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LE SHAMROCK novembre 2011

ÉDITORIAL «  La différence entre le journalisme et la littérature, c’est que le journalisme est illisible et que la littérature n’est pas lue » Le constat est alarmant, pessimiste voire un peu réac’ mais la phrase est habile, accrocheuse, et il faut bien le dire, ne manque pas d’esprit. Oscar Wilde pointait déjà au début du siècle du doigt une grande constante de la culture en général qui s’applique toujours aujourd’hui. Entre le journalisme et la littérature, le support est le même  : un feuille et quelques effusions d’encre. Et pourtant, la différence entre les deux types de création est double  : elle est dans leurs finalités respectives vis à vis de l’art qu’elles manient (l’écriture), et dans leur qualité intrinsèque. Je m’explique. Il est évident que l’on ne demande pas le même niveau d’écriture à un journaliste de 20 minutes et à un écrivain, poète ou essayiste. Je pense que cette différenciation s’applique à tous les domaines artistiques  : la différence entre Beethoven, Tchaïkovski ou Brahms et ce que l’on peut entendre au quotidien à la radio. Entre Captain America, Le Dernier Templier ou Comment Tuer Son Boss ? et El Piel Que Habito ou The Artist. D’un côté on vous parle de divertissement pur, de l’autre on vous parle de culture. Dans les deux cas, on a affaire au même support physique, un disque, une pellicule, mais la portée n’est pas la même. L’un nous divertit, l’autre nous fait réfléchir, exerce notre pensée, notre esprit critique, nous enrichit intellectuellement bref, nous cultive. Considérons à présent notre situation, nos occupations et notre vie étudiante à l’EDHEC. Après deux ans de prépa qui vous auront pour la plupart apporté autant voire plus de connaissances que le reste de votre scolarité, combien de groupes ou d’artistes avez vous découvert depuis la rentrée ? Combien de films avez vous vu  (Captain America ou Comment Tuer Son Boss  ? ca ne

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compte pas, on est bien d’accord)? A combien de concerts ou d’expositions avez vous assisté ? Pour combien de soirées au Snook ou d’après-midi au Solfé  ? Voilà qui suffirait donc à confirmer ce brillant trait d’esprit d’Oscar Wilde. Sans même aller forcément jusqu’à qualifier tous les morceaux que l’on peut entendre à la radio ou en soirée d’inaudibles, ou les films cités plus haut d’in-regardables (en référence à « l’illisible » de Mr Wilde), il est vrai que ce qui nous est proposé tous les jours est certes plaisant, facile d’accès et d’une certaine manière confortable, mais nous est servi sur un plateau, n’est en rien le fruit de notre curiosité, et n’enrichit aucun d’entre nous sur le plan personnel.

C’est ici qu’apparaît le deuxième message que cette citation délivre  : au delà de la simple différence de finalité, c’est le rapport au public. C’est un fait, la culture qui demande un tant soit peu de réflexion, d’effort en somme, n’est pas ou rarement plébiscitée par le plus grand nombre. Prenons par exemple ce journal. Je peux comprendre que la musique, lorsqu’elle est pensée, réfléchie, décortiquée, et surtout lorsqu’elle est artificiellement couchée sur du papier, n’intéresse pas grand monde au fond. En effet, bien que ce la ne soit évidemment pas mon avis personnel, je peux comprendre à la limite que lire chaque mois les 16 pages de ce mensuel à dominante musicale sans


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avoir écouté un seul des morceaux des artistes sur lesquels nous dissertons ne revêtisse pas à vos yeux un intérêt fondamental. Je peux comprendre que vous ne passiez pas tous trois heures par jour à chercher ou écouter de la musique. Ca reste une manifestation évidente d’une fainéantise aigüe mais je veux bien comprendre qu’au fond «  chacun son truc », c’est vrai, si on veut. Et pourtant, aucun des dix membres de notre pôle n’a vraiment envie d’y croire, de s’en tenir là. Cette année, l’objectif du nouveau projet d’On Air, de cette Webradio, est de tenter d’infirmer cette citation, ou au moins de proposer une alternative, un juste milieu. Voyez donc dans nos émissions ou dans nos articles à venir des idées à creuser lor sque vos playlists commencent à tourner en rond, lorsque vous ne savez plus quel film regarder ou aller voir au cinéma, ou encore lorsque vous voulez un tant soit peu occuper votre journée de façon constructive. Notre but sera de rendre à vos yeux cette culture qui peut parfois décourager plus attirante, de la mettre en valeur et de vous encourager à vous y attarder (et nous avec). Comprenons nous bien, aucun d’entre nous n’a la prétention de se considérer comme devant être lu ou écoutés car pourvu d’un don pour l’écriture ou la critique. Nous ne sommes qu’une dizaine de curieux qui essayons tant bien que mal de faire l’effort de découvrir, et surtout par la suite de partager. Notre travail tout au long de l’année sera donc de quadriller les évènements culturels de la métropole lilloise, de vous en informer, de vous inviter à y participer avec nous, d’en faire un compte rendu écrit, audio ou vidéo pour notre site. Au programme : de la musique, du cinéma, des expositions, mais aussi la vie étudiante à l’EDHEC, les évènements des différentes

associations, du sport, des débats d’actualité, etc… À court terme, il s’agit de faire notre possible afin de vous (et nous aussi par la même occasion) extirper d’un quotidien Soirée/cours/soirée/…/Soirée aux attraits évidents et qui, si ce n’est pas encore fait, ne tardera pas à vous happer vers un état cérébral et physique vous interdisant toute activité. En définitive, il s’agit simplement d’éveiller votre curiosité à propos d’une ville où beaucoup d’EDHECs vivent pendant deux ans sans pour autant pouvoir prétendre réellement la connaître. Un projet qui se veut donc non seulement complet mais également participatif, puisqu’il permettra à ceux qui le désirent et qui possèdent une certaine connaissance d’un des domaines cités plus hauts de participer au contenu du site. Nous n’avons pas en effet non plus la prétention de pouvoir tous parler avec aisance de tous ces sujets et notre but étant d’obtenir rapidement un contenu qui soit le plus complet et le plus abondant possible, votre aide et votre enthousiasme ne sera pas de trop, croyez moi.

Au t r e é v é n e m e n t n o n négligeable de ce numéro dédié au lancement de la radio de l’EDHEC, je veux parler bien sur de la première participation tangible de nos fistons et fistonnes au travail du pôle. Ils sont jeunes, beaux, frais, détendus, spirituels cultivés, ils sentent bon et sont extrêmement motivés, saluons ainsi l’arrivée parmi nous à On Air de Johanne, Laura, Alexis, Mamoun, Samuel, Clément, Juliette et Ludovic, à qui il incombera au même titre que nous de faire vivre cette plate-forme, de l’alimenter de nos coups de cœur, de notre enthousiasme et de nos passions avec en filigrane l’ambition qui nous a poussés, nous deuxième année, à corriger l’aberration qu’était l’absence de radio à l’EDHEC et à entreprendre en milieu d’année dernière la création de ce Site indispensable à l’école et à ses étudiants. Bonne lecture dans ce journal, bonne écoute sur notre site que nous vous invitons à visiter au plus vite et le plus souvent possible !

Lucas


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Nos coups de coeur Musique Misteur Valaire, Golden Bombay par Juliette       J'ai découvert le groupe Misteur Valaire grâce à leur 3e et dernier album : Golden Bombay. J'étais bluffée. C'est une sonorité tout à fait nouvelle, une musique électro-organique dans laquelle beats et samples côtoient cuivres et claviers. Leur style est inclassable : soul, funk, jazz, électro, pop? C'est un beau et audacieux mélange de tout cela. L'album est agrémenté de nombreux featurings comme Bran Van 3000, Fanny Bloom (de la Patère Rose) ou encore Gigi French (ex Hot Springs). Et on ne s'ennuie pas! Aucune chanson ne ressemble aux autres : on a "Brandon Marlow", "Gumshoe" et "Lillehammer" avec des rythmes funky parfois saupoudrés de scratch, "Dan Dan" dans un style plus rétro, "Mojo Ego" (avec une Gigi French étonnante) du genre plutôt groovy/funky.       Mais qui sont-ils ? 5 québécois, originaires de Sherbrook, qui se connaissent depuis la petites enfance. Ces musiciens très influencés jazz sont déjantés, innovants, inspirés et ... doués. Ils ont su s'imposer sur la scène canadienne (ils étaient en tête d'affiche du festival de jazz de Montréal en juin dernier) et commencent à être reconnus à l'international, d'où une tournée en Allemagne et en France cette rentrée-ci (ils étaient à Paris le 7 octobre). D'ailleurs, il paraît qu'ils sont géniaux en concert. Un vrai spectacle! Deux de mes amis ont eu la chance de les voir en live, je leur laisse la parole : "j'ai jamais été aussi heureux pendant un concert! La banane pendant tout le concert quoi! Je ne sais pas comment ils font mais ils arrivent à faire danser tout le monde! Enfin bref, du très lourd". Le second : "en un mot, c'était oufissime". Au final, cet album c'est du son pétillant et énergisant, une gourmandise auditive, un mélange sonore savoureux. Goutez-y sans modération!

Nicolas Jaar, par Mamoun Adeptes de l’électro, du jazz world, du trip-hop et des rythmes envoutants  ? Vous n’avez plus à faire de compromis  : Nicolas JAAR. Retenez le nom de cet outsider New Yorkais qui fait son entrée dans l’arène musicale avec un nouveau genre qui lui est propre. Victime de son talent, vous n’avez pas fini d’entendre parler de lui. Explications… Jeune prodige mélomane, à 20ans seulement il sort son premier album «  Space is only noise  ». Il définit d’entrée de jeu les assises d’une nouvelle musique dont il est le messie. Sur un rythme minimaliste, Nicolas JAAR n’hésite pas à faire preuve d’innovation utilisant des pulsations aquatiques, ou alors des beats ralentis durant des «  peak time  ». Le tout produit une sensation d’apesanteur qui illustre bien le titre de l’album. Des titres tels que «  colomb  » ou encore « little seth » sont en ce sens une bonne entrée en matière. Mais ce n’est pas tout, cet artiste, d’une nouvelle génération affranchie, s’attaque aussi aux grands classique du jazz et de la soul. Ainsi, « I got a woman » de Ray CHARLES revisitée façon trip-hop et agrémentée d’un poème de Tristan Tzara ne laisse pas indifférent. La voix gospel de Nina Simone sur « feeling good » sublime le magnifique. Enfin, d’autres sons tels que « what my last girl put me through  » et «  «  mi mujer  » viennent compléter l’album sur un groove de deep-house qui séduira certainement les adeptes des lounges et des musiques « trendy ». En somme, Nicolas JAAR n’a pas manqué de bousculer la scène électro. Son album constitue un renouveau, et la rythmique en ressort plus fluide et spontanée. Il le décrit d’ailleurs très bien lors d’une interview « j’avais envie d’un disque où les chansons pourraient être jalouses l’une de l’autre, où certaines musiques pourraient même se détester… »


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Sleigh Bells, par Laura Sleigh Bells est un groupe venant de Brooklyn et formé par deux passionnés de musique  : Derek Miller ancien membre du groupe hardcore Poison the Well et Alexis Krauss une jolie fille un peu tatouée, avec une belle voix et beaucoup d’énergie. Tous les deux forment un groupe au talent fou et au genre indéfinissable. Ils se qualifient eux même d’un groupe de crunk-punk-rock-hiphopélectro, bref c’est un joyeux bordel musical. Si leur musique est singulière elle n’est pas sans rappeler d’autres artistes notamment les Ting Tings ou M.I.A. La comparaison avec cette dernière est d’ailleurs flagrante sur le morceau Rill Rill qui aurait presque pu figurer sur un de ses albums. Mais ceci n’est pas un hasard puisque M.I.A est parmi les premières à avoir vu le potentiel du groupe. Après avoir entendu sur internet leur première mixtape qui avait pourtant une qualité d’enregistrement très très moyenne, M.I.A a décidé de voir ce qu’ils valaient en concert. L’effet a du être bon puisque c’est sur son label qu’ils ont signé. Ainsi en 2010 est sorti leur premier album Treats, que je trouve excellent mais malheureusement beaucoup trop court (à peine 32 min !) Cet album est plein d’énergie, le genre qui donne envie de danser peu importe le moment de la journée. Le duo n’a pas peur de mélanger les styles et ose abuser de la guitare et des sons saturés. Les paroles n’ont pas toujours de sens mais pourtant chaque morceau est un moment de plaisir. Pourquoi ? Je pense que c’est tout simplement parce que Sleigh Bells est un de ces groupes, de plus en plus rare, qui cherche avant tout à se faire plaisir, et à nous faire plaisir par la même occasion. Ils sont clairement passionnés, c’est ce qui en fait un groupe si attachant. Ce qu’on retient à l’écoute de l’album, au delà des mélodies entrainantes, c’est l’esprit de leur musique, libre, inspiré et énergique (et parfois un peu étrange, il faut le dire) D’ailleurs le premier clip du groupe, celui de Rill Rill, illustre bien cela, il est surprenant, et laisse un peu perplexe, pourtant on en redemande. Depuis la sortie de l’album en 2010, le groupe n’est pas resté inactif et a enchainé concerts et festivals. Mais la vraie bonne nouvelle c’est son entrée en studio en juin, et la promesse d’un nouvel album au début 2012. C’est donc une affaire à suivre, en espérant que le duo soit aussi inspiré et brillant que pour Treats !

Nekfeu & Alpha Wann, EP En Sous-marin, par Clément Décidément, certains artistes ont compris comment utiliser le net. Découverts sur youtube, notamment grâce à l’émission Rap Contenders, Nekfeu et Alpha Wann, leaders du groupe 1995 (en concert à Lille avec Onyx fin Novembre), ont sorti il y a peu un EP de 9 pistes en téléchargement gratuit, et légal s’il vous plait. Que peut-on trouver dans cet EP ? Du 1995 classique bien sûr, c'est-àdire des flows speed, percutants, des textes assez habituels, machos, pas toujours engagés, souvent drôles, en gros du rap qui personnellement me chauffe. Du côté des MC, Nekfeu devient meilleur de titre en titre, Alpha Wann est aussi impressionnant dans un style légèrement différent, même si quelques-uns (très peu) de ses vers semblent un peu mal calés. Mais cet EP se place clairement comme une évolution par rapport à ce que les deux bonhommes ont pu faire par le passé. Certaines instrus se veulent totalement originales  mais surtout toutes variées  : grosses basses dans Aux Portes du Succès, des sons connus dans Monsieur Sable et De Retour Du Vrai Bail (BO de Star Wars oui oui), de la guitare funky dans Ne le Dis pas à ma Mère et des cuivres dans Lève-Toi, avec un coup de cœur pour l’instru dans Du Sexe Opposé. A découvrir. Autre particularité dans ce projet: des passages assez chantants, inhabituels par le passé. Pour conclure et pour vous motiver  : du rap positif, dynamique, qui chauffe, qui donne le sourire et envie de bouger la tête. Ceux qui connaissent déjà seront pas dépaysés, juste agréablement surpris par les évolutions qu’En Sous-Marin nous OFFRE, les autres devraient être ravis de découvrir le son de Nekfeu et Alpha Wann, à moins d’être allergiques au rap, quoi que…


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Netsky, par Alexis Boris Daenen, alias Netsky, est un jeune DJ et compositeur Belge de Drum & Bass. Pour la petite histoire, « Netsky » vient du virus informatique du même nom. Sur la scène internationale depuis 2 ans seulement, il a pourtant déjà conquis un large public et participe à des festivals de grande renommée comme le Dour en Belgique. Netsky fait parti du label Hospital où l’on peut retrouver également les très bons Camo & Krooked. Le jeune Boris s’est fait connaitre tout d’abord par ses morceaux "Memory Lane", "Iron Heart" ou encore par son remix explosif de Rusko, "Everyday". Si l’on veut être plus précis, son style de musique est appelé Liquid Funk. Sur une base Drum & Bass très rythmé, il rajoute des voix et plusieurs instruments. Il arrive à mélanger différentes sonorités pour créer des musiques entrainantes, limite enivrantes. Il a d'ailleurs remporté une nomination pour le meilleur producteur émergeant à la Drum + Bass Arena Awards. Son seul album, appelé très originalement "Netsky", est sorti en juin 2010 mais depuis 2009, il avait déjà réalisé plusieurs EP et single d'une grande qualité. Par exemple, il a sorti en collaboration avec le label Liq-Weed Ganja, un remix de "Tomorrow's Another Day", une musique de Collie Buddz. Amateurs de D&B, si un jour vous avez l’occasion de le voir en Live, n’hésitez pas, vous ne serez pas déçu. J'ai eu la chance de le voir deux fois et on sent vraiment son envie de faire plaisir à son public. Il envoie du son puissant et qui donne tout de suite envie de bouger. Il est souvent accompagné d'un MC, un mec qui rap pour accompagner Netsky, ce qui rend le live encore plus vivant. Retenez son nom, il finira par faire bouger de grosses scènes. Pour la fin, une petite citation de Netsky qui m'a fait sourire, et qui pourrait être utile en retour de soirées... “  If you have a hangover – the dry mouth, nausea, dizziness and headache that result from overindulging in alcohol – the best thing to do is listen to trance music. Trance music slows down brain activity and makes it easy to stop thinking at all, which drastically reduces headaches “

Loch Lomond, Little Me Will Start A Storm par Lucas Soucieux de rompre la dominante électropoprap (festive et nocturne en somme) fortement prononcée de cette rubrique, je souhaiterais parler ici d’un groupe d’un tout autre genre musical. Fini donc le percutant, le rythmé, l’électronique, place à l’acoustique, à l’onirique, au majestueux, à l’ensoleillé, au calme et au bucolique. Je vous l’accorde, je n’ai jamais entendu parler de ce groupe, et à vrai dire je n’ai ressenti l’envie d’en savoir plus sur l’histoire ou les membres du groupes. J’ai écouté cet album un peu par hasard, dans une tentative désespérée d’occuper l’une des nombreuses après-midi oisives de ces vacances de la Toussaint. Au moins, je peux affirmer avec ferveur que je n’aurais en aucun cas perdu mon temps. En effet, ce groupe nous délivre avec Little Me Will Start A Storm un régal de douceur, une pop de chambre délicieuse, mélodieuse, apaisée et automnale. Je ne sais pas si cela vous parle beaucoup, mais j’ai pour ma part tendance à associer l’atmosphère d’un disque à une situations, à une ambiance voire même à des couleurs. Je recommanderai donc le présent album, aux côtés des deux albums de Fleet Foxes et du dernier des Corals (disques que je ne peux que vous conseiller par ailleurs), pour les après-midi désoeuvrés d’automne et du début de l’hiver, chez vous, bien au chaud. Autre conseil : pour profiter pleinement des nombreuses voix qui composent la partie chant, des nombreux instruments et de leurs harmonies entremêlées, ne soyez pas timorés quant au volume sonore d’écoute. Comme me l’a récemment fait remarquer le grand sage Gaspard Michaud que je ne présente plus, « tant que la musique n’emplit pas l’espace, tant qu’on peut voir de quel point de la pièce elle sort, alors ce n’est pas assez fort » (04/10/2011, 5h22 AM). À méditer...


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DJ MEHDI : disparition d’un Prince Il convenait, avant de continuer sur un ton plus léger, d’évoquer la disparition aussi triste que prématurée d’un grand monsieur de l’électro Française et de revenir sur l’apport colossal de sa contribution au progrès de la musique électronique. La planète electro est en émoi depuis que le 13 septembre, elle a perdu un de ses plus brillants représentants. Ce jour là, Mehdi Favéris-Essadi, plus connu sous le nom de Dj Mehdi, est décédé à la suite d’une chute mortelle dans son appartement parisien du XXe arrondissement. Depuis plus d’un mois, les hommages abondent sur la toile et dans les médias. Des Fans de la première heure aux rappeurs ayant collaboré avec l’artiste (Ideal J, 113, Cut Killer…), en passant par certains responsables politiques, tous sont unanimes quant à l’apport de l’artiste à la musique urbaine. Connu et reconnu pour ses prods léchées, empruntes d’influences orientales, de hip-hop et de house, Dj Mehdi a fait preuve tout au long de sa carrière d’un éclectisme et d’une intelligence artistique remarquable. Après des débuts dans le rap français, il s’est peu à peu tourné vers l’électro. Des titres comme I am somebody ou pocket piano ont marqué toute une génération de jeunes fluokids, rebutés par la tendance aux sons bien trop formatés. Les deux dernières années de sa vie auront été marquées par les projets Club 75 et Carte Blanche, orientés djing, au sein desquels Mehdi n’aura cessé de séduire un public de plus en plus nombreux. Il laisse derrière lui un enfant, sa femme, toute une communauté aujourd’hui orpheline d’un des artistes les plus respectés des 15-30 ans, et quelques chefs d’oeuvre...

Signatune (Thomas Bangalter Edit) Breakaway - North Star - I Am Somebody (feat Chromeo) - Lucky Boy - Tragicomehdi - Tonton du Bled - Pocket Piano - Pony Rocking...


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Dossiers Musique Flying lotus Cosmogramma Un nom de scène singulier pour un artiste qui ne l’est pas moins. De son vrai nom Steven Ellison, cet américain est progressivement devenu le fer de lance de la scène abstract hip-hop (baptisée également beat&bass). Ses premiers essais «  1983  » et  «  Los Angeles  » ont rapidement été concluants en hissant ce jeune homme au panthéon des artistes incontournables de ce début de 21e siècle. F lying Lotus a crée avec Cosmogramma une chimère harmonieuse projetée au carrefour post hip-hop de la musique urbaine. Les sons qui en ressortent sont tels qu’ils garantissent satisfaction à une pléiade d’aficionados, allant du jazzy man r a f fi n é a u x d u b s t e p headbangers sans oublier les puristes hip-hop. Alors que beaucoup d’artistes cherchent à produire quelque chose de vaste et d’adaptable, Ellison, lui, fait sortir la musique de son cœur comme il le décrit «  mon travail le plus honnête

h a r p e d e Re b e k a h R a f f , l e trompettiste Todd Simon et le saxo Ravi Coltrane pour ne citer que les plus connus. On croise aussi les voix de Niki Randa et l’hypnotisante Laura Darlington. Enfin, doit-on rappeler que Steven Ellison a luimême du sang Coltrane dans les veines ! Tout ce joli petit monde s’est affairé

De façon générale, le lotus volant essaye de mélanger des tonalités en incorporant des thèmes spirituels dans la musique moderne. Le succès de Cosmogramma tient finalement de la vision surréaliste d’Ellison, et des probables influences psychédéliques qu’il tient de la West-Cost. Les clivages entre les différents genres musicaux ne sont

« Les sons qui en ressortent sont tels qu’ils garantissent satisfaction à une pléiade d’aficionados, allant du jazzy man raffiné aux dubstep headbangers sans oublier les puristes hip-hop » simplement fidèle à ce que je voulais dire ». Ce technicien hors pair a su s’entourer de musiciens confirmés qui ont adapté leur mélodie à l’univers de Cosmogramma. On note la présence continue du bassiste Stephen «  Thundercat  » Brune, un des pilliers des Young Jazz Giants. Celui-ci renforce évidemment l’ouverture jazz entamée par Flying lotus. Ce dernier invite également la

à la naissance de l’album, véritablement avant-gardiste pour son époque. On note une attention particulière au titre  «  MmmHmm  » qui se décrit comme une ouverture pop futuriste. Cependant l’originalité provient sans aucun doute de «  Do the astral plane  », un beat d’influence house underground imprégné d’une dimension soul où la trompette de Todd Simon apporte une touche de raffinement à la fin.

pas respectés, c’est d’ailleurs l’une des clés de son succès. Gageons que le monde onirique de ce jeune artiste influence d’autres musiciens, ce qui est déjà le cas pour Radiohead ainsi que Kanye West qui lui ont demandé des remixes. Affaire à suivre…

Mamoun


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produisant une électro pop dynamique qui te donne envie de bouger toute la nuit.

Is Tropical Native To Is Tropical, c’est un peu la découverte «  branchée  » de l’été, le nouveau g roupe électro pop britannique à la mode qui fait pas mal parler de lui. Afin de voir ce que ce groupe vaut, j’ai décidé de me pencher sur leur premier album , Native To, sorti en juin 2011. Is tropical, buzz musical éphémère  ou avenir prometteur?

effet, ces jeunes londoniens, ayant la caractéristique de se produire sur scène masqués, ont été encensés pour Mais tout d’abord, qui est Is l e u r p e r f o r m a n c e s c é n i q u e , Tropical ? apparemment inoubliable. C’est un jeune groupe londonien, formé en 2009 par Gary Barber, Simon Milner et Dom Apa, produisant une électro pop hyper dynamique. Lassés par la grisaille et la monotonie londonienne, ces 3 potes ont opté pour le nom Is tropical, souhaitant avant tout communiquer une bonne dose d’exotisme et de bonne humeur à travers leur musique. Ce trio, a été repéré sur Myspace dés s e s d é bu t s p a r A l O ' c o n n e l l (Klaxons), qui a produit leur premier single. Signés ensuite par le fameux label Kitsuné, Is Tropical a tourné dans toute l’Europe avant de sortir son premier album (normalement on fait le contraire, oui), provoquant une véritable émulation médiatique. En

Cependant, si cette émulation joyeuse est le point commun des 14 tracks de Native To, il faut aussi souligner qu’Is Tropical sait se diversifier, et part dans des directions musicales diverses et variées. Le groupe alterne entre des sons assez rock (Oranges), d’autres plus électro (Seasick Mutiny), ou encore quelques sons pop un peu plus calmes (I’ll Take my Chances). Mais attention, Is Tropical ne tombe jamais dans une pop mielleuse et sans saveur, et du début à la fin, la musique de ce trio reste incisive, faite de guitares et synthés poussés à fond.

L’album tant attendu est donc sorti en juin 2011 chez Kitsuné, porté par le single The Greek au clip déjanté (à Si je devais retenir seulement quelques morceaux de cet album, ça voir absolument). serait tout d’abord T he Greeks,

Le résultat  ? Un album surprenant, plein de fougue et d’entrain, rappelant ces nuits d’été qui ne se terminent jamais. Les 14 tracks

véritable invitation à la fête au rythme ravageur. I’ll Take my chances et Clouds, avec leurs mélodies hyper entêtantes, m’ont fait craquer dés la première écoute. Land of The Nod, qui a un petit air de MGMT, est également très bon. Enfin, il ne faut pas passer à coté d’Oranges et de ses guitares déchainées, sans oublier l’irrésistible South Pacific et ses synthés géniaux.

de Native to ont toutes un point commun  : elles te donnent une sensation de liberté incontestable. Les membres d’Is Tropical sont experts dans les mélanges de sons et d’instruments en tout genre, et ne semblent avoir aucune limite musicale. Une espèce d’excitation créative traverse tout l’album, et le Native To est donc un album très trio londonien s’éclate tout en frais, la bande son d’un été qui se les trois membres de Is Tropical : Gary Barber, Simon Milner et Dom Apa

termine toujours bien trop tôt. Les membres d’ Is Tropical le disent eux même, c’est une invitation à l’évasion, alors pourquoi la refuser ?

Johanne


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La guerre des Gallaghers : Avantage Noel Beady Eye Vs. Noel Gallagher’s High Flying Birds Le moins que l’on puisse dire, c’est que la famille Gallagher est une famille pas comme les autres. Pour commencer, les frères Liam et Noel sont (est-il nécessaire de le rappeler  ?) mondialement connus en tant membres fondateurs d’un des groupes les plus emblématiques du mouvement Britpop, Oasis. Mais ils se sont également rendus célèbres par leurs disputes légendaires qui en ont fait les deux meilleurs ennemis de la pop anglaise. En effet, leurs affrontements ont rythmé la vie d’Oasis durant de nombreuses années, rencontre entre les egos surdimensionnés du frontman Liam et du guitariste et principal compositeur Noel. Leur album le plus mythique «  (What’s The Story) Morning Glory ? » (qui contient des «  tubes  » tels que «  Don’t Look Back In Anger  », «  Champagne Supernova  », ou bien sûr «  Wonderwall  ») fut ainsi marqué par une dispute m é m o r a b l e  : e n r e g i s t r é e n seulement 10 jours, Liam décida de fêter ça dans un pub local, puis revint au studio avec un groupe rencontré pour l’occasion, histoire de leur faire écouter les bandes. On boit, on écoute de la musique, on joue un peu, et c’est là que Noel débarque et a le plaisir de voir un inconnu éméché jouer sur une de ses guitares. Le garçon pète littéralement un câble, en vient aux mains avec son frère, le studio est retourné, Liam se retrouve avec un bras cassé et Noel disparaît pendant

deux semaines… Mais leur dispute la plus fameuse reste celle qui eut lieu en Août 2009 à Rock en Seine, où après une violente dispute durant laquelle Liam explosa une des guitares de son frère, le groupe annonça à des fans médusés sa séparation définitive, quelques minutes avant leur concert… C’est donc dans ce climat (légèrement) délétère que les deux frangins se lancent dans une carrière solo, qui prend immédiatement des allures de guerre froide. Le public comme la presse attend de voir qui sortira vainqueur du test du premier album. Et depuis le  17 Octobre dernier et la sortie du premier album de Noel Gallagher, nous sommes en mesure de nous pencher sur la question.

En effet, le premier à sortir son album fut Liam Gallagher. Son groupe prend le nom de Beady Eye et sort le  28 Février 2011 l’album

«  Different Gear Still Speeding  ». Un album qui reçoit un accueil mitigé de la critique. Certes la recette demeure efficace mais instrumentalement, c’est assez p a u v re … L’ é c o u t e c o m p l è t e demeure assez agréable mais on a sentiment assez fort que le groupe tourne en rond. Le chef Gallagher a entraîné avec lui le reste des musiciens du défunt Oasis, mais force est de constater que c’était Noel qui faisait tout… De plus, la voix nasillarde de Liam finit par agacer… Alors certes, vu le passé du bonhomme, le public est particulièrement exigeant et l’attend au tournant. Mais cela n’enlève rien au constat final  : à l’exception de quelques titres tels que «  The Roller  » ou «  The Beat Goes On », on s’ennuie… Le  17 Octobre dernier, c’est donc au tour de Noel de riposter, il nomme son groupe Noel Gallagher’s High Flying Birds (nom tiré d’une chanson du Jefferson Air plane), et sort un album éponyme. Dès le premier morceau, «  Everybody’s On The Run  », on retrouve la richesse de composition du plus guitariste des deux frères. Des cordes, des chœurs, des nappes de synthé, des cuivres… Noel trouve dans son projet solo une liberté toute nouvelle, il se souvient d’ailleurs avec plaisir que l’idée des cuivres sur «  The Death Of You A n d M e  » a u r a i t p rovo q u é d’interminables discussions au sein


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d’Oasis (morceau sur lequel il n’est d’ailleurs pas sans rappeler un certain Damon Albarn…)… L’album a été travaillé et la production soignée. Les morceaux sont de très bonne facture et on sent qu’en live, ça peut rendre très bien. Alors c’est sûr ce n’est pas non plus très surprenant, on reconnaît la patte de celui qui est à l’origine de la plupart des succès d’Oasis, Noel fait tout simplement ce qu’il sait faire mais il le fait bien. L’album est d’ailleurs très bien accueilli, se classant numéro un des charts en Grande Bretagne. Il en ressort donc un bon album, dont la qualité générale reste digne du compositeur des tubes qui ont fait la renommée d’Oasis.

Jimmy Page & Robert Plant  No Quarter Que les plus sceptiques se rassurent, le présent article n’a pas pour but de ressasser le fantasme d’un post-adolescent pour de vieilles gloires desséchées en pantalon moulants, mais de parler d’ un album souvent et malheureusement méconnu, mais pourtant si révélateur de l’extraordinaire polyvalence de musiciens de la trempe de Jimmy Page et Robert Plant. Commençons donc par recadrer le contexte. En 1994, soit quatorze ans après la séparation du groupe suite à la mort du batteur John Bonham, Robert Plant et Jimmy Page se retrouvent à l’occasion d’un voyage au Maroc à l’issue duquel ils enregistreront l’album No Quarter, qui reprend entre autres des morceaux de Led Zeppelin en les colorant de sonorités orientales. Le mélange est osé, ou encore « ils font le grand saut » me

A noter qu’un deuxième album est déjà en route, que Noel décrit comme ressemblant au célèbre «  Dark Side Of The Moon  » des Pink Floyd, rien que ça… En conclusion, il semble que Noel ait gagné cette bataille, au moins concernant les versions studios des

chansons. L’album produit par Liam reste très fade face à celui de s o n f r è r e, e t d e f a ç o n t r è s paradoxale compte tenu du fait que le chanteur principal d’Oasis était bien Liam, la voix de Noel passe beaucoup mieux que celle de son concurrent de frangin. Après, reste à voir ce que tout cela rend en concert, Beady Eye en ayant déjà fait un bon nombre depuis la sortie de leur album, mais si Liam a gardé sur scène la distance et le côté hautain assez insupportable qu’il pouvait avoir avec Oasis, on peut parier que Noel gagnera aussi la bataille de la meilleure expérience live…

Vincent

Robert Plant & Jimmy Page, que l’on retrouve 14 ans après la fin de Led Zeppelin, identiques en tout points et à peine démodés (...)

direz vous, car on peine a imaginer le mariage de la voix puissante, suraiguë et parfois même criarde de Robert Plant (prenons Immigrant Song par exemple) et de la guitare saturée de Jimmy Page avec les instruments et la tradition musicale marocaine. Et pourtant, le résultat est étonnant de naturel, de sincérité et, mais c’est moins étonnant lor sque l’on considère ce dont ces deux-là sont capables, de qualité. Plant et Page

parviennent sur ce disque tantôt à recréer l’ambiance lourde et angoissante (n’y voyez rien de péjoratif) d’un morceau de Led Zeppelin avec une orchestration pourtant différente (écouter notamment Friends), tantôt à la transformer en air folklorique évident (City Don’t Cry). Certains morceaux de l’album n’offrent, il est vrai, que des versions


LE SHAMROCK novembre 2011

live légèrement modifiées de titres de Plus qu’une simple habilité à jongler semblerait ainsi que cet album soit leur ancien groupe commun qui les avec les genres musicaux et avec les pour eux simplement et uniquement porta pour beaucoup de leurs instruments qui les caractérisent, je l’occasion de se retrouver, de faire de admirateurs jusqu’au statut de pense que la démarche qu’a la musique ensemble, de découvrir légendes vivantes. On peut compter représenté l’enregistrement de cet d’autres manières de jouer, de parmi ces chansons par exemple album marque l’immersion de deux s’habituer à d’autres harmonies, bref Thank You et Since I’ve de continuer à apprendre, à Been Loving You. D’autres, être curieux envers ce que le « l’immersion de deux anciennes en revanche, sortent du lot monde a à leur offrir, à eux et et fascinent de leur audace : Rockstars britanniques au sein à leur métier. Plus que le Yallah, un titre aux allures de d ’ u n e c u l t u r e a p r i o r i rendu final, qui reste d’une danse fanatique sur lequel excellente facture selon moi diamétralement opposée, loin des Jimmy Page martèle durant mais incomparable avec un groupies et des stades pleins à cinq minutes le même riff album comme Led Zeppelin sur rythme marqué par des craquer » IV d’une part et avec un applaudissements et un beat disque de musique orientale des plus simplistes, pendant traditionnelle d’autre part car anciennes Rockstars britanniques au que Plant ponctue son délire s e i n d ’ u n e c u l t u r e a p r i o r i situé à l’exact et improbable prophétique de ces cris dont lui seul diamétralement opposée, loin des équateur entre les deux en termes de a le secret. Dans la même veine, City stades pleins à craquer, des groupies registre, je pense que c’est cette Don’t Cry fait partie des trouvailles de et des exigences commerciales et de démarche, cette intention et l’idée l’album, avec une musique aux succès des labels et autres maisons de ce duo béni Page/Plant qu’il faut rythmes orientaux sur lesquels vient de disques et de la pression du retenir, apprécier et qu’il convient se déposer avec délicatesse, telle une résultat. Ce disque nous fait également de saluer. plainte désespérée, la voix de Robert l’impression de la part de nos deux Lucas Plant, assez nettement adoucie pour artistes d’une volonté totalement l’occasion et bien relayée par les affranchie de toute contrainte chœurs. Wah Wah constitue un d’exprimer leur créativité prolifique morceau à mettre à la même en dehors des cadres qui avaient été enseigne, celle de la fusion quasi les leurs jusqu’alors. Jimmy Page et parfaite entre la voix d’un chanteur Robert Plant ont vieilli, muri peut de hard rock et les harmonies du être (?), Led Zeppelin est déjà près désert… de 15 ans derrière eux, et il

Sufjan Stevens,The Age Of Adz, Il nous en a pondu, des belles bouzes, ce début de XXIe siècle où les artistes mélangent tous les styles, ajoutent sans scrupule et sans aucune réelle inspiration une dimension électronique à leur musique pour quelques dollars de plus. C’est nouveau donc c’est bien  ? On est mal parti. Ils se croient tout permis, ceux-là. Un monde de possibilités musicales s’est ouvert, et évidemment on s’est empressé de faire n’importe quoi. Heureusement, il existe encore des artistes qui n’ont pas oublié que les paroles ont aussi leur importance, que les mélodies méritent d’être composées en plus de cinq minutes, et chez qui on retrouve un sentiment authentique de création. Le passage de l’indie-rock bon enfant à un univers plus moderne est une métamorphose exquise chez Sufjan

The Age of Adz, sorti en 2010


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« Le passage de l’indie-rock bon enfant à un univers plus moderne est une métamorphose exquise chez Sufjan Stevens. » Stevens. On lui pardonnerai même d’avoir vendu ses chansons à la bande originale de The O.C. . Plus relaxé et plus lent, avec des variations de thèmes assez originales dans un registre plus sombre que dans ses albums précédents, on a l’impression que sa maladie a donné lieu à une révélation. Toujours aussi spirituel dans ses paroles, Stevens y glisse la théologie, la vie, la mort et l’amour avec un talent que l’on connaissait déjà, mais avec une parcimonie douce et rassurante. Il chante sans message et sans prétention, s’inspire de sa foi sans qu’on soit réellement obligé d’y faire attention (ou même de s’en rendre compte pour beaucoup d’entre nous). Il ne gâche pas les mots et dit pourtant bien plus que beaucoup de chanteurs qui feraient vraiment mieux de laisser leurs instruments jouer tout seuls.

Par contre il faut rentrer dedans. Sinon vous allez trouver ça chiant. Impossible soul dure vingt-cinq minutes et est une composition plutôt complexe avec des thèmes divers et des acrobaties stylistiques parfois pas faciles à percer. Il va parfois un peu trop loin comme dans Age Of Adz où un concentré de nouveauté Stevensienne peu perméable, à la première écoute en tout cas, fait limite un peu peur et donne envie de se mettre à l’abri tant on croit y entendre la fin du monde. Si un jour je suis coincé sur la Lune et que mon Ipod n’a plus que 5 minutes et 26 secondes de batterie, j’écouterai Vesuvius, probablement le meilleur morceau de l’album.

Samuel

La RubriqueCinéma The Artist de Michel Hazanavicius Que pouvait-on attendre de Michel Hazanavicius après les deux OSS 117 et le moins connu, mais tout aussi culte La classe américaine ? La réponse  : un film muet en noir et blanc avec en tête d’affiche l’acteur français du moment Jean Dujardin (épaulé par l’excellente Bérénice Béjo) Je vous vois venir d’ici, «  Un film muet en noir et blanc  ? Ca à l’air marrant, mais bon je vais pas payer 7 balles pour m’endormir au cinéma », «  Il y a Jean Dujardin, donc de toute façon ça sera cool, j’irai le voir  », «  Tiens ça m’a l’air cool, ça sera ma première expérience avec le film muet », toute ressemblance avec une personne existante ne saurait être que fortuite et indépendante de ma volonté. Ces trois personnes fictives donc, ont chacun tort et raison.

Je m’explique. Oui, The Artist est un film muet et en noir et blanc et donc sujet à l’assoupissement, mais cette expérience se doit d’être vécue dans une salle de cinéma tant la réalisation est quasi-parfaite et tant l’ambiance du film vous plonge réellement dans ce qu’était le cinéma des années 30. Alors ce n’est pas parce que c’est du noir et blanc, qu’il n’y a pas de parole et que la musique est rébarbative (bien qu’excellente soit dit en passant) qu’on ne va pas se motiver ! Ensuite, oui il y a Jean Dujardin, et c’est cool, mais sa performance ne s’arrête pas là. Jean Dujardin réussit réellement à rentrer dans la peau un acteur des années 30, une mise en abime qui a valu à notre acteur français de récolter une jolie récompense au Festival de Cannes (on murmure déjà une possible nomination aux oscar s). Les spectateurs les plus sceptiques diront que Jean Dujardin utilise les mêmes mimiques que pour OSS 117, à ces

The Artist, de Michel Hazanavicius Avec Jean Dujardin et Bérénice Béjo

gens là je réponds : « C’est le même réalisateur, donc les mêmes attentes, mais en attendant regardez quelques films muets des années 30 et vous verrez à quel point le personnage joué par Jean Dujardin se rapproche réellement des acteurs de l’époque. »


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Et enfin, non, ceci ne sera pas votre première expérience avec le film muet. En effet, même si The Artist est un bijou d’inventivité et un pari fou sur le point d’être gagnant, il ne faut pas croire que ce film remplacera un bon film de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton. C’est en cela que ce film est un OVNI, il appartient à son époque tout en faisant en faisant revivre merveilleusement le passé.

c’est notre chance aux Oscar…

de 2011 et rien que pour ça, n’hésitez pas.

The Artist est beaucoup de choses, mais c’est surtout le pari le plus fou

Louis

En bref, c’est un film à voir, c’est une expérience envoutante, c’est la consécration d’un acteur promis aux sommets, c’est une réalisation impeccable,

de Fatih Akin Après la mélancolie de L’autre côté, la dénonciation de Head On, Fatih Akin s’attaque à la comédie dans son dernier film Soul Kitchen. Fatih Akin est un réalisateur germanoturc récompensé à plusieurs reprises (Ours d’or à Berlin et Prix du scénario à Cannes) qui place la question du sort des immigrés et des marginaux en Allemagne au centre de son œuvre.

Soul Kitchen : un ilôt de chaleur et de solidarité dans un paysage industriel

Le personnage principal, Zinos, joué par le co-scénariste et complice de Fatih Akin, Adam Bousdoukos, est propriétaire du restaurant Soul Kitchen situé sur les docks d’Hambourg, ville natale du réalisateur. Ce restaurant qui a réellement existé mais qui est fermé aujourd’hui est un lieu mipopulaire, mi-branché où l’on peut écouter de la soul music tout en dégustant de délicieux mets concoctés par le chef Biro Unel (héros de Head On), un personnage haut en couleur. Zinos est un personnage à la Fatih A k i n  : j e u n e i m m i g r é g r e c touchant, étrillé par la vie et la

société allemande. Il passera une grande partie du film le dos bloqué (qu’il ne peut pas soigner n’ayant pas d’assurance maladie), se fera larguer par Nadine, femme 100% allemande issue de la hautebourgeoisie allemande, voler son restaurant par un ancien ami d’école devenu agent immobilier et mafieux et attirer dans différentes galères par son frère repris de justice. Ce film est le théâtre d’une lutte comique entre les cols blancs (fisc, contrôle sanitaire, agent immobilier) et une communauté éclectique d’immig rés et de marginaux qui veulent garder leur chère «  maison  ». Ce restaurant est un îlot de chaleur et de solidarité dans un paysage industriel où l’on peut écouter


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de la musique en s’enivrant jusqu’au petit matin. La voracité des agents immobiliers fait disparaitre de nos villes ces lieux de plus en plus utopiques pour laisser place à des lieux sans soul où le leitmotiv est la culture de masse et le fric. Fatih Akin, DJ à ses heures perdues, nous offre une nouvelle fois une bande originale de grande qualité à résonances soul et rock qui nous donne envie de claquer des doigts et de danser à chaque scène. Vous y retrouverez de grands artistes tels que Curtis Mayfield, Kool & the Gang ou encore Boogalo Joe Jones.

Le seul moyen que Zinos a trouvé pour « soigner » son dos...

Bien que parfois un peu lourde et fraicheur à ce lieu si alléchant qu’est caricaturale, cette comédie est Soul Kitchen. réussie parce qu’elle est légère, attachante et fendante dans ses meilleurs moments. La photo claire Malcolm et colorée, les personnages et la musique donne un esthétisme et une

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