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SNCM

6 - Semaine 51 - Décembre 2013 - l’antenne

L’enquête parlementaire n’épargne personne Un État actionnaire qui laisse une société à la dérive, des conditions de privatisation contestables, un actionnaire, Veolia, dont la gestion est critiquée : le rapport parlementaire d’Arnaud Leroy met en lumière un enchaînement d’erreurs pour expliquer les difficultés actuelles de la SNCM. “Nous n’avons pas relevé financière de la SNCM lorsqu’elle d’élément pénalement répréhen- était à 100 % publique, le rapport sible qui nous obligerait à saisir de 97 pages souligne le “dénigrement” de l’État à la justice. Mais la l’égard de cette grande tendance du rapport, c’est “Butler Capital compagnie. Dans son la nullité de l’État seul bénéficiaire a v a n t - p r o p o s , actionnaire”, a Arnaud Leroy déclaré Arnaud et l’État évoque un appel Leroy. Le député “inoPS, auteur du «loosing partner»” d’offres pérant”, lors récent rapport sur de la procédure la compétitivité des services et transports mari- de privatisation de la compatimes, était président de la com- gnie en 2005-2006. Seuls deux mission d’enquête parlementaire fonds financiers avaient fait une offre, et 100 % du capital de la sur la SNCM. Selon Paul Giacobbi, député SNCM avait alors été attribué corse PRG rapporteur de cette en- à l’un d’eux, Butler Capital quête, “au départ, il y a les mau- Partners (BCP). Un projet que vaises conditions de privatisa- le rapport juge “peu judicieux tion. Puis une mauvaise gestion” et économiquement peu créde l’entreprise. Outre la dégra- dible”, et qui s’était traduit dation avant 2005 de la situation par une grève dure de plus de

© Franck André

six semaines avec notamment le détournement d’un des navires de la compagnie et des répercussions à Marseille. Le gouvernement avait alors mis en place “en toute urgence un «montage» qui consistait à faire appel à Veolia Transport

Les pertes devraient tripler en 2013 Les pertes de la SNCM devraient presque tripler en 2013 pour avoisiner les 40 millions d’euros, tandis que les dettes à l’égard de sa maison mère, Transdev, dépassent déjà les 100 millions d’euros, a-t-on appris vendredi 13 décembre de source proche du dossier. Les pertes de la SNCM devraient avoisiner les 40 millions d’euros en 2013. L’an dernier, la perte de la compagnie maritime Corse-Continent était d’environ 13 millions d’euros, mais avait été allégée d’une trentaine de 30 millions d’euros par la vente du siège marseillais de l’entreprise, selon une source proche du dossier. Le président de la SNCM, Marc Dufour, a affirmé vendredi 13 décembre dans un entretien à “La Provence” avoir “refusé” une demande de son actionnaire principal Transdev (détenu à 50-50 par Veolia et la Caisse des dépôts) de déposer le bilan. “J’ai refusé. Cette solution du dépôt arrangerait tout le monde car il n’y aurait plus rien à payer”, a déclaré Marc Dufour au quotidien. Le patron de la SNCM juge “injustifié” un dépôt de bilan. Mais cette solution d’une procédure de sauvegarde protégerait notamment la SNCM d’avoir à rembourser à l’État et à la Corse 440 millions d’euros, comme la justice européenne vient de le décider. “La SNCM n’a pas de dette et ses actifs se montent à 280 millions d’euros. Notre

problème est la trésorerie. Nous sommes en fin de saison, il y a une tension”, a fait valoir Marc Dufour. Selon une source proche du dossier interrogée vendredi, Transdev, Veolia et la CDC poussent tous pour un dépôt de bilan, une piste qui aurait également le soutien de l’État (actionnaire à 25 % de la compagnie). “C’est la seule procédure qui met la SNCM à l’abri des créances, 440 millions d’euros compris”, a souligné cette personne au fait du dossier, sous couvert de l’anonymat. “Mais il n’y a pas eu de demande formelle en ce sens de l’actionnaire”, a précisé cette source. Cette demande formelle passerait nécessairement par le conseil d’administration de la SNCM, a indiqué une autre source. Pour assurer la trésorerie de la compagnie, Marc Dufour indique vendredi “que la Corse nous doit 60 millions puisqu’elle ne nous paie plus depuis juillet” pour un service complémentaire de liaisons saisonnières qui a été condamné par Bruxelles. “Et puis il y a les actionnaires. J’ai besoin de 13 millions d’euros. pour faire le relais avec la saison prochaine. Je ne suis pas inquiet”, déclare Marc Dufour. Il ajoute que deux armateurs s’intéressent à la SNCM. “L’un est français et connaît bien notre entreprise” et “le second n’est pas français”. Il s’agirait d’un groupe européen, selon une source proche du dossier. L’armateur français Louis Dreyfus a fait savoir qu’il n’était pas sur les rangs.

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aussi critiqué : “L’inaction déroutante de Veolia dans la gestion d’une société pourtant en difficulté a été constatée par tous”, note le rapport. Selon Paul Giacobbi, le groupe a “mal géré, pas tenu les engagements pris. Elle a été confrontée au contexte très difficile, à un métier qu’elle ne connaissait pas réellement, et a fait des erreurs d’appréciation”. Ainsi, cette décennie de tentatives de rattrapages et de La passivité recapitalisation sera restée vaine : de Veolia “nous en sommes aujourd’hui au La conclusion du rapport, même point qu’en 2001 ou qu’en elle, indique qu’“en une décen- 2006”, constatent les députés. Le rapport estime néanmoins nie, l’État aura dépensé plus de 300 millions d’euros pour ren- qu’“il serait vain et injuste de flouer en capital ou en aides di- chercher à incriminer dans la verses la SNCM”. Le document sphère publique comme dans la souligne que “le seul bénéficiaire sphère privée tel ou tel”. En effet, “le simple fait que de financier de cette affaire est la société Butler Capital Partners manière récurrente les mêmes erqui en a retiré une plus-value reurs aient été commises entraînant de soixante millions d’euros”. des conséquences de plus en plus L’État a “conservé une part de lourdes démontre suffisamment 25 % tout en se désintéressant to- que l’absence de lucidité ou de talement du sujet. Il a été un «slee- courage, la dilution des responsaping partner», voire un «losing bilités, le recours à des expédients partner»”, a souligné Paul et la faible résistance à la pression Giacobbi, pointant du doigt une des événements sont des défauts “erreur de comportement”. partagés par tous les intervenants Selon lui, “le ver était dans le sur l’ensemble de la période”. fruit”. Julie CHABANAS Veolia, actionnaire principal et Marc PRÉEL de la compagnie maritime, est

en tant qu’opérateur industriel capable d’épauler BCP”, rappelle encore Arnaud Leroy. “Au moyen de cette privatisation «à deux tours», l’État a sans conteste cherché à se débarrasser d’une compagnie qu’il n’avait jamais su correctement gérer et d’ailleurs considérée de longue date comme socialement instable”, ajoute-t-il.

Grève à partir du 1er janvier La CGT a déposé un préavis de grève reconductible à partir du 1er janvier 2014 à la SNCM et à La Méridionale, a indiqué mardi 10 décembre le représentant de la section marin du syndicat majoritaire SNCM, Frédéric Alpozzo. La CGT motive notamment cette décision par la teneur du décret en préparation au ministère des Transports concernant les règles sociales appliquées aux travailleurs étrangers dans le secteur maritime. Selon Frédéric Alpozzo, “ce décret préserve les intérêts des armateurs, contrairement aux engagement du ministre” Frédéric Cuvillier, organise la “libéralisation” du secteur et constitue du “dumping social au détriment de nos emplois”. Le syndicat majoritaire estime que le nouveau texte fait le jeu de la compagnie privée Corsica Ferries, concurrente de la SNCM et de La Méridionale, qui fait appel à des équipages internationaux. La CGT proteste également contre un rapport publié par la Collectivité de Corse et “une nouvelle délibération du président socialiste du Conseil exécutif” concernant les obligations de service public dans le secteur, qui “remettent en cause tout le service public de continuité territoriale en faveur de Corsica Ferries et du modèle low-cost”, peut-on lire dans le préavis de grève. En 2012, la compagnie maritime, qui compte environ 2.600 salariés, a réalisé un chiffre d’affaires de quelque 300 millions d’euros pour 14 millions de pertes. Elle a remporté en septembre avec La Méridionale l’appel d’offre de la DSP entre la Corse et le continent pour la période 2014-2023.

Hebdo sem51 2013  
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