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Octobre 2011

L’AQUITAINE

TERRE D’EXCELLENCE SCIENTIFIQUE

Supplément

Ne peut être vendu séparément


Le cahier 2 de « La Recherche » ne peut être vendu séparément du cahier 1 (LR N°456). Le cahier 2 du maJa]ineb« La Recherche »b a été élaboré avec le concours de la Région Aquitaine et de l’Union européenne (Fonds européen de développement régional). SOPHIA PUBLICATIONS 74, avenue du Maine - 75014 Paris Tél. : 01 44 10 10 10 e-mail rédaction : courrier@larecherche.fr Pour joindre directement par téléphone un membre de la rédaction, composez le 01 44 10, suivi des quatre chiƵres placés après son nom. Directrice de la rédaction : Aline Richard Rédacteur en chef du cahier 2 : Franck Barnu Conception et réalisation du cahier 2 : A noir, (01 48 06 22 22) Secrétaire de rédaction du cahier 2 : Sophie Jarreau-Demange Fabrication : Christophe Perrusson (13 78) Directrice commerciale publicité et hors médiab: Caroline Nourr\ (13 6) Directeur administratif et ƶnancierb: Dounia Ammor (13 73) Responsable gestion des abonnésb: Isabelle Parez « La Recherche » est publiée par Sophia Publications, ƶliale de Financière Tallandier Président-directeur général et Directeur de la publication : Philippe Clerget Conseiller de la directionb: Jean-Michel Ghidaglia Crédits photographiques. Une : CEA/Philippe Labéguerie, Guillaume Bonnaud, Alban Gilbert, Fluofarma, Airbus SAS P. 4-5 : Alban Gilbert - P. 6 : Conseil régional d’Aquitaine - P. 7 : Alban Gilbert P. 8 : IECB, D.R. - P.  : Francois Guenet, Fotolia/nfrPictures, Fluofarma - P. 10 : Alphanov/Alban Gilbert - P. 11 : Région Aquitaine - P.b12bCEA/Philippe Labéguerie P.b13 : Christian Fleur\, Région Aquitaine, CEA/Philippe Labéguerie - P. 14 : Alban Gilbert - P. 16 : Fotolia/Christophe Morgado, Compositadour - P. 17 : Chaire Akerma/ Région Aquitaine, Alban Gilbert P. 18 : Guillaume Bonnaud - P. 20 : Epictura P. 21 : Benoit Alain/Burdin - P. 22 : Alban Gilbert - P. 23 : Alban Gilbert, Romain Cintract P.b24b: Airbus SAS - P. 25 : Paul Fudal/Inria FloZers - P. 26 : Fl\-n-Sense, Photosani/Fotolia.com Les titres, les intertitres, les textes de présentation et les légendes sont établis par la rédaction. La loi du 11 mars 157 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur, ou de ses a\ants droit ou a\ants cause, est illicite (article L.122-4 du Code de propriété intellectuelle). Toute copie doit avoir l’accord du Centre français du droit de copie (CFC, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris. Tél. : 01 44 07 47 70. Fax : 01 46 34 67 1). L’éditeur s’autorise à refuser toute insertion qui semblerait contraire aux intérêts moraux ou matériels de la publication. Cahier 2 de « La Recherche » - Commission paritaire : 00 .85863 ISSN 002-5671 Imprimerie Canale, Via Liguria 24, 10071 Borgaro, Torino (Italie). Dépôt légal à parution. © 2011 SOPHIA PUBLICATIONS. IMPRIMÉ EN ITALIE. PRINTED IN ITALY

SOMMAIRE

Interview Alain Rousset, Président de la Région Aquitaine « On ne peut se contenter des cadeaux du ciel… » . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Santé La recherche de haut niveau porte ses fruits . Bordeaux, capitale des neurosciences . . . . . L’IECB conjugue chimie et biologie. . . . . . . « Un institut pour prévenir la mort subite » . . Une super « boîte à outils ». . . . . . . . . . . . L’industrie pharmaceutique lui dit merci . . .

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Le laser brilleb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L’optique se focalise sur le Centre . . . . . . . . . . . . . . Laser Mégajoulebet Petalb: un équipement hors normes . Route des lasersb: un formidable vivier d’entreprises . . .

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En pointe sur les matériaux… de pointe . . . . . . . . . . . . . . Canoe met les matériaux « nanos » à portée des entreprises . Le LCTS et les composites d’exception . . . . . . . . . . . . . . Compositadour robotise les composites . . . . . . . . . . . . . Deux « grappes » vertes mûrissent en Aquitaine. . . . . . . . . Des pol\mères d’excellence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Optique

Chimie et matériaux

Sciences humaines et sociales De l’archéologie à… l’innovation. . . . . . . . . . . . . . . Les sciences archéologiques se rassemblent . . . . . . La recherche sur « les Afriques » étend son périmètre . Le Gretha se penche sur l’innovation . . . . . . . . . . .

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Ressources naturelles Recherche d’excellence pour ressources d’exception L’œnologie au plus haut niveau . . . . . . . . . . . . . . Epoc examine le littoral à la loupe . . . . . . . . . . . . ;\lofutur : un pôle de compétitivité pour le bois . . . .

STIC Santé et s\stèmes embarqués en vedette Les trois mousquetaires des TIC . . . . . . Les drones aquitains volent en essaim . . Un cluster pour les TIC en santé . . . . . .

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Interview

ALAIN ROUSSET PRÉSIDENT DE LA RÉGION AQUITAINE

On ne peut se contenter des cadeaux du ciel… > Alain Rousset explique ses motivations, en tant que président de la région Aquitaine, à mettre en œuvre, depuis plus de dix ans, une politique volontariste en matière de recherche.

Vous êtes aujourd’hui la région française qui consacre la part la plus importante de son budget à la recherche. À quand remonte cette politique volontariste ? Alain Rousset. Nous consacrons, en effet, chaque année plus de 10 % du budget régional à la recherche, à l’enseignement supérieur et au transfert de technologie, soit plus de 130 millions d’euros en 2011. La montée en puissance s’est faite progressivement depuis 1998. La première initiative majeure a été la création de l’Institut européen de chimie et de biologie, qui accueille aujourd’hui des équipes de haut niveau venues du monde entier. Nous avons, depuis, soutenu la création de plusieurs instituts et centres de recherche, favorisé des regroupements de laboratoires, mis en place des structures de transfert… Nous avons été en cela bien aidés par le Fonds européen de développement régional [Feder], qui a participé aux financements lourds consentis dans ces opérations. Nous ne relâcherons pas notre effort. Je crois à la vertu de la persévérance dans le domaine de l’action publique. Elle est essentielle en matière de recherche où les initiatives ponctuelles n’ont aucune efficacité. Elles doivent s’inscrire dans la durée.

Qu’est-ce qui a motivé cette politique ? A. R. L’Aquitaine disposait d’atouts historiques : la vigne, la forêt, le littoral et une puissante industrie militaire implantée, pour des raisons historiques, loin des frontières avec l’Allemagne. Cela ne suffit plus. On ne peut 4 - N° 456/OCTOBRE 2011/LA RECHERCHE - RÉGION AQUITAINE

plus se contenter de ces « cadeaux du ciel ». Une anecdote. Juste avant mon élection au Conseil régional, en 1998, j’ai rencontré des viticulteurs. Ils m’ont alerté sur le fait que la recherche œnologique était en train de partir vers Montpellier. Cela a justifié la création par la Région de l’Institut des sciences de la vigne et du vin [ISVV], qui porte très haut les couleurs de la région. Aujourd’hui, il faut viser l’excellence. C’est ce que nous faisons dans des domaines bien identifiés. Ceux, traditionnels, qui font de longue date la force de l’Aquitaine et, surtout, les secteurs d’avenir, nouveaux pour nous, comme le sont le laser, la santé ou, plus récemment, les drones. Nous menons donc une politique « systémique » en matière de recherche, d’enseignement et de transfert. Elle permettra d’ancrer les grandes entreprises en Aquitaine, d’aider au développement des PME et de donner naissance à de nouvelles entreprises. De telles start-up sont déjà très nombreuses, dans le domaine du laser et de la santé notamment. Le développement régional est à ce prix.

Quelles sont vos relations avec l’industrie ? A. R. Nous avons la chance de posséder de nombreuses grandes entreprises telles que Thales, Snecma Propulsion Solide [groupe Safran], Turbomeca, Arkema… Nous avons mis en place avec elles une collaboration de type « gagnant-gagnant ». La Région les aide significativement à stimuler leur R & D grâce à ses laboratoires d’excellence. En retour,


Interview

C’est votre solution pour bâtir un tissu d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) en Aquitaine ? A. R. Ces entreprises de quelques milliers de salariés, qui sont l’une des grandes forces de l’Allemagne, font cruellement défaut en France. Nos initiatives en matière de transfert de technologie ont clairement pour but d’aider les PME à croître et à atteindre cette taille critique. Malheureusement, cela ne suffit pas. Il existe bien d’autres raisons – le manque de fonds propres, notamment – qui freinent ce développement et sur lesquelles nous n’avons pas prise…

Après plus de dix années d’effort pour développer la recherche en Aquitaine, qu’est-ce qui vous réjouit le plus aujourd’hui ? A. R. Incontestablement, je suis très heureux que, dans le cadre des Investissements d’avenir, la quasi-totalité des laboratoires et équipements d’excellence retenus dans la région sont ceux que le Conseil régional a fortement accompagnés. L’IEED [Institut d’excellence énergies décarbonées] devrait rejoindre la liste des lauréats. Mon autre source de satisfaction est d’avoir mené à bien le décloisonnement entre la recherche et l’industrie. Enfin, je constate qu’il y a désormais dans la région un réel dynamisme en matière de recherche. Elle est sortie de sa torpeur. Elle ne se contente plus d’exploiter les « cadeaux du ciel » mentionnés plus haut et s’est positionnée sur des domaines d’avenir.

elles s’engagent à faire appel à la recherche publique et, surtout, à participer au transfert de technologie à destination des PME locales. Par exemple, parmi les tutelles du Laboratoire des composites thermostructuraux figure Snecma Propulsion Solide. L’entreprise s’implique activement dans l’action collective que nous avons mise en place pour transmettre aux PME les connaissances acquises sur ces composites haut de gamme à destination de l’aéronautique. Un tel partage des connaissances aidera ces entreprises à maîtriser des technologies de pointe et à se positionner non plus comme de simples sous-traitants, mais comme de réels cotraitants.

g Alain Rousset est également président de l’Association des régions de France depuis 2004 et, depuis 1989, président de la Cité scientifique et technologique de Pessac BordeauxUnitec, qu’il a cocréée en 1989.

Et qu’est-ce qui vous fait grincer des dents ? A. R. La politique d’Investissements d’avenir lancée par l’État est une bonne chose. Nous en avons d’ailleurs récolté les fruits. Toutefois, je déplore que, dans ce cadre, les appels à projets soient menés sans concertation avec les régions. L’État ne peut se contenter de mettre en concurrence les laboratoires des régions les uns avec les autres. Je pense qu’il devrait avoir une vision plus stratégique et fonder ces appels à projets sur une réelle politique industrielle qui reste encore à définir. Sinon, bien sûr, je regarde avec envie les länder allemands, voire les régions espagnoles, qui ont une force de frappe incomparable avec la nôtre… p RÉGION AQUITAINE - LA RECHERCHE/OCTOBRE 2011/N° 456 - 5


Santé

LA RECHERCHE DE HAUT NIVEAU PORTE SES FRUITS

Visualisation au microscope. La recherche en cardiologie et neurosciences se distingue en Aquitaine.

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Santé

Bordeaux, capitale des neurosciences > L’ambitieux « projet

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e longue date, les neurosciences constituent un pôle d’excellence en Aquitaine. L’idée du projet Neurocampus est de s’appuyer sur ce savoir-faire pour franchir une étape supplémentaire et faire de Bordeaux l’une des capitales mondiales de la recherche et de son transfert dans ce domaine », explique Pier Vincenzo Piazza. Directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), il est le coordinateur de cet ambitieux projet initié par le Conseil régional avec l’université de Bordeaux-Segalen. Lorsque le projet aura été mené à son terme, fin 2013, Neurocampus comptera plus de 15 000 mètres carrés de bâtiments abritant trois grands instituts. Ils couvriront l’intégralité de la recherche en neurosciences, depuis la recherche fondamentale en physique-chimie jusqu’au lit du malade, en passant par les recherches spécifiques sur la pathologie des maladies du cerveau. Surtout, ce formidable outil de recherche a vocation à attirer à Bordeaux les meilleurs chercheurs nationaux et internationaux. Pas moins du tiers des 70 millions d’euros consacrés à ce projet est en effet dédié à l’accompagnement des chercheurs et de leurs équipes. « À terme, nous pensons que Neurocampus abritera quelque 500 à 600 chercheurs de haut niveau », explique Pier Vincenzo Piazza. De quoi trouver des nouveaux traitements aux grandes maladies comme les maladies d’Alzheimer, de Parkinson, la sclérose en plaques, la dépression, les accidents vasculaires cérébraux…

Trois composantes pour une unité Le Neurocentre Magendie, dont Pier Vincenzo Piazza est également directeur, est l’une des trois composantes du futur Neurocampus. Entièrement voué à l’étude de la physiologie et de la physiopathologie pour comprendre les maladies du cerveau, ce centre de recherche de l’Inserm est né en 2007 de la réunion de différentes unités de recherche de cette institution. Il constitue, en quelque sorte, la préfiguration, le banc d’essai, du projet Neurocampus. Il a déjà fait la preuve qu’un tel institut de haut niveau possède un fort pouvoir d’attraction sur les chercheurs. Ses effectifs sont passés de 89 personnes en 2007 à plus de 160 aujourd’hui avec, notamment, des équipes recrutées hors de l’Hexagone. Le bâti-

Neurocampus placera la région au premier plan mondial pour la recherche sur le cerveau.

ment qui l’héberge est en cours de rénovation et d’extension. Il sera achevé fin 2012. D’ici à fin 2013, deux autres instituts seront, eux aussi, installés dans des locaux flambant neufs et compléteront le Neurocentre Magendie pour former le fameux Neurocampus. Le premier, émanation du CNRS et de l’université BordeauxSegalen, est le tout récent Institut interdisciplinaire en neurosciences (IINS), dirigé par Daniel Choquet, également coordonnateur du Labex Brain. Il a vu le jour en janvier 2011. Sa vocation est l’intégration de la physique, de la chimie et de la biologie au service de la neurobiologie.

Pôle d’attraction pour les entreprises Même timing pour l’Institut des maladies neurodégénératives (IMN), dernier pilier du Neurocampus et, lui aussi, affilié au CNRS et à l’université Bordeaux-Segalen. Dirigé par Erwan Bézard, directeur de recherche au CNRS, il a également vu le jour en janvier 2011. Il associe la recherche fondamentale, préclinique et clinique dans le cadre des maladies neurodégénératives avec, comme objectif, le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques en utilisant des approches verticales et translationnelles. Le volet translationnel du projet est physiquement adossé au CHU de Bordeaux afin d’optimiser le recrutement des patients dans des études cliniques. Motivation première de Neurocampus, l’excellence en matière de recherche n’est pas la seule BRAIN, LE BIEN NOMMÉ ambition de ce cluster. Il a aussi En complément au Neurocampus, le projet Brain (Bordeaux Région Aquitaine Initiative vocation à valoriser les résultats pour les Neurosciences) s’est vu attribuer, de recherche et à constituer un en mars dernier, le label de Laboratoire pôle d’attraction pour les entred’excellence (Labex). L’objectif prises, que ce soit par le dévelopde ce Labex est de mettre en place un pement d’entreprises existantes consortium multidisciplinaire de chercheurs ou la création de start-up. Il a de s’appuyant sur des scientifiques renommés afin de répondre aux défis les plus importants même un autre projet, en lien de la recherche en neurosciences. Brain, avec le Labex Brain (cf. encadré) : qui sera financé à hauteur de « plusieurs la création d’une école internacentaines de milliers d’euros par an » tionale de neurosciences pour la sur dix ans, s’appuiera sur l’expertise de formation continue, accessible ses équipes et partenaires, en particulier à des chercheurs et cliniciens les instituts de Neurocampus. spécialisés en neurosciences. p RÉGION AQUITAINE - LA RECHERCHE/OCTOBRE 2011/N° 456 - 7


Santé

« Un institut pour prévenir la mort subite »

Ce microscope électronique est l’un des nombreux équipements de l’IECB.

G Professeur Michel Haïssaguerre

L’IECB conjugue chimie et biologie

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eaucoup en parlent… L’Institut européen de chimie et de biologie (IECB) a fait de l’interdisciplinarité sa raison d’être. Il est tout entier voué à « mener des projets de recherche à l’interface de la chimie et de la biologie, essentiellement dans le domaine de la santé », explique Jean-Jacques Toulmé, son directeur. Cofinancé par la Région, le département de Gironde, la Communauté urbaine de Bordeaux et le Fonds européen de développement régional (Feder), l’institut, créé en 1998, a déjà une reconnaissance internationale. Il dispose en particulier d’une plate-forme technologique de pointe vouée à la biologie structurale. Elle est dotée d’un très riche équipement (RMN, spectrométrie de masse, microscopie électronique…) qui lui permet de travailler sur des représentations tridimensionnelles de molécules d’intérêt biomédical. Elle est, depuis 2008, intégrée au Centre de génomique fonctionnelle de Bordeaux (page 9).

$SSHOVGšRƵUHVSRXUFKHUFKHXUV L’IECB, placé sous la tutelle du CNRS, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’université de Bordeaux, possède une grande originalité. Via son conseil scientifique, il recrute chaque année, par appel d’offres, des chercheurs de haut niveau venus de tous horizons. Les heureux élus – un à deux par an – se voient alors confier l’entière responsabilité de leur projet, pour une durée de six à dix ans. Six équipes ont déjà mené leurs projets à terme. Mais ces chercheurs, perdus par l’IECB, ne l’ont pas été pour la région. Tous travaillent désormais au sein de différents laboratoires de recherche aquitains… p 8 - N° 456/OCTOBRE 2011/LA RECHERCHE - RÉGION AQUITAINE

« Dédié à la rythmologie et à la modélisation cardiaque, l’Institut s’eƵorcera de mettre au point des traitements préventifs pour lutter contre les eƵets néfastes de la ƶbrillation. »

râce à Michel Haïssaguerre, on sait désormais ce qui provoque chez l’adulte la mort subite qui, rappelle-t-il, « cause 350 000 morts par an en Europe, soit autant que la mortalité cumulée des cancers du sein, du poumon et du colon ». Il a identifié les cellules responsables de la fibrillation ventriculaire à l’origine de ce dérèglement mortel. Avec son équipe, le professeur à l’université Bordeaux-Segalen et directeur du département des arythmies cardiaques du CHU de Bordeaux a également identifié les cellules responsables de la fibrillation auriculaire (oreillettes), cause indirecte de nombreux accidents vasculaires cérébraux. Dans les deux cas, la fibrillation produit une sorte d’orage électrique qui « affole » le rythme cardiaque. Ces travaux lui ont valu le prestigieux prix Louis-Jeantet en 2010 et une nomination à l’Académie des sciences. Aujourd’hui, une nouvelle aventure commence. « Dans le cadre des Investissements d’avenir, nous allons construire à Pessac, à proximité de la Plateforme technologique d’innovation biomédicale [PTIB] de l’hôpital Xavier-Arnozan, un institut hospitalo-universitaire dédié à la rythmologie et à la modélisation cardiaque [Liryc]. Son objectif : comprendre finement les processus moléculaires spécifiques à la fibrillation ventriculaire de façon à mettre au point des traitements préventifs. Dans le cas de la fibrillation auriculaire, qu’on sait traiter par l’ablation des cellules responsables, nous chercherons à mettre au point des médicaments pour remplacer le lourd et coûteux procédé actuel. » L’institut Liryc, que dirigera le professeur, sera unique au monde par le regroupement de compétences. « Nous travaillerons en électrophysiologie, avec des techniques très pointues comme l’optical mapping, sur l’imagerie cardiaque avec, notamment, une très puissante IRM, et sur la modélisation cardiaque et le traitement du signal. Et nous avons l’ambition d’attirer les meilleurs chercheurs mondiaux. Certains ont déjà manifesté leur intérêt… » p


Santé Fluofarma détermine les molécules qui ont le plus grand potentiel de devenir des médicaments.

Une super « boîte à outils »

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l fut un temps où chaque laboratoire travaillant dans les sciences du vivant pouvait se doter d’équipements nécessaires à ses recherches. Depuis le décryptage du génome, soit depuis le début du siècle, la donne a changé. Les analyses nécessitent une batterie d’équipements lourds – comprendre très coûteux – hors de portée de la plupart des laboratoires. Le Centre de génomique fonctionnelle de Bordeaux (CGF) apporte la réponse au problème. Il a regroupé progressivement, depuis 2002, l’ensemble des plates-formes technologiques fonctionnelles de la région. Aujourd’hui, il en compte six, hébergées pour la plupart dans un bâtiment de 3 000 mètres carrés, construit en 2006 sous la maîtrise d’ouvrage du Conseil régional. Il met ainsi à disposition des laboratoires de recherche, des CHU et des entreprises privées un impressionnant arsenal technologique – et les ingénieurs et techniciens capables de l’exploiter.

L’industrie pharmaceutique lui dit merci

'HV«FRQRPLHVGš«FKHOOHDY«U«HV Le CGF couvre l’intégralité des besoins d’analyses. Qu’il s’agisse de l’ADN et de l’ARN, du protéome (protéines), du métabolome (petites molécules), des macromolécules (polymères…), etc. Pas moins de 21 millions d’euros ont été investis en matériel depuis 2003. « Ce regroupement permet des économies d’échelle très significatives, qui permettent à leur tour d’investir dans de nouveaux matériels », souligne Dominique Rolin, directeur du centre. Tout ce qui peut s’imaginer comme outil s’y trouve. Deux d’entre eux sont particulièrement remarquables. Un système d’imagerie laser à double faisceaux, le premier installé en Europe, qui offre une résolution supérieure à la limite théorique. Et un ensemble complet d’outils, de la RMN à la spectroscopie de masse, pour l’étude du métabolome. p

Mise en place d’un échantillon dans le spectromètre du Centre de génomique fonctionnelle.

UN LABEX POUR L’IMAGERIE Le laboratoire d’excellence Trail, mené par l’université de Bordeaux, a pour objectif de faciliter la recherche interet multidisciplinaire en imagerie médicale, de la méthodologie jusqu’à l’application clinique. Il permettra de renforcer la recherche des équipes bordelaises en IRM et médecine nucléaire. En outre, il conduira à un regroupement sur un plateau technique unique des forces locales au sein d’un institut d’imagerie médicale.

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es grands de l’industrie pharmaceutique identifient en permanence des myriades de molécules susceptibles d’avoir un éventuel effet thérapeutique. Il y a énormément d’appelées et (très) peu d’élues. Comment faire le tri ? Comment éliminer le plus tôt possible celles qui n’ont aucun avenir et consacrer ses efforts aux plus prometteuses ? La question est cruciale pour l’industrie. La réponse se trouve chez Fluofarma, une start-up de Pessac issue des travaux de chercheurs aquitains. « Pier Vincenzo Piazza, François Ichas et Francesca de Giorgi, tous trois de l’Inserm, ont breveté un procédé original qui est à l’origine de l’entreprise fondée en 2003 », précise Jean-Baptiste Pin, directeur général de Fluofarma. La jeune pousse a mis au point des méthodes originales de criblage basées sur la biologie cellulaire et permettant de visualiser par fluorescence – d’où son nom – l’effet d’une molécule sur des cellules vivantes. Elle est ainsi capable de déterminer quelles sont les molécules les plus efficaces. Elle va plus loin encore, en étudiant les mécanismes d’action de ces molécules et même en déterminant leur toxicité. Fluofarma compte ainsi de grands laboratoires pharmaceutiques parmi ses clients : plus de quarante d’entre eux ont déjà fait appel à ses compétences. Ils lui confient soit des études spécifiques, réalisées alors au sein de Fluofarma, ou bien lui demandent de réaliser des développements à façon pour ensuite les intégrer dans leurs propres laboratoires. p

RÉGION AQUITAINE - LA RECHERCHE/OCTOBRE 2011/N° 456 - 9


Optique

LE LASER BRILLE !

Banc optique chez Alphanov. La région est un pôle de recherche mondialement reconnu sur les lasers de puissance.

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Optique

L’optique se focalise sur le Centre

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aire-part : le 1er janvier 2011, un nouveau laboratoire de recherche en optique est né en Aquitaine : le LP2N. Le Laboratoire photonique, numérique et nanosciences est une unité mixte de recherche entre l’Institut d’optique Graduate School (l’IOGS, autrement dit l’Institut d’optique de Palaiseau, Essonne), l’université Bordeaux-1 et le CNRS. Il est dirigé par Philippe Bouyer, directeur de recherche au CNRS. Ses activités sont centrées autour de la nanophotonique, de la biophotonique, des ondes de matière et du traitement de l’information. Le LP2N couvre ainsi un large champ de recherche, depuis le plus fondamental, comme l’étude des phénomènes optiques et quantiques à l’échelle microscopique, jusqu’à des projets à vocation de transfert vers l’industrie, comme l’instrumentation, en passant par la réalité virtuelle, la nanomicroscopie ou encore l’élaboration de nouveaux matériaux optiques ou quantiques. La naissance d’une telle structure est à marquer d’une pierre blanche. Elle va renforcer significativement les fortes compétences de la région en matière de recherche en optique, déjà illustrées, entre autres, par des laboratoires tels que le Loma (Laboratoire ondes et matière d’Aquitaine) ou le Celia (Centre lasers intenses et applications).

Un continuum formationrecherche-création d’entreprise Le LP2N n’est pourtant que la partie émergée d’un très ambitieux programme voulu par la Région : la création à Bordeaux du Centre Optique. Un bâtiment de quelque 19 000 mètres carrés. Dès 2012, il hébergera non seulement le tout nouveau laboratoire, mais également une grande école d’ingénieurs en optique, un centre de transfert de technologie, une structure de formation continue et même une zone d’accueil pour l’incubation d’entreprises. De quoi réaliser un réel continuum formation-recherchecréation d’entreprise. Avec une double ambition : développer la recherche et le transfert de technologie sur les thèmes spécifiques à la région et intensifier l’attractivité nationale et internationale de l’Aquitaine. L’école d’ingénieurs qui viendra s’installer n’est autre que l’IOGS, plus connue sous le nom de Sup Optique. L’antenne bordelaise de

> Le futur Centre Optique regroupera formation, recherche et transfert avec, notamment, une antenne bordelaise de l’Institut d’optique de Palaiseau.

la prestigieuse école de Palaiseau formera, dès 2012, quelque cent ingénieurs par an (à partir de la deuxième année, la première se déroulant à Palaiseau), ainsi que des étudiants en master et des doctorants. Le Centre Optique accueillera plus de deux cent cinquante personnes rien que pour l’IOGS.

8QDPSOLƶFDWHXUWHFKQRORJLTXH La structure de transfert Alphanov, qui s’insérera dans ce centre, compte environ vingt-cinq personnes. Elle est aujourd’hui installée sur le campus de l’université de Bordeaux-1. Née en 2007 à la suite de la création du pôle de compétitivité aquitain Route des lasers, Alphanov se veut un « amplificateur technologique » au service de projets innovants. Y coopèrent chercheurs, ingénieurs et spécialistes issus de laboratoires, de PME et de grands groupes industriels. Ses domaines d’excellence : les procédés lasers et le micro-usinage, les sources et instrumentation laser, notamment les lasers à fibres, le déveDES LAURIERS POUR ALPHANOV loppement en optique et imageComme les années précédentes, la structure rie, les applications térahertz et de transfert de technologie Alphanov les applications médicales. a vu, en 2011, plusieurs de ses « poulains » À côté d’Alphanov, estampillé figurer dans le palmarès du concours « centre de recherche technolonational d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes. gique » depuis février 2008, se s,ASOCIÏTÏ«1UANS QUIDÏVELOPPE trouve également Pyla (plateune nouvelle génération d’instruments forme de formation aux métiers du scientifiques basés sur l’utilisation d’atomes laser en environnement contrôlé), piégés, refroidis et manipulés par laser. outil de formation continue du s,EPROJET4ERANOVVISEÌÏTENDRE futur Centre Optique. Pyla a été les systèmes de vision infrarouge existants jusqu’au domaine spectral constituée par les universités appelé térahertz. de Bordeaux-1 et de Bordeaux-2, s.OVAE QUIAPOUROBJECTIFLAMISEAUPOINT ainsi que par le CEA-Cesta et de sources lasers à fibres optiques Thales Mégajoule (le représeninnovantes, émettant un large spectre tant des industriels contractants dans la gamme moyen infrarouge. du Laser Mégajoule). p RÉGION AQUITAINE - LA RECHERCHE/OCTOBRE 2011/N° 456 - 11


Optique

Laser Mégajoule et Petal Un équipement hors normes EN CHIFFRES

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mégajoule Le LMJ est conçu pour délivrer une énergie immense, de près de 2 millions de joules, lors d’impulsions de l’ordre de 10 nanosecondes (10 milliardièmes de seconde). Mille joules correspondent à l’énergie déployée par un enfant de 30 kilogrammes pour monter un étage de 3 mètres.

1

picoseconde Soit 1 millième de nanoseconde. C’est l’ordre de grandeur des impulsions du laser Petal. Il ne délivrera « que » 3 kilojoules, mais la brièveté des impulsions conduit à une puissance phénoménale de l’ordre du petawatt (1015 watts), qui crée des phénomènes très différents de ceux du LMJ et donc conduit à des expériences d’une autre nature.

C

olossal ! Exceptionnel ! Les termes manquent pour qualifier cet outil unique en Europe. Le Laser Mégajoule (LMJ), en construction au Barp, entre Bordeaux et Arcachon, ne possède qu’un seul équivalent, aux États-Unis. Et, si on adjoint au LMJ l’autre ambitieux projet Petal (Petawatt Aquitaine Laser), qui s’y est depuis peu intégré, on peut sans conteste affirmer que l’Aquitaine se situe à l’extrême pointe de la recherche en matière de laser de puissance. Le LMJ, mené par le CEA, a essentiellement une vocation militaire. Même s’il est acquis qu’une partie du temps de fonctionnement, de 20 % à 30 %, sera vouée à des recherches civiles. Son but est d’abord de recréer en laboratoire une « mini »-réaction nucléaire afin de valider les outils de simulation numérique. La simulation constitue, en effet, le seul moyen de poursuivre les recherches sur les armes nucléaires depuis que les essais réels sont bannis. Pour ce faire, les faisceaux lasers du LMJ généreront indirectement des phénomènes permettant de comprimer très fortement une petite bille remplie de deutérium et de tritium (deux isotopes de l’hydrogène), placée au centre d’une cavité cylindrique de quelques millimètres. De quoi créer un plasma porté à une température de plus de 100 millions de degrés et à une pression de l’ordre de 1 000 milliards de bars qui « allumera » la réaction nucléaire voulue.

3HWDObOHFRPSDJQRQFLYLOGX/0Pour créer cette réaction, il ne faudra pas moins de… 176 faisceaux laser de très haute puissance, conçus au Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine (Cesta), le laboratoire aquitain du CEA ! D’ici à leur installation, les chercheurs ne chômeront toutefois pas car, dès fin 2014, les seize premiers faisceaux entreront en fonctionnement. Leur puissance sera déjà suffisante pour mener des expériences originales concernant l’étude de la physique de la matière et l’astrophysique. Des recherches civiles qui, en réalité, ont déjà commencé de longue date. Le programme LMJ a en effet débuté avec la mise au point d’une ligne prototype de quatre faisceaux, la Ligne d’intégration laser (LIL). Conçue pour valider les choix technologiques du LMJ, elle a simultanément permis de mener, depuis 2005, un grand nombre d’expériences.

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La sphère en aluminium dans laquelle auront lieu les expériences de fusion pèse 140 tonnes et mesure 10 mètres de diamètre.

Parallèlement au LMJ, Petal est un projet financé par le Conseil régional d’Aquitaine, le ministère de la Recherche et l’Europe. Ce laser de très haute puissance est entièrement voué aux applications de recherche civile, en particulier l’énergie, l’astrophysique, l’étude de la matière. Sa technologie, développée en Aquitaine, est différente de celle du LMJ. Il délivre des impulsions dix mille fois plus courtes. Ce laser ultrarapide, mais moins énergétique que le LMJ, permettra ainsi d’accélérer des particules de façon à produire des faisceaux d’électrons relativistes ou des faisceaux de protons. « De quoi explorer une toute nouvelle physique », explique Guy Schurtz, chercheur au Centre lasers intenses et applications (Celia), une unité mixte de recherche de l’université Bordeaux-1, du CEA et du CNRS. Petal, en cours d’intégration sur le LMJ, délivrera son faisceau sur la même cible que les lasers du LMJ, dès fin 2014. Ce couplage entre un laser ultrarapide (Petal) et un laser de très haute énergie (LMJ) élargira significativement le champ des expériences. En particulier dans le domaine de l’énergie, il ouvre la voie à la fusion nucléaire par confinement inertiel. Une alternative « laser » au programme Iter qui, lui, utilise le confinement magnétique pour créer la fusion nucléaire, source d’énergie. Pour cela, une énergie du LMJ inférieure à celle nécessaire pour les applications de défense sera utilisée pour comprimer le mélange deutérium tritium et c’est l’impulsion supplémentaire du laser Petal qui déclenchera l’allumage et donc les réactions de fusion. p


Optique

TROIS QUESTIONS À… > Jean-Claude. Kieffer, professeur et titulaire de la chaire photonique ultrarapide à l’Institut national de recherche scientifique de Québec (INRS) QUELLE MISSION VOUS A CONFIÉ LE CONSEIL RÉGIONAL ? J.-C. K. La Région souhaite développer une filière optiquelaser-santé. Son président m’a demandé en 2010 de définir une stratégie pour atteindre un réel leadership dans le domaine. QUELLES SONT VOS CONCLUSIONS, CETTE ANNÉE ? J.-C. K. Il me semble que la région a une carte à jouer dans les lasers de haute puissance moyenne. À moyen terme, cela conduit à envisager des applications en imagerie, telles que la production de radioisotopes, sources de rayonnement X pour la radiographie. À plus long terme, la protonthérapie, avec des sources de protons accélérés par laser femtoseconde est une voie extrêmement prometteuse. OÙ EN EST-ON AUJOURD’HUI ? J.-C. K..OUS réfléchissons sur la possibilité de mettre en place des consortiums industriels et à la façon d’installer des platesformes sur des sites de recherche clinique ou préclinique.

LABORATORY COMPANY ASTRIUM SNECMA PROPULSION SOLIDE THALES ACTEON SATELEC - ISIS MPP - SEIV AQUITAINE ISP SYSTEM - ASTF - LUXENER - PHOTONIS SERTA ASD EDIT LASER - PROCONCEPT - PRODITEC SERMA TECHNOLOGIES - i2S - POLYRISE CITE DE LA PHOTONIQUE : EOLITE SYSTEMS - CORDOUAN TECHNOLOGIES VISION INNOVATION CENTER - INNOPTICS - IMAGINE OPTIC - OPHTIMALIA AMPLITUDE SYSTEMES - AZUR LIGHT SYSTEMS - POLYRISE - THERPHO - LASER 3S

Bordeaux SCOPTIQUE - OXYMETAL CNRS, Université de Bordeaux IINS - INSERM - CELIA - LMP - IPB LOMA - LP2N - ICMCB - CRPP ALPHANOV - EDF - PULSCAN CRESILAS

NOVALASE

Bordeaux

ES TECHNOLOGY

FRANCE Aquitaine region

Le Barp Arcachon

CEA CESTA (LIL, LMJ, PETAL) LASERIS : ILP CILAS - SAGEM - QUANTEL - GERAC - EOSOL

La Route des lasers, entre Bordeaux et Arcachon, regroupe de nombreuses entreprises et centres de recherche.

Route des lasers Un formidable vivier d’entreprises

L’

ambition du pôle de compétitivité Route des lasers est de s’affirmer comme la référence dans le développement et la diffusion des technologies innovantes de l’optique et des lasers. Côté recherche, il s’appuie naturellement sur les nombreux laboratoires d’excellence qui se sont développés et multipliés depuis le lancement du programme de Laser Mégajoule, en 1996. Le tout ne représente pas moins de 600 chercheurs ! Côté formation, il bénéficie de toute l’infrastructure régionale à laquelle s’ajoutera bientôt le grand Centre Optique (voir page 11).

'HV30(DX[JUDQGHVHQWUHSULVHV Côté industrie, le pôle regroupe un formidable vivier d’entreprises, plus de soixante-dix au total. Elles se répartissent, grosso modo, sur la route qui va de Bordeaux à Arcachon, en passant par Le Barp, site qui accueille le fameux Laser Mégajoule. Environ un tiers d’entre elles produisent des biens intermédiaires d’optique à proprement parler. Les deux tiers restants sont des équipementiers ou des systémiers qui intègrent les sources ou les composants optiques dans leurs produits. La grande force du tissu aquitain du secteur de l’optique tient à ce qu’il comprend une grande variété d’entreprises. Des PME innovantes qui opèrent dans les technologies de pointe (Amplitude Systèmes, I2S, Eolite Systems…) d’une part, des grandes entreprises leaders sur le marché (EADS Astrium, Thales, Cilas, Snecma…) d’autre part. Enfin, des grou-

pements de PME justifiés par la nécessité de faire face à la mondialisation des marchés. Trois groupements sont ainsi apparus récemment : Globaq réunit cinq sociétés expertes de la maintenance de systèmes complexes (SEIV Aquitaine, CMA-Cermeca, Aqmo, Saca et Duffau). Elles se sont positionnées ensemble sur la maintenance de la Ligne d’intégration laser, prototype du Laser Mégajoule. AIG (Aquitaine Inter Groupe) rassemble les entreprises I2S, Coverplant, ECI, Microcontrôle, Novalase, autour de la réalisation de bancs de tests et de contrôles. Enfin, Eolite Systems, Amplitude Systèmes, Novalase et I2S se sont associées sur le thème de la fabrication et du contrôle qualité de cellules solaires en technologie silicium cristallin et couches minces. p

Un réseau holographique focalisant du Laser Mégajoule.

RÉGION AQUITAINE - LA RECHERCHE/OCTOBRE 2011/N° 456 - 13


Chimie et matériaux

EN POINTE SUR LES MATÉRIAUX… DE POINTE

Fabrication de matériaux composites destinés à l’aéronautique chez Composites Aquitaine.

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Chimie et matériaux

Canoe met les matériaux « nanos » à portée des entreprises

M

ission : transfert. Objet : matériaux nanostructurés et électronique organique. Nom : Canoe, pour Consortium Aquitain d’innovation en Nanomatériaux et électronique OrganiquE. Cette structure, portée par l’Institut polytechnique de Bordeaux, a été créée en 2009, à l’initiative du Conseil régional, pour transférer les résultats de recherche vers les entreprises, les accompagner dans leurs programmes de recherche et développement (R & D) et aider les start-up à se développer. De nombreux domaines sont concernés par ces technologies de fabrication de matériaux qui intègrent des nanomatériaux, comme les textiles techniques et intelligents, les transports, le photovoltaïque, l’éolien, l’éclairage et, bien sûr, l’aéronautique.

Des recherches tous azimuts Canoe s’appuie sur les compétences de laboratoires aquitains. Et celles-ci ne manquent pas. Le Laboratoire de chimie des polymères organiques (LCPO) rassemble des spécialistes dans le domaine des polymères. L’Institut des sciences analytiques et de physicochimie pour l’environnement et les matériaux (Iprem), à Pau (voir encadré), travaille notamment sur la chimie de ces matériaux. L’Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux (ICMCB) s’attache à concevoir, préparer, mettre en forme et caractériser les matériaux pour découvrir, maîtriser et optimiser des fonctions spécifiques. Les mots-clés mécanique et ingénierie se retrouvent dans le laboratoire de l’Institut de mécanique et d’ingénierie de Bordeaux (I2M). Le laboratoire de l’Intégration du matériau au système (IMS) se consacre à la modélisation et à la mise en forme de matériaux pour l’élaboration de composants et microsystèmes. Le Centre de recherche Paul-Pascal s’occupe des sciences de la matière molle et l’Institut des sciences moléculaires (ISM) est spécialisé dans les nanomatériaux et les matériaux fonctionnels… La liste n’est pas exhaustive ! En 2012, Canoe disposera, sur le plateau de l’École nationale supérieure de chimie, biologie et physique de Bordeaux, de 3 500 mètres carrés, mettant à la disposition des entre-

> La structure de transfert créée par le Conseil régional s’appuie sur les compétences de laboratoires aquitains.

prises un ensemble de services pour les aider à mener à bien leur R & D dans le domaine de ces matériaux de pointe. Elle abritera notamment une salle dédiée à la manipulation des nanomatériaux dans les plus strictes conditions de sécurité.

Un accompagnement des start-up

Parmi les outils déjà opérationnels figurent des lignes pilotes destinées à aider les entreprises à intégrer les nanomatériaux dans leurs produits. Parmi elles, une plate-forme de filage qui offre deux technologies pour la réalisation de textiles intelligents. La première, unique en France, est une unité de filage multifilament de fibres par coagulation. L’autre ligne de filage, par voie fondue cette fois, est destinée à la fabrication de fibres par l’extrusion d’un mélange de polymères thermoplastiques et de nanocharges fonctionnalisantes. Les plus de ces matériaux : des fibres aux propriétés mécaniques exceptionnelles… Côté start-up, Canoe a pour mission de fournir un terreau favorable à l’éclosion des jeunes pousses, autrement dit… des espaces dédiés où elles pourront se focaliser sur la mise au point de leurs produits. « Nous leur fournirons une assistance technique dans leur démarche d’innovation et mettrons à leur disposition l’ensemble de nos moyens matériels et humains pour les accompagner dans leur développement », indique Patrice Gaillard, responsable de Canoe. Les bâtiments qui hébergeIPREM : MATÉRIAUX ront Canoe ne sont pas encore ET ENVIRONNEMENT achevés que, déjà, se profile une L’Institut des sciences analytiques seconde étape. Patrice Gaillard et de physico-chimie pour expose : « Il y a, en Aquitaine, l’environnement et les matériaux (Iprem) des moyens importants dans le regroupe, à Pau, ses recherches autour de la chimie analytique, chimie physique, domaine des matériaux, comme chimie théorique, physique et chimie la plate-forme Compositadour, des polymères et microbiologie. Outre des moyens de contrôle non desles compétences du laboratoire de tructifs ou pour la réalisation de l’université de Pau et des pays d’Adour pièces structurales de grandes dans le domaine des polymères, dimensions en matériaux compoune de ses quatre équipes s’intéresse au devenir de contaminants rejetés sites, pour ne citer qu’eux. L’ambidans l’environnement et cherche tion est de structurer l’ensemble à comprendre les réponses de ces activités pour leur donner des communautés biologiques une direction commune et une à la présence de polluants dans plus grande visibilité au niveau les écosystèmes. national puis international. » p RÉGION AQUITAINE - LA RECHERCHE/OCTOBRE 2011/N° 456 - 15


Chimie et matériaux

Le LCTS et les composites d’exception

F

ormidable légèreté, importante durée de vie, extrême résistance aux chocs thermiques et à la corrosion, parfaite tenue en fonctionnement, stabilité des propriétés mécaniques jusqu’à des températures de près de 3 000 °C… les composites thermostructuraux possèdent des caractéristiques exceptionnelles. Elles en font un matériau de choix pour les applications militaires, spatiales et Les thermostructuraux s’imposent dans aéronautiques. Partout les applications où les pièces doivent les plus exigeantes. fonctionner à des températures supérieures à 1 000 °C. Snecma Propulsion Solide (SPS), du groupe Safran, est un grand spécialiste de ces composites haut de gamme à base de fibres et de matrices en carbone ou en céramique. Pas étonnant donc que l’on trouve l’entreprise aux côtés du CNRS, de l’université Bordeaux-1 et du CEA, comme tutelle du Laboratoire des composites thermostructuraux (LCTS), unité mixte de recherche installée à Pessac.

130

chercheurs et

32

ingénieurs

sont réunis au sein du Labex Amadeus (Advanced Materials by Design). Thèmes de recherche : l’électronique organique, les métamatériaux et les biomatériaux.

Sur la plate-forme de Compositadour, le robot intègre un système de chauffe par laser pour le travail avec les thermoplastiques.

Un service de caractérisation performant Les recherches du laboratoire portent exclusivement sur les matériaux composites céramiques pour applications en conditions extrêmes. Le LCTS travaille, en particulier, sur quatre grands thèmes : le vieillissement, l’oxydation/corrosion des thermostructuraux, l’élaboration de procédés pour mettre au point de nouvelles voies de synthèse des matériaux composites céramiques et carbone, et l’étude du comportement thermomécanique. Très riche en équipements, grâce notamment au soutien de la Région pour l’achat de gros équipements, le LCTS offre également un service de caractérisation. Il met à disposition des chercheurs du campus bordelais les moyens les plus performants pour caractériser les composites céramiques à toutes les échelles, du centimètre à l’angström. p 16 - N° 456/OCTOBRE 2011/LA RECHERCHE - RÉGION AQUITAINE

Compositadour robotise les composites

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n ne chôme pas à Compositadour. Cette plate-forme technique, installée à Bayonne, a été inaugurée en décembre 2010. Elle a l’ambition de devenir un centre d’excellence dédié aux procédés de production de pièces composites. Et elle a déjà de beaux résultats à son actif, comme la démonstration de faisabilité et l’accompagnement de l’industrialisation d’un procédé innovant, développé par EADS Composites Aquitaine, pour des pièces de structure du futur Airbus A350 XWB. Aujourd’hui, la plate-forme, qui a une double vocation de formation et de développementtransfert de nouveaux procédés, est également engagée sur une autre belle recherche pour la production de nouvelles structures aéronautiques : le projet Impala. Il regroupe Dassault Aviation, Daher-Socata, EADS Composites Aquitaine, la PME Coriolis Composites et les laboratoires de recherche Estia (École supérieure des technologies industrielles avancées à Bidart, près de Biarritz) et GeM (École centrale de Nantes). « Il s’agit de mettre au point un système de placement de fibres de carbone entièrement robotisé qui sera capable de travailler avec des nouveaux matériaux, en particulier des thermoplastiques », explique Francis Sedeilhan, directeur de Compositadour. Un vrai challenge car les thermoplastiques devant être portés à quelque 400 °C, ce dispositif robotisé doit être accompagné d’un laser de chauffe. Il portera les filaments de carbone imprégnés de thermoplastique à la température voulue afin que le robot dépose ces filaments sur un moule pour obtenir la pièce. Si le centre a commencé par des applications liées à l’aéronautique, ce n’est pas son seul domaine d’élection : « Nous avons vocation à travailler dans tous les domaines, depuis le sport jusqu’à l’automobile, en passant par l’éolien », précise Francis Sedeilhan. p


Chimie et matériaux

Deux « grappes » vertes mûrissent en Aquitaine

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u vent, du soleil et une volonté de la région de faire émerger des filières vertes : trois bonnes raisons qui expliquent la création de deux clusters – ou grappes d’entreprises – voués aux énergies renouvelables. Le premier, Sysolia, regroupe les compétences régionales en matière d’énergie solaire. Et celles-ci ne manquent pas. L’Aquitaine est la première région industrielle française dans le photovoltaïque et dispose de l’ensemble de la chaîne de production, de l’amont à l’aval de la filière. La région bénéficiant, à travers les infrastructures du Grand Port maritime de Bordeaux, des moyens logistiques nécessaires au transport de pièces de grandes dimensions, le second cluster, Clea (Cluster Eolien Aquitain) rassemble les forces de la région en matière d’énergie éolienne. Pales, nacelles, stockage d’énergie, électronique, maintenance, bureaux d’études spécialisés, assurances et certification… une gamme complète de produits et services s’est développée grâce à la présence de grands noms de l’industrie et d’entreprises innovantes tels qu’EADS Astrium, Valorem, Valeol, Epsilon Composite, Plastinov, Arkema, Filhet-Allard…

RENDEZ-VOUS À ARCACHON La 3e édition des Aquitaine Conférences sur les polymères se tiendra à Arcachon du 18 au 21 octobre 2011. Comme les deux précédentes, elle réunira les meilleurs spécialistes mondiaux qui présenteront leurs travaux de recherche et discuteront de nouveaux concepts et de nouvelles pistes de recherche et d’innovation.

Réseaux d’experts et centres de ressource Dans les deux cas, le volet matériaux joue un rôle clé dans le développement de nouveaux produits et les clusters peuvent s’appuyer sur les recherches de nombreux laboratoires. Ainsi, Sysolia profite d’un vaste réseau d’experts en solaire photovoltaïque organique et hybride, avec les nombreux laboratoires régionaux et, en particulier, la chaire d’électronique organique du Laboratoire de chimie des polymères organiques (LCPO), qui s’attache à remplacer le silicium par des matériaux organiques pour la fabrication de cellules photovoltaïques. Outre les laboratoires spécialisés dans les matériaux, Clea profite des compétences des centres de ressource tels que Rescoll (applications industrielles des matériaux polymères), de la plate-forme d’innovation Canoe (matériaux nanostructurés) et d’un centre dédié au développement de pièces composites de grandes dimensions. Ils apportent aux entreprises un ensemble de savoir-faire et de moyens techniques pour développer de nouvelles performances en matière de process ou de produits. p

L’édition 2011 est présidée par Georges Hadziioannou, titulaire de la chaire d’accueil sur les polymères organiques pour l’électronique et le photovoltaïque.

Georges Hadziioannou, titulaire de la chaire du LCPO.

Des polymères d’excellence

G

eorges Hadziioannou est né et a grandi en Grèce. Il a obtenu son doctorat en physique à Strasbourg, et travaillé près de dix ans aux États-Unis, chez IBM notamment. Après un détour par Groningue (PaysBas), puis Strasbourg, il a posé en 2009 ses valises à Pessac. Le voici aujourd’hui, au sein du Laboratoire de chimie des polymères organiques (LCPO), titulaire d’une « chaire d’accueil » consacrée à l’électronique organique et au photovoltaïque. Cette chaire est financée par le groupe Arkema, le Conseil régional d’Aquitaine, le GIS AMA (Advanced Materials in Aquitaine), l’université Bordeaux-1 et l’Institut polytechnique de Bordeaux. Le groupe de recherche mené par Georges Hadziioannou a pour objectif de développer les connaissances fondamentales de la science des polymères au-delà des limites actuelles. En particulier, à concevoir et à synthétiser par voie chimique de nouveaux types de polymères fonctionnels avec, par exemple, des propriétés d’autoassemblage, et de mettre au point des matériaux ou dispositifs nanostructurés à partir de méthodes simples. Les travaux menés au sein de la chaire sur ces nouveaux types de polymères trouveront des applications dans le domaine de l’énergie et des technologies de l’information. Côté énergie, les chercheurs s’efforcent, d’une part, de remplacer le silicium des cellules photovoltaïques par des polymères organiques, et également de réaliser des systèmes thermoélectriques à haut rendement pour créer de l’électricité à partir de la chaleur. Côté TIC, les travaux de l’équipe portent notamment sur la mise au point d’encre pour le papier électronique, et de mémoires organiques non volatiles grâce à des polymères ferromagnétiques. L’autre objectif de la chaire est, naturellement, de former des spécialistes de haut niveau, aussi bien pour la recherche académique que pour le secteur des industries high-tech. p

RÉGION AQUITAINE - LA RECHERCHE/OCTOBRE 2011/N° 456 - 17


Sciences humaines et sociales

DE L’ARCHÉOLOGIE À… L’INNOVATION

Musée national de la préhistoire, aux Eyzies-de-Tayac (Dordogne). Le travail muséographique met en valeur la démarche scientifique pour permettre de comprendre l’évolution des hommes préhistoriques à travers les objets, les travaux « industriel » et artistique ou les sépultures.

18 - N° 456/OCTOBRE 2011/LA RECHERCHE - RÉGION AQUITAINE


Sciences humaines et sociales

Les sciences archéologiques se rassemblent

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ors de l’opération Campus, lancée en 2008 par le ministère de la Recherche, onze pôles d’excellence ont été identifiés en Aquitaine. Parmi eux, les sciences archéologiques. Qui plus est, les trois grands laboratoires qui travaillent dans le domaine – Ausonius, Pacea et le CRP2A – ont tous été jugés au meilleur niveau. C’est l’excellence à la puissance trois ! Caractéristique majeure de l’enseignement et de la recherche en archéologie en Aquitaine : « Elle couvre un domaine très vaste et très complet, depuis la préhistoire à la période moderne, en passant par la protohistoire, l’Antiquité et les études de paléoenvironnement », souligne Henri Duday, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’archéologie funéraire, l’une des grandes thématiques spécifiques à Bordeaux, comme l’est également la recherche sur l’art pariétal. Ainsi, l’institut Ausonius, une unité mixte de recherche (UMR) du CNRS et de l’université Bordeaux-3, s’intéresse à l’archéologie et à l’histoire de l’Antiquité et du Moyen Âge. Il a également conçu, dans le cadre de Bordeaux-3, un outil unique en Europe pour faire découvrir au public le travail des archéologues : l’Archéopôle d’Aquitaine (voir encadré).

Regrouper les grands pôles de recherche L’UMR Pacea, placée sous les tutelles du CNRS, de l’université Bordeaux-1 et du ministère de la Culture, fédère deux équipes : la première PPP (Préhistoire, Paléoenvironnement, Patrimoine) s’intéresse aux cultures préhistoriques, à la géoarchéologie, la paléontologie et la zooarchéologie. La deuxième A3P (Anthropologie des Populations Passées et Présentes) traite de la diversité humaine, de l’anatomie fonctionnelle évolutive, de la paléopathologie, de l’histoire des peuplements et de l’archéoanthropologie funéraire. Enfin, le CRP2A (Centre de recherche en physique appliquée) est, avec les unités de Belfort et d’Orléans, l’une des trois composantes d’une UMR multisite, l’Institut de recherche sur les archéomatériaux (Iramat), voué à la recherche et à la formation en physique appliquée à l’archéologie. Des grandes unités de recherche au meilleur

> Les trois laboratoires d’excellence de la région couvrent un vaste champ, depuis la préhistoire jusqu’à la période moderne. Ils resserrent leurs liens.

niveau et reconnues internationalement. Que demander de plus ? En réalité, de par la façon dont elle s’est structurée autour de grandes unités, l’archéologie en Aquitaine souffrait d’un léger défaut dans la cuirasse. Ses grands pôles sont éclatés en unités hébergées ici par l’université de Bordeaux-1, là par l’unité de Bordeaux-3. Une dispersion qui inhibe l’émergence d’une culture commune nécessaire à l’épanouissement des étudiantschercheurs.

Création d’un laboratoire d’excellence et d’une fédération

L’année 2011 témoigne de la volonté de mettre fin à cette situation. Elle a ainsi vu la naissance, dans le cadre des Investissements d’avenir, d’un laboratoire d’excellence, Lascarbx. Un projet bâti en commun par les trois UMR bordelaises qui rassemble 150 chercheurs autour du thème : « L’usage du monde par les sociétés anciennes : processus et formes d’appropriation de l’espace sur le temps long. » Pour parachever ce décloisonnement, 2011 a également vu la naissance de la Fédération des sciences archéologiques de Bordeaux, qui associe les trois UMR sous la tutelle du CNRS, des universités Bordeaux-1 et Bordeaux-3 et du ministère de la Culture. Elle a pour vocation d’organiser le dialogue entre elles, en particulier via l’organisation de séminaires transversaux. L’ARCHÉOLOGIE EN 3D L’Archéopôle recèle un bijou Elle poursuit parallèlement un technologique : Archéovision, une plateobjectif bien plus ambitieux : le forme technologique 3D du CNRS pour projet, souhaité de longue date le patrimoine et l’archéologie (PFT3D), par Henri Duday et soutenu par accompagnée d’une salle de réalité le Conseil régional, de création virtuelle d’une centaine de places. L’un d’une Maison des sciences de des enjeux majeurs de la PFT3D est de promouvoir l’utilisation des technologies l’archéologie. Elle réunirait sous tridimensionnelles en archéologie en tant un même toit toutes les forces de qu’outil de la recherche. La PFT3D l’Aquitaine dans ce domaine. De a été reconnue officiellement en 2009 par quoi lui donner un nouvel élan le ministère de l’Enseignement supérieur et une visibilité accrue au niveau et de la Recherche comme Centre mondial. de ressources numériques 3D pour le Très Grand Équipement (TGE) Adonis Il est, par ailleurs, envisagé la du CNRS. Adonis est un TGE à destination création d’un Centre de conserde l’ensemble des sciences humaines vation et d’études, et l’instalet sociales dont l’objectif est de lation des services de l’Institut faciliter la prise en compte des apports national de recherches archéodu numérique à la recherche. logiques préventives (Inrap). p RÉGION AQUITAINE - LA RECHERCHE/OCTOBRE 2011/N° 456 - 19


Sciences humaines et sociales

Le Gretha se penche sur l’innovation

La recherche sur « les Afriques » étend son périmètre

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histoire du port de Bordeaux et des relations tissées depuis plusieurs siècles par la région avec le continent africain ont, de longue date, conduit l’Aquitaine à s’affirmer dans le domaine de la recherche sur le thème de l’Afrique. Une importante densité de chercheurs et de laboratoires en fait un acteur reconnu. Reconnu mais qui, toutefois, n’exploitait pas pleinement son potentiel en raison d’un certain éparpillement et d’une structuration insuffisante. Ce constat a conduit les équipes de différentes entités à s’atteler à la création d’une toute nouvelle unité de recherche. « Elle ambitionne de faire dialoguer des équipes issues de disciplines différentes – histoire, anthropologie, droit, sociologie, science politique, géographie, économie, lettres », expliquent ses responsables. La nouvelle UMR est née en janvier 2011. Baptisée « Les Afriques dans le monde », cette unité mixte du CNRS et de Sciences Po Bordeaux résulte de la fusion entre le Centre d’étude d’Afrique noire (Cean, Sciences Po Bordeaux) et le Centre de recherche et d’étude sur les pays d’Afrique orientale (Crepao, université de Pau et des Pays de l’Adour), rejoints par des chercheurs des universités de Bordeaux-2 et Bordeaux-3. Cette création a aussi été l’occasion de mettre fin à la césure entre l’Afrique « noire » et l’Afrique « blanche », qui ne fait plus sens aujourd’hui, et d’élargir significativement son périmètre. Il englobe désormais l’intégralité du continent, mais aussi les Caraïbes et toutes les sociétés issues de la Traite atlantique. D’où son intitulé. De quoi, en tout cas, constituer le grand pôle de recherche et d’enseignement sur les «Afriques », qui a toute sa place en Aquitaine. p

L « La démarche du Gretha décline les diƵérentes dimensions de la dynamique d’innovation en associant les outils de l’économie des territoires et des régions à ceux de l’économie industrielle. » FRÉDÉRIC GASCHET

Parmi les travaux du Gretha, des études sectorielles concernant la vigne et le vin.

20 - N° 456/OCTOBRE 2011/LA RECHERCHE - RÉGION AQUITAINE

e Gretha, Groupe de recherche en économie théorique et appliquée, réunit les principales forces de recherche en sciences économiques de l’université Bordeaux-4. Son projet scientifique comprend trois programmes de recherche : espace et industrie d’une part, environnement, bien-être et développement, d’autre part, et enfin structures de marché et finance. Au sein du programme espace et industrie, l’innovation constitue un axe prioritaire. Ce sujet réunit une quinzaine d’enseignants-chercheurs titulaires et une dizaine de doctorants, qui en font une équipe de recherche de référence sur cette thématique. Originalité de sa démarche, explique Frédéric Gaschet, chercheur au sein de cette unité mixte de recherche du CNRS : « Elle décline les différentes dimensions de la dynamique d’innovation en associant les outils de l’économie des territoires et des régions à ceux de l’économie industrielle.»

Contribution au projet européen Eurodite Les travaux du Gretha portent notamment sur l’économie de la science et de la connaissance à travers, par exemple, l’étude des réseaux sociaux des inventeurs ou des relations sciences-industrie. Ou encore, les dynamiques localisées de l’innovation, avec l’étude des configurations scientifiques et technologiques des régions européennes menée dans le cadre du projet européen Eurodite. Engagée dans des recherches fondamentales, l’équipe « innovation » du Gretha trouve souvent ses sujets de recherche en Aquitaine même. Ses travaux nourrissent également la réflexion de la Région sur les stratégies d’innovation à mettre en œuvre. C’est le cas pour les analyses sectorielles conduites autour de la vigne, du vin et de la forêt. Cette thématique est d’ailleurs intégrée au projet retenu au titre du Labex Cote. Le Gretha y participe pour ce qui concerne l’évaluation, la modélisation et la création de modèles de politiques publiques pour la gestion soutenable des ressources naturelles, des écosystèmes et de la biodiversité.p


Ressources naturelles

RECHERCHE D’EXCELLENCE POUR RESSOURCES D’EXCEPTION

La recherche vitivinicole a toujours été à la pointe en Aquitaine. Aujourd’hui, l’objectif est de faire dialoguer les chercheurs entre eux.

RÉGION AQUITAINE - LA RECHERCHE/OCTOBRE 2011/N° 456 - 21


Ressources naturelles

L’œnologie au plus haut niveau

L

e Conseil régional en a rêvé et l’a mis en œuvre. Denis Dubourdieu, chercheur, professeur d’œnologie et, last but not least, vigneron et vinificateur, est aujourd’hui directeur général d’un formidable outil de recherche et d’enseignement, digne des grands crus qui font la réputation des vins de Bordeaux : l’ISVV Bordeaux-Aquitaine (Institut des sciences de la vigne et du vin). Installé dans un superbe bâtiment de quelque 10 000 mètres carrés inauguré en janvier 2009, il réunit en un seul et même lieu tout le savoirfaire de la région dans le domaine vitivinicole. Tous sont là : les équipes de recherche, de formation et de transfert de technologie de l’Inra, celles des quatre universités bordelaises, de l’Enita (École nationale d’ingénieurs des travaux agricoles) de Bordeaux et celles de Bordeaux Management School (BEM). Abritant près de 200 chercheurs en sciences dures – agronomie, écophysiologie, microbiologie, chimie et biochimie, biologie moléculaire, cytologie… – l’institut possède en outre une grande originalité qui fait sa force : il intègre l’aspect sciences humaines des problématiques liées à la vigne et au vin, travaillant en réseau avec des chercheurs de la région dans les domaines du droit, de la gestion, de l’économie, de la sociologie…

> L’ISVV BordeauxAquitaine regroupe l’immense savoirfaire vitivinicole de la région, de la recherche au transfert de technologie.

de nouveaux moyens de lutte : prévention des maladies de la souche, protections phytosanitaires efficaces mais raisonnées, méthodes biologiques, biotechniques ou génétiques, le tout pour réduire au maximum les intrants. Deuxième axe prioritaire : faire progresser les connaissances pour découvrir ce qui donne à chaque vin ses qualités gustatives spécifiques, autrement dit sa typicité. « Connaître ce qui donne à un vin son caractère incomparable est une affaire de sciences dures. Il s’agit de trouver les déterminants moléculaires qui définissent l’expérience sensorielle, mais cette expérience est également très subjective et constitue un vaste champ de recherche pour les sciences humaines », note Denis Dubourdieu.

Vers un institut international Enfin, ce sont aux sciences humaines à qui il revient de relever le dernier défi : la compréhension des phénomènes de marché. « Ces trois composantes – environnement, typicité et marché – se retrouvent dans des proportions variées dans tous les travaux de recherche », souligne

7URLVJUDQGVG«ƶV Pourquoi un tel institut alors que, depuis la fin du XIXe siècle, la région se situe aux avantpostes de la recherche vitivinicole ? La réponse tient en un mot : pluridisciplinarité. « Elle est essentielle pour faire face aux grands défis que connaît aujourd’hui l’industrie, explique Denis Dubourdieu. Il faut que les chercheurs dialoguent entre eux et, surtout, il faut éviter de séparer les recherches en viticulture de celles en vinification. Elles constituent un tout qui a pour objet de donner au vin les caractéristiques gustatives recherchées. » Pour Denis Dubourdieu, l’ISVV BordeauxAquitaine doit relever trois grands défis. Le premier concerne l’environnement. La vigne est sujette à de nombreuses maladies. Qui dit maladie dit traitement phytosanitaire, donc… rejet de substances indésirables. L’ISVV cherche à optimiser les pratiques culturales pour maintenir une viticulture durable en validant

OBJECTIF VALORISATION La valorisation et le transfert de technologie sont clairement l’une des missions de l’ISVV Bordeaux-Aquitaine. Ils se manifestent de trois façons : s,EDÏVELOPPEMENTDESACTIVITÏSDEDEUX

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cellules de transfert technologique et de valorisation, Microflora et Polyphénols Biotech. s,APARTICIPATIONAUPÙLEDECOMPÏTITIVITÏ Bordeaux-Aquitaine Inno’vin, dont l’ISVV constitue le prolongement pour la recherche et la formation supérieure. s,ESRELATIONSAVECLAlLIÒRE NOTAMMENT le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, avec lequel l’ISVV élabore des programmes de recherche cofinancés sur des questions qui relèvent clairement d’approches scientifiques.

Denis Dubourdieu. En moins de trois ans d’existence, l’ISVV Bordeaux-Aquitaine est devenu un haut lieu de la recherche mondiale sur la vigne et le vin. Et, déjà, Denis Dubourdieu a pour lui de nouvelles ambitions : le transformer en une composante d’un institut international de recherche sur le vin. Des discussions sont engagées avec deux autres structures, l’une en Europe, l’autre sur le continent américain. p


Ressources naturelles

Xylofutur : un pôle de compétitivité pour le bois

A

Ses 270 kilomètres de côtes placent l’Aquitaine dans une position privilégiée pour l’étude de l’environnement océanique.

Le pin des forêts aquitaines est utilisé pour la construction, la décoration et l’emballage.

vec 1,8 million d’hectares de forêts cultivées en Aquitaine, la filière forêtbois-papier ne manque pas de ressources ! Pour les exploiter au mieux, depuis 2005, la région possède un pôle de compétitivité voué aux produits et matériaux des forêts cultivées : Xylofutur. Son objectif : l’excellence au niveau international dans trois domaines. D’abord, dans les produits issus de bois massif pour la construction, l’amélioration de l’habitat, la décoration et l’emballage. En deuxième

Placée sous la tutelle des universités de Bor- CHIFFRES deaux-1 et Bordeaux-4, du CNRS et de l’École pratique des hautes études (EPHE), Epoc conduit ses recherches en trois thématiques principales : l’écotoxicologie, l’océanographie côtière et les géosciences marines sur lesquelles l’UMR entend se positionner natioemplois et 2,5 milliards nalement et internationalement. d’euros de chiffre « Aujourd’hui, nous sommes particulièrement d’affaires pour la filière sollicités sur la contamination des environneforêt-bois-papier en ments côtiers et l’étude des effets sur les orgaAquitaine. nismes de ces contaminants, qu’il s’agisse des classiques, comme les métaux lourds et les hydrocarbures, ou de contaminants d’un type nouveau tels que les médicaments », souligne Benoît Sautour. À côté de la recherche proprement dite, Epoc est chargée de deux autres missions : la formation à la recherche et l'observation du littoral. p

lieu, dans les produits issus de la fibre et de la chimie des composants lignocellulosiques, autrement dit de la chimie « verte ». Enfin, dans la gestion et l’exploitation des forêts cultivées. Au sein de la région, de très nombreuses PME-PMI, dans le secteur sciage notamment, coexistent avec de grands groupes internationaux du papier et du panneau. Cette diversité, qui engendre des savoir-faire multiples et des synergies importantes, se retrouve au sein de Xylofutur. Il ne compte pas moins de 153 membres actifs dont 16 grandes entreprises et 72 entreprises moyennes ou petites (dont 65 PME de moins de 250 salariés). S’y ajoutent 24 centres de recherche, 13 centres de formation, 28 autres institutions. Le pôle se focalise naturellement sur le pin maritime, mais pas uniquement. Au cours du temps, il s’est élargi en nouant des partenariats avec les acteurs travaillant au développement d’autres essences, notamment régionales, et en développant des coopérations avec des industriels et des centres de recherche. p

Epoc examine le littoral à la loupe

F

orte de quelque 200 personnes, dont plus de 75 chercheurs et enseignantschercheurs, ainsi que 50 doctorants et post-doctorants, l’unité mixte de recherche (UMR) Epoc est l’un des plus gros laboratoires du Réseau de recherche littorale aquitain (RRLA). Spécificité : « Une très forte pluridisciplinarité », souligne le coordonnateur du réseau, Benoît Sautour. Epoc (Environnements et paléoenvironnements océaniques et continentaux) est née en 1999 du rapprochement de quatre entités de recherche aquitaines : le département de géologie et océanographie, le laboratoire d’océanographie biologique, le laboratoire d’écotoxicologie et d’écophysiologie des systèmes aquatiques et le laboratoire de physicochimie et de toxicochimie de l’environnement. D’où une pluridisciplinarité renforcée par son appartenance au RRLA.

Une position nationale et internationale

EN

340 000

RÉGION AQUITAINE - LA RECHERCHE/OCTOBRE 2011/N° 456 - 23


STIC

SANTÉ ET SYSTÈMES EMBARQUÉS EN VEDETTE

Cockpit de l’Airbus A380. L’informatique est d’ores et déjà aux commandes des avions. Les laboratoires aquitains travaillent notamment sur le cockpit du futur dans lequel les technologies de l’information joueront un rôle encore plus important.

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STIC

Les trois mousquetaires des TIC

I

ls sont trois sur le campus bordelais. Ils regroupent plus d’un millier de personnes, tout personnel confondu. Trois gros laboratoires de plus de 300 personnes chacun, traitant des technologies de l’information au sens large, depuis le logiciel jusqu’aux mathématiques en passant par les capteurs et les systèmes embarqués. Ce sont le Laboratoire bordelais de recherche en informatique (Labri), l’Institut de mathématiques de Bordeaux (IMB) et le Laboratoire de l’intégration du matériau au système (IMS). Et, comme c’est la règle, s’ajoute un quatrième larron à ces trois mousquetaires de l’informatique : l’Inria, l’Institut national de recherche en informatique et en automatique. À chacun sa spécialité. Le Labri est polarisé sur la recherche en matière de logiciels. Parmi ses thèmes : le calcul intensif, l’image, les réseaux, la bio-informatique, la visualisation de grandes masses de données… « Des recherches fondamentales, mais qui trouvent de nombreuses applications », précise Pascal Weil, directeur du Labri. Le laboratoire, ainsi que ses homologues bordelais d’ailleurs, entretient en effet d’étroites relations avec les industriels de la région, PME ou grands groupes comme Thales et Turbomeca par exemple.

Renforcer les synergies L’IMB, comme son nom l’indique, est un spécialiste des mathématiques de haut vol et des mathématiques appliquées. Ses huit équipes de recherche travaillent sur la théorie des nombres, les probabilités, le calcul scientifique et la visualisation… L’IMS, enfin, est principalement centré sur le domaine des sciences et de l’ingénierie des systèmes, à la convergence des sciences et technologies de l’information et de la communication et des sciences pour l’ingénieur. Il s’intéresse, notamment, aux systèmes embarqués, à la conception de processeurs, au traitement du signal, à l’imagerie, à l’automatique… À l’occasion de l’opération Campus, ces trois laboratoires ont été réunis au sein du pôle d’excellence bordelais dédié aux technologies de l’information. Un regroupement qui a permis de renforcer les synergies entre les équipes. Les sujets de recherche qui font appel aux compétences de deux de ces labos, voire des trois, ne manquent pas : cryptographie, réalité virtuelle, cockpit du futur pour

> Le campus bordelais regroupe plus d’un millier de personnes dans le domaine des technologies de l’information et de la communication.

les avions, calcul intensif, sciences cognitiques, systèmes embarqués, fiabilité et sécurité des systèmes… Dans tous ces domaines, chaque laboratoire a tout à gagner à profiter des recherches des autres et à mener des travaux en commun. Le pôle offre ainsi un parfait continuum, depuis la recherche fondamentale jusqu’à la recherche appliquée. Que fait le quatrième mousquetaire, l’Inria ? Dans le cadre de sa stratégie, cet institut, à vocation nationale, apporte aux laboratoires un soutien financier, des services, telle une cellule de valorisation, et des chercheurs dont la plupart sont intégrés aux équipes des trois autres bretteurs de l’informatique. Installé depuis janvier 2008 sur le campus bordelais (ainsi que sur celui de Pau), l’Inria Bordeaux-SudOuest a franchi, en 2010, une nouvelle étape : la construction d’un bâtiment de 7 250 mètres carrés sur le campus. À la fin de cette année, il accueillera quelque 230 personnes. Ce n’est d’ailleurs que la première phase d’un développement aquitain réalisé avec le soutien du Conseil régional d’Aquitaine, de la Communauté urbaine de Bordeaux, du Fonds européen de développement régional (Feder) et de l’université Bordeaux-1. L’Inria envisage en effet de porter sa capacité à 500 personnes dans les cinq ou six prochaines années. p

VOUS AVEZ DIT « COGNITIQUE » ?

Un ingénieur cogniticien est un spécialiste du traitement et de la mise à disposition automatique de la connaissance, de son usage technologique, par et avec les technologies, pour l’aide, la suppléance ou l’augmentation des capacités cognitives humaines. À Bordeaux, l’ENSC (École nationale supérieure de cognitique), école publique d’ingénieurs de l’Institut polytechnique de Bordeaux, offre un cursus peu commun. Elle forme des ingénieurs diplômés en cognitique, spécialistes de la cognition artificielle ou augmentée, des technologies numériques et de leurs usages, du facteur humain, de l’ergonomie et de l’intégration homme-systèmes. Membre du pôle de compétitivité Aerospace Valley, elle a également vocation à valoriser une recherche appliquée avec les entreprises du domaine.

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STIC

Un cluster pour les TIC en santé

Le projet Carus utilise les drones de la start-up Fly-n-Sense.

Les drones aquitains volent en essaim

C

inq drones volent en formation. Ils ont une mission : réaliser l’acquisition de données bien précises sur un territoire. Soudain, l’un deux réalise qu’il doit se poser quelques instants pour effectuer une tâche. Il se désolidarise de l’équipe. Complaisants, les quatre autres s’organisent alors pour se répartir le travail que le drone baladeur a provisoirement abandonné. Le tout se fait sans aucune intervention humaine. Et sans « chef d’escadrille ». Les drones sont tous égaux et s’attribuent les tâches de façon coopérative afin de réaliser au mieux leur mission. Voilà la feuille de route du projet Carus. Il associe grandes entreprises, laboratoires de recherche et PME. Le GIS Albatros (ALliance Bordeaux universities And Thales on Research in aviOnicS) d’une part, groupement d’intérêt scientifique, réunit Thales Systèmes Aéroportés, Thales Avionics, l’université de Bordeaux, le Centre de Bordeaux-Talence Arts et Métiers ParisTech, le CNRS et l’Inria. Les autres participants au programme Carus sont le Labri (Laboratoire bordelais de recherche en informatique) et une PME bordelaise, Fly-nSense. Elle fournit notamment les drones de sa conception, de petits appareils mus par des hélices horizontales. Cet ambitieux projet, qui fait appel à une informatique de pointe pour coordonner les évolutions de ces engins sans pilote, fait désormais partie intégrante du cluster Aetos, voué aux drones. Lancé par le Conseil régional et le groupe Thales, il ambitionne, selon ses promoteurs, de « faire de l’Aquitaine le leader européen des systèmes de drones dans les dix ans à venir ». p

C UNE PLATE-FORME DE NUMÉRISATION Polinum (Plateforme opérationnelle pour le livre numérique) est une structure de recherche collaborative dont la mission est de permettre à tous les propriétaires de contenus de les numériser et, surtout, de les valoriser. Soutenue financièrement par le Conseil régional d’Aquitaine et le Fonds européen de développement régional (Feder), elle regroupe huit partenaires privés et publics.

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oncernant les technologies de l’information pour la santé, l’Aquitaine est aux avant-postes. La région représente environ 50 % des effectifs nationaux du secteur des systèmes d’information hospitaliers et des logiciels pour les cabinets médicaux. Des leaders comme McKesson, Agfa HealthCare, Imagine Editions et Cegedim y sont implantés. On y trouve aussi des PME spécialisées dans la production de dispositifs communicants, de solutions domotiques et d’aide à la personne dépendante. Ce fort potentiel a conduit la région à créer, en avril 2011, le cluster TIC Santé Aquitain, destiné à regrouper les acteurs régionaux du secteur. Le but : « Structurer, organiser et développer en Aquitaine une filière économique autour des technologies de l’information dédiées à la médecine, à la santé et à l’autonomie des personnes âgées ou dépendantes », indique le Conseil régional. Pour concrétiser ses projets, le cluster TIC Santé est accompagné par Innovalis Aquitaine, agence régionale d’innovation.

Décloisonner les prises en charge médicales Les cinq membres fondateurs du cluster sont le Conseil régional d’Aquitaine, l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), l’université de Bordeaux et les entreprises Agfa HealthCare et McKesson France. Une quarantaine d’éditeurs de logiciels et une trentaine de fabricants de matériels sont susceptibles de rejoindre le groupement. Les sociétés de service en ingénierie informatique et les cabinets de conseils sont également conviés, de même que les établissements et les professionnels de santé. Les principaux acteurs du cluster ont d’ores et déjà lancé le projet Territoire de Santé Numérique (TSN), dont l’objectif est de proposer aux professionnels de la santé et aux patients aquitains un bouquet de services en ligne et des solutions de partage des données de santé. L’enjeu de TSN est primordial : décloisonner les prises en charge médicales entre établissements et médecins de ville. Il réunit les industriels Agfa, McKesson, Cegedim Logiciels Médicaux France, Imagine Editions et Télésanté Aquitaine, le groupement de coopération sanitaire qui a pour mission le développement de l’e-santé en Aquitaine. p


LA RECHERCHE AQUITAINE EN CHIFFRES

130 4 130 laboratoires de recherche. Ils emploient plus de 12 000 chercheurs.

6

DOMAINES D’EXCELLENCE

Ũ&KLPLHPDWULDX[ Ũ2SWLTXHODVHUV Ũ6FLHQFHVGHODVDQWbQHXURVFLHQFHV FDUGLRORJLHFDQFURORJLH Ũ6FLHQFHVGHOťHQYLURQQHPHQWb ERLVYLJQHHWYLQHDXOLWWRUDO Ũ6FLHQFHVHWWHFKQRORJLHV GHOťLQIRUPDWLRQ Ũ$UFKRORJLHFRQRPLHHWJHVWLRQ WXGHVGHOť$IULTXHŊ

106 000 ĂŠtudiants

dans les universitÊs et les 14 Êcoles d’ingÊnieurs.

1 090

millions d’euros de dÊpenses de R & D.

PĂ”LES DE COMPÉTITIVITÉ s!EROSPACE6ALLEY aĂŠronautique, espace, systèmes embarquĂŠs s2OUTEDESLASERS optique et lasers s8YLOFUTURPRODUITSET matĂŠriaux des forĂŞts cultivĂŠes s!VENIAEXPLOITATION durable du sous-sol

DE NOMBREUX PÔLES ET CLUSTERS

Ils rĂŠunissent entreprises rĂŠgionales et recherche acadĂŠmique s0Ă™LE"ORDEAUX Aquitaine Inno’vin : vigne et vin s%UROSIMA#LUSTER Glisse : sports de glisse s0Ă™LE#REAHD construction durable s#LUSTER!ETOS systèmes de drones s#LUSTER4)#3ANTĂ? s#LUSTER%OLIEN!QUITAIN s3YSOLIACLUSTERSOLAIRE s4OPOSGĂ?OLOCALISATION s"ORDEAUX'AMES jeux vidĂŠo s#LUSTER!QUI/ Thermes : thermalisme s#LUSTER%SKAL%UREKA BTP s#LUSTER5ZTARTU agroalimentaire s#LUSTER&RUITS ET,Ă?GUMES3ANTĂ? Nutrition‌

millions d’euros

Somme consacrÊe à la recherche, à l’enseignement supÊrieur et au transfert de technologie par le Conseil rÊgional en 2011. Avec plus de 10 % de son budget affectÊs à cette activitÊ, l’Aquitaine est la rÊgion française qui y consacre la part la plus importante.

5

Labex

Les laboratoires d’excellence sÊlectionnÊs lors du premier appel d’offres Investissements d’avenir : sAmadeus : matÊriaux avancÊs sur mesure sBrain : neurosciences sCote : Êvolution, adaptation et gouvernance des Êcosystèmes continentaux et côtiers sLascarbx : usage du monde par les sociÊtÊs anciennes, processus et formes d’appropriation de l’espace sur le temps long sTrail : recherche translationnelle et imagerie avancÊe

5

Equipex

Les ĂŠquipements d’excellence sĂŠlectionnĂŠs lors du premier appel d’offres Investissements d’avenir : sOptopath : psychopathologie expĂŠrimentale sPetal : laser, ĂŠnergie sPhenovirt : plate-forme neuropsychopharmacologique sElorprinttec : nanotechnologies sXyloforest : ďŹ lière bois

L’Aquitaine terre d'excellence scientifique  

De nombreux pôles et Clusters qui réunissent entreprises régionales et recherche académique : vigne et vin, sports de glisse, construction d...

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