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Le film russe « Outro » prend part au Millénium Ce documentaire sur un cancer incurable sera présenté au Festival International à Bruxelles. P. 8

La beauté cachée du monde des fourmis Le photographe Andreï Pavlov est sans égal pour faire poser les insectes. P. 7

Produit de Russia Beyond the Headlines

© SHUTTERSTOCK/LEGION-MEDIA

Ce supplément est édité et publié par Rossiyskaya Gazeta (Moscou, Russie) qui assume seule l'entière responsabilité de son contenu Mercredi 4 avril 2012

CULTURE

Politique Un bilan des quatre années passées par Dmitri Medvedev au Kremlin

Que reste-t-il des réformes ?

Moscou : l’art de faire parler les murs © REUTERS/VOSTOCK-PHOTO

Dmitri Medvedev va rendre en mai sa place à Vladimir Poutine. Celui qui se définit comme un réformateur libéral a cherché pendant quatre ans à réformer la police, la justice et l'éducation. IGOR VIOUJNI

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Des réformes en matière de santé publique, de l’armée, de la police, de l’enseignement, du système électoral du pays ainsi qu’une réforme clé contre la corruption. Et une sérieuse restructuration politique en fin de mandat. Le président « technique », comme l’a surnommé l’opposition, a annoncé plus de réformes que Vladimir Poutine durant ses deux mandats. Pourtant, « quasiment toutes ces réformes ont été préparées sous Poutine. Et celles annoncées aujourd’hui seront réalisées par Poutine », souligne le directeur du Centre d’information politique, Alexeï Moukhine. Reste à savoir si ces réformes seront appliquées et les objectifs atteints.

À l’instar de ce que fait Pavel 183, l’artiste de rue révélé par la presse anglophone, le graffiti est en plein essor à Moscou. Les murs illustrés fleurissent à de nombreux endroits emblématiques de la capitale russe. Saison électorale oblige, les graffiti se colorent de politique. Cette nouvelle vague est dynamisée par Pavel 183, un créateur russe désormais aussi célèbre qu’énigmatique. Portrait de l’homme qui fait hurler les murs. PAGE 7 © REUTERS/VOSTOCK-PHOTO

Réforme de l’armée

C’est la réforme la plus complexe et la plus coûteuse. Depuis 2008, l’armée russe a subi des transformations radicales, une véritable restructuration de fond comparable, selon Rouslan Poukhov, directeur du Centre des stratégies et technologies, aux réformes de l’armée menées à l'éppoque par Pierre le Grand. On constate le passage du modèle soviétique de la conscription

C'est l'une des questions qui reviennent sur toutes les lèvres : « Poutine va-t-il enterrer les réformes entreprises par Medvedev ? »

du PNB de la Russie au moins sera consacré à la défense. « C’est l’une des réformes les plus radicales, et qui a été confrontée à une forte opposition de la part des militaires », raconte Alexeï Moukhine, soulignant les avancées positives. Les mesures

massive vers une armée plus mobile, une armée de métier. La part de l’armement moderne est passée de 10 à 16%. Il faut noter également que, début 2012, le salaire des militaires a été augmenté de 2 à 3 fois. En mars, Medvedev a annoncé que d’ici 2020, 2,8%

prises sont louables, mais la réforme ne fait que commencer : le réarmement n’en est qu’à ses prémisses, ainsi que l’enseignement militaire. Il est prévu d’ici 2017 de procéder à un vaste recrutement sur contrat pour former un corps d’armée professionnel. Si

cet objectif est atteint en 2017, on pourra dire que la réforme a réellement fonctionné. Commencera alors la douloureuse (pour les généraux) mesure consistant à abandonner la conscription. SUITE EN PAGE 2

Enseignement Atouts des universités russes pour les étrangers

PHOTO DU MOIS

La valeur ajoutée des études en Russie

Les grand-mères de l'Eurovision

CAROLINE GAUJARD-LARSON

© PHOTOXPRESS

Se lancer dans des études en Russie peut prendre parfois l'aspect d'un parcours du combattant : lourdeurs administratives, nonreconnaissance des diplômes belges en Russie, barrière de la lan-

"Bouranovskie Babouchki" est un groupe de femmes âgées de 42 à 86 ans, qui chantent des chansons traditionnelles et de la pop classique en russe. Elles ont été choisies par un vote populaire pour représenter la Russie au concours Eurovision. Sur la photo : Alevtina Byagicheva (au centre), 54, Ekaterina Chklayeva (à droite), 74, et Zoya Dorodova (à gauche), 74. www. larussiedaujourdhui. be/14357

© REUTERS/VOSTOCK-PHOTO

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

SUITE EN PAGE 3

Risque budgétaire

Vladivostok revit

Bruxelles durcit ses sanctions contre Minsk. La Russie reste à l'écart de la dispute, mais s'en inquiète à cause des conséquences pour sa propre économie, très liée à celle du Bélarus.

Dans son programme électoral, Vladimir Poutine a promis de grosses dépenses qui alarment en raison d'une conjoncture mondiale incertaine.

Vladivostok, le San-Francisco russe, attire les touristes du monde entier. En septembre, il accueillera aussi les hommes d'affaires pendant le sommet APEC-2012.

© RBTH

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Triangle biélorusse

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Pas de menace au-dessus de Poutine Le politologue russe Leonid Radzikhovski dépeint un Poutine débarrassé de la menace révolutionnaire à l'aube de son troisième mandat. L'opposition a selon lui trop peur du peuple et Poutine garde les mains libres. PAGE 6

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© REUTERS/VOSTOCK-PHOTO

La qualité de l’enseignement universitaire russe possède des arguments pour séduire les étudiants européens. Mais un choix se pose d'emblée : double diplôme ou diplôme russe ?

gue. Un séjour d’études en Russie ne s’improvise pas. Mais à peser le pour et le contre, ces obstacles, pour les Européens non russophones, sont largement compensés par la valeur ajoutée qu’apporte un diplôme russe. C'est du moins l'avis de plusieurs étudiants que nous avons rencontrés au cours de notre enquête. La qualité de l’enseignement supérieur dispensé en Russie reste excellente, comme le sont les débouchés professionnels d’un pays qui connaît une croissance nettement plus solide que celle rencontrée en Europe. Le double diplôme n’est certes pas la seule solution, mais il a bien des avantages et la faveur des établissements belges et français.

OPINIONS

EN LIGNE SUR

LARUSSIEDAUJOURDHUI.BE

Un regard grinçant sur les femmes Russes LARUSSIEDAUJOURDHUI.BE/14353


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Politique

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI www.larussiedaujourdhui.BE Supplément réalisé par Rossiyskaya Gazeta et distribué avec

Que reste-t-il des réformes libérales de Dmitri Medvedev ?

Corruption

Depuis longtemps, il était question du problème de la corruption en Russie, mais c’est Medvedev qui a pris les premières mesures concrètes de lutte contre

Sept nouvelles stations de ski, 11,5 milliards d'euros d'investissements, 100 000 emplois d’ici 2020, l’Etat russe ne lésine pas pour revitaliser l’économie du Caucase. PAUL DUVERNET

La russie d'aujourd'hui

© photoxpress

La police était très attendue. Seulement 10% des Russes ont confiance dans les forces de l’ordre. Les miliciens font peur : c'est une structure corrompue affamée de pots de vin et de fausses affaires pénales pour remplir les quotas. En 2009, le point crucial de la réforme fut un changement idéologique : le passage d’un système répressif à un système préventif. Le changement de nom de la police servit de prétexte pour réduire les effectifs de 20%. Le renouvellement de contrat du personnel était accompagné d’une sensible hausse de salaire. Suite à cette réforme, en 2011, presque 150 généraux ont été limogés, et les contrats de 5 600 miliciens n’ont pas été renouvelés. Pourtant cette réforme de Medvedev est l’une des plus critiquées. Les cas de violences policières, de corruption et de rejets de plaintes restent toujours aussi fréquents. Selon l'institut de sondage Levada Centre, seulement 7% des Russes considèrent que la police travaille mieux. « La réforme des forces de l’ordre est un échec. On n’observe aucun changement réel », considère Moukhine. Les policiers sont chargés de se contrôler eux-mêmes, et les effectifs n’ont pas connu de renouvellement. « La réforme des ­forces de l’ordre reste politique et non pas administrative », considère Gazeta.ru, le journal en ligne indépendant.

ce fléau. Il a assoupli le code pénal en matière de pression fiscale sur les entreprises. Parallèlement, il a établi un contrôle des dépenses des fonctionnaires, l’obligation pour les hauts fonctionnaires et les juges de rendre compte de leurs revenus et dépenses. Et proposé un contrôle des fonctionnaires par la presse. « Beaucoup a été fait ces dernières années », a déclaré, en mars, l’opposant libéral Sergueï Alexachenko, ex-président adjoint de la Banque Centrale, à propos du début de la réforme. Toutefois, à l’instar de la réforme policière, elle est critiquée pour son manque de fermeté et d’efficacité. Medvedev a avoué que pour le moment, les résultats de la réforme sont quasiment inexistants. Mais pour lui, le principal reste : « Pour la première fois dans toute l’histoire de la Russie apparaît une base normative pour lutter contre la corruption ». Selon le bilan de l’ONG Transparency International sur la corruption dans le monde, durant le mandat de Medvedev, la Russie est passée de la 154e à la 143e place. Les experts russes de cet te organisation lui reprochent de ne pas introduire des poursuites pénales pour les cas de corruption dans les hautes sphères du pouvoir. Medvedev craint que des mesures trop radicales entraînent une crise politique à coup de dossiers compromettants. Selon Alexachenko, près de 70% sur les milliers de plus hauts fonctionnaires de l’État peuvent être soupçonnés d’enrichissement illégal. « Nous pouvons comprendre que le gouvernement ne peut pas se permettre de limoger tout le monde d’un coup », note un spécialiste.

Appel d'offre pour exploiter l'or blanc

La lutte contre la corruption reste encore largement inefficace.

dev lance une grande restructuration politique. L’une des propositions phares est le retour à l’élection directe des gouverneurs des régions, abrogée en 2004 sous Vladimir Poutine. Il y a également la simplification de l’enregistrement des partis : il ne faut plus que 500 signatures contre les 40.000 actuelles. Une partie de l’opposition a accueilli favorablement ce projet de loi, qui a été adopté par la Douma. Medvedev devrait le signer avant la remise de ses fonctions en mai. « Dans l’ensemble, nous sommes satisfaits par cette réforme. Dmitri Medvedev a aboli l’esclavage des partis. Une première historique pour notre pays », s’est prononcé le représentant du mouvement écologique « Zelenyie » (Les verts), Anatoli Panfilov. Les réformes entreprises par Medvedev touchent à différents domaines mais ce qui les unit, c’est qu’elles constituent un véritable compromis avec les forces dont elles tendent à limiter les privilèges. C’est pourquoi elles sont critiquées : pour leur manque de fermeté et d’efficacité. En effet, pour le moment, aucune d’entre elles ne fonctionne véritablement. « La Russie est un pays très vaste et personne n’a été capable de le changer d’un coup, même pas Pierre le Grand. Il faut être patient », remarque Moukhine. Maintenant, l’avenir de ces réformes dépend directement de Vladimir Poutine, qui prendra ses fonctions de président en mai.

en Chiffres

150

généraux ont été limogés, et les contrats de 5 600 miliciens n’ont pas été renouvelés suite à la réforme de la police, en 2011. Cette réforme est l’une des plus critiquées.

Il l'a dit

Nicolaï Troitskiï

"

Medvedev reprend son rôle de second, qu'il n'a jamais cessé d'être. Mais, il ne sera bien sûr pas un Premier ministre de façade. Il serait vain d'espérer qu'il ne soit qu'un porte-parole." politologue

« Pour la 1ère fois dans l’histoire de la Russie, une base normative existe pour lutter contre la corruption »

Réforme politique

À la fin de son mandat, Medve-

Inaugurée le 18 mars dernier, la station de ski Arkhyz est la première des 7 stations de ski planifiées par le gouvernement russe à ouvrir ses pistes. La poudreuse du Caucase voit enfin arriver à elle des équipements modernes permettant le développement à grande échelle du tourisme. Le gouvernement russe, qui craint que le sous développement du Caucase Nord ne renforce les forces politiques indépendantistes, met sur la table deux milliards d'euros et tente de convaincre des investisseurs russes comme étrangers de se joindre au projet. Les groupes européens du secteur, désormais à l’étroit dans des Alpes surexploitées, salivent devant ce marché gigantesque. La France a pris une position très avancée dans l’ensemble du projet, en créant une coentreprise avec l’organisme public russe (KSK) qui pilote le projet. Mais tous les pays européens sont activement courtisés par KSK, qui a fait l'année dernière une tournée internationale pour présenter son projet. « Une fois que le plan d’affaires, que nous élaborons avec Ernst & Young, sera prêt, nous pourrons proposer des cibles d’investissements concrètes à chaque type d’investisseur », explique Alexeï Nevski, Directeur Général de KSK. « Nous tra-

vaillons déjà avec des investisseurs français et avec la banque Nexus [Singapour], mais il est trop tôt pour en dire plus. Nous présenterons le plan d’affaires au public lors du Forum Economique de Saint-Pétersbourg [en juin] ». Conscient du défi que représente le Caucase pour les investisseurs, l’État russe a pris les devants en offrant toute une série de garanties au secteur privé. Lancer une station de ski est un investissement à long terme, qui peut prendre plus d’une décennie avant d’être rentabilisé. Et le Caucase ne bénéficie pas exactement d’une bonne image, ni en Russie, ni à l’Étranger. C’est pourquoi une garantie d’État couvre jusqu’à 70% des investissements privés en cas de « force majeure ». Des allégements fiscaux et la création d’une zone économique spéciale devraient également attirer les hommes d’affaires. « En moyenne, le retour sur investissement sera de 10 ou 11 ans », estime Alexeï Nevski. Pour l’instant, un seul grand investisseur privé s’est lancé dans le projet. Il s’agit du groupe de BTP Sinara, appartenant au milliardaire russe Dmitri Pumpianski. Présent lors de l'inauguration, il a expliqué aux journalistes qu’il allait construire à Arkhyz cinq villages autour d’autant d’hôtels, principalement des trois et quatre étoiles. Le groupe Sud Koréen Korea Western Power a aussi promis d'investir un milliard de dollars dans la construction de cinq centrales électriques dans le Caucase en partenariat avec KSK.

© itar-tass

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Caucase Recherche investisseurs étrangers

(de g. à d.) Rachid Temrezov, dirigeant de la région, Alexandre Khloponine, représentant du Kremlin, Dmitri Pumpyanski, investisseur.

Ex-URSS La marge de manoeuvre du président biélorusse se réduit comme peau de chagrin

Minsk ne trouve plus de soutien à Moscou

L'Union européenne a renforcé ses sanctions contre le Bélarus, provoquant l’inquiétude non seulement à Minsk mais également à Moscou, car les deux économies sont liées. Roman Vorobiev

spécialement pour La russie d'aujourd'hui

© reuters/vostock-photo

Le 23 mars, l’UE a élargi la liste des citoyens et entreprises biélorusses dont l’accès à l’Union européenne est interdit et dont les avoirs sur son territoire doivent être gelés. 243 personnes et 32 organisations et entreprises figurent désormais sur la liste noire. La figure la plus marquante des nouveaux membres de la liste est l’homme d’affaire Iouri Tchij, connu comme étant le financier du président Alexandre Loukachenko. Les principales exigences européennes envers le régime de Loukachenko sont la libération des prisonniers politiques, la

Le président Loukachenko est de plus en plus isol�� en Europe.

cessation de la répression politique et de la persécution des médias indépendants et militants de la société civile. « Nous avons fait clairement comprendre au régime biélorusse qu’il doit libérer les prison-

niers politiques. Notre coopération avec les autorités reprendra si celles-ci se plient à ce que nous leur avons demandé », a commenté la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères Catherine Ashton à

propos du durcissement des sanctions. Les experts divergent quant à l’efficacité des mesures prises. « Il n’y a que les sanctions économiques qui nuiront à Loukachenko, le forçant à libérer les prisonniers politiques », a déclaré l’ancien président du Soviet suprême de Biélorussie Stanislav Chouchkevitch dans un entretien à EU Observer. Un certain nombre de leaders de l’opposition biélorusse ont proposé d’aller plus loin en introduisant un blocus économique complet de Minsk, y compris une interdiction sur les livraisons de biens biélorusses vers l’Europe. À Moscou, les méthodes européennes laissent sceptique. Selon le représentant permanent de la Russie auprès de l’Union européenneVladimir Tchijov, « le degré de l’efficacité des sanctions économiques est très contesté ». En réalité, les mesures prises par l’UE suscitent l’inquiétude des auto-

rités russes. « L’économie du Bélarus est intégrée de plus en plus étroitement à la Russie, de sorte que ces mesures peuvent affecter les intérêts de la Russie », explique Tchijov.

Loukachenko pourrait faire des concessions à l’Europe pour réduire sa dépendance envers Moscou Les experts ne s'attendent pas à une intervention décisive de Moscou dans le dossier. « Loukachenko a plusieurs fois déjà essayé de capitaliser sur les conflits d'intérêts entre l'UE et la Russie, mais il semble que cette fois, ni Bruxelles, ni Moscou ne veulent jouer ce jeu », selon l'analyse du politologue Kirill Koktych. Le président élu Vladimir Poutine semble vouloir rester à l'écart de

la dispute. Le 29 février, il a qualifié le conflit entre Minsk et Bruxelles comme étant bilatéral et ne présentant pas de menace pour l'intégration du Bélarus et de la Russie. Les efforts de Moscou pour régner sur l'espace postsoviétique provoquent l'intérêt du monde des affaires russe pour les actifs biélorusses, ce qui effraie Minsk. Selon le politologue biélorusse Alexandre Klaskouski, Loukachenko pourrait faire des concessions à l’Europe et commencer un « jeu de libéralisation » pour réduire sa dépendance envers Moscou. Les experts ne s’attendent pas à ce que cela se produise dans un avenir proche. La résolution du Parlement européen sur la situation en Biélorussie a de nouveau exacerbé au maximum les divergences entre partisans et adversaires de Loukachenko, réduisant fortement les possibilités d’un dialogue constructif.


Société

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Trouver un cursus en Russie Management et gestion en très bonne place

© Roman Lepikhine

suite de la premiÈre PAGE

« 37% des accords de double diplôme passés entre des établissements russes et des homologues européens sont d’ailleurs passés avec des établissements français », remarque Nicholas Masek, attaché de coopération universitaire à l’ambassade de France. Un pourcentage qui correspond à une centaine de programmes franco-russes. C’est la meilleure façon, estime-t-il, de mettre un pied en Fédération. L’appartenance à une université française partenaire dispense en effet de mésaventures administratives et ménage quelques privilèges en matière de bourses et d’hébergement. Elle facilite no-

Des stages sous forme de volontariat

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universités À doubles diplÔmes

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L’enseignement du russe en Europe est en recul

« Aujourd’hui, on supprime des postes d’enseignant de russe en France », regrette-t-on à l’ambassade française à Moscou. « Et la Russie n’a pas une politique très active en matière d’enseignement du russe à l’étranger ». Un nonrussophone peut-il prétendre à des études en Russie ? « Le niveau de russe habituellement exigé par les universités d’accueil est un niveau B1 (moyen) », précise Nicholas Masek. Ceux qui ne l’atteignent pas ont toujours la possibilité d’effectuer un stage linguistique – payant – avant le

séjour ou de prétendre à l’un des quelques diplômes russes pour lesquels les cours sont dispensés en anglais. Reste que les professeurs russes anglophones sont encore rares et c’est un frein important à la mobilité étudiante. Sans compter qu’il est compliqué pour un Européen de faire reconnaître en Russie son diplôme de licence pour intégrer un programme de maîtrise russe. Des pourparlers sont en cours pour créer de vraies passerelles d’ici à un an. Quentin, lui, a tenté l’aventure tout seul. Inscrit en maîtrise de sciences politiques au MGIMO (Institut d’ État des relations internationales de Moscou), spécialité Politiques et Économies eura-

Des études en Russie confèrent une crédibilité auprès des multinationales installées dans le pays siennes, il ne parlait que quelques mots de russe en arrivant. Il a donc opté pour un cursus où l’anglais est la langue d’enseignement. « Le MGIMO a adopté le système européen concernant les diplômes, précise-t-il, donc le diplôme sera reconnu en Europe et le système de notation est le même ». Le MGIMO reste à ce jour probablement la grande école russe la plus prisée par les étudiants.

La Sibérie, une destination originale en immersion totale Pierre-Yves est tout aussi satisfait de son choix. « Ici, on est logé en résidence étudiante avec des Russes, explique-t-il. Je ne parlais pas russe avant de venir, ça a été un peu difficile au début, mais j’ai rapidement progressé. Après quelques mois à Tioumen, je parle aussi bien le russe que l’allemand, qui était ma seconde langue ».

caroline gaujard-Larson La russie d’aujourd’hui

Si Moscou et Saint-Pétersbourg sont les deux villes russes qui attirent chaque année le plus grand nombre d’étudiants éuropéens, il est des destinations auxquelles on ne pense guère. Tioumen, en Sibérie occidentale, est de celles-là, bien qu’elle présente de sérieux atouts pour qui veut s’initier à la culture russe en immersion totale. Léo et Pierre-Yves, respectivement étudiants à Sciences Po et à l’École de ­management de Strasbourg, ont fait ce choix. En échange pour un an à l’université d’État de Tioumen, les deux Alsaciens ne tarissent pas d’éloges sur leur nouvel environnement, dont ils vantent « l’accueil chaleureux de la population » et « la qualité des infrastructures universitaires ». « On nous chouchoute lorsqu’on est français à Tioumen », sourit

MGU. La Faculté de journalisme et la Hauteécole XIOS proposent des programmes d’échanges. L’IHECS propose aux étudiants de participer à l’Éxecutive Master en Communication et Affaires Européennes. www.journ.msu.ru

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© ARNAUD FINISTRE

Le principe du stage est moins répandu en Russie qu’en Europe, surtout celui du stage rémunéré, quelle que soit sa durée. Les stages se font sur la base du volontariat. Pour Sarah, 25 ans, étudiante à Moscou, « la contrepartie, c’est qu’il y a moins de pression que lors d’un stage rémunéré ». Quand Sarah ne suit pas les cours de l’Université de l’Amitié des peuples, elle travaille à la rédaction de nouvelles sur le site Internet de Memorial, une organisation non gouvernementale (ONG) russe de défense des droits de l’homme. « Ma principale tâche relève de la traduction pour le site anglais. J’ai choisi de postuler à Memorial qui reste la première organisation de défense des droits de l’homme dans le pays. De plus, son travail est en lien avec la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg, dont le travail et le fonctionnement me passionnent ».

tamment l’obtention d’un visa étudiant.

Parmi les disciplines qu’il fait bon étudier en Russie, le management et la gestion sont en excellente place. C’est dans ces filières, le plus souvent, que les cours sont disponibles en anglais. « Dans ces domaines, la France a une forte expertise ; du coup les Russes sont très demandeurs ». Ainsi, le double diplôme MBA entre HEC et l’École de management de SaintPétersbourg est très bien classé, que ce soit en Russie ou à l’international. De là à effectuer son doctorat dans une université russe, la chose n’est pas aisée. En admettant que le diplôme de maîtrise français soit re­connu en Russie, se pose le ­problème de la validation de la thèse : même pour une thèse en cotutelle, les professeurs français sont pour l’instant exclus par les jurys russes. Plusieurs établissements russes entretiennent une tradition d’accueil des Européens. C’est le cas de l’université d’État de Tioumen en Sibérie (voir notre encadré), de l’université de l’Amitié des peuples de Moscou, de MGU ou encore de l’université d’État de Saint-Pétersbourg. « Le principal avantage pour un étudiant éuropéen qui vient étudier en Russie est la crédibilité qu’il acquiert au regard des entreprises européennes ou internationales implantées en Russie, commente Nicholas Masek. Même si les programmes suivis sont en anglais, on suppose que l’étudiant parle russe. Parallèlement à leurs cours, les étudiants sont souvent amenés à effectuer un stage en entreprise (voir notre encadré). C’est un premier contact qui permet parfois d’être recruté par la suite ». Tant que le stage n’est pas rémunéré, le visa étudiant suffit. Les choses se compliquent dans le cas contraire : un contrat de travail nécessite en effet un visa de travail. Au palmarès des formations qui laissent présager une embauche en Fédération de Russie, on retiendra le management, l’ingénierie et le droit, même s’il existe encore très peu de doubles diplômes dans cette matière.

Léo (à gauche) et Pierre-Yves se sentent bien à Tioumen.

Léo. Le jeune homme avait le choix entre Moscou, Saint-Pétersbourg et Tioumen : il a choisi la Sibérie pour découvrir la véritable âme russe et ne regrette rien. Avec ses 600 000 habitants, Tioumen est « une ville moderne dont

L’Université russe de l’Amitié des peuples. La Faculté de langues étrangères propose un programme de double diplôme avec l’École supérieur-Université libre de BruxellesÉcole européenne de Saint Aloysius. www.rudn.ru

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le niveau de vie rivalise avec Saint-Pétersbourg ». Et « dans la mesure où l’on est très peu de Français ici, tout le monde nous aide », ajoute Léo, qui espère débuter sa carrière en Russie, pour quelques années au moins.

L’Université pédagogique d’État de Moscou organise des échanges avec l’Université de Gand dans les domaines des technologie de l’information et du langage des affaires (anglais, français, allemand). www.mpgu.edu

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L’Université d’État de Saint-Pétersbourg, l’une des plus anciennes de Russie, offre la possibilité d’étudier les sciences naturelles et les sciences humaines et de réaliser un échange avec l’Université d’Anvers. www.spbu.ru

en ligne Consultez notre dossier sur l’enseignement en Russie : • Comment les enfants d’expatriés étudient dans les écoles russes ; • Les certificats internationaux proposés par Skolkovo. Consultez larussiedaujourdhui.be/ enseignement

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L’Université d’État de Voronej a signé un accord de coopération bilatérale avec la Faculté des sciences humaines de l’Université catholique de Louvain. Elles organisent une coopération scientifique et pédagogique. www.vsu.ru

Micro-Trottoir

Ce qui les a incités à venir en Russie

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J’ai choisi la Russie comme destination d’année à l’étranger, obligatoire à Sciences Po Paris, pour découvrir la culture et apprendre la langue. On s’y attache très vite. J’avais certains a priori qui se sont confirmés ou au contraire qui se sont révélés être faux. Il me paraît tout à fait nécessaire de vivre en Russie pour comprendre le pays. Je passe ma troisième année au MGIMO, où j’étudie le russe et les relations internationales. J’aimerais venir travailler en Russie pour une courte durée puis dans d’autres pays de la région du Caucase.

Hermine de la Boutresse

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Mes études slaves m’ont ouvert la possibilité de choisir une université en Russie ou en Pologne pour un séjour d’échange. La Russie m’intéressait davantage. Je viens de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, et en dehors de mes études slaves, je suis des cours de politique, de russe, de polonais et de rédaction journalistique russe. Je suis ici pour un semestre. Je pense que mon échange sera utile pour ma carrière. Pour l’instant, c’est surtout une expérience intéressante, mais qui finira par me servir d’une façon ou d’une autre.

Bert Deleersnijder

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La Russie est pour moi un pays très à part, qui n’attire que peu de monde en Europe. Je suis venu de Sciences Po Paris faire un échange au MGU, où j’étudie le russe, la géopolitique, l’histoire de la philosophie. Je suis déjà ici depuis six mois, et je trouve que le peuple russe est fort, car la vie ici est parfois une vraie lutte. Les moments partagés sont en général très intenses, les Russes affichent leurs émotions. Je pense que cette expérience sera nécessairement un atout parce que je souhaite faire une carrière en relations franco-russes.

Maxime Audinet

Que faire avec un diplôme du MGIMO Dorian Marquer, aujourd’hui conseiller du sous-directeur de Rosbank, est issu d’un parcours universitaire pour le moins inhabituel. Arrivé à Moscou il y a 8 ans, il a suivi pendant un an une préparation intensive au concours d’entrée du MGIMO (L'Institut des relations internationales) avant d’y poursuivre ses études durant cinq ans. « À cette époque, beaucoup de gens étaient sceptiques sur le fait que je puisse entrer dans cette école d’anciens diplomates. L’établissement était encore très « fermé » et acceptait très peu d’étudiants étrangers ». Aujourd’hui encore, ils sont très peu à faire entièrement leur diplôme au MGIMO. Un vrai plus pour leur CV. « Je voulais clairement me démarquer de l’étudiant lambda. Cela a été un vrai atout lorsqu’une fois mes études finies, je me suis tourné vers le marché du travail russe ». Après un VIE [Volontariat International en Entreprise, ndlr] de 2 ans à EDF, le jeune Dorian Marquer dispose désormais de toutes les cartes pour poursuivre une belle carrière. Sites utiles Stages : ›› www.lebij.be

Études : ›› www.studyrama.be/spip. php?rubrique197


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Économie

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Budget Le cours du pétrole et des matières premières va-t-il suffire pour équilibrer le budget ?

Poutine axe sa politique sur la manne des pétrodollars

Fraîchement élu sur un programme dispendieux, Vladimir Poutine suscite un débat des économistes sur des modes de financement restant liés aux richesses naturelles. paul duvernet

La russie d’aujourd’hui

Difficile de dire à quel point les promesses électorales de Vladimir Poutine ont joué en sa faveur auprès de l’électorat. Ce qui est certain, c’est qu’elles ont beaucoup animé le débat parmi les économistes. Nombreux sont ceux qui ont émis l’hypothèse d’un virage à 180° après les années de prudence budgétaire sous la houlette de l’ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine. Parmi les principaux postes de dépenses que la nouvelle administration s’est engagée à respecter, figurent un monumental programme de réarmement (520 milliards d’euros étalés jusqu’en 2020) et une augmentation massive des salaires dans la fonction publique. Les traitements des policiers et des militaires ont été doublés en janvier dernier. Toute une série de très gros chantiers, comme les olympiades d’hiver de Sotchi (2014), l’organisation du Forum Asie-Pacifique cette année et la Coupe du monde de football en 2018, vont considérablement peser sur le budget fédéral. L’effort ne concerne pas que le budget de l’État. Vladimir Poutine a également imposé un gel des prix du gaz, de l’essence et

de l’électricité à de grands groupes privés. Une mesure qui a permis, juste avant les élections, de réduire à un niveau record l’inflation (4,2%). Les experts s’attendent à un retour de bâton dès que le gel sera levé plus tard cette année.

Répartition des dépenses sociales

L’économie russe a besoin de vecteurs de croissance autres que l’exploitation des ressources minérales Selon Vladimir Poutine, les dépenses budgétaires pour les programmes sociaux vont représenter environ 1,5% du produit intérieur brut russe (PIB). Le ministre des Finances Anton Silouanov le situe pour sa part à 2% du PIB, soit 26 milliards d’euros. Une étude de la banque d’État Sberbank – qui additionne toutes les dépenses budgétaires promises par le nouveau président – place l’estimation entre 4 et 5% du PIB. L’expertise la moins favorable vient de l’agence de notation Fitch, qui parle de 122 milliards de dollars, soit 8% du PIB. Selon l’ancien ministre de l’Économie Andrei Netchaïev, « ce serait inquiétant, mais pas effrayant, si l’économie se trouvait engagée dans une croissance forte et stable. Malheureusement, la menace d’une récession empirant en Europe, l’atterrissage brutal de l’économie chinoise et la fai-

Budget dépendant des prix du pétrole

EN Chiffres

115 dollars

Prix du baril de pétrole correspondant au point d’équilibre actuel du budget russe.

690 millions

Somme engrangée chaque jour par la Russie grâce aux exportations de pétrole.

1,5%

Déficit budgétaire prévu pour cette année. La Russie risque de voir ce chiffre exploser.

ble croissance américaine constituent un contexte extrêmement défavorable pour l’économie russe, qui dépend très fortement de la conjoncture internationale pour l’exportation de ses matières premières ». D’autres problèmes se profilent à l’horizon : la balance commerciale reste positive, mais la tendance est à une dégradation rapide. La Russie continue de manquer cruellement d’investissements étrangers directs (par rapports à ses pairs des pays du BRIC - Brésil, Russie, Inde et Chine). Chris Weafer, stratège en chef à la banque d’investissement Troika Dialog, note que « l’économie est en relativement bon état, avec un niveau actuel du baril de pétrole permettant d’exporter pour 690 millions d’euros par jour », mais il souligne que « le prochain gouvernement ne peut plus se contenter de tabler sur la manne pétrolière pour obtenir croissance et stabilité domestiques ». Le budget fédéral a besoin d’un baril à 115 dollars pour atteindre l’équilibre. Ces dernières semaines, le prix a oscillé entre 120 et 125 dollars. Fin février, la banque américaine Citibank estimait qu’un baril à 150 dollars en moyenne serait le point d’équilibre du budget russe. Le consensus des experts prédit une croissance de 3 à 4% de l’économie à condition que le cours du baril reste à des niveaux élevés que rien ne garantit dans un climat mondial morose. Pour Chris Weafer, l’économie russe « a besoin de nouveaux vecteurs de croissance venant d’ailleurs que de l’exploitation des ressources minérales. La Russie doit améliorer le climat d’investissement, faciliter la création d’entreprises et réduire le sentiment de pays à risque qui lui colle à la peau ».

Affaires à suivre 2ème Conférence et exposition européenne sur la technologie du graphène – GRAPHENE’2012 du 10 au 13 avril, brussels44center

La Phantoms Foundation, l’Université catholique de Louvain et l’Institut catalan de nanotechnologie ICN organisent GRAPHENE’2012. L’événement qui se déroule au Brussels44Center (Bd Pachéco 44), accueillera plus de 700 entreprises, universités, laboratoires, centres de recherche ainsi que des industriels, politiques et financiers. Le ministère russe de l’éducation et des sciences soutient la participation des représentants des grands instituts de recherche et entreprises de développement de matériaux nanocarbonés. ›› www.inno-russia.com

Forum sur le développement des relations entre les ports et partenaires russes et belges. le 19 avril, anvers

Les représentants présenteront les différents sites portuaires. MM. Bertrand et Stubbe parleront de la coopération belgo-russe et de la coopération internationale PATCH. Les interventions aborderont l'adhésion russe à l’OMC, les énergies durables, le GNL ainsi et les questions douanières. ›› www.ccblr.org

Global Russia Business Meeting les 22 et 23 avril, luxembourg

Minerais Le chiffre d'affaires du monopole russe s'envole

Alrosa bénéficie d'une envolée du prix des diamants

© getty images/fotobank

Anvers continue d'être le plus gros acheteur de diamants russes.

Les exportations russes de diamants ont baissé en volume mais bondi en terme de valeur. D’après les experts, le prix des pierres précieuses va continuer à augmenter régulièrement. Victor Kouzmine

spécialement pour la russie d'aujourd'hui

En 2011, la Belgique, et plus particulièrement Anvers, a consolidé sa place de principal acheteur de diamants russes, avec 18,849 millions de carats, soit une valeur de 1,9 milliards d'euros, selon le ministère des Finances russe. Le bilan 2011 affiché par le ministère des Finances le montre clairement : la Russie, tout en réduisant de 20% son volume d’exportation de dia-

mants bruts, a su en tirer meilleur profit (+37% en valeur), à 2,858 milliards d’euros contre 2,09 milliards d’euros en 2010. La Russie est l’un des principaux fournisseurs de diamants sur le marché mondial. Selon Pavel Emeliantsev, expert de l’agence Investcafé, les derniers chiffres montrent que le volume des réserves et des ressources de la société Alrosa (premier producteur russe, avec près de 98% de la production domestique) est estimé à 1,6 milliard de tonnes de minerais, contenant 1,3 milliard de carats. En 2011, la Russie a extrait 35,14 millions de carats. En 2010, elle a exporté 40,406 millions de carats de diamants sur 34,857 millions produits. Une différence qui s'ex-

plique par le fait que des diamants extraits en 2009 et stockés à cause d'une forte baisse de la demande, ont été réintroduits sur le marché. Cet épisode a démontré l'intérêt du rôle joué par les réserves de Gokhran (Agence d'État russe des métaux et pierres précieuses). « Quand le marché a commencé à se rétablir, la demande en diamant brut a connu une envolée, supérieure à la normale, pour constituer des stocks », se souvient Andreï Poliakov, le porte parole de Gokhran. C’est pourquoi, il est normal, selon lui, que nous assistions aujourd’hui à une baisse des exportations de diamants bruts en volume, afin de rétablir l’équilibre après cette envolée. En 2011, le prix moyen s’élevait, d’après les chiffres du Ministère des finances, à 57,09 euros le carat contre 51,26 euros en 2010. Dans la première moitié de 2011, la demande était encore en hausse, mais une fois le marché arrivé à saturation, Alrosa a sensiblement réduit les ventes sur le marché spot des diamants, pour contenir les prix. En 2012, les experts russes prévoient la continuation de la hausse des prix. Selon Pavel Emeliantsev, cette augmentation atteindra 5 à 7 %, soutenue par la demande de la Chine et de l’Inde. « Pour 2012, nous nous attendons à une bonne année. Nous avons de bons résultats pour le premier semestre, avec un volume de ventes de plus d’un milliard de tonnes », a annoncé Andreï Poliakov. Si les volumes de production d’Alrosa n’ont pas augmenté depuis l’année dernière, une hausse des prix stratégique est à prévoir. « Il n’y a pas davantage de matière première, pour une demande toujours croissante, surtout en Asie », ajoute-t-il.

Industrie Câbles électriques

Lamifil reproduit une usine dans la ville d'Ouglitch Un accord entre « Koramic Investment Group » (Belgique) et le conglomérat « Sim-Ross » (Russie) a donné naissance à une usine de fabrication de produits électrotechniques innovants. irina doubova

La russie d'aujourd'hui

La construction de l’usine d’Ouglitch a commencé en avril 2011, et en mai 2012 devraient déjà être livrés les premiers produits. L’usine sera une copie exacte de l’entreprise belge Lamifil. L’investissement initial de 16 millions d’euros devait assurer la construction du bâtiment de l’usine, la création de l’infrastructure nécessaire, l’approvisionnement et l’installation de l’équipement technique de cette dernière. L’entreprise aura ses propres laboratoires de recherche et d’essais, et par la suite, sa propre production de fonte. La nouvelle usine fournira à la ville une centaine d’emplois. Les futurs spécialistes seront formés et entraînés à l’usine de Lamifil. L’usine devrait produire annuellement jusqu’à 8 000 km de lignes à haute tension de nouvelle génération. Comme indiqué par Nikita Topuridze, président du conglomérat Sim-Ross, membre du conseil d’administration de la société « Sim-Ross – Lamifil », les principales caractéristiques de la nouvelle génération de câbles sont qu’ils fournissent une très haute performance opérationnelle, une durabilité importante et de gran-

des retombées économiques potentielles. Ces nouveaux câbles permettant de réduire les pertes de 30-40%, l’impact économique attendu grâce à l’introduction de cette nouvelle génération de câbles est de plus de 250 millions de roubles par an. De plus, cette introduction diminuera les émissions de CO2 dues à des pertes dans les câbles actuels et réduira également le rayonnement électromagnétique.

La nouvelle génération de câbles fournit une très haute performance opérationnelle, et réduit les coûts de 30-40% Les compagnies d’électricité fédérales et régionales ont déjà passé de grosses commandes à ce nouveau producteur. D'après les données du ministère de l'Energie, l'usure du réseau électrique du pays atteint 70%. En raison de l’utilisation de câbles et de structures obsolètes sur les lignes à haute tension, les pertes annuelles atteignent 1,5 milliards d'euros, sans compter le coût des régulières interventions d’urgence dues à des avaries, que l'on peut chiffrer à près de 75 mille euros. Actuellement, une modernisation des lignes électriques est en cours dans la région de Krasnodar, dans la région de la Volga, en Sibérie occidentale et en ExtrêmeOrient.

Pendant ces deux jours, de nombreux groupes de travail, tables rondes et conférences seront organisées avec la participation de nombreuses personnalités académiques, politiques et économiques internationales. Les différentes rencontres du meeting aborderont les questions de l’investissement en Russie, du climat politico-économique et des enjeux actuels et futurs de l’économie russe. ›› www.horasis.org

La coopération en Europe, les relations économiques entre la Russie et l’UE le 23 avril, hogeschool universiteit brussel (hub)

L’objectif du Forum est d’expliquer et discuter les récents modèles de coopération et leur adaptation à la situation de crises environnementales et économiques ainsi qu’aux changements politiques. La préparation et le déroulement du Forum incluent des jeunes, étudiants et professionnels. ›› www.larussiedaujourdhui.be

VIIème Conférence internationale sur le « Dialogue énergétique RussieUnion européenne : les questions gazières » le 27 avril, bruxelles

La conférence invite des décideurs, des scientifiques et des dirigeants de grandes entreprises énergétiques. Au programme, des table-rondes à propos du gazoduc South Stream, du troisième paquet énergie et des prix du gaz sur le marché européen. ›› www.gazo.ru

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Régions

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Développement régional Le gouvernement russe récolte les premiers fruits de ses investissements dans la zone Pacifique

Le réveil de l'Extrême-Orient Les préparatifs au sommet de l’APEC en 2012 transforment rapidement Vladivostok mais les habitants craignent que le développement ne s'arrête une fois le sommet achevé.

Pour s’y rendre

Voir notre diaporama sur larussiedaujourdhui.be

Le vol Moscou Vladivostok dure 9 heures et coûte 375 euros. Il y a quelques vols depuis Paris avec un transfert à Moscou. Si vous vous sentez de traverser tout le pays sur le plancher des vaches, il vous faudra 6 jours, 17 heures et cela vous coûtera 500 euros.

ARTEM ZAGORODNOV

LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

Ces jours-ci, les étincelles des soudeurs qui ont embrasé la ville et les grues qui en percent le ciel témoignent des milliards d’euros que le gouvernement fédéral injecte dans la ville en prévision du sommet. La route étroite et défoncée qui menait à l’aéroport a été relevée de près de trois mètres par endroits et élargie pour devenir une autoroute moderne à quatre voies. Le nouvel aéroport devrait être inauguré cet été. Deux hôtels Hyatt sont en chantier, les monuments, routes et façades ont été restaurés ; un train rapide relie l’aéroport au centreville et un nouveau théâtre ouvrira bientôt ses portes. L’un des projets les plus impressionnants reste le pont qui mène à l’île Rousski et au nouveau campus de l’Université de l’Extrême-Orient. D’une longueur de 3,2 km, le pont qui tient en partie sur des pylônes plantés sur des iles artificielles, a été commencé il y a près de trois ans. Le pylône central s’élève à 320 m. Une fois achevé, ce sera le plus long pont suspendu du monde. « Quand nous parlons d’innovation et de modernisation, les voilà », explique Alexandre Ognevski, porte-parole du ministère du Développement régional, en montrant le pont. « Un grand nombre d’entreprises internationales ont renoncé à l’appel d’of© LORI/LEGION MEDIA

Pour les amateurs d'ambiance familiale, optez pour “l’hôtel de Sibérie” dans le centre-ville. Pour une vue sur la Baie de l’Amour choisissez l’hôtel “Azimut”.

Où se restaurer Dégustez une taupegrillon frite ou des tentacules de calmars fumés sur le marché au poisson du centre-ville. Autre curiosité qui mérite le détour : les raviolis de Singapour proposés par le café “Ouzal”.

Gouverneur tout nouveau tout propre Vladimir Miklouchevski, 44 ans, vient tout juste d'être nommé gouverneur de Vladivostok. Son prédécesseur Sergueï Darkine, en place depuis dix ans et qui souffrait d'un déficit de popularité, a été écarté par Dmitri Medvedev au début du mois de mars. Miklouchveski, recteur de l’Université fédérale d’Extrême-Orient depuis 2010, a sans surprise recueilli une grande majorité des voix. Miklouchevski a promis que la transparence et le combat contre la corruption constitueraient des piliers de son mandat. « Le sommet de l’APEC aura un ef-

La "menace chinoise" Les autochtones soulignent que Tokyo n’est qu’à une heure et demie de vol de là, Séoul deux heures et Pékin, trois. Pour atteindre la capitale Moscou, il faut par contre neuf heures de vol ! C'est du pain béni pour les nationalistes russes, qui s'époumonent à répéter que « les Chinois ont pris possession de l’Extrême-Orient ». « Il s’agit de l’un des plus grands mensonges de la politique nationale », contredit Sergueï Pouchkarev, directeur d’une ONG locale venant en aide aux immigrés et aux patrons qui les emploient face aux abus des autorités. De 1993 à 2002, Pouchkarev dirigeait le bureau régional du Service fédéral des migrations. « Dieu nous a donné un voisin paisible et travailleur désireux de s’engager dans une activité économique mutuellement bénéfique ... et nous vivons dans la paranoïa ».

© ITAR-TASS

APEC-2012

Où se loger

© ITAR-TASS

En 1959, après une visite en Californie, le leader soviétique Nikita Khrouchtchev a incité les habitants de Vladivostok à faire de leur ville « notre San Francisco ». Un demi-siècle plus tard, les leaders russes ont tenté de donner corps à ce rêve : la cité se prépare à accueillir le sommet de l’AsiePacifique 2012 à l’automne. Quand on débarque àVladivostok pour la première fois, les similitudes entre les deux villes sautent aux yeux : rues escarpées et immeubles qui grimpent et descendent les collines autour de la baie de la Corne d’Or ; tramways qui sillonnent les principales artères ; Chinatown ; une scène artistique vibrante et un climat politique libéral (un journal local a fièrement titré « Si tout le pays avait voté comme Vladivostok, il y aurait eu un second tour à la présidentielle », Poutine ayant remporté 47,5% des votes, contre une moyenne nationale de 63,75%) ; le port florissant sur la côte pacifique baigné d’un éternel brouillard matinal, dans un climat doux. Et plus récemment, le pont suspendu de la Corne d’Or, presqu’achevé, qui enjambe la baie séparant la ville en deux. Les migrations historiques ont donné une population diversifiée d’Ukrainiens, de Biélorusses, de Chinois...

fres, le projet leur paraissant infaisable. C’est une firme d'Omsk qui a pris le contrat. Les technologies développées sur ce projet seront utilisées ailleurs et même exportées à l’étranger ». L’île Rousski abrite des installations militaires, quelques milliers de militaires à la retraite et leurs familles y vivent. C’était un quartier calme, totalement excentré, jusqu’à ce que le président de l’époque,Vladimir Poutine, ne décide de fusionner les quatre principales universités deVladivostok et de loger tous les étudiants sur un unique campus. Sans exagération, on peut affirmer qu’une nouvelle ville a surgi en moins de trois ans : un terrain vague de 160 hectares a été quadrillé de routes, dortoirs, cafés, jardins, stades, hôpitaux et ce qui devrait devenir le plus grand océanarium du monde, par près de 16 000 ouvriers venus essentiellement d’Asie centrale, qui travaillent 24/7. L’ile Rousski accueillera le sommet puis le campus sera transféré à l’Université d’Extrême-Orient

fet bénéfique à long terme sur le développement de Vladivostok", croit Vladimir Mikoulchevski. "Nous parlons de plus de 200 milliards de roubles d’investissements, y compris dans le développement des infrastructures. Le nombre limité d’infrastructures entrave l’investissement partout, pas seulement en Russie. Le sommet aidera également à faire connaître Vladivostok dans le monde ». « C’est un bon gestionnaire et il n’est pas lié aux milieux affairistes et criminels locaux », estime le journaliste Vassili Avtchenko. « J’espère que nous allons enfin stopper l'hémorragie de population et réaliser l’énorme potentiel dont notre ville a hérité ».

et ses 30 000 étudiants attendus. « La Russie est en crise démographique, et partout dans le pays, les universités commencent à manquer d’étudiants », a confié Vladimir Miklouchevski, recteur de l’Université jusqu’il y a peu. « C’est pourquoi nous analysons les marchés chinois, indonésiens ou vietnamiens, où il y a une de-

Vladivostok cherche à retenir des étudiants tentés par l'émigration ou au moins par des études à Moscou mande inassouvie pour les hautes études. Il faut attirer les étudiants, et nous devons trouver notre créneau. L’enseignement supérieur russe doit faire face à deux problèmes majeurs : les facs ne savent pas produire ce qu’exigent les entreprises, et les entreprises ne sont pas très intéressées par les produits d’innovation », explique Miklouchevski. « Il faut reconnaître que per-

EN CHIFFRES

7,7%

Croissance annuelle du produit régional brut de la région de Vladivostok en 2011, qui totalise 12,5 milliards d'euros.

5,25

milliards d’euros de financement venant du budget fédéral ont été injectés pour améliorer les infrastructures en vue de l'APEC.

sonne, moi compris, ne croyait que le projet serait mené à terme, et certainement pas à temps pour le sommet », admet le correspondant local du journal Novaya Gazeta,Vassili Avtchenko. « Les autorités ont réussi leur pari ».

Force ouvrière immigrée

Les journalistes n’ont pas eu l’autorisation de communiquer avec les ouvriers sur les chantiers et dans les dortoirs. « Ils craignent que les ouvriers commencent à vous raconter comment ils sont traités », explique Bakhodir Nourakov, qui travaille dans une ONG de défense des droits des ouvriers dans la région, qui aide les immigrés et leurs employeurs à combattre les abus des autorités. Nourakov n’a pas prise sur l’ensemble des chantiers mais seulement sur certains contractants qui enfreignent la loi en employant des immigrés plus de 90 jours sans leur fournir un permis de travail longue durée. « Ils leurs promettent de les payer pour 90 jours puis les licencient. À ce moment-là, les travailleurs n’ont aucun re-

cours légal car ils deviennent des migrants illégaux ». « Certains veulent partir mais n’ont pas d’argent pour s’acheter un billet retour. Ils doivent continuer à travailler pour se nourrir », dit-il.

Un pont qui ne mène nulle part

Une histoire sombre, moins visible encore, est liée à Vladivostok en elle-même : toute la région du Primorski Krai est en voie d’extinction démographique. Durant les 20 dernières années, 300 000 personnes sont parties dans des régions plus clémentes ou à l’étranger – c’est-à-dire l’équivalent de la moitié de la population de Vladivostok. « Pas moins des deux-tiers des étudiants qui apprennent le chinois, veulent poursuivre une carrière à l’étranger », assureVictor Larine, le directeur de l’Institut d’histoire, archéologie et ethnologie des peuples de l’Extrême-Orient. « La majorité des infrastructures de la ville sont délabrées. Les routes sont détruites, il n’y a nulle part où aller se promener avec son épouse. La clé pour donner aux gens l’envie de vivre ici n’est pas dans la construction de ponts qui ne mènent nulle part ». « Tout le monde s’inquiète de ce qui arrivera après le sommet », dit Avtchenko. « Nous n’avons même pas d’industrie locale de fruits de mer. C’est dommage, parce qu’il n’y a pas si longtemps, l’usine DalMorProdukt – qui a fait faillite il y a quelques années – était connue dans tout le pays. Nous devrions avoir un marché maritime florissant et des restaurants de fruits de mer. J’aimerais bien que Vladivostok soit réputée pour être la ville la plus « poissonneuse » de Russie et que les gens viennent de loin pour savourer la cuisine locale ».


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Opinions

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pas de menace au-dessus de Poutine

L

a Russie et la Chine ne soutiendront jamais une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU visant à permettre une intervention militaire extérieure en Syrie. En réponse aux projets de plusieurs pays désireux d'utiliser les forces internationales pour renverser le Président syrien Bachar el-Assad, un haut représentant du ministère des Affaires étrangères russes s'est exprimé ainsi : « Nous ne les soutiendrons jamais s'ils veulent bombarder la Syrie et nous n'accorderons pas de légitimité à de tels projets au sein du Conseil de sécurité de l'ONU ». L'opinion publique en Occident se dit surprise et scandalisée par le refus de Moscou et de Pékin d'arrêter les assassinats de civils syriens et par l'opposition de la Russie à l'adoption d'une résolu-

La russie d’Aujourd’hui

© niyaz karim

C

Si les libéraux critiquent Poutine, ils craignent encore plus le peuple. Ces révolutionnaires ne feront pas de révolution

Poutine ne partagera pas le pouvoir réel. Le droit de nommer les hauts fonctionnaires restera entre ses mains même que ces larmes étaient mises en scène, il était indéniablement ému. Le mythe d’un Poutine dictateur, préoccupé uniquement par son enrichissement personnel, est infondé. Poutine a 60 ans, il en a passé douze à diriger la Russie. S’il ne cherchait que son profit, il avait une chance parfaite de quitter le poste de président en négociant d’importantes garanties de sécurité, comme l’a fait Eltsine en 2000. Et Poutine aurait saisi cette chance. S’il n’a pas quitté le pouvoir, tout en ayant conscience des « années maigres » à venir, c’est qu’il n’est pas mu par des intérêts particuliers mais par le sens de « sa Mission ». En quoi consiste-t-elle, cette

mission ? Pour comprendre l’idéologie de Poutine, il suffit de l’écouter attentivement. En tant que Russe, il croit profondément en une prédestination supérieure de la Russie, tout comme les ÉtatsUnis, l’Angleterre ou la Chine croient en leur propre grandeur. En tant qu’homme actif dans les tumultueuses années 1990, il a mal vécu « l’humiliation de la Russie », quand elle était faible et « perdait la face ». En tant qu’officier du KGB, il est convaincu que la source des problèmes russes est une concurrence malhonnête, de la part de l’Occident en premier lieu, qui « traditionnellement n’aime pas et craint la Russie ». Sur toutes ces questions, Poutine jouit d’un soutien solide de la population. Beaucoup de citoyens russes sont du même avis. Ayant lui-même gravi à une vitesse vertigineuse les échelons du pouvoir en quelques mois (199899), Poutine ne peut que croire en sa bonne étoile. Et les années fastes de sa présidence, jusqu’en 2008, l’ont encore plus conforté dans cette idée. C’est peut-être pour cela qu’il supporte difficilement tout ce qu’il interprète comme une « atteinte à son pouvoir ». Ceux qui l’assaillent trop souvent deviennent des « traîtres ». Les manifestations contestataires l’ont de toute évidence profondément vexé.

À quelle politique pouvons-nous nous attendre de la part de cet homme dans un avenir proche ? Vladimir Poutine ne fera pas de gestes brusques. Il cherchera à diviser pour régner : une partie de l’opposition est déjà considérée comme « intégrée au système », elle a le droit d’enregistrer des partis et de participer aux élections. Poutine va-t-il améliorer la liberté d'expression ? La campagne a montré qu’elle ne le menace pas. Poutine a été violemment critiqué, mais il en a tiré profit. Les gens commencent à éprouver de la compassion pour lui, à être irrités par ses détracteurs. La recette est simple : conserver le contrôle général de la situation et laisser libre cours à la critique dans les limites de ce contrôle. Poutine ne partagera pas le pouvoir réel. Le droit de nommer les hauts fonctionnaires restera entre ses mains. Mais il sera à l’écoute attentive de la société. Il fera par exemple tout son possible pour ne pas augmenter l’âge de la retraite. AinsiVladimir Poutine version 2012 sera un président qui conserve tout le pouvoir réel, tout en élargissant les libertés politiques et publiques, en misant sur la propagande patriotique et une politique sociale prudente. Leonid Radzikhovski est politologue.

lu dans la presse En prison pour crime de lèse-majesté ? Le 21 février dernier, des jeunes femmes cagoulées du groupe de punk-rock dissident « Pussy Riot » ont fait irruption dans la cathédrale centrale de Moscou et ont chanté à tue-tête « Marie, mère de Dieu, chasse Poutine ». Deux d’entre elles, mères de jeunes enfants, ont été arrêtées par la suite et emprisonnées. Depuis, le débat ne tarit pas, dans tous les médias, sur l’attitude que devraient adopter l’Église, les croyants, l’État.

Préparé par Veronika Dorman

Evgueni Chestakov

La russie d’Aujourd’hui

Leonid Radzikhovski

omment sera le nouveau mandat - formellement le troisième, en réalité le quatrième - de Vladimir Poutine ? Verrons-nous un « Poutine nouvelle version », un redémarrage, ou bien le régime s’écroulera et nous vivrons la troisième révolution en Russie en un siècle ? Avant de tenter de répondre à cette question, je voudrais d’abord dissiper une erreur fondamentale : en regardant les reportages, le public occidental peut avoir l’impression que la Russie est au seuil d’un « printemps arabe » (comme l’a d’ailleurs écrit le sénateur McCain dans une lettre à Poutine) et que l’élection du président peut être rejouée sous la pression de la rue. En réalité, tout le monde sait que ce ne sera pas le cas. La partie est jouée, ses résultats ne seront pas révisés. En vertu de la nouvelle loi,Vladimir Poutine est élu pour six ans. Son pouvoir est légitime, un impeachment au Parlement est impossible car le parti de Poutine y détient plus de 50% des sièges et il n’y a aucun autre moyen de destituer Poutine. Pour ce qui est d’une révolution, c’est un scénario peu probable dans la Russie actuelle. Le choc de 1917 qui a brisé le cours de toute l’histoire russe, n'est toujours pas résorbé. C’est pourquoi même les dissidents les plus furieux, parmi les nationalistes d’extrême-droite par exemple, répètent « tout sauf la révolution ! ». Quant aux libéraux pro-occidentaux, ils craignent la révolution comme la peste, ne doutant pas que le « peuple libéré » réglera leur compte comme en 1917. Si les libéraux critiquent Poutine, ils craignent encore plus le peuple. Il va de soi que ces « révolutionnaires » n’accompliront aucune révolution. Poutine restera donc au pouvoir jusqu’en 2018. Et personne ne pourra le destituer. Sauf s’il décide de lui même de partir. Essayons maintenant de regarder Poutine autrement qu’à travers un miroir déformé par la propagande. Qui est Vladimir Poutine ? Le mythe d’une personnalité cynique et froide est loin de la réalité. En fait il est émotif, sensible, susceptible. Lors du rassemblement qui a suivi l’annonce de sa victoire à l’élection présidentielle, il a pleuré. Admettons

prudence en Syrie

L’église sur la sellette

Trop près du pouvoir Éditorial

Dmitri Stechine

Ogoniok

Gazeta.ru

komsomolskaya pravda

La haine des orthodoxes qui accusent Pussy Riot provoquera un rejet de l’orthodoxie par une partie de la société. On entend déjà partout qu’une religion qui permet d’incarcérer pour sept ans les mères de jeunes enfants est une mauvaise religion. Les hiérarques devraient montrer l’exemple de la dévotion chrétienne et pardonner les filles. Dieu les punira si elles le méritent. La société risque de se mettre en colère contre l’Église, qui sera la première à pâtir de cette histoire. Une Église forte, reposant sur le peuple et non sur les hiérarques, représente un concurrent dangereux pour le pouvoir, qui tire en fin de compte profit de ce discrédit.

Si le patriarche Kirill parle de l’arrivée de Poutine au pouvoir comme d’un « miracle divin », alors l’action anti-Poutine du groupe dans la principale cathédrale du pays ne peut être perçue que comme une insulte par l’Église et l’État. Les pouvoirs civils et religieux transforment des jeunes impertinentes en victimes sacrificielles du régime. Si elles n’avaient pas été mises en détention avant le procès, il ne serait resté de la « prière punk » qu’une vidéo sur Youtube. Aucun croyant n’a vu sa foi faiblir après avoir regardé cette « prière punk ». En revanche, tous voient dans l’arrestation et dans la poursuite pénale une cruauté injustifiée de l’Église et de l’État.

Il faut laisser sortir les punkettes d’une prison qui ne les rééduquera pas. La société peut répondre autrement. Il y a assez de croyants chez nous, et les musulmans se joindront sans doute aux orthodoxes outragés. Quand on refusera aux punkettes de louer un appartement, d’acheter du pain ou un billet de train, quelque chose changera peut-être chez elles. Elles comprendront qu’elles ont offensé un grand nombre de gens. Elles se sentiront mal à l’aise, avec une seule solution : le repentir public. Sur l’échafaud de la Place Rouge, là où elles ont accompli leur action précédente. Et je serai le premier à leur pardonner. Mais qu’elles se repentent !

Olga Allenova

qu'elles se repentent !

La Russie considère que contourner le Conseil de sécurité et soutenir une partie est contraire au droit international tion condamnant les crimes militaires du régime du Président Assad. Mais avant de stigmatiser Moscou, il faut s'interroger sur qui dans les villes insurgées, défie l'armée syrienne. En parlant de la population locale qui aurait soit-disant pris les armes, l'opposition ne fait qu'entretenir un mythe. Il y a peu de temps, la Secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a publiquement exprimé devant le Congrès des doutes sur la nécessité d'approvisionner en armes américaines les insurgés syriens, évoquant l'existence parmi eux de groupuscules proches d'Al-Qaïda. Les arguments visant à accuser l'armée syrienne de tirer sur des civils non-armés sont, pour ne pas dire plus, incertains. Il faut aussi s'interroger sur le but de la future résolution du Conseil de sécurité de l'ONU relative à la Syrie. Comme l'indiquent à juste titre les dirigeants occidentaux, cet objectif est d'arrêter la tuerie. La Russie soutient tout à fait cette approche. Pourtant, elle considère qu'il n'est pas opportun d'inclure dans la résolution des questions sur l'origine de cette violence en Syrie. En effet, les discussions qu'elles provoqueront

n'empêcheront pas le sang de couler. Au cours des derniers mois, les villes contrôlées par Assad ont subi une série d'actes terroristes perpétrés par des kamikazes, ce qui est la signature d'Al Quaïda et des Talibans afghans. Ces explosions ont provoqué des dizaines des morts parmi les civils. Dans la future résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie propose de condamner la violence et d'appeler les deux parties du conflit, les autorités officielles de Damas comme l'opposition, à cesser le feu. Moscou et Pékin se prononcent pour que la résolution relative à la Syrie décrive jusque dans les moindres détails les sanctions qu'il serait possible de voir appliquer par la communauté internationale aux parties en cas de non-respect des clauses négociées. Cela interdirait tout jeu malhonnête. Cela éviterait que des mesures non abordées par le Conseil de sécurité se cachent derrière la résolution adoptée. Car selon la Russie, c'est bien ce qui s'est passé en Libye quand l'alliance nord-atlantique s'est proposée d'assurer une zone d'exclusion aérienne et s'est en réalité mise à bombarder massivement le pays. Et il n'y a d'ailleurs toujours pas d'enquête sur les victimes civiles de ces bombardements. Lors de la visite du ministre des Affaires étrangères russe au quartier général de la Ligue des États arabes en Egypte, cinq points fondamentaux ont été évoqués. Ces clauses pourraient constituer les bases de la future résolution. Les voici : l'arrêt de la violence par chacune des parties, un mécanisme impartial de monitoring, aucune ingérence militaire, le libre accès de tous les Syriens à l'aide humanitaire et un soutien ferme à la mission du représentant spécial de l'ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan. Moscou affirme que ces points, bien que de nature générale, peuvent constituer une plate-forme pour l'élaboration d'une « feuille de route » concrète permettant de régulariser la situation intérieure en Syrie. La Russie appelle Damas à procéder au plus vite aux réformes qui permettraient de connaître l'avis du peuple sur la gouvernance du pays et espère que l'opposition syrienne jouera un rôle actif dans leur mise en oeuvre. Evgueni Chestakov est Rédacteur en chef du Service international de Rossiyskaya Gazeta.

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Culture

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CHRONIQUE LITTÉRAIRE

Graffitis Pavel 183 : un artiste urbain dans un pays où la rue a retrouvé la parole

Les murs n’ont plus d’oreilles, mais ils parlent

L’air de la fin d’un monde

L’artiste russe Pavel 183 est devenu populaire dans son pays natal quand la presse britannique l’a comparé au célèbre Banksy. En mars, la campagne électorale lui a inspiré ses premiers graffitis politiques.

© REUTERS/VOSTOCK-PHOTO

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LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

« Tsoï est vivant ». C’est en 1990, à la mort de la légende russe du rock Victor Tsoï, qu’est apparu à Moscou, rue Arbat, le premier mur rempli de graffitis, symbole de liberté et véritable moyen d’expression et de communication. On pouvait y laisser des messages et fixer l’heure d’un rendez-vous. À l’instar de l’entrée de l’immeuble de l’écrivain Mikhaïl Boulgakov, gribouillé de dessins et de citations de son roman Maître et Marguerite. Ces deux lieux sont à l’origine du mouvement de l’art urbain en Russie. Ce sont ces murs qui ont poussé Pavel 183 à dessiner dès 14 ans. Il possède deux diplômes à son actif mais refuse de dévoiler sa profession : « Ce sont mes outils,

mon pinceau secret. Les journalistes ont écrit partout que j’ai étudié le design de communication car j’avais mis ça sur mon site. En fait, c’était une blague. Je me suis toujours moqué des designers. J’ai fait beaucoup d’études : design, typo, psycho et philo ». En Russie, la reconnaissance n’est arrivée que récemment, véhiculée par des articles du Guardian et du Daily Telegraph le comparant au graffeur anglais Banksy : « C’est triste, après 14 ans de vie artistique, d’être comparé à quelqu’un. Moi, c’est moi, je ne ressemble à personne », insiste Pavel, pour qui « l’art urbain

russe prend sa source dans le situationnisme révolutionnaire, dans le Manifeste du poète Maïakovski : « Colorions notre

« La mission de l’art de rue est le dialogue avec les gens ordinaires. Pas besoin de galeries pour ça ! » ville avec des peintures de couleur ». Pour simplifier, c’est l’art de la révolution dans la rue. Je fais de la satire de rue ». L’art est d’ailleurs une notion élastique : « J’ai un ami qui, en

Photographie Comment la maladie l'a conduit vers l'art

faisant la vaisselle, a découvert, dans les traces de ketchup d’une assiette, le profil de Lénine. Il a laissé cette assiette comme ça. Je pense que notre perception, c’est aussi de l’art ». En 2005, Pavel a tourné un film, Le conte d’Alena-2005, où le visage bien connu de la petite fille sur l’emballage du chocolat soviétique devient le symbole anonyme de l’enfance moderne. Selon lui, chacun est obligé de se vendre, depuis tout petit, sans même le vouloir. Ce sont les règles du monde d’aujourd’hui : « Pour gagner de l’argent, dans la Russie actuelle, pas la peine d’avoir la tête sur les épaules, tant qu’il n’y

© REX/FOTODOM (2)

DARIA GONZALES

a pas de tête, pas de société civile. Belinski disait : à Saint-Pétersbourg, on ne peut pas être artiste ou fêtard, il faut au moins être artiste ou au moins fêtard ». Pour Pavel, « la mission de l’art de rue est le dialogue avec les gens ordinaires. Pour cela, pas besoin de galeries, pas besoin de payer pour voir de l’art. C’est un jeu visuel à travers la ville. Je suis de nature plutôt ascétique. J’aime le silence, la solitude, la saleté », faisant écho à Marcel Duchamp. Pavel évoque la recherche d’un équilibre, « sans lequel on risque de devenir du « fast food » avec un menu et des portions standardisées ».

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La beauté cachée du monde des fourmis DARIA BOLDAREVA

LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

En sortant de la Faculté arctique de l’Académie de la Marine, Andreï Pavlov ne pouvait s’imaginer dans aucune autre profession que celle d’explorateur polaire. À l’horizon : expéditions, aurores boréales et icebergs enneigés. Mais le destin en a décidé autrement en mettant un terme à la succession des jours et des nuits polaires à la station « Pôle Nord-28 ». Il y a sept ans, une commotion à la colonne vertébrale lui a paralysé les mains et les jambes. La vie

d'Andreï a radicalement changé : fini les milliers de kilomètres parcourus auparavant avec aisance. En échange, des objectifs distants d’un mètre, deux tout au plus. « J’ai appris à faire de la photo numérique dans ma datcha, sur un mètre carré d’herbe, avec tous ses habitants. J’ai fini par tomber sous leur charme. Ce sont les fourmis qui m’ont permis de ne pas baisser les bras », raconte Andreï. « Antrey », (le roi des fourmis en anglais), c’est le surnom d’Andreï sur la Toile russe. Il s’est d’abord rendu célèbre par une série de macrophotographies « Histoires de fourmis », des scènes où les insectes posaient et exécutaient des actions tout à fait humaines, une séance photo mise en scène avec des êtres vivants. Les fourmis

rouges Formica Rufa qui vivent dans des fourmilières à 50 m de la maison du photographe sont depuis six ans les personnages principaux de ses photos. « Le plateau est installé sur le sentier, les flashes, fonds et réflecteurs, montés sur des piquets en fil de fer, sont plantés dans la terre ». Antrey assure qu’il n’est pas difficile d’attirer l’attention d’une fourmi : il suffit de placer devant elle un moulage de proie ou d’ennemi, et il parvient même à diriger une troupe entière de cette façon. Il suffit de convaincre une fourmi d’exécuter une tâche pour que les autres suivent, mais tous les acteurs ne sont pas également bons : le photographe écarte les « boulets et les fainéants ». « Il m’a fallu deux ou trois ans

© SHUTTERSTOCK/LEGION-MEDIA

Andreï Pavlov a consacré sept années de sa vie professionnelle aux insectes sociaux. Il tire son inspiration de l'oeuvre romanesque de Bernard Weber.

De véritables fourmis "posent" devant l'appareil photo d'Andreï.

pour entrer en contact, la fourmilière m’a montré ce que je pouvais photographier et comment », explique Andreï. « Parfois je m’imagine presque qu’elles me reconnaissent… Nous pouvons tous apprendre des fourmis : une société qui s’occupe de ses faibles, invalides et retraités ne peut qu’attirer le respect. En 150 millions

d’années d’existence, cette civilisation biologique a développé de nombreuses méthodes de survie écologiquement propres. On ne sait toujours pas laquelle des civilisations, celle des fourmis ou celle des hommes, s’avérera la plus viable ». La principale différence étant que les fourmis ne savent pas détruire.

TITRE : SCHUBERT À KIEV AUTEUR : LÉONIDE GUIRCHOVITCH ÉDITION VERDIER TRADUIT PAR LUBA JURGENSON

Nous sommes en Ukraine, c’est l’été 42, l’occupation. Les nationalistes ukrainiens, qui ont soutenu l’Allemagne contre l’URSS, déchantent. La terreur a vite effacé le rêve d’indépendance, Ukrainiens et Russes s’épanouissent dans une collaboration sous-tendue par la peur toujours présente. Plus tôt, en septembre 41, quelque 33000 Juifs ont été massacrés dans le ravin de Babi Yar. Pianiste à l’Opéra de Kiev,Valentina Maleïeva vit avec sa fille, Pania, jeune femme d’une beauté exceptionnelle, et toutes deux sont menacées de chantage par l’odieux Lozine, le metteur en scène de l’Opéra qui a découvert l’identité « mortellement dangereuse » du père de Pania, vraisemblablement juif. Dans Schubert à Kiev, Léonide Guirchovitch bouscule les règles du roman, les glissements entre les voix de la narration sont fréquents et les frontières entre les espaces ténues. Les héros de Schubert à Kiev, dont la vie gravite autour de l’Opéra, nous donnent l’impression d’être eux-mêmes les personnages virevoltants d’un opéra. Décors de carton pâte, indications scéniques, claquements de talons, rires forcés et mouvements trop amples, jusqu’à la sortie de scène de chacun à la fin du roman : « Le lecteur aura remarqué que nous avons commencé par les personnages secondaires… c’est dans cet ordre que les chanteurs viennent saluer ». Est-ce là, pour Guirchovitch, une façon de mettre la distance nécessaire pour éviter de décrire l’horreur ou une façon de nous dire que tous les êtres peuvent se transformer en bouffons collabos le temps d’un passage sur la scène de la vie ? Car le lecteur ne trouvera pas dans Schubert à Kiev le moindre héros porteur d’espoir. Léonide Guirchovitch mène, parallèlement à son œuvre d’écrivain, une carrière musicale comme premier violon à l’Opéra de Hanovre. Schubert à Kiev est un peu la synthèse de ses talents, un roman d’une inouïe virtuosité linguistique, étrange, foisonnant, kaléidoscopique, émaillé de centaines de références musicales, littéraires, historiques, au style parfaitement adapté au propos : l’écroulement de la culture romantique, dont le nazisme est la dernière étape et Schubert le symptôme par excellence. C’est une métaphore poignante sur la fin d’un monde à l’issue d’un tournant historique radical : « Un jour cette guerre sera finie et, quel que soit le résultat, il n’y aura plus de retour possible au passé ». Christine Mestre Découvrez d’autres chroniques sur larussiedaujourdhui.be


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Loisirs

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recette

Théâtre Un documentaire sur la fin de vie obtient une forte résonance en Europe

Le ragoût remis au goût du jour Jennifer Eremeeva

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Un "Masque d'Or" récompense le meilleur de la création Seule la barrière de la langue empêche la fantastique scène théâtrale russe de s'exporter tout autour du globe. Le festival du Masque d'Or offre l'occasion de découvrir le théâtre de demain. paul duvernet

La russie d'aujourd'hui

Si la vie politique peut paraître ennuyeuse ou décevante, c’est peut-être parce que les Russes mettent toute leur énergie et leurs espoirs ailleurs. Dans le théâtre, par exemple. Le « Masque d’Or », principal festival des arts de la scène, paraît confirmer cette hypothèse, tant l’effervescence du théâtre russe saute aux yeux. Ce festival prend d’année en année une dimension sans cesse plus internationale avec une large compétition d’opéras et de ballets qui vont tourner à l'étranger. Le plus prestigieux des festivals russes a ouvert ses portes le 27 mars à Moscou et s’achève le

16 avril par une remise des prix sur la grande scène du Théâtre du Bolchoï. 51 spectacles venant de 13 villes russes se disputent les prix dans plusieurs compétitions parallèles. Cette année, sur les 183 participants au festival, 16 étrangers ont été sélectionnés, dont les producteurs Claudia Solti (Royaume-Uni) et Daniele Finzi Pasca (Suisse), tous deux nominés pour des spectacles montés sur la scène du Mariinski de Saint-Pétersbourg. Pour cette dix-huitième édition du Masque d’Or, 11 opéras sont en compétition, dont un contemporain, « Les âmes mortes » de Rodion Chedrine d’après le célèbre roman de Gogol. À noter que le Bolchoï de Moscou n’a décroché qu’une seule nomination contre trois pour son éternel concurrent, le Mariinski. Le renouveau de l’art lyrique vient de la province de Kazan, Ekaterinbourg, Astrakhan. Les nomina-

tions pour la catégorie ballet restent monopolisées par les deux capitales russes. Seuls les ballets de Perm et de Novossibirsk ont attiré l’attention des sélectionneurs. Très sensible à la création actuelle, le festival a créé une sélection à part pour la danse contemporaine. Mais c’est la compétition théâtrale qui constitue le centre névralgique du Masque d’Or, d’abord parce que le fondateur du festival, Edouard Boïakov, lui-même metteur en scène, y jette toute son énergie. Figure centrale de la scène théâtrale depuis maintenant deux décennies, Boïakov est un partisan de l’innovation et un critique sans pitié des théâtres d’État poussiéreux, qui continuent

malgré tout à monopoliser les subventions. Dans la sélection 2012 figurent 17 productions dramatiques, presque toutes d’avant-garde, trois spectacles de marionnettes et quatre spectacles qui défient toute classification. On retiendra avant tout Le corps de Simone, une pièce du polonais Krystian Lupa basée sur la vie de la philosophe Simone Weil ; File moi du feu, ou la digestion du rock américain par une jeunesse russe déboussolée et ­Les gelés, une pièce politique du romancier Zakhar Prilepine mise en scène par Kirill Serebren nikov, le plus insolent dramaturge russe. Le théâtre russe rend tout intéressant, même la politique.

Cinéma Le documentaire qui a gagné plusieurs prix, mais n'a pas fait pleurer les Européens

Le Festival International du Film Documentaire « Millenium » se déroulera à Bruxelles du 17 avril au 5 mai. Dans le programme du festival figure le film russe : Outro de Ioulia Panassenko. vincent Joassin

La russie d'aujourd'hui

« Je sens que mes yeux se révulsent… Il me semble que tout a été inutile dans ma vie ». « Outro » est le mot anglais pour « coda », la fin d’une composition musicale. Dans ce film, Ioulia Panassenko capture les derniers instants de sa voisine et amie Svetlana. Cette dernière est atteinte d'un cancer de l’abdomen incurable, le même dont souffrait le père de la réalisatrice. Et pour

l’héroïne du film Svetlana, c’est la rencontre avec sa mère qui effraye encore plus que la mort elle-même. « J’ai eu l’impression qu’elle ne voulait pas me repousser parce qu’elle avait peur de m’offenser », raconte la réalisatrice. « Je suis venue près d’elle et je lui ai dit que, peut-être, nous ne devions pas continuer. À ce moment, elle m’a répondu franchement : Non, il faut qu’on aille jusqu’au bout ». Ioulia Panassenko est une réalisatrice russe née en 1979. Elle commence par étudier le journalisme à l’université de Vladimir, puis sera diplômée de l’institut cinématographique de l’Université d’État de Moscou. Elle a réa-

© service de presse

Une fin trop banale, fixée sur la pellicule

Svetlana n'a pas vécu jusqu'à la première.

lisé divers documentaires dont Tchourka en 2006, l’Idiot en 2007 et Immersion en 2009. Actuellement, elle vit et travaille à Moscou. En novembre, Outro fut présenté lors du Festival du Film Documentaire d’Amsterdam. « À la différence de la Russie, personne n’a versé une larme à Amsterdam », raconte Ioulia Panassenko à propos de la réaction du public européen. Ce dernier a

accueilli le film plus calmement que ce que Ioulia pensait. « Pour la première fois de ma vie de réalisatrice, on m’a posé des questions à propos du système de santé en Russie. Les gens étaient plus intéressés par les thèmes sociaux ». Quant à Vitali Manski, président de l’ArtDocFest, dont Outro à remporté le prix du meilleur documentaire en 2010, il voit le succès de ce film dans sa façon de « pénétrer au cœur de la vie d’autrui jusqu’à un point tel qu’il unit les rôles du héros et du spectateur. Après ce court métrage, j’ai compris ce qu’était la mort, chose à laquelle personne ne peut échapper ». La réalisatrice du film, Ioulia Panassenko et Pavel Petchonkine, directeur du Festival International du Film Documentaire « Flahertiana » dont Outro a remporté le Grand Prix en 2010, seront présent à Bruxelles du 20 au 23 avril lors du Festival « Millenium ». Le site du festival : www.festivalmillenium.org/fr/

domestique capricieux qui vivait dans toutes les demeures, capable de faire des misères et semer la pagaille à moins d’être continuellement apaisé par de petites offrandes. Durant les longs mois d’inactivité hivernale, les hommes somnolaient souvent allongés sur le four. D’où le mot « petchouchnik », de « Petch » (le four) et qui signifie « paresseux » ! On y cuisait du pain, séchait des herbes, faisait mijoter des soupes ou bouillir diverses céréales telles que le sarrasin ou l’avoine. Le ragoût classique russe s’appelle simplement « viande en pot ». Des pots en terre cuite individuels couverts, contenant viande et légumes, étaient placés dans le four. L’électricité et le gaz n’ont pas servi la recette, qui manque désormais de saveur et de texture. Et l’ajout fréquent de mayonnaise pour y remédier est un désastre. J’avais donc relégué la viande en pot aux oubliettes, jusqu’à un week-end récent. Tandis que la neige tombait et que mon mari s’appliquait à faire le « petchouchnik » devant l’écran plat de la télé, je me suis retrouvée avec tous les ingrédients néces­saires sur les bras, et un défi culinaire en perspective. Quelques recherches et expérimentations plus tard, j’ai concocté un ragoût suffisamment bon pour apaiser le plus grincheux des « domovoï » ! Priyatnogo appétita !

Ingrédients : Quatre pots en terre cuite individuels ou une cocotte de 2-3 litres • 600 g d’agneau tendre ou de bœuf, en dés de 1,5 cm • 450 g de pommes de terre rouges, avec la peau, en dés de 1,5 cm • 3 grosses carottes, pelées, en dés de 1,5 cm • 1 grosse aubergine, en dés de 1,5 cm • 1 gros oignon jaune, grossièrement haché • 400 g de tomates pelées en conserve, hachées • 250 ml de bouillon de bœuf ou de vin rouge, ou un mélange des deux • Un peu de farine • Trois filets d’anchois • 1 c. à soupe de zeste d’orange • 5 gousses d’ail écrasées • ⅓ tasse de persil haché • 1 branche de romarin frais • 3 branches de thym frais • 2 c. à soupe de concentré de tomate • 3 c. à soupe de gros sel • 2 c. à soupe de poivre noir concassé • Huile végétale • Beurre.

Préparation : 1. Mélangez l’aubergine et le gros sel, placez dans une passoire, au-dessus d’un bol et laissez égoutter à température am­ biante pendant 45 minutes. Rincez à l’eau froide et séchez avec un torchon. Disposez sur une assiette et passez une mi­ nute au micro-ondes, à température maximale. Laissez de côté. 2. Préchauffez le four à 180°C et placez la grille au milieu. 3. Séchez les dés de viande avec

© service de presse

service de presse (2)

À gauche le spectacle Vragui (Les ennemis) et à droite la scène du ballet Chroma.

Une des constantes de la cuisine russe, c’est la cuisson lente. ­Cette tendance est accueillie avec enthousiasme par les femmes au foyer occidentales, grâce à son principe « gain de temps » : on jette tous les ingrédients dans une cocotte, on règle la minuterie à 5 heures et hop, le dîner pour toute la famille est garanti et l’après-midi vous appartient. Ce type de magie culinaire, qui tire ses origines des temps païens, était pris très au sérieux par les populations agraires de la Russie pré-révolutionnaire. Les Slaves païens croyaient que le feu et l’eau étaient des divinités supérieures et que leurs forces combinées étaient particulièrement puissantes. La cuisine, qui témoignait parfaitement de cette fusion, se faisait dans « petchka », les fameux fours russes faits de brique et recouverts de céramique. Ils étaient intégrés dans le coin de chaque maison paysanne, occupant au moins un cinquième de la pièce. Car ce four ne sert pas qu’à cuisiner, mais aussi à chauffer la maison. Plus qu’un four et un réchaud, c’était le véritable cœur du foyer. Sa construction était un événement collectif joyeux, suivi par une fête débridée. Une fois le four achevé, on y plaçait à l’intérieur un plat de kacha pour nourrir le « domovoï », l’esprit

un torchon, roulez-les dans la farine. Faites chauffez de l’huile dans une cocotte et dorez la ­viande 30 secondes sur chaque ­côté. 4. Ecrasez les filets d’anchois. Ajoutez l’ail écrasé, du gros sel, les herbes, le citron et le poivre. Mélangez jusqu’à l’obtention d’une pâte. Laissez de côté. 5. Mélangez les tomates, le con­ centré de tomate, le bouillon/vin dans un mixeur jusqu’à l’obtention d’un liquide onctueux. 6. Préparez les pots ou la cocotte : beurrez les parois intérieures, disposez la viande au fond, badigeonnez d’un peu de pâte d’anchois, disposez une couche de pommes de terre, puis de carottes, puis d’aubergines, intercalant à chaque fois une couche de pâte d’anchois. 6. Versez la mixture de tomate pour couvrir le contenu. 7. Placez au four et laissez cuire pendant une heure et demie. Autres recettes sur larussiedaujourdhui.be

L'influence croissante des femmes larussiedaujourdhui.be

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