilité de son contenu Mercredi 19 décembre 2012

IOULIA KOUDINOVA LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Depuis que le G-20 existe, c’està-dire 2008, l’organisation informelle a été accusée de n’être qu’un « grand machin » (pour paraphraser De Gaulle) et Moscou se trouve désormais en po-

sition de prouver le contraire. Pour l’instant, les propositions dévoilées par le ministre des Finances russe Anton Silouanov et la « sherpa » du pays auprès du G-20, Ksénia Ioudaïeva, laissent planer le doute. On ne connaît qu’un projet tout à fait concret (revoir les quote-parts des pays membres du Fonds monétaire international). Quant au reste, la route est pavée de bonnes intentions… La gouvernance au sein du

FMI sera le grand sujet. Anton Silouanov prédit une modification des quote-parts en 2013 : « Les droits de vote doivent être attribués sur un critère simple : la taille du produit intérieur brut de chaque pays. Les autres paramètres [ouverture de l’économie, transparence, etc…] doivent être soit supprimés, soit voir leur importance considérablement réduite », estime le ministre des Finances. «  L’attribution des droits de vote actuelle ne correspond plus à une réalité économique qui change très vite ». De nombreux pays s’estiment sousreprésentés. Moscou pense notamment aux pays émergents. SUITE EN PAGE 4

Design à la mode soviétique

Moscou vient de s’offrir un musée du design. Aspirateurs, appareils photo, voitures : la premère exposition est surtout consacrée à des perles de l’ère soviétique qui n’ont jamais dépassé le stade du prototype. Tous les détails sur : larussiedaujourdhui.fr/16963.

Secrets de Moscou

L’alternance politique a bloqué la construction d’un centre orthodoxe à Paris. La Russie doit désormais présenter un nouveau projet.

L’acquisition du groupe de logistique français Gefco par le russe RZD facilitera la création d’un corridor ferroviaire transcontinental.

Un itinéraire inédit vous guidera sur les traces des légendes oubliées de la capitale russe, évoquant entre autres celle d’une cruelle tsarine usurpatrice.

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SERVICE DE PRESSE

Le rail nous rapproche SERVICE DE PRESSE

Désaccord architectural

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LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR

SERVICE DE PRESSE

G-20 : les bonnes intentions de Moscou La Russie, qui préside le groupe des 19 premières économies (plus l’Union européenne) depuis le 1er décembre, veut s’attaquer aux grands déséquilibres.

EN LIGNE SUR

PHOTO DU MOIS

Économie L’année de la présidence russe

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ITAR-TASS

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DARIA DONINA

Depuis novembre, les Moscovites chaussent leurs patins à glace et glissent sur les 70 patinoires intérieures et extérieures de la capitale. La patinoire la plus centrale du pays, sur la Place Rouge, permet de badiner sous les murs du Mausolée de Lénine. En longeant les berges de la Moskova, on accède au parc Gorki et à son immense patinoire de 18 000 m2 ! Les joies du patinage accompagnent la saison des fêtes un peu partout en Russie. Nous vous proposons de glisser avec nous d’une région du Grand Nord russe à une autre pour en découvrir les multiples coutumes liées à la célébration du Nouvel An, et cela à des dates différentes sur plusieurs mois, comme un réveillon sans fin ! Notre dossier spécial vous expliquera pourquoi les habitants de Mari El tirent des moutons par les pattes, et ceux de Bouriatie boivent leur thé en y ajoutant sel et graisse animale...

réveillon....

© EKATERINA CHESNAKOVA_RIA NOVOSTI

Glisser de réveillon en

Vol au-dessus de la taïga. Regardez notre diaporama ! LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR/16947


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LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI WWW.LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR COMMUNIQUÉ DE ROSSIYSKAYA GAZETA DISTRIBUÉ AVEC LE FIGARO

Politique

Géopolitique Les tensions sur le dossier énergétique au cœur du 30ème sommet Russie-Union européenne

EN BREF

De l’eau dans le gaz entre Moscou et Bruxelles

Politkovskaïa : un ancien policier reconnu coupable

La crise syrienne en toile de fond

La dépendance européenne à l’égard du gaz russe est une pomme de discorde qui ne facilite pas les discussions sur le problème des visas. SERGEÏ SOUMLENNY

AP

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

L’avenir du partenariat énergétique dominera les travaux du trentième sommet Russie-UE, v e n d re d i 2 1 d é c e m b re à Bruxelles. Les difficultés qu’il soulève sont apparues clairement lors de la rencontre entre Vladimir Poutine et la chancellière allemande Angela Merkel le mois dernier à Moscou. « Le troisième paquet énergie nous est préjudiciable », a indiqué le président russe. Bruxelles impose dans ce document une séparation entre la production du gaz et les réseaux d’approvisionnement, ce qui ne sert pas l’objectif du géant russe Gazprom d’avoir en bout de chaîne accès aux consommateurs européens, alors même que le nouveau gazoduc Nord Stream, codétenu par Gazprom, E.On Ruhrgas, Wintershall, GDF Suez et Gasunie, vient d’être achevé. L’importance de la Russie sur le marché du gaz européen continue de faire des vagues. Les Européens, notamment la Pologne, la République tchèque et d’autres pays d’Europe centrale craignent que le volume croissant des livraisons de gaz russe menace leur liberté de choisir leurs partenaires énergétiques. Moscou y voit un manque de confiance humiliant mais aussi un danger pour les investissements russes, ce qui pousse la Russie à adopter des

soient dispensés de visas, mais exige que leur nombre soit considérablement réduit. Moscou a riposté en menaçant d’obliger les équipages des compagnies aériennes à obtenir des visas, au grand mécontentement de Bruxelles.

Vladimir Poutine entre Herman von Rompuy, président du Conseil européen (à gauche) et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne.

IL L’A DIT

Andreas Schokenhoff DÉPUTÉ DU BUNDESTAG ALLEMAND ET EXPERT DES RELATIONS AVEC LA RUSSIE

Nous ne voyons pas la Russie forte, nous la voyons faible. Près de 1,5 millions de jeunes gens ont quitté la Russie au cours des dernières années. Le pays a perdu une centaine de milliards de dollars de capitaux cette année car le capital ne voit pas d’évolution prévisible ».

comme le régime des visas. Plusieurs États de l’UE exigent que les ressortissants russes se présentent en personne au consulat, même si ce dernier se trouve à des centaines de kilomètres de leur lieu de résidence. En réponse, les autorités russes ont récemment commencé à exiger des citoyens de l’Union des documents sur leur situation financière (fiche de paie, relevés bancaires, titres immobiliers) pour délivrer les visas. Un autre différend porte sur les 100 000 passeports de service  dont disposent des ressortissants russes. L’UE admet que les titulaires de ces passeports

mesures aggressives visant à conquérir de nouveaux marchés, notamment dans les Balkans. En riposte, des responsables allemands comme le député du Bundestag Andreas Schokenoff préconisent de traiter avec les petites et moyennes russes plutôt qu’avec les grandes, alors que Moscou vient d’entrer dans l’Organisation mondiale du commerce : « Les liens économiques avec la Russie ne doivent pas être limités à ses cinq plus grandes sociétés ».

Le cercle vicieux des visas Le manque de confiance empoisonne d’autres domaines,

Le conflit syrien a encore accentué les désaccords. Il constitue depuis longtemps une pomme de discorde entre Moscou et Bruxelles. La Russie reconnaît la légitimité du régime du président Bachar el-Assad et insiste sur la résolution du conflit dans le cadre de négociations avec le pouvoir en place, tandis que l’UE soutient moralement l’opposition. Les principaux pays de l’Union ont à plusieurs reprises condamné les actions du chef de l’État syrien, et en novembre dernier, le président français François Hollande n’a pas exclu la possibilité de fournir des armes aux insurgés, la France ayant d’ailleurs reconnu le Conseil de l’opposition. Dans ce contexte, des experts européens, de plus en plus sceptiques sur le dialogue avec les autorités de Moscou, proposent d’en promouvoir un autre avec le public russe. « Nous ne devrions pas parler uniquement au Kremlin. L’élite du Kremlin est un groupe très isolé préoccupé par le pouvoir et l’argent. Au lieu de cela, nous devons intensifier le dialogue avec la société civile », a déclaré Ingo Mannteufel, chef du service russe de la radio internationale allemande Deutsche Welle. Franz Thönnes, membre de la Commission des affaires étrangères du Bundestag, relativise les antagonismes : « J’espère que les relations ne sont pas dans une impasse. La vive discussion de ces dernières semaines a seulement fait mousser les réactions émotionnelles ».

Le Tribunal municipal de Moscou a reconnu la culpabilité d’un ancien policier, Dmitri Pavlioutchenkov, dans le meurtre de la célèbre journaliste Anna Politkovskaïa, du journal d’opposition Novaïa Gazeta. Culpabilité « confirmée aussi bien par ses dépositions que par l’ensemble des preuves », a souligné le juge, avant de prononcer 11 ans de prison à l’encontre de l’accusé. Anna Politkovskaïa, dont l’assassinat est l’un des crimes les plus retentissants de ces dernières années en Russie, a été abattue par balles le soir du 7 octobre 2006 dans le hall de son immeuble à Moscou.

Rencontres franco-russes

TATIANA SHRANCHENKO

Mi-décembre, Nice a accueilli les 4èmes rencontres franco-russes de la coopération décentralisée. Au cours de deux jours de travaux, plus d’une centaine de représentants des villes et régions russes et françaises ont discuté de l’attractivité et du développement territorial des deux pays. En ouvrant les débats, l’adjoint au maire de Nice, Rudy Salles, a souligné l’importance des relations entre sa ville et la Russie, dont il a donné un exemple édifiant : « Cette année, le volume des visites entre Nice et Moscou a augmenté de 17%, et 40% des touristes russes qui viennent en France choisissent Nice ».

Architecture Le gouvernement français rejoint le maire de la capitale pour s’opposer au projet architectural dans sa forme actuelle

La construction du « temple » à vocation culturelle a de nouveau été reportée. Le projet collectif a failli provoquer une sérieuse fâcherie entre la Russie et la France. Il sera revu. MARIA SIDELNIKOVA KOMMERSANT

L’autorisation concernant la construction d’un centre culturel et spirituel orthodoxe russe dans la capitale française devait être accordée au plus tard le 29 novembre par le préfet de Paris, Daniel Canepa. À mesure que la date de la décision approchait, la situation est devenue de plus en plus tendue. Les journaux français ont rapporté des réunions en privé et des pressions du Kremlin face à la résistance de l’Élysée. Ces rumeurs n’étaient pas sans fondement : les Français refusaient catégoriquement de donner leur accord au projet

dans sa forme actuelle. Ne souhaitant pas voir l’affaire tourner en polémique internationale, la Russie a retiré sa requête auprès de la prefecture de Paris, afin de repenser l’architecture. Le feu vert au projet d’une église orthodoxe doublée d’un centre culturel et d’un séminaire à Paris avait été donné par Nicolas Sarkozy en 2007. Dès lors, tout avait pris une tournure extrêmement positive : l’achat en 2010 d’un terrain de 4 200 mètres carrés sur les berges du quai Branly, à proximité de la tour Eiffel, la victoire au concours international d’architecture du projet « russe » (le bureau moscovite « Arch-groupe » avec à sa tête l’Espagnol Manuel Nuñez Yanowsky), auquel les deux pays avaient donné leur assentiment. Les cinq coupoles dorées surmontées de croix, dont la plus haute atteindrait 27 mètres, et le toit suspendu comme une toile

de verre ont suscité des débats d’ordre esthétique, mais la remise en cause de l’ensemble n’a jamais été évoquée. Jusqu’à ce que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, qualifie en février dernier le projet d’« excessif », et l’architecture de « parodique », en vue de bloquer le permis de construire. Étant donné que le maire n’a qu’un rôle consultatif dans cette affaire (la décision appartenant à l’ État), Moscou a pris la menace à la légère. Tout a vraiment changé après la victoire du candidat socialiste aux présidentielles. François Hollande appartenant au même parti que le maire, la situation s’est inversée en faveur de Delanoë. Selon les informations du journal Vlast, en avril, le ministère de la Culture « de droite » avait affirmé que toutes les normes étaient respectées et qu’il ne devait pas y avoir d’ob-

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Le centre orthodoxe russe de Paris devra plaire aux socialistes

La maquette du projet de l’Espagnol Manuel Nuñez Yanowsky, rejeté par le gouvernement français.

Tout a vraiment changé après la victoire du candidat socialiste aux présidentielles. François Hollande appartenant au même parti que le maire, la situation s’est inversée en faveur de Delanoë

jection à la délivrance de l’autorisation. Depuis, le ministère de la Culture « de gauche » dirigé par Aurélie Filippetti, qui s’est engagé dans une lutte contre l’héritage politique de Sarkozy, s’est prononcé contre le projet. Les réclamations sont du même ordre que celles formulées par le maire : la conception ne s’inscrirait plus dans le paysage architectural des berges de la Seine, placées sous la protection de l’UNESCO.

Personne ne s’oppose à la construction du centre. Les premiers ministres russe et français ont confirmé, lors d’une rencontre à Paris le 27 novembre, que le « symbole de l’amitié russo-française » serait réalisé. Mais, c’est une tout autre question de savoir à quoi il va ressembler. Depuis mars 2011 et la proclamation du résultat du concours, personne n’a vu le projet ni les modifications apportées. De plus, afin de corriger les défauts esthétiques, l’équipe a accueilli l’architecte français Jean-Michel Wilmotte qui avait pris la seconde place du concours architectural devant le favori du maire de Paris, l’architecte Frédéric Borel. Dans le contexte des tensions soulevées par le différend, on attend une démarche conciliatrice de celui qui est autant l’homme des Français que des Russes : le bureau de Wilmotte a récemment remporté le concours relatif au projet du « Grand Moscou ». Désormais, il ne reste plus qu’à appeler en renfort le dernier protagoniste de la troïka arrivée en tête, Frédéric Borel, et les trois sauront bien concevoir un centre ensemble qui plaise à tous, même aux socialistes. Article publié dans Kommersant

LES SUPPLÉMENTS SPÉCIAUX ET SECTIONS SUR LA RUSSIE SONT PRODUITS ET PUBLIÉS PAR RUSSIA BEYOND THE HEADLINES, UNE FILLIALE DE ROSSIYSKAYA GAZETA (RUSSIE), DANS LES QUOTIDIENS INTERNATIONAUX: • LE FIGARO, FRANCE • LE SOIR, BELGIQUE• EUROPEAN VOICE, UE • THE DAILY TELEGRAPH, GRANDE BRETAGNE • SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, ALLEMAGNE • EL PAÍS, ESPAGNE • LA REPUBBLICA, ITALIE •DUMA, BULGARIE • POLITIKA, GEOPOLITIKA, SERBIE • THE WASHINGTON POST, THE NEW YORK TIMES ET THE WALL STREET JOURNAL, ÉTATS-UNIS • ECONOMIC TIMES, NAVBHARAT TIMES, INDE • MAINICHI SHIMBUN, JAPON • GLOBAL TIMES, CHINE • SOUTH CHINA MORNING POST, CHINE (HONG KONG) • LA NATION, ARGENTINE • FOLHA DE SAO PAOLO, BRÉSIL • EL OBSERVADOR, URUGUAY • TODAY, SINGAPOUR • SYDNEY MORNING HERALD, THE AGE, AUSTRALIE • ELEUTHEROS TYPOS, GRÈCE • JOONGANG ILBO, CORÉE DU SUD • GULF NEWS, AL KHALEEJ, ÉMIRATS ARABES UNIS. EMAIL : REDAC@LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR. POUR EN SAVOIR PLUS CONSULTEZ LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR. LE FIGARO EST PUBLIÉ PAR DASSAULT MÉDIAS, 14 BOULEVARD HAUSSMANN 75009 PARIS. TÉL: 01 57 08 50 00. IMPRESSION : L’IMPRIMERIE, 79, RUE DE ROISSY 93290 TREMBLAY-EN-FRANCE. MIDI PRINT 30600 GALLARGUES-LE-MONTUEUX. DIFFUSION : 321 101 EXEMPLAIRES (OJD PV DFP 2011)


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Société

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Enseignement supérieur Le marché russe de la formation à la gestion, réhabilité, aspire à la reconnaissance internationale

Les écoles de commerce sortent du bois ALEXANDRE KILIAKOV LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Les premières écoles de commerce russes ont fait leur apparition il y a vingt ans. Elles ont pullulé dans les années 90, dispensant un enseignement de qualité souvent douteuse. Certaines proposaient des programmes de 2-3 mois pour 20 000 - 30 000 dollars en faisant miroiter un diplôme du niveau Harvard. Désormais, le marché est plus mature et les établissements universitaires de gestion y sont revenus en force. L’ Université d’État de Moscou, celles de Saint-Pétersbourg et de l’Académie de la fonction publique de Moscou représentent près de la moitié du marché. Skolkovo se positionne comme un établissement d’élite. Il existe également près de 80 écoles privées certifiées. Les tarifs sont variables : de 4 000 euros pour les p e t i t e s é c o l e s p r iv é e s à 67 500 euros pour Skolkovo. Mais aucune école russe ne détient de label international indicatif de la qualité de l’enseignement. Les étudiants sont à 78% des cadres ou cadres supérieurs. Selon les chiffres de l’association MBA russe, la moitié d’entre eux espèrent grimper dans la hiérarchie, 45% souhaitent accroître leurs compétences et 5% veulent créér leur propre entreprise. Près de 10 000 personnes suivent une formation de « management ». Particularité russe : 80% des étudiants paient eux-mêmes leur

formation. Leur entreprise n’est souvent même pas au courant, car leur démarche s’accompagne d’un désir de changer d’employeur. Souvent, ces personnes attendent de l’école l’équivalent d’un « business plan ». Les étudiants considèrent l’argent dépensé comme un investissement et veulent savoir en combien de temps ils obtiendront un retour sur cet investissement et selon quelles modalités. Or, les enseignants affirment qu’il n’est pas vraiment possible de donner des garanties. Car cet investissement ne s’avère pas toujours rentable. « Il vaut mieux suivre une telle formation si vous êtes déjà cadre. Si vous êtes au bas de l’échelle, c’est de l’argent jeté par les fenêtres », affirme le président de l’Association russe de l’enseignement des affaires, Sergueï Miassoedov. Et puis, l’« investissement » dans l’enseignement est toujours assez difficile à pronostiquer, note Miassoedov. L’objectif principal d’une telle formation est de permettre à la personne de faire face à un changement de statut. Cas classique : celui d’un très bon ingénieur qui est nommé directeur adjoint d’une société et doit tout à coup assurer le côté administratif, la gestion du personnel et la stratégie de l’entreprise. Les écoles de gestion offrent tout de même des données statistiques. Selon les chiffres de l’association MBA et du site de recrutement superjob.ru, 40% des diplômés de ces écoles de commerce connaissent une progression dans leur carrière dans les 2 à 5 ans après les études, et ce chiffre grimpe à 60% parmi les cadres spécialistes et cadres moyens. De plus, ils voient leur

Les écoles de commerce russe

La Haute École de management de Saint-Pétersbourg C’est en 2007 qu’a été fondée, au sein de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg (SPbGU), une Haute École de management, qui offre un large éventail de diplômes et de programmes : licence, mastère, doctorat, MBA, des programmes pour les dirigeants d’organisations sociales ainsi que des sessions de formation continue axées sur l’entreprise ou ouvertes sur l’extérieur. Au 1er septembre 2012, l’école comptait 1 200 étudiants et auditeurs libres. Tous les programmes de mastère sont en anglais et sont conformes aux normes européennes ECTS. En 2009, un double diplôme de MBA a été créé en partenariat avec HEC Paris. La réputation de l’établissement lui a valu en 2008 de devenir le seul représentant de la Russie comme membre à part entière de la Communauté des écoles de commerce.

NATALIA MIKHAYLENKO

Le « management » fait aujourd’hui partie intégrante de la panoplie de l’enseignement supérieur russe dont les établissements répondent désormais aux normes internationales.

revenus grimper d’une fois et demie. La formation en elle-même est pratiquement semblable à celle dispensée en Europe ou aux États-Unis tant au niveau du programme qu’en termes de la durée et du coût. Bien qu’il soit difficile d’établir une moyenne car les écoles sont nombreuses et variées, les établissements les plus cotés selon les critères internationaux se situent au niveau « intermédiaire supérieur ». Ce qui signifie qu’il n’y a pas d’équivalent de Harvard en Russie, mais qu’il y

Aucune école russe ne détient encore de label international indicatif de la qualité de l’enseignement De nombreux établissements russes proposent des formations conjointes avec des écoles européennes

existe en revanche des établissements capables d’enseigner au même niveau que les bonnes écoles européennes. À l’étranger, les employeurs restent pourtant méfiants à l’égard des diplômés des écoles russes. Cela est dû en partie au mauvais souvenir de ces écoles de commerce « sauvages » du début des années 90, explique un spécialiste du recrutement. « À cette époque, beaucoup de « fausses » écoles ont discrédité l’enseignement russe et beaucoup d’entreprises étrangères se mé-

fient par conséquent des diplômes russes », explique un resp o n s a b l e d e s re s s o u rc e s humaines de l’agence de recrutement Headhunter. La Russie est aussi un pays où l’on peut littéralement « acheter » son diplôme. Rien que dans le métro, il n’est pas rare de voir un écriteau « diplôme » annonçant la vente de contrefaçons. Mais les choses changent et de plus en plus d’établissements mettent en place des formations conjointes avec des écoles européennes, donnant droit à un double diplôme.

EN BREF

De quoi faire déborder la Coupe du monde...

Ekaterinbourg en piste pour l’Expo 2020

Un grand « nettoyage » des tribunes est à l’ordre du jour à la suite du grave incident survenu le 17 novembre dernier lors d’un match entre le Dynamo Moscou et le Zénit Saint-Pétersbourg. TIMOUR GANEEV LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Dès le début de la rencontre au stade Arena Khimki, des individus se sont mis à jeter sur la pelouse des pièces de monnaie, des objets métalliques, des briquets et des fumigènes. Un pétard, lancé au cours de cette salve, a explosé tout près du gardien du Dynamo, Anton Chounin, le blessant et lui faisant perdre momentanément connaissance. Les médecins du club ont réussi à le ranimer au bout de 15 longues minutes. L’arbitre Alexeï Nikolaev a décidé de mettre un terme au match. Chounin souffrirait de brûlures de la cornée et d’une perte auditive. C’est loin d’être le premier incident grave causé par des supporteurs russes cette année. Les joueurs du Dynamo Moscou ont notamment été visés le 16 octobre par des tirs de paintball de la part de certains fans mécontents des résultats. Des supporteurs racistes

jettent régulièrement des bananes sur des footballeurs étrangers ; les supporteurs des équipes du Caucase sont régulièrement agressés et répondent en sifflant l’hymne russe. Ceux de l’Anzhi de Makhatchkala accompagnent leur équipe en Europa Ligue dans le seul but de provoquer des bagarres. L’incident du pétard a donc été l’incident de trop au cours d’une saison de violences.

Des individus racistes agressent les joueurs étrangers et les supporteurs des équipes du Caucase Durant une réunion d’urgence consacrée au comportement des supporteurs, le président de la Ligue de football russe Sergueï Priadkine a déclaré que « l’incident concernant la blessure d’Anton Chounin a été le point culminant. On ne peut pas continuer comme cela. Désormais, les clubs invités devront vendre euxmêmes des billets pour le secteur visiteurs, tous les acheteurs des billets devront présenter leur passeport, et si les supporteurs

d’une équipe violent les règlements de la Ligue, leur club sera obligé de faire jouer le match suivant à huis clos ». Ces dispositions ne s’inscrivent pas dans la pratique mondiale. Les supporteurs occidentaux ne sont pas obligés de présenter leur passeport et les matches à huis clos sont rarissimes. En Russie, les choses ne sont pas si simples. Les sommes immenses investies dans le football russe ont attiré plusieurs stars internationales. Parmi les grands joueurs « importés » figurent notamment l’attaquant allemand Kevin Kurányi, le milieu de terrain de l’équipe nationale de France Lassana Diarra, l’attaquant de la sélection brésilienne Hulk et le Camerounais Samuel Eto’o, double vainqueur de la Ligue des champions. La Russie a en outre obtenu l’organisation du Mondial de football de 2018. Mais Moscou pourrait perdre le bénéfice de sa montée en puissance footballistique. La faible sécurité dans les stades et le comportement violent des supporteurs locaux pourraient non seulement décourager les grands joueurs internationaux participant au championnat de Rus-

© ALEKSANR VILF_RIA NOVOSTI

Football La violence des supporteurs ternit l’image de la Russie, qui accueillera le Mondial 2018

La violence des supporteurs russes menace-t-elle le Mondial 2018 ?

sie, mais aussi entraver considérablement les préparatifs du pays pour la Coupe du monde. « Les supporteurs n’arrivent pas de la planète Mars, ce sont simplement des membres de notre société, indique le président du Dynamo Moscou, Guennadi Soloviev, qui pense que l’école peut enseigner les bons comportements. Je suis persuadé que nous réussirons à améliorer la situation, au point où il n’y aura pas de propos plus méprisants que ‘l’arbitre au vestiaire !’ ». Reste que pour Edvard Sergean, un responsable du club des supporteurs du Zenit, les Russes ne sont pas différents des supporteurs étrangers. Selon lui, les personnes impliquées dans les derniers scandales au

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sein du foot russe ne sont liés qu’indirectement aux mouvements de supporteurs. « Les personnages qui lancent des pétards et commettent d’autres violations sont des gens assez superficiels, explique M. Sergean. Ils n’ont pas besoin du foot, ils ne savent rien sur l’équipe qu’ils soutiennent. Tout ce qu’ils veulent, c’est commettre des délits. Lancer un fumigène, jeter une banane, agresser leur rival. Et il est dommage qu’à cause de ces personnes, tous les supporteurs russes soient qualifiés d’agresseurs. Ce problème existe aussi en Europe occidentale. Les vrais supporteurs font tout leur possible pour soutenir leur équipe et pour ne pas provoquer leurs adversaires ».

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Le 3 décembre, lors de la cérémonie officielle au siège du BIE à Paris, la Fédération de Russie a déposé la candidature de la ville d’Ekaterinbourg à l’organisation de l’exposition universelle 2020. Un espace a déjà été défini pour le futur parc de l’Expo. Il s’étendra sur 587 hectares au bord d’un étang situé au cœur de la ville. Un centre logistique comprenant une gare, une station de métro et un arrêt de bus sera également construit sur la rive droite de l’étang, à 35 minutes en train de l’aéroport. Les pavillons d’exposition occuperont une surface de 182 hectares, le reste étant réservé aux hôtels, bureaux, restaurants et magasins, ainsi qu’à l’aménagement de boulevards et de parcs, fierté des concepteurs.

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Économie

PARTENAIRE

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI WWW.LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR COMMUNIQUÉ DE ROSSIYSKAYA GAZETA DISTRIBUÉ AVEC LE FIGARO

Transports Le français Gefco passe sous contrôle de RZD

La société ferroviaire russe RZD a repris au groupe français PSA Peugeot Citroën 75% de sa filiale de logistique Gefco. Et s’est dans la foulée installée en plein centre de Paris. PAUL DUVERNET LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Tout est allé très vite. Le 27 novembre, RZD entérinait son rachat de Gefco pour 800 millions d’euros. Puis ouvrait le 11 décembre, fièrement, son bureau de représentation sur les prestigieux Champs-Élysées. Selon Alexandre Saltanov, vice-président du géant ferroviaire russe, « l’emplacement est très symbolique. Notre société considère comme prioritaire la coopération avec nos partenaires français ». Il souligne à l’occasion que le nombre de passagers voyageant en train entre la Russie et la France a plus que doublé en un an, passant à 9 000 personnes. Mais par partenaires, RZD entend surtout les groupes français SNCF, Alstom et Gefco. Ce dernier vient d’être racheté à PSA pour plusieurs raisons. D’une part, RZD souhaitait revenir en force dans le fret après avoir été contraint, par un plan de privatisation, à vendre à contre-cœur sa filiale PGK, qui lui assurait de solides profits. Dans le cadre des réformes du transport férroviaire, RZD a récemment dû vendre la compa-

gnie PGK. « Très rentable, elle nous rapportait chaque année 20 milliards de roubles (environ 500 millions d’euros) de bénéfices. Il nous fallait remplacer cette source de revenus, explique le président de RZD Vladimir Iakounine. En outre, la politique du groupe est de fournir un service « porte à porte » au client, ce qui ne peut se faire de nos jours qu’au moyen d’un système logistique très performant ». Le groupe russe espère obtenir un transfert de savoir-faire. Les spé-

Avec la constitution d’un corridor ferroviaire, le rail russe aura un rôle croissant entre l’Asie et l’Europe cialistes de Gefco seront notamment chargés de moderniser l’activité conteneurs de RZD, qui n’est pas tout à fait au niveau international, mais qui possède un potentiel énorme. Sur le long terme, il fait le pari que « le rail russe aura un rôle croissant dans les transports entre l’Asie et l’Europe » avec la France comme un des principaux aboutissements du corridor ferroviaire.Vladimir Iakounine souligne qu’il s’agissait d’acquérir « une des plus solides entreprises européennes de logistique ». Ce qui a été réalisé dès que PSA a

fait savoir qu’il souhaitait se séparer de Gefco, qui travaillait déjà avec RZD pour l’approvisionnement de l’usine russe PSA près de Moscou. Le groupe russe a obtenu l’assentiment du régulateur et dispose de six mois pour gérer la transition. « Nous garderons le siège social en France, le PDG, la majorité de la direction et le personnel », a indiqué Vladimir Iakounine pour calmer les inquiétudes des salariés français. Ce qui n’empêche pas RZD d’optimiser la structure de Gefco dans un second temps : « Des changements qui seront décidés avec nos partenaires français », précise le patron russe. Gefco emploie à ce jour 9 400 personnes, dont près de la moitié en France. La société devrait maintenir en poste son patron actuel, Luc Nadal. RZD indique de son côté vouloir conserver toutes les activités du transporteur, y compris celles liées à PSA. Gefco poursuivra sa stratégie d’expansion internationale, en Chine, en Inde et en Amérique latine, tout en accélérant son développement en Europe centrale et orientale et plus particulièrement en Russie, rapporte un communiqué de l’entreprise. La société française est très exposée au secteur automobile, avec plus de 3 millions de voitures transportées, des usines vers les points de vente, en pas-

LORI/LEGION MEDIA

La filière du rail mène les chemins de fer russes en France EN CHIFFRES

60%

sant par les parkings de stockage et des ateliers de « postproduction ». Gefco dispose de toute la panoplie d’un groupe logistique, avec des camions, des wagons et même des navires affrétés. PSA, qui détenait jusqu’ici 100% de sa filiale, gardera 25% d’une entreprise très rentable avec une marge opérationnelle de 5,8% en 2011, pour un chiffre d’affaires de 3,78 milliards d’euros et une croissance de 13%. PourVladimir Iakounine, il est « important que PSA garde sa part de 25% plus une action car cela permet de créer un vrai partenariat. Le fait que 60% du chiffre d’affaires de Gefco viennent de l’industrie automobile n’est pas un obstacle à nos projets de diversification ». La priorité de RZD avec Gefco est de développer les activités de fret entre l’Asie et l’Europe. La Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan prévoient de créer une entreprise commune de logistique ferroviaire. Gefco, tout

Activité de Gefco orientée vers l’automobile. Le groupe est leader européen de la logistique automobile avec un chiffre deux fois supérieur à son principal concurrent.

800 millions d’euros, c’est la somme versée par RZD pour monter à 75% du capital de Gefco. Une somme pour laquelle le groupe russe a réalisé des emprunts.

25% Pourcentage du capital de RZD que le gouvernement russe souhaite privatiser avant 2016. La direction du groupe reste cependant très prudente sur le calendrier.

Énergie Moscou ne recule devant aucun sacrifice pour exporter vers l’Europe

La présence de Vladimir Poutine à l’ouverture officielle du chantier, le 7 décembre, signale l’importance géopolitique du gazoduc South Stream, qui évitera de passer par l’Ukraine. K.MELNIKOV, A.GABOUÏEV

AFP/EASTNEWS

KOMMERSANT

La nécessité de construire South Stream a été évoquée pour la première fois en 2005. Comme pour le gazoduc Nord Stream récemment mis en service, le projet constituait une parade aux nombreuses guerres du gaz avec l’Ukraine, qui possède un quasi-monopole sur le transit du gaz russe vers l’Europe : sur 150 milliards de mètres cubes d’exportations annuelles, Kiev en voit transiter 100 milliards. Le mémorandum sur la construction d’un nouveau gazoduc a été signé en 2007 par Gazprom et l’italien Eni. Depuis, le projet a cessé d’être russo-italien. Actuellement, les actionnaires de la société d’exploitation South Stream Transport AG sont Gazprom (50%), Eni (20%), EDF (France) et l’allemand Wintershall (15% chacun). South Stream devrait constituer le projet de gazoduc le plus cher et le plus important lancé sous Poutine. Le nouvel ouvrage partira de Djoubga par le fond de la mer Noire. La conduite principale ira vers le nord de l’Italie, à travers la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie

South Stream sera le gazoduc le plus coûteux lancé sous Poutine.

(plus un embranchement vers la Croatie). Sa longueur devrait atteindre 2 355 km, dont 900 km de tronçon marin. Un autre bras ira de la Bulgarie, à travers la Serbie et la Hongrie, jusqu’à l’Autriche. La dernière branche partira de Bulgarie vers le sud de l’Italie à travers la Grèce et la mer Adriatique. La capacité de South Stream sera de 63 milliards de mètres cubes par an. La mise en service de la première tranche de 15,5 milliards de mètres cubes de gaz est prévue pour la fin 2015, le début des livraisons pour le premier trimestre 2016. La pleine capacité sera atteinte en 2018. Le coût de construction de cet ouvrage pharaonique, personne

Des accords intergouvernementaux ont été passés avec six pays d’Europe centrale et l’Autriche ne le connaît précisément. En octobre, Gazprom l’a évalué à 15,5 milliards d’euros, mais une série d’ « ajustements » a fait passer le montant à 16-17 milliards d’euros. Le géant énergétique a reconnu tout à fait officiellement que le coût final pourrait être encore plus élevé. Valeri Nesterov de Sberbank Investment Research indique que Gazprom devra débourser près de 10 milliards d’euros supplémentaires

Article publié dans Kommersant

G-20 : la présidence russe veut favoriser les pays émergents et la croissance

© ILIA PITALEV_RIA NOVOSTI

Un nouveau gazoduc pour contourner Kiev

pour élargir le système unifié de fourniture de gaz de la Russie aux abords d’Anapa, afin de permettre le pompage de la quantité requise de gaz. Ainsi, l’ensemble du projet coûtera près de 27 milliards d’euros. Pour la pose du tronçon terrestre, la Russie a signé des accords intergouvernementaux avec la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Grèce, la Slovénie, la Croatie et l’Autriche. La réalisation de la partie marine a nécessité des négociations avec la Turquie. Et presque chaque accord a coûté à Gazprom des concessions douloureuses, soupire une source au sein du gouvernement. Parmi les pays censés accueillir la conduite, c’est la Bulgarie qui a posé le plus de problèmes, se rappelle l’interlocuteur de Kommersant Vlast. Ce n’est que le 15 novembre 2012 que le n°1 de Gazprom, Alexeï Miller, a réussi à s’entendre avec les autorités du pays. En outre, la holding a également dû donner un coup de pouce à l’économie bulgare, en octroyant un rabais sur le prix du gaz en échange de la participation de Sifia au projet South Stream : 20% à partir du 1er janvier 2013, alors que le groupe russe ne tablait que sur 11%. La Bulgarie a aussi obtenu le droit d’acheter du gaz en direct. M. Miller a indiqué que le prix payé par Sofia sera l’un des plus faibles, et Gazprom assumera des engagements sociaux envers les Bulgares, par exemple en parrainant le club de football « Levski », qui rejoint l’empire footballistique du géant russe avec le Zénit de St-Pétersbourg, le club allemand Schalke et l’Étoile rouge de Belgrade.

en restant une filiale indépendante au sein de RZD, fera partie intégrante du futur corridor ferroviaire Asie-Europe. En tant qu’investisseur stratégique, RZD entend bénéficier d’un effet de synergie maximum à la faveur de cette acquisition en raison de la complémentarités des deux pôles. Par conséquent, le groupe français ne sera pas « digéré » par RZD, mais restera une entité à part bénéficiant d’une intégration idoine des processus commerciaux. Sur ce point, le groupe russe considère l’acquisition comme profitable sur les plans tant commercial que technologique. Vladimir Iakounine ne cache pas qu’au-delà de Gefco, il espère resserrer les liens avec la SNCF et profiter de son savoir-faire. L’installation à Paris est aussi un moyen d’intégrer « l’expérience française pour rénover les gares et créer des stations multimodales », assure le PDG de RZD.

Ksénia Ioudaïeva. SUITE DE LA PREMIÈRE PAGE

« Notre tâche est de faire en sorte que les pays émergents soient davantage représentés », ajoute Silouanov, précisant que les BRICs (Brésil, Russie, Inde et Chine) et les États-Unis sont favorables à un rééquilibrage, qui rencontre de fortes réticences en Europe. Rappelons que le G-20 réunit les 19 principales économies de la planète, plus l’Union Européenne. Leurs ministres des Finances sont en contact étroit et se voient régulièrement. Les chefs d’État vont se réunir à l’occasion d’un grand sommet à SaintPétersbourg en septembre 2013. Là où la Russie est restée vague, c’est sur la réforme de l’architecture financière mondiale.

Vladimir Poutine a défini la mission ainsi : encourager la croissance économique, la création d’emplois, la promotion de l’investissement et une régulation plus efficace, précisant que Moscou allait, pendant son année de présidence, s’efforcer « d’atteindre les objectifs à long terme du pays et renforcer la position de la Russie dans la gestion de l’économie mondiale ». Mais comment ? Les méthodes n’ont pas été dévoilées. Ksénia Ioudaïeva, qui est également conseillère du président, s’est engagée à lutter contre les mesures protectionnistes : « C’est un point central de notre présidence ». Anton Silouanov s’est voulu paternaliste en promettant une surveillance plus sévère des pays surendettés. « Il est important pour les investisseurs de voir une liste de mesures claires menant à une réduction de la dette de 100% à 80% du PIB ». Mais là encore, il n’a pas dit comment il allait s’y prendre. Parmi les experts russes, le scepticisme domine. Le politologue Alexeï Makarkine doute des capacités de la Russie à tirer profit de sa présidence, étant donné que le fonctionnement du G-20 ne permet pas au pays qui en assure la présidence d’imposer ses vues, mais simplement de rechercher des arrangements entre les membres dans les limites du cadre formé par des accords antérieurs.


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Dossier

05

Fêtes Parcourez avec nous les régions du Grand Nord russe et découvrez les multiples manières et moments de célébrer le Nouvel An !

Réveillonner à n’en plus finir ! NATALIA MIKHAYLENKO

Qui n’a rêvé que la période des fêtes se prolonge toute l’année ? Les réjouissances tourneraient certes au cauchemar... Mais en Russie, il est possible de faire durer longtemps le plaisir. Les célébrations du Nouvel An peuvent s’étaler sur plusieurs semaines. Les Russes le fêtent neuf fois de rang à des dates différentes, en fonction des régions et des fuseaux horaires. Pour ce qui est du 31 décembre, on peut entendre le son des carillons et boire du champagne à trois reprises sans quitter le pays : en prenant un avion à 8 heures du matin à Vladivostok, pour faire escale à Omsk avant d’atterrir à Moscou, les plus chanceux peuvent faire la fête trois fois en une journée ! DARIA GONZALEZ LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Carélie, le 25 décembre

Tchoukotka, le 21 décembre Pour célébrer le Nouvel An plus tôt que les autres, il suffit de se rendre en Tchoukotka, où les fêtes ont lieu une semaine avant le reste du monde, lors de la nuit la plus longue du 21 au 22 décembre. C’est à ce moment que l’Altaï monte dans la constellation de l’Aigle, étoile rituelle appelée « Pyguetti » par les Tchouktches. Le matin du 22 décembre est considéré comme le premier de l’année, et c’est à partir de ce jour-là que les heures de clarté commencent à augmenter. En plus des tambours et gris-gris, chaque famille tchouktche sort la planche d’un « briquet » à l’aide duquel elle allume le feu traditionnel la nuit du Nouvel An. Quant aux éleveurs de rennes, ils remplissent de graisse de l’animal de petites poches en peau, dans le but d’« amadouer » les mauvais esprits.

Chez les habitants de cette région, le Nouvel An commence le 25 décembre pour être célébré dans la joie et le bruit : des personnages déguisés tournent enchantant autour des maisons des villages et prédisent l’avenir. Pour deviner le futur, ils ont recours à des « pantalons de Sioundiou », crêpes imposantes cuites la veille. On y creuse des trous pour les yeux et le nez, avant de les mettre sur le visage comme un masque. Les filles qui souhaitent se marier tôt peuvent quant à elles participer à diverses épreuves : passer à travers une meule de foin laissée dans la rue plus d’un an, sauter par-dessus un feu de bois ou être suspendues les yeux bandés à la poutre d’une remise.

Iakoutie et district autonome de Iamalo-Nénétsie, les 21 et 22 juin Pour célébrer le Nouvel An en été, les voyageurs devront se rendre en Iakoutie, où la fête de l’Yssyakh coïncide avec le solstice d’été les 21 et 22 juin. Les Iakouties fêtent donc le Nouvel An deux fois : en hiver en même temps que les autres Russes, mais aussi en été, conformément à leurs anciennes traditions.

Veliki Oustioug, fin décembre Le nord de la Russie a toujours dégagé un air de conte de fée en raison de son architecture en bois et de ses monuments historiques, mais aussi de ses étendues de forêts, de marais et de lacs. Nichée au nord-est de la région de Vologda, Veliki Oustioug

MOSCOU

est la « ville natale » de Ded Moroz (équivalent russe du Père Noël).

Tchouvachie et Bachkirie, le 21 mars En plus de l’anniversaire de masse de tous les Bouriates, il est tout à fait possible de célébrer un Nouvel An printanier. En Tchouvachie et en Bachkirie, deux régions à l’ouest de la Bouriatie, le changement d’année est célébré le 21 mars, date à laquelle le jour et la nuit durent le même nombre d’heures. Les Bachkires et les Tchouvaches ont hérité de cette tradition du « Nouvel An printanier » de la part des Perses. Le jour du Nouvel An, il est interdit de jeter les eaux usées de la maison ou de laver les vêtements.

Bouriatie, fin février Mari El, le 22 décembre Pour continuer les festivités, il faut parcourir 9 000 kilomètres vers l’ouest et la république de Mari El, qui célèbre l’apparition de la nouvelle lune durant le solstice d’hiver, le 22 décembre. Les principaux jours de fête correspondent généralement à la Noël orthodoxe, les 6 et 7 janvier. Durant cette période, les habitants de la région s’offrent des noix, dansent en rond, disent l’avenir et tirent des moutons par les pattes. Le nom Chorykiol (donné par la population au Nouvel An) signifie « patte de mouton » : pour les maris, la tradition de tirer le mouton par les pattes assurera la fertilité et la richesse de la famille au cours de l’année à venir.

Région de l’Altaï, fin février Après les fêtes traditionnelles d’hiver propres à chaque ville russe et qui durent du 31 décembre au 7 janvier, il est possible de poursuivre la quête de Nouvel An dans la région de l’Altaï. Là-bas, le jour de l’An est célébré fin janvier ou début février, en fonction du calendrier lunaire. Le matin du Tchaga Baïram (nom donné par les Altaïens au Nouvel An), les anciens de toutes les villes et villages aspergent la terre de lait et accrochent sur les branches des arbres deux cordons : un bleu et un blanc. Les chefs de famille allument notamment d’énormes feux dans les cours. Ce jour-là, les Altaïens se demandent également pardon, et les repas sont principalement à base de lait : fromage, talkan (bouillie de blé grillé) et borsok (sorte de pain).

Chez les Bouriates, la principale fête est la Sagaalgan, Nouvel An correspondant au calendrier lunaire. Elle n’a pas de date précise et est chaque année célébrée un jour différent, toujours à la fin de l’hiver lors de la nouvelle lune de février. La fête de Sagaalgan ne commence pas à minuit mais tôt le matin, au premier jour de la nouvelle année. Le repas est obligatoirement composé de produits blancs à base de lait, cette couleur symbolisant le bonheur. On trouve également à table de la viande de mouton et des grosses ravioles cuites à la vapeur. Le thé est de la partie : il est préparé avec du lait, du sel et de la graisse animale. Ces célébrations sont l’occasion de brûler de vieilles affaires, manière symbolique d’effacer les péchés du passé. Et vu que les Bouriates ne fêtent pas les anniversaires, chaque habitant vieillit d’une année lors du Nouvel An.


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Opinions

LE PARTENARIAT UERUSSIE, JUSQU’OÙ ? Fiodor Loukianov POLITOLOGUE

L

ors du 30ème sommet Russie-Union européenne ce mois-ci, le président russe, Vladimir Poutine, va sans doute, une fois de plus, prononcer un discours dans lequel il ne manquera pas de proposer à l’Europe une coopération stratégique et un rapprochement politique. Dans ce domaine, Poutine a toujours su rester dans la continuité. Que ce soit à la veille de son premier mandat, au début des années 2000, lorsque les perspectives de coopération étaient prometteuses, ou à la fin 2010, lorsque les rapports étaient plus tendus, ou encore pendant la période où il était Premier ministre, il a toujours tenu le même discours. La Russie et l’UE doivent mettre leur potentiel en commun, ce qui apparaît évident et indispensable pour faire face à la rude concurrence mondiale en ce XXIème siècle. Personne ne conteste ce fait. La difficulté reste de trouver le point de convergence. Pour l’UE, il paraissait évident que ce devait être le modèle européen, l’ensemble des valeurs et des normes de l’Europe unie. La Russie n’aurait qu’à les adapter, et en avant pour le rapprochement. Pour Poutine, la dynamique devait venir des deux côtés et mener à un partenariat sur un pied d’éga-

lité. Moscou contestait la volonté de l’UE d’imposer ses critères, sans toutefois rejeter le bien-fondé de certaines normes européennes. Avec le nouveau mandat de Poutine, bien des choses ont changé. La Russie a, en toute connaissance de cause, choisi de refuser le modèle qualifié d’européen. Dans les années 19902000, elle a vécu sa part de querelles avec ses partenaires européens sur les questions de politique et de valeurs, campant toujours sur ses positions, défendant sa « particularité nationale » et mettant l’accent sur l’impossibilité pour elle d’atteindre aussi rapidement le même niveau de démocratie que celui vers lequel les autres pays avancent depuis des siècles. Sans rejeter la recherche d’une vision et d’un objectif à l’échelle mondiale, Moscou a toujours revendiqué le droit de choisir la voie et le tempo pour y parvenir. Aujourd’hui, la Russie a tout simplement abandonné l’idée même de l’existence de cet objectif imposé de l’extérieur. Le modèle européen « standard » n’est plus un étalon pour elle et ses valeurs sont remises en cause. Moscou, qui refusait auparavant la notion même de « valeurs » et insistait sur la nécessité de trouver des intérêts communs, soutient aujourd’hui des valeurs très conservatrices. L’affaire Pussy Riot révèle la rupture à ce sujet.

En Europe, on parle de persécution politique, d’atteinte à la liberté d’expression ; en Russie, on emploie le terme de « blasphème ». D’un côté le progressisme européen et de l’autre, le conservatisme russe.

La rupture des valeurs est évidente : d’un côté le progressisme européen et de l’autre, le conservatisme russe

Les divergences politiques entraverontelles la coopération économique entre la Russie et l’UE ? Face à l’effondrement des principes moraux et idéologiques soviétiques et post-soviétiques, la société russe tente de trouver un autre socle. Le fait de se tourner vers les valeurs culturelles et religieuses traditionnelles n’est pas un phénomène exceptionnel. De plus, il n’est pas dit que l’identité nationale va se forger sur cette base traditionnaliste - le vent peut tourner. L’Europe, de son côté, n’est pas à l’abri de sérieux revirements au vu du

rythme et de l’ampleur des chamboulements internationaux. Néanmoins, pour le moment, les trajectoires entre la Russie et l’UE divergent et laissent peu d’espoir de rapprochement dans un avenir proche. En économie, c’est tout l’opposé. La Russie vient d’entrer dans l’Organisation mondiale du commerce. Ce n’est pas le coup de baguette magique qui va attirer la manne céleste des investissements internationaux, mais l’intégration de la Russie dans un cadre réglementaire international contribuera à rassurer les entrepreneurs étrangers et à leur donner des garanties. L’Europe n’avait pas attendu l’adhésion à l’OMC pour voir dans la Russie non seulement un fournisseur de matières premières, mais un énorme marché au pouvoir d’achat sans cesse croissant et un pays à la recherche de partenariats technologiques. Comme l’a révélé, dans un entretien privé, un haut fonctionnaire européen, la Russie représente pour l’Europe le dernier Eldorado, donnée non négligeable dans le contexte actuel de stagnation du marché européen et de l’instabilité des marchés mondiaux. Les entrepreneurs européens souhaitent vivement que les divergences politiques n’entravent pas leur coopération économique avec la Russie, pas plus qu’elles ne les avaient empêchés d’investir en Chine. Bien sûr, le climat d’investissement en Russie n’est pas au beau fixe, mais à défaut d’autres débouchés... Reste la question : comment parvenir à concilier ces deux tendances contradictoires - le désaccord idéologique et l’attirance économique ? Ou bien les partenaires européens devront fermer les yeux sur les particularités nationales russes, ou bien la Russie devra se tourner de nouveau vers le modèle politique européen ; sinon, la coopération économique risque de pâtir de ces querelles. Moscou a bien conscience des changements qui se produisent, particulièrement révélateurs sur le marché de l’énergie. L’âge d’or et la toute puissance de Gazprom sont révolus. Dorénavant, il va falloir se battre pour garder ses clients et adapter ses tarifs, en Europe mais aussi en Asie, vers laquelle la Russie se tourne de plus en plus. Sur le plan culturel et historique, la Russie est certainement plus proche de l’Europe et cela ne risque pas de changer. Mais l’Europe se retrouve soudainement reléguée à la périphérie. La Russie étant située aux trois quarts sur le continent asiatique, elle se doit d’y affirmer rapidement sa position stratégique. Et c’est sans doute vers quoi seront tournés ses efforts ces prochaines années. Rédacteur en chef du journal Russia in Global Affairs.

LU DANS LA PRESSE VRAIES OU FAUSSES PROMESSES?

Le discours du Président Vladimir Poutine à la nation était très attendu. Cette allocution annuelle est l’occasion d’énoncer un programme d’action, d’envoyer des signaux à divers groupes économiques ou sociaux, de rassurer et surtout de faire des promesses. Mais selon la plupart des observateurs, le chef de l’État s’est cantonné à des abstractions ou des sujets déjà évoqués maintes fois, en évitant les questions réellement brûlantes. Préparé par Veronika Dorman

RIEN QUE DES PAROLES

L’AUTOMNE DU PRÉSIDENT

RÉFORME SANS CONSENSUS

Éditorial

Éditorial

Boris Mejouev

GAZETA.RU/ 13.12

VEDOMOSTI/ 13.12

IZVESTIA/ 13.12

Le pouvoir commence à comprendre que le pacte social de la dernière décennie est rompu (les citoyens ne se mêlent pas des affaires de l’État qui ne se mêle pas de leur vie privée, tout en les faisant profiter de la rente pétrolière). Le président est au pouvoir depuis trop longtemps pour que les gens croient à ses paroles. Il est difficile d’être le « président de tous les Russes » dans un système où d’importants groupes sociaux et politiques ne sont pas représentés, en vertu du nettoyage opéré par Poutine lui-même depuis son arrivée au pouvoir. Son discours ne dit pas dans quel sens va la Russie. Et aucun nouveau pacte n’a même été défini.

Poutine a balayé l’éventail habituel des questions, en racontant comment vit le pays (parfois difficilement, mais de mieux en mieux, en somme) et comment il vivra bientôt (encore mieux), une série de mantras et de propositions. L’allocution était relativement courte, moins cohérente, moins concrète que d’habitude et imprégnée d’une certaine lassitude. Le message essentiel étant la confirmation de la stabilité comme caractéristique principale de la présidence de Poutine. Mais cette « stabilité » détonne avec une demande croissante de changement, formulée clairement par la société en 2012. Ce n’est pas la stabilité, c’est une stagnation.

Poutine fait un pas vers l’opposition, mais cette dernière est incapable d’en faire de même dans le sens de la conciliation, ce qui témoigne de sa faiblesse politique et de son inaptitude à jouer un rôle politique sérieux. Il est difficile d’imaginer que l’opposition puisse réellement avoir un impact sur le pouvoir aujourd’hui, comme par exemple Sakharov hier. Mais cet apolitisme de l’opposition reflète l’apolitisme de toute notre société. L’opposition ne peut soutenir un pouvoir pour lequel elle n’est qu’un obstacle à la conduite des affaires. Mais il faut admettre que le pas principal a été accompli : Poutine a reconnu la nécessité absolue d’une réforme politique.

L’ISLAM POLITIQUE ISOLE MOSCOU Evgueni Satanovski POLITOLOGUE

L

e « printemps arabe » se propage d’un État à l’autre, même si le processus a dérapé en Syrie. En 18 mois, la guerre civile a tourné à la lutte entre ethnies et confessions, avec ingérence étrangère. La récente visite du ministre des Affaires étrangères russe dans la péninsule arabique a démontré le refus des acteurs locaux de tenir compte de la position de la Russie. Alors que la chute du régime syrien ferait le jeu des forces djihadistes internationales, Moscou et Pékin ont bloqué, au Conseil de sécurité de l’ONU, toute résolution qui aurait débouché sur une intervention selon le scénario libyen. Ce qui n’exclut pas la délimitation d’une zone d’interdiction aérienne ; la création, à la frontière avec la Turquie, d’enclaves territoriales indépendantes de Damas ; ainsi que des opérations contre l’armée syrienne. La renaissance de l’islam politique au Proche-Orient est susceptible de s’étendre au-delà. L’éventualité d’un « printemps centrasiatique » en Ouzbékistan et au Kazakhstan grandit, surtout en cette période de changement de génération au pouvoir, avec le recours possible aux renforts kirghizes et tadjikes. Ce qui entraînerait la propagation de « l’islamisation démocratique » au Xinjiang chinois, à la région de la Volga et au littoral russe de la Caspienne. Il n’est techniquement pas impossible de provoquer des affrontements entre islamistes et autorités locales dans la zone transfrontalière russe et chinoise, en invoquant la liberté de religion et l’égalité sociale, avec le soutien de la communauté internationale. Les cellules salafistes d’Asie centrale et de Russie, ainsi que les sépa-

ratistes ouïghours de Chine, peuvent être sollicités avec des appuis financiers identiques à ceux du « printemps arabe ». Les capacités de la Russie à endiguer la menace islamiste sur son territoire ne sont pas négligeables. Mais la situation dans le Caucase du nord montre qu’il ne faut pas relâcher les efforts. Une coopération avec les gouvernements centrasiatiques est urgente dans la perspective du départ prochain des troupes occidentales d’Afghanistan. Le pouvoir d’influence de la Russie sur les États impliqués dans la propagation du « printemps arabe » est limité, voire nul. Le seul pays intéressé par un dialogue avec la Russie, en vertu de ses intérêts économiques, c’est la Turquie. Les monarchies du Golfe manifestent une hostilité croissante envers Moscou, et la rhétorique

Les États impliqués dans la propagation du « printemps arabe » craignaient l’URSS. La Russie les indiffère des médias sous leur contrôle rappelle l’époque de la guerre d’Afghanistan, à la différence près qu’ils craignaient alors l’URSS et que la Russie les laisse aujourd’hui indifférents. Quant à l’Iran, il n’éprouve aucune gratitude ni pour la résistance russe aux sanctions internationales à l’ONU, ni pour l’aide russe à la construction de la centrale nucléaire de Busher. On notera en passant que les sanctions sur l’exportation de gaz et de pétrole iraniens font plutôt les affaires de Gazprom et de Moscou... Evgueni Satanovski est président de l’Institut du ProcheOrient.

IORSH

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Culture CHRONIQUE LITTÉRAIRE

Moukhine, art de rue et un zeste de contestation

L’Obériou revisité

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Parmi les rendez-vous devenus habituels, de la gastronomie aux concerts de chanson russe, le festival Russenko explorera cette année le thème « l’art et la rue », question qui devient vite politique lorsqu’un artiste prend la rue en photo tandis qu’un autre y installe des créations subversives… Même les Parisiens les plus réfractaires quitteront la ville intra-muros pour la première rétrospective en France d’Igor Moukhine, infatigable chroniqueur de la vie moscovite depuis les années 80, et certainement le photographe russe le plus connu à l’étranger. L’un des premiers photographes en Russie à avoir intégré le concept de série, Moukhine pratique la chasse urbaine à la recherche d’objets et de scènes souvent insolites. Son regard repère ce que le commun des mortels ne voit guère – Moukhine a le talent de percevoir l’âme des objets, de capter le regard d’une personne dans la foule. « Je trouve que n’importe quelle poubelle dans la rue est animée. Imaginez seulement : quelqu’un l’a ruée de

(1) Cliché signé Igor Moukhine. (2) Graffiti de P183. (3) L’affiche du film Loin de Sunset Boulevard qui sera projeté dans le cadre de Russenko.

Prix Russophonie : remise à Paris le 16 février 2013 Le nom du lauréat du septième Prix Russophonie sera connu lors de la cérémonie de remise du prix, qui se déroulera pendant les Journées du livre russe à la mairie du 6ème arrondissement de Paris, les 15 et 16 février 2013. La manifestation, unique en son genre, réunira cette année encore une pléiade d’écrivains venus de France et du monde russophone, Asie centrale, Ukraine, Russie : d’Andreï Makine à Boris Akounine, en passant par Maïlis de Kerangal, Vassili Golovanov, Jean-Pierre Milovanoff, Iouri Bouïda, Olga Sedakova, Andreï Kourkov ou Bernard Werber. Un rendez-vous à ne pas manquer !

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portes de métro à travers lesquelles on aperçoit des policiers anti-émeute... Depuis que le journal anglais The Guardian a publié certaines de ses œuvres, le jeune homme (dont on ne sait que le prénom, Pavel, et l’âge, 28 ans) est célébré comme le Banksy (célébrité britannique) russe, et assoit sa nouvelle réputation en faisant des installations sauvages dans les grands musées du monde. En Russie, ses œuvres sont effacées avec une grande célérité par les autorités - raison de plus de venir à Kremlin-Bicêtre pour voir P183 et Nebay créer ensemble (samedi 26 janvier). La sélection cinématographique du festival présente le regard que porte la société russe

L’affaire Pussy Riot a rappelé à quel point la présence de l’art dans la rue pose problème aujourd’hui en Russie

KINOPOISK.RU

DARIA MOUDROLIUBOVA

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REX/FOTODOM

coups, un autre craché dedans, un autre encore la nettoie et la repeint. C’est un sujet servi tout chaud : un portrait de la poubelle abîmée par la vie ». La découverte de son œuvre par le public français fait d’autant plus figure de révélation que Moukhine, bien que nourri aux clichés de Cartier-Bresson, a été coupé du public occidental et des expérimentations formelles de ses contemporains américains : dans les années 1970 et 1980, la photographie russe ne dépassait guère les frontières de l’URSS... Sa chronique moscovite va de la jeunesse rock des années 90 aux monuments soviétiques abandonnés, des meetings prostaliniens aux manifestations pro-Pussy Riot. L’affaire des Pussy Riot a d’ailleurs rappelé à quel point la question de la présence de l’art dans la rue pose problème aujourd’hui en Russie : thème qu’Igor Moukhine abordera lors de la table ronde « L’art et la rue » en compagnie du graffeur français Nebay, du danseur hip-hop Boubacolorz et de l’artiste-plasticien urbain P183 (le Banksy russe). Ce dernier illustre à lui seul l’essor du Street Art en Russie. P183 utilise les bâtiments et le mobilier urbain comme autant d’éléments de mise en scène pour ses constructions visuelles. Des illusions presque parfaites : là un lampadaire transformé en branche de lunettes, ici des

La quatrième édition du festival Russenko, qui a réuni l’an dernier près de 5 000 visiteurs, se dote cette année d’une vraie ligne éditoriale et promet quelques belles surprises.

SERVICE DE PRESSE

Festival Russenko au Kremlin-Bicêtre

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sur la famille. On passera de la gaieté de La Noce de Pavel Lounguine à un mariage sous surveillance dans la Russie de Staline (Loin de Sunset Boulevard de Minaev), des frictions entre les générations dans Enterrez-moi sous le carrelage de Snejkine ou le méconnu La Parentèle de Mikhalkov, au délitement des relations lorsqu’un héritage se profile à l’horizon (Alexandra de Sokourov). Le politique n’est jamais loin dans ces drames de famille, car derrière les cinq histoires individuelles se cachent autant de portraits d’époque, des années 1930 à aujourd’hui. Du 25 au 27 janvier 2013 au Kremlin-Bicêtre, renseignements sur www.russenko.fr

Exposition « Intelligentsia » témoigne de l’évolution des intellectuels français et russes face au régime soviétique

De la séduction à la désillusion L’exposition « Intelligentsia, entre France et Russie, archives inédites du XXème siècle » rassemble à Paris 300 documents exceptionnels retraçant l’histoire d’une fascination. JEAN-ERIC DESALME

AFP/EASTNEWS

La période parcourue par les documents de l’exposition (manuscrits, correspondances, photographies, dessins, affiches, etc.) s’étend de 1917 à 1991, fin de l’ère soviétique. En 1918, Pierre Pascal fait partie de ces Français enthousiastes qui s’engagent sur le sol russe pour le régime naissant puis sont peu à peu écartés. Outre l’article qu’Albert Londres consacre en 1920 à ce « bolchévik » de la première heure (lequel, revenu en France, soutiendra bien plus tard Soljenitsyne), il est notable de constater comment, avant même la fondation de l’Union soviétique, en 1922, le pouvoir fiche soigneusement ses collaborateurs les plus zélés : un questionnaire détaillant le travail assidu de Pascal au Commissariat du peuple et une fiche de renseignements fournie en témoignent. Faisant le chemin en sens inverse, une véritable communauté d’écrivains russes de grand talent émigre à Paris dans

INSTITUT FRANÇAIS, JULIETTE ROBERT

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Les premiers ministres Medvedev et Ayrault lors de l’inauguration.

À l’issue d’une longue et difficile naturalisation, Natalia Tcherniak deviendra Nathalie Sarraute l’entre-deux-guerres. S’il est poignant de découvrir l’écriture fine de Marina Tsvetaeva remerciant « de tout cœur pour la centaine [de francs] supplémentaires » le Comité de secours aux écrivains russes, l’on est frappé par le fait

qu’un futur grand écrivain français ait dépendu de difficiles démarches administratives concernant sa naturalisation : Natalia Tcherniak deviendra Nathalie Sarraute. Dans les années 1930, le régime soviétique fixe la ligne : le réalisme socialiste. Beaucoup d’affiches exposées en témoignent, mais « la réalité » ce sont alors d’innombrables femmes et hommes déportés, emprisonnés, torturés, exécutés parmi les intellectuels et écrivains, les cadres du Parti et de

Le PCF célébrant la révolution.

l’Armée (et bien au-delà). Pour Staline, dans un entretien accordé en 1935 à Romain Rolland, retranscrit en français, il n’est nul besoin ni de procès ni de défenseurs pour ceux qu’il désigne comme des « criminels-terroristes » dès lors que, coupables ou non, ils constituent une menace. Le film et les photographies relatant l’enterrement de Gorki, un an plus tard, au cours duquel André Gide prononça un discours, sont étonnants, tant ils contrastent avec son « Retouches à mon retour de l’URSS » où il

écrit : « Je doute qu’en aucun autre pays […] l’esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif… » Les crimes d’État, entachés vers la fin du règne de Staline de xénophobie et d’antisémitisme, comme le rappelle le remarquable « livre-catalogue », continuèrent après sa mort, malgré les témoignages d’intellectuels russes et français, sous la forme d’internements dans les goulags et les hôpitaux psychiatriques. Si le catalogue évoque les soutiens que reçurent les dissidents en France, on trouve moins d’éléments dans l’exposition, malgré une note diplomatique française mentionnant, fait inédit, l’indignation en 1966 d’Aragon devant la condamnation des écrivains Andreï Siniavski et Iouli Daniel (notons aussi la reproduction de l’arrêté d’expulsion de l’URSS de Soljenitsyne, en 1974). Bien au-delà de l’horreur, des liens solides entre les écrivains et artistes des deux pays se maintinrent, envers et contre tout, comme le prouve la correspondance nourrie entre le poète Vadim Kozovoï et Blanchot, Char ou Michaux. École nationale des Beaux-Arts à Paris, jusqu’au 11 janvier

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TITRE : LA BAIGNOIRE D’ARCHIMÈDE, ANTHOLOGIE POÉTIQUE DE L’OBÈRIOU ÉDITION : CIRCÉ CHOISIE, TRADUITE ET PRÉSENTÉE PAR HENRI ABRIL

En Russie les poètes ont toujours fait trembler le pouvoir qui ne s’est jamais départi de sa méfiance à leur égard. De Pouchkine à Brodsky, la liste est longue, ils ont été muselés, arrêtés, déportés, fusillés. Ceux-là sont nés avec le siècle. Adolescents au moment de la Révolution, ils n’ont même pas 20 ans lorsque le pouvoir des soviets s’installe. Né du bouillonnement d’idées et de créativité sans précédent que connaît la Russie à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, leur mouvement, l’Obèriou, acronyme russe pour Groupement de l’art réel, sera l’ultime vague des avant-gardes russes qui imprègnent à l’époque tous les domaines artistiques en Europe. L’Obèriou est créé en 1927, à Leningrad, par Daniil Harms et Alexandre Vvédenski, rejoints par Nikolaï Zabalotski, Konstantin Vaguinov, Nikolaï Oleïnikov, Igor Bakhtérev, Guennadi Gor dont les éditions Circé ont publié récemment un recueil. Le peintre Kazimir Malévitch les accompagne. Dans leur manifeste les poètes obèrioutes déclarent forger « non seulement un langage poétique neuf, mais aussi une façon nouvelle de sentir la vie et ses objets…  ». Zabolotski interpelle : Guerrier du verbe, il est temps de faire chanter Au cœur de la nuit tes épées  ! Bataille des mots ! Combats du sens ! La tour syntaxe est mise à sac. On perçoit, dans le manifeste des obérioutes, l’écho du dadaïsme ou du surréalisme tout comme dans leurs happenings marqués d’un humour noir auquel le pouvoir est peu sensible. Les années 30 et l’instauration du réalisme socialiste auquel ils font si peu écho leur seront fatales. Censurés, les obérioutes destinent désormais leur poésie à leur « tiroir », comme on dit en russe. Certains se tournent vers la littérature enfantine.Vvédenski et Harms sont tous les deux arrêtés en 1931 et meurent en 42. Zabolotski survivra au Goulag, il devra attendre le dégel pour être de nouveau publié. Pour cette anthologie qu’il a composée et traduite, Henri Abril reprend le titre, La baignoire d’Archimède, de l’almanach projeté pour « combattre la routine littéraire », qui ne vit jamais le jour et où devaient se retrouver, aux côtés des textes des poètes obérioutes ceux de prosateurs (Tikhonov, Olecha), et de critiques formalistes (Chklovski, Eichenbaum,Tynianov). L’éditeur a fait le choix judicieux d’une édition bilingue, hommage aux poètes. Christine Mestre Découvrez d’autres chroniques sur larussiedaujourdhui.fr


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LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI WWW.LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR COMMUNIQUÉ DE ROSSIYSKAYA GAZETA DISTRIBUÉ AVEC LE FIGARO

Loisirs

Promenade insolite Un itinéraire d’une heure pour explorer les mythes et légendes de la capitale russe

PHOEBE TAPLIN LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Commençons par la sinistreVladimirovka, cette route empruntée par les convois de déportés enchaînés, envoyés par milliers vers les camps de travaux forcés sibériens. Plus loin, la Solianka s’appelle ainsi car jusqu’en 1733 elle abritait « La cour au sel » (1), où le sel était purifié et vendu. En face de l’église, le portail de l’ancienne Maison d’éducation impériale (2), aux colonnes décorées de figures mythologiques. Catherine II avait donné 100 000 roubles pour la construction de ce qui devint la première école de ballet de Russie. Au bout de la rue, s’ouvre une vue magnifique sur l’une des sept tours dites « sœurs de Staline » (3). Au beau milieu du quartier reconstruit dans les années 30, se

dissimule un hôtel particulier datant du XVIIIème siècle. À partir de 1812, cette résidence a appartenu au général Khitrov, qui donna son nom à l’ensemble du quartier, Khitrovka. À l’angle, dans la ruelle Podkolokolny, se trouvait le marché Khitrov (4), synonyme de pauvreté et de criminalité au XIXème. C’est ici que Stanislavski envoyait ses comédiens s’imprégner de l’atmosphère glauque qu’ils devaient recréer pour la pièce de Gogol Les bas-fonds. L’église Saint-Valdimir-auxJardins-Anciens et le couvent Ivanovski (5), qui se trouve en face furent construit au XVIème siècle par la femme du tsar Vassili III pour célébrer la naissance du tsar Ivan-le-Terrible. Avec le temps, le couvent se transforma en prison pour aristocrates comme la princesse Tarakanova (fille illégitime de l’impératrice Elizabeth et de son favori cosaque) ou bien la comtesse Daria Saltykova, accusée d’avoir torturé et tué 138 de ses serfs. Par-dessus le toit de la Var-

LORI/LEGION MEDIA (4)

Une maison abritant une chapelle cachée, le couvent dans lequel étaient recluses une tsarine usurpatrice et une propriétaire sanguinaire : deux des multiples étapes proposées.

NATALIA MIKHAYLENKO

Comment pénétrer les secrets bien gardés de Moscou

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varka, on voit le Kremlin (6). Petit détour dans le métro à la station Kitaï-gorod pour déceler les traces du « Métro-2 », ce métro secret construit par Staline. Au sortir de la station Barrikadnaïa, s’élève le gratte-ciel Koudrinskaïa (7) construit par les prisonniers du Goulag. La légende veut qu’un des prisonniers fut emmuré vivant dans le béton sur les ordres du gardien pendant la construction de l’édifice. De l’autre côté du périphérique se trouve la maison de Tchékhov (8), l’écriteau de l’époque « Doc-

teur A.P. Tchékhov » y figure encore. La première maison de la rue Malaïa Nikitskaïa, actuelle ambassade de Tunisie (9), appartenait auparavant au chef du KGB stalinien Béria. La légende veut que dans la cour furent découverts les corps de jeunes femmes assassinées sur ses ordres. Laissons les mauvais souvenirs derrière et continuons jusqu’à la maison-musée de Gorki (10) au bout de cette même rue. Cet édifice surprenant rend hommage à trois personnalités

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11 à la fois : l’architecte Chekhtel, qui a aménagé tout le premier étage en s’inspirant des fonds marins, a créé « l’escalier qui fond », des sculptures impressionnantes qui mènent à une lampe-méduse et la colonne aux lézards argentés ; le marchand Riabouchinsky, pour qui a été construite cette maison et la chapelle secrète à l’étage du dessus ; et bien sûr à l’écrivain Maxime Gorki, qui y a passé (malgré lui) les six dernières années de sa vie. Plus loin, la résidence des Morozov, véritable monument go-

thique avec ses tourelles et ses gargouilles, évoquant des dragons. Nous débouchons ensuite sur l’étang du Patriarche (11). Au Moyen-âge, cet endroit était considéré comme maudit mais sur ordre du Patriarche Iov, les marais furent asséchés et des étangs creusés pour y faire des élevages de poissons. L’action du premier chapitre du roman de Boulgakov, Maître et Marguerite, où apparaît le Diable, se déroule précisément ici. La Maison de Boulgakov (12) se trouve d’ailleurs juste au coin.

Histoire Le Musée juif et Centre de la tolérance de Moscou a été inauguré début novembre par le président israélien Shimon Peres

Œuvre de mémoire, message d’ouverture EMMANUEL GRYNSZPAN LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

À l’invitation de Vladimir Poutine, Shimon Peres a présidé à l’ouverture du nouveau musée juif qui occupe les 8 500 m2 du « Garage Bakhmetievski », un bâtiment constructiviste de 1927. La Fédération des communautés juives de Russie, qui est propriétaire des murs depuis 2001, caressait depuis dix ans le projet d’y ouvrir un musée, ce qui est devenu possible après de longs travaux de recherche et la levée de 50 millions de dollars auprès de donateurs privés. Le résultat est remarquable. Par sa conception, par la richesse

de sa collection et par l’émotion qu’il suscite, ce musée se hisse dès son ouverture parmi les lieux incontournables à visiter dans la capitale russe. « Nous avons pensé le musée comme un parcours chronologique sur deux axes amenant tous deux à la Seconde Guerre mondiale », explique Ralph Appelbaum, concepteur du projet. « Nous avons peu d’objets originaux à part le tank T-34 qui a libéré l’Europe, mais nous avons concentré nos efforts sur la collecte et la création de films documentaires ». L’agencement savant des éclairages attire l’attention du visiteur sur de vastes photographies murales, sur des sculptures et objets anciens décrivant la vie des Juifs, depuis les shtetls (village à population majoritairement juive) du VIIIème siècle, dans la « zone de résidence » où

Le musée s’est installé dans les murs d’un bâtiment constructiviste.

les Juifs étaient cantonnés par le pouvoir tsariste, jusqu’aux grandes villes du XXème siècle. Le parcours démarre par la projection d’un film de 10 minutes, « Le commencement », qui emmène jusqu’au début de la Diaspora. Au sortir de la salle de projection, on tombe sur une vaste « carte de l’émigration » sphérique illustrant l’éparpillement géographique singulier des Hébreux. Des maquettes grandeur nature, avec hologrammes, vidéos, sculptures, reconstituent les intérieurs des foyers juifs dans les shtetls. Puis l’exode vers les villes à la fin du XIXème, retracé avec l’exemple d’Odessa, ville ouverte, où l’on peut s’asseoir à la table de l’écrivain et dramaturge Cholem Aleikhem (et à celle d’autres personnalités juives locales). Ralph Appelbaum s’assied en face de l’humoriste

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ANIA SHILLER POUR THE VILLAGE

Une impressionnante collection de documents historiques et de films retrace la présence des Juifs sur le territoire russe au cours des deux derniers siècles.

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Aleikhem, pointant du doigt les livres virtuels posés sur la table, tactile comme un iPad. Les livres s’ouvrent comme des menus. « L’histoire n’est pas toujours un sujet passionnant pour les jeunes », explique cet homme, qui est l’un des concepteurs de musées parmi les plus respectés au monde. Le musée juif de Moscou met l’accent sur l’interactivité et l’ouverture vers un public le plus large possible, en particulier vers les jeunes. Cet effort pour se tourner vers les autres marque une volonté de ne pas tomber dans le communautarisme ou le sectarisme, un préjugé dont le peuple juif est souvent la victime. Ce n’est clairement pas un musée « fait par des Juifs et pour des Juifs », mais un lieu destiné à améliorer l’image des Juifs auprès de la population russe.

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