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LE SHAMROCK janvier 2012

Éditorial L’année 2011 aura vu dans le paysage musical indépendant la naissance en quelques semaines de véritables « phénomènes  ». Le marketing musical et ce que l’on appelle génériquement le buzz, ont transformé de parfaits inconnus en véritables icônes qui parvinrent à récolter les acclamations et déchainer les passions en un temps record, en s’appuyant souvent sur le formidable et ultra-rapide moyen de communication qu’est devenu Internet. Ainsi les Wu Lyf, Lana del Rey et autres Metronomy ont suscité quasiment partout un enthousiasme tro p i m m éd i at et réellem en t démesuré à mon gôut. Prenons Metronomy : ce n’est que mon avis, que beaucoup ne partagent justement pas mais très honnêtement The Album Riviera n’a jamais dépassé le stade « sympa mais pas dingue » dans l’échelle de mes préférences. D’autre part je n’ai eu aucun retour positif de la part de mon entourage sur leur prestation à l’Aéronef cet automne, désespérément molle et trop calquée sur l’album, m’a-t-on dit. Lana Del Rey est l’exemple parfait de ce besoin que semble avoir le public de voir des artistes grandir très, voire trop vite, avec en plus le sentiment

que tout a été fait pour que cela se passe ainsi, pour que la jolie blonde devienne une diva avant même d’avoir sorti un album mais

seulement quatre titres déjà repris et remixés avec plus ou moins de succès par de nombreux artistes. Le plus amusant est que le monde croit découvrir celle qui s’appelle en réalité Elizabeth Grant et avait sorti un disque sans écho en 2009. Mais un an et demi, un relooking, une chanson et un clip aux images vintage (n’étant pas expert, je préfère cet adjectif un peu crétin plutôt que de me risquer à parler de style nouvelle vague ou Lynchien) plus tard, voilà la petite au sommet. De même, les gens pensent souvent à tort que les Black Keys n’existaient pas avant El Camino ou Brothers, mais j’y reviendrai plus tard. Venons en à Wu Lyf : il est indéniable que ce groupe Mancunien innove, explore et exploite un terrain jusqu’alors vierge dans ce domaine. D’autre part, j’ai moi aussi cru en le potentiel de l’orgue dans ce genre de musique, donc je ne peux qu’approuver de ce côté là, même je vois mal comment le groupe peut évoluer (on est pas à l’abri des surprises). Ce qui frappe réellement, c’est plutôt l’efficacité d’une méthode de communication à la Justice. Des titres lâchés sur le net au compte gouttes, un album hyper attendu et – il faut bien le dire – assez réussi, et surtout un logo accrocheur et – il faut bien le dire aussi - vendeur. Qu’est ce que tout ceci implique ? Les artistes (musicaux en tout cas) grandissent très vite en ce début de millénaire, portés aux plus hauts sommets par une génération d’accros au Net et d’éternels zappeurs adeptes du défilement continu d’images et de sons. Ma question est simple : que deviennent ces artistes, une fois arrivés à un tel stade ? Le moindre deuxième album raté, le moindre titre peut sonner le glas de leur célébrité et par la même la fin de leur succès. En outre, si le public et les internautes (puisque ces deux entités sont aujourd’hui indissociables) ont dans leur plébiscité ces chanteurs à une vitesse

ne me dites pas que ça ne vous rappelle rien... le cuir nʼétait plus à la mode, alors on a pris une veste en Jean à la place

vertigineuse, leur même volonté d’immédiateté exige des dits artistes qu’ils renouvellent rapidement leurs productions, pour subvenir aux besoins gargantuesques et à la gloutonnerie d’images et de sons dont nous nous repaissons sans cesse et sans même nous en rendre compte. Aucun artiste ne peut réellement se permettre une pause, car chaque « révélation » ne marque souvent qu’une génération très précise, que deux ou trois années tout au plus. Ainsi Justice a marqué au fer rouge les lycéens que nous étions en 2007, mais combien sont ceux qui peuvent réellement se targuer d’avoir pris le temps d’apprécier et d’écouter Audio, Video, Disco sorti cette année  ? «  ben non, Justice on avait 18 ans les mecs, y’a u n m o m e n t f a u t é v o l u e r  » . l’intention (évoluer) est louable, est elle un motif louable ? je ne suis pas particulièrement fan de Justice, loin de là, mais quand on sait le temps et l’énergie que cela prend de faire un disque et des tournées dans le monde entier, on pourrait sans doute leur laisser un peu de temps. Eh bien non, nous on a grandi, l’époque ou on écoutait ça on était des gosses, on a écouté autre chose entre temps, et aujourd’hui concrètement Justice on


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s’en tape. Leur erreur aura été d’attendre si longtemps, de laisser le décalage chronologique s’installer entre leur musique et la génération qui l’écoutait et qui manifestement est passée à autre chose. À qui la faute ? torts partagés sans doute puisqu’ils avaient qu’à moins se la toucher (pardon c’est dégeu) pendant tout ce temps et que nous on devrait se prendre un peu plus au sérieux quand on dit apprécier un artiste, et ce même à 18 ans. Le groupe aurait pu s’attendre au fait que les d’artistes électros allaient pulluler et les concurrencer directement, et profiter de la fin de leur vague «  hype  », à l’affut, pour prendre la suivante au bon moment. Et cela n’a pas toujours été comme ca. Un groupe de rock, depuis les Beatles jusqu’à Nirvana, en passant par les Doors ca durait au moins 6 ou sept ans (une demi-vie pour les Stones…) et ca se terminait vraiment que quand il y en avait un qui clamsait (avec des productions il est vrai moins espacées dans le temps que l’exemple choisi ici), avant ca le public espérait secrètement revoir le groupe chéri. Que s’est il passé alors  ? pourquoi en l’espace d’une décennie notre comportement vis à vis de la musique. La réponse est connue de tous : Internet, dans ses bons comme dans ses mauvais côtés. Les bons, c’est que jamais autant de musiciens

n’ont été techniquement en mesure de se faire connaître du grand public, et que les progrès technologique font foisonner en tous sens la création musicale. Les mauvais, c’est que le public est soulé à la nouveauté sonore, et cet amoncellement obscurcit son jugement, le rendant ainsi parfois incapable de distinguer le « de bon goût mais pas génial  » du vraiment BON (j’exclus d’office de mon propos l’excrément sonore que répandent les ondes et qui n’arrangent rien au problème), ce qui fait qu’on s’extasie sur des mecs comme Metronomy.

Metronomy, The English Riviera

Pour ces groupes ou artistes propulsés en haut de l’affiche avant qu’ils n’aient eu le temps de s’y voir (check Aznavour), le challenge est de taille : créer à nouveau, et créer un produit qui se vendra au moins aussi bien que le précédent (car c’est bien de cela qu’on parle) auprès des demi-

habiles que nous sommes, préférant la scène « indé  » (laissez moi rire) parce que le mainstream c’est vraiment trop pourri, mais en même temps extrêmement sensibles aux effets de mode et changeant sans cesse de gôuts et d’opinions. Ou alors il y a la solution choisie par MGMT pour leur deuxième album, à l’occasion duquel les compères New Yorkais ont choisi de dire merde à leurs producteurs et à une partie de leur public en abandonnant leur côté électrico-juvénile pour faire de la musique très sixties, qui leur correspondait sans doute nettement mieux. J’attends donc de voir ce que vont devenir en 2012 tous ces artistes que 2011 a vu s’élever, ce qu’ils vont créer. Test réussi pour les Black Keys par exemple qui après le succès planétaire de Brothers l’an passé ont réussi le tour de force d’obtenir un succès supérieur cette année avec El Camino, mais se sont éloignés, dans la logique de leur évolution (peut être inconsciemment mais cela ne fait aucun doute) un peu plus de leurs racines musicales. Ils ont fait leur choix, celui des stades, de l’efficacité et de l’opportunité à saisir. Un choix r u s é s a n s d o u t e, ô c o m b i e n compréhensible, mais dans un certain sens regrettable, pour nous comme pour eux. Sans transition, la critique de leur dernier album. Lucas

Dossiers Musique The Black Keys El Camino J’ai horreur d’écrire sur LE groupe en vogue du moment. Je trouve cela à la fois beaucoup trop facile et trop casse gueule d’écrire sur LE dernier groupe trop cool dont tout le monde parle avant d’y avoir réfléchi plusieurs mois et écouté plusieurs fois l’album encensé. En bref, je ne raffole pas les prises de position trop catégoriques et trop

hâtives. Avec Les Black Keys c’est un peu différent car ca fait quelques années que je les suis et que je les apprécie, et rien ne saurait plus m’agacer que d’entendre tout le monde dire que c’est un groupe nouveau et « trop stylé  » quand je sais pertinemment qu’ils sont dans le Biz depuis dix ans et qu’ils ont 6 albums derrière eux, Bref... et en même temps je me dis aussi qu’à la vitesse où vont les choses, ca

n’intéressera personne de lire un papier sur les Black Keys dans 6 mois, la plèbe et leur boulimie de son aura oublié cet album et jusqu’à ses auteurs et l’ensemble de leur oeuvre. Rock&Folk titrait récemment en première page « The Black Keys, crise du blues ou blues de crise ? ». Je me propose en fait dans cet article autour de l’album El Camino de méditer quelque peu le bien fondé de cette interrogation.


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Il est vrai que l’on a vu quasi simultanément en 2010-2011 la fin des White Stripes, les derniers balbutiements de Jack White, dernier représentant digne de ce nom de l’héritage du blues sur la musique actuelle, et un changement d’orientation musicale désormais inéluctable du groupe qui est longtemps resté dans l’ombre de ces derniers. La plupart des gens découvrent en effet les Black Keys avec leur dernier album El Camino, voire avec le précédent, Brothers. Dites vous quand même qu’avant ca, les Black Keys c’était 5 album et dix ans d’existence, et surtout qu’avant ça, les Black Keys c’était du blues. Comparez les titres Busted et Lonely boy, respectivement sur les premier et dernier albums du groupe, et vous conviendrez tout de même qu’il ne s’agit pas exactement de la même chose. C’est à dire qu’en l’espace de deux ans maximum, on a presque perdu toute trace du blues dans le cercle de la musique « en vogue  ». Comme le dit si bien Johnny Halliday, le rock vient de là, il vient du blues (pardon pour la référence), et a donc toujours abondamment et à juste titre puisé dans ces sonorités qui firent pendant plus d’un demisiècle ses beaux jours. Dans le même temps, le rock a évolué dans de multiples directions, s’éloignant parfois de ses origines. En manque de porte étendards déplaçant les

foules et – c’est un point capital – durable, le rock semble aujourd’hui renier le courant qui a permis sa venue au monde, le Blues, pour emprunter à celui qui le prend de vitesse depuis quelques années, la musique électronique. Dans cet album c’est sur le premier titre que justement je m’agace et je peste. Le « tube de l’année  » Lonely Boy. Ouais bon d’accord le morceau est hyper efficace, la voix de Dan Auerbach fait son effet, l’intro (les 15 premières secondes) est accrocheuse mais quelle idée de nous coller cette phrase du synthé horripilante  (ou si c’est une guitare l’effet utilisé est immonde)!? Ca sera le problème global de tout l’album, bon dans l’ensemble mais truffé de petits détails vraiment pénibles à mon goût, et où les bons morceaux cohabitent avec les carrément médiocres. On voit ainsi se succéder en deuxième et troisième morceau le banal Dead and Gone et le nettement plus intéressant Gold On The Ceilling (si l’on exclut là encore les touches de synthé qui font malheureusement toute la particularité de ce disque par rapport aux précédents du groupe). Le passage acoustique en guitare/ voix, plutôt surprenant venant de ce groupe très porté électrique, sur Little Black Submarine est quant à lui assez réussi et inspiré, et précède un

refrain plus tranchant, un peu simpliste mais correct. Vient ensuite l’inégal Money Maker, avec des couplets sans relief et un refrain plus entrainant sur lequel la voix rappelle un peu celle d’un certain Anthony Kiedis. Run Right Back est à n’en pas douter l’un des meilleurs morceaux de l’album, avec un riff obsédant et une superbe phrase de guitare soliste. Je tiens aussi à m’arrêter sur autre aberration de ce disque, au moins par rapport à ce que le groupe nous a habitué, la chanson Nova Baby, aux envolées lyriques dignes d’un petit groupe pop sympa, mais pas de ces types. Voilà un peu ce que l’on peut retenir de cet album, sur lequel persistent quelques éclairs de génie trop souvent obscurcis par quelques lourdeurs et passages gênants, mais qui n’a plus grand chose à voir avec le blues dont les deux membres du groupe se réclamaient à leurs débuts. Sans doute que le Blues est en crise économique et qu’il ne rapporte pas grand chose à ses représentants. En même temps cela n’a rien de nouveau, puisque les bluesmen purs et durs sont par définition des types que la vie n’a pas épargné et n’ont que rarement pu vivre uniquement de leur art. On aurait alors plus affaire à du Blues de crise, qui ouvrira sans! doute aux Black Keys les portes des stades, mais leur refermera à coup sur celles du Blues.

!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!Lucas


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The Roots Undun En 25 ans le groupe The Roots a su s’imposer comme un groupe de référence, un emblème de la scène hip hop. Undun, le 11e album du groupe, sorti début décembre était donc attendu avec impatience mais aussi avec une certaine crainte. En effet, on devient plus exigeant avec un groupe lorsqu’on sait de quoi il est capable, et The Roots a placé la barre très haut dès ses premiers albums av e c d e s m o r c e a u x comme ‘You Got Me’ ou ‘The Seed’. D’ailleurs leur précèdent album ‘How I Got Over’, n’avait pas échappé au fameux syndrome du « c’était mieux avant  »  : sans être mauvais je l’ai trouvé moins bon que ce qu’on aurait pu attendre. Mais avec Undun, je n’ai pas été déçue. Le concept de l’album est différent des précédents  : tous les morceaux retranscrivent l’histoire d’un seul et unique personnage, un dealer de drogue nommé Redford Stevens. Il a été inspiré par le morceau Redford de Sufjan Stevens qui a collaboré sur l’album. Redford

Stevens, dont on apprend la mort dès le premier morceau est donc un jeune héros, mort trop tôt, dont on suit les pensées, les actions et les (mauvais) choix : «  Undun is the story of this kid who becomes a criminal, but he wasn’t born a criminal  » dixit le groupe lui même. Contrairement à son habitude le groupe ne prend pas dans cet album

de positions ou d’engagements marqués, il s’agit plus d’un constat et d’une critique plus subtile de la société et ses dérives. Vous l’aurez compris l’album est assez sombre, sans pourtant tomber dans le déprimant ou le t r a g i q u e. L e s m é l o d i e s s o n t berçantes et mélancoliques, très

agréables à écouter et leurs refrains restent parfois en tête comme par exemple sur le morceau « Tip The Scale  ». La production est très soignée, on retrouve un hip hop teinté de soul, et emprunt d’une certaine émotion soulignée a de nombreuses reprises par la présence du piano. D’ailleurs figurent quatre morceaux instrumentaux composés et produits en collaboration avec Sufjan Stevens. Black Thought et les autres MC’s du groupe servent ces mélodies de leur meilleur rap, et proposent des paroles qui méritent de prendre le temps de les écouter et de les comprendre. Undun forme donc un tout cohérant du début à la fin, et je ne peux que vous conseiller d’écouter, au moins une fois, l’album entièrement pour pouvoir suivre l’histoire et profiter de toute la force du disque. Mais deux chansons ont particulièrement retenues mon attention  : «  Make My  » dont les paroles et le clip mettant en scène un meurtre c o n t r a s t e n t av e c l ’ a m b i a n c e apaisante qui se dégage du morceau  et «  Lighthouse  » qui ressemble moins aux autres morceaux de l’album mais sur lequel Dice Raw fait un très bonne prestation. Les trois dernières chansons, instrumentales font figure de conclusion et je trouve qu’elles perdent de leur intérêt si elles ne sont pas écoutées en continuité de l’album. Undun est donc un très bon 11e album et une bonne surprise pour fêter les 25 ans du groupe, que demander de plus ? Laura B.


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Will Holland et la musique Quantic La route est longue du Worcestershire jusqu’en Colombie, mais elle vaut le coup. Dans la série des associations insolites de styles musicaux qui sont susceptibles d’être intéressants pendant plus de quatre mois, j’ai l’honneur de nommer la musique quantic. Si d’innombrables pionniers avaient déjà tenté de marier Funk, Bossa Nova, Jazz, Salsa et Trip-Hop, avant de sombrer lamentablement dans l’oubli le plus total encore plus vite que l’homme qui avait voulu faire de la dubstep pour bambins, Will Holland1, lui, a réussi. Tout a commencé lorsque Holland, DJ britannique plutôt penché sur un hip-hop sans goût, sans issue et aussi original qu’aller à Barcelone pendant les vacances avec ses amis, s’est découvert une lubie pour la musique latine. Etonnant pour un rosbeef. Progressivement il a ôté sa casquette bien trop sobre de l’underg round anglais pour l’épilepsie euphorique des beats à la sauce salsa (excusez le pléonasme).

Et puis il a la politesse de faire ça petit à petit. Il crée d’abord Quantic. C’est le plus éléctronique de ses sons, des samples encore très influencés par le hip et le hop, même parfois avec un peu de rap par dessus. On reconnait le style DJ, mais surtout le talent d’un mec qui peut jouer basse, piano, saxophone, guitare, double basse, l’orgue et qui déchire en percussion. Rien que cela. Quantic devient son nom d’artiste, plus ou moins car cela reste un peu flou. Ainsi le nom Quantic pour le style musical n’a rien de formel pour l’instant, mais moi j’aime bien. Il sort deux albums au début des années 2000, dont The 5th Exotic, qui sont vraiment époustouflants. Mais ça, c’était qu’un début.

Tropidelico The Quantic Soul Orchestra, la deuxième formation de Will Holland

Et ouais. Ces débuts n’ont été que le siège éjectable qui a propulsé Holland encore plus loin vers l’Amérique Latine. Il crée quelques années plus tard le collectif The Quantic Soul Orchestra (bon, on va pas lui donner la palme du meilleur nom pour celui-là par contre). Là, il insiste encore plus sur le Funk d’il y a quarante ans avec des rythmes dignes du carnaval de Rio De Janeiro. Y’a de quoi faire rougir les alchimistes. On écoute alors un style complètement instrumental, et Holland cesse définitivement d’être un DJ au sens que l’on connait. Les morceaux dansent, même les courbes de niveau se dandinent2. Avec Pushin On, ou encore Hold on Tight, morceaux intemporels aux sonorités puissantes, son style devient bien plus qu’une synthèse de style différents : c’est leur apothéose. En plus avec les cuivres qui gueulent derrière, ça le fait vraiment (et ce vraiment est à prononcer en roulant les « R » et en insistant trois secondes sur le « ai »). Il multiplie alors les délires avec The Limp Twins, plus chanté, dans un registre lounge absolument délicieux. Les morceaux Elemental et Time Is Your Enemy sont rarement absents de mes jour nées. Der nièrement, probablement caché dans une cabane en bois à Bogota d’où il gère son propre label Magnetic Fields, il s’est lancé dans Quantic And His Combo Barbaro avec lequel il veut se détacher se toute influence européenne. Il se peut qu’il soit allé un peut trop loin. On verra. Samuel B. 1: ne pas confondre avec le célèbre William Holland, qui jouait pour les orioles de Baltimore entre 1888 et 1889 2: non, je n’ai rien bu


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Nneka Envie d'évasion ? Je vous invite à vous aventurer dans l'univers singulier, métissé et poétique de Nneka. Inclassable, sa musique est un mélange subtil de soul, hip-hop, ragga et afro-beat. À travers ses chansons, l'artiste s'insurge, exprime sa frustration face aux problèmes sociaux tels que l'oppression, la corruption ou les disparités de richesses qui subsistent toujours en Afrique, son continent d'origine. Cette chanteuse envoûtante nous fait aussi part de ses doutes, de ses réflexions sur la vie, elle se livre, s'interroge, se remet sans cesse en question. Elle refuse de fuir les dilemmes existentiels, préfère s'y confronter.

Son premier album, Victim Of The Truth

Le message qu'elle fait passer dans ses textes est d'une force et d'un courage impressionnants pour cette jeune femme, petite et frêle, de 26 ans. D'origine nigériane, elle quitte l'Afrique et s'installe à Hambourg à l'âge de 19 ans. C'est dans ce nouveau pays qu'elle commence à

SBTRKT Visage masqué façon tribale, un pseudonyme aussi mystérieux qu’imprononçable, Aaron Jerome adopte un profil bas pour laisser ses créations parler pour lui. Le procédé est

composer ses morceaux, en allant piocher dans ses souvenirs, ses inspirations musicales (Femi Kuti, Manu Dibango, Les Fugees ...) Elle sort son premier album, Victim of Truth, en 2005. Tout de suite, sa voix chaude et sa musique aux rythmes dansants enchante, on la compare déjà (à juste titre) à Lauryn Hill (ancienne Fugees) ! Si le titre phare de cet album est sans contexte « The Uncomfortable Truth  », je préfère personnellement «  Confession  », où l'air chaleureux ponctué de changements de rythme semble suivre le fil des pensées et des débats intérieurs de l'artiste. Une chanson très intime. Son succès est confirmé avec un second album, No Longer At Ease (2008). Je l'ai d'ailleurs découverte comme beaucoup grâce à cet album, qui contient notamment le titre mondialement connu «  Heartbeat  », chanson fascinante mêlant des rythmes très cadencés à une douce mélodie jouée au piano pour une expérience musicale des

plus surprenantes. Soul Is Heavy, son dernier album, date de l'année dernière et regorge de pépites sonores : les rythmes reggae mélangés aux interventions de cuivres triomphants du titre «  My Home  » vous feront danser. D'un style plus hip-hop, « Soul is Heavy » évoque les révolutionnaires nigérians et s'inspire de Fela Anikulapo Kuti, la légende nigériane de l'afro-beat. Petit coup de cœur pour la chanson «  J  » qui vous mettra de bonne humeur dès le réveil. Finalement, je ne sais pas vraiment pourquoi on se sent autant subjugué par l'univers de Nneka. Peut-être ce mélange de force et de fragilité, ou ces textes vrais, ou encore ce son tout à fait particulier... Une chose est sûre  : la musique de Nneka a quelque chose d'universel. Expérimentez vous même  : fermez les yeux, laissez-vous porter par cette voix chaude et suave... vous en êtes déjà amoureux.

emprunté à ses collègues tels que Jamie XX (qui l’a pris sous son aile dans le label Young Turks) ou encore James Blake.

rupture avec ses aînés : il soustrait (en anglais to subtract, d’où son pseudonyme SBTRKT) leurs plus belles incantations, pour y ancrer ses beats bien ciselés. Les compositions qui en ressortent ont des sonorités électroniques, où la dub-step, la house et la soul imprègnent un

La capitale anglaise nous parachute, une fois de plus, un outsider de l’arène musicale qui se veut en totale

Juliette L.


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groove imparable. De cette façon Never Never revendique la drum’n’bass pour origine, Right thing to do nous rappelle la UK Funky dubstep quand Pharaohs ressuscite ses momies sur de la house US. Autant de titres, dont la base musicale provient de M.I.A., Modeselektor, Basement Jaxx, Radiohead ou encore Mark Ronson. Aaron Jerome ne pille pas pour autant, il produit aussi ses propres singles et Maxis (en collaboration avec la chanteuse Jessie Ware). Pour s o n d e r n i e r a l bu m é p o ny m e (SBTRKT, 2011), il emprunte la voix de Sampha, principal interprète et l’un de ses atouts majeurs, qui confirme que la dubstep est aussi une fabrique à sons. Le minimalisme est prédominant, la mélodie quant à

le masque dont il s’affuble résonne de ce refus d’une personnification. Loin du culte de l’individu, l’anonymat permet à sa musique d’exister par et pour elle-même pour la libre appréciation de l’auditeur. La bonne nouvelle, pour les âmes musicales convaincues, est que cet artiste fait escale en France le vendredi 17 Février à Paris (La machine du moulin rouge). Enjoy. elle se diffuse sans mal des lèvres qui fredonnent aux pieds qui s’agitent. Le tout suscite en live des émotions complexes ! Véritablement innovateur, SBTRKT revendique ses créations comme des essais. Lors d’une interview, il confirme que pertinente, c’est du bonheur. Comment illustrer mon propos au mieux  : Finaly Moving, Sunday School, enfin essayez quelques sons, baladez-vous dans cet univers, vous y trouverez sûrement quelque chose de plaisant. Mon coup de cœur ira légèrement vers les deux premiers albums, Taking Up Your Pressious Time et Filling Up The City Skies, plus posés, ce qui ne veut pas dire que ses projets plus récents ne vaillent pas le détour, loin de là.

Pretty Lights Inconditionnel de l’électro ou non, reste dans le coin ces quelques lignes pourraient faire du bien à tes oreilles. Imagine un son qui s’adapterait a toutes les situations, un son sur lequel se poser, un son qui rendrait le métro plus vivable, un son que tu pourrais envoyer en soirée, bref, tu aimes ce son et tu le ressens différemment selon le moment de ton éreintante journée. Ok c’est dur à trouver, mais ça vaut le coup de chercher, au pire on peut tomber sur des beaux projets musicaux, celui de Pretty Lights (Derek Vincent Smith) en fait partie. A l’instant de l’écriture de ce petit article, j’écoute évidemment ses albums et force est de constater la diversité de ses productions. Ça cuisine avec des beats hip-hop, du jazz,de la funk, de la soul et j’en passe, le tout avec des ustensiles de qualité. Derek est originaire des Etats-Unis, où il a, dès son adolescence, été fasciné par les mouvements musicaux auxquels il était confronté,

!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!Mamoun I.

c’est après plusieurs tentatives dans des styles différents qu’il produits ses premiers beats à 17 ans. Il enchaine depuis 2006 les albums et EP, les diffuse gratuitement, nous sommes contents. Allez, on va parler du son un peu. Assez difficile à décrire, je ne le nie pas, mais quelques pistes alléchantes ça peut être sympa. Léger tout en étant agrémenté de basses profondes, épuré mais varié, les notes s’enchainent en glissant les unes le long des autres, un beat lourd en continu sur lequel D.V. Smith s’amuse, met de tout, toujours en gardant une cohérence précise et

P re t t y L i g h t s c o n n a i t u n succès considérable aux Etats-Unis où il se produit de m a n i è re r é c u r re n t e , t r è s souvent dans le cadre de gros festivals électro. En Europe il est encore malheureusement trop discret, affaire à suivre … Clément D.


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The Weeknd L’année 2011 a été l’année qui m’a réconciliée avec le R&B, genre musical souvent jugé peu créatif. Après mon coup de cœur pour Frank Ocean, il est temps de vous parler de The Weeknd, petit génie qui a su se placer aux antipodes des clichés du R&B, et donner au genre une toute autre dimension. Le R&B est à nouveau excitant et « cool  », pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Sensation musicale issue de la blogosphère, il est difficile à ce jour de ne jamais avoir entendu parler de

The Weeknd, victime d’un véritable engouement médiatique sur le net. Avec la sortie de 3 excellentes mixtapes (gratuites, merci) en l’espace de 9 mois, The Weeknd a attiré l’attention de toutes les critiques et blogs musicaux, et c’est pleinement mérité. Si au début de l’année, un véritable mystère planait autour de l’identité The Weeknd, on en sait désormais un peu plus sur ce phénomène. En effet, The Weeknd est composé d’un unique membre, Abel Tesfaye, 21 ans et originaire de Toronto. C’est un tweet de Drake reprenant quelques unes de ses paroles accompagnées d’un lien vers le morceau Wick ed Game, qui a déclenché l’effervescence médiatique en Mars dernier. Le 21 Mars, la sortie d’une première mixtape auto-

produite House of Balloons a fait l’effet d’une bombe, tant le talent hors du commun d’Abel Tesfaye nous plonge dans un tout autre univers. T h e We e k n d , c ’ e s t u n e atmosphère brumeuse, des beats lourds et ralentis, une voix angélique, des sonorités planantes, une dimension inquiétante. Mais c’est aussi des paroles si particulières, souvent crues et torturées, qui dégagent un réalisme glacial et un spleen d’une beauté rare. A travers ses morceaux, Abel nous parle de filles, d’amour, de ses fantasmes et névroses les plus sombres, de sa solitude, de son comportement autodestructeur, d’infidélité etc, sans jamais tomber dans des clichés adolescents vides de sens. La musique de The Weeknd est un mélange de noirceur et de pureté, nous offrant de nouvelles sensations auditives à chaque écoute. Comme il m’est impossible de vous décrire parfaitement toutes les particularités de la musique de The Weeknd, je vous offre un petit voyage à travers quelques uns de mes morceaux favoris, afin de vous donner un petit aperçu de cet univers si particulier. Enjoy ! Wicked Game  «  Bring your love baby I could bring my shame  »  : c’est cette phrase, extraite du morceau Wicked game et twittée

par Drake, qui a révélé The Weeknd au grand public. Wicked game est un morceau où les guitares sont omniprésentes, mêlées à l’émotion incroyable de la voix d’Abel Tesfaye. Le chanteur, ayant laissé sa petite amie chez lui pour se rendre dans un strip club, nous parle de son besoin désespéré d’affection, ne serait-ce que pour un nuit (« so tell me you love me, only for tonight, even though you don’t love me »). Il est ici très vulnérable, et ne cache ni ses blessures ni ses craintes à la femme avec laquelle il passe la nuit, car il sait qu’il ne la reverra jamais (Bring the drugs, baby, I could bring my pain, I got my heart right here, I got my scars right here). Alcool, drogues, mal-être et désespoir participent à l’atmosphère très noire de cette chanson, à écouter très fort seul chez soi, de préférence un jour de pluie. High For This  Morceau présent sur la première mixtape, High For This nous plonge également dans un univers très sombre. Abel Tesfaye tente ici de convaincre une fille de prendre de l’ecstasy pour la première fois, afin de vivre quelque chose d’unique en sa compagnie (« Open your hand, take a glass, don’t be scared, i’m right hère  »). Très sur de lui, il tente de rassurer sa petite amie sur les étranges sensations ressenties («  Cause i know what you’re feeling, it’s okay girl i feel it too »), tout cela dans une atmosphère évidemment très «  sexuelle  ». Musicalement, les beats lourds et


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obscures rendent cette chanson complètement ensorcelante. Le refrain, délicieusement planant, donne juste envie de fermer les yeux et de se laisser emporter dans l’univers obscur et hallucinatoire d’Abel Tesfaye. A écouter en toute fin de soirée, quand les rares personnes encore présentes sont complètement épuisées, effondrées sur des canapés. Rolling Stone On passe désormais à un morceau de la deuxième mixtape intitulée  Thursday  , sortie en Août dernier. Différent des deux morceaux décrits précédemment, celui-ci semble plus authentique, la voix du chanteur étant simplement accompagnée

d’une guitare acoustique. Il y a moins d’artifices musicaux, ce qui nous permet d’apprécier pleinement la pureté de la voix d’Abel Tesfaye.

en partie en français, reprenant le refrain de la chanson Laisse tomber les filles (1964 – France Gall), écrite et composée par Serge Gainsbourg.

Ici, il nous parle de la solitude de la vie d’artiste, décrivant cette sensation étouffante de n’appartenir à aucun endroit (« I’m in a life without a home so this recognitions is not enough). Il craint les médias, qui font peu à peu disparaître le mystère autour de son identité, et a peur que le public ne se lasse (« Baby i got you, until you’re used to my face, and my mystery fades). Il trouve donc le réconfort dans les bras d’une fille (surprenant), espérant qu’elle l’aimera pour ce qu’il est, et non pour cette célébrité qu’il sait éphémère. Evidemment, Abel Tesfaye nous parle! aussi! de! sa! relation particulière à la drogue, Rolling Stone désignant ici la consommation simultanée de weed et d’ecstasy.

Mais si l’atmosphère musicale est ici plus légère, Abel Tesfaye semble lui toujours aussi torturé, abordant une rupture très douloureuse. Dans cette chanson emprunte de regret et de mélancolie, il évoque tout ce qu’ils auraient pu partager ensemble, et accuse son ancienne petite amie d’avoir ruiné leur relation (« you probably could have it all, you could have been that lonely star »). Il se montre très critique à son égard, voir brutal, ce qui contraste avec la mélodie plutôt mielleuse de la chanson. Cette dualité est délicieuse, et une fois le morceau ter miné, je ne peux m’empêcher d’appuyer sur replay, encore et encore.

Montreal

Voici notre homme...

Moonjellies - Inner, Anger, Feather. En ce début d'année gris et froid, j'ai au moins de quoi vous réchauffer les oreilles : l'album Inner, Anger, Fe a t h e r d e s M o o n j e l l i e s . Nostalgiques des Beatles, ou des Kinks, bref, de la musique pop-rock britannique des années 60-70, cet album est fait pour vous. Lorsqu'on l'écoute pour la première fois, il est impossible de se douter que les auteurs de ces mélodies légères qui fleurent bon la pop outre-manche sont en fait des Français. Les quatre musiciens qui forment le groupe des

Montreal fait partie de la troisième et dernière mixtape de The Weeknd, Echoes of Silence, sortie il y a à peine un mois. Ce morceau, mon favori, est plus « pop » que ceux à quoi Abel Te s f a y e n o u s a v a i t h a b i t u é jusqu’alors, et a une g rande particularité  : The Weeknd chante

Il y a beaucoup d’autres morceaux dont j’aurai voulu vous parler, mais pour ne pas risquer l’overdose, je vais m’arrêter ici. Je terminerai juste par vous informer que le line up de Coachella a été dévoilé il y a peu, et évidemment, The Weeknd en fait partie. Johanne

Moonjellies sont originaires de Tours et sont particulièrement à l'aise avec la langue et le style anglais. Comme les groupes qui les influencent, ils ont cette capacité à créer des chansons simples et intemporelles. D'une richesse de jeu étonnante, les Moonjellies nous font voyager entre mélancolie, évasion et douceur : la rencontre du piano avec les violons et les guitares sur «  You don't have to  » donne à la chanson une atmosphère délicieuse et paisible. Plus rythmée, «  No Better Side of the Road  » rappelle certains titres des Beach Boys. La magnifique

ballade « Come Across Your Shade » s'appuie sur une mélodie légère et douce (je ne vous cache pas qu'il s'agit là de ma petite préférence). Il est vrai que les Moonjellies


LE SHAMROCK janvier 2012

ne révolutionneront pas le monde de la pop, mais ils proposent une musique authentique, sans autre prétention que de se faire

plaisir. Avec leurs chansons douces et pleines de charme, ils nous offrent un pur moment de bonheur. Bref, Inner, Anger, Feather : un premier album très prometteur, doux et

mélodieux, à écouter sous la couette en attendant les beaux jours. Juliette L.

disponible en version digitale et légale cette fois.

Blu - No York Il y a quelques années, 2007 pour être précise, Blu sortait son album, ‘Below the Heaven’ qui avait connu à ce moment là un certain succès. Quelques mixtapes/ productions/featuring plus tard, le revoilà avec son nouvel opus ‘noyork!’ L’album qui devait sortir chez War ner était disponible (illégalement) sur le net depuis cet été déjà. En effet, suite à un conflit, l’artiste en a lui même distribué des copies à la sortie de son concert à Rock The Bells. Je n’ai toujours pas compris s’il s’agissait d’une vengeance, d’un coup de pub ou d’un acte altruiste mais toujours est il que Blu a ainsi court circuité Warner, qui a donc rompu son contrat. Depuis mi-décembre il est

Pour cet album, Blu n’a pas produit les morceaux contrairement à son habitude, mais a fait appel à d’autres noms de la musique, on peut citer entre autre Flying Lotus, Madlib ou Cashus King. L’album compte aussi un grand nombre de featuring comme par exemple avec U-God, un des membres du Wu Tang ou Jimetta Rose (et bien d’autre que je ne citerai pas tant ils sont nombreux). Le résultat de toutes ces collaborations est parfois assez étrange, un peu psychédélique. Beaucoup de morceaux sont expérimentaux et semblent être le terrain de jeu des tribulations d’un cerveau dérangé, celui de Blu. Si certains comme ‘Spring Summer Winter Fall’ font partis de ceux que j’écouterai encore avec plaisir dans six mois, d’autres m’ont franchement pris la tête. Par exemple le mélange d’électro et de hip-hop de ‘SLNGBNGrs’ est rapidement lassant et tourne en rond. Peut être faut il l’écouter plusieurs fois pour entrer dedans et capter ce que Blu essaie de transmettre, mais jusqu'à présent je n’ai pas réussi. L’ensemble est donc assez irrégulier, les morceaux sont tantôt une bonne surprise, tantôt lourds, mais heureusement, sur les 17 tracks de l’album la tendance est plutôt à la réussite. On peut citer notamment ‘Annie Hall’ qui est assez représentatif de ce que peut faire Blu dans ses bons jours. Un morceau plutôt calme mais néanmoins rythmé, qui est pour moi le meilleur de l’album. Mais ce n’est pas le seul à retenir, il serait dommage de passer à coté de ‘My Sunshine’ qui comme

son nom le laissait présager met de bonne humeur. Enfin pour n’en citer qu’un seul autre je conseillerais ‘Hours’ plein d’énergie parfait pour quiconque est en manque de motivation. Les sujets évoqués sont dans l’ensemble plutôt simples, et comme souvent dans le rap ils sont assez personnels : il s’agit des pensées, des colères et des espoirs du MC. Ce qu’il faut en retenir c’est leur mise en forme, la poésie crée par les jeux sur les mots et sur les sons qui font de Blu un excellent rappeur même sur les morceaux les plus déroutants. Noyork mérite vraiment de l’attention Blu a le mérite d’essayer des choses nouvelles et de proposer un album surprenant et finalement plaisant. Laura B.


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Ryan Leslie !!!!Physique efflanqué, habillé juste au corps, pas de gourmette en or au poignet ni de baggy qui pendouille : à première vue, Ryan Leslie donne plus l’impression d’être un premier de la classe qu’un rappeur. Vous aurez alors à moitié raison en pensant cela. Au-delà de son allure anodine, ce natif de Washington est un redoutable entrepreneur mais également un artiste. Diplômé d’Harvard en économie à seulement 19 ans, rien que ça, RLes intronise sa carrière musicale par un rap en live au lieu du traditionnel discours lors de la remise des diplômes. Sans perdre de temps, il se consacre immédiatement à sa passion après la «  fac  » en essayant de trouver son style. Et ca commence par la création d’une boîte de production NextSelection qui a été primé pour le single Me&u de Cassie.

En parfait autodidacte, Ryan Leslie s’essaye à plusieurs genres en se focalisant sur le rap, R&B et la pop. Son originalité réside dans son utilisation de plusieur s vrais instruments en studio. Chaque son est produit sur place, pour ne pas dire produit par Ryan Leslie luimême. Véritable mélomane, il manie aussi bien les instruments classiques (Batterie, basse, piano) que les instruments électroniques. Le résultat est plutôt époustouflant. Son talent l’amène à collaborer avec plusieurs artistes en passant par les têtes d’affiches US comme Rick Ross, Lloyd Banks, Fabolous, mais également des artistes français comme Booba sur le single Fast life. Pour son dernier album « Les is More  » il a décidé de sortir un son par mois pour jouer sur l’effet d’attente. Plusieurs vidéos de ses singles sur youtube remportent un franc succès pour leur particularité d’être en

« Making of  » montrant Ryan produire chaque son individuellement, les mixer ensemble pour créer la mélodie de base avant de poser sa voix. On peut cependant lui reprocher la théâtralisation de ces mini clips qui manquent d’authenticité, néanmoins son talent n’en demeure pas moins impressionnant. Mamoun I.

Soul Square Soul Square, quatuor composé de beat-makers, de DJ’s, de mixeurs et de scratcheurs de la région Nantaise, compte d’ailleurs parmi ses membres DJ Atom de C2C, rien que ça. Le groupe, actif depuis 2005, à l’époque sous le nom de The Drum Brothers, en est à trois albums : The Fresh Touch, entièrement composé de remixes, Live and Uncut et Futur Vintage feat Fisto, un album instrumental. Mais assez de biographie, Soul Square c’est quoi comme son au final ? Et bien c’est un mélange, un savant mélange même, de HipHop, de Jazz et de Soul, le tout mis en perspective par les doigts de fées de 4 artistes exceptionnels. C’est d’ailleurs ma découverte musicale des derniers mois. Pourquoi  ?


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Simplement par amour de l’instru fluide et prenante, du scratch bien placé, de la diversité des sons, de leur enchainement, et des voix qui donnent du relief au tout. Leur premier album, The Fresh To u c h Vo l . 1 e s t u n p ro j e t entièrement composé de remixes de Hip-Hop US, avec notamment du De La Soul, Redman&Methodman, Talib Kweli et même du Jackson Five. Cet album est bien sûr le plus Hip-Hop des trois, ça tape dans les oreilles, ça donne la pêche, bref, un pur bonheur. Leur deuxième album, Live and Uncut, sorti en 2010, est celui qui, selon moi, représente le mieux l’identité musicale du groupe. On se délectera de la variété des arrangements, de la présence de nombreux chanteurs (souvent

Jono McCleery - There Is Cet album de Jono McCleery fut sans doute une de mes meilleures surprises musicales de l’année 2011. Sorti de mémoire en septembre dernier, There Is est un véritable chef d’oeuvre d’une pop calme, apaisée et dépouillée (il en fallait bien un peu aussi dans ce numéro, donc je m’y colle avec le plus grand enthousiasme dans ce cas précis). Chez McCleery, les instruments n’abondent que rarement, et les notes jouées sont le plus souvent éparses, comme pour mieux laisser s’exprimer toute la classe de la voix de ce chanteur, à la fois sobre et diablement élégant, qui parvient ais ém en t à n ous tran s m ettre l’émotion voulue. C’est vrai qu’on ne prendra personne en train de danser sur cet album, mais qu’importe, puisque

rappeurs). La particularité de cet opus tient du fait qu’il n’est composé que de titres originaux, c’est-à-dire des beats issus de l’imagination de Soul Square, agrémentés de paroles d’artistes invités comme Blezz, Elodie Rama ou encore Justis … À l’oreille, chaque composition frôle la perfection. À la fois dynamique, positif, propre, pertinent, le son de Soul Square fait vibrer, donne le sourire et une envie de se remuer presque incontrôlable. La meilleure façon de se faire une idée de la chose restant encore et toujours d’écouter ces morceaux, je vous conseille de découvrir en premier lieu les titres Take It Back et NY State of Mind. Un seul regret, le groupe ne se produit pas encore en live, du moins pas de manière significative. En l’ambition est ailleurs ? On a ici affaire à un grand musicien et un grand chanteur disposant d’une voix hors du commun et terriblement expressive, qui a su également avec un certain talent arranger l’instru de

ses morceaux sans en faire trop et partir dans de grandes envolées lyriques vues et revues ailleurs. Il refuse donc la frime pour choisir judicieusement d’opter pour la sobriété, la discrétion, la classe quoi, (ben ouais) le tout dans une espèce

effet, leurs productions étant pour l’essentiel fruit de collaborations, faire venir une dizaine d’artistes ayant chacun des carrières individuelles pour une tournée est impossible. Cependant des projets live, basés sur de l’instru pure à la MPC sont en cours de développement, à suivre de près … Clément D. de soul modernisée, dans un style musical quasiment inclassable, presque nouveau (j’en sais rien en fait), sans réel potentiel mais, dans ce cas précis, tout simplement jubilatoire. je terminerai simplement en décrivant les deux morceaux marquants selon moi les deux points culminants de l’album. Tout, d’abord, il y a cette superbe métamorphose de la chanson It’s A Wonderful Life (du groupe Black) dans le style énoncé ci dessus. J’ai du l’écouter cinq fois de suite et semble manifestement incapable de m’en lasser... Le deuxième est sans doute Tomorrow, morceau sur lequel se superposent une voix très soul (mais assurément blanche) et une ambiance et un beat pouvant à certains égards rappeler un certain James Blake, en moins électronique évidemment. Un album inhabituel en somme mais excellent, à découvrir très vite ! Lucas


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La RubriqueCinéma Touché, coulé ? Le cinéma français a peut-être trouvé son renouveau, au moins commercial. Intouchables suit le ch e m i n d u s u c c è s t r a c é p a r Bienvenue chez les Chtis, Les petits m o u ch o i r s, e t t o u s l e s b o n s sentiments de la comédie à la f r a n ç a i s e. E s t - c e j u s t e u n improbable fait divers enrobé de blagues potaches, ponctué de rires SAV et relevé à la sauce canal+  ? Ou bien un brillant duo d’acteurs, sourd aux sirènes du mélodramatique qui guette tout sujet de cette gravité  ? Sûrement les deux, sinon je n’aurais pas formulé ma question de cette façon-là. Après avoir passé six mois à l’ombre, D r i s s, u n j e u n e d e b a n l i e u e interprété par Omar Sy, devient aide à domicile de Philippe, alias François Cluzet, un aristocrate riche à millions et handicapé moteur. Le règne du verbe affronte celui de la vanne, le choc culturel est frontal entre le Berlioz compositeur du 19ème siècle et celui désignant un quartier à Bobigny. Mais la spontanéité et les maladresses du jeune homme charment Philippe, étouffé par tous ses proches qui s’apitoient sur son sort. Une amitié aussi incongrue que

touchante naît alors en ces deux êtres que tout oppose. Cette relation fait mouche, elle est la plus grande réussite du film. Dès la première scène, un simple regard échangé laisse transparaître une complicité intense. Les deux hommes sont pénétrés d’une c o n fi a n c e m u t u e l l e , d ’ u n e complémentarité sans limite. On est touché par l’union qu’ils forment, toujours prise à la dérision : Driss sème la police par ce qu’il conduit comme un Ryan Gosling dans « Drive », mais Philippe lui sauve la mise par la pitié qu’il sait susciter chez les autres. Pour incarner cette complémentarité, ciment de leur amitié, la préparation des acteurs a été dantesque. Omar Sy a perdu dix kilos pour se sentir légitime dans la peau d’un ex-délinquant, et François Cluzet a rencontré le véritable Philippe di Pozzo, qui a inspiré l’histoire, pour en apprendre la gestuelle. Il en ressort un naturel surprenant, qui permet au film de ne pas tourner au pathos. Mais cette volonté affirmée de prendre à la dérision le handicap, pour éviter les clichés lar moyants, était-elle toujours bénéfique  ? On apprécie que l’arrière-plan social des banlieues ne soit pas caricaturé. Philippe défend son protégé sans emphase, il n’est pas le sauveur de tous les égarés,

mais sa position lui per met simplement de tendre la main. Cette pudeur marque autant que leurs moments de franche rigolade. Pourtant, pour capter le rire, si central dans une comédie, les réalisateurs ont cédé à de nombreuses facilités. Les scènes de préparation du malade, notamment le moment où Driss s’amuse à verser de l’eau bouillante sur le corps paralysé, sont proches du ridicule. D’autres scènes sont en outre contestables pour leur contenu i d é o l o g i q u e. Q u ’ e nv i e - t - o n à l’aristocratie dans ce film ? La richesse, symbole de liberté à travers les grosses cylindrés, le jet privé et le parapente. Que moque-t-on de manière si consensuelle  ? L’art contemporain, réduit à des tâches sur une toile et si facilement reproductible, et l’opéra, désuet et grotesque. En cela Intouchables est incroyablement conservateur, bien pesant, gardien d’un idéal hédoniste largement répandu dans la société. Mais comment lui reprocher de nous mettre de si bonne humeur, de nous inviter dans sa bulle protectrice, où les classes se rencontrent et rient de leurs vices respectifs  ? Après tout, puisque c’est une histoire vraie, c’est bien que la réalité doit correspondre à cette idylle. Si seulement… Paul


LE SHAMROCK janvier 2012

Les Moissons du Ciel (Days of Heaven) Terrence Malick, 1978 Vous avez tous entendu parler de Tree of Life, le dernier film de Terrence Malick, dernièrement récompensé de la Palme d’Or au Festival de Cannes. S’il ne vous a pas séduit, Les Moissons du Ciel, bien moins connu du grand public, est peut-être le film qui peut vous réconcilier avec Malick et vous permettre de toucher à la beauté et à la profondeur de son cinéma. L’histoire est celle de Bill, ouvrier dans une fonderie, de son amante Abby et de sa petite sœur Linda. Tous trois quittent Chicago pour aller faire les moissons au Texas. Cette période de récolte est le théâtre d’un triangle amoureux entre Bill, Abby et le propriétaire des terres. La piètre condition du couple les pousse à sacrifier leur amour un temps, le temps qu’Abby passera mariée au riche fermier, censé mourir dans l’année. On trouve dans ce film un sujet cher à Malick, celui de l’histoire de l’Amérique et de sa violence native. Quel meilleur sujet que l’exploitation des ouvriers au début du siècle pour aborder ce lien? Malick poursuivra son travail dans cette direction avec la Seconde Guerre Mondiale à Guadalcanal dans La Ligne Rouge (1998), et il reviendra également à la

naissance de cette violence au temps de la colonisation britannique et de l’oppression des Amérindiens dans Le Nouveau Monde (2005).

Dans les Moissons du Ciel le réalisateur nous dresse un portrait juste de cette époque, il réussit à éviter le manichéisme dénonciateur, vu et revu, du pauvre innocent opprimé par le méchant propriétaire terrien. Loin de ces clichés, il se c o n c e n t r e d ’ av a n t a g e s u r l a puissance et l’universalité de la nature. Malick et le grand directeur photo de la Nouvelle Vague Almendros ont choisi de tourner le film à la lumière naturelle comme

l’avait fait Kubrick pour Barry Lindon. La plupart des plans ont ainsi été captés aux moments de l’aube ou du crépuscule, c’est-à-dire aux instants où la lumière est la plus belle. Le résultat est époustouflant : d’un point de vue plastique, Malick a produit l’une des plus belles œuvres de l’histoire du cinéma. On se sent totalement envouté par la beauté des images d’une nature immense que les hommes ne réussissent pas à d o m p t e r. L e s m o i s s o n n e u r s travaillent d’arrache-pied pendant des mois, sans aucun répit, mais l’environnement dans lequel ils évoluent leur offre littéralement des visions et des sensations grandioses. Malick, souvent décrit comme un panthéiste pour sa divinisation de la nature, nous en montre ici sa beauté ainsi que sa puissance, qui peut s’avérer destructrice - l’occasion de nous rappeler à quel point nous sommes petits. Il reste d’ailleurs évasif dans ses réponses aux grands thèmes du film avec des dialogues souvent minimalistes, il privilégie l’interrogation et nous laisse chercher en nous. Les Moissons du Ciel est le plus beau film qu’il m’ait été donné de voir jusqu’à maintenant. C’est un chef d’œuvre visuel et poétique, surement le plus abouti de l’œuvre de Malick. Malcolm C.

Le Shamrock - Janvier 2012  

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