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L’ARBRITIBI

Le journal des étudiants en foresterie, en géographie et en environnement

Édition 5 - Novembre 2012

Qu’advient-il de la faune québécoise?

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DOSSIER ÊTES-VOUS EAU COURANT? Pages 5 à 10 Le jardinier Maraîcher

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Cher(e)s étudiants(e)s, L’automne est bien arrivé et on le sent jusque dans les coins les plus reculés du Pavillon Abitibi Price. On le remarque aussi sur les visages des étudiants, qui ont travaillé fort pour la mi-session et qui reviennent d’une semaine de lecture parfois rentable au point de vue académique mais plus souvent profitable au point de vue social. Qu’à cela ne tienne! Tels des combattants faisant face à un ennemi dont le talon d’Achille a été mis à jour, attaquons le reste de la session avec l’ardeur de nos aïeuls sans peur de la défaite! Pour vous aider à vous détendre dans les moments de pauses grandement mérités, nous vous avons concocté une édition automnale de l’Arbritibi digne de ce nom. N’hésitez pas à répandre la bonne nouvelle en vous appropriant plusieurs copies que vous pourrez laisser dans votre salon, dans votre chambre, dans votre salle de bain, dans votre cuisine et à votre famille bien sûr! Notre but premier est d’être lu!

Le mot du comité À la suite de la dernière édition (septembre 2012) nous avons eu l’honneur d’être félicité par le comité de développement durable de la faculté pour le projet du journal et l’édition en question. Elle a été considérée comme une belle initiative s’inscrivant dans les valeurs de ce comité et sera présentée dans la bibliothèque vers Brundtland du hall d’entrée de la faculté avec la mention « Démocratie et Écologie ». Encore une fois, nous vous avons concocté un dossier spécial. Cette fois-ci, le sujet principal sera l’océan, afin de faire un lien avec l’année 2013, qui, en marge du 6ème Forum Mondial de l’Eau, a été désignée par l’UNESCO comme étant l’année internationale de la coopération dans le domaine de l’eau. Vous pourrez assouvir votre soif de connaissances avec des articles sur la pollution des océans, l’aquaculture et le cinéma océanographique. Les autres sujets traités ce mois-ci sont : Le remaniement ministériel fait au provincial, les champignons et l’agriculture biologique, le tout couronné d’une chronique musicale. Bien que nous soyons un comité plein d’amour, d’allégresse et d’avenir, il nous manque toujours de nouvelles recrues permettant d’assurer la pérennité de l’institution. Si vous avez des envies d’écriture ou d’implication, nous avons mis un géant nommé Anthony «Beaupré» Fournier sur le cas du recrutement. C’est un 1ere année en environnement grand, cheveux long blond. Le journal se veut aussi une tribune pour parler des évènements qui peuvent rejoindre tous les étudiants de la faculté alors n’hésitez pas l’utiliser pour passer vos messages! Bonne lecture! Alice Bernier-Banville Marianne Blanchette Aurélie Charpentier Milène Courchesne Anthony Fournier Alexandre Guay-Picard Félix Primeau Bureau Vicky Thériault larbritibi@ffgg.ulaval.ca

I L’ARBRITIBI


Qu’advient-il de la faune québécoise?

par Milène Courchesne, étudiante de deuxième année en Environnements naturels et aménagés

Depuis le 19 septembre 2012, le secteur faunique, qui était affecté au ministère des Ressources naturelles depuis 2003, a été transféré au ministère de l’Environnement. En effet, on parle maintenant du Ministère des Ressources naturelles (MRN) et du Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la FAUNE et des parcs (MDDEFP). Quels seront les impacts de ce changement de ministères? Certains semblent satisfaits de cette réorganisation amenée par la nouvelle première ministre Marois, mais cette décision semble soulever de vives inquiétudes. À première vue, le fait d’associer la faune et l’environnement ne semble pas BÊTE comme idée. En effet, on dit souvent que le MRNF mettait de côté la faune au profit du secteur minier et forestier. De plus, Daniel Breton, militant environnementaliste et

cofondateur du parti vert a été nommé ministre du l’Environnement par le gouvernement péquiste. L’équipe Marois est également composée de la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet, cofondatrice du comité environnemental du Parti québécois (PQ) et du Responsable de la Faune et des Parcs, Scott McKay, l’ancien chef du parti vert de même que d’autres fervents environnementalistes. Le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, s’inquiète de ces nominations considérant ces deux ministres «promoratoires et antidéveloppement économique». Toutefois, avec ces nouveaux arrivants, le volet environnemental sera enfin mis de l’avant. D’ailleurs, un pas vert a déjà été franchi rapidement en disant non au gaz de schiste et au nucléaire. Par contre, remettre la responsabilité du dossier de

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la faune au ministère de l’Environnement ne semble pas satisfaire tout le monde. Cette décision de madame Marois aurait-elle été un peu trop précipitée? Rappelons que le secteur faune a été maintes fois transféré de ministère en ministère. D’ailleurs, il a déjà été associé au ministère de l’Environnement, mais les résultats avaient été désastreux. Par exemple, le Président du syndicat des agents de protection de la faune, Paul Legault, rappelle qu’ils avaient perdu plus de 100 postes d’agents. La Société de la Faune et des Parcs avait alors été créée par le ministre péquiste Guy Chevrette qui a dû fournir plus de 4 millions de dollars en 1998 pour ajuster le tir. Malheureusement, cette société a été abolie en 2004 après le changement de gouvernement. Les conséquences du transfert de la faune restent difficiles à prévoir. Marc Plourde, Directeur général de la Fédération des pourvoiries du Québec donne son opinion sur ce transfert: «Nous aurons plus notre place là (au MDDEFP) que devant des dossiers à saveur très économique, comme la forêt ou les mines. […] Il ne faudrait pas que nous perdions tous les outils de concertation que nous avons mis en place.» En effet, le MRNF avait créé les Commissions régionales sur les ressources naturelles et le territoire (CRRNT) qui permettaient d’assurer une gestion intégrée et régionale des ressources naturelles et du territoire et les tables de gestion de la faune. Ces deux outils permettent une gestion décentralisée, c’est-à-dire qu’ils font participer la population régionale. Quant au MDDEFP, il s’agit plutôt d’un ministère centralisé, laissant moins de place à la participation régionale. De plus, le MRN est un ministère avec beaucoup de ressources financières tandis qu’au MDDEFP le

manque de ressources humaines et financières est flagrant, ce qui inquiète de nombreux biologistes et chasseurs sur les groupes de discussions du WEB. L’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec s’inquiète également de cette dichotomie entre les Ressources naturelles et la faune. Selon l’Ordre, cette décision s’oppose au nouveau régime forestier et ne favorise pas la préparation des plans d’aménagement forestier intégré (PAFI). Ce changement de structures déséquilibre la «synergie d’équipe interdisciplinaire» amenée par le MRNF, surtout dans le contexte de l’arrivée du nouveau régime forestier. D’un autre côté, le directeur du CRE de Laval est satisfait du choix des ministres à saveur environnementale et du ralliement de la faune et des parcs, deux entités qui vont de paires. Le Regroupement QuébecOiseaux (RQO) est également d’accord avec la décision de Madame Marois. D’ailleurs, le directeur général de RQO dit : «La faune sera nettement mieux protégée avec le ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs qu'elle ne l'était avec les Ressources naturelles, un ministère à vocation économique.» Pour certains, il s’agit donc d’une union cohérente entre l’environnement et la faune. Bref, le transfert du dossier faunique du ministère des Ressources naturelles au ministère de l’Environnement suscite autant d’approbations que d’inquiétudes. Toutefois, il faut se rappeler que le gouvernement élu est minoritaire et ses jours sont donc comptés. Est-ce une décision précipitée qui ne mérite pas de changer le lettrage des camions des deux ministères ou bien est-ce une décision éclairée qui amènera une meilleure gestion de la faune? L’avenir nous le dira.

Dans PFNL, il y a champignon

par Franck Tuot, étudiant de troisième année en Aménagement et environnement forestier

Effet de mode, mais également réalité économique, les produits forestiers non ligneux (PFNL) ont la côte de nos jours. Certaines personnes sont sceptiques, d’autres en entendent trop parler, mais nombreux sont ceux qui ne connaissent pas le véritable potentiel de ces produits. Histoire de dégrossir le sujet, en voici une liste non exhaustive : -

Matteucie (fougère) Sirop d’érable Sirop de bouleau

III L’ARBRITIBI

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Chicouté Bleuets sauvages Thé du labrador Ginseng L’if Ail des bois Sève de sapin Couronne de sapin Les plantes médicinales Les huiles essentielles Tous les autres petits fruits


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Les champignons …

Selon la FAO, même les animaux sont des PFNL en forêt. Mais la définition s’est adaptée au Québec, étant donné la place bien ancrée de la chasse et de la pêche dans les loisirs des Québécois. Si on vous demandait d’attribuer un pourcentage pour chaque produit de la liste précédente, en fonction de sa place sur les marchés, quelle serait votre réponse ? Il n’y en pas vraiment. Beaucoup trop de ces produits finissent sur un marché informel, ce qui rend la ressource difficilement quantifiable. Cependant, les champignons pourraient être un des produits à l’avenir prometteur, alors parlons-en ! Il s’agit d’une ressource bien connue par les Européens, friands de toute sorte d’espèces. Dans le monde, il n’y a pas plus d’une dizaine d’espèces ayant un fort potentiel commercial, et la plupart de ces espèces se retrouvent au Québec ! Matsutaké, morilles, chanterelles, bolets, cèpes, pleurote… On parle ici d’une ressource équivalente à des centaines de tonnes par année. Paradoxalement, les récoltes annuelles de la province ne représentent que quelques tonnes par année. Les champignons pourrissent donc en forêt ! La principale cause à cela : le besoin urgent de cueilleurs. Il y a quelques années, on aurait pu accuser le marché qui n’était pas là, mais ce dernier s’organise de plus en plus. Actuellement, les champignons québécois s’envolent vers la France en particulier, pendant que le Québec en achète dans l’Ouest canadien. Insensé vous allez me dire ? Évidemment. Et c’est la mission du moment de l’association pour la commercialisation des champignons forestiers (ACCHF). En pleine réorganisation, l’ACCHF a tenu samedi dernier son assemblée générale annuelle ici, au Kruger. Son objectif s’élargit à tous les PFNL à présent, mais un gros travail est en phase d’être réalisé pour les champignons, à savoir l’élaboration d’un cahier des charges pour la cueillette et la commercialisation de cette ressource. Avec ce document, le secteur espère organiser le marché, du cueilleur jusqu’au sachet vendu en supermarché. Un beau produit québécois qui va sortir de l’ombre ! Le marché mondial totalise présentement environ 2,5 milliards $. Ceci ne prend en compte que la filière directe et ne compte pas, semble-t-il, les retombées comme le mycotourisme, la restauration, etc.

Les champignons génèrent annuellement, sur la côte ouest-américaine, environ 80 millions $ tout inclus. La ressource est tout autant disponible ici, au Québec (on parle de 300 tonnes annuellement). Alors qu’attendons-nous ? À vos couteaux et paniers, une petite sortie en forêt ça fait du bien, même en novembre ! Pour en savoir plus : Monsieur J.André Fortin : j.andré.fortin@vidéotron.ca Marie-France Gévry : marie-France.gevry@sbf.ulaval.ca Si vous voulez cueillir : Amyco, champignons sauvages : champignons@amyco.ca Morilles Québec : info@morillesquebec.com Gourmet sauvage : nature@gourmetsauvage.ca Gaspésie sauvage : info@gaspesiesauvage.com

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DOSSIER ÊTES-VOUS EAU COURANT? L’aquaculture intégrée : une stratégie responsable Page 6

Une soupe au plastique pour le diner Page 7

Chronique cinématographique Page 8

V L’ARBRITIBI


L’aquaculture intégrée : une stratégie responsable par VIcky Thériault, étudiante de deuxième année en Environnements naturels et aménagés

Pêche et Océan Canada, Photo: T. Chopin (UNBSJ)

Depuis les dernières décennies, l’élevage de poissons et de fruits de mer au Canada devient une industrie fleurissante et davantage avisée que la pêche commerciale. Pourtant, les pratiques de cette industrie sont dénoncées par les résidents où les fermes d’élevage sont établies ainsi que par les militants écologistes. Les problèmes environnementaux reliés à l’élevage de saumons en eau salée sont liés à l’énorme quantité d’individus présents dans ces monocultures. En effet, les déjections ainsi que la nourriture non consommée par les saumons se déposent dans le milieu marin et représentent une grande quantité de fertilisants, menant à la saturation et à l’eutrophisation du milieu où sont implantées les fermes d’élevage. Pour résoudre ces problèmes, un chercheur en biologie marine de l’Université du NouveauBrunswick, Thierry Chopin, a mené une expérience dans la baie de St-Georges, en plein cœur de la baie de Fundy. L’expérience avait pour but de faire de l’industrie du saumon dans la baie de Fundy une forme d’exploitation respectueuse de l’environnement qui répond aux besoins et aux attentes des résidents. Le secret pour atteindre cet objectif se résume en deux mots : aquaculture intégrée.

La monoculture de saumon produit une grande quantité de nutriments rendus disponibles dans le milieu, comme le carbone, mais aussi des éléments dissous tels l’azote et le phosphore. L’expérience menée par Thierry Chopin visait donc à intégrer au milieu d’exploitation des espèces qui utiliseraient ces nutriments, telles les moules et les algues, pour réduire l’impact de l’élevage du saumon sur la qualité de l’eau. Les moules filtrent les résidus riches en carbone, ce qui leur assurent une bonne croissance. Les algues, quant à elles, absorbent l’azote et le phosphore, des nutriments essentiels à leur développement. Toutefois, pour boucler la boucle, il fallait trouver une utilisation à toute la biomasse d’algues produite. Thierry Chopin propose alors d’incorporer les algues dans la diète des saumons, ce qui pourrait permettre de réduire de 50% à 25% la quantité de farine de poisson utilisée pour nourrir les élevages. Au Centre de recherche de St-Andrew, l’expérience fut réalisée. Les chercheurs ont utilisé deux diètes différentes, soient celle avec moins de farine de poisson et davantage de protéines végétales, ainsi que celle représentant le régime habituel. Résultat : après 6 mois, les deux diètes ont mené à des résultats semblables et les saumons sont en bonne santé. L’aquaculture intégrée représente donc un débouché commercial intéressant même s’il reste encore des recherches à faire afin de démontrer de façon claire et précise sa valeur économique et son efficacité pour diminuer les impacts environnementaux reliés à l’élevage du saumon en milieu marin. Quelques avancées sont toutefois prometteuses comme l’entreprise Cooke Aquaculture, présente dans la baie de Fundy, qui a transformé 10% de ses fermes d’élevage selon le modèle proposé par Thierry Chopin.

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Une soupe au plastique pour le diner

par Aurélie Charpentier, étudiante de deuxième année en Environnements naturels et aménagés puisqu’ils ne sont ni solides ni compacts. Il y a un continent de plastique au nord-est du Pacifique qui a la taille de 3,5 millions de kilomètres carrés, soient le tiers de la superficie des ÉtatsUnis. Il y a aussi une plaque de plastique dans l’Atlantique Nord. Elle a, quant à elle, la superficie de la France, la Belgique et la Grèce réunies, soit d’environ 700 000 km2. Vous vous demandez probablement de quoi sont composées les « soupes de débris »?

Êtes-vous plutôt du genre à vous préoccuper du sort des sacs de plastiques qui partent au vent, des mégots de cigarettes jetés par terre et des gobelets de styromousse laissés sur les bancs de parc ou bien penchez-vous plutôt pour la théorie de leur disparition par magie une fois abandonnés? Que vous penchiez pour l’une ou l’autre des options, le triste mystère sera désormais résolu. Il est d’abord important de réaliser que 100 % des déchets sont produits par les hommes. Ce ne sont pas les poissons, les oiseaux ni même les baleines qui sont responsables des déchets qui se retrouvent dans leurs habitats, mais bien les humains. Pourtant, dans l’immédiat, ce ne sont pas les humains qui en souffrent, mais plutôt toutes les autres espèces. En effet, 80 % des déchets que l’on retrouve dans les océans sont d’origine continentale, c'est-à-dire qu’ils ont été laissés sur la terre ferme et que les vents et les eaux servent à les acheminer jusque dans les océans. Aussi, 90% des débris océaniques sont du plastique. Qu’ils soient énormes ou microscopiques, les débris de plastiques sont bien présents dans les océans et ont un impact sur la vie marine.

Tout d’abord, il est possible de retrouver en énorme quantité les petites billes qui sont la matière première de la composition du plastique de même que le résultat de la décomposition d’objets de plastique plus gros. Les mégots de cigarette font aussi partie des débris présents dans les océans et sur les plages. Ce ne sont pas simplement les « fumeurs de plage » qui sont responsable de cette réalité, mais aussi tous les fumeurs qui rejettent leurs mégots directement sur le sol, comme sur les trottoirs ou dans les rues. Un mégot à lui seul est susceptible de contaminer 500 litres d’eau en la rendant impropre à la consommation. Il est aussi possible de retrouver des bouteilles de plastique, des canettes, des hameçons de pêche, des filets, de la vaisselle jetable, des pailles, des sacs de plastique, des pneus, des frigidaires, des télévisions, des tampons, des condoms, des couches jetables, des briquets, des paquets de cigarettes… Nommez-en, je suis malheureusement certaine qu’il est possible de tous les retrouver dans les océans du monde entier. Impact sur les espèces marines

En 2011, 265 millions de tonnes de plastique ont été produites à travers le monde, ce qui fait 8 400 kg de plastique produits par seconde. 26 500 000 tonnes de plastique qui se retrouve dans les océans ANNUELLEMENT.

Ces débris ne sont pas inoffensifs, loin de là. On estime qu’à chaque année, à l’échelle planétaire, 1 millions d’oiseaux et 100 000 animaux marins meurent à la suite de l’ingestion de matière plastique. Au total, environ 270 espèces marines sont affectées par les débris de plastique présents dans les océans. En voici quelques exemples :

Dans les océans, il y a présentement deux continents de plastique, à la rencontre des courants océaniques. Ces continents ressemblent davantage à une soupe géante qu’à de vrais continents,

1. L’Ile de Midway est située au beau milieu du Pacifique, à plus de 1000 km des côtes. Cette île abrite des milliers d’albatros et est malheureusement située à côté du continent de plastique. Il n’est

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de plastique, qui ont l’air de méduses lorsqu’ils flottent dans l’eau. Le plastique s’accumule dans l’estomac et les intestins donnant à l’animal la sensation d’être rassasié, ce qui entraine évidemment de la malnutrition et la mort de l’animal à long terme.

pas rare de retrouver des albatros, des nouveaunés aux adultes, morts avec dans l’estomac des débris de plastique tel des brosses à dents, des briquets et de bouchons de bouteilles. Les mères donnent ces débris à leurs petits, ce qui les fait mourir. Le scientifique Jean Lemire, présentement en mission, à disséqué des Albatros mort sur Midway et dans chacun d’eux, il a retrouvé du plastique. 2. Il y a aussi le problème de l’emmêlement avec les filets de pêche qui nuit aux organismes marins, principalement aux mammifères marins. Durant l’été 2012, plus d’une quinzaine de petits se sont échoués ou sont morts parce qu’ils sont restés pris dans des engins de pêche à cause du chevauchement de répartition des proies des baleines et des poissons pêchés par les humains. Les mammifères marins qui se prennent dans les filets ne peuvent plus nager ni remonter à la surface pour respirer, ce qui entraine leur mort par asphyxie. Il y a aussi des filets qui sont abandonnés en mer, ce qui augmente le risque d’empêtrement pour les animaux marins. Aussi, beaucoup de baleines et de tortues meurent parce qu’elles ont ingéré des sacs

Ce ne sont que deux exemples des impacts de la consommation sur l’environnement, mais croyezmoi, il en existe plusieurs autres. Nous consommons, nous jetons, nous ne pensons pas à l’ampleur de nos gestes. Pourtant, nous devrions, car des animaux meurent par millions et les océans du monde entier se vident à cause de nous. Les océans sont les baromètres de la santé de la planète et ils sont à leur plus bas, il est plus que temps de s’en rendre compte.

Chronique cinématographique

par Félix Primeau-Bureau, étudiant de troisième année en Aménagement et environnement forestier

The life aquatic, un film de Wes Anderson Comme film culte, océanique, loufoque, génial… relié au thème du journal, je vous présente : The life aquatic. Est-ce un film montrant les merveilles abyssales de l’océan? Est-ce un film d’hommes et de femmes ayant délaissés la vie terrestre pour adopter la vie marine? Ou un film sur un animal marin pour enfant dans le style de Mon ami Willie? Bien, c’est un peu tout ça à la fois. Durant le party d’Halloween, un de mes confrères, Simon Trudeau,

a fait une fière démonstration de ce à quoi ressemble un membre de l’équipe Zissou. Plusieurs d’entre vous l’ont regardé entrer en scène avec un air hébété en vous demandant : «C’est quoi ce déguisement là? Un habit d’infirmier bleu couronné d’une tuque rouge, j’ai jamais vu ça!» Je vous ouvre donc les yeux sur le monde fantastique de The life aquatic. L’équipe Zissou, qui est la base du film, est formée par le Capitaine Steve Zissou et son équipage. Leur

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but : parcourir les océans à la recherche d’espèces rares pour les documenter et développer des connaissances scientifiques à leur sujet. L’idée du réalisateur était de créer une fiction sur le capitaine Cousteau, à partir d’un univers fou tout droit sorti de son imagination. C’est, selon moi, une totale réussite qui offre comme produit final un film ayant des allures de documentaire mais qui est beaucoup trop délirant pour être vrai. On retrouve dans ce monde des hippocampes multicolores et un requin Jaguar qui n'existent pas, en tout cas, ils n'ont pas été découverts et semblent très réels. L’équipe Zissou tourne des documentaires, un peu comme la mission antarctique de Jean Lemire l’a fait, et a une assez bonne réputation. Le capitaine a donc pu se payer un bateau peu ordinaire dans lequel il y a : un sauna, un laboratoire de recherche, une salle d’enregistrement pour les documentaires, une cuisine haute technologie et j’en passe. Le film relate les événements qui se déroulent après la fin d’un documentaire de l’équipe Zissou dans lequel le meilleur ami du capitaine se fait dévorer par un requin d’une espèce auparavant inconnu. Steve Zissou décide de partir à la recherche de ce requin

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pour venger son ami et en profite pour tourner un autre documentaire. L’air de rien, ce film est sûrement un des meilleurs que j’ai vu (j’aime beaucoup le cinéma) et il plaira à ceux qui veulent sortir de leur quotidien par le biais du 7ième art et même aux scientifiques qui s’intéressent à la biologie marine qui y retrouveront un monde de recherche pas si loin du leur comportant sa dose de joie et de tristesse. Finalement, je conseille le film à vous tous parce que c’est le mois de novembre, qu’il fait tout le temps gris dehors et qu’on a besoin de se détendre de temps en temps entre deux périodes intenses de remue-méninges!


Americano, un film de Carlos Ferrand Les Amériques. Un nom donné à un morceau de terre qu’un explorateur européen a trouvé sur son chemin à la conquête de nouvelles richesses. Qu’en est-il des gens qui les habitent? Notre partie des Amériques est peuplée par des immigrants, des métisses, des descendants de colons… nous sommes un peuple multiple. On pourrait suivre la même réflexion pour ce qui est de l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale. Derrière toutes ces différences, nous habitons sur un seul et même continent. Il peut s’avérer enrichissant de se poser cette question : Qu’est-ce qui nous uni? Dans le film Americano le cinéaste d’origine péruvienne, Carlos Ferrand, nous raconte une histoire des Amériques. Exilé depuis 40 ans, il décide de retourner voir les gens qui l’ont vu grandir, qui ont marqué son existence et avec qui il a développé des liens que le temps ne peut effacer. À travers ces retrouvailles, Carlos en profite pour nous montrer quelle vision ont ces personnes de leur monde et de leur communauté. On comprend vite que ces gens sont, pour la plupart, marginalisés. Il s’agit soit de gens issus de peuples des temps anciens soit des gens qui sont arrivés il y a quelques centaines d’années sur le continent. Le film est un grand voyage, lent, passant par le Pérou, le Chili, le Mexique, les États-Unis et le Nunavut qui nous permet de prendre connaissance d’une dure réalité qu’on ne vit pas tous les jours dans notre société moderne, mais qui existe dans la plupart des pays du continent. La vie y est plus brute, souvent violente, mais aussi empreinte d’une vérité qui nous échappe souvent ici.

Quand j’ai vu ce film pour la première fois, en présence du réalisateur, j’ai ressenti le besoin de partir et d’aller voir ces territoires qui me sont étrangers. L’Amérique, c’est un ensemble de cultures, pas seulement celles de l’Amérique du Nord et des États-Unis, qui valent la peine d’être vues et entendues.

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Musique et Indépendance, la même chanson par Anthony Fournier, étudiant de première année en Environnements naturels et aménagés

Metric et The Sheepdogs, deux bands canadiens, représentent musicalement des époques bien différentes, mais se sont croisés au niveau de leur indépendance musicale pour repartir dans l’autre sens. Deux autres minces points en commun : chacun a sorti un album en 2012 et sera en spectacle à quelques jours d’intervalles dans la Vieille Capitale. Voyons voir ce qu’ils auront à nous offrir. On peut être fier d’un groupe alternatif canadien capable de remplir le Centre Bell et le Colisée Pepsi à 24 heures d’intervalle (j’aimerais pouvoir en dire autant d’un groupe québécois, autre que Céline Dion ou un quelconque académicien qu’il/qu’elle soit, mais bon) comme le fera fort probablement Metric les 21 et 22 novembre prochain. Le collectif formé en 1998 par la charmante, talentueuse, resplendissante, mariable, pianiste interprète Emily Haines ainsi que le guitariste James «Jimmy» Shaw est plus qu’un band, c’est un business. «Music ain’t business»… Sauf lorsqu’on veut tout simplement s’assurer d’être complètement indépendant. Leur quatrième album, Fantasies(2009) avait quand même été produit chez un label indépendant, Last Gang Records, mais le lien qu’entretenait Last Gang avec Interscope (une des plus grandes compagnies de productions des États-Unis) était trop présent pour Metric, qui a décidé de fonder Metric Music International, un label complètement indépendant qui «n’a aucunement comme projet de mettre un autre groupe sous signature», selon Shaw. Mais qu’est-ce que ça change pour un auditeur? Tout simplement le fait d’avoir l’assurance d’entendre la vraie musique sans filtre de production et de ne pas financer la plus grande main preneuse de tout le monde de la musique. Bref, ça donne Synthetica(2012). Cinquième opus de la formation, Synthetica fait suite à un album rempli de chansons restant en tête des semaines durant, Fantasies, qui leur a permis de remporter le Juno 2010 de l’album alternatif de l’année et du même coup celui de groupe de l’année. Synthetica reflète les jours plus sombres de l’auteure Emily Haines, qui se permet même de dialoguer avec Lou Reed sur «The Wanderlust». Mêmes avec des chansons un peu moins éclatantes, l’interprète détient encore le «pop power» en elle et cache une mélodieuse façon de lancer ses mots. L’album prend différentes directions musicalement, ce qu’on est en mesure d’attendre de tout bon

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groupe alternatif, passant de l’indie rock «hipstérien» sur lequel crache désormais ce fameux mouvement en retournant même vers les années 80 avec du son New Wave, de quoi faire ravaler sa salive à n’importe quel fans du «Vintage». Cet affrontement entre thèmes de jeunesse perdue et de personnalité en perdition prend lentement forme tout au long de l’album et se rejoint finalement durant «Nothing But Time», le dernier morceau de l’album. C’est un album qui n’entrera pas à l’histoire, mais qui vaut tout de même la peine d’être écouté à plusieurs reprises (disponible en entier sur youtube, gracieuseté du groupe), ne serait-ce que pour écouter et réécouter les versions acoustiques de chacune des chansons. Des billets sont encore disponibles pour le spectacle du 22 novembre au Colisée Pepsi à 55,20$, c’est un peu normal. Beaucoup plus jeune, The Sheepdogs est un groupe de Saskatoon formé par quatre potes du secondaire. Des gars qui n’ont pas l’air trop propre, des guitares qui sonnent «bin bin» fort, on se croirait à Woodstock en entendant leur premier album, Learn and Burn(2010), qui a vu le jour alors que le groupe n’était signé par nul autre que…Personne. Learn and Burn fit un tabac ainsi qu’un tour du chapeau au gala des prix Juno 2012, remportant les prix de l’album rock de l’année, de la révélation de l’année et le «single» de l’année. Le 4 septembre dernier, au levé du règne de Pauline, est sorti The


Sheepdogs, album éponyme du groupe. Maintenant rattaché à une grande maison de production, Warner Music Canada, ils ont fait appel à nul autre que Patrick Carney, le batteur du groupe The Black Keys, pour produire leur album. Ayant eu le chemin totalement contraire de Metric, voyons voir l’influence que cela a pu avoir sur l’album.

Si on ne fait qu’écouter l’album éponyme, on peut en arriver à la conclusion que c’est un très bon album, mais un peu moins lorsqu’on est au courant de la magie entendue avec Learn and Burn. On passe du blues rock sonore rappelant Lynyrd Skynyrd et Led Zeppelin à du rock à tendance pop «Black Keysien» à certain moment. Le producteur laisse la marque d’une plaie sur l’album, tellement qu’on pourrait croire que c’est lui-même qui a joué la batterie. Cependant, les solos un peu moins présents laissent place à une meilleure structure mélodique, chaque chanson ayant un sens plus défini que sur l’album précédant. Un album plus pubère que le premier, la question demeure toutefois : était-ce trop tôt? L’industrie s’est-elle servie du groupe pour avoir un album à la sauce du moment? Nul ne le saura, mais il est clair que l’arrière de la console a influencé ce qui se passait au micro et dans les amplis. The Sheepdogs demeure tout de même un album à détenir pour chaque personne qui veut avoir l’air cool tout seul dans sa tête en marchant sur le campus ses écouteurs dans les oreilles. Si vous me voyez faire semblant d’être cool en entrant dans le pavillon, c’est parce que le groupe sera de passage au Cercle le 25 novembre prochain pour la modique somme de 23,50$... et que moi aussi j’y serai!

Le jardinier Maraîcher par Maude Provencher, étudiante de deuxième année en Environnements naturels et aménagés Le 25 octobre dernier, le conférencier Jean-Martin Fortier est venu nous faire part de son expérience en agriculture biologique. Son histoire est très inspirante et encourageante pour tout jeune entrepreneur qui désire se lancer en agriculture biologique. Jean-Martin Fortier a osé faire les choses différemment pour être fidèle à ses convictions et en fait, il réussit très bien à en vivre. Son projet s’inspire de plusieurs modèles d’agriculture auxquels il a participé aux cours de voyages, où il a développé un grand intérêt pour l'agriculture durable et pour un monde plus équitable. La particularité de son modèle d’agriculture est qu’il pratique une microagriculture, c’est-à-dire qu’il cultive un seul hectare. C’est tout un exploit si l’on considère les retombées économiques de sa petite terre, soit d’environ 100 000 $. Son objectif n’était pas de cultiver le plus de surface possible, mais plutôt de mieux cultiver, avec un meilleur rendement. Il qualifie sa

façon de faire à « échelle humaine », car ses méthodes sont non mécanisées. Dès la première année, la ferme était rentable, car il n’y avait pas eu d’investissement majeur, travaillant avec seulement quelques outils. Dans un modèle comme celui-ci, un tracteur est un outil encombrant. En travaillant manuellement, ça permet de faire une culture biointensive, ce qui augmente la production en diminuant l’espace entre les plants. Tout ça amène d’ailleurs plusieurs avantages comme la diminution du désherbage et la création d’ombre à la surface du sol. L’idée est aussi d’utiliser les ressources que la nature nous offres comme nos amis les vers de terres. En ne perturbant pas le sol, les vers de terre, prolifèrent et effectuent le travail à notre place en laissant un sol meuble. Au départ, il a dû se battre pour avoir accès à des subventions afin de démarrer son entreprise. On lui disait que ses méthodes étaient farfelues et non

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rentables. Acharné, il a réussi à amener de solides preuves démontrant que bien que son agriculture serait différente, elle serait fructueuse. Le chiffre d’affaire de l’entreprise est petit, mais le ratio ($/m) économique est excellent. Il compare son salaire à celui d’un menuisier ou d’un plombier; il gagne bien sa vie, dit-il. Aujourd’hui, le marché pour les produits locaux ainsi que bio est présent. Les gens sont de plus en plus prêts à payer pour de la qualité, cultivée de façon responsable. D’ailleurs, ses clients sont extrêmement satisfaits des produits qu’ils achètent et ne reviendraient pour rien au monde dans les supermarchés. De plus, les gens aiment l’idée de rencontrer leur agriculteur au marché et d'entretenir une relation avec lui semaine après semaine.

Jean-Martin Fortier souligne une lacune dans la formation du Baccalauréat en Agronomie puisqu’il n’y a présentement aucun cours sur l’agriculture écologique. Cette façon de faire devrait être introduite lors de la formation pour donner une brève idée au futur agronome des possibilités et méthodes de cultures moins polluantes. L’agriculture biologique répond à des enjeux environnementaux, mais aussi à des problèmes sociétaires de l’environnement. Jean-Martin Fortier termine sa conférence en nous affirmant que oui, l’agriculture biologique peut être très productive et rentable, et que c’est loin d’être une utopie, comme certains le prétendent. Je vous conseille donc son livre « Le jardinier maraîcher » pour en apprendre plus. Il est en vente à la Coop zone.

Bibliographie Qu’advient-il de la faune québécoise? CABANA, Julien. «Déception dans le monde de la faune», Journal de Québec, le jeudi 20 septembre 2012, [En ligne], http://www.journaldequebec.com/2012/09/20/deception-dans-le-monde-de-la-faune JOURNET, Paul. «Le PQ a «les deux pieds sur le frein», selon François Legault», La Presse, 21 Septembre 2012, [En ligne], http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/politiquequebecoise/201209/20/01-4576119-le-pq-a-les-deux-pieds-sur-le-frein-selon-francois-legault.php CNW Telbec. L'Ordre des ingénieurs forestiers du Québec est inquiet des impacts de la scission entre les Ressources naturelles et la Faune, Québec, le 25 septembre 2012, [En ligne], /http://www.newswire.ca/fr/story/1041823/l-ordredes-ingenieurs-forestiers-du-quebec-est-inquiet-des-impacts-de-la-scission-entre-les-ressources-naturelles-et-la-faune ST-AMOUR, Stéphane. «Le CRE de Laval satisfait du choix des ministres», Courrier Laval, 24 Septembre 2012, [En ligne], http://www.courrierlaval.com/Actualites/Politique/2012-0924/article-3082336/Le-CRE-de-Laval-satisfait-du-choix-des-ministres/1 Regroupement Québec-Oiseaux, «Nomination du Conseil des ministres : Le RQO félicite madame Marois», 21 septembre 2012, [En ligne] http://www.quebecoiseaux.org/index.php?option=com_content&view=article&id=566%3Anomination-du-conseil-des-mi nistres-le-rqo-felicite-madame-marois-pour-son&catid=139%3Adivers&lang=fr

Dans PFNL, il y a champignon Le monde Forestier, vol 26, n°8, « Première année pour Champignons nordique », p18, octobre 2012.

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L’aquaculture intégrée : une stratégie responsable Pêche et Océans Canada, http://www.dfompo.gc.ca/science/enviro/aquaculture/rd2011/cimtan-rcamti-fra.html Radio-canada, la Semaine verte, émission du 18 août 2012 « Aquaculture, Baie de Fundy », http://www.radio-canada.ca/emissions/la_semaine_verte/20112012/chronique.asp?idChronique=226918

Une soupe au plastique pour le diner http://www.planetoscope.com/petrole/989-production-mondiale-de-plastique.html http://www.marees-noires.com/ http://www.romm.ca http://www.notre-planete.info http://www.greenpeace.org http://sedna.radio-canada.ca Photo du dossier Êtes-vous eau courant? http://www.mathieudupuis.com/index.php#mi=2&pt=1&pi=10000&s=20&p=7&a=0&at=0

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L'Arbritibi - Novembre 2012  

Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique Université Laval