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n°0 Décembre 2011

Une biennale? Mais pour quoi faire?

Mais aussi: RencontRe avec K-naR Low BRow et

.....


PAGE TROIS

P

Que de questions...

our vous, ce semestre, nous nous sommes posées une question ? Une question qui, pendant des semaines, nous a quasiment rongé l’esprit. Sérieusement. Cette question se résume en six mots : Pourquoi une biennale d’art contemporain ? De multiples interrogations, de multiples voies nous ont traversé l’esprit. Le modèle deviendrait-il plus attrayant ? Pour le public ? Pour les artistes ? Pour la ville ? Pourquoi ?

Et après des semaines de travail acharné, nous voilà, triomphantes avec des débuts de réponses. Au fil des pages, vous pourrez découvrir notre regard dubitatif jeté sur la Biennale de Lyon. Il nous aura fallu user, pour cela, d’un œil perplexe, inquisiteur, qui remettra sans cesse en question la légitimité du support

qu’est la Biennale (pp.6-9), mais aussi celle des œuvres (pp.14-15), voire même, pour aller au bout de notre remise en question quasi Socratique, de l’art contemporain luimême. Sacrilège et pure contradiction pour un magazine qui traite et défend cet art. Mais ce détour nous aura semblé nécessaire, salvateur même. Un bon moyen de donner la parole aux sempiternels détracteurs de la modernité (et de leur clouer le bec ...). Et comment aborder la Biennale sans y faire un tour et sans jouir du plaisir de commenter à loisir les œuvres. Défendre nos émotions de surprises, de colères, de frayeurs, de joies, de satisfactions, de déceptions… Impossible ! Et dans un ultime questionnement, nous nous sommes aussi demandées s’il fallait ou non se limiter aux œuvres de la Biennale, vrai-

ment très nombreuses et diverses. Par esprit de compromission, nous aurons choisi les deux. La richesse des œuvres offerte par la Biennale tirant évidemment la couverture.

Toutes ces questions ont trouvé leurs réponses. Pour le reste, cela est devenu plus évident. Une touche de street art et d’art populaire, pour coller à cette vision de l’art contemporain qui nous tient tant à cœur, un tour d’horizon des évènements qui ont pu secouer le monde de l’art, faire rire, choquer ou émouvoir.

Dans tout ce questionnement, cher lecteur, nous vous avons laissé une part de doute. Histoire de partager avec vous, le tourment du doute. Bonne lecture, Raïda HAMADI

Sommaire

Raïda HAMADI

Rédactrice en chef, Graphiste, Rédactrice, Responsable Rubrique «Street»

Barbara PELMARD Sara CHERROUDA Rédactrice, Photographe, Responsable rubrique «Zoom»

Rédactrice, Secrétaire de rédaction

Agendas En bref Dossier Xi L’art résonne dans la nuit tom wood «Men and women» Les Biennales: «the places to be» un art à comprendre En image Zoom Gala chiken & Gala Koops Lynette Yiadom-Boakye Street Low Brow K-nar

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AGENDAS

-Du 15/09/2011 au 5/02/2012

Coup d'éclat

-Du 24/11/2011 au 31/12/2011

Christian Lhopital au Cube Blanc

Espace d'exposition inédit, un cube de 6 x 6 m, posé dans le quartier Sablon-Berthaudière de Décines. Ouvert du mercredi au vendredi, de 14h à 19 h Le samedi de 11 h à 18 h.

- Du 24/02/2012 au 15/07/2012

Cette exposition porte un regard sur la scène artistique contemporaine d'Amérique du Sud, mettant particulièrement en lumière l'Argentine, en résonance avec la Biennale de Lyon.

GREATEST HITS De Robert Combas

-Du 10/11/2011 au 31/12/2011

Musée du 21è siècle De Yona Friedman.

Première grande rétrospective consacrée à Robert Combas, qui affirme « MA PEINTURE C’EST DU ROCK », l’exposition Greatest Hits présente plus de 300 oeuvres, des années 70 à aujourd’hui, accompagnées à la guitare, basse et batterie par une bande son puisée dans l’immense discothèque de l’artiste et par Siège du Grand Lyon, Cité administrative 20 rue des interventions live totalement inédites. du Lac, Lyon 3e, du 10 novembre au 31 décem- Une exposition « Rock on the wide size/wild side bre 2011 » sur 3000 m2 et 3 niveaux, avec la présence quotidienne pendant 2 mois de Robert Combas, qui installe au musée un atelier/studio d’enregistrement où il crée en direct peintures et clips azimutés.


EN BREF L'art, porteur d'histoire «L’art contemporain, c’est aussi de la merde» « Civilisation précolombiennes et Arts contemporains » est le thème cette année de la huitième édition de la biennale des arts contemporains du Marin en Martinique. Une initiative proposée par la ville pour sensibiliser les plus jeunes à l'art et plus particulièrement aux arts premiers. A cette occasion, du 8 au 27 novembre, plusieurs artistes colombiens, cubains et canadiens ont été invités afin d'exposer leurs œuvres.

Ai WeiWei (presque) mort

Pour rendre hommage aux efforts d’Ai Weiwei pour dénoncer la censure et la corruption chinoise, l’artiste He Xiangyu réalise une sculpture sur mesure à son effigie. La sculpture porte le nom de La Mort de Marat, en référence au révolutionnaire français Jean-Paul Marat peint par Jacques-Louis David. Realisée avec de vrais cheveux, l’oeuvre, d’un réalisme déroutant, simule la mort du dissident chinois. Exposé pignonsur-rue dans la vitrine de la galerie de He Xiangyu en Allemagne, c’est sans surprise que l’oeuvre a causé la panique, et a pour le coup, réussi à faire parler d’elle. De nombreux passant ont même appelé la police pour leur signaler la présence du «corps». Dernièrement, Ai Weiwei a dénoncé la repression sexuelle en Chine en invitant plusieurs chinois à poser nus.

Depuis 12 ans, le Turnip Prize prend le contrepied du Turner Prize et récompense les oeuvres d’art la plus médiocre. Cette année l’oeuvre Muddy Water. De l’eau insalubre dans un bocal. Son auteur, Jim Drew déclare : «J'ai visé bas et bienheureusement, je suis arrivé plus bas que je n'aurais rêvé. Je suis étonné que ma médiocrité et mon indifférence m'aient mené jusque-là.» L’artiste repart heureux, un navet en guise de trophés et un chèque de £ 25 000 entre les mains.

LE MONOPOLE DE L’ART

Né sur la place de Wall Street, le mouvement d’occupation des hauts lieux économiques par les 99% (qui s'oppose au 1% qui détiennent pour une grande partie les richesses mondiale) s'est répendu dans l e monde occidental. Ce mouvement contestataire, à aspiration révolutionnaire, est soutenu par de nombreux artistes, célèbres ou anonymes. Des oeuvres ont d’ailleurs été exposé dans la «Gallery» à New York. Un lieu improvisé qui rassemble des oeuvres plus ou moins abouties, narrant le combat des 99% et renforcant la cohésion de ce groupe. On retrouve aussi des oeuvres à l’extérieur. L’artiste K-Gray incarnera l’essence du mouvement dans le «Carpet Bomb» : un paillasson qui indique «Greed you can bank on it». Shepard Fairey, auteur de la campagne HOPE pour le président Obama, réalisera des affiches invitant la population anglaise à rejoindre le mouvement. Banksy, quant à lui, offre à Londres une sculpture du fameux Rich Uncle Pennybag, pour l’occasion désargenté (ci dessous). A Miami, l’expression artistique se fait morbide, avec la représentation d’un banquier pendu accompagné de cette indication : « Donnez assez de corde à un banquier, et il se pendra. »

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XI DOSSIER

UNE BIENNALE?

La biennale a 20 ans. L’âge où épargné par l’aigreur d’avoir encore trop vécu, la vie semble pleine de possibilité, d’optimiste, d’insouciante, de merveille. L’âge où désarmé de ne pas avoir assez vécu, on peut être assailli par le doute et la terreur. C’est une croisée des chemins entre frayeur et fascination, entre terreur et beauté. « Une terrible beauté est née » c’est le vers extrait d’un poème de Yeats qui sera le titre de la 11ème édition de la Biennale, reflétant par une heureuse coïncidence cette dichotomie. Victoria Noorthoorn artiste argentine commissaire de la Biennale, explique : « Il est évident que Yeats doute. Le poème trou-

blant, navigue entre affirmation, questionnement et négation. Il est fondamentalement en guerre contre lui-même. Ainsi le titre de la Biennale a toujours été plus un outil méthodique, qu’un thème en soi. ». Cet outil, ce sont 78 artistes venus de par le monde qui vont l’exploiter. Pour exprimer leur vision de la société présente et future, ces artistes disposent d’un espace de 13 000m² réparti sur quatre lieux. Les habituels Musée d’Art Contemporain de Lyon, Sucrière et Fondation Bullukian et, nouveauté, l’usine désaffectée T.A.S.E. de Vaulx-en-Velin. Chaque artiste, avec plusieurs œuvres, explore cet oxymore comme il l’entend, comme il sait le faire. Installation, peinture, sculpture, vidéo, les supports changent, les messages diffèrent, tantôt optimiste, tantôt pessimiste, le parcours des lieux d’expositions échappent pourtant au chaos. D’un avis général, le public, ne s’attend à rien en arrivant, et ne repart pas déçu. Chacun y trouve son compte, une part de sa propre vision.

EN2009 Plus loin

La biennale, c’est aussi deux supports : Véduta et Résonnance. Véduta, c’est un lien entre le monde de l’art contemporain et le monde populaire. Cette année, le projet rassemble neuf villes de l’agglomération lyonnaise. A Vaulx-en-Velin, Lyon, Feyzin,

- 168 000 visiteurs - Une augmentation de 15% des visiteurs - 12 400m² d’exposition - 52 artistes - 225 oeuvres

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St-Priest, D Miribel-Jona en exposant peau d’un réalisateur o blic qui a pu nance, c’est termes du di « Jamais une incroyable di grotesque, uto corps, débat, morphe des i C’est pourqu ment est à so sonances, o différents lie gion Rhôneteurs, de professionne

L’enjeu

La Biennale grande Bienn dre un tel ray nale de Lyo public nouv composé d’h La Biennale et de faire ve prétendre à


Décines-Charpieu, Villeurbanne, age, Bron et Meyzieu, que ce soit t un objet, en se mettant dans le commissaire d’exposition, d’un ou d’un auteur, c’est un large puu faire l’expérience de l’art. Résot un manque comblé. Selon les irecteur artistique de la Biennale : e biennale ne pourra rapporter cette iversité : humour, drame, tragique, opie, engagement, imagination, son, technologie… L’art est le plus polyinstruments au service du citoyen. oi Résonance existe. » L’évènemeon apogée, lors de la nuit des Réù le feu des projecteurs éclaire eux culturels de Lyon et de la Ré-Alpes. Le but ? Attirer les visipotentiels acheteurs et des els.

de Lyon tente de concurrencer la nale de Venise. Sans encore atteinyonnement international, la Bienon s’assure à chaque édition, un veau et fidèle, majoritairement habitants de Lyon et de sa région. devra tenter d’attirer les touristes enir de loin, pour pouvoir un jour concurrencer son aîné italien.

DOSSIER

L

L’art résonne dans la nuit

a biennale de Lyon a revêtu un aspect particulier le jeudi 24 novembre puisque les organisateurs ontmis en place la « Nuit Résonnance ». Un concept ayant pour but de mettre en avant l’art contemporain, durant toute une nuit et dans des lieux différents. Selon Thierry Raspail, le directeur artistique de la biennale, « L’art est le plus polymorphe des instruments au service du citoyen. C’est pourquoi Résonance existe » ce concept englobe des manifestations, des concerts, des spectacles dans toute la région Rhône-Alpes. Il doit pouvoir rendre compte de la diversité artistique que compte la région. D’après Nicolas Garait c’est « un coup de projecteur sur un certain nombre d’initiatives et de projets par des collectifs d’artistes, des galeries privées et des institutions publiques agréés par la Biennale.» C’est grâce à Résonnance que la diversité est rendue plus visible. Il précise que cet événement ne se limite pas à l’art contemporain et s’intéresse au théâtre, à la musique et aussi à la danse. 40 lieux, de la place des terreaux au plateau de la Croix-Rousse ont été aménagés. A Croix Paquet, les galeries d’art ont ouvert leurs portes. Le long de la rue, des ballons lumineux annoncent l’évènement. Très vite on entre dans le mouvement, on entre, on sort des galeries, on discute de ce que l’on vient de voir et

on se questionne. Des groupes de visiteurs sont disparates, certains restent sur les trottoirs un grog dans une main, une cigarette dans l’autre. D’autres se baladent de galerie en galerie et débattent sur ce qu’ils y ont vu. C’est «Bleu du Ciel» qui a attiré le plus d’attention, première galerie sur la pente de Croix-Paquet et original. Tom Woods a proposé une exposition photo sur les années Thatcher (soit dès 1975 puis de 1979 à 1990 à celle du pays) en représentant les luttes des classes postindustrielles. Pierre-Jean, employé dans une artothèque a été subjugué par la qualité des photos de cette exposition. Il n’est pas « déçu par le concept Résonance » car il « n’attendait rien de cette biennale, [il] est venu sans attendre un ressenti particulier ». Quant à Marie, 28 ans, c’est la première fois qu’elle participe à cette « Nuit » et il faut dire qu’elle « est très curieuse, [elle] espère que cette initiative éveille en elle une envie de voir toujours plus d’art contemporain. » Le pari est réussi, les organisateurs ont pu intéresser les lyonnais à l’art contemporain sous différentes formes. L’art interpelle, fait parler, intéresse et questionne. La biennale et son succès ne sont pas présents sans raison, une légitimité s’est créée et elle a résonné dans la nuit. S.C

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DOSSIER

TOM WOOD

Tom Wood, photographie les gens de tout les jours. Ceux qui l’entourent au quotidien. Des étrangers, des amis, de la famille, dont le style de vie est encré dans un lieux, dans une époque. Pour la série «Men and Women», le photographe irlandais passe d’une décennie à l’autre (80 et 90) en gardant le dénominateur commun qu’est Liverpool, sa ville d’adoption. L’ambiance populaire de cette ville ouvrière, l’élègance aristocratique du 3ème âge anglais, les poses sexy des girls next doors, la jeunesse crapuleuse , tout y passe.

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LES BIENNALES: «THE PLACE TO BE»

A quoi sert une biennale d’art contemporain ? A présenter de nouvelles œuvres et de nouveaux artistes ? A dresser un état des lieux de la création ? A booster la popularité d’une ville ? Une biennale est tout cela à la fois et bien plus encore.

Les biennales se distinguent aujourd’hui, par quatre rôles fondamentaux ; elles ont en premier lieu, un rôle artistique : le principal but des biennales est l’exposition d’œuvres d’artistes plus ou moins connus et de les inviter afin qu’ils puissent produire des œuvres inédites ou non.

Elles ont également un rôle social pour les créateurs : on y échange,

DOSSIER

bien la visibilité. Par ailleurs, le marché de l’art s’alimente de cette avalanche de biennales et en tire un certain profit économique. L’art devient, en quelque sorte, marchand. Toujours à Lyon, en 2009, la biennale a rapporté à la Mais elles ont aussi et surtout un ville un peu plus d’un million rôle politique. Elles servent avant d’euros. tout à faire connaître et exister une ville sur la scène mondiale. C’est l’une des raisons pour lesquelles on recense de nombreuses biennales dans le monde entier. Istanbul, Venise ou encore Lyon en jouent bien et les retombées touristiques ne sont pas à négliger. A Lyon, la biennale a attiré pas moins de 168 000 visiteurs en 2009. Mais l'essentiel reste bel et on y rencontre et on y prend contact. L’important est de s’insérer dans le milieu, de se faire une place dans cette immense sphère de l’art, d’être vu et d’y rester le plus longtemps possible.

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DOSSIER

UN ART À COMPRENDRE

L

d’après. L’œuvre contemporaine doit être unique. Elle doit pouvoir susciter des réactions chez l’amateur d’art. De plus c’est une façon de faire passer un message, comme l’a fait une photographe iranienne. Shadi Ghadirian fait de l’humour avec l’art. Dans sa série « Like everyday » elle superpose des ustensiles ménagers (un balai, un fer à repasser, une casserole) aux visages de femmes en tchador (voile, ie. photo). Entre portrait et nature morte, ces photographies déclinent le thème universel de la femme objet. Dans un autre genre, l’artiste Jeff Koons avait créé une polémique pour avoir exposé des œuvres au château de Versailles. Incomprises, elles ont C’est une partie de l’histoire artis- suscité l’énervement des royatique qui marque une coupure listes nostalgiques du classicisme. avec l’art moderne. Et en France l’adjectif «  contemporain  » dé- Ces événements nous montrent signe l’art des années 60 et qu’un art qui semble être irréflé’art contemporain est littéralement défini par l’art qui se fait à notre époque. Un art qui est arrivé après les différentes influences des siècles passés. Un art qui se veut nouveau et en constante évolution. Un art qui, puisqu’il évolue avec le temps, ne devrait pas connaître de limite. Il n’exclut rien, tout est bon à prendre pour en faire une œuvre et tout le monde peut donner son avis. Il n’y a pas avec ce type d’art une seule représentation possible et voulue. Les connaisseurs comme les novices peuvent avoir une idée tranchée de ce que l’artiste a voulu faire passer comme message.

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chi, fait avant tout part des émotions de l’artiste. Quant au visiteur, il doit pouvoir faire sa propre interprétation de l’œuvre. D’après les artistes contemporains, elle doit parler à la personne lorsqu’elle est face à celle-ci. Aucune interprétation explicite n’est donnée au préalable. Le visiteur a le droit uniquement à une explication basique de l’œuvre  : ce que l’on voit, les matériaux utilisés, la durée de création mais pas l’interprétation qu’il souhaite attendre d’autrui. Habitués aux précédentes vagues, il est parfois difficile d’intégrer une vision de l’art qui n’a aucune école. Il n’y a pas de notice d’emploi, l’on y adhère ou l’on passe à autre chose.


EN IMAGE Retour en image sur les différentes oeuvres de la biennale d’art contemporain de Lyon édition 2011


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De gauche à droite, de haut en bas: The Re-education Machine, Eva Kotàtkova (MAC) - The Ultimate Reality, Diego Bianchi (MAC) - Série de dessins, Marina de Caro (MAC) - L’humanité, Fernando Bryce (MAC) - La Bruja 1, Cildo Meireles (MAC)

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De gauche à droite, de haut en bas: Stronghold, Robert Susmirowski (Sucrière) - Quelque chose en moins, quelque chose en plus, Pierre Bismuth (Sucrière) The Nun of Bruges, Guillaume Bijl (Sucrière) - Série d’objets, Stano Filko (Sucrière) - Idem - Homme graine ou le mythe du possible, Marina de Caro (Sucrière)

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ZOOM

GALA CHICKEN & GALA COOP - LAURA LIMA (POULET DE GALA ET ENCLOS DE GALA)

I

nscrite au patrimoine industriel, l’Usine T.A.S.E accueille pour la première fois la Biennale de Lyon. Cette ancienne fabrique de soie à l’architecture particulière est une œuvre d’art contemporaine en soi : en bonne usine désaffectée, elle est entourée de tags, de gravas et vitres brisées.

de poules affublées de plumes multicolores qui déambulent dans un gigantesque poulailler de bois. Une œuvre aux allures festives digne d’un carnaval, création de Laura Lima, artiste brésilienne. Les animaux timides et chétifs, ses « gala chicken » comme elle les surnomme, se transforment l’espace d’un Au premier étage, on y temps, en de majesretrouve une quarantaine tueux personnages

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flam boyants. « J’aime travailler avec des êtres vivants car cela représente un défi à mes yeux. On ne peut pas contrôler leur image et c’est ce que je trouve intéressant»

«

confesse l’artiste. R é a l i sée à plusieurs reprises depuis 2004, l’œuvre est une métaphore de l’ordre social et des normes q u ’ i l impos e .

Lieve - Artiste Belge

L’œuvre est superficielle, c’est curieux, on ne comprend pas trop où l’artiste veut en venir. Mais il suscite tout de même de l’intérêt et en cela on peut dire que l’œuvre est réussie. J’ai, par contre, apprécié le reste de la Biennale. Je reviendrais.»


ZOOM

C

Lynette Yiadom-Boakye

ette artiste d’origine ghanéenne est basée à Londres en Angleterre. Elle est une habituée des expositions internationales comme dans les villes de New York, Séville et Gwangju (Corée du Sud). C’est à la Biennale de Lyon qu’on la découvre. Ces grandes peintures attirent notre attention. Elles r e p r é s e n t e n t des personnages, dans des décors vagues (à la plage, en pleine discussion, pausant en pied sur fond neutre).

« Séries d’œuvres » à la Sucrière

Elles donnent l’impression d’être rapidement peintes et les contours non finis laissent le spectateur face à une vision trouble. Il est alors dans le doute et se demande si ces scènes sont réelles ou non. La particularité de ces œuvres réside dans le fait que l’artiste utilise des règles classiques. Les personnages représentent clairement une critique artistique du monde social et de la dimension postcoloniale. Lynette Yiadom Boakye représente des individus à la peau noire de manière à interpellé.

Elle se pose la question de savoir comme représenter un individu de peau foncé sur une peinture. Pour cela elle utilise des techniques telles que les fonds colorés ou le clairobscur. En définitive, L y n e t t e Yiadom Boakye nous donne une histoire à inventer, face à ses œuvres grandeurs natures.

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street

A

A LA DÉCOUVERTE DU

low brow

l’Hôtel de Région dans le tout jeune quartier la Confluence, se trouve un court labyrinthe. Là, entre autres bizarreries, Bender (de la série Futurama) se tatoue, un gigantesque loup ailé sème la panique dans la nuit et Donald et Mickey prient Jusqu’au 31 décembre l’exposition des Enfants Terribles accueille 11 artistes venus des quatre coins du monde. De grands noms du mouvement Pop Surréaliste, le Low Brow.

Le Low Brow, est né dans les années 70 en Californie. On le traduira littéralement par front bas. Une image qui signifiera la volonté de se détacher des Beaux-Art élitistes, classiques ou contemporains. Les œuvres reprennent les codes du cartoon et de la culture de grande consommation, devenant ainsi accessibles et grands publics. Sans discrimination, sans prétention, l’œuvre offre toujours une vision. Parfois cynique, ou grotesque, le low 18

brow fait toujours preuve d’humour. C’est l’exemple du français Odö et de l’argentin Victor Castillo, qui reprennent dans leurs tableaux l’univers populaires des cartoons. Quand le premier s’approprie les personnages de Bender, Mickey et Donald dans un graphisme proche du tat oua g e , le second rest e f idèl e au code de s Te x Ave ry en y ap p ort ant t out son cy nisme .

L’exposition se poursuit avec Caïa Koopman et ses toiles oniriques fortes en symbole, Todd Schorr, qui combinera le dessin animé à l a t e c h n i q u e p i c t u rale des grands m a î t r e s de l a R e n a i s s a n c e o u e n core l’illustrateur Robert Crumb, f i g u r e d e p r o u e d e l’under-

De gauche à droite: The Judge - Naoto Hattori (2011), Freaky Style – Victor Castillo (2011), Futility in the Face of a Hostile World - Todd Schorr (2003)

ground comix, au trait, au cynisme et à la satire inimitable.

En s’appropriant des icônes du monde moderne, le Low Brow est fort d’un pouvoir de narration, de m i s e e n scène, qui facilite la compréhension du message, une conception de la société. L’humour, le sarcasme et l’espièglerie, sont les signatures du Lowbrow. Riche en symbole populaire, le message envoyé par ses oeuvres est sans équivoque, subversif, fort et efficace, et utilise d e s s u p ports et des techniques aussi diverses q u e la peinture, le mixed media, la sculpture ou le jouet.


Crédit: Ride The World

street

D

e tous les graphs du périphérique de Lyon, les seuls épargnés par le grand nettoyage sont les siens. Son nom : K-nar. Signe particulier : il égaye la ville depuis déjà plus de 20 ans avec des dessins colorés, d’oiseau au graphisme simplissime. Un oiseau que vous, lyonnais, avez dû voir au moins une fois, lors d’un périple au centre-ville, ou par la fenêtre d’un train.

K-nar raconte son histoire, son parcours : « Dès mes débuts j’ai compris que le périph’ me permettrait d’être vu par le plus de gens possible. A l’époque on n’avait pas internet pour diffuser nos œuvres, alors à Lyon le spot qui offrait le plus de visibilité c’était le périphérique et d’ailleurs je pense que c’est toujours le cas. Aujourd’hui, quand je rencontre des gens, le périphérique est souvent la

k-nar

première chose dont ils me parlent. Et puis au fil du temps c’est devenu une histoire d’amour entre le périph’ et moi. J’en ai fait ma cour de récréation. Malgré le fait que ce soit super dangereux j’ai appris à l’apprivoiser, j’ai trouvé les bons spots ou ceux à éviter, j’ai appris à peindre au rythme des vas et vient de la DDE (ndlr : Direction Départementale de l’Equipement). » Pendant 20 ans, l’artiste s’est rapproché du centre de la ville, variant les techniques et renforçant sa notoriété : « J’ai commencé à faire pas mal d’affiches en sérigraphie, des stickers, des expos sauvages où le public pouvait repartir avec les œuvres, ce genre de trucs. J’ai aussi fait un gros travail de détournement de mobilier urbain comme les Vélov’, les collecteurs de bouteilles en verre ou les panneaux signalétiques. Les gens se sont rendu compte que 20 ans après mes débuts j’étais toujours là et que j’évoluais dans mon travail. »

Et voilà où toutes ces évolutions et tout ce travail l’ont mené. C’est d’abord une première exposition dans la galerie Bleues et Originaux (dont il a peint la devanture) durant l’été 2010. La création d’une marque de tee-shirt pour enfants, Birdy Kids « C’est plus amusant. Les enfants se posent moins de questions que les adultes, ils ont moins d’aprioris. Si le tee shirt leur plait alors ils le portent et c’est tout. Ils ne se posent pas de question sur la légitimité ou le background de l’artiste. Ils portent juste une fringue cool et colorée. » Depuis récemment, il se lance aussi dans l’art toys, ajoutant balançoire et totem à son arsenal de produit dérivé. K-nar voit aujourd’hui toujours plus loin et qui sait ce qui l’arrêtera.

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L'Arty