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Objectif braqué sur les Kalachnikovs

Distribué avec

Iouri Kozyrev, photographe des guerres et des révolutions, distingué en France. P. 7

L’intéractivité ou l’art participatif La 4ème biennale d’art contemporain de Moscou transforme les visiteurs en partenaires de la création.

Publié en coordination avec The Daily Telegraph, The Washington Post et d’autres grands quotidiens internationaux

P. 7 kommersant

Ce supplément de huit pages est édité et publié par Rossiyskaya Gazeta (Russie), qui assume l’entière responsabilité de son contenu Mercredi 19 octobre 2011

Politique La Russie à l’aube d’une campagne dans laquelle les électeurs cherchent des points de repère

Des partis en quête d’idéologie On ne sait jamais très bien ce qui se cache derrière le nom des partis. En outre, ces derniers sont dépourvus d’une idéologie bien définie, ce qui déroute et surtout éloigne les électeurs. vladimir ruvinsky

Qu’attend-on d’un parti qui se nomme « libéral-démocrate » ? Qu’il prône des principes libéraux et démocratiques ? Pas en Russie. Dans ce pays, la formation qui en porte le nom (LDPR en abrégé) se présente comme un « parti d’État » au service des intérêts du peuple. Or, il s’agit d’un parti proche des mouvements nationalistes. Son chef, Vladimir Jirinovski, a déclaré le 22 août dernier qu’il porterait à la Douma un projet de loi à résonance ethnocentriste de « soutien au peuple russe ». Qu’est censé représenter le Parti communiste ? En principe, la défense des intérêts des travailleurs dans une société sans classes et athée ? Eh bien, non. En Russie, le KPRF prend activement part au monde des affaires et soutient l’ Église orthodoxe, que les communistes ont combattue avec

kommersant

La russie d’aujourd’hui

Les chefs des partis représentés au Parlement en compagnie de Medvedev. À la pêche aux voix ?

acharnement sous le régime soviétique. L’observation vaut pour le parti Juste cause, qui regroupe les libéraux de droite. Or, quand le milliardaire Mikhaïl Prokhorov

en a pris les rênes, il a produit un manifeste en porte-à-faux avec toute idéologie de droite, mettant l’accent sur les garanties sociales et affichant un anticléricalisme marqué. Selon

l’institut de sondage « Opinion publique », l’électorat de Prokhorov serait constitué en majorité de citoyens dotés de revenus modestes mais d’un bon bagage éducatif.

L’une des caractéristiques du système politique russe est donc l’inadéquation entre le nom du parti et son programme. Les partis sont dépourvus d’idéologie clairement définie. On mise tout sur la personnalité du chef. Exemple : Russie unie, le parti qui soutient Vladimir Poutine – celui-ci, qui n’en est même pas membre, se déclare centriste. Dans la pratique, Russie unie est le parti du pouvoir par excellence, sans programme réel. En période électorale, les partis laissent de côté l’idéologie pour se limiter à la publication de leur programme, sans débats publics. Conséquence : le désintérêt total des électeurs. Le politologue Nikolaï Petrov, de la fondation Carnegy à Moscou, explique que « l’idéologie au sein des partis a commencé à disparaître déjà sous Eltsine. Ce n’est pas la faute du pouvoir actuel mais une particularité de la Russie post-soviétique qui, contrairement aux autres républiques de l’ex-URSS, n’a toujours pas su trouver un ancrage idéologique ». suite en PAGE 2

Emploi La mobilité géographique des salariés est tendance

Photo du mois

La bougeotte fait baisser le chômage

Les vieux tanks à la casse

En septembre, l’Institut des statistiques Rosstat a révélé des résultats très positifs dans la lutte contre le chômage. Surtout grâce à une mobilité géographique accrue. Sergeï Minaev

Kommersant vlast

Dimanche dernier, dans une rue de Moscou, j’ai remarqué deux jeunes femmes habillées avec un chic tout provincial. Elles sem-

blaient venues en visite touristique. Mais quelle ne fut ma surprise lorsque l’une d’entre elles décrocha son portable et répondit : « J’ai fait partir l’un des convois marchands de Moscou à Perm, le convoi pour Ékaterinbourg partira plus tard ».Visiblement, malgré son jeune âge, elle avait trouvé à Moscou un travail dans le transport de marchandises, un poste à responsabilité et nécessitant une bonne

connaissance des spécificités territoriales russes. Cet exemple témoigne d’un réel regain d’activité en Russie après la crise économique de 20082009, un regain nettement plus prononcé que celui observé dans les autres grandes puissances industrielles. Le taux de chômage en Russie, qui était en juin 2009 de 8,3% de la population active, est descendu à 6,1% en juin 2011. Pour cette même période, dans l’Union européenne, ce taux est passé de 9,4% en 2009 à 9,9% en 2011 (de 9,5% à 9,7% pour la France). suite en page 3

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Loisirs

Les 7 sœurs staliniennes

lori/legion media

Derrière ce surnom peu engageant se profilent les gratte-ciels d’après-guerre qui ont longtemps dominé l’horizon moscovite. Bien que désormais dépassées en hauteur, les « sept sœurs » gardent tout leur prestige.

Permutation au sommet : les retombées Dans le cadre du programme de réarmement des Îles Kou­ riles, un navire parcourt les cô­ tes du Pacifique pour enlever

le matériel militaire vétuste des­ tiné à la destruction. Les vieux tanks doivent libérer la place au profit de leurs successeurs.

Au pays des Tatars

Sous-représentées à la Douma, les femmes peinent à se faire une place dans les hautes sphères du pouvoir. Et aucune mesure n’est annoncée pour changer la donne.

La demande croissante en potasse donne au groupe Uralkali et à la Russie dans son ensemble une place stratégique au sein des pays émergents.

Le Tatarstan se distingue comme l’une des régions les plus dynamiques de la Fédération de Russie. Les efforts pour attirer les investissements étrangers portent leurs fruits.

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Réorganisation majeure ou volonté de renforcer le pouvoir patriarcal ? L’Église orthodoxe russe est à la croisée des chemins. Certains s’inquiètent de la création de nouveaux diocèses, d’autres y voient une réponse à un regain de la foi.

Opinions

La filière des engrais

itar-tass

Quelle Église orthodoxe ?

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La parité piétine

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Politique & SociétÉ

service de presse

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Deux spécialistes commentent l’inversion des rôles annoncée entre le Président Dmitri Medvedev et le Premier ministre Vladimir Poutine en 2012. PAGE 6

lori/legion media


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Politique & Société

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI www.larussiedaujourdhui.fr communiqué DE ROSSIYSKAYA GAZETA distribué AVEC LE FIGARO

Des partis en quête d’idéologie suite de la premiÈre PAGE

Ces onze dernières années, le ter­ rain politique russe a rétréci. Moins de joueurs, et des joueurs de plus en plus dociles. « Le gros du pouvoir politique était déte­ nu par la Russie unie, qui ne sup­ porte pas la concurrence. D’autre part, il n’y avait pas de réelle re­ vendication sociale en matière de partis indépendants. La men­ talité russe est en mal de leaders charismatiques mais les gens en place s’avèrent plus faciles à contrôler », explique Alexei Moukhine, directeur du Centre de l’Information politique. Parallèlement, les barrières élec­ torales se renforcent. Il faut 7% de voix pour qu’un parti soit re­ présenté à la Douma, et il de­ vient de plus en plus difficile d’enregistrer une nouvelle for­ mation. De fait, sept partis se­ ront en lice aux élections parle­ mentaires de décembre prochain, dont quatre sont déjà présents à la Douma : Russie unie, LDPR, KPRF, et Russie juste. Ce der­ nier, créé par l’équipe de Pou­ tine sur le créneau socialiste, est dirigé par des hommes loyaux envers le Premier ministre. Autre cas de parti piloté du Kremlin : Juste Cause, destiné à occuper la niche libérale. Mais son chef, l’oligarque Mikhaïl Pro­ khorov, vient d’en claquer la porte, ne supportant plus d’être instrumentalisé. Ce scandale prive le parti de toute chance de passer la barre des 7%. Selon les derniers résultats du centre d’analyse indépendant Le­ vada, la moitié des Russes veut conserver le statu-quo politique, tandis que l’autre moitié se dit prête à de grands changements. Une priorité pour Russie unie : atteindre le taux de participa­ tion de 50% aux élections, ce qui lui permettrait de revendiquer le soutien de la majorité des élec­ teurs. L’augmentation du taux de par­ ticipation intervenait souvent dans les régions à la faveur de

Les principales formations politiques

La fraude électorale est devenue si manifeste que la population a perdu confiance dans la consultation pressions administratives, no­ tamment sur la partie de l’élec­ torat dont les salaires et mini­ mas sociaux dépendent directement des décisions prises par le parti au pouvoir. Dans les régions de Tchétchénie et du Da­ ghestan, le taux de participation

aux élections régionales d’oc­ tobre 2010 a été égal et même par endroits supérieur à 100%, et 95% des suffrages se sont por­ tés sur Russie unie. Face à ces résultats, les trois partis d’oppo­ sition ont quitté la Chambre de la Douma en signe de protesta­ tion en accusant Russie unie de fraude massive. La Commission électorale centrale et la Haute cour de justice ont pourtant confirmé la légitimité du scru­ tin et jugé insignifiantes les en­ freintes aux règles électorales. À la suite de quoi les partis d’op­

position ont remis en cause l’in­ dépendance des autorités, mais l’affaire resta sans suite. La fraude électorale est devenue si évidente en Russie que la po­ pulation a perdu toute con­fiance dans le processus. D’après les données récentes du centre Le­ vada, 52% des électeurs russes sont prêts à aller aux urnes contre 53% en 2007, le taux des indécis ayant grimpé de 5 points. Parmi ceux qui n’iront pas voter, 34% considèrent que leur par­ ticipation n’aura aucune inci­ dence sur la situation politique.

Et une majorité écrasante des sondés (70%) sont persuadés que les députés « ne tiennent pas leurs promesses électorales ». Les politologues s’accordent à dire que de nombreux partis ont gauchisé leurs slogans pour ré­ pondre aux revendications crois­ santes de la population, notam­ ment en matière de justice sociale. Mais le courant porté par l’idéologie nationaliste dispose aussi de ses relais politiques. L’électorat nationaliste est cour­ tisé par le LDPR qui propose de faire adopter des lois relatives à

la défense du « peuple russe », par le KPRF qui prône un « so­ cialisme russe », et par le parti Juste Cause qui s’oppose à l’im­ migration des Caucasiens et des Asiatiques. Une chose est certaine : le Kremlin a tiré les leçons des der­ niers scrutins qui ont eu lieu en Russie, en Ukraine et au Bela­ rus. À savoir que le déroulement des élections convient d’autant mieux au pouvoir en place que les partis échappant à son contrô­ le sont moins nombreux à par­ ticiper au scrutin.

Parité Peu représentées, les femmes peinent à se faire une place dans les hautes sphères du pouvoir

Le très discret parfum féminin de la politique russe

Comparatif à l’échelle mondiale chambre unique ou chambre basse

19,4%

MOYENNE MONDIALE

RUSSIE

Dans d’autres pays: 0

10

20

30

14%

40

50

60

RWANDA

veronika dorman

La russie d’aujourd’hui

« Chaque cuisinière doit ap­ prendre à gouverner l’État », scandait Lénine. Ce précepte, qui avait permis aux femmes d’êtres représentées dans les organes du pouvoir en URSS, a fait long feu. Dans la Russie du XXIe siècle, la lutte pour la parité en poli­ tique est à reprendre à zéro. Dans l’arène politique, les ­grandes dames se comptent sur les doigts d’une main. L’unique politi­cienne d’envergure nationale est Valen­ tina Matvienko, ancien gouver­ neur de Saint-Pétersbourg, qui vient d’être nommée présidente de la Chambre haute du Parle­ ment russe. « Elle est la seule avec

une véritable carrure politique et une vision », assure Olga Krych­ tanovskaya, sociologue spécia­liste des élites. Selon l’experte, il y a deux types de femmes en poli­ tique actuellement : les jolies pou­ pées dociles et les très rares qui se sont ­faites une place à la force de leur talent. Quand les élections sont deve­ nues libres et que les quotas sovié­tiques ont été annulés, au début des années 1990, les f­emmes ont disparu de la scène politique. Elles ne présentaient plus leur candidature, et dans le même temps, les gens ne voyaient pas de raisons de voter pour le sexe faible, rappelle Krychtano­ vskaya. La mentalité patriar­cale a repris ses droits, comme si 70 ans de commu­nisme n’avaient été qu’une parenthèse anecdo­ tique. Aujourd’hui, le système social se fonde sur une conception très conservatrice des relations

BELGIQUE ALLEMAGNE FRANCE ria novosti

On ne compte aucune femme parmi les personnalités prépondérantes du pouvoir russe, hormis la présidente controversée du Sénat, Valentina Matvienko.

ÉTATSUNIS RUSSIE

Matvienko est la seule à occuper un poste de premier plan.

Elle l'a dit

Larissa Nikovskaïa Docteur en sciences sociales à l'académie des sciences de russie

"

Si les femmes n'inter­ viennent pas davantage en politique, la démocratie qui se construit aujourd'hui dans notre pays sera démocratique... mais sans les femmes et pas pour elles. Ce sera une démocratie patriarcale."

­ omme-femme, aggravée par h l’obsession croissante, au niveau éta­tique, d’une démographie dé­ sastreuse et de l’urgence de pro­ créer. Il devient plus difficile de cumu­ ler vie professionnelle et mater­ nité à mesure que les c­rèches et maternelles diminuent en ­nombre et sont plus chères. Les nou­velles lois sur la famille ­orientent la femme davantage vers le foyer. À tout cela s’ajoute un esprit ma­ chiste triomphant. « Une femme, quelles que soient ses qualités, et qui qu’elle soit, suscite tou­ jours la méfiance », affirme Irina Khakamada.

Figure emblématique de la femme politique dans la nou­velle Russie postsoviétique et candi­ date à la présidentielle de 2004, Khakamada s’est retirée des af­ faires : « Pendant 13 ans, j’ai consacré 70% de mon temps et de mon énergie à prouver que je suis une politi­cienne égale en droits. Il ne m’en restait plus que 30% pour effectivement passer des lois ». Elle est cependant op­ posée aux quotas qui ne sont qu’une discrimination positive humiliante pour la femme, et ne constituent pas un véritable pro­ grès. « Il faut réformer les esprits et l’environnement ».

Dans le système clientéliste ac­ tuel, le charisme et les talents réels d’un homme sont moins im­ portants que son allégeance au pouvoir. « Les hommes politiques en Russie sont souvent gris et insignifiants, parce que le sys­ tème travaille pour eux. Ils ­peuvent n’avoir aucun intérêt et être pourtant des leaders », pour­ suit Khakamada. « Alors qu’une femme va à contre-courant, elle doit forcément se faire remarquer. Elle doit être hors du com­ mun ». Pour autant, les 12% des dépu­ tées à la Douma, par exemple, sont loin d’être toutes des su­ perwomen. Souvent, elles y lé­ gifèrent plutôt sur la famille, l’enfance, l’éducation, le sport, la santé… « Ce ne sont pas des politiciennes au sens propre, avec une idéologie et une vision large, mais des fonctionnaires profes­ sionnelles », résume Krychtano­ vskaya. Certaines se détachent néan­ moins du lot, comme l’ancienne championne olympique de pa­ tinage de vitesse, Svetlana Jou­ rova, vice-présidente de la Douma et membre du comité olympique. « Les femmes sont capables d’aller au compromis et à la coopération, de s’intéres­ ser aux conséquences de leur décision pour une personne con­ crète », estime-t-elle. Krychta­ novskaïa se réjouit car «  au début, on se disait, encore une pimbêche sportive qui va faire de la figuration. Mais elle a mon­ tré de vrais talents poli­ tiques  ».


Politique & Société

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI www.larussiedaujourdhui.fr communiqué DE ROSSIYSKAYA GAZETA distribué AVEC LE FIGARO

La mobilité des salariés fait reculer le chômage

Certaines régions ont vu peu de créations d’emploi après la crise, tandis que Moscou connaît un boum Début 2011, les centres qui at­ tiraient le plus de main d’œuvre étaient Moscou, les régions de Tioumen, de Moscou et de Kras­ nodar ainsi que Saint-Péters­ bourg. D’après Rosstat, la main d’œu­ vre venant travailler à Moscou provient à 46% de la région de Moscou et à 28% des Répub­ liques de Mordovie, Tchouvachie, et des régions de Briansk, Vla­

Le grand chantier qui agite l’Église orthodoxe Réorganisation majeure ou volonté de renforcer le pouvoir patriarcal ? La création de nouveaux diocèses nourrit les interrogations mais certains y voient un renouveau de la foi. alexandre braterski the moscow times kommersant

Précisons qu’il s’agit ici de chô­ meurs au sens de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui ne comptabilise que les per­ sonnes cherchant un emploi et disponibles à brève échéance pour travailler. Ne sont pas ­prises en compte celles qui ont aban­ donné la recherche d’un emploi ou ne sont pas disponibles im­ médiatement. En août 2011, la Russie comp­ tait 4,7 millions de sans-emplois (6,1% de la population active). On entend par population ac­tive la somme des personnes em­ ployées et des chômeurs. En Rus­ sie, en août, la population active était de 76,7 millions de per­ sonnes, c’est à dire 54% de la population totale. Pour la même période, dans l’Union europé­ enne, le nombre de chômeurs s’élevait à 15,6 millions, tandis que la population active était de 157,5 millions de personnes, ce qui représente 48% de la popu­ lation totale des pays de l’UE. Une question se pose. L’exemple des deux jeunes femmes n’illus­ tre-t-il pas le rôle de la mobili­ té des travailleurs sur tout le ter­ ritoire russe dans la lutte contre le chômage ? On peut supposer que dans la région d’où elles viennent, peu d’emplois ont été créés après la crise, tandis qu’à Moscou, on observe un véritable boum du marché du travail. C’est ce que confirment les sta­ tistiques. Début 2008, avant le début de la crise, Rosstat avait déjà signalé une augmentation

des flux migratoires entre les ré­ gions. Selon les études menées sur les problèmes liés à l’emploi, en 2008, le nombre de per­sonnes travaillant hors de leur région atteignait une moyenne de 1,6 million. En 2009, en raison de la baisse de la demande de main d’œuvre et de la diminution im­ portante des emplois, la mobi­ lité des travailleurs est tombée à 1,4 million, pour augmenter de nouveau en 2010. Si, en janvierfévrier 2010, elle était de 1,5 mil­ lion (2,4% de la population ac­ tive), elle a connu une croissance progressive à partir de mars, pour atteindre 2,3 mil­ lions en décembre 2010 (3,3% de la population active). Pour 2010, la moyenne de personnes travaillant hors de leur région est passée à 1,8 millions (2,6% de la population active).

Religion Le patriarcat réforme sa structure

Les travailleurs qui bougent trouvent des emplois.

Secteurs phares en terme de migration

dimir, Ivanovo, Tambov, Toula, Penza. La moitié est employée dans les secteurs du bâtiment, du commerce et du transport. Parmi les travailleurs se dépla­ çant vers Tioumen, 46,4% tra­ vaillent dans le pétrole et 27% dans le bâtiment. Dans la région de Moscou, un tiers se re­trouvent dans le bâtiment et 17% dans le commerce. À Saint-Pétersbourg, 73% ­viennent de la région de Lenin­ grad. 56% trouvent des emplois dans le bâtiment, le commerce ou le transport. Moscou a toujours activement contribué à la lutte contre le chô­ mage en offrant des emplois aux cadres régionaux. Le poète et

écrivain moscovite Ivan Beloou­ sov s’est exprimé ainsi sur les besoins traditionnels et ances­ traux de la capitale en main d’œuvre : « Les apprentis étaient acheminés vers Moscou depuis les districts et les provinces environnantes. Chaque contrée avait ses métier de prédilection. Ainsi, Tver nous envoyait ses apprentis cordonniers,Yaroslavl ses bottiers mais surtout ses aubergistes et ses petits commerçants, Riazan ses tailleurs et chapeliers, Vladimir ses menuisiers et charpentiers ». Article publié dans Kommersant Vlast

Les défenseurs d’un parc gagnent la première manche russki reporter

service de presse

L’approbation par les riverains d’un chantier est une procédure peu appréciée des promoteurs, mais exigée par la loi. Dans la pra­ tique, les riverains s’indignent un peu, les membres de la commis­ sion d’examen promettent de prendre en compte toutes les ob­ jections. Et puis on oublie tout. Pas cette fois. L’audience pub­lique relative à la construction d’im­ meubles à Bitsa avait été fixée au moment le moins propice pour y participer : 15 heures. Qu’im­ porte : la société civile s’est mo­ bilisée pour défendre ses droits. La zone de loisirs de Bitsa se situe en bordure sud-ouest de la capitale et offre un vaste espace boisé fréquenté par des cen­taines de milliers de gens. En été, les cyclistes s’y entraînent ; en hiver, le bois devient une Mecque pour les skieurs de fond. La plus ­longue piste de ski de Bitsa ­s’étire sur 25 km, une rareté dans le pays. Depuis 40 ans, le parc est un coin de paradis pour le repos

Ce sont les sportifs qui ont montré la plus grande détermination.

familial et sportif. Mais l’an der­ nier, à l’issue d’une série de tran­ sactions douteuses, on a appris la construction prochaine d’un quartier résidentiel et d’un ­centre commercial par la mystérieuse société Verkos. « Ce lieu unique va être détruit pour permettre à certains de réaliser un profit immédiat, s’est in­ dignée la championne du monde de ski de fond, Olga Zavialova, au Palais de la Culture où avait lieu l’audience. On n’arrête pas de parler de la promotion du sport, mais où irons-nous faire du sport ? Si on nous prive de

EN Chiffres

23 km 2

de superficie font du bois de Bitsa le deuxième parc le plus vaste de la capitale.

ce bois, où est-ce que nos enfants iront skier ? » Pour pouvoir construire à Bitsa il suffisait de valider une modi­ fication du plan d’urbanisme, et

viser certaines régions du nord où il n’y a qu’un seul prêtre, ce qui représente une économie en déplacements car certains endroits ne sont accessibles que par hélicoptère ». John Farina, professeur d’his‑­­­­­ t­oire des religions à l’Université George Mason, trouve que ces réformes témoignent d’un regain de la foi dans la Russie post-so­ viétique. « L’ouverture de nouvelles églises est l’un des signes de la renaissance religieuse parmi tant d’autres », affirme-t-il. Pourtant, certains considèrent cette réorganisation des dio­cèses comme un moyen pour le pa­ triarche Cyrille, considéré en Russie comme une figure aussi bien religieuse que politique, d’affermir son pouvoir. Pour Roman Lounkine, directeur de l’Institut de la religion et du droit à Moscou, « les nouveaux dio­ cèses vont bien sûr permettre d’améliorer la gouvernance de­ l’Église. Mais ces mesures accroissent aussi le pouvoir du patriarche dans la mesure où les ­évêques seront choisis par lui et lui seront loyaux ».

là précisément était l’écueil. Les représentants de Verkos, affron­ tant une salle comble et une co­ lère populaire inhabituelle pour la Russie, ont vu la demande de report de la séance rejetée par le public, qui y voyait un piège, tandis que des juristes indépen­ dants rappelaient qu’une audien­ ce ne pouvait être annulée qu’en cas de renoncement au chantier ou d’absence de débat. Le chef de l’administration locale, Ser­ gei Belokonev, a finalement dit non aux promoteurs, prenant en compte un avis exprimé par des centaines de milliers de ses conci­ toyens. La salle, victorieuse, a applaudi à tout rompre. Sur la place, devant le Palais de la Culture, le porte-parole des militants, Alexei Ilvovski, a ce­ pendant appelé à la vigilance car « nous avons atteint notre objectif mais il nous faudra vraisemblablement nous remobiliser. Les terrains demeurent à la disposition de Verkos, qui ne fera pas marche arrière facilement. Une société commerciale cherchera toujours à tirer profit d’un terrain qui lui appartient ». Article publié dans Russki Reporter

éducation 15 000 énfants scolarisés à moscou ne parlent pas russe

itar-tass

Dmitri Sokolov-Mitritch

Cyrille Ier cherche probablement à renforcer son autorité.

en bref

Société civile Quand les sportifs triomphent des spéculateurs immobiliers

Un conflit a éclaté autour du centre de loisirs de Bitsa, menacé par un projet immobilier : les promoteurs se sont heurtés à une farouche opposition.

Le patriarche de l’Église ortho­ doxe russe, Cyrille Ier, procède à la création d’une douzaine de nouveaux diocèses à travers le pays. Certains considèrent cette mesure comme la plus impor­ tante réforme de l’Église russe depuis la chute de l’Union so­ viétique, tandis que d’autres y voient un moyen subtil de ren­ forcer son autorité. Poursuivant la réforme territo­ riale entamée en mars dernier, où huit nouveaux diocèses avaient vu le jour, dont trois dans le Caucase du Nord, le SaintSynode a entériné la création de treize diocèses supplémentaires dans les régions d’Irkoutsk, Orenbourg, Riazan, Saratov ainsi qu’au Kazakhstan. VladimirVigilianski, le porte-pa­ role du patriarcat de Moscou, a expliqué au journal Kommersant que cette réforme devrait amé­ liorer la gouvernance des dio­ cèses en modifiant une struc­ture inchangée depuis l’époque sovié­ tique, où un diocèse pouvait s’étendre sur plusieurs milliers de kilomètres carrés. En province, cette réforme a été plébiscitée par les prêtres locaux car elle permettra aux évêques d’être plus proches de leurs fi­ dèles. « Souvent, le prêtre ne voit son évêque que quelques fois dans sa vie, et l’évêque, lui, ignore tout du quotidien de ses paroissiens », estime le père Andreï, de l’église de Notre-Dame de l’Assomption à Angarsk. Selon lui, « l’évêque de Bratsk pourra même super-

ria novosti

suite de la premiÈre PAGE

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Près de 28 000 des écoliers moscovites n’ont pas la citoyen­ neté russe, et 15 000 d’entre eux ne parlent pas la langue, a dé­ claré l’adjointe au maire de la capitale, chargée des questions

de l’éducation et de la santé, Olga Golodets. « Des cours supplémen­ taires de langue r­usse sont prévus pour ces enfants », a-t-elle indi­ qué. Elle a également précisé que l’apprentissage du r­usse avait déjà été organisé dans 245 écoles de la ville. Il y a peu, les autorités ont pris une série de mesures so­ciales pour favoriser l’adaptation des ar­ rivants, et elles ont notamment l’intention de continuer à ouvrir des classes de r­usse pour les étrangers. Un suivi du programme est en cours pour déterminer les besoins éducatifs des enfants is­ sus de familles immigrées.


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Économie

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI WWW.LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR COMMUNIQUÉ DE ROSSIYSKAYA GAZETA DISTRIBUÉ AVEC LE FIGARO

Expansion La demande croissante en matière de produits fertilisants donne à la Russie un avantage stratégique

L’engrais rêvé des émergents Uralkali se fraie tranquillement un chemin parmi les leaders mondiaux de la potasse, un engrais vital pour les agricultures chinoise, indienne et brésilienne.

EN CHIFFRES

13

millions de tonnes de capacité de production seront produites en 2012 contre 11,5 millions de tonnes cette année, grâce à l’entrée en service d’une nouvelle ligne de production Berezniki 4.

PAUL DUVERNET

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

8,7

milliards de tonnes de ressources minérales sont contenues dans les deux grands gisements ouraliens exploités par Uralkali (Polovodovsky et Ust-Yayvinsky).

79%

de la production sont exportés, dont 25% vers la Chine, 20% vers l’Inde, 27% vers d’autres pays d’Asie et 28% dans le reste du monde.

SERVICE DE PRESSE

Il fait un froid de canard dans les vastes galeries de la mine Berezniki. À 400 mètres sous terre, on aurait pu penser que la chaleur géothermique contrasterait avec le climat automnal frisquet de l’Oural. Mais voilà, l’air de surface est puissamment ventilé jusqu’au fond des tunnels à travers des tuyaux de près de 80 cm de diamètre. Uralkali met un point d’honneur à assurer la sécurité de l’exploitation. Il faut chasser les formations de méthane et d’hydrogène explosif. Rien à voir avec l’image d’Épinal d’une mine de charbon d’où l’on ressort couvert de suie noire. Certes, de fines particules flottent dans l’air, mais ce sont des sels blancs. Quant aux parois, elles sont marbrées de rose, de blanc et de couleurs chatoyantes. Assez plaisant à regarder. Non moins plaisante, du moins pour les actionnaires d’Uralkali, est la conjoncture du marché. Les prix de la potasse, dont les terres relativement pauvres des grands pays émergents ont un besoin grandissant, remontent après la chute de 2008. Or, les réserves de potasse sont extrêmement concentrées : 43,6% au Canada et 34,7% en Russie, où ces réserves sont dans leur quasi-totalité entre les mains du groupe Uralkali. Avec la remontée des prix, la rentabilité de l’entreprise russe progresse rapidement, surtout qu’Uralkali se

Excavatrice dans une galerie de la mine de Berezniki.

positionne déjà parmi la poignée de producteurs de potasse comme celui qui bénéficie des plus bas coûts de production. C’est cette assurance qui l’a poussé, vendredi 7 octobre, à racheter 10% de ses propres actions pour une somme de 2,5 milliards de dollars (soit 1,8 milliards d’euros). Les actionnaires d’Uralkali (principalement Souleïman Kerimov – 17% ; Alexandre Nesis – 12% ; Filaret Galtchev – 10% et Zelimkhan Moutsoïev – 8%) savent que la valorisation du titre va remonter après une déprime globale qui l’a fait plonger de 30%, sans rapport avec les fondamentaux du groupe. Une semaine auparavant, le di-

recteur financier,Viktor Belyakov, confiait à un petit groupe de journalistes revenant d’un voyage de presse dans les mines du groupe que « 50% de dividendes seront versés aux actionnaires [une générosité exceptionnelle] car nous sommes absolument confiants dans les perspectives du groupe ». Le directeur financier insiste sur la « volonté d’améliorer la liquidité du titre » et affirme que « tout est fait pour créer de la valeur pour les actionnaires ». Uralkali, dont la capitalisation boursière tourne autour de 25 milliards de dollars (18,4 milliards d’euros) à la mi-octobre, espère monter en grade sur le marché boursier londonien :

Uralkali prendra à court terme la place de leader mondial de la production de potassium « Nous voulons entrer sur le marché principal ». Le groupe se négocie déjà sur le marché secondaire et sur les deux bourses russes, RTS et MICEX. À l’heure actuelle, 45% de ses actions s’échangent sur le marché. Les éléments fondamentaux qui sous-tendent la confiance des dirigeants sont la montée inexorable de la demande en matière de potasse, « en particulier en

Portrait Il a le premier exploité un outil virtuel dont personne ne savait que faire

La 3D au service de l’assistance technique En réparant son lave-linge, Gueorgui Patchikov a eu une idée qui allait faire de lui un concepteur mondialement reconnu dans la technologie 3D. ALEXEI KNELZ

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Boîte à outils de l’ingénieur Cortona 3D est un logiciel d’automatisation des processus d’élaboration de la documentation technique, qui peut être utilisé dans une variété presque illimitée de domaines : il peut servir à modeler n’importe quel mécanisme, du pendule de Foucault à la centrale hydro-électrique. La création de l’animation est complètement automatisée. Les données obtenues sont converties en vidéos pour composer ensuite le manuel d’exploitation et de réparation qui permet de suivre tout le processus pas à pas.

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Gueorgui Patchikov est à la fois le fondateur et le directeur de Parallel Graphics, qui produit de la documentation technique et des manuels de dépannage en utilisant la technologie tridimensionnelle (3D). Les instructions permettent de répondre à la question qui obsède Patchikov depuis son enfance : « Comment est ce que c’est fait ? ». En 1989, Gueorgui et son frère Stepan, tous deux ingénieurs-informaticiens, fondent ParaGraph. « Nous avons été les premiers au monde à modeler la vie quotidienne par informatique, longtemps avant Second Life », se rappelle Patchikov avec fierté. Ils avaient créé un monde virtuel dans lequel chaque utilisateur pouvait s’inventer un alter ego et se promener sur la Place Rouge. Mais malgré son côté innovant, le projet n’avait pas eu de succès. Personne ne savait que faire de la 3D et il n’existait encore aucun marché pour l’accueillir. En 1999, Patchikov emménage dans un nouvel appartement et un beau jour, son lave-linge cesse de fonctionner. Avec un collègue, il démonte la machine « jusqu’au

dernier boulon », puis la remonte. Le lave-linge se remet en marche, tandis que cinq pièces « inutiles » gisent sur le sol. « Nous ne savions absolument pas quoi en faire. Le mode d’emploi était en français, sans traduction. Et nous étions totalement perdus », raconte-t-il. Vient alors l’idée de génie : « Un

manuel animé en 3D avec une démonstration détaillée de toutes les étapes de la réparation, c’est de cela qu’a besoin tout technicien ! » Au bout de douze années de mise au point du produit, Parallel Graphics édite le programme Cortona 3D qui traduit les descriptions techniques de divers processus en animation 3D. En 2001, Patchikov trouve un premier gros client : Boeing. La collaboration s’avère extrêmement productive : « Une fois le contrat avec Boeing arrivé à terme, nous avons été abordés par Airbus », se réjouit Gueorgui. Car suivent d’autres grosses entreprises comme General Electrics, Honda et Siemens. Patchikov est convaincu que les firmes y retrouvent leur compte : « General Electric a économisé 70% sur la préparation de la documentation technique grâce à nous », assure-t-il. En outre, le logiciel de Parallel Graphics permet de lancer plus rapidement le produit sur le marché, car il sert également à calculer tous les paramètres au stade de la conception. Cortona 3D peut être utilisé non seulement dans l’industrie, mais aussi dans les établissements scolaires d’enseignement technique. Avant de parler de son plus grand rêve, un « Musée des inventions », Gueorgui rallume son ordinateur, agrandit l’image du moteur d’avion et en quelques clics de souris il le démonte dans l’espace virtuel, puis le remonte et lance les turbines. « Imaginez-vous un musée virtuel où sont exposées toutes les inventions techniques de l’homme. On peut s’y promener, démonter et remonter chaque objet, regarder comment il fonctionne ». Et répondre à la question : « Comment est ce que tout cela fonctionne ? ».

Inde », précise Vladislav Baumgertner, PDG d’Uralkali. La principale menace, pour Baumgertner, vient de la hausse des coûts de production. « Une augmentation de la facture énergétique est inévitable », expliquet-il. L’aspect positif vient du coût du travail, qui reste beaucoup plus bas que celui du concurrent canadien. « Les salaires vont aussi augmenter, mais nous compensons en améliorant fortement notre productivité », assure Baumgertner. Sur le plan stratégique, Uralkali voit grand avec l’ouverture probable d’une nouvelle mine capable de produire 2,5 millions de tonnes par an à partir de 2018. « En plus de la nouvelle mine, nous modernisons nos actifs existants et nous allons augmenter notre production annuelle de 2 millions de tonnes pour atteindre 13 millions au total en 2012 », annonce Evgueni Kotlyar, directeur opérationnel. Conséquence : « Uralkali prendra à court terme la place de leader mondial de la production de potassium », affirme le PDG du groupe. Une des inconnues les plus discutées aujourd’hui sur le marché de la potasse reste le sort de BelarusKali, le troisième producteur mondial, dont la privatisation partielle par le gouvernement biélorusse aiguise les appétits. Uralkali ne cache pas son intérêt pour le petit voisin, poussé en cela par un Kremlin toujours ravi de voir ses champions nationaux prendre le leadership mondial. Mais Baumgertner reste prudent : « Nous avons de bonnes relations avec le gouvernement biélorusse, mais nous pensons que la vente n’aura pas lieu de sitôt ».

EN BREF Total conclut un troisième accord avec Novatek L’entreprise française Total étend ses alliances stratégiques en Russie en participant à hauteur de 20% à un futur projet de liquéfaction du gaz dans la péninsule deYamal. L’investissement se situe entre 11 et 15 milliards d’euros. Novatek a indiqué que Total rachètera non seulement des parts, mais financera également une partie du projet en contribuant au capital de la société de Yamal et en octroyant des « prêts d’actionnaires disproportionnés ». Avec une contribution de 20%, Total sera probablement le principal investisseur étranger dans le projet, les autres participations devant théoriquement rester inférieures.

Marseille-Moscou sans escale !

ALAMY/LEGION MEDIA

Depuis le 2 octobre, Air France propose plusieurs nouvelles liaisons en Europe au départ de Marseille, dont le trajet direct Marseille-Moscou-Marseille. Quatre vols par semaine sont prévus entre les deux villes, à partir de 90 euros le billet aller-retour. Marseille sera ainsi la troisième destination française bénéficiant d’une liaison régulière directe avec Moscou, après Paris et Nice.

Acquisition Accord russo-germanique

Eurochem hérite du secteur des engrais de BASF La récession qui s’annonce a été déterminante dans la décision du groupe allemand BASF de céder au géant chimique russe ses activités dans les engrais minéraux à un prix avantageux. ANASTASSIA GUERASSIMOVA IZVESTIA

La société russe Eurochem a annoncé fin septembre qu’elle allait acquérir toutes les activités que mène BASF à Anvers (Belgique) dans le secteur des engrais minéraux. Eurochem compte également racheter au groupe allemand sa participation de 50% dans la joint-venture PEC-Rhin à Ottmarsheim (France). Il s’agit d’une co-entreprise entre BASF et la société française GPN (filiale de Total). Le montant de la transaction a été estimé à seulement 700 millions d’euros, alors que la reprise des actifs de BASF aurait pu atteindre les 950 millions d’euros, assure Konstantin Iouminov, analyste chez Reiffeisen Bank. Mais la menace d’une crise de grande ampleur a incité BASF à vendre au plus vite, explique une source proche des négociations. Pour Eurochem, qui est contrôlée par l’homme d’affaires russe Andreï Melnitchenko, cette transaction est une aubaine. Le rachat valorise fortement un groupe qui prévoit une introduction en

bourse en 2014. Le volume de la production des sites vendus par BASF représente 2,5 millions de tonnes. La production d’Eurochem en 2010 était de 7,2 millions de tonnes. Mais le vrai « plus », c’est l’accès au marché européen et aux infrastructures connexes. Anvers est le cinquième port mondial, et le deuxième en Europe. C’est par lui que transitent la plupart des produits à destination du continent américain. À l’avenir, et grâce à une logistique bien structurée, les usines seront capables de réduire les pertes liées à une baisse de la rentabilité, notamment causée par la hausse des prix du gaz, principale matière première du secteur industriel. « Cet accord donne accès à des clients phares, en plein cœur de l’Europe. En outre, les sites sont construits selon les technologies de BASF, de sorte qu’ils s’agit d’un réel accès aux technologies du groupe, et c’est une expérience unique », estime le PDG d’Eurochem Dmitri Strejnev. La transaction sera finalisée en mars 2012. Mais un aspect essentiel est déjà réglé : le financement a été sécurisé. En juillet, Eurochem a reçu un crédit syndiqué de 1,3 milliards de dollars. Article publié dans Izvestia


Régions

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Tatarstan Les investissements feront tomber les barrières administratives Pour s’y rendre L’aéroport International de Kazan reçoit des vols directs de Tel Aviv, Istanbul et Francfort assurés par la Lufthansa. Aucun vol direct depuis la France. Le taxi reste le meilleur moyen pour rejoindre le centre-ville. Le tarif est de 20 euros pour un trajet de 30 minutes.

Où se loger Situé dans un grand parc, l’hôtel Riviera offre des chambres à partir de 80 euros. Juste en face du Kremlin de Kazan, l’hôtel cinq étoiles Mirage propose des chambres à partir de 115 euros.

Où dîner

La technologie sert l’ambition tatare Les autorités du Tatarstan veulent que la première ville de la République, Kazan, obtienne le statut officiel de troisième capitale de la Russie. La région ne manque pas d’atouts.

la mission est de contribuer à la mobilité professionnelle et à la création d’entre­prises. Selon Nikiforov, au Tatarstan, l’Agence pourrait soutenir des projets de création de pôles de technologie. Il souligne que, souvent, les projets innovants nécessitent plus que des investissements financiers : une assistance permettant de franchir les barrières bureaucra­ tiques et législatives. Le Tatarstan et l’Agence ont signé un accord cet automne. Les autorités du Tatarstan ­misent tout particulièrement sur la création d’un village d’innovation, dont le chantier débutera au début de l’année prochaine et qui devra constituer une véritable

Vladimir stepanov

La russie d’aujourd’hui

« Les investisseurs en ont assez de Moscou et Saint-Pétersbourg, où la main-d’œuvre est chère. Le Tatarstan devient une alternative intéressante », affirme Nikolaï Nikiforov, vice-Premier ministre et ministre de l’information et de la communication de la République. Son objectif est d’obtenir le soutien de l’Agence des initiatives stratégiques, créée et supervisée par Poutine et dont

Les Français s’aventurent à Kazan sur le marché très fermé de Kazan, explique Torio. La concurrence y est très forte et il nous fallait faire connaître le produit à la clientèle russe ». Coup de poker ou stratégie réfléchie ? Accor n’est en tout cas pas le seul à parier sur Kazan. En 2008, Schneider Electric ouvrait une usine en banlieue de la ville, avec l’objectif de remporter les appels d’offre des nombreuses ­usines du Tatarstan. Selon Henri Lachmann, membre du conseil de surveillance du groupe, « le Tatarstan est une tête de pont pour l’expan-

Leur présence va des géants de l’hôtellerie à l’énergie en passant par la grande distribution. Kazan, la capitale du Tatarstan, symbolise le carrefour entre les peuples ­russe, tatar, tchouvache et bachkir. La ville est aussi le centre économique et touristique de la région, et c’est justement à quelques pas du Kremlin que le groupe Accor a implanté son deuxième hôtel Ibis en Russie, dirigé par le Français Nicolas Torio. « Le défi principal pour Accor a été de positionner le produit Ibis

« fourmilière » de projets dans les secteurs des nouvelles technologies de l’information et dans la pétrochimie. Cette cité s’étendra sur 1 200 hectares à 35 km de Kazan. Il ne reste plus qu’à construire le reste : un ensemble de bâtiments pour accueillir et faire travailler 50 000 personnes. Nikiforov compte sur au moins 10 000 spécialistes venus d’autres régions et 200 sociétés russes et étrangères destinés à peupler le « village ». Les autorités du Tatarstan financeront la mise en place de l’infrastruc­ture sociale et du réseau de transport, tandis que les investisseurs privés se chargeront de la construction des logements et des bureaux. sion de la société dans les régions russes ». Et plus récemment, Auchan a ouvert à Kazan son 46ème hypermarché russe. Kazan reste somme toute un peu trop provincial pour certains. « Il est certain qu’il y a plus à faire à Saint-Pétersbourg ou Moscou, mais Kazan a été l’an dernier la pre­ mière ville de Russie en termes d’investissements », relativise le directeur de l’hôtel Ibis. En 2013, une grande compétition sportive va contribuer au rayonnement international du Tatarstan et attirer de nouveaux investisseurs, prêts eux aussi à jouer le jeu.

Guillaume Marchal

Il l’a dit

Investissements

Linar Iakoupov chef de l’agence pour le développement

8

des investissements

service de presse

milliards d euro

Investissement total en 2010

18%

getty images/fotobank

"

Nous misons gros sur l’aéronautique. Il ne faut pas réduire le Tatarstan à la pétrochimie, car il existe ici une solide base industrielle orientée vers les hautes technologies et une main d’œuvre qualifiée ».

Ce village n’est pas la première technopole en Tatarstan. Il existe une zone économique spéciale, « Alabuga », qui élabore des projets dans les secteurs de la pétrochimie, de la construction automobile et du bâtiment. Les industries « traditionnelles » (construction automobile, matériel naval civil et militaire, aéronautique) sont présentes. Le Tatarstan est aussi doté d’un parc scientifique important, sous la coupe de l’Université de Kazan (où ont étudié Léon Tolstoï et Lénine). Ces dernières années, le Tatarstan s’est placé dans les dix premières régions de Russie en matière d’investissements. D’après les données du ministère de l’ Économie, l’indice de production industrielle pour 2011 sera de 105%, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne russe. Le pays est doté d’une économie diversifiée, d’une politique budgétaire raisonnable et d’une dette publique qui reste modérée, malgré une tendance à la hausse. « Ce n’est pas une raison pour nous reposer sur nos lauriers », dé­clare Linar Yakoupov, le président de la toute jeune Agence pour le développement des investissements du Tatarstan. « Pour arriver à obtenir le volume d’investissements que nous visons, il faut insister au maximum ». Cette agence a pour objectif d’aider les investisseurs dans

Part du PIB venant des ­innovations Tatarstan - numéro trois après Moscou et Saint-Pétersbourg.

lori/legion media

toutes leurs démarches, d’accompagner les projets depuis la planification jusqu’à la réalisation en passant par l’obtention des nombreuses autorisations auprès des administrations. Linar Yakoupov avance que les investissements ne se limiteront pas à la sphère pétrolière mais iront vers des secteurs traditionnellement forts comme la construction automobile et aérienne, l’ingénierie, l’agroalimentaire.Le secteur du commerce et des services est également très propice aux investissements. Le pouvoir d’achat est assez élevé, par rapport à la moyenne russe. L’hypermarché Auchan, tout juste ouvert à Kazan, sert 15 000 visiteurs chaque fin de semaine et jusqu’à 10 000 visiteurs en semaine, pour un panier moyen de 600 roubles. La logique veut qu’au fur et à mesure que les investissements augmenteront, le nombre de clients et la moyenne de leurs paniers en feront autant, et pas seulement à Auchan.

Le Tango pour une cuisine méditerranéenne. Pour goûter la cuisine tatare, mieux vaut opter pour le Dom Tatarskoï Kulinari, situé au centreville et très estimé par les autochtones. Tablez sur 100 euros pour un dîner à deux.

À voir Visitez le Kremlin local, inscrit au Patrimoine de l’UNESCO. Le site, où certains éléments remontent au XIIème siècle, comprend une des plus anciennes cathédrales orthodoxes russes ainsi que la mosquée Kul Sharif - la plus grande d’Europe -, des musées d’art islamique et d’art tatar, ainsi que des bâtiments gouvernementaux. Faites une promenade le long de la rue Baumana, la plus ancienne de la ville. Arborant des styles architecturaux de différentes ­époques, c’est l’artère principale de la ville avec boutiques, cafés, restaurants et clubs. Pour découvrir la culture tatare, visitez le Musée national qui ­abrite une exposition sur l’histoire du Tatarstan, des objets de l’Égypte ancienne, ainsi que des collections de monnaies d’or, de livres anciens et d’exemples de l’artisanat du peuple tatar.

Bientôt sous les projecteurs du monde entier Vladimir Ruvinsky

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Dans deux ans, la ville de Kazan sera l’hôte des Jeux internationaux universitaires. En 2013, du 6 au 17 Juillet, la capitale du Tatarstan servira de cadre à la 27ème Universiade. Pour la Russie, c’est un événement important, le pays n’ayant accueilli les jeux étudiants qu’une seule fois, en 1973 à Moscou. Il est prévu que les épreuves attirent cette fois plus de 13 500 athlètes et délégués de 170 pays, complétés par environ 100 000 supporteurs. L’Universiade, principal événement sportif réunissant des étudiants venus du monde entier, se tient tous les deux ans. Elle constitue le deuxième rassemblement sportif le plus important après les Jeux olympiques. L’Universiade réunit des milliers de sportifs de classe mondiale de 17 à 28 ans, des étudiants, des thésards et de jeunes diplômés (des deux promotions précédant l’Universiade). Plus de la moitié de ces athlètes participent aux Jeux olympiques. Le fondateur des Jeux étudiants est le pédagogue et chercheur français Jean Petitjean. Depuis

1960, on a lancé l’organisation des Universiades d’hiver, qui se tiennent les années paires. Les Jeux de Kazan affichent un record du nombre de compétitions : 27 sports seront représentés. En plus de l’athlétisme, de la natation, du football, de la boxe, du tennis et du volley-ball, le programme comprendra pour la première fois cinq autres disciplines : les échecs, le badminton, le Kourach, le sambo et le rugby àVII. La Russie espère que l’Universiade de Kazan contribuera à populariser les épreuves olympiques et servira de pré­lude aux Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014. « Nous organiserons des compétitions sur 64 équipements sportifs, dont 30 entièrement nouveaux. Depuis deux ans que nous avons remporté le droit d’organiser l’universiade, nous avons construit 27 équipements sur les 30 », explique Vladimir Leonov, directeur général du comité organisateur. Et de préciser que « les dépenses totales, y compris celles concernant les athlètes, les invités et les journalistes, 25 000 personnes en tout, s’élèveront à 10 milliards de roubles (240 millions d’euros)».


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Opinions

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permutation au sommet : réflexions poutine le pragmatique Vladimir Babkine

Spécialement pour La Russie d’Aujourd’hui

L

es libéraux se sont indignés de la nouvelle selon laquelle le président russe et le Premier ministre avaient « convenu depuis longtemps » d’échanger leurs fonctions. Tout cela est strictement constituionnel mais le peuple n’a pu s’exprimer librement sur la question. Ce dernier point ne ­semble pas être le problème majeur de la Russie aux yeux ni de Dmitri Medvedev, ni deVladimir Poutine, comme d’ailleurs d’une grande partie de la société. Peutêtre les deux hommes craignaientils qu’en lâchant une parcelle de leur pouvoir, ils se retrouveraient face à un peuple libre mais dévoré par la faim et la colère. À peine un jour s’est écoulé entre deux événements cruciaux, l’annonce de l’échange des rôles entre les deux leaders, et la démission, le 25 septembre, du ­vice-Premier ministre et mi­nistre des Finances Alexeï ­Koudrine. Il ne faut pas s’étonner que le président et le chef du gouvernement aient tenu sans tarder à montrer à la classe politique qu’il faut savoir prendre des décisions. En nommant notamment des professionnels loyaux aux ­postes clés. Récemment, lors d’une visite aux États-Unis, Alexeï Koudrine s’était déclaré opposé à la décision présidentielle d’augmenter sensiblement le budget de la défense, rappelant le déficit croissant des caisses de retraite, seule source véritable, à l’heure ac­ tuelle, du financement des pensions. L’ex-ministre des Fi­nances avait critiqué publiquement d’autres initiatives économiques du Président Medvedev. En Russie, la première initiative du nouveau tandem a été accueillie avec enthousiasme par les communistes. Alexeï Kou­ drine leur avait maintes fois donné des raisons

de se plaindre en s’opposant à des mesures sociales qu’il jugeait financièrement inopportunes. Les libéraux y avaient immédiatement vu un signe du pouvoir arbitraire du Kremlin. Mais comme l’ex-ministre des Finances n’était pas un libéral - c’était plutôt un « faucon » - il n’y avait pas lieu de le défendre. Et le temps pressait. Il est plus important de se pencher sur les prochaines initiatives des autorités.

La politique ne sera ni libérale, ni réactionnaire. Elle sera déterminée par des facteurs internes et externes

cessaire. Désormais, le potentiel offert par cette voie est épuisé ». Certains experts estiment que Vladimir Poutine ne partage pas cette idée, et qu’une fois revenu au pouvoir, il cherchera à renforcer le rôle de l’État, du moins dans les secteurs stratégiques. De telles divergences ne font que confirmer les avis d’une large partie de l’opinion qui voient mal les deux leaders travailler en tandem : d’un côté, Poutine, partisan d’un État fort comme dans une dictature, et de l’autre, Medvedev, plutôt libéral. D’ailleurs, on compare souvent « les yeux durs de l’ex-officier du KGB » au « regard pensif » du professeur d’université. Ce n’est pas la question. La politique, domestique ou étran­gère, ne sera ni libérale, ni réactionnaire. Elle sera déterminée par des facteurs internes qui sont pour l’instant très complexes. Vladimir Babkine est l’ancien rédacteur en chef du quotidien Izvestia.

La tâche principale sera de poursuivre la modernisation et la diversification de l’économie. On peut donc s’attendre à des mesures favorables à l’investissement dans les secteurs de haute technologie. L’un des programmes les plus ambitieux et les plus coûteux sera sans doute celui de la modernisation de l’armée. Le budget devra être révisé pour financer la modernisation à la fois économique et militaire mais aussi les dépenses sociales. Parmi les nouvelles ressources envisagées, l’introduction d’un impôt progressif sur le revenu risque d’effrayer les investisseurs. Une nouvelle vague de privatisations des grandes entreprises est prévisible, notamment dans le secteur du gaz et du pétrole, ainsi que des chemins de fer, et sans doute aussi la plus grande banque d’épargne de la Russie, Sberbank. « Il ne s’agit pas de bâtir un capitalisme d’État, a rappelé Dmitri Medvedev l’été dernier. Il fut un temps où le rôle de l’État s’était accru, car c’était inévitable et né-

Medvedev À la case du fou Eugene Ivanov

Spécialement pour La Russie d’Aujourd’hui

I

l ne s’agit pas de « roque », comme on l’a beaucoup entendu. Le roque implique deux pièces d’échecs, le roi et une tour, qui échangent simplement leurs positions sur l’échiquier. Par contraste, le « troc » proposé entre les dirigeants va fondamentalement modifier l’équilibre du pouvoir au Kremlin : en termes d’échecs, elle va conférer à Poutine l’importance du roi combinée au pouvoir de la reine, tandis que le rôle de Medvedev sera réduit à celle du fou, une pièce souvent sacrifiée pour des raisons tac­ tiques. On peut soutenir qu e l e retour de Pou-

lu dans la presse rÈglements de comptes au sommet

Ioulia Timochenko, ex-Premier ministre et chef de l’opposition ukrainienne, a été condamnée à sept ans de prison et à une ­amende de 137 millions d’euros, accusée d’avoir signé des contrats gaziers désavantageux avec la Russie. On soupçonne le Président Ianoukovitch d’utiliser la justice contre sa rivale à des fins politiques. Les relations de l’Ukraine avec la Russie d’une part, et avec l’Union européenne de l’autre, devraient en pâtir. Préparé par Veronika Dorman

Victoire douteuse

le martyre de sainte-Ioulia

L’ue se sent trahie

vedomosti

moskovsky komsomolets

kommersant

En utilisant le tribunal pour régler son compte à sa rivale, Ianoukovitch a remporté une victoire indéniable. Mais le prix de ­cette victoire est la dégradation de l’institution judiciaire en tant que pouvoir indépendant. Peut-être Ianoukovitch et Timochenko sontils encore en train de négocier en privé et le verdict sera-t-il allégé. Derrière le conflit politique se ­cache une lutte pour les actifs et les intérêts, et l’histoire n’est pas terminée. Mais à la surface, on ne voit que l’emprisonnement d’un concurrent politique. Ianoukovitch a rejoint la bande nombreuse des dirigeants qui, en accédant au pouvoir, envoient derrière les barreaux leurs rivaux d’hier.

En envoyant Timochenko en prison, Ianoukovitch lui a infligé une souffrance physique et morale. Mais du point de vue politique, il s’est tiré une balle dans le pied. Les chances du « martyre » Timochenko de devenir le prochain leader de l’Ukraine se sont accrues considérablement. Rien ne sert de faire peur à Timochenko en l’incarcérant : elle n’a pas hésité à aller derrière les barreaux sous l’ancien Président Koutchma, alors qu’elle était vice-Premier ministre du pays. Et ce séjour l’avait renforcée politiquement, en lui conférant le statut de victime, souffrant pour la vérité, et persécutée par les « mauvais gnomes » de l’administration présidentielle.

« L’Europe ne va pas mettre en danger ses relations avec l’Ukraine au nom de Timochenko », assure une source au sein du gouvernement ukrainien, « l’UE ne va pas isoler l’Ukraine et la pousser dans les bras de la Russie pour une fonctionnaire corrompue ». Côté européen, on n’est pas du tout d’accord. « L’Ukraine a plus besoin de l’UE que l’inverse », a déclaré un membre du Parlement européen. La Commission européenne compte sur un règlement de la situation en appel, grâce à la décriminalisation de l’article du code pénal en vertu duquel l’ex-Premier ministre a été condamnée. Kiev a exactement deux mois pour sauver ses relations avec l’UE.

Éditorial

Mikhail Rostovsky

tine à la présidence permettrait de résoudre la principale controverse de la politique russe. Poutine est et a été pendant des années le politicien russe le plus populaire. En 2000-2008, sa popularité coïncidait avec son poste de président, la position la plus élevée de l’État conformément à la Constitution. Cependant, en 2008, cette « harmonie » a été rompue lorsque Poutine est passé Premier ministre. Le « tandem » Poutine-Medvedev avait été créé pour gérer cette distortion, avec à l’origine l’espoir que la nouvelle structure introduirait un minimum de concur­rence entre les deux bureaux de l’exécutif, l’administration présidentielle et le Cabinet des ministres. Mais l’arrangement s’est avéré trop flou pour les élites russes. Poutine est de retour à une position correspondant à son statut réel de « leader de la nation », qu’il aurait facilement conquise à l’issue de toute élection libre et régulière.La proposition de Medvedev de nommer Poutine candidat de Russie unie pour la présidentielle a valu à l’actuel président une ovation debout des délégués du Congrès, réaction qui a fait observer à Medvedev qu’elle lui donnait le droit de ne fournir aucune autre explication quant à la désignation de Poutine. Mais s’il a raison en ce qui concerne Poutine, il se trompe s’il croit ne devoir aucune explication sur son propre compte. Medvedev vient de conquérir l’honneur douteux de devenir le premier chef d’État russe à mandat unique. Et la question qui s’impose alors, c’est : « Pourquoi ? ». Medvedev est apparu comme un homme fort et résolu durant la guerre d’août 2008 en Ossétie du Sud ; il a guidé avec succès la Russie à travers les eaux tumultueuses de la crise économique mon­diale ; il a lancé une réforme, quoique timide, du système judiciaire russe en panne ;

il a amélioré l’image du pays à l’étranger ; enfin, il a sensibilisé le public à la nécessité de la modernisation. À tous égards, le premier mandat de Medvedev au pouvoir n’a pas été un échec. Au cours des deux dernières années, interrogé sur ses projets, il a plusieurs fois dit son intérêt pour un deuxième mandat, précisant que la décision finale serait prise en fonction de la situation du pays. Si la décision était prise depuis 2007, ne trompait-il pas délibérément ses compatriotes ? La Russie est une démocratie, quoiqu’imparfaite, un pays où les décisions politiques sont censées tenir compte des débats publics et des consultations au sein des élites. Medvedev ne craintil pas que le pouvoir à deux ne repose sur une base trop ét­roite pour de telles décisions ? Croitil vraiment que les institutions démocratiques de la Russie ­puissent être renforcées par la mise en place d’une entité aussi inconstitutionnelle qu’une «  union de camarades » ?

Medvedev aura l’honneur douteux de devenir le premier chef d’État russe réduit à un mandat unique Ces derniers mois, une forte pression a été exercée sur Medvedev pour qu’il annonce sa candidature et utilise le reste de son mandat, d’ici à l’élection présidentielle de mars prochain, pour mobiliser l’électorat autour de son programme de modernisation. Le retrait de Medvedev a non seulement brisé les grands espoirs que certains en Russie avaient placés en lui, il a aussi définitivement transformé le président en canard boîteux pour le long semestre qu’il lui reste à la tête du pays. Tandis que les Russes guettent le gambit de Poutine, le jeu de Medvedev vire soudain à une fin de partie qu’il ne peut gagner. Échec et mat ? Eugene Ivanov est un commentateur politique.

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Elena Tchernenko

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Culture

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Biennale Coup d’œil sur la quatrième édition du principal événement de l’art contemporain moscovite

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CHRONIQUE LITTÉRAIRE

KOMMERSANT

ITAR-TASS

ITAR-TASS

Violence comprise

TITRE : DES CHAUSSURES PLEINES DE VODKA CHAUDE AUTEUR : ZAKHAR PRILEPINE ÉDITIONS ACTES SUD TRADUIT PAR JOËLLE DUBLANCHET

La quatrième Biennale d’art contemporain de Moscou n’est pas faite pour des visiteurs passifs. Elle est axée sur leur participation, qu’elle invite jusqu’au 30 octobre.

– seul l’homme pur, nu au sens propre et figuré, peut retrouver la nature originelle – vous prépare à passer d’un rôle d’observateur passif à celui d’ « utilisateur actif », invité à participer à la création de l’œuvre d’art. L’interactivité est au cœur de cette biennale. On touche les œuvres, on leur parle, on peut même les piétiner. Déroutant pour le visiteur traditionnel habitué à se comporter dans un musée comme dans une église. Mais le choc culturel est vite remplacé par le sentiment familier qu’on éprouve dans un magasin de gadgets rassemblant toutes les nouvelles technologies. Juste ce que voulait le directeur de cette Biennale, le pionnier et propagan-

MARIA KRAVTSOVA

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

D’emblée, le visiteur de la Biennale, Réécriture des mondes, se heurte à un immense masque à gaz (œuvre « Grosse tête verte » du groupe russe Electroboutique), embrasé de l’intérieur par l’Apocalypse. Il s’agit d’un objet interactif : le spectateur doit se dévêtir pour que le paysage apocalyptique cède la place à une nature florissante. Cette installation au message transparent

diste des nouveaux médias au service de l’art, Peter Weibel. Seuls 14 artistes russes participent à la manifestation, sur un total de 194 exposants. Peut-être parce qu’en Russie, où l’on vénère encore le plus traditionnel des moyens d’expression artistique, la peinture, il n’est pas facile de trouver des créateurs au goût de Weibel. Le projet « Tekhnologia » de la jeune artiste Taissia Korotkova ironise sur ce sujet en représentant les espaces stériles d’un laboratoire à l’aide d’une technique archaïque, la tempera sur bois. Les artistes russes témoignent d’ une philosophie généralement différente de leurs collègues occidentaux ou orientaux, mani-

ITAR-TASS

Quand la création se fait participative Le principe de la quatrième Biennale est l’interactivité : une approche totalement neuve et franchement déroutante pour le public russe.

festant un moindre intérêt pour les sujets d’actualité (pollution, conflits armés, inégalités sociales, terrorisme international). Leur engagement est souvent plus métaphysique que politique. Ainsi,Valery Tchtak, en obligeant les spectateurs à piétiner ses peintures, évoque la crise du modernisme et de son principal support, le tableau, qui, selon Weibel, va bientôt définitivement

céder la place aux nouveaux vecteurs technologiques. La jeune Aline Goutkina interroge des adolescents qui avouent vivre en proie à un sentiment d’angoisse irrationnelle. Le groupe BlueSoup créé, à l’aide d’un procédé d’animation virtuelle, un sommet alpin qui s’éloigne infiniment dans les cieux - un simple pic, objet idéal pour la méditation et la réflexion sur l’éternité.

Photojournalisme Depuis plus de vingt ans, Iouri Kozyrev couvre les conflits armés à travers le monde

Un objectif face aux Kalachnikovs Le photographe russe Iouri Kozyrev a récemment reçu le prix Bayeux-Calvados. Il avait remporté le Visa d’or dans la catégorie « News » pour ses reportages sur le printemps arabe.

Les clichés de Iouri Kozyrev sont profonds et démontrent un sens de la composition d’autant plus étonnant quand on sait les conditions périlleuses dans lesquelles il travaille. Photojournaliste depuis plus de 20 ans, il a couvert les conflits les plus importants de l’espace post-soviétique, et notamment les deux guerres de Tchétchénie. Il a également décrit la chute des Talibans il y a dix ans et vécu pendant près de huit ans à Bagdad avant et après l’invasion américaine, pour revenir à Moscou en 2009. Mari Bastachevski, un photographe indépendant danois qui a travaillé dans le désert libyen avec Kozyrev au printemps dernier, souligne l’éthique du photographe russe : « Il reste au front jusqu’à 9 heures du soir, et rédige ensuite des articles jusqu’à minuit. Et c’est comme ça tous les jours ». Kozyrev est connu pour vouloir être en permanence au cœur de l’action. Ses photos sont appa-

rues dans un grand nombre de publications, dont Newsweek et La Russie d’Aujourd’hui. La couverture des manifestations antigouvernementales dans les pays arabes pour Time a constitué l’une de ses missions les plus dangereuses. En Libye par exemple, il s’est fait tirer dessus ; il a par ailleurs été détenu au Bahreïn et en Arabie saoudite. En outre, il a perdu des collègues, dont ses amis Chris Hondros et Tim Hetherington, deux photographes tués en avril durant une mission dans la ville libyenne de Misrata. Qu’est-ce qui pousse cet homme de 47 ans à continuer de mettre sa vie en péril ? Andreï Polikanov, directeur de la photographie au sein du magazine Russki Reporter, attribue à la loyauté et au dévouement inconditionnels de Kozyrev envers le journalisme sa capacité à garder intacte la motivation qui le conduit systématiquement sur la piste des conflits et des révolutions.

UNE GUERRE PERSONNELLE

LE LAC DES SYGNES

LES 25, 26, 27 OCTOBRE LYON, THÉÂTRE DES CÉLESTINS

DU 1 NOVEMBRE AU 14 DÉCEMBRE PARIS, PALAIS DES CONGRÈS

LE CIRQUE DE MOSCOU SUR GLACE

Le festival Sans Interdits présente une adaptation des récits d’Arkadi Babtchenko sur son expérience personnelle de la guerre en Tchétchénie. La réalisatrice Tatiana Frolova fait vivre le conflit par et dans les mots : quatre comédiens interprètent des extraits du livre en laissant par intermittence la place à des témoignages vidéo de combattants.

Redécouvrez ce joyau indémodable de la danse sur une musique de Piotr Tchaïkovski, présenté par le Théâtre-Ballet de Saint-Pétersbourg.

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ANNA NEMTSOVA

À L’AFFICHE

L’exposition des travaux de Iouri Kozyrev en France.

photographe de guerre poétique. Ses images sont pleines d’un lyrisme et d’une poésie que je n’avais jamais vus auparavant… Iouri a les capacités pour devenir l’un des plus grands photographes de guerre ».

LE FESTIVAL NOUVEAU THÉÂTRE EUROPÉEN DU 18 AU 30 OCTOBRE MOSCOU, CENTRE MEÏERKHOLD

La crème du théâtre contemporain avec, cette année, l’artiste plasticien et vidéaste français Pierrick Sorin et son spectacle 22.13. › www.netfest.ru/eng

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ITAR-TASS

Après la chute de l’Union soviétique, Kozyrev s’est mis à photographier une série de guerres de l’ère post-soviétique en Arménie, en Moldavie, au Tadjikistan et en Géorgie. Depuis lors, il n’a pas cessé d’aller d’un conflit à un autre. Parcourant le monde sans relâche, Kozyrev a acquis la réputation d’un témoin intuitif des drames humains et de l’histoire en marche. Selon Stanley Greene, qui travaille à l’agence NOOR avec Kozyrev, « Iouri a placé la barre plus haut dans le domaine du reportage dans les zones de conflit. Grâce à lui, nous avons tous repensé notre manière de couvrir ces événements. C’est un

AFP/EASTNEWS

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› www.sansiterdits.org

› www.viparis.com

DU 9 NOVEMBRE AU 18 DÉCEMBRE EN TOURNÉE À TRAVERS LA FRANCE

Le Cirque de Moscou sur glace offre un subtil assortiment de spectacles mêlant le monde fascinant du cirque et la féerie d’un gala de danse sur glace. 28 artistes vous feront vivre deux heures de pur bonheur, de rire et d’émotion au rythme des musiques traditionnelles mais aussi des tendances du nouveau cirque. › www.blesesprod.com

On retrouve dans le dernier recueil de nouvelles de Zakhar Prilepine les héros de ses précédents livres, des jeunes hommes qui tentent à leur façon de se construire ou de survivre dans un pays qui se délite. « Le pays était pauvre et nous étions tellement jeunes que nous n’entendions pas le vacarme du ciel au-dessus de nos têtes ». Prilepine développe ses thèmes de prédilection : les amitiés viriles, l’amour, la guerre, l’alcool, l’adolescence, la nostalgie de la ruralité et de l’enfance : « On marchait … à travers une prairie d’une beauté insoutenable… l’immense joie du monde nous avait pour la dernière fois peut-être rendus bons, honnêtes, joyeux, et pas du tout, mais alors pas du tout adultes ». Quelque chose se flétrit à l’âge adulte ; veulerie, mal de vivre, absence totale de projet, sauf celui récurrent de se saouler. On boit une bière et on rate le train ; quelques bières plus loin, on manque l’arrêt ; on s’endort ivre mort dans un cendrier ou dans la neige, laissant filer le moment tant attendu de coucher avec une fille. Un des trois lascars de « Récit de garçons » emprunte de l’argent à sa mère pour monter une petite affaire de réparation de voitures. Bien entendu, la première voiture qu’il acquiert après moult péripéties finit dans un ravin. Fin des ambitions entrepreneuriales. Chez Prilepine, la vie a peu de prix au regard des émotions qu’elle offre : le bonheur fugace d’un rayon de soleil, l’amitié, l’amour, la peur. Le livre n’est pas sans rappeler une certaine littérature américaine, mais ici le héros n’est pas un « bad boy ». S’il décrit, jusqu’à la nausée, d’épaisses brutes sans les justifier ni les condamner, il y a en lui un trop plein d’amour qui l’amène à absoudre l’autre simplement parce qu’au fond de la plus sombre brute il y a quelque chose d’humain. Auteur controversé pour son engagement politique au sein du parti national bolchévique Zakhar Prilepine, est aussi emblématique de la Russie actuelle. Le jury qui lui a décerné cette année le prix Super Bestseller National consacrant un des dix auteurs de la décennie ne s’y est pas trompé. Prilepine s’inscrit dans la tradition de la littérature russe par son écriture et par le mépris de la vie, et de l’argent, par le fatalisme, l’absence d’espoir, l’amour immodéré de la Russie, la fierté de souffrir d’elle et pour elle. Christine Mestre Découvrez d’autres chroniques sur larussiedaujourdhui.fr


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Loisirs

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI WWW.LARUSSIEDAUJOURDHUI.FR COMMUNIQUÉ DE ROSSIYSKAYA GAZETA DISTRIBUÉ AVEC LE FIGARO

L’immeuble de la place Koudrinskaïa, le ministère des Affaires étrangères et l’hôtel « Ukraine ».

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Patrimoine Gros plan sur les sept gratte-ciels staliniens qui ont longtemps dominé les toits de la capitale

Icônes architecturales de l’ère soviétique Les « Sept sœurs » ne dominent plus les sommets de Moscou, mais leurs silhouettes continuent de diviser. Chefs d’œuvre néoclassiques ou vaniteuses « pièces montées » ? GALINA MASTEROVA

LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Elles ont surgi dans l’immédiat après-guerre. Les sept gratteciels ont été élevés en dix ans, un défi remarquable pour un pays en ruine. Ils ont accueilli deux hôtels, le « Leningrad » et l’ « Ukraine » ; deux bâtiments administratifs, le ministère des Affaires étrangères et les bureaux de Krasnye Vorota ; l’Université de Moscou et deux immeubles résidentiels, l’un sur les berges Kotelnitcheskaïa, l’autre sur la place Koudrinskaïa. « C’était le premier chantier d’une telle ampleur dans l’Europe d’après-guerre et le premier consistant à élever des gratteciels sur le Vieux continent », commente Natalia Douchkina, professeur à l’Institut d’architecture de Moscou, dont le grandpère, Alexei Douchkine, a participé à la création de la tour de Krasnye Vorota.

Les sept sœurs staliniennes sont tour à tour entrées en grâce et tombées en disgrâce au fil des années. Elles sont nées dans le triomphalisme soviétique et ont vécu quelques beaux jours, symboles d’un pays renaissant après la guerre, explique Douchkina. Elles rendaient un sens d’échelle à une ville ravagée par la guerre et les destructions par Staline du vieux Moscou. « Les nouveaux gratte-ciels ont bouleversé l’horizon, en restituant les accents verticaux jadis tenus par les églises et clochers récemment rasés », a pu écrire l’historien Karl Schlogl dans son ouvrage Moscou. Avant la construction, les autorités soviétiques ont stipulé par décret que les bâtiments ne devraient pas copier les gratte-ciels étrangers. Mais impossible de ne pas voir l’influence des tours de Manhattan et de Chicago. Après la mort de Staline, les sept sœurs sont devenues des représentantes de son régime, jusqu’à ce que le style et les architectes, dépouillés de leurs décorations staliniennes, tombent en disgrâce. Aujourd’hui, ce style connaît un regain d’intérêt. Douchkina va

Elles encerclent le centre-ville

bientôt diriger une thèse sur l’immeuble administratif de Krasnye Vorota. En outre, des protecteurs de l’architecture, russes et allemands, militent pour que les tours soient inscrites sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. Le ministère des Affaires étrangères, lourdement gothique, est le plus imposant. Au départ, le

Impossible, en observant les sept sœurs, de ne pas voir l’influence des tours de Manhattan et Chicago projet ne comportait pas de tourelle, mais Staline aurait insisté pour qu’on en ajoute une. Quand Khrouchtchev est arrivé au pouvoir, les architectes sont venus lui demander de l’enlever, mais il aurait répondu : « Laissons la flèche comme un monument à la bêtise de Staline ». Les sept sœurs traînent leur lot d’horreurs, notamment la participation des prisonniers de guerre allemands et ceux du Goulag à la construction. Ainsi,

Rénovation L’hôtel « Ukraine » : l’une des « sept sœurs » qui a réussi sa reconversion esthétique et commerciale

Du soviétisme pur sucre à l’élégance teintée de nostalgie L’an prochain, l’hôtel « Ukraine », qui figure comme l’une des plus célèbres « sept sœurs » de Moscou, fêtera ses 55 ans, redoré à l’issue de gros travaux de rénovation. ALENA TVERITINA

Pour les Moscovites, l’hôtel « Ukraine » ne ressemble pas aux autres édifices construits au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à l’initiative de Staline (les sept sœurs). À la différence des ministères ultra surveillés et des immeubles d’appartements gardés par des concierges cerbères, n’importe qui peut s’y rendre pour admirer la vue panoramique sur la capitale. Inauguré en 1957, l’« Ukraine » était le plus grand

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LA RUSSIE D’AUJOURD’HUI

Des intérieurs de grand luxe.

hôtel non seulement d’URSS, mais d’Europe. L’établissement offre des vues époustouflantes dans la galerie du premier étage où un diorama reconstitue le Moscou so-

viétique. Ce panorama, qui embrasse tout le centre-ville, est entré dans l’éternité en 1977, année de la réalisation du diorama qui voit la lumière du jour céder la place au crépuscule,

EN BREF Coup de pouce au paysagisme La 2ème édition du Concours national d’architecture du paysage a récompensé les professionnels sélectionnés dans une dizaine de compétitions. Le 12 octobre, le jury, qui comprenait la viceprésidente de la Fondation des Parcs et Jardins de France, Marie-Sol de la Tour d’Auvergne, a remis les diplômes synonymes d’encouragement au développement du paysagisme en Russie.

RECTIFICATIF L’article Un mousseux bien de « chez nous » ! paru dans notre numéro du 21 septembre 2011 a pu donner lieu à une confusion regrettable. Le vin mousseux russe auquel il est fait référence ne peut en aucun cas être qualifié de vin de champagne. Nous prions nos lecteurs de nous en excuser.

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La Voix de la Russie

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16 Novembre

puis, la nuit tombée, s’illuminer les rues minuscules (échelle 1/75). À l’instar des autres visiteurs, je mets les écouteurs, et une voix explique que ce diorama impressionnant de 16 mètres de long, 9,5 de profondeur et 6 de haut, a été réalisé pour une exposition nationale aux ÉtatsUnis et montré à NewYork. Neil Armstrong, l’homme qui a le premier marché sur la Lune, avait voulu l’acheter, mais le Moscou soviétique n’était pas à vendre. Ultérieurement, le diorama a remporté la médaille d’or à la foire de Leipzig. La rénovation de l’hôtel a duré trois ans. L’établissement appartient désormais au groupe Rezidor et a rouvert sous la marque Radisson Royal. Les tra-

vaux ont transformé le plus célèbre des hôtels soviétiques en une oasis luxueuse. L’architecture intérieure a changé, mais les ornements d’origine – en marbre, bouleau de Carélie ou onyx – ont été conservés. Le nombre de chambres, de mille à l’origine, a diminué de moitié. Le hall est surplombé d’énormes lustres de cristal. L’atmosphère de l’époque stalinienne est présente dans les riches rideaux plissés garnissant les très hautes fenêtres, dans les abat-jours verts et le calme de la bibliothèque, où les œuvres de Marx et Engels côtoient les ordinateurs portables dernier cri à la disposition des clients, dans la gigantesque fresque au plafond intitulée « La fête du labeur et de la moisson dans l’Ukraine hospitalière ». Et bien sûr, dans les toiles des peintres soviétiques qui ornent les murs des couloirs, des salons et des chambres. En tout, l’hôtel abrite 1 200 œuvres originales, dont les plus célèbres sont de Polenov et Deineke.

pendant les travaux, le 22ème étage de l’université aurait été transformé en mini-goulag. L’écrivain Anne Nivat a décrit la peur et l’espionnage qui régnaient dans l’immeuble sur la Kotelnitcheskaïa, où logeaient les hauts fonctionnaires du parti et les privilégiés, pendant la période soviétique (La maison haute). Nivat, qui y a vécu, cite l’un de ses voisins : « Certains résidents de ce monstre sont des monstres eux-mêmes ». Aujourd’hui, les appartements dans les tours sont parmi les plus prisés de la ville et lorsque les administrations quitteront le centre de Moscou, deux autres sœurs staliniennes s’ouvriront aux résidents. Mais certains immeubles ont pris un coup de vieux. Les ascenseurs sont souvent en panne et l’ancienne nomenklatura (généraux, cosmonautes, dignitaires) cohabite parfois difficilement avec des personnalités des affaires, des stars du showbiz ou des personnages franchement douteux. Finalement, celles des soeurs qui se sont reconverties en hôtels s’en sortent le mieux en cette époque tourbillonnante !

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