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LA PETITE

SEMAIN E « Une semaine pour tout savoir »

n°7

DU 10 A AU 17 VRIL AVRIL

Dominique Baudis 1947 - 2014 Mercredi 17 avril 2014 - n°7

2,90€

Made in France : un concept à bout de souffle ?

Brésil : la face cachée du Mondial


N°7 « Une semaine pour tout savoir » Rédaction : 47 avenue du Sergent Michel Berthet 69 009 Lyon +33(0)4 72 85 71 73 lapetitesemaine.iscpa@gmail.com @lapetitesemaine

Directeur de la rédaction : Isabelle Dumas Rédacteur en chef : Corentin Vaissière Secrétaire de rédaction : Thibault Rodrigue Maquettiste : Mathilde Solages et Philippe Jawor Journalistes : Martin Casamatta, Laura Hurissel, Philippe Jawor, Amaury Meygret, Louise Pezzoli, Baptiste Pierre, Thibault Rodrigue, Mathilde Solages, Corentin Vaissière, Déborah Zago

Droit à l’image : Toutes les images et photographies présentes dans ce numéro de La Petite Semaine sont soumises à des copyright afin de respecter le travail des auteurs. Photo de couverture : © SIPA Photos sommaire : © AFP © France 2 © DR © Le Parisien © Reuters

ÉDITO « Je t’aime, moi non plus » Le départ du plateau du «Supplément» diffusé sur Canal +, d’un Jean-Vincent Placé furibond aura marqué les esprits le week-end dernier. Mais pour les Français, cette scène n’est pas la première et ne sera pas la dernière. « En politique, toute faute est un crime » disait Eugène Chatelain. Aujourd’hui, tous les citoyens tricolores ont l’idée que chaque homme ou femme politique traîne des casseroles. Le désintérêt pour la politique est de plus en plus grand. Preuve en est, l’abstention est devenue l’élément clé de chaque scrutin, qu’il soit national ou local. Un refus du droit civique pour montrer un ras-le-bol général. Car la France en a marre d’entendre toujours les mêmes promesses, qui ne sont jamais tenues. Cela expliquerait-il la montée du Front National ? Pour une grande partie de la population, l’extrême-droite réglerait beaucoup de problèmes. Elle permettrait par exemple à certains travailleurs, de ne pas avoir un sentiment d’injustice par rapport à des personnes sans emploi, qui touchent plus qu’eux, grâce aux allocations et au RSA. Les Français verraient selon eux, un changement radical et non plus une classe politique qui semble d’abord penser à elle avant le pays. Comment demander aux Français de faire toujours plus d’efforts, lorsque leurs politiques ne les appliquent pas à eux-mêmes  ? La crise est difficile pour tous mais une réduction de ce que touchent les députés ou les sénateurs n’est pas un scandale. Seulement, ces derniers s’insurgent contre ces possibles mesures. Or, les citoyens français en ont marre d’être les seuls à faire des efforts. Ils pensent que les politiques les oublient lorsqu’ils sont au pouvoir, profitant de certains avantages. Pourtant, ces derniers semblent oublier qu’ils sont des citoyens comme les autres, élus pour gouverner et représenter la nation française. Aujourd’hui, en ces temps difficiles, les Français ne demandent pas aux politiques de faire des miracles. Ils veulent juste des représentants loyaux qui se battent pour le quotidien de leurs concitoyens mais surtout qui ont un minimum de reconnaissance pour ceux qui les ont élus.

Remerciements : Gilles Souillès, Aurélie Poupée, la rédaction de la Dépêche du Midi, Yves Tréjean et Amnesty International

Corentin Vaissière

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SOMMAIRE p4

jeudi La photo du jour : Vers la fin du calvaire grec ?

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vendredi France-Mexique : des relations tumultueuses

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Le dossier du week-end Les mille vies de Dominique Baudis

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lundi Made in France : et si c’était la fin ?

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mardi Brésil : Tout ne tourne pas (ballon) rond

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#LaPetiteSemaine la revue de tweets de @TRANSISTOR07

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JEUDI

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LA PHOTO DU JOUR

Une voiture piégée a explosé devant la Banque de Grèce le 10 avril, sans faire de blessé

Photo : © AFP

GRÈCE, ENTRE ESPOIR ET RÉALITÉ

H

Thibault Rodrigue @ThibaultEduardo

ermès, le dieu grec du commerce, a les épaules plus solides qu’on pourrait le croire. C’est en tout cas un fait : la Grèce est en train de revenir petit à petit sur les marchés. Ce jeudi 10 avril 2014, une opération financière a permis de lever environ 3 milliards d’euros en obligations à 5 ans. Cette première émission de dette marque donc le retour de la Grèce sur le plan économique depuis sa sortie des marchés il y a 4 ans. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, les estimations de croissance sont pour la première fois à la hausse : Après six ans de récession et de rigueur, la Grèce a dégagé un excédent primaire en 2013 (une première depuis 2002) et son PIB devrait croître de 0,6 % à 0,8 % en 2014. Les investisseurs étrangers, qui ont pris part selon le ministère des finances à 90% de la levée de fonds, ont donc retrouvé un minimum de confiance. En témoigne les investissements chinois dans la région. L’empire du Milieu a augmenté au premier trimestre 2012 ses exportations en Grèce de 250% par rapport à la même période l’année précédente. Mais rien d’étonnant là-dedans, la Grèce étant une porte d’entrée vers l’Europe, le Moyen-Orient, ou encore la Mer Noire. C’est juste de la stratégie. D’autres signes montrent aussi le retour de la forme grecque : les chiffres du tourisme sont en hausse de 15,5% en 2013. Et le pays multiplie les aides pour l’emploi des chômeurs de longue durée. Sur le papier, on croirait la crise loin derrière eux. Mais derrière cet écran de fumée, il faut quand même faire face à une réalité toute autre. D’abord, la Grèce va revenir dans le viseur des agences de notations, qui pourraient vite replonger les espoirs grecques dans la mer Egée si la situation stagne. Ensuite, la Grèce, par cette émission de dettes, essaye de se dégager un peu de la perfusion récessive FMI/UE. Mais c’est sous la tutelle des marchés qu’elle va s’accrocher, il n’y aura donc pas plus de liberté. Enfin, c’est une opération très politique : Le gouvernement, en pleine période électorale, (les municipales et les européennes sont en mai) a fait un geste fort à Angela Merkel, qui est venue saluer le lendemain de l’opération son « ami Samaras ». Coup de com. réussi pour la zone euro et sa politique d’austérité. Tout cela, c’est la réalité économique, et elle peut laisser quelques espoirs. Mais il y a aussi une autre réalité, représentée par l’attentat en face d’un bureau de la troïka FMI/BCE/UE. C’est la réalité sociale. Le pays est toujours en pleine crise avec un taux de chômage de 27%, des grèves généralisées et des manifestations. Et en témoigne le dispositif policier pour éloigner les manifestants de la route de Merkel, les dirigeants européens préfèrent voir l’autre réalité. Tout comme la voiture en face du bureau de la troïka, la Grèce reste encore explosée par la crise. 4


VENDREDI

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François Hollande rencontre le président Mexicain, Enrique Pena Nieto.

Photo : © AFP

FRANCE - MEXIQUE, ENTRE AMITIÉ ET DÉSACCORDS par Laura Hurissel et Mathilde Solages

Aujourd’hui, François Hollande termine sa visite au Mexique, où il a rencontré le Président Enrique Pena Nieto. Ce séjour était destiné à fêter le cinquantenaire de la venue du Général de Gaulle. Devant les médias, le président Français veut relancer le partenariat stratégique. Cependant, l’affaire Maude Versini plane en coulisse. Depuis le début de la cinquième République, les liens entre la France et le Mexique ont été souvent semés d’embuches.

UNE DÉGRADATION DIPLOMATIQUE TARDIVE

A

u cours de l’histoire, les relations entre la France et le Mexique ont toujours été plus ou moins cor-

diales. Pendant la seconde guerre mondiale, le Mexique sous la présidence de Plutarco Elias Calles prendra parti pour le général de Gaulle, rompant ainsi ses relations avec le régime de Vichy. Ce n’est qu’en 1945 que l’ambassade du Mexique voit le jour sur le sol français. Par la suite, plusieurs présidents mexicains se rendront en France, comme Miguel de la Madrid en 1985 ou encore Vicente Fox qui lui, viendra cinq fois lors de son mandat. Valéry Giscard D’Estaing effectuera une visite d’Etat au Mexique en mars 1979. Il en profite pour renforcer la coopération économique et énergétique, notamment en matière pétrolière. Cependant, lors de la visite de son homologue mexicain il reconnaît que « le passé entre les deux pays n’a pas ménagé les épreuves ». Sous la présidence de François Mitterrand, Mexico et Paris travaillent ensembles pour défendre le tiers-monde. Le président Français prononce un discours

très émouvant, il déclare «  Notre sympathie mutuelle ne date pas d’hier et ne s’évanouira pas demain, car elle fait corps avec l’histoire de nos deux républiques ». Jacques Chirac, tiendra quant à lui à la préservation de l’indépendance politique et de l’exception culturelle du Mexique. C’est sous la présidence de Nicolas Sarkozy que les relations entre les deux pays vont se dégrader. En mars 2009, le président français pose le pied sur le sol de Mexico. Les principaux enjeux de cette visite sont de signer des accords sur la sécurité ou encore la santé. Pendant ce séjour, les deux présidents décident d’un commun accord d’étudier ensemble le dossier de Florence Cassez. Elle est retenue au Mexique depuis 4 ans et accusée d’enlèvement, séquestration, délinquance organisée et possession d’armes à feu. En 2008, elle est condamnée à 96 ans de prison.

LES DOSSIERS SENSIBLES Felipe Calderon émet la seule condition que la Française purge sa peine dans son pays d’origine pour qu’elle soit rapatriée. Mais après étude du dossier, le président mexicain annonce le 23 juin 2009 que Florence Cassez purgera sa peine au Mexique. En février 2011, la Cour de cassation mexicaine rejette un recours déposé par les avocats de la Française. En France, la colère monte, Michèle Alliot-Marie, alors ministre des Affaires étrangères s’exclame  : « C’est un déni de vérité, c’est un déni de justice. Nous la soutiendrons jusqu’au bout, il est évident que cela aura des conséquences sur la relation entre la France et le Mexique ». La situation bascule lors des élections des nouveaux présidents Enrique Pena Nieto 5

et de François Hollande. Le contexte politique est plus favorable aux discussions. La presse mexicaine s’empare de l’affaire et dénonce des irrégularités. Les deux présidents se rencontrent en octobre 2012 et affirment leur volonté de « l’indépendance de la justice ». Une décision de discrétion qui se veut payante. Florence Cassez est libérée le 23 janvier 2013. Mais, l’histoire se répète avec l’affaire Maude Versini. Cette mère de famille épouse Arturo Montiel, ancien gouverneur de l’Etat de Mexico. C’est lors du divorce que tout bascule. Le père décide de garder les trois enfants au Mexique. Une bataille judiciaire s’engage, Valérie Trierweiller réagit sur twitter et lui apporte son soutien. Elle demande au Quai d’Orsay de réagir. Lors de son discours au Mexique, François Hollande fait une allusion au cas Versini-Montiel, « Il peut y avoir des ressortissants français qui, à la suite de séparations, de drames conjugaux, peuvent être séparés. Sachez bien que la France sera toujours à vos côtés, qu’elle n’abandonne personne, aucun ressortissant ». Un nouveau bras de fer semble se profiler entre les deux pays. La corruption pourrait bien jouer en faveur de Arturo Montiel, car celui-ci se trouve être un proche du président Mexicain. Suivez-les sur Twitter @HurisselLaura @SolagesMathilde


WEEK-END

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LE DOSSIE R DU WEEK-END Du côté de la droite et Xavier Bertrand sur son compte Twitter « D. Baudis aura marqué tous ceux qui l’ont rencontré par son humanité. Il était totalement investi dans tous les défis qu’il a eus à relever ». Même son de cloche pour Alain Juppé « Stupeur d’apprendre la mort de Dominique Baudis. Un ami. Un maire aimé des Toulousains. Un Défenseur des droits engagé. Tristesse. »

L’AFFAIRE ALÈGRE Sa carrière restera tout de même marquée par la terrible rumeur qui l’associait au tueur en série Patrice Alègre. Cette affaire n’était pourtant, à la base nullement liée à Dominique Baudis. C’est en 2003 que l’enquêteur en charge du dossier Alègre, Michel Roussel se questionne sur des zones d’ombre lors du parcours du tueur. En creusant, il découvre que Patrice Alègre était mêlé au milieu de la prostitution toulousaine. Dominique Baudis, sur le plateau du journal de 20h de TF1, le 18 mai 2003

Capture d’écran de l’ina.fr

DOMINIQUE BAUDIS, DE L’INFO À LA CALOMNIE

par Martin Casamatta

Dominique Baudis est décédé à 67 ans, ce jeudi 10 avril. Sa disparition a ému toute la classe politique et les médias. En effet, ce touche à tout avait connu beaucoup de fonctions et avait toujours fait l’unanimité. Mais son nom reste également associé à la rumeur dont il fut victime dans l’affaire Alègre.

D

ominique Baudis commence sa carrière en tant que journaliste à Beyrouth entre 1971 et 1975. Il couvrira ainsi une période synonyme de guerre civile qui faisait rage au pays du Cèdre. Il devient ensuite correspondant puis grand reporter pour l’ORTF et TF1 au Moyen-Orient. De fil en aiguille, il se retrouve propulsé à la présentation du Journal de 20h de TF1 jusqu’en 1980. Il passera ensuite sur le service public en prenant les rênes du Soir 3.

UN TOUCHE-À-TOUT Il quitte le journalisme en 1982, pour devenir le nouveau maire de Toulouse en succédant à son père. Tout s’enchaîne par la suite et les succès aussi : il devient conseiller général de Haute-Garonne en 1985, président de la région Midi-Pyrénées en 1986 et enfin député la même année. Un poste où il sera reconduit pour 3 mandats. En 1994, il sera tête de liste UDF-RPR pour les élections européennes, une élection qu’il emportera.

Les années 2000 marquent un tournant dans la carrière de l’ancien maire de Toulouse. En effet, en ce début de nouveau millénaire, Dominique Baudis occupera le poste de président du comité éditorial du Figaro. Mais en 2001, Jacques Chirac, lui propose la présidence du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel). Un rôle qu’il accepte, Dominique Baudis quittera même toutes ses fonctions politiques, pour endosser pleinement ses nouvelles responsabilités. En 2007, il prend les rênes de l’Institut du monde Arabe avant d’être une nouvelle fois sollicité par la présidence. Cette fois, c’est Nicolas Sarkozy qui fait appel à l’homme, qui lui attribue, en 2011, le statut de Défenseur de droits. Un statut qui absorbe les missions du médiateur de la République, du défenseur des enfants, de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) et de la commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS).

DES RÉACTIONS UNANIMES La mort de Dominique Baudis a suscité l’émotion de la part de toute la classe politique. Pour le Premier ministre, Manuel Valls, le défenseur des droits était « une voix qui comptait, un défenseur engagé au service de la République, très attaché à la laïcité, à l’accès de tous à la justice. Il était un homme de dialogue, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir des convictions ».

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C’est alors que Fanny et Patricia, deux ex-prostituées retrouvées par l’enquêteur, entrent en jeu. Ces deux jeunes femmes marquées par la vie et fragiles vont distiller leurs révélations sur Dominique Baudis et sur les notables toulousains. Elles déclarent aux policiers, que Dominique Baudis aurait abusé sexuellement des jeunes femmes, lors de partie de jambes en l’air en compagnie de Patrice Alègre. Des accusations qui montent crescendo à l’encontre du premier magistrat de la ville et qui trouveront écho au tribunal et dans la presse. Le parquet de Toulouse ouvrira même une information judiciaire pour « viol aggravé et proxénétisme en bande organisée » à l’encontre de l’ex-maire de Toulouse. Dans les médias locaux, on publie des éditos à charge comme dans La Dépêche du Midi. Des écrits qui arriveront aux yeux des médias nationaux qui s’empresseront de relayer la version des prostituées, en les invitant même sur les plateaux des journaux télévisés. Dominique Baudis prendra alors les devant en s’invitant, le 18 mai 2003, au 20 heures de TF 1 pour annoncer qu’il veut « prendre la calomnie à la gorge ». Les accusations allant toujours crescendo, un nouveau témoin entre dans la danse, il s’agit du travesti Djamel qui confirmera la thèse de Patricia et Fanny. Mais ce dernier entrainera le discrédit sur toute cette histoire en mêlant Tony Blair a leurs parties de jambes en l’air. Il ajoutait même qu’on avait abusé de la petite Marion lors des soirées avec les notables toulousains. Après vérification de l’agenda de Dominique Baudis, les deux ex-prostituées (Fanny et Patricia) reviendront sur leurs déclarations. Deux ans et demi plus tard, elles seront reconnues coupables de dénonciation calomnieuse et respectivement condamnées à deux et trois ans de prison.


© DDM

WEEK-END

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Suivez-les sur Twitter @MartinCasamatta @pippojawor

L’INTERVIEW : « UNE RÉDEMPTION TARDIVE »

propos recueillis par Philippe Jawor

Gilles Souillès est journaliste à La Dépêche du Midi. À Toulouse, il a suivi Patrice Alègre avant même son arrestation en 1997. Dix ans plus tard, il publiait « Affaire Alègre, la vérité assassinée » et affrontait Dominique Baudis devant les tribunaux. Pour La Petite Semaine, il revient sur les accusations dont fut la cible l’ancien maire de Toulouse. Vous avez suivi l’affaire Alègre. Comment avez-vous réagi, en tant que journaliste, quand le nom de Dominique Baudis est apparu dans ce dossier ? Ça a été la stupéfaction. Il faut rappeler comment le nom de Dominique Baudis est apparu. L’enquête sur les meurtres de Patrice Alègre a entraîné la réouverture de 190 dossiers. Parmi eux, celui concernant deux prostituées, Fanny et Patricia. C’est de cette dernière que sont venues les allégations concernant Dominique Baudis. Celui-ci a préféré prendre les devants sur d’éventuelles révélations dans la presse en allant sur le plateau de TF1. C’était énorme : le président du CSA qui s’invite sur TF1 pour venir parler de cocaïne, de prostituées et de crimes, ça jette un froid ! Y a-t-il eu une dérive dans le traitement de cette affaire dans les médias ? Tout le monde s’est engouffré dans la brèche pour savoir ce qui s’était effectivement passé, en occultant le reste de l’affaire Alègre, toutes ces morts inexpliquées jusqu’à maintenant, tous ces gens disparus ici, à Toulouse. Il y a eu des dérapages, c’est certain : Le Monde qui a cru voir une maison où on torturait les enfants ; France 2 qui sort Djamel, ce travesti lui aussi mort dans des conditions assez particulières ; des comparaisons avec Outreau... Cependant, on parle de rumeurs mais je rappelle que Dominique Baudis a été témoin assisté dans cette affaire, il a été confronté à Alègre, il y a eu tout un processus judiciaire duquel il est sorti blanchi, mais il y a eu des éléments concrets également, pas seulement des rumeurs comme le disent certains journalistes aujourd’hui, dix ans après les faits. Mais il y a eu de très bonnes choses de faites aussi, notamment par Le Figaro. C’est ce que vous dénoncez dans votre livre, entre autres, que « l’affaire Baudis » ait occulté l’affaire Alègre... Entre autres, oui, mais aussi le rôle trouble d’un magistrat – Marc Bourragué, pour ne pas le nommer – qui n’a jamais été inquiété alors qu’il a fait l’objet d’un rapport interne qui posait beaucoup de questions. Comme c’était trop gros, après Baudis, on a vite refermé le grand livre sans chercher d’autres solutions. Dominique Baudis a d’ailleurs porté plainte contre La Dépêche du Midi... Il a porté plainte une fois, au lendemain de son intervention télévisée, parce que j’avais laissé entendre qu’il avait eu accès au dossier puisqu’il évoquait des choses dont nous-mêmes n’avions pas connaissance. Il nous a attaqués là-dessus, et il a perdu. Je l’ai attaqué ensuite sur son livre (Face à la calomnie, NDLR) et j’ai gagné en première instance, mais débouté en appel. En tout cas, La Dépêche n’a jamais été diffamatoire à l’endroit de Dominique Baudis, contrairement à lui. Un cas de figure similaire pourrait-il se présenter aujourd’hui ? Depuis Baudis, il y a eu Dominique Strauss-Kahn, ça ne vous aura pas échappé, mais c’est parti des Etats-Unis. Si l’affaire n’était pas sortie aux EtatsUnis, DSK serait Président de la République aujourd’hui. En France, il y a tout le problème de la vie privée mais surtout, la tradition journalistique française est plutôt dans la connivence que dans l’enquête. Dans l’affaire Baudis, la justice s’est arrêtée un peu prématurément : il y a notamment des agendas qui n’ont pas été saisis, des pistes qui n’ont pas été creusées. Tout ce que l’enquête aura révélé, c’est ce que l’on savait déjà : son rapport aux prostituées, à la cocaïne, et aux cartes bleues de l’Institut du Monde Arabe. Mais ce sont des choses qui ne se disent pas. Ces éléments dénotent avec l’hommage unanime rendu après le décès de Dominique Baudis... C’est dithyrambique ! C’est plutôt étonnant, d’ailleurs : même s’il a fait trois mandats à Toulouse ça n’a pas été un maire d’une envergure totale, avant de croûter dans les ors de la République, le CSA, l’Institut du Monde Arabe où il a laissé pas mal de mauvais souvenirs... Il s’est refait une virginité sur la fin, au poste de Défenseur des droits, où il a mis un peu plus d’énergie pour défendre la veuve et l’orphelin, visiblement. Peut-être une rédemption tardive. 7


LUNDI

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recherche en économie internationale, le CEPII. En ce qui concerne l’agro-alimentaire le constat n’est pas le même : il est plus facile de consommer des produits français et ils sont même parfois moins cher que ceux venus d’Europe. Il suffit juste de manger des fruits et des légumes de saison, une notion qui a tendance à disparaître puisque l’on peut aujourd’hui manger des fraises en décembre sans aucun problème.

MADE IN FRANCE À 100% ?

Benjamin Carle lors du reportage «Made in France», diffusé sur Canal +.

Photo : © The Guardian

VERS LA FIN DU « MADE IN FRANCE » ?

par Déborah Zago et Louise Pezzoli

La plus grande usine de cigarettes en France, la Seita, pourrait fermer ses portes prochainement. L’usine nantaise qui fabrique des cigarettes de la marque Gauloises Blonde pourrait être délocalisée en Pologne, une rumeur confirmée mardi 15 avril. C’est la première annonce de fermeture d’usine depuis que Valls a pris la tête du gouvernement. 327 emplois sont en jeu, des emplois particulièrement importants pour une France qui ne produit presque plus rien sur son territoire.

américaines, il a totalement modifié son mode de vie. Grâce à son reportage (diffusé le 19 mars dernier sur Canal+), tout le monde a pu se rendre compte à quel point il est difficile de consommer français. En ce qui concerne la téléphonie ou l’électronique par exemple, il est quasi impossible de trouver des produits 100% français.

onsommer français sonne comme un véritable défi. Les produits sont souvent plus chers car plus rares. Mais de nombreuses personnes considèrent les produits fabriqués en France comme un investissement sur le long terme. En effet, beaucoup ont fait le constat que les produits «  made in France » sont de meilleure qualité et donc se conservent plus longtemps que les produits fabriqués à l’étranger. Consommer et ne se servir que de produits fabriqués en France, c’est le pari qu’à fait Benjamin Carle, un journaliste parisien des temps modernes : adepte de l’iPhone et des séries

Le défi de Benjamin Carle en comportait un autre  : celui du budget. Le jeune homme devait se limiter à un salaire net de 1800€ par mois. Un véritable challenge car dans des secteurs comme le textile ou l’industrie du jouet, les prix des produits français sont nettement plus élevés que ceux fabriqués dans les pays émergents. C’est pourquoi les vêtements «  made in France » ne représentent que 8 à 10% des ventes malgré le fait que 7 français sur 10 seraient prêts à payer plus cher pour avoir des produits français. Un surcoût estimé entre 100 et 300€ par ménage et par mois selon le centre français d’étude et de

C

TRANCHER ENTRE LA QUALITÉ ET LE PORTEMONNAIE

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Entre les produits «  assemblés  », «  cuisinés » ou « transformés » en France, difficile de savoir ce qui a réellement été fabriqué sur le territoire. Pour aider le consommateur à s’y retrouver, un site internet répertorie les produits qui ont été fabriqué entièrement en France. Par exemple en 10 ans, la production de PSA en France est passée de 61,5% à 33%. Autre source de confusion : la législation française, qui est approximative  : pour pouvoir étiqueter des produits «  made in France  », il faut qu’au moins 40% de la valeur ajoutée provienne de France. Une notion floue qui permet parfois des abus. Yves Jégo, le président de l’association Pro France et créateur du label Origine France Garantie a déclaré que « le XXe siècle a été celui des marques, le XXIe sera celui des origines ». Les scandales comme celui de la viande de cheval ne peuvent que lui donner raison. Les Français sont de plus en plus sensibles à ce critère des origines lors de leurs achats. En cause  : la qualité des produits mais également l’emploi, dans une situation économique où beaucoup d’entreprises n’hésitent plus à délocaliser leurs usines à l’étranger. En témoigne le journaliste Benjamin Carle qui explique dans L’Express que « lorsque l’on achète un vêtement « made in France », on est satisfait de contribuer à l’emploi d’ouvriers qui travaillent dans des conditions respectables. On est au moins sûrs de ne pas payer un produit fabriqué dans une usine qui risque de s’écrouler, comme c’est arrivé l’an dernier au Bangladesh ». Acheter français permet de préserver les emplois sur le territoire. Et fait la joie de notre célèbre ministre en marinière. Suivez-les sur Twitter @d_zago @Louisepez


MARDI

15 force de leurs habitations. Les favelas apparaissent comme les premières touchées par cette opération. Officiellement, cela sert à construire des infrastructures sur les terrains laissés libres, afin de mieux accueillir les millions de supporters qui afflueront cet été. « Sauf que la municipalité de Rio invoque des travaux impératifs dans des quartiers qui ne sont absolument pas concernés par le Mondial » ironise Yves Tréjean, d’Amnesty International.

QUAND L’ARMÉE ENVAHIT LES FAVELAS

Manifestations à Brasilia durant la Coupe des confédérations 2013

Photo : © Rafael Holanda Barroso

LE BRÉSIL FACE À SES RÉALITÉS

par Baptiste Pierre et Amaury Meygret

Ce mardi 15 avril marque une date importante pour tout amateur de foot qui se respecte. 200.000 tickets ont été remis en vente pour la Coupe du monde 2014 au Brésil. Il s’agit de la toute dernière occasion d’assister à cet événement planétaire. Si l’engouement est bien réel, le Brésil compte surtout profiter du Mondial pour s’affirmer encore plus sur l’échiquier international. Reste que le revers de la médaille touche une certaine catégorie de la population, prête à se faire entendre durant le tournoi.

E

n organisant la Coupe du monde de football en juin prochain puis les Jeux Olympiques en 2016, le Brésil s’est lancé un véritable défi : montrer aux yeux du monde entier qu’il n’est plus à ranger dans la catégorie des pays émergents. Les pouvoirs publics ont financé la quasi-totalité des 14,5 milliards de dollars investis pour la prochaine Coupe du monde. Une somme abyssale qui fait de cette édition la plus chère de l’histoire. Les équipements sportifs, les réseaux de transports et de communication sont les premiers à bénéficier de cette modernisation.

En revanche, l’organisation d’un tel événement n’engendre jamais de véritable « boom économique » et pourrait même coûter cher aux contribuables, selon les estimations. Depuis toujours, le sport et en particulier le ballon rond permet à une nation de s’affirmer sur l’échiquier international. En juin, tout le monde aura les yeux rivés sur l’événement et donc sur le Brésil. De grands politiques et des délégations internationales se rendront au pays de la samba pour suivre la compétition et ainsi la décrypter. C’est une occasion pour le pays auriverde de prouver sa puissance au monde entier. Néanmoins, cette vitrine cache un arrière-plan qui peut être néfaste pour le gouvernement de Dilma Rousseff à moins de 7 mois des prochaines élections présidentielles. A contrario, des voix s’élèvent pour stigmatiser une « Coupe du monde indigne ». Derrière ce constat émerge un climat social tendu, sous fond de politique massive d’expulsions. Au Brésil, ce sont 150.000 personnes, dont 40.000 pour la seule ville de Rio, qui devraient être exclus de 9

Le Brésil essaye surtout de se donner une belle image, alors que les caméras du monde entier seront braquées sur le pays. Pas évident, au vu des manifestations qui ont perturbé le déroulement de la Coupe des confédérations, en juin dernier. La grogne sociale avait gagné la rue. Les sommes dépensées pour le ballon rond restaient en travers de la gorge d’une population qui peine économiquement. « Ces personnes, en plus de souffrir financièrement, ne sont jamais consultées avant de se faire exclure de leur domicile, elles ont donc la sensation de ne pas pouvoir dialoguer avec les pouvoirs publics » appuie Yves Tréjean. Un sentiment renforcé par la répression sévère qu’avaient subi les manifestations de juin 2013. Dans ce contexte, la rue cède parfois à des excès de violences pour se faire entendre. Une crainte réelle pour Amnesty International, qui mesure l’orientation prise par le Brésil, en la matière. « Dernièrement, l’armée s’est positionnée dans l’une des plus grandes favelas de Rio, avec un message clair : on est là, vous avez intérêt à vous tenir tranquille » déplore Yves Tréjean. Rio ressemble en plus à un cas à part. La ville sera beaucoup plus impactée par cette politique, car elle accueillera à la fois des matchs de la Coupe du monde, mais aussi les JO de 2016. Ce qui conduira à amplifier les expulsions, d’après les prévisions. « C’est une véritable double peine pour ses habitants », regrette un Yves Tréjean fataliste. Suivez-les sur Twitter @baptiste_pierre @Amaury_Meygret


10:00

iScpa

200 % (à fond !)

Tendances # LaPetiteSemaine # MEXFRA # BaudisRIP # Montebourg # FIFAWorldCup2014 # reprise

La petite semaine @lapetitesemaine

Chaque semaine, retrouvez les tweets qui font l’actualité commentés par le rédacteur en chef de #LaPetiteSemaine. Cette semaine : @Transistor07 Lyon

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Jean-Moundir @supermegadrivin 14 avr Si Jean-Vincent Placé a quitté le plateau du Supplément sur Canal +, c’est parce qu’il fallait qu’il remette des sous dans le parcmètre.

Corentin Vaissière @Transistor07 1 déc Dans @LeSupplement, @MaitenaBiraben interrogeait @JVPlace sur ses fameux PV de stationnement, ce qui avait rendu furieux le sénateur @EELV

Samuel Goldschmidt @rtlgrandest 15 avr Ségolène Royal veut obliger les camions à prendre les autoroutes payantes. Moi je vais boire le Mississipi à la fourchette. #Ecotaxe

Corentin Vaissière @Transistor07 1 déc Pour sa première annonce en tant que Ministre de l’Ecologie, @RoyalSegolene fait preuve d’énormément de #bravitude. #PremierCouac ?

Michel Onfray @michelonfray Désir : prison avec sursis et forte amende en 1998 pour emplois fictifs. Idem pour Cambadelis en 2006. Obligatoire pour être patron du PS ?

Corentin Vaissière @Transistor07 Jusqu’à preuve du contraire, le casier judiciaire de @fhollande reste vierge. #immunitéPrésidentielle

16 avr

3 déc

17 avr

Si vous lisez ce tweet, c’est que le numéro 7 de #LaPetiteSemaine aura été bouclé. RDV jeudi prochain pour le 8e numéro ! #Auplusprèsdelinfo


La Petite Semaine - Numéro 7