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Le parler vrai du réalisateur Zviaguintsev Son dernier film, Elena, vient de remporter le grand-prix du festival à Gand. P. 7

Trésors souterrains de l'ère soviétique

Staline avait pour projet de faire du métro de Moscou « le palais du peuple ». P. 8

Produit de Russia Beyond the Headlines

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Ce supplément est édité et publié par Rossiyskaya Gazeta (Moscou, Russie) qui assume seule l'entière responsabilité de son contenu Mardi 29 novembre 2011

POLITIQUE & SOCIÉTÉ

Opéra Le très réussi gala d'ouverture a répondu aux attentes, mais qu'en sera-t-il des prochains spectacles ?

Le Bolchoï défend l'opéra d'antan

Nationalistes bigarrés et hyperactifs

Le Théâtre du Bolchoï a rouvert ses portes le 28 octobre après six interminables années de travaux. La direction promet que son répertoire résistera impétueusement à la modernité.

Une récente manifestation de l'extrême-droite russe montre une capacité de mobilisation beaucoup plus importante que celle de l'opposition libérale. Le repli identitaire fait recette, les partis tentent de le récupérer.

PAUL DUVERNET

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

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ÉCONOMIE

Nijni Novgorod invite © LORI/LEGION MEDIA

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Quand le très vénéré Théâtre du Bolchoï s’est trouvé entouré de palissades à l’été 2005, la communauté des mélomanes et des amateurs de ballet s’en est trouvée bien attristée. Trois années sans Bolchoï ! Tout le monde a pris son mal en patience, tant la nécessité de travaux éclatait aux yeux de tous. Des rumeurs circulaient selon lesquelles le bâtiment se trouvait dans un tel état de déréliction qu’il menaçait de s’écrouler. Malheureusement, la patience n’a pas suffit. Le public du Théâtre a rapidement pris conscience que la date de fin des travaux était fictive. Mais personne n’aurait imaginé devoir attendre jusqu’en octobre 2011 pour pénétrer de nouveau dans l’enceinte légendaire.

La direction n'a pas lésiné sur les moyens pour redonner au théâtre d'art lyrique son lustre et ses dorures pré-révolutionnaires.

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Économie Le gouvernement assouplit sa politique fiscale

PHOTO DU MOIS

Enseignement et santé détaxés

L'Étoile rouge vole toujours

JULIA KOUDINOVA

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Jamais jusqu’ici les autorités ne s’étaient montrées aussi généreuses avec un secteur tout entier. Seuls des projets clés comme la technopole de Skolkovo ou la

Banque Centrale de Russie bénéficiaient d’un régime aussi avantageux. Ces vacances fiscales à durée indéterminées sont en réalité inscrites dans le code fiscal depuis janvier dernier, mais elle n’entreront en vigueur qu’à partir de décembre. L’objectif affiché par le ministère de l’Économie est de permettre aux cliniques et écoles privées de concurrencer plus facilement les établissements financés par l’État. Une concurrence accrue conduit

OPINIONS

Adhésion à l'OMC : le pour et le contre Ce dirigeable, conçu sur le modèle de ceux utilisés lors de la Seconde Guerre mondiale, par-

ticipe aux répétitions du défilé militaire du 7 novembre, sur la Place Rouge à Moscou.

Peau neuve

Débrouillards

La Venise du Nord

Les généraux de l'armée russe renoncent la mort dans l'âme aux millions d'appelés et optent désormais pour l'armée professionnelle.

L'assistanat soviétique, c'est fini. La nouvelle classe moyenne russe émergente ne compte que sur ses propres moyens. Mais ce n'est pas simple, surtout en province.

Saint-Pétersbourg comme les guides touristiques ne vous l'ont jamais présentée... Dans cette ville plate sillonnée par les cours d'eau, il faut savoir prendre de la hauteur... sur les toits !

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Toutes les sociétés des deux secteurs ne paieront bientôt plus l'impôt sur les bénéfices. Le gouvernement espère attirer une vague d’investissements privés vers les cliniques et écoles.

à terme à une baisse des prix, suggère le ministère... À l’heure actuelle, les cliniques privées ne représentent que 5% du total des établissements de santé en Russie. Plusieurs grands groupes industrialo-financiers du pays ont lancé ces dernières années des chaînes de cliniques, comme AFK Sistema, Ingosstrakh et Alfa. En région, de grands groupes industriels comme UGMK à Ekaterinbourg, diversifient leurs activités en ouvrant des cliniques d’abord pour leur propre personnel, puis, réalisant que l’établissement peut dégager des bénéfices, ouvrent leurs portes à l’ensemble de la population. Les nouvelles exonérations fiscales ont toutes les chances d’accélérer ce processus.

La région de Nijni Novgorod multiplie les efforts envers les investisseurs et rappelle qu'historiquement, elle est le berceau du commerce en Russie.

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La Russie est sur le point d'accéder à l'Organisation mondiale du Commerce après 18 ans de négociations. Bon pour l'économie russe ? PAGE 6

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Politique

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Politique Une récente manifestation de l'extrême-droite montre l'écho rencontré par les idées xénophobes

Le slogan « La Russie aux Russes » rencontre un large écho dans le public. Le repli identitaire s’exprime au grand jour lors de la fête de l’unité nationale du 4 novembre. Vladimir rouvinsky

La russie d'aujourd'hui

« Marre de nourrir le Caucase », « Liberté, nation, ordre ». Pen­ dant qu’au cœur de Moscou était célébrée, le 4 novembre dernier, la fête officielle de l’unité natio­ nale, dans une banlieue morne de la capitale, 7 000 nationalistes ont défilé sous ces slogans. Une mo­ bilisation a priori modérée à l'échelle du pays, mais qui est beaucoup plus importante que les manifestations de l'opposition dé­ mocratique. Pour la septième année consécu­ tive, le principal contingent de la « Marche russe » était formé de jeunes scandant des slogans xé­ nophobes. Mais cette année, ils ont été rejoints par des nationa­ listes plus âgés et modérés. La manifestation n’a pas su res­ ter unifiée. Les nationalistes se sont divisés en multiples co­ lonnes : « skinheads » portant des masques, fondamentalistes ortho­ doxes, retraités munis d’icônes et simples familles avec des enfants.

Le défilé était fermé par les néonazis sous un drapeau SS arbo­ rant une tête de mort. Les divers groupes avançaient en clamant leurs slogans respectifs au milieu de discours anticauca­ siens, de chansonnettes antisé­ mites accompagnées à la bala­ laïka, de vitupérations contre le parti du pouvoir, Russie unie, et contre l’islamisation. La marche avait été autorisée par les autorités et s’est déroulée sans incidents. Selon le ­centre d’ana­ lyse Sova, spécialisé dans l'ob­ servation de la xénophobie en Russie, les slogans scandés pen­ dant la manifestation étaient une forme d’incitation à la haine ra­ ciale, punie par la loi. Mais la po­ lice n’a pas réagi. Pour le sociologue Lev Goudkov, la notion « La Russie aux ­Russes » est soutenue par 60% de la po­ pulation, tandis que 50% des ha­ bitants de Moscou sont favo­rables à une limitation de l’immigration des ressortissants des républiques du Caucase et d’Asie centrale. « Le problème n’est pas tant que le sen­ timent xénophobe re­monte des couches inférieures pour se répan­ dre dans la société, mais que la société oppose de moins en moins de résistance », ana­lyse l’expert. À cela, plusieurs raisons. Tout

© reuters/vostock-photo

Le nationalisme rallie les mécontents en ordre dispersé

d’abord, de nombreux Russes sont déçus par le pouvoir, ­estime le directeur du Centre des tech­ nologies politiques, Igor Bou­nine. L’exemple type en est la mani­ festation « spontanée » de 5 000 supporters de football sur la place du Manège en 2010. Brandissant des slogans nationalistes, ils exi­ geaient une enquête sur l’assas­ sinat d’un des leurs par un res­ sortissant du Caucase. « C’était la première fois que le nationa­ lisme rejoignait la contestation sociale. C’était une réaction à l’in­ justice, à l’absence de tribunaux fiables et de moyens de faire pres­ sion légalement sur les autorités », explique Goudkov. La seconde raison tient à une po­ litique migratoire incohérente : d’un côté, dans un contexte de chute démographique et de man­ que de main d’œuvre, on favo­rise les flux de migrants à partir des régions pauvres du Caucase et d’Asie centrale, mais de l’autre, personne ne contrôle ces méca­ nismes gangrenés par la corrup­ tion. Le pouvoir lui-même nour­ rit le sentiment nationaliste. Les défenseurs des droits de l’homme sont convaincus que les racines de l’extrémisme nationa­ liste qui affecte la société russe actuelle sont à chercher dans la

Les crises font le lit du nationalisme Selon le centre Levada, le nationalisme a commencé à prendre de l’ampleur au milieu des années 1990, devenant très vi­sible après la crise financière de 1998 et la faillite de l’État. Beaucoup perdirent leur travail et leurs économies. « C’est à ce moment là que la société a cessé d’imaginer les possibilités de son développement, et il a fallu trouver d’autres fondements à l’affirmation nationale », explique Goudkov. Le nationalisme culmine au milieu des années 2000 avec des émeutes et des crimes à caractère raciste.

en Chiffres

40%

de Moscovites approuvent les expulsions d’étrangers et les Russes soutiennent le slogan « La Russie aux Russes » dans une proportion de 60%, selon le centre Levada.

guerre de Tchétchénie. Après la guerre, les Russes se sont trouvés en butte à une très forte hostilité dans le Caucase. La deuxième guerre a été portée par une vague nationaliste où les Tchétchènes étaient perçus comme des enne­ mis de la nation. « La poussée de la haine mutuelle a eu pour consé­ quence un effondrement moral », assure Svetlana Ganouchkina. Une autre raison, soulignée par le politologue Nikolaï Petrov du centre Carnegie, plonge ses ra­ cines dans les questions rela­tives à la quête d’identité russe. Les données du centre Levada in­ diquent qu’à la fin des années 1980, le nationalisme en Russie sovié­tique était plus faible que dans les autres républiques de l’Union. « Les soviétiques avaient une conscience de former un em­ pire, sans exigence d’apparte­ nance ethnique », analyse Goud­ k o v. L’ i n d é p e n d a n c e d e s anciennes républiques soviétiques s’est appuyée sur des mouvements de libération nationale, comme dans les pays baltes, le Caucase ou l’Ukraine. Mais les Russes ne se sont émancipés de personne. De plus, la voie nationaliste est contre-indiquée pour une Russie peuplée de 140 ethnies, pense Pet­ rov : « Chaque ethnie en Russie, contrairement aux Turcs d’Alle­ magne par exemple, possède un territoire historique ; c’est pour­ quoi le nationalisme conduirait à l’éclatement du pays ». Les nationalistes modérés se ré­ fèrent à l’expérience européenne. « En Europe, il y a des institu­ tions et des mouvements civils qui ré­sistent à cela, il y a de vastes débats dans la société qui désa­ morcent largement la violence du nationalisme. Ce qui n’existe pas en Russie », regrette Goudkov. Celui-ci est convaincu qu’après l’incident de la place du Ma­nège, le parti du pouvoir a senti « une forte menace » qui l’a amené à prendre en compte les revendi­ cations nationalistes au sein de la société pour les empêcher de déborder. « Le pouvoir ne cherche pas tant à les combattre, en solutionnant les problèmes qui les nourrissent, qu’à récupérer ces sentiments, comme cela a été le cas pour la contestation sociale », conclut le sociologue.

Armée Un bouleversement du fonctionnement des forces militaires se prépare

Vers la fin de l'ère du million de soldats ?

Le chef d'État-Major de l'armée russe Nikolaï Makarov a lâché une bombe dans les médias à la mi-novembre en annonçant pour la première fois la fin possible de la conscription obligatoire. Paul Duvernet

la Russie d'aujourd'hui

© ria novosti

Le chef d'État-major de l'armée russe Nikolaï Makarov a jeté d'un coup plusieurs pavés dans la mare le 17 novembre dernier lors d'une conférence de presse à Moscou. C'est le dogme du sacro-saint mil­ lion de soldats qui vacille, avec l'annonce que seuls 11% des ­hommes âgés de 18 à 27 ans ­peuvent en principe servir dans les rangs de l'armée. Makarov ajoute qu'en outre, 60% de ces 11% souffrent de problèmes de santé qui empêchent l'armée de les intégrer. « Nous nous trouvons dans une situation où il ne reste virtuellement personne à enrô­ ler », s'est plaint le chef d'État-

La crise démographique et les bizutages font fondre les rangs.

Major devant un parterre de jour­ nalistes médusés. Il est de notoriété publique qu'un nombre très important de jeunes Russes versent des dessous de table aux officiers recruteurs pour échapper au service militaire, fa­ briquent des dossiers médicaux

falsifiés, voire deviennent père dans l'espoir d'échapper au ser­ vice militaire obligatoire de douze mois. Les violents bizutages, le travail forcé et les conditions de vie éprouvantes sont à l'origine de l'impopularité du service. Le fort déclin démographique est un

autre facteur majeur des difficul­ tés éprouvées par les généraux pour lever une armée d'un mil­ lion d'hommes « prêts à com­battre à tout moment ». Cet ­automne, le nombre d'appelés a du être divi­ sé par deux (à 135 850), par rap­ port aux 250 000 à 300 000 pré­ vus. L'appel se déroule deux ­fois par an, au printemps et à ­l'automne. Nikolaï Makarov envisage, pour combler le déficit d'appelés, de les remplacer peu à peu par des "kontraktniki", soit des soldats professionnels. Dès 2013, il veut recruter des kontraktniki au ­rythme de 50 000 par an. Si le processus fonctionne, Makarov estime qu'on pourra envisager l'abandon de l'appel sous les dra­ peaux « à partir de 2016 ». Le ministre de la défense Anatoli Serdioukov s'est fixé pour objec­ tif de recruter 425 000 soldats professionnels d'ici 2017. Cette ré­ forme fondamentale de l'armée

a provoqué de gros remous chez les généraux très attachés à la conscription de masse, fondée sur une pensée militaire ancrée dans l'époque soviétique et formée au sortir de la seconde guerre mon­ diale. Pour l'expert Alexandre Golts, l'armée d'un million de soldats n'est plus qu'un mythe inacces­ sible. Il fixe ses estimations pour cette année à 710 000 militaires au total, dont 220 000 officiers (leur nombre a été considérable­ ment réduit ces dernières années), 180 000 "kontraktniki" (soldats sous contrat), 35 000 cadets (étu­ diants soldats) et 270 000 appe­ lés. Golts note avec soulagement que les généraux admettent enfin que l'armée n'est en mesure d'en­ tretenir qu'environ 500 à 600 000 soldats. Mais il doute que les auto­ rités soient prêtes à relever le sa­ laire des soldats professionnels au niveau promis, soit 30 000 rou­ bles par mois (714 euros).

en bref Leader européen des internautes

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La Russie compte désormais plus d'internautes que les autres pays européens, d'après une étude réalisée par ComScore. Ce n'est que pure logique, puisque la Russie compte la plus impor­ tante population sur le conti­ nent, avec 143 millions d'habi­ tants. Avec 50,8 millions de ­Russes, la pénétration de l'In­ ternet, plus lente qu'en Occident, dépasse désormais les 50,14 mil­ lions d'Allemands et les 42,35 millions d'internautes français. Le marché russe de l'Internet deviendra le premier d'Europe en valeur dans les toutes pro­ chaines années si la croissance se poursuit au même rythme, es­ time le ministre des Télécommu­ nications et des Médias.

À l’heure de Moscou : + 3

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Vous qui voyagez entre la ­Belgique et la Russie, faites attention aux modifications horaires en vigueur depuis cette année. La Russie a définitivement abandonné le changement d’heure saisonnier et le déca­lage avec la Belgique est désormais de 3 heures (au lieu de 2) jusqu’a la fin mars. Le dimanche 30 octobre, une pe­ tite révolution a perturbé cer­ tains gadgets munis d’une fonc­ tion horloge – l’informatique n’avait pas enregistré la déci­ sion du Président Medvedev selon laquelle « l’heure d’hiver » n’existe plus en Russie : le nou­ vel an arrivera une heure plus tard que d’habitude !

Affaires à suivre Mission INNOVA, rencontre à Skolkovo le 12 décembre, Moscou

L’Association pour la Science et les Technologies « TekhnopolMoscou » et la Chambre BelgoLuxembourgeoise pour la Russie et la Biélorussie invitent à la première rencontre Mission INNOVA à Moscou le 12 décembre 2011. Elle aura lieu au siège de la Fondation Skolkovo à Moscou, 12, quai Krasnopresnenskaïa, entrée 6. ›› www.ccblr.org Tous les détails sur notre site

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Société

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Vie quotidienne Ils savent qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes

Santé Fin du Welfare State à la Russe ?

a.molodytch, f.tshapkovski

Les Frolov joignent à peine les deux bouts mais restent optimistes.

pour le métro, ce qui nécessite à son tour une modernisation du matériel de l’usine. Coincée entre la lourdeur fis­cale et le coût des emprunts ban­caires, l’entreprise n’a pas les moyens de réaliser tous les investissements nécessaires. La mondialisation n’arrange rien. « En Allemagne où je vais pour affaires, les gens achètent allemand le plus possible. Nous avons besoin de la même mentalité en Russie », estime Vadimir, dont le patriotisme économique s’accom­ pagne d’une certaine satisfaction person­nelle : le jeune ingénieur veut rester à Tomsk et travailler à la fois pour le bien-être de sa famille et le développement de son usine. Son ambition ? Une maison en banlieue et trois en­ fants. Son épouse se contenterait de deux enfants. Son objectif immé­ diat : envoyer son fils au jardin

d’enfants puis trouver du travail. La première étape n’est pas ­simple : les listes d’attente pour le jardin d’enfants comptent jusqu’à 10 000 noms dans cer­ taines régions et selon le minis­ tère de la Santé, le total pour la Russie atteindrait 1,5 million. Si elle obtient une place pour Ser­ gueï, Nastia souhaite travailler dans le secteur des services so­ ciaux. Elle espère gagner 20 000 roubles par mois, mais se satis­ ferait de 15 000 (400 euros). Vladimir et Nastia font partie d’une nouvelle génération : ils n’ont pas pour habitude de s’en prendre au gouvernement et ­cherchent eux-mêmes des solu­ tions sans compter sur l’ État. Il est vrai que le couple n’a pas la folie des grandeurs. Les voyages ? Nastia voudrait aller à Sébastopol où elle a de la famille. Des destinations plus exo­

La classe moyenne russe en chiffres

gaia russo

Les Frolov sont une famille ty­ pique de la classe moyenne pro­ vinciale émergente.Vladimir a 28 ans, sa femme Nastia en a 22. Ils sont originaires de la région de Tomsk, ville située en plein cœur de la Sibérie, à environ 3 000 ki­ lomètres à l’est de Moscou et qui compte 500 000 habitants. Une fois ses études supérieures termi­ nées,Vladimir a trouvé du travail dans une usine électromécanique de Tomsk, où il a rencontré Nas­ tia. Son premier salaire s’élevait à 10 000 roubles (environ 250 euros), ce qui n’est pas énorme, même à Tomsk. Mais le jeune ingénieur pro­ metteur est resté : sa société lui a offert un prêt sans intérêt sur 25 ans, qu’il a utilisé pour acheter un appartement T1 (une chambre) dans un im­meuble moderne au bord du fleuve. Seule condition : s’il est congédié ou s’il démis­sionne, il devra non seulement rembour­ ser son prêt immédiatement, mais aussi payer les intérêts sur tout ce qu’il a emprunté jusque-là.Vladi­ mir est donc lié à son employeur pour un quart de siècle, mais se met volontiers à sa place : sans cette clause restric­tive, « les gens seraient nombreux à se procurer des prêts avantageux sur le dos de l’entreprise, sans contrepartie. Nous sommes peut-être liés à l’entreprise, mais c’est le prix à payer pour avoir notre propre appartement ». Le couple a eu de la chance. La majorité des jeunes familles ­russes n’ont pas les moyens d’obtenir un prêt, que ce soit d’une banque ou de leur employeur. En effet, soit les candidats ne ­peuvent présen­ ter les garanties nécessaires, soit leur employeur refuse de les aider par le biais d’un prêt à taux zéro. C’est une des raisons pour les­ quelles la part de l’immobilier russe acquis grâce à une aide fi­ nancière ne représente que 15%. Une fois versées les mensualités de l’emprunt, il ne reste aux Fro­ lov qu’environ 630 euros. Le sa­ laire de Vladimir est le seul reve­ nu du ménage car Nastia a repris ses études et s’occupe de l’édu­ cation de leur fils Sergueï. Le budget alimentation tourne autour des 150 euros par mois. Pour sa sécurité financière, Vla­ dimir considère qu’il a besoin d’un salaire mensuel d’au moins 1 000 euros. Mais il ne peut espérer une augmentation sans un gain de productivité de son usine de fa­ brication de turbines d’aération

© oksana yushko

rousski reporter

tiques ? Les pyramides d’Égypte, les plages de sable fin thaïlandaises, mais aussi l’Allemagne, parce que Vladimir lui en a dit beaucoup de bien. En somme, la famille a besoin de sortir de chez elle. Ce que le ­couple ne fait que trop rarement, n’ayant pas les moyens de payer une « ba­ by-sitter » pour s’occuper de son enfant. Sa dernière sortie au res­ taurant ? « Il y a neuf mois », ré­ pondent d’une seule voix Vladi­ mir et Nastia. Le salaire modeste de Vladimir est imputable au faible taux moyen de la productivité en Rus­ sie, qui est quatre fois inférieur à celui des États-Unis. Un nouvel emploi dans une autre ville pour­ rait permettre au ménage d’amé­ liorer sa qualité de vie grâce à une augmentation significative de ses revenus. Avec ses compé­tences, Vladimir aurait d’excellentes perspectives d’avenir dans la ré­ gion de Saint-Pétersbourg, où l’économie est plus dynamique. Mais son emprunt l’oblige à res­ ter à Tomsk. Comme d’autres dans son cas : en Russie, seuls six em­ ployés sur mille déménagent dans une autre ville chaque année, soit quatre fois moins qu’aux ÉtatsUnis. Vladimir ne s’inquiète pas d’un éventuel accident qui le priverait de son emploi : « Si quelque chose m’arrivait, une compagnie d’assurance rembourserait mon emprunt. Pour être honnête, j’ai une chance incroyable. Des millions de Russes sont probablement jaloux de moi ».

source: Levada.ru

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La nouvelle classe moyenne retrousse ses manches Les Soviétiques se reposaient sur l’État. Aujourd’hui, les Russes se battent pour leur emploi, un appartement bien situé et une place au jardin d’enfants pour leur progéniture.

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Dans les faits, les Russes sont souvent contraints de payer leurs soins.

Inquiétudes sur le futur de la gratuité des soins Le président sortant Dmitri Medvedev vient de voter une loi provoquant une brèche dans le sacro-saint principe de la gratuité des soins. À deux semaines des législatives... Natalia Krainova The Moscow Times

Pour faire des tests sanguins, Elena Kopylova, 49 ans, est arri­ vée à la porte de sa clinique pu­ blique locale de la banlieue de Moscou à 7 h du matin, une heure avant l'ouverture. Elle n'était pas la première. « J'ai du diabète et je peux m'évanouir en attendant  », a dit Kopylova. Cette femme obèse venue pour tester sa glycémie à jeun, attendait ainsi à la clinique le mois dernier. La queue finit par compter des dizaines de personnes, et beau­ coup n'ont jamais atteint leur tour malgré des heures d'attente. Les petits futés savaient, cependant, qu'il suffit de glisser 200 roubles (5 euros) à l'infirmière pour échap­ per à la file... De telles scènes sont omnipré­ sentes en Russie, où la santé pub­ lique est sous-financée, sous-équi­ pée et en sous-effectifs depuis l'effondrement de l'Union sovié­ tique. Dans une tentative de change­ ment, le gouvernement a proposé une réforme radicale de la santé publique cette année. Même si elle n'a pas déclenché les joutes ver­ bales qui ont suivi les récentes réformes aux États-Unis, elle a néanmoins suscité un débat hou­ leux, qui a été relancé à la mi no­ vembre, lorsque le président Dmi­ tri Medvedev a signé le projet de réforme. Le projet de loi cherche mettre un terme à ces « gratifications » auxquelles Kopylova a assisté dans la clinique où elle attendait patiemment son tour. Mais cela se fera en légalisant les services médicaux payants dans les éta­ blissements d'État. Ce qui, disent les critiques, constitue une étape

vers l'abolition de la gratuité des soins dans le pays. Toutes les constitutions russes de­ puis 1936 jusqu'à l'actuelle adoptée en 1993 - mentionnent la gratuité des soins comme un droit inaliénable. Mais il s'agissait d'un droit sys­ tématiquement violé, surtout à l'époque postsoviétique, lorsque le système de santé était miné par des financements insuffisants et commençait lentement à s'effon­ drer.

La gratuité des soins est cruciale dans un pays dont 23% des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté Les patients sont souvent obligés de payer pour des services sup­ posés être gratuits, à la fois offi­ ciellement et « sous la table », soit parce que les installations médi­ cales manquent de financement, soit parce que les médecins, aigris par les foules de malades et les bas salaires, sont réticents à faire leur travail. Depuis 1991, les dépenses pub­ liques en soins de santé n'ont « pratiquement pas augmenté » en termes réels, déclare Larissa Popovitch, directrice de l'Institut d'économie de la santé auprès de l'École supérieure d'économie. 70% de l'argent dépensé en soins de santé publique prétendument gratuits proviennent des paie­ ments légaux et « informels » des patients, a expliqué Popovitch. Bien que le gouvernement envi­ sage d'augmenter les dépenses militaires à 20.000 milliards de roubles (476 milliards d'euros) en 2020 - un montant spectaculaire dont on ne trouve d'équivalent qu'à l'époque de la Guerre froide - rien de tel n'est attribué pour les « dépenses sociales ». Les prio­ rités gouvernementales n'ont pas fini de provoquer des débats.

Philanthropie Une initiative caritative sort de l'ordinaire et attire l'attention des médias, alors que le financement public fait défaut

Premier strip-tease solidaire Faute du soutien de l'État, les organisations caritatives rivalisent d'imagination pour lever des fonds. alexandra anizakhian

Avec Roussky Reporter, Vedomosti

Le 13 novembre, un « strip-tease de bienfaisance » s'est tenu ­à Moscou. Et cela n'a rien d'une blague. Les spectateurs de­vaient apporter des vêtements chauds pour les sans-abri : des danseurs professionnels les met­ taient en cou­lisses avant de dé­

filer sur scène et de s'en dé­ pouiller. On peut discuter longtemps du côté moral et éthique de l'initia­ tive. Une chose est cependant in­ discutable : les organismes de bienfaisance survivent plutôt mal qu e b i e n d a n s l a R u s s i e d'aujourd'hui. « En Russie, le système de fonds de bienfaisance est inversé, les fonds des philanthropes privés atteignent 10-15% du total », com­ mente Maria Tchertok, directrice de CAF Russie. Selon les statis­

tiques, 73% du financement à but non lucratif en Russie venait en 2011 du monde des affaires et des citoyens. Cette « inversion » à de nombreux niveaux est le résultat d'un principe élémentaire : « dé­ brouillons-nous sans État ». Selon un sondage réalisé par Roussky Reporter sur le « Forum des donateurs » en octobre 2011, la majorité des sondés estiment que le principal frein au dévelop­ pement de la bienfaisance en Rus­ sie est une « réglementation gouvernementale inadaptée » et le

« développement insuffisant des infrastructures caritatives ». Pendant ce temps, Internet est lit­ téralement submergé d'appels à l'aide. L'un d'eux provient d'Eli­ zaveta Glinka, l'organisatrise du "strip-tease" mieux connue comme le « docteur Liza » : à travers son blog elle lance des appels aux lec­ teurs afin de recueillir des fonds pour son organisation « Aide équi­ table », qui travaille avec les dé­ munis et les sans-abri. « Je ne veux pas travailler avec l'État, j'ai une fondation privée. Ne pas

se quereller avec l'État c'est une chose, coopérer avec lui en est une autre. La seule plateforme sur laquelle je peux dire qu'il y a des gens dans les entrées d'im­meubles, c'est mon blog. Je n'ai pas de chaîne de télé, de radio, de journa­ listes salariés, de directeur des relations publiques. Juste un blog. Heureusement, les gens l'en­ tendent », a-t-elle déclaré. En ce qui concerne l'État, selon les données du Boston Consul­ ting Group, le financement pu­ blic des organisations à but non lucratif en Russie atteint seule­ ment 5%, soit dix fois moins que dans les pays développés et 4 fois moins que dans les pays émer­ gents. Il n'existe pas de prog­

rammes et d'incitation fiscale pour les activités de charité. Dans le même temps, les actions ponc­ tuelles de l'État se discréditent de plus en plus. Le concert du Fonds de bienfaisance « Fédéra­ tion » avec la participation de stars internationales et du Pre­ mier ministre Vladimir Poutine fin 2010 s'était terminé par un scandale : 4 mois plus tard, la mère d'une petite fille souffrant du cancer a déclaré qu'elle n'avait pas reçu l'argent promis. Les ac­ tions de charité du Kremlin, or­ ganisées à grand fracas et sous l'attention des journalistes, rap­ pellent souvent de pompeuses campagnes de relations pub­ liques.


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Économie

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Région Gros plan sur une province traditionnellement axée sur l'industrie manufacturière, militaire et nucléaire

Les étrangers ont la priorité

Nijni Novgorod et sa région ont l'avantage d'être proches de la capitale, densément peuplées, bien desservies. Des industriels belges ont décidé d'y localiser leur production.

en Chiffres

3,5

C'est ainsi que les recettes fiscales se sont multipliées au cours des 5 dernières années, après que V.Chantsev ait pris les rênes de la région. Le gouverneur veut encore multiplier par cinq ces revenus.

Caroline Gaujard-Larson La russie d'aujourd'hui

À la région de Nijni Novgorod le gouvernement local a pris son destin en main, semble-t-il. Le ­porte-parole de Solvay salue son dynamisme et le soutien pro­ digué aux investisseurs étrangers tel celui apporté par l'administration au groupe belge. «Le gouvernement local a dès le début apporté son aide à la réalisation de notre projet, assure Erik De Leye. La législation de Nijni Nov­gorod lui permet d'apporter un soutien aux industriels étrangers, qu'il soit financier ou non ». Le groupe Solvay, qui a donné naissance à RusVinyl depuis sa joint-venture avec Sibour pour le projet de Kstovo, in­dique qu'il a bénéficié d'un statut prioritaire pour mener à bien ses projets : « dans ce cas, la région soutient l'entreprise sous la forme d'agréments fiscaux, d'une compensation des taux de crédit commercial, de mesures non-financières, etc. ». Un accord entre RusVinyl et les autorités locales, garantissant à l'industriel des agréments fiscaux concernant l'impôt sur la fortune et l'impôt sur les béné­fices pour une période de cinq ans, a ainsi été signé. Autant de facteurs économiques qui font de Nijni Novgorod une

3 La foire de Nijni Novgorod est le berceau du commerce de la région.

région très attractive pour les investisseurs étrangers, confirme de son côté le président de la ­chambre de commerce belgoluxembourgeoise, Arkady Arianoff. Ce dernier a justement accompagné une délégation belge dans la région russe en octobre dernier. « La chimie reste le plus gros secteur d'investissement dans cette région, détaille-t-il.

Nous voulons d'ailleurs contribuer à la création d'un cluster plastique à Nijni Nov­gorod ». À l'évocation de la région, le président de la chambre de commerce belge précise que son institution a justement signé un accord avec Nijni Novgorod il y a peu, même si, bien sûr, « nous travaillons avec toutes les régions de Fédération ».

Caroline Gaujard-Larson La russie d'aujourd'hui

S'implanter à Nijni Novgorod via le rachat d'une entreprise lo­cale : c'est l'option gagnante qu'a choisi AGC Glass Europe (jadis Glaverbel), spécialiste du verre, en acquérant, en 1997, 75% du capital de Bor Glassworks, premier producteur de verre plat en Russie depuis les années 1930. De quoi minimiser les risques, selon la société, « dans un immense pays en route vers une économie de marché », commente-t-on au

Faire ses premiers pas

Pour Arkady Arianoff, le premier interlocuteur d'un investisseur étranger désireux de s'implanter est évidemment l'administration locale, en particulier Dmitri Svatkowsky, le vice-gouverneur de région. Toujours selon le président de la chambre de commerce, vient ensuite son homologue russe : Dmitri Krasnov,

Carte des implantations réalisées par les groupes étrangers

qualité », précise le président de la chambre de commerce belge. « Et pour la garantie d'une main d'oeuvre locale qualifiée, cadres y compris ». Dix ans plus tôt, tout était différent, conclut Arkady Arianoff. « L'équipe du gouverneur Valeri Chantsev a complètement modifié le paysage économique de Nijni Novgorod. Le retard a été rattrapé ».

président de la chambre de commerce de Nijni Novgorod. Arkady Arianoff évoque avec enthousiasme sa visite du mois dernier et se félicite de l'intérêt certain dont ont fait montre les entreprises locales russes pour le projet de cluster plastique qu'il entend porter à Dzerzhinsk. « À Dzerzhinsk pour ses 250 000 habitants et son université de ­grande

Entretien

Valeri ChAntsev, gouverneur

Réduire l'assiette fiscale pour créer des emplois

Une intégration délicate mais réussie dans le tissu industriel local Implanté à Nijni Novgorod via Bor Glassworks depuis 1997, le producteur de verre plat, AGC Glass Europe, a dépensé jusqu'ici 770 millions d'euros pour conquérir le marché russe.

milliards d'euros (environ), soit 110 milliards de roubles. Ce chiffre correspond au budget de la région de Nijni Novgorod. Selon la stratégie de développement, le gouverneur Valeri Chantsev veut le voir quadrupler d'ici 2020.

siège de Bruxelles. À l'époque, AGC Glass Europe se donne ainsi le temps de se familiariser avec le tissu économique local, d'organiser sa structure de management et de former ses collaborateurs. Bor Glassworks dispose de deux ­l ignes flottantes de conception occidentale pour une capacité totale de plus de 1 000 tonnes par jour, d'un équipement permettant de fabriquer du verre pour la production locale de 900 000 voitures par an ainsi que d'un réseau de distribution constitué d'une vingtaine de sociétés en Russie. Des atouts qui décident AGC à acquérir une position stratégique, laquelle allait lui permettre de prendre « dix ans d'avance » sur ses concurrents. Somme toute, AGC Glass

La consommation moyenne de verre est de 5 kg par habitant contre environ 18 kg en Europe occidentale a reproduit en Russie une stratégie de diversification géogra­ phique et de présence sur des marchés émergents déjà appliquée en Tchéquie où l'entreprise a mis la main sur le producteur national de verre plat. Quant à Nijni Novgorod : « L'administration locale comprend très bien l'intérêt d'accueillir des investisseurs étrangers », dit-on chez AGC. Impôts, emploi, CSR (responsabilité sociale des entreprises), technologies innovantes ;

« tout ce que le gouvernement de Nijni Novgorod pouvait pour AGC, dans les limites de la législation russe, a été fait pour faciliter notre implantation ». D'où le conseil aux entreprises étrangères candidates à une installation dans la région de prendre contact avec le vice-gouverneur de Nijni Novgorod, qui a en ­charge le département des investissements. « L'investisseur doit évidemment tenir ses promesses », prévient-on chez AGC. Quant à la réalisation et la gestion de l'activité, le professionnel du verre recommande de « confier d'importantes responsabilités au management russe. Mieux que quiconque, il saura respecter et tirer parti d'un environnement socio-économique et culturel dont la compréhension peut aisément échapper aux investisseurs étrangers. Des accords fiscaux, environnementaux et sociaux passés avec les autorités locales sont également recommandés pour sécuriser l'investissement ».

Quelles sont les demandes formulées par les investisseurs étrangers ? Premièrement, les investisseurs étrangers ont peur des barrières administratives, de la corruption, et des lenteurs dans l'octroi de licences. Nous avons supprimé tout cela en misant sur le « guichet ­unique ». Nous avons réduit la période de prise de décision à 104 jours. Deuxièmement, chaque investisseur regarde la logistique, la disponibilité de terrains et de ressources administratives, la volonté politique des dirigeants concernant la réalisation d'un projet, ainsi que les compétences des employés. La disponibilité de réseaux techniques est importante : électricité, chauffage, eau, voies d'accès. Nous avons travaillé sur ces axes. Pour réduire le déficit d'énergie, nous envisageons de construire une centrale nucléaire - 4 blocs de 1150 mégawatts. En 2020, le déficit d'électricité aura disparu. Pouvez-vous détailler quelques gros projets industriels ? La construction d'un nouveau complexe de craquage catalytique profond dans la raffinerie de Kstovo et un complexe de fonderielaminage dans l'usine métallur­ gique de Vyksa,avec les équipements dernier cri de l'Italien Danieli. À Dzerjinsk, on a ouvert la première usine russe du groupe Liebherr, qui fabrique du matériel de construction et des composants destinés à l'aéronautique. Et il y beaucoup d'autres projets... Que faites-vous pour accélérer la modernisation de l'économie ?

© itar-tass

Une coopération étroite de la région

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euros (16,5 mille roubles), c'est le salaire moyen dans la région de Nijni Novgorod en 2010. Un salaire moyen environ deux fois inférieur à celui de la capitale.

© lori/legion media

« Une législation progressiste ». C'est ce qui a amené le groupe Solvay dans la région de Nijni Nov­gorod au cours de l'année 2007. Là, le spécialiste belge des solutions plastiques et son partenaire russe Sibur érigent maintenant une nouvelle usine à ­K stovo, premier complexe à l'échelle mondiale construit en Russie et qui sera opérationnel à l'horizon 2013. Pour Erik De Leye, chargé de communication du groupe Solvay, le choix du partenaire comme celui du lieu ­allaient de soi. « L'une des matières premières du PVC est l'éthylène et Sibur dispose d'un vapocraqueur qui en produit, explique celui-ci. Le choix était facile ». Quant à Kstovo, « une ville très bien située », sa capacité logis­tique aura fait la diffé­rence. Sans compter la qualité de la main d'oeuvre qui s'y trouve et le potentiel du marché local.

Aujourd'hui, nous favorisons la modernisation de l'industrie mécanique et métallurgique par des incitations fiscales. Quand de nouveaux équipements sont installés, nous libérons totalement la société de la taxe professionnelle pendant la période de retour sur investissement. Mieux vaut avoir pendant cinq ans un haut niveau de productivité, des salaires élevés pour ceux qui y travaillent, que des recettes fiscales. Certains se plaignent que nous réduisons l'assiette fiscale. Mais regardons un instant ce qu'il y avait avant : un champ envahi par les mauvaises herbes, avec des machines obso­ lètes et improductives. Désormais, un opérateur reçoit un salaire de 1.250 euros pour travailler sur une machine multibroche rapide qui produit autant qu'un demi-atelier. C'est un niveau complètement différent. Nous avons la mauvaise habitude de prendre sur tous les tableaux. Mais travailler dans les régions, c'est un business aussi complexe que celui d'une entreprise. D.Skvortsov et T.Ermoshkina


Régions

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Insolite Visite guidée d’un autre type pour découvrir la « Venise du Nord » : sur les toits de Saint-Pétersbourg

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Promenade au ras des nuages Dans la vie « d’en-bas », il est employé de banque. En trois heures de balade, nous avons gravi quatre toits situés dans le centre historique de la ville. Nous avons évolué dans un rayon d’à peine deux kilomètres carrés ; c’est pourtant comme si nous avions visité une autre ville, un autre pays, une autre planète. Chaque toit est différent et offre un paysage et une ambiance qui lui est propre. Depuis l’immeuble du quai de la Fontanka, face au Cirque, on surplombe un carrefour où ondulent et se croisent les serpentins des phares de voitures et les lumières des bateaux-mouches en un ballet synchronisé. Mouvement hypnotique qui vous plonge dans un état méditatif. Vers la rue Mokhovaïa, le paysage est tout différent. Les nombreuses cheminées et lucarnes forment l’encadrement d’un tableau hallucinatoire. À l’horizon,

PAULINE NARYCHKINA

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Saint-Pétersbourg se situe au niveau de la mer, sans dénivelés, et si l’on veut prendre de la hauteur, l’une des solutions consiste à rechercher les élévations architecturales du haut desquelles la ville vous appartient, l’espace de quelques heures : elle tient dans la paume de votre main, elle se donne. C’est parti pour une virée sur... les toits. Mon guide, Dmitri, a 22 ans. Il fait partie de la nouvelle génération de ces accrocs des hauteurs : « Le toit, c’est TOI. C’est l’endroit qui donne la possibilité à ton monde intérieur de se révéler. Ici, tu peux être toi-même, loin des conventions du monde d’enbas ».

les coupoles des grandes cathédrales illuminées (Kazan, SaintIsaac, Saint-Sauveur-sur-le-sangversé, et la flèche de l’Amirauté) sont alignées telles des boules dorées posées sur la ligne de crête des toits. Si l’on se penche de l’autre côté de l’immeuble, on distingue le dédale des ruelles et le labyrinthe des sombres cours intérieures. Un monde parallèle contrastant avec l’éclairage vif et la circulation effrénée du Liteïnyi Prospekt. Puis nous nous hissons sur le toit d’une bibliothèque abandonnée, un immeuble de briques rouges aux fenêtres sans carreaux, pareil à une bouche édentée. À quelques minutes de là, nous visitons le toit d’un immeuble de grand standing, entre l’Ermitage et le Palais de marbre. Et là, c’est l’apothéose : une vue panoramique sur la Néva, dans toute sa majesté. Sur la gauche, la Pointe de l’île Vassilievski avec ses co-

Nocturnes Les bals de Saint-Pétersbourg ne se démodent pas

On y danse comme à la grande époque Saint-Pétersbourg ne manque pas de boîtes de nuit modernes, mais tient avant tout à préserver sa réputation de capitale russe des grands bals, qui remonte au XIXe siècle.

Descendre à l’hôtel et dans le passé

Pour vous imprégner de l’atmosphère historique de la ville en restant tout près de l’avenue principale - la perspective Nevski -, descendez au Grand Hôtel Europe comme la plupart des visiteurs de renom depuis près de deux siècles. Au début du XIXe, à sa place se

trouvaient deux immeubles locatifs. L’un des propriétaires, de concert avec le marchand français Jean Coulon, y avait ouvert un hôtelrestaurant réputé, sous l’enseigne à consonance française La Russie. Cette tendance francophile s’est pérennisée et, aujourd’hui encore, les habitués peuvent savourer sur leur terrasse un petit-déjeuner à la française : un croissant frais avec leur café du matin. Suite à un incendie ravageur, le bâtiment a été fortement endommagé. L’hôtel rouvre en 1875 sous le nom actuel de Grand Hôtel d’Europe. La toute dernière rénovation a été réalisée en 2008 sous la direction de l’architecte d’intérieur français Michel Jouannet.

sion de fêtes traditionnelles, et sont donc ouverts au public. Alors, si vos projets vous conduisent à Saint-Pétersbourg pour les fêtes de fin d’année, ne manquez pas le Bal du Nouvel An de Tsarkoïe Selo ! La nuit du Réveillon, un équipage vous amènera de votre hôtel au palais. Vous serez accueillis par un orchestre à vent et un tapis bleu vous guidera jusqu’à la salle de bal. En chemin, des hussards du tsar vous feront le salut militaire et une coupe de champagne vous sera servie. À

minuit, sous les voûtes du palais retentiront les douze coups. Que la fête commence ! Polka, polonaise, valse, chant d’opéra. La danse de la Fée Dragée cède la place aux danses cosaques. Un tourbillon de musique, qui culminera par un feu d’artifice. Pour terminer, la troïka, au son des grelots, vous ramènera à travers les rues enneigées jusqu’à vos appartements. Le voilà, le bal « à la russe ». Comme le disait Catherine II : « Un peuple qui danse et chante ne pense pas à mal ». Et elle savait de quoi elle parlait.

IOULIA PETROVA

Imaginez l’écho retentissant à travers d’immenses salles, le froissement des crinolines, les notes mélodieuses de la musique de Mozart et le parquet brillant, poli par les siècles. C’est SaintPétersbourg au XIXe, capitale des bonnes manières, des cérémonies et des bals. « Les bals, en Russie, sont apparus assez tard, explique Irina, directrice d’une société spécialisée dans l’organisation de telles manifestations. C’est Pierre le Grand, le tsar novateur, ouvert sur l’Europe et grand amateur de femmes, qui a lancé ces festivités à la Cour. À partir de 1718, tous les grands noms de l’aristocratie organisaient ce genre de fêtes. Les bals de celle qui était alors la capitale se distinguaient par un faste et une magnificence sans pareil. Et c’est toujours le cas ». Aujourd’hui, nous assistons à une véritable renaissance des bals. Même au XXIe siècle, l’élégance et les grandeurs d’une autre époque font rêver. La plupart des cérémonies se déroulent au Palais Catherine de Tsarskoïe Selo ou au Palais Ioussoupov. Souvent, ces bals sont organisés à l’occa-

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La mode... et la sécurité ! Les sites Web proposant des promenades sur les toits, y compris les sites d’agences touristiques, se multiplient. Cette tendance est portée par des bars, clubs et restaurants huppés qui, l’été, installent leurs terrasses en hauteur pour offrir des vues imprenables. Il convient cependant de respecter certaines consignes de sécurité, et de porter notamment des chaus-

sures confortables avec semelles antidérapantes (mesdemoiselles, oubliez vos talons !), de garder les mains libres (sac à dos de rigueur), de se munir d’une lampe de poche et de ne pas s’accrocher aux fils électriques. À chacun de trouver SON toit. Une chose est sûre, vous en descendrez tout sens dessus dessous et jamais déçu(e).

lonnes rostrales, à droite le pont Troïtsky, guirlande scintillante, et en face, dardant sa flèche vers le ciel, la forteresse Pierre-et-Paul, symbole de la ville. La hauteur peut donner le vertige, même à ceux qui ne l’ont pas. Un vertige de liberté, de beauté. Une sensation de toute puissance mêlée à l’adrénaline

que font naître le risque et l’interdit. Les immeubles du centre-ville étant limités à six étages, au-delà, on accède directement au septième ciel. Encore faut-il le mériter. Bien sûr, certains sommets ne se donnent pas si facilement, il faut les prendre d’assaut. S’accrocher et franchir l’obscurité des

À NOTER

greniers poussiéreux, se hisser à la force des bras à travers une étroite lucarne, crapahuter sur les arêtes des tôles glissantes entre les cheminées décrépies. Sans compter les gardiens, les caméras de surveillance et les voisins aux aguets. Mais le jeu en vaut la chandelle. Dmitri raconte que ses quartiers favoris « au raz des nuages » sont situés dans le cœur historique : Nevski, Fontanka, Griboedov, la Place Sennaya, mais aussi l’île Vassilievski et, surtout, le quartier de Petrogradskaïa qui recèle un potentiel infini et permet des balades de plusieurs heures sans toucher terre. Les amateurs de sensations fortes trouveront leur compte sur les grandes tours des quartiers périphériques (Ozerki, Avtovo, Grajdanski prospekt). « Du haut d’un immeuble de 25 étages, par temps dégagé, on a une vue imprenable et inédite sur la ville ».

Idée promenade Ponts, quais, îles, canaux

Pour s’y rendre Chaque jour, plusieurs vols directs entre Paris et Saint-Pétersbourg arrivent à l’aéroport de Poulkovo (situé à 1 heure de route du centre-ville). Si vous êtes à Moscou, vous pouvez également prendre l’avion (le trajet dure 40 minutes) ou un TGV qui part de la gare Leningradski et arrive à la gare Moskovski en plein cœur de la capitale du nord.

Où dîner Le restaurant Palkine, avenue Nevski, est l’un des plus anciens de la ville. Étoilé dans les guides de du XIXe, il comptait parmi ses clients Dostoïevski, Leskov, Tchekhov, Mendeleev et Tchaïkovski. Fidèle à ses origines, Palkine a été récemment rénové dans son style historique par les mêmes décorateurs que ceux de l’Ermitage et son intérieur vaut à lui seul une visite. Quant au menu, il séduira les plus fins palais avec des plats traditionnels russes, mais aussi des classiques français, un choix de 120 vins haut de gamme et une chocolaterie propre au retaurant.

© HEMIS/LEGION MEDIA

Les Saint-Pétersbourgeois le savent bien : leur ville se révèle sous une autre dimension à qui sait prendre de la hauteur...

Saint-Pétersbourg vue au fil de l’eau Après la vue d’en haut, celle d’en bas : les bateaux-mouches de Saint-Pétersbourg invitent à découvrir les 75 canaux, 800 ponts et les quais infinis de cette véritable Venise du Nord. IOULIA PETROVA

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Pierre le Grand est connu pour être un grand plagiaire. Il a « copié » la flotte hollandaise, l’architecture française et conçu la planification de sa ville sur le modèle italien. Saint-Pétersbourg n’a pas volé son surnom de « Venise du Nord » : sillonnée par quelque 75 canaux, la ville est répartie sur plus de 100 îles, presqu’autant que la « vraie » Venise. Pierre le Grand avait eu l’idée d’en faire une véritable « fenêtre sur l’Europe », permettant à Saint Pétersbourg d'accueillir les navires marchands et les paquebots du monde entier. Le tsar, désireux d’épater d’emblée les visiteurs par

la magnificence de sa ville qui porte son nom, fit en sorte que l’ensemble architectural, monuments et façades, soit tourné vers l’eau. Après les glaces hivernales, la navigation reprend en mai : rivières et canaux pullulent de barques, bateaux et vedettes. « À Saint-Pétersbourg, les promenades au fil de l’eau sont incontournables, souligne Iana Khroustovskaya, directrice d’une agence de voyages, cela permet de voir la ville sous un autre angle ». Au crépuscule, les palais et les ponts s’illuminent. Le jeu des ombres et des lumières met en valeur les détails architecturaux. Les « nuits blanches » voient la foule se masser sur les quais ou prendre d’assaut les bateaux sur la Neva pour assister, vers deux heures du matin, à la levée des ponts laissant alors passer de gigantesques paquebots de croisière. Un instant magique à l’image d’une ville qui ne l’est pas moins.


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Opinions

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entrée À l’OMc : le pour et le contre un handicap pour l’économie russe Felix Goryounov

La russie d’Aujourd’hui

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ieux vaut tard que jamais. Telle pourrait être la réaction des investisseurs et hommes d’affaires à l’Ouest comme à l’Est à l’annonce que la Russie arrive au terme d’un parcours de 18 années pour intégrer l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). L’entrée de la Russie sera ratifiée par le Conseil général de l’OMC à la mi-décembre. Le long marathon de l’adhésion n’a toutefois pas été inutile. Les t­ermes arrachés par les négociateurs russes à leurs partenaires sont largement favorables à la Russie. Ils assurent un accès sans discrimination des produits r­usses aux marchés étrangers, ce qui s’appelle en langage international « statut de la nation la plus favorisée ». La Russie peut aussi avoir recours au mécanisme de règlement des litiges de l’OMC. L’adhésion va créer un climat plus favorable aux investissements étrangers en R­ussie, et inversement, ouvrir pour les investisseurs r­u sses les marchés des pays ­membres de l’organisation. Mais il serait imprudent de dire que « tout est bien qui finit bien ». L’économie russe n’est pas compétitive et l’adhésion à l’OMC n’y changera rien. La base des exportations russes se détériore pro-

gressivement. Un rapport de la Banque mondiale explique : « Le pétrole et le gaz composaient moins de la moitié des exportations totales en 2000. En dix ans, ce chiffre est passé aux deux tiers, 15% sont représentés par d’autres minéraux, et 9% seulement de haute technologie, essentiellement dans l’industrie militaire ». Depuis vingt ans, le Kremlin parle de diversifier et de moderniser l’économie, mais celle-ci repose toujours sur les industries d’extraction. Les revenus pétroliers composent la moitié du budget fédéral. En adhérant à l’OMC, la R­ussie accepte son rôle secon­daire dans la division internationale du travail en tant que fournisseur de matières pre­mières. Le Premier ministre Vladimir Poutine a expliqué que la Russie avait besoin de l’OMC pour éliminer ses pertes de revenus sur les exportations qui s’élèvent à 1,8 milliards d’euros annuellement. Mais les principaux perdants sont les magnats de l’acier et des métaux non ferreux, qui ont poussé le Kremlin à re­joindre l’OMC, tandis que leurs oligo­poles n’ont rien fait pour aider leurs entreprises à affronter la concurrence internationale. La ma­jeure partie des firmes industrielles, agricoles et de ser­vice russes, sans parler des petites entreprises, ne sont pas compéti­tives, même sur le marché local. Sans un soutien étatique fort, interdit

par les ­règles de l’OMC, elles seront per­dantes. La corruption endémique a placé les entre­prises russes sous un ­double impôt qui les rend non compétitives dès le départ. Et nombre d’entrepreneurs sont des proies faciles pour les bureau­ crates et les policiers qui exigent une part du gâteau ou des potsde-vin en échange de leur protection. Cette pratique empêche les grandes compagnies de distribuer leurs produits à l’échelle nationale, parce que les fonctionnaires des régions privilégient les entreprises lo­cales. Rien de surprenant à ce qu’un tel climat e­ntraîne une fuite des capitaux. La Banque centrale de Russie estime que cette année, 70 milliards d’euros auront quitté le pays, s’ajoutant au trillion d’euros partis depuis le début des années 1990. L’économie russe a désespérément besoin d’un soutien beaucoup plus fort à l’entreprenariat national. Et ce besoin est beaucoup plus urgent que les avantages procurés par une entrée au sein de l’OMC. Felix Goryounov est un journaliste économique.

des avantages immatériels Andreï Netchaïev

T

Itogui

entons de démêler les avantages et les inconvénients de cette adhésion à l’OMC sans céder aux émotions. Il faudra définitivement faire une croix sur les méthodes primitives de la politique douanière telles que les droits prohibitifs sur les importations de voitures étrangères ou la réglementation administrative directe des investis­ sements étrangers et des importations. Leur longue utilisation n’a pas sorti l’industrie automobile natio­nale de son état comateux. Le climat d’investissement favorable ne s’obtient pas par une limitation artificielle de la concurrence. Il voit le jour grâce à la protection des droits de propriété, à l’indépendance et au professionnalisme du sys­tème judi­ciaire,

© sergey yolkin

Les racines de notre racisme Margarita Simonian

J

The Moscow Times

’ai entendu à la radio il y a quelques jours que « Neuf immigrés du Caucase ont attaqué un journaliste à Ekaterinbourg ». Triste, j’ai passé le reste du trajet à tenter de me rappeler la dernière fois que j’avais entendu parler de migrants venant de la région de Vladimir, tabasser quelqu’un dans une autre région. Dans ma région natale de Krasnodar, un groupe ethnique entier, les Turcs meskhets, a été opprimé. Pendant des années, ils ne pouvaient ni obtenir de papiers en règle ni

travailler, ils étaient diabolisés à la télévision. En somme, ils étaient haïs. Tellement qu’un jour ils ont fait leurs valises et sont partis aux États-Unis, tous, donnant une image terrible de la Russie aux yeux du monde. Le fait est que les habitants de la région ont toujours justifié leur haine des Turcs meskhets en clamant qu’ils étaient des criminels. En faisant un reportage dans le coin, j’avais demandé à la po­lice de me fournir des statistiques officielles, pour découvrir que seulement 1% des crimes commis dans la région étaient impu­ tables à des Turcs meskhets, alors que ceux-ci représentent 10% de la population. De plus, ils

n’avaient pas été responsables de délits g­raves depuis de ­longues années. L’immigration n’est pas le vrai problème, qui est beaucoup plus grave : l’intolérance et la haine de groupes autochtones. On peut interdire l’immigration, mais que faire des groupes ethniques non russes qui vivent sur leurs ­terres natales en Russie ? La semaine dernière j’ai été témoin d’une scène écœurante à la gare de Kazan. Trois jeunes gens du Caucase interpellaient des responsables du service dans les wagons, des femmes en l’occur­rence, sur le quai. « Eh les poulettes, elles sont toutes belles comme vous les femmes à

Moscou ? », s’esclaffaient-ils. Puis ils se sont pris par la main en hurlant : « Nous sommes du Caucase ! ». Pourquoi certains Caucasiens se comportent-ils ainsi à Moscou? En font-ils autant chez eux ? Bien sûr que non. Ils respectent leurs compatriotes. Mais pas les Moscovites, ni les Russes en général. Les garçons du Caucase sont nombreux à avoir été élevés avec l’idée que les filles ­russes sont dépravées. Ils se sentent supérieurs aux Russes parce que c’est ainsi qu’ils ont été éduqués. Inversement, les gamins r­usses grandissent dans des foyers où on leur apprend que les gens du Cau­case sont arriérés. Résultat,

lu dans la presse la russie et la crise de la zone euro En Russie, la crise de la zone euro inquiète mais ne menace pas. Selon les experts, le pays est en mesure d’affronter une crise économique mondiale sur le court terme. On s’interroge en revanche sur la capacité de l’Union européenne à survivre en l’état. Dans l’aide financière qu’elle pourrait apporter à l’UE, la Russie voit l’occasion d’accroître son rôle sur la scène internationale en général et au sein du Fonds monétaire international en particulier.

Préparé par Veronika Dorman

souveraineté limitée

on ne dépose pas les armes

Le crédit russe

vedomosti

gazeta.ru

kommersant

La Grèce offre un exemple représentatif de la limitation de la souveraineté qu’impose l’UE. Le référendum proposé par Papandréou a suscité une telle vague d’indignation au sein des élites europé­ ennes et sur les marchés qu’il a fallu immédiatement y renoncer, car les Grecs auraient clairement voté contre. Un débiteur qui ne rembourse pas ses dettes risque de perdre de sa souveraineté au profit du créancier. Hors de l’UE, la G­rèce aurait fait faillite. Mais on ch­ange de gouvernement pour l’éviter. C’est comme si, lors de la crise de 1998, le gouvernement de Kirienko avait démissionné sous la pression des pays de la Communauté des États indépendants.

La crise de la dette publique et de la croissance n’est pas une raison pour renoncer à la démocratie ou à l’intégration, qui favorisent l’augmentation de la consommation et le nivellement du développement économique des pays. Mais la G­rèce est allée trop loin dans l’intensification de la consommation, elle va devoir « redescendre sur terre ». Elle devrait adopter une posture plus active, en exigeant plus et en élaborant ses propres mesures unilatérales. C’est parce qu’elle est restée dans la position de l’observateur extérieur, dans la discussion sur les aides, qu’elle a reçu si peu au final, le minimum qui ne règle rien, mais « suspend » le problème.

La Russie n’est pas prête à participer au Fonds européen de stabilité financière dont on ne connaît pas encore le fonctionnement, a déclaré le conseiller du président Arkadi Dvorkovitch. Mais ­elle compte tout de même aider les pays de l’UE via le Fonds monétaire international, dès que cette aide sera néces­saire, car les ressources du FMI suffiront pour une année encore. « Mais nous partons du principe que l’Europe doit prendre elle-même la décision », a précisé Dvorkovitch. Selon lui, l’apport de la Russie au FMI pour aider les économies européennes n’excédera pas les 7,3 milliards d’euros, alors que les besoins s’élèvent à 220 miliards.

Éditorial

Alexei Mikhailov

au refus de toute substitution du « racket fiscal » à l’administration fiscale, à une réduction cardinale du fardeau administratif et bureaucratique pesant sur les entreprises et les citoyens, à un recul de la corruption ainsi qu’à d’autres mesures connues mais encore loin d’être adoptées chez nous. Bien sûr, l’entrée à l’OMC signifie que la concurrence avec les importations sur le marché intérieur pour certains secteurs de l’économie russe va s’accentuer, mais les consommateurs en bénéficieront. Dans le même temps, on notera une amélioration des conditions pour l’exportation des marchandises russes et nos investissements à l’étranger, ainsi que pour l’afflux d’investissements directs en Russie, ce qui constitue une condition importante de la modernisation. On sait que les méthodes de réglementation et de protection du marché intérieur ne se limitent pas aux droits de douane ou aux barrières administratives. Les pays jugeant nécessaire une protection supplémentaire de leur propre marché trouvent des arrangements. Un exemple clas­ sique est celui de la Chine, qui est parvenue à maintenir un système de fixation du cours de sa monnaie nationale non fondé sur la réalité des marché. Notons que les exigences qui

les uns et les autres trouvent normal de se traiter mutuellement avec mépris. Je ne dis pas que chaque famille dans le Caucase entretient des sentiments xénophobes, mais c’est trop souvent le cas. Chacun dans le Caucase vient d’une telle famille, ou en connaît une. De même, je ne prétends pas que t­outes les familles russes sont racistes, mais un grand nombre le sont. Avant la rue, c’est chez eux que les enfants russes entendent les insultes et les expressions de diffamation raciale à l’égard des Caucasiens. Et le problème n’a aucun lien avec l’orthodoxie, l’islam ou la criminalité. Il relève de perceptions subjectives et de préjugés personnels. Cela dit, nous sommes réellement différents. Telle culture permet d’épouser des non-vierges alors

nous ont été formulées pendant la phase finale des négociations d’adhésion ne sont pas si dures. Nous avons besoin comme de l’air de la protection de la propriété intellectuelle. Sans elle, inutile de compter sur une économie de l’innovation. Cela dit, il ne faut pas exagérer le bénéfice d’une adhésion à l’OMC. La possibilité d’utiliser ses mécanismes pour contrebalancer les restrictions frappant les exportateurs russes sous forme de procédures anti-dumping, de quotas d’importation et d’autres mesures, nous fourniront des avantages directs se chiffrant entre 2,5 à 4 milliards. Cela profitera principalement à la métallurgie, aux fabricants d’engrais, aux exportateurs de céréales. Les exportations de produits à haute technologie se résument essentiellement au matériel militaire livré aux pays du tiers monde. Mais le principal, ce ne sont bien sûr pas les avantages matériels immédiats des exportateurs : c’est l’accès à l’élaboration de règles communes de fonctionnement de l’économie mondiale et du commerce international, qui est la raison d’être de l’Organisation. Finalement, ce n’est pas une coïncidence si le nombre de m­embres de l’OMC est compa­rable à celui des États appartenant à l’ONU. D’ailleurs, aucun membre n’a jamais quitté l’Organisation. Ministre russe de l’Économie (1992—1993). Article paru dans la revue Itogui

que c’est totalement tabou dans une autre. Malheureusement, nous manquons trop souvent de sagesse pour accepter cette diversité. Nous focalisons sur les différences, ce qui nous mène droit à l’autodestruction. Quand nos grands-parents étaient enfants, ils ne faisaient pas attention aux origines ethniques de leurs camarades de classe. Nos parents ont grandi à une époque où le discours haineux contre les autres groupes ethniques est devenu un lieu commun. Aujourd’hui, nos ­frères et sœurs règlent leurs comptes au couteau. Si nous ne stoppons pas cette dérive immédiatement, nous risquons de voir nos enfants recourir à la kalachnikov. Margarita Simonian est rédactrice en chef sur la chaîne Russia Today.

Le courrier des lecteurs, les opinions ou dessins de la rubrique “Opinions” publiés dans ce supplément représentent divers points de vue et ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de La Russie d’Aujourd’hui ou de Rossiyskaya Gazeta. merci d’Envoyer vos commentaires par courriel : redac@Larussiedaujourdhui.BE

Irina Parfentiev

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Culture

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CHRONIQUE LITTÉRAIRE

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Babel, le Maupassant d’Odessa

Le charme suranné du phoenix SUITE DE LA PREMIÈRE PAGE

été utilisées) que les symboles soviétiques très visibles jusqu’en 2006 (faucille et marteau) ont fait place aux symboles tsaristes d’origine, c’est-à-dire de 1856. Le Théâtre du Bolchoï n’a pas cherché à se trouver une nouvelle identité, il s’est contenté de tirer un trait sur la période 1917 – 2006. On voit donc l’emblème de la dynastie des Romanov et du gouverneur de Moscou. Staline a quand même laissé sa marque, dans une loge du côté gauche, près de la scène : il s’y était fait concevoir un cabinet de travail sur-mesure, lequel a été scrupuleusement restauré, « mais restera inaccessible au public » précise Iksanov. Trace invisible, donc. D’autres changements beaucoup plus significatifs concernent un très important gain de place grâce à un aménagement moderne du bâtiment. Ces espaces gagnés serviront de salles de répétitions, tandis que le plateau principal gagnera en profondeur et bénéficiera d’une machinerie dernier cri. À noter que la ligne de métro passant à tout juste quarante mètres du Bolchoï sera fermée le temps de poser des rails spéciaux réduisant des vibrations jusqu’ici nettement perceptibles dans la salle de concert. La politique artistique du théâtre épouse parfaitement l’air du

Un retour qui alimente la critique

© KOMMERSANT

Aujourd’hui, le directeur du Bolchoï Anatoli Iksanov admet avoir pris conscience de l’étendue du problème à mesure que les travaux progressaient. « De nouveaux problèmes sont apparus après la fermeture. Lorsque nous avons gratté le plâtre qui recouvrait les murs, nous avons découvert sept grandes fissures allant des fondations jusqu’au toit. De fait, les murs tenaient uniquement grâce à leur propre poids », raconte-t-il. Le coût des travaux est officiellement de 448 millions d'euros, et de deux fois plus selon la rumeur. Une commission d’enquête a été formée il y a deux ans pour vérifier si de vastes sommes n’ont pas été détournées, mais ses conclusions n’ont toujours pas été rendues publiques. Le principal changement consiste en une amélioration de l’acoustique, annonce Iksanov. Le parterre des spectateurs a changé d’angle, les matériaux des balcons ont été changés pour du sapin de Karélie et les moulures en un « papier-mâché » spécial qui ne s’effrite pas sous les vibrations. Même la composition des tissus des chaises ou des rideaux a été déterminée par des études acoustiques. Le spectateur attentif remarquera, outre le déluge de dorures (quatre tonnes d’or auraient

Le Bolchoï après la restauration.

temps. Le conservatisme est de rigueur et le Bolchoï continuera sans remords à se classer parmi les plus traditionalistes du monde. « Nous allons mettre en scène les grands opéras et ballets du passé, c’est notre priorité numéro un », souligne Anatoli Iksanov. « Les productions plus modernes seront réservées à la « nouvelle scène », où l’approche sera plus créative ». Au cours de la dernière décennie, le Théâtre du Bolchoï n’avait étonné son public qu’à un seule reprise, avec la création de l’opéra « Deti Rosenthalia » de Leonid Deciatnikov etVladimir Sorokine. Plus quelques mises en scènes très

ENTRETIEN ANDREÏ ZVIAGUINTSEV

Je n'ai qu'une seule patrie : le cinéma Le réalisateur Andreï Zviaguintsev nous parle de son dernier film Elena, Grand Prix du Meilleur Film au festival de Gand.

BIO PROFESSION : RÉALISATEUR

Les interprétations de vos films vous surprennent-elles ? Quelqu’un m’a dit un jour que mon film Le retour, montrait que la Russie avait besoin d’une main ferme, que c’était un film sur Vladimir Poutine. Je n’aurais jamais pensé que l’on pouvait voir ça dans cette histoire. © ITAR-TASS

Vous sentez-vous appartenir à une nouvelle vague du cinéma russe ? S’il est question de la convergence des différents points de vue sur un même sujet qui est la Russie, alors oui, mon film Elena peut également être considéré comme l’un de ces points de vue. Il est évident que c’est un regard sur une Moscou moderne, sur un problème qui nous concerne tous : la totale victoire de l’argent sur l’homme. Mais je ne voudrais pas

VILLE NATALE : NOVOSSIBIRSK

réduire le sujet à Moscou ou même à la Russie. On m’a fait remarquer récemment que je me met en retrait de la culture russe. J’ai entendu des bêtises du genre, qu’en fait, je n’étais pas un réalisateur russe, que j’étais ingrat envers la patrie qui m’a choyé. Enfin j’ai formulé une

Acteur, scénariste et réalisateur, Zviaguintsev se fait connaître avec Le Retour (2003) - Lion d'or du meilleur premier film à Mostra. Depuis l'acteur principal du Banissement est nommé meilleur rôle masculin au Festival de Cannes 2007. Enfin, son troisième longmétrage Elena (2011) obtient le prix Un certain regard à Cannes.

réponse que je trouve appropriée ici : pour moi, je n’ai qu’une patrie : le cinéma. Cette patrie est ce que je vois sur les écrans : il y a des personnes que je préfère éviter, d’autres qui deviennent de fidèles amis. Je ne considère pas le cinéma sous un angle géographique.

Nicolaï Tsiskaridze, le premier danseur du Bolchoï a lancé un pavé dans la marre en qualifiant la reconstruction de "vandalisme". Selon lui, les conditions de travail sont aujourd'hui inadmissibles et les riches décors remplacés par des trompe-l'oeil bon-marché. Les spectateurs doutent de pouvoir un jour pénétrer de nouveau dans le théâtre, tant les prix des billets sont exorbitants. La blogosphère bruisse de commentaires scandalisés : vente de billets en ligne qui

ne marche jamais, queues interminables aux guichets, et bien sûr l'increvable mafia des "revendeurs" qui achètent les billets pour les revendre à des prix astronomiques. Sans parler des accusations de détournements de fonds autour de la reconstruction, que le Bolchoï tente d'ignorer. Confrontée à une question sur la corruption, la porte-parole du Bolchoï Katia Novikova a rétorqué : « Cette conférence de presse ne doit pas se transformer en meeting politique ».

remarquées de Dmitri Tcherniakov (Eugène Oneguine, Wozzeck) et quelques chorégraphies très réussies de Ratmanski (Bolt et Svetli Routchei). Des spectacles bien entendus réservés à la « nouvelle scène », un théâtre adjacent de taille plus petite inauguré à la fin 2002. C’est l’inverse de la politique de l’Opéra de Paris, où le vaste opéra Bastille accueille des œuvres récentes, tandis que l’ancien opéra Garnier, de taille plus réduite, offre son écrin à des productions baroques. La 236ème saison s’est ouvert avec « Rouslan et Ludmila » de Glinka, un opéra symbolique souvent

considéré par les musicologues comme l’acte de naissance du genre lyrique en Russie. La production était dirigée par Vladimir Iourovski et mise en scène par Dmitri Tcherniakov. Le premier ballet était donné le 18 novembre - « La belle au bois dormant » de Tchaïkovski, dans la chorégraphie originale de Marius Petipa, revue par le doyen du Bolchoï Iouri Grigorovitch. Plus loin dans la saison, « Le chevalier à la rose » de Richard Strauss et « Tcharodeïka » de Tchaïkovski seront les seules autres nouvelles production d’une première saison bien modeste.

Q u e l s p r o j e t s p o r te z vo u s aujourd'hui ? Depuis plusieurs années, j’ai un scénario tout prêt sur la Seconde Guerre mondiale, avec un budget de 6 millions d'euros. Mais aucun producteur ne s’y est intéressé pour l’instant.

À L'AFFICHE

Pourtant ce thème est indiscutablement porteur en Russie au regard du nombre de films sur le sujet. Qu'est-ce qui cloche ? Ce sont les films sur la guéguerre qui trouvent les financements. À renfort d’explosifs, de sang, de cadavres, de fusillades. De l’action et une bonne dose d’héroïsme chauvin au front et à l’arrière : pour la Patrie, pour Staline ! Quelle est votre approche ? C’est un tout autre regard sur la guerre. Sans ces récits de victoire, sans aura patriotique, sans toute cette mythologie héroïque. Je ne veux pas insinuer des doutes, mais simplement regarder la situation sous un autre angle. De l’intérieur. Observer un personnage survivant dans cette horreur et comprendre pourquoi il fait tel ou tel choix. Propos recueillis par Vladimir Liaschenko Article paru dans le journal online Gazeta.ru

MOSCOW CITY BALLET EN TOURNÉE DU 1 AU 4 DÉCEMBRE, CIRQUE ROYAL DE BRUXELLES

Le célèbre Moscow City ballet arrive en Belgique. La compagnie fondée par la chorégraphe Victor Smirnov-Golovanov, connue pour son succès à l’étranger, vient au Cirque Royal de Bruxelles avec 6 représentations de Roméo et Juliette, Le lac de Cygnes et CasseNoisette. › www.moscowcityballet.info/plan/

EXPOSITION DE PEINTURE "LES PAYSAGES DE LA RUSSIE" DU 20 AU 27 NOVEMBRE, CCS DE LA RUSSIE, BRUXELLES

Le Centre Culturel et Scientifique de la Russie à Bruxelles présente une exposition d'artistes-peintres contemporains A. Fedoulov et A.Kotliarov, Les paysages de la Russie. Les peintures réalistes vont faire sentir la richesse de la nature russe, représentée avec amour et nostalgie. › www.centreculturelrusse.be TOUS LES DÉTAILS SUR NOTRE SITE

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© GETTY IMAGES/FOTOBANK

Scène de « La belle au bois dormant » avec l'étoile Svetlana Zakharova au centre.

TITRE : ŒUVRES COMPLÈTES AUTEUR : ISAAC BABEL ÉDITIONS DU BRUIT DU TEMPS TRADUIT PAR SOPHIE BENECH

Lorsqu’il rencontre Gorki à Petrograd en 1916, Babel n’est, selon ses mots, qu’ « un mélange vermeil, potelé et insuffisamment fermenté de tolstoïen et de social-démocrate ». Ce n’est pas l’influence de Tolstoï que l’on retrouve pourtant dans son œuvre, mais celle de Maupassant. Il excelle dans les récits souvent très courts, brossés d’une plume incisive comme des croquis. Dans les Petits croquis d’Odessa, justement, et les Récits odessites, il campe le peuple haut en couleurs de la Moldovanka, quartier portuaire d’Odessa : artisans, mendiants, cocottes, marins et bandits débonnaires, « aristocrates de la Moldovanka », en costume orange, bracelet de diamants, pantalons crème et bottines framboise ; « Juifs méridionaux, joviaux et bedonnants, qui pétillent comme de la piquette » ; Juifs rescapés des pogromes aussi. En toile de fond, Odessa, baignée par le soleil et la mer Noire. Les jeunes gens rêvent de s’embarquer pour des contrées lointaines. Sans argent ni visa, ils s’embarqueront dans l’écriture. Odessa resplendissante, fourmillante de vie, cosmopolite et bigarrée comme la prose de Babel qui lui rend le plus vibrant des hommages, dans une langue savoureuse, écrite pour être mise en bouche. Babel est un magicien capable en quelques traits de camper une atmosphère, à travers les odeurs, les musiques, les parlers, les bruits, les couleurs les saveurs, le mouvement. « Le crépuscule mijotait dans le ciel, un crépuscule épais comme de la confiture, les cloches gémissaient ». Son œuvre la plus connue, La Cavalerie rouge, est le récit romancé de sa participation comme correspondant de guerre à la campagne de Pologne, dans l’armée de Boudienny. Loin des attentes du réalisme socialiste et de ses héros positifs, il montre, à travers une esthétique cruelle et crue la face noire de la révolution où « La chronique des crimes quotidiens m’oppresse sans répit comme une malformation du cœur », dit son narrateur. Tout condamnait Babel. Très vite, sa plume se dessèche, il n’écrit plus. Accusé de trotskisme et d’espionnage, il est arrêté et torturé, fait des aveux complets avant de se rétracter, ce que peu firent à l’époque. Il est exécuté le 27 janvier 1940. Christine Mestre Découvrez d’autres chroniques sur larussiedaujourdhui.be


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Loisirs

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RECETTE

Architecture Staline avait imaginé le métro comme un « palais du peuple »

Le vrai, le seul musée souterrain de l’ère soviétique

Célébration du réveillon à la russe !

Le métro moscovite est le moyen de transport urbain le plus rapide. C’est aussi un musée de l’architecture soviétique et contemporaine... pour moins d’un euro.

Le Nouvel an arrive et il est temps de penser au menu. Pourquoi pas un Réveillon à la russe ? Ci-dessous des recettes et des règles pour une Saint-Sylvestre vraiment russe. Dès que les invités arrivent, on sort les vins mousseux, la vodka et on commence à faire des toasts. Le toast russe est spontané et informel, mais certains sont obligatoires. Il faut boire à la vieille année, en espérant que toutes les bonnes choses qui sont advenues continueront à l’avenir, tandis que tout le mauvais restera dans le passé. Déjà, on voit l’horloge du Kremlin à la télévision qui sonne les douze coups de minuit et le président présente ses vœux au pays. Il

Irakli Iosebashvilii

SPÉCIALEMENT POUR LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

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Il circule sous terre à une profondeur allant de cinq mètres (station Petchatniki) à quatre vingt mètres (station Park pobedy). On peut y observer près de quatre vingts ans d’histoire russe, découvrir les goûts, les idées, les rêves, les espoirs, voir l’histoire racontée par le marbre, le granit, le fer et le verre. La construction du métro moscovite a commencé en 1931. Pendant ses vingt premières années, le métropolitain portait le nom de Lazar Kaganovitch, dit le « commissaire de fer », bras droit de Staline qui dirigea la construction de la première tranche. À partir de 1955, le métro porte le nom deVladimir Lénine.Vingt ans après la disparition de l’URSS, d’innombrables plaques métalliques à l’entrée des stations indiquent toujours « Métropolitain du nom de Lénine». « Les lignes de développement de notre architecture dans la ville et dans le métro étaient identiques. Tout ce qui se passait là-haut trouvait sa réplique sous terre. Jamais dans le sens inverse : une bonne architecture en bas et une mauvaise en haut », résume l’architecte en chef du métro moscovite, Nikolaï Choumakov. Les stations auraient été décorées avec du marbre, des moulures, d'émail et des métaux onéreux destinés à l’aéronautique, parce que le pays ne pouvait pas produire en aussi peu de temps assez de carreaux de faïence pour recouvrir les milliers de mètres carrés prévus. Les stations construites entre 1937 et

La station de métro Kievskaïa.

EN CHIFFRES

11

km : telle était la longueur de la première ligne du métro de Moscou ouverte en 1935 avec 13 stations.

1955 offrent des exemples d’architecture souterraine de la première période. L’époque bénie pour l’architecture s’est achevée en 1955 après le décret du parti « sur la suppression de la superfluité dans l’ingénierie et la construction ». Résultat : des stations identiques, fades, sans le moindre ornement, selon le slogan « plus de kilomètres, moins d’architecture ». Une nouvelle et troisième étape de la construction du métro a débuté par la recons-

truction de la station Vorobievy Gory (en 2002). Depuis le quai de cette station, on peut admirer la Moskova, le complexe sportif Loujniki et le bâtiment de l’Académie des Sciences. Des peintres ont de nouveau été invités à travailler sur le décor des abords des quais. À la station Sretenski Bulvar, des sculptures de Pouchkine, de Gogol, de Timiriazev et des images de Moscou sont ainsi apparues. La station Dostoevskaïa a été décorée de panneaux en noir et blanc inspirés par les romans de l’écrivain. Dans les dix années à venir, le métro de Moscou fera dans la sobriété, car il faudra construire pas moins de 120 km supplémentaires. « Nous allons dénuder les stations, dit Nikolaï Choumakov. Nous montrerons de quoi le métro est fait : du fer fondu, du béton, tout cela est très beau ».

Les rames à thème poétique Avec un peu de chance, on peut tomber sur une rame à thème. Ces trains circulent sans horaires précis et sur quelques lignes du métro. « L’Aquarelle » ressemble à une boîte contenant fleurs et fruits peints. L’intérieur est agencé comme une galerie d’art, avec des reproductions de tableaux des frères Vasnetsov. À l’intérieur de « Moscou lit », on trouve des extraits d’œuvres littéraires assortis d’illustrations différentes pour chaque wagon. Le train millésimé « Sokolniki » est identique à la toute première rame du métro moscovite, offrant des sièges moelleux et des parois d’époque.

Extrême Les Russes prennent goût aux loisirs Occidentaux

Enterrés vivants, pour le plaisir

Passer deux jours en forêt les yeux bandés ou dormir dans une carrière abandonnée, le marché des loisirs extrêmes répond aujourd’hui à tous les désirs. ADILIA ZAPIROVA

LA RUSSIE D'AUJOURD'HUI

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Cent euros - c’est le coût moyen de ces entraînements extrêmes. Il s’agit d’une « expérience psychologique » et « d'une découverte de soi ». Les organisateurs ne tablent pas sur la soif d'adrénaline d’adolescents, mais sur une classe moyenne qui s'ennuie. S’enterrer vivant fait partie des loisirs les plus populaires. Payer pour creuser sa tombe à la lisière d’une forêt, s’y allonger, un tuyau entre les dents, et se laisser enterrer. Il va sans dire que tout se fait sous l’oeil vigilant des organisateurs. Cette idée de vivre ses

propres funérailles sans aucun risque pour la santé, attire beaucoup.« Quand on m’a enterré, j’étais heureux. J’ai eu un sentiment d’amour intense pour tout ce qui est sur la terre. J’ai pu me surpasser », confie avec émotion Kahasta. Participer à ce genre de loisir est un moyen de se tester en situation extrême, confirme le psychologue Sergueï Enikolopov : « Nous avons tous envie de voir comment on se comporterait dans une situation stressante. Cela fait partie des choses que l’homme ignore de lui-même. Ce n’est pas un secret que dans ces moments-là, l’être humain est capable de faire les choses auxquelles il s’attend le moins. Mais cette mode de l’extrême a son revers de la médaille, celui de l’en-

Le goût de l'extrême cache parfois des tendances suicidaires.

nui, de la frustration de la vie quotidienne, et sa recherche de sens. Très souvent, cette tendance cache un comportement autodestructeur, parfois jusqu’à la tentative de suicide ». Vivre le stress ensemble devient de plus en plus populaire parmi les collectifs de travail. « Ce divertissement peut rapprocher une équipe, mais le désir aveugle de la direction de diversifier la vie d’une équipe de travail peut parfois mener à des résultats désastreux », avertit le psychologue. « Il me semble que les dirigeants, en organisant des thérapies de choc pour leurs employés, doivent être prêts à récolter les fruits de leur folie. Car les non-amateurs de l’extrême pourraient tourner les talons ou, pire, porter plainte contre la direction ». Un risque pour les employeurs aussi...

La salade “Olivier” (macédoine) C’est une salade connue dans le monde entier, appelée aussi salade russe. L’Olivier est un must de toutes les tables festives russes. La différence principale entre les recettes vient du choix de la viande : volaille, veau, bœuf ou saucisse.

Ingrédients :

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ANNA LEGOSTAEVA

faut alors écrire son propre vœu sur un bout de papier puis le brûler en laissant tomber les cendres dans une flûte de champagne. C’est un moyen sûr d’obtenir ce qu’on veut dans l’année à venir. Le reste de la nuit ne sera plus qu’un souvenir brouillé : tout le monde est sorti pour tirer des feux d’artifices, chanter des chansons, faire une bataille de neige… La bonne nouvelle pour le mal de crâne, c’est qu’il ne faut se presser nulle part le lendemain matin. Le pays entier a la gueule de bois, comme vous. Et quand elle sera passée, vous aurez encore dix jours pour remettre ça. Voici quelques recettes des incontournables plats du Nouvel An. Goûtez-y et partagez vos impressions !

5 pommes de terre • 3 carottes • 4 œufs • 500 g de viande bouillie • 250 g de petits pois en conserve • 3 gros cornichons malossols • 250 g de mayonnaise • sel.

viande. Couper les pommes de terre, carottes, œufs, viande et cornichons en petits cubes. 3. Ajoutez les petits pois. Ajoutez la mayonnaise à la quantité du mélange que vous allez consommer, la salade se conserve mieux sans mayonnaise. 4. Réfrigérez. Pour alléger l’assaisonnement, vous pouvez couper la mayonnaise avec de la crème fraîche.

Préparation : 1. Faites cuire les pommes de terre et les carottes avec la peau, puis refroidissez et pelez. 2. Faites cuire les œufs et la

Le hareng « dans son manteau de fourrure » Ingrédients : 2 filets de hareng • 2 betteraves • 2 pommes de terre • 2 carottes • 1 oignon • 3 œufs • 1,5 verre de mayonnaise • sel et poivre noir.

Préparation : 1. Faites bouillir les œufs jusqu’à ce qu’ils deviennent durs, les pommes de terre, carottes et betteraves jusqu’à ce qu’elles deviennent tendres. 2. Pelez les oignons et plongez dans l’eau bouillante. Au bout de 5 minutes, égouttez et placez les oignons sous un jet d’eau froide pendant 1 minute. Laissez refroidir les légumes bouillis. 3. Pelez et râpez pommes de terre et carottes dans des bols séparés. 4. Émiettez les œufs durs. 5. Découpez le hareng en petits morceaux et poivrez. Dans un plat, étalez une couche de pommes de terre, salez, et re-

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couvrez de mayonnaise. Ajoutez une couche de hareng, les oignons, les carottes et les œufs, en salant chaque couche, recouvrez de mayonnaise. 6. Répétez l’opération sans le hareng, pour obtenir au moins deux couches. Recouvrez le tout d’une couche de betterave râpée, que vous recouvrez d’une couche épaisse de mayonnaise. Saupoudrez de jaune d’œufs dur émietté. 7. Réfrigérez pendant 5 heures et servez en parts, comme un gâteau. Autres recettes sur larussiedaujourdhui.be

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