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LE SHAMROCK décembre 2011

Éditorial Où en est la musique populaire aujourd’hui ? Elle a vu se succéder et se superposer les courants  : jazz, Blues, Rock, Rap, Électro, re-Rock… sans qu’on puisse autant pouvoir dire clairement ni ou elle va, ni comment elle y va. Il est clair que le chemin qu’elle a parcouru depuis cinquante ans a été bien moins linéaire qu’il n’avait pu l’être lors des siècles précédents. Ce qui est sûr, c’est qu’à partir d’Elvis, elle a commencé à déchainer littéralement les masses et à circuler à une vitesse jamais atteinte auparavant. Commençons cette réflexion avec le genre qui a tout déclenché et dont l’appellation semble désigner à la fois tout et rien, le Rock. On assiste depuis une dizaine d’années à un regain colossal de popularité des sixties et de l’influence (tant musicale que vestimentaire) des Beatles chez la plupart des bébés rockers britanniques. On s’aperçoit également que le public de ces jeunes musiciens est relativement jeune et en grande partie féminin. Après tout pourquoi pas ? il est vrai que le beau sexe a toujours largement contribué au succès de ces jeunes voyous de la musique. Mais la différence entre ceux d’aujourd’hui et ceux d’avant, entre par exemple les Kinks et les Hushpuppies (j’aurais pu citer tout autre groupe se réclamant de l’héritage des Kinks, mais il se trouve que je les ai vus récemment et ils feront par conséquent une victime idéale) qu’on a vu au Perno, nous y reviendrons plus longuement, n’ e s t b i e n évidemment pas dans la tenue ou dans l’attitude  : pantalons serrés, bottines pointues et petites vestes cintrées, quarante ans plus tard,

En bas, The Kinks En haut, les Hushpuppies Bien joué les gars...

tout recommence. Ce qui a changé, ou plutôt ce qui a disparu, c’est ce qu’il y a derrière ce look. On assiste aujourd’hui certes a un copier-coller des costumes, des attitudes et gestuelles scéniques des Beatles ou des Kinks, mais le génie, le fond, est oublié. On copie, on pastiche, on rend hommage surement, mais le rock d’aujourd’hui ne crée plus grand chose. Il refait, parfois il surfait même, mais il ne fait plus grand chose. Et ne me sortez pas l’argument massue et réactionnaire «  tout a déjà été fait, les meilleurs sont derrière nous ». Lorsque Oscar Wilde déclarait «  L’art doit se donner un but qui recule sans cesse  », il ne parlait pas d’un recul chronologique, d’un retour au passé, mais bien d’un dépassement, d’une frontière à repousser et dépasser sans cesse.

Reprenons l’exemple des Hushpuppies, qui illustre assez bien ce que je pense. Sur leur prestation au festival, rien à redire : c’était très pro, les balances sont impeccables, les mecs sont plutôt sympas, se donnent sur scène, on sent le groupe qui a de l’expérience de la scène, qui sait chauffer son public à blanc. Mais quand on creuse un peu, ces types ont pour la plupart plus de 35 ans et continuent de faire du rock indé de lycéen(nes). Osez dire le contraire. Je veux dire que dans l’ensemble, on sent que les mecs n’avancent pas : dans ce milieu déjà à 26-27 ans, si on a pas encore réussi à vraiment percer, il y a un moment ou il faut arrêter les conneries, on laisse tomber le look Mod, le Slim et les bottines, on met un velours beige et des charentaises, on arrête le rock, la coke et les minettes, on se met aux grands crus et on fait des gosses. Ce qu’ils composent, ça ressemble à tout ce qu’on peut entendre depuis 10 ans, avec quelques touches d’électro parce que quand même, il faut bien suivre la tendance... Ce danger guette le rock depuis longtemps. Dans son autobiographie modestement appelée Life, Keith Richards décrit déjà l’attitude de Jagger dans les années 80, qui en dehors de ses tenues toujours plus extravagantes et ses froufrous n’a tendance à chercher qu’à reproduire sur les


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albums des Stones les morceaux entendus lors de ses nombreuses soirées mondaines en boite de nuit. Regardons Iggy Pop, passé de fer de lance du Punk à un vieux lézard tout f r i p é ex h i b é d a n s d e s s p o t s publicitaires. Regardez les Strokes (Aie…) dont le chanteur Julian Casablancas se commet dans un spot publicitaire pour un parfum. C’est comme les sportifs  : quand ils ont le temps de faire des pubs, c’est que le reste, le talent pour les uns, le génie pour les autres, s’effrite, s’éteint, se liquéfie comme glace au soleil. Pire, ils deviennent des acteurs, jouant leur propre rôle à des fins pécuniaires. Ca me débecte. Bon alors concrètement on écoute quoi parmi ce que l’on nous propose ? on va tous se forcer à écouter uniquement du rap  ? Il semblerait que celui-ci ait dans l’ensemble, à quelques exceptions près, autant de mal à avancer que les gouvernements qu’il critique… l’Électro  ? Une tentative nécessaire pour contrecarrer un mainstream électropop inqualifiable de trivialité dans un genre musical qui semble vouloir remplacer les émotions par les sens. Le cœur ne parle plus, il bat. Le cerveau se met en veille et ne fait qu’intimer aux membres l’ordre de remuer à intervalles de temps réguliers. Ce n’est pas un jugement de valeur, je ne dis pas que c’est bien

ou mauvais, je constate simplement que la musique dite «  populaire  » n’a pas la densité qualitative qu’elle avait il y a 30, 40 ou 50 ans. Les amateurs de rock de la vieille école (comme moi) ne peuvent plus prétendre n’écouter que ce genre sans paraître réactionnaires, ignares ou aveug les, en convoitant l’omniscience sur des groupes rock pur et dur sans intérêt et qui n’ont «  d’indépendants  » que l’étiquette qu’on leur colle, ou encore en ignorant délibérément le talent évident d’artistes rap ou électro, s’évertuant à fixer la mort du rock à la disparition de Kurt Cobain. Petit aparté à propos de ce dernier  : j’ai récemment lu un papier assez brillant sur cet abandon du fond pour l’attitude dans un article des Inrocks sur Kurt Cobain, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, ce n’est pas la question. J’aimerais pouvoir dire que c’est de moi (monde de merde)…

! « Le talent naturel de Nirvana, et de Cobain en particulier, c’est d’avoir sauvé le rock sans changer de vêtements, sans enfiler de criarde panoplie de rock star, avec toujours plus de fond que d’attitude.” Ba ouais mon gars… Il semblerait alors que la bonne attitude soit de chercher. Puisqu’elle ne se présente plus d’elle même, naturellement, la qualité musicale deviendrait le fruit d’une démarche, d’une recherche de l’auditeur et l’apanage de ceux qui s’y intéressent vraiment, (je n’aime pas le mot mais je n’en trouve pas d’autre) quelque part d’une élite. En dehors de quelques voyages dans le passé empreints de nostalgie, telle est notre ambition : chercher et trouver (c’est mieux) les artistes actuels qui valent vraiment le détour (il y en a et il y en aura toujours), que cela soit de l’Électro, du hip hop, du rock, du folk ou encore du trip hop. Né du foisonnement de l’électronique et surtout des apports de l’informatique dans la création musicale, ce dernier semble dans sa démarche un des plus intéressants, car il rassemble ce que les autres genres ont fait de mieux et en forme un tout cohérent. Peut être est-il là au fond, l’avenir…

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Lucas

Retour sur le festival Lors de la semaine du 22 au 26 novembre a eu lien la très attendue 17ème édition du festival «Le Père Noël Est-Il Un Rocker?», nous réservant son lot de surprises, de coups de coeur, et évidemment, de jouets. On Air vous raconte cette folle semaine de concerts...

Mardi 22 novembre : Soirée Rap. Ce dernier 22 Novembre, le Hip-Hop était à l’honneur pour la soirée d’ouverture du Perno au Splendid. Une soirée d’ouverture de qualité puisque les groupes français Bazz Phaz, Milk Coffee and Sugar et La Rumeur se sont enchaînés. La première partie a su convaincre son public grâce à un


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Rap dynamique, joyeux et engagé. C’est cependant 30 minutes plus tard, avec l’entrée de Milk Coffee and Sugar que l’ambiance s’est enflammée  : du jeu avec le public à la performance scénique et vocale, le duo a su convaincre le Splendid qui, ce soir là, a surement assisté à l’un des meilleurs concerts du festival. La tête d’affiche de cette soirée, La Rumeur, mastodonte de la scène underground, a conduit son concert dans un style nettement plus hardcore et provocateur qui a légèrement déconcerté son public malgré le dynamisme, l’énergie et la qualité de son show. Mercredi 23 novembre : Soirée Dub. OnDubGround, Lyricson et Kaly Live Dub… Une soirée qui promettait beaucoup et qui a même dépassé nos attentes. Une salle pleine à craquer pour trois lives différents mais surtout époustouflants. OnDubGround n’a pas commencé la soirée en douceur. Après seulement quelques minutes, le public est déjà sous le charme et l’ambiance est plus que festive. Passage rapide mais efficace, ils ont convaincu les plus récalcitrants. Loin d’endormir la salle avec son reggae, Lyricson enchaine brillamment et fait même participer son auditoire. Il invite toutes les jeunes femmes à monter sur scène pour danser avec lui. Pour finir la soirée en beauté, Kaly Live Dub envoie du son puissant qui fait vibrer les corps. Il conclut son set sur une petite touche Drum & Bass fort agréable. En somme, une soirée réussie et forte en émotion pour les 1500 chanceux présents à l’Aeronef. Jeudi 24 novembre : Soirée Électro. Pour beaucoup d’entre vous, la soirée électro allait être une simple soirée de plus qui s’inscrit dans la lignée des nombreuses distractions de l’Edhec. Grave erreur. Les présents ont profité, les absents… ont regretté ! Le magazine club a accusé le coup d’une marée humaine qui a déferlé sur ses pistes de danse, les groupes à l’affiche quant à eux ne se sont pas fait prier pour embraser la foule. Après que le Dj résident ait chauffé l’ambiance, il céda les platines aux Beataucue qui ont surpris les fêtards présents ce soir là. Il faut dire que pour beaucoup, avoir un vrai mix fait sur place n’était pas de coutume. Des écrans géants faisaient défiler des vidéos au tempo calibré sur les beats des sons produits, pendant que les jeux de lumière du club complétaient le reste. Plusieurs centaines de personnes en exaltation, il fallait s’attendre à l’improvisation d’une fosse… chose faite. Les Ptits Pilous prennent alors les commandes en montant d’un cran la cadence, le club entre en transe. Le groupe parisien n’a pas accordé ce soi là l’exclusivité à ses productions, la sono du club était aussi bien martyrisée par les basses violentes de « jolie fille » des petits pilous, que celles d’autres artistes comme « Mumbai Science » ou encore « Kollektiv Turmstrasse ». Au final, chacun en a eu pour son grade, les mélomanes ont profité d’un live, les danseurs ont épuisé leurs genoux, les electro head-bangers se sont déchainés dans la fosse... Quant à nous, Perno-people, nous avons eu autant de plaisir que celui qu’on pouvait lire de façon saccadé, stroboscope oblige, sur vos visages. Vendredi 25 novembre : Soirée Chanson Française. En première partie, c’est Florent Vintrigner qui ouvre le bal. Le chanteur de La Rue Kétanou nous a invité à pénétrer dans son univers très épicurien fait de poésie bohème, de voyage et de chansons d’amour, et c’est avec plaisir que nous nous sommes laissés imprégner de cette ambiance. On a notamment pu apprécier, outre les morceaux de type guitare/chant/accordéon, les passages à l’harmonica et les danses effrénées du chanteur. Une excellente première partie en somme, au rythme très enjoué pour mettre le public en appétit, sans perdre pour autant l’atmosphère onirique et voyageuse des chansons de Florent Vintrigner. Quant à la suite de la soirée et les Hurlements d’Leo, on pourrait presque résumer le concert à une phrase : les types s’éclatent. Huit musiciens hystériques (guitares, trompettes, trombone, saxophone...) sur scène pour une ambiance festive et un public déchainé. On ne saurait trouver meilleure preuve de la réussite de ce concert que les deux ou trois rappels auxquels ont consenti le groupe en fin de set. Samedi 26 novembre : Soirée Rock. Fidèles à l’image qu’ils nous avaient donnée à l’occasion du tremplin, Leo’s Trio entame la soirée avec un set virtuose et réglé au millimètre. Le funk-rock léché de ces trois Roubaisiens ne transforme pas immédiatement le Splendid en chaudron mais les connaisseurs, eux, comprennent, savent, et apprécient évidemment, dansant et applaudissant à tout rompre à la fin de chaque morceau, comme une juste rétribution du talent évident de ces quatre garçons... Les Tatianas leur font suite avec un show pas franchement transcendant mais propre. En bas, ça commence à chauffer... Les très attendus Hushpuppies font ensuite leur entrée


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sur scène et c’est le début d’un concert explosif qui va littéralement mettre le public en ébulition. On sent le groupe rodé, très professionnel et qui a une expérience approfondie de la scène. D’accord, la musique jouée par les Hushpuppies n’a en elle-même absolument rien de génialissime, avec un rock puissant et sans compromis, il n'empêche que le groupe livre un show ahurissant qui transmet au public du Splendid une énergie incroyable. Fin du concert vers 23h, un brouillard de condensation épais règne dans la salle.

Bilan du festival : 5 soirs de concert, 13 groupes ou artistes, 5000 cadeaux récoltés, 1500 enfants heureux cette année pour Noël. Merci à tous et à l’année prochaine !!! Retrouvez les interviews des artistes sur le site d’On Air, la radio du groupe EDHEC.

Nos coups de coeur Musique 12Mé & Raph, par Laura Leur dernier clip sorti il y deux mois s’appelle «  Last Sunday  », mais ne vous y trompez pas, c’est bien du rap Français que nous proposent 12Mé & Raph. Le duo vient de Saint- Etienne et a sorti cette année l’album Voicing qui est en fait le dernier opus d’une trilogie nommée ‘Headfones’. 12Mé est un MC qui faisait parti du collectif « Hasta Siempre ». Il avait déjà sorti quelques EP en solo avant de rencontrer Raph, un saxophoniste aux influences jazz avec lequel il décide de former 12Mé & Raph. Sur leur premier album Headfones 1.0 Raph ne partageait le devant de la scène avec 12mé que sur quelques morceaux et tenait plus un rôle secondaire. Pour notre plus grand bonheur, cette tendance, a commencé à s’inverser dans le deuxième opus, Short stories. La présence du saxo y est plus marquée et devient plus essentielle, comme l’illustre le titre « Prétendant ». Mais c’est sur le dernier album de la trilogie que la collaboration devient la plus aboutie. Raph s’exprime réellement avec son saxo, un vrai dialogue s’instaure entre le rappeur et l’instrument. Et quand Raph ne joue pas, il chante désormais, comme sur les morceaux «  Last Sunday  » ou «  Funkadelic Again ». La combinaison fonctionne, et le duo offre un rap musical et festif très agréable. La qualité d’écriture a aussi évolué mais il faut noter que depuis le premier album les textes ont toujours été travaillés et de bonne facture. Voicing est donc pour moi un album réussi et une bonne surprise pour le rap français. Parmi les morceaux phares de cet album, je conseillerais « L’histoire des gens ordinaires », « Funkadelic Again » ou encore « Retour en ville ».

Hindi Zahra, par Mamoun Hindi Zahra tire son charme artistique non pas d'une sophistication factice ou d'une volonté de performance vocale, mais de son dépouillement assumé sans complexe allié à des inspirations d'une étonnante diversité. Si elle a toujours chanté, c'est aux côtés du collectif mené par Spleen & Hugh Coltman qu'elle se fera connaître. Elle enchaînera alors de nombreux concerts qui lui vaudront une bonne réputation scénique, ainsi que des rencontres comme celle avec Alain Souchon avec lequel elle collaborera sur un titre de son dernier album. Artiste complète (auteur, compositeur, arrangeur mais également poète, et peintre), Hindi Zahra


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signe avec le label Blue Note avec l'ambition de propager sa musique au-delà des frontières hexagonales. Présentée comme la fille spirituelle de Django Reinhardt et de Billie Holiday par le magazine américain « the wire », la chanteuse franco-marocaine sort son premier album « hand made » en 2010. Celui-ci est récompensé par le Prix Constantin avant de remporter le prix « musiques du monde » des Victoires de la Musique, qui s’est tenu à Lille au mois de Février dernier. Ses compositions résultent d’un savant mélange entre folk, jazz et sonorités blues. Le choix de l’instrumentation est essentiellement acoustique, sublimée par son timbre rocailleux aux inflexions jazzy. Quelques titres attirent particulièrement l’attention comme «  beautiful tango  », «  set me free  » ou encore «  stand up » ; Sans effets ostentatoires, ils donnent une impression de légèreté et de désinvolture rassérénantes. Les paroles quant à elles, sont tantôt en anglais, tantôt en berbère, avec quelques clins d’œil à la langue française. Ainsi, « imik simik » et « oursoul » se font dans la langue de l’Atlas, et le résultat est plutôt convaincant. En tout cas, suffisamment pour jouer à guichets fermés à l’Olympia de Paris. Depuis, Hindi Zahra a entamé une tournée mondiale et prépare déjà son prochain album. Une belle histoire musicale qui commence…

Sharon Jones & The Dap Kings, par Juliette

Si l’on considère Amy Winehouse comme la nouvelle reine de la soul, n’oublions pas qui se cache derrière sa fulgurante réussite. Le groupe de musiciens incroyablement doués qui jouait  avec elle sur son second CD « Back to Black » et à qui elle doit en  partie le succès de cet album n’est autre que The Dap Kings, l’orchestre attitré de la vraie diva soul : Sharon Jones. Attention, je ne remets pas en question le talent d’Amy, elle a tout de même écrit d’immenses chansons. Mais je trouve un peu dommage que le succès de la surmédiatisée Amy Winehouse occulte le talent de Sharon Jones. Le soucis : cette dernière affiche 55 ans au compteur, le même nombre de centimètres au dessus du mètre et est noire de surcroît. Native d’Augusta (comme James Brown), en Géorgie, Sharon a ramé avant de trouver un label. Elle a même dû dénicher d’improbables boulots pour subsister : gardienne de prison à Rikers Island ou même convoyeuse de fonds pour la Wells Fargo  ! Tout ceci confirme une chose évidente : si on veut chanter la souffrance, il faut avoir souffert. Elle sera finalement découverte en 1996, par Gabriel Roth, jeune producteur de soul new-yorkais, aujourd’hui patron du label Daptone Records.      Sinon Sharon Stones est une artiste hors norme, une diva de la soul, très souvent comparée à James Brown. C’est vrai qu’on retrouve chez elle ces manières autoritaires de demander un break, ces « wait a minute » impatients, cette férocité, cette incandescence spectaculaire sur scène commune au Godfather of Soul. On la surnomme d’ailleurs volontiers Soul Sister Number One. Maintenant, parlons un peu de son dernier album : Soul Time! . C’est déjà son cinquième depuis 2002. Si le titre « Genuine (Part 1 & 2) », initialement paru en single en janvier 2004, et « I’m not gonna cry » foulent les planches du grand James période Maceo Parker, « Longer And Stronger » revisite le gospelsoul de Curtis Mayfiel & The Impressions, et les neuf autres plages (il y en a douze, comme au temps du vinyle) fleurent bon le même vintage stamp. Si vous désirez écouter de la soul authentique, c’est ici que ça se passe, et pas ailleurs…

Moomin!– The Story About You, par Alexis ! Partiels, stress, fatigue… En cette dure période de révision, trouver un moyen de s’évader une petite heure n’est pas du luxe. Je crois avoir trouvé quelque chose qui peut vous aider… The Story About You est un petit chef d’œuvre signé Moomin, ou plutôt Sebastian Ganz de son vrai nom. Considéré comme l’album Deep House incontournable de cette année 2011, j’ai voulu l’écouter et me faire ma


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propre idée. Et je n’ai pas été déçu. Un peu dur à digérer au départ, j’ai finalement craqué pour ce petit bijou. Moomin est originaire de Berlin, ville mère de nombreux prodiges en matière de musique électronique. Inconnu en France, il fait déjà beaucoup parler de lui en Allemagne grâce à son premier album. Et quel album ! Un son d’une pureté impressionnante. Rare sont ceux à qui le label Smallville a fait confiance et comme d’habitude, ils ne se sont pas trompés. En écoutant The Story About You, on se retrouve entouré d’une atmosphère relaxante, apaisante. On a l’impression d’entrer dans une bulle où le temps semble figé. L’album s’appuie principalement sur une lancinance permanente. Il n’emploie jamais la force mais joue plutôt sur la répétitivité des sonorités à tel point que l’on peut écouter l’album en boucle sans vraiment s’en rendre compte. Du sample tourbillonnant de You à l’atmosphère jazzy de Valentine, des fines notes de piano de The Story About You à l’ambiance décadente de Neither One, tout suinte la perfection. Alors, prêt pour une séance de relaxation ? Fermez les yeux et laissez vous aller. Vous avez une petite pépite dans les oreilles.

Dossiers Musique Real Estate – Days Days

Dimanche, il pleut. Les partiels approchent, on s’enfonce dans l’hiver, il fait de plus en plus froid, et de plus en plus gris. L’enthousiasme et la nouveauté laissent peu à peu place à une lassitude et une flemme peu productives. La solution  ? Le nouvel album de Real Estate, Days. Real Estate est un groupe indie poprock originaire du New Jersey, récemment signé par le fameux label «  Domino Records  » (Arctic Monkeys, Animal Collective, The Kills etc). Après avoir sorti un premier album en 2009, Real Estate nous offre aujourd’hui un second opus, plus mature et abouti, intitulé Days. Sur la toile, on ne compte plus le nombre de blogs musicaux qui ont souligné la qualité de Days, tant la pop rêveuse de Real Estate semble faire l’unanimité. Si j’ai décidé d’écrire un article à ce sujet, c’est donc moins pour vous parler de la quasi-perfection de cet album, qui

le second album de Real Estate

n’est plus à contester, que pour tenter de vous décrire les émotions si particulières qu’il transmet. L a p o ch e t t e d e D a y s re fl è t e parfaitement l’esprit de l’album : on y voit des petites maisons blanches en bord de mer, un ciel gris plein de nostalgie, le calme. Days est un hommage à la simplicité musicale, et si on peut, au premier abord, avoir

l’impression que toutes les chansons se ressemblent, il n’en est rien. En effet, Days est un ensemble d’une cohérence rare, traversé par des mélodies riches et soignées, une voix flottante et romantique, des guitares au son clair et des paroles poétiques. Ce rêve musical s’écoute d’une traite, et sa simplicité permet de laisser une grande place aux émotions. Le groupe est d’ailleurs


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parfaitement conscient de cette simplicité et de cette cohérence déconcertantes, comme en témoigne le titre de la dernière chanson de l’album, « All the same ». Tout au long des 10 titres composant l’album, Real Estate nous transporte dans un autre temps, empli d’authenticité et de mélancolie. Les membres du groupe nous accompagnent dans un paisible voyage à travers des thèmes qui leur sont chers  : le quotidien dans une banlieue pavillonnaire, l’enfance perdue, la simplicité de la vie, l’innocence adolescente etc. Mais si Days est sans aucun doute un disque nostalgique, il insiste plutôt

sur la beauté des souvenirs que sur les regrets et les déceptions passées. En effet, la douceur et la chaleur de la musique nous invitent à nous replonger dans nos souvenirs d’été les plus beaux. Par exemple le titre «  Green Aisles  », me fait penser à la plage en fin d’après midi et aux vagues qui s’écrasent sur le sable, tandis que « It’s real » me rappelle les voyages en voiture entre amis et les paysages ensoleillés observés à travers la vitre. Mais peu importe les souvenirs, ce qu’il faut retenir c’est que la musique de Real Estate procure une sensation de sérénité et de bien-être plus que bienvenue. Vous l’aurez compris, la musique mélancolique et idyllique de Real

Estate se démarque des rythmes ravageurs électro pop à la mode, et ça fait du bien. La simplicité musicale sans prétention permet à Days d’être un disque d’une délicatesse et d’une élégance rares. Il ne tient qu’à vous, par une journée pluvieuse, d’y poser une oreille afin de vous laisser envahir par toutes sortes de souvenirs et d’émotions. Pour finir, je précise que Real Estate était présent au Pitchfork Music Festival à Paris, et en a profité pour e n r e g i s t r e r u n «  c o n c e r t à emporter  » (www.blogotheque.net) particulièrement réussi, dont il serait dommage de se priver.

Johanne

A State of Mind Décembre est un mois pourri. Il pleut, il fait froid, les journées sont beaucoup trop courtes et quitter son canap est un enfer. Sans être un remède miracle à toutes les misères de la galaxie, A.S.M avec son dernier album Crown Yard apporte un peu de soleil et beaucoup de bons sons pour passer l’hiver. Bref une vraie bonne nouvelle. Le groupe est composé d’un DJ anglais, et de deux MC’s, l’un allemand et l’autre canadien. En 2007, le groupe est repéré sur MySpace par Wax Tailor qui les invite d’abord à ses concerts. Très vite ils décident d’enregistrer ensemble et c’est d’ailleurs le fameux Say Yes qu’on retrouve sur l’album In The Mood For Life qui m’a p e r m i s, c o m m e à b e a u c o u p d’autres, de les découvrir pour la première fois : un vrai coup de cœur. Depuis ce morceau, le groupe a parcouru un long chemin, beaucoup tourné, sorti quelques EPs et un premier album Platypus Funk. Et les revoici aujourd’hui avec les quinze nouvelles chansons de Crown

Crown Yard, le troisième album de A State Of Mind

Yard, sorti sur le label de leur pote Wax Tailor, encore lui ! Un hip-hop teinté de funk et de jazz, loin des clichés bling-bling qu’on nous sert de plus en plus, voilà ce que nous propose A.S.M. Un rap festif, inspiré comme le disent les artistes eux mêmes, de groupes de la Native Tongue comme De La Soul ou A Tribe Called Quest. Le groupe est accompagné sur scène et en studio, d’une flutiste, d’un saxophoniste et d’un trompettiste, qui leur permettent de

recréer une atmosphère funky tout droit sortie des années 70’. Les morceaux sont assez variés certains donnent envie de danser quand d’autres sont carrément plus posés. Il est donc difficile de ne citer qu’un morceau pour représenter ce qu’est Crown Yard. Mais si vous deviez n’en écouter qu’un seul (grave erreur) je vous conseillerais alors Don’t Look Back. Pourquoi  ? Parce que c’est le genre de morceau qui donne la pêche, qui mettrait presque de bonne humeur dès le


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réchauf fer l’ambiance ou au contraire avec Lovelife pour calmer le jeu. Impossible pour moi de ne pas citer non plus Gone Fishin, un morceau bien rythmé, peut être mon préféré de l’album. De bonnes instrus, une bonne production et un ambiance rétro et décalée, voilà donc comment résumer Crown Yard en quelques mots.

matin ! Le clip, plein d’humour et de faux mafieux illustre parfaitement cela. Si par hasard vous aviez plus que trois minutes à accorder à cet album, je conseillerais alors de

Laura

poursuivre la découverte avec le morceau très reggae Hide & Seek en featuring avec Cornell Campbell, un grand nom de la musique jamaïcaine. A enchainer avec Splice the Mainbrace pour continuer à

The XX A seulement 19 ans, ce quartet londonien sort son premier album qui n’a pas manqué de surprendre beaucoup de mélomanes. On pourrait croire qu’avec un nom comme celui-ci, The XX font partie des groupes anglais qui envoient des sons punk dans des murs d’enceintes désintégrés par les décibels. Mais non. Leur premier album, éponyme, «    XX  » mélange un n o m b r e d ’ i n fl u e n c e s a s s e z invraisemblables. Le groupe définit, d’entrée de jeu, son propre genre musical et ca commence avec «  intro  ». Les premières secondes plongent l’auditeur dans une atmosphère façon Cocteau Twins, et arrivent les rythmes à la Timbaland, le reste s’enchaine spontanément. Il ne leur faut pas plus de deux minutes pour prouver leur maturité artistique, étonnante pour les débutants qu’ils étaient.

Amis d’enfance, ils ont grandi en écoutant les mêmes artistes. D’ailleurs, ils revendiquent tous des influences aussi diverses que Portishead, Pixies, The Kills ou encore Aaliyah. Une culture musicale assez vaste, nécessaire aux idées précises sur ce qu’ils ont envie de produire. Les sons épurés qui en ressortent s’apparentent à un certain minimalisme  : une boîte à rythmes aux mains de l’excellent Jamie Smith, une guitare répétitive de Baria Qureshi (qui a quitté le groupe

depuis pour des raisons de santé), une électro sobre, le tout complété par les voix complices de Romy Madley Croft et Oliver Sim. La sauce prend, si j’ose dire. Leur premier album se déroule avec facilité, comme un rêve. Certains morceaux sont de vrais produits de dream-pop apaisante mais jamais oppressante, comme sur «  Fantasy  » ou encore «Shelter  ». Le contraste se fait sur d’autres morceaux plus énergiques


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comme « Islands » qui a été remixé des dizaines de fois depuis par différents artistes, «  crystallised  » quant à lui se situe à la frontière du rock indie avec les voix blanches du duo d’amis qui rendent le morceau obsédant.

Un coup d’oreille discrète pourrait se révéler ennuyeux sur certains titres si l’auditeur ne se montrait pas suffisamment attentif. Il s’agit plus d’une musique qui doit être vécue, on vous conseillera donc d’attendre un moment calme pour le faire, plutôt que de l’écouter en musique de fond lors d’un repas entre amis. The XX imposent ainsi inconsciemment l’état d’esprit nécessaire à l’appréciation de leur œuvre. De plus, ces nouveaux venus de la scène anglaise ont également su faire preuve de rupture en s’aventurant sur d’autres terrains. Un exercice réussi avec brio sur «  you got the love  » avec la participation de Florence and The

Machine, où les basses sont plus présentes et le rythme maintenu empêchant l’auditeur de rester statique l’oreille désintéressée. Beaucoup de critiques comparent l’entrée des XX sur l’arène musicale à celle des M G M T, j u s q u e l à i l s o n t honoré ce rapprochement. Les spéculations vont bon train sur le genre de musique de leurs prochaines productions, la plupart attendent d’être surpris et invités dans une nouvelle ambiance crée par le désormais trio qui forme le groupe.

Mamoun

Folking Good On va parler ici de guitare-voix… Ne vous méprenez pas, le but de cet article n’est pas de vous rappeler les moments passés sur la plage cet été à regarder un parasite et sa guitare, e n c h a i n a n t t ro i s a c c o r d s e t s’accaparant l’attention, voire plus, de la gente féminine présente. On veut ici vous aider à vous détendre, vous faire voyager dans des contrées sauvages, et donner à vos oreilles un peu de répit, de douceur et de mélodie, parce-que la musique du Snook c’est pas encore ça et la dubstep de vos préchauffes/afters c’est parfait pour se remuer mais ça l’est bien moins pour chiller le Week-end. Depuis quelques années, on assiste (avec joie) au retour de la folk-music, ce que les radios nationales ne semblent pas avoir assimilé, pas assez vendeur nous dira-t-on… C’est pourtant un mouvement musical qui fait émerger d’incroyables talents, tant sur le plan instrumental que vocal. Qui n’a pas été submergé par la beauté des compositions d’Eddie Vedder dans

Bon Iver

Into The Wild  ? Nous n’en parlerons d’ailleurs pas dans les prochaines lignes car le Shamrock doit coller à sa vocation première  : inciter à la découverte. Nous invitons tout de même ceux qui ne le connaitraient pas encore à s’y intéresser de plus près ! Cet article ne se veut pas exhaustif tant le milieu de la folk a été prolifique depuis le début des années 2000, il a pour objectif de présenter quelques artistes mais surtout de faire naitre

en vous de la curiosité à l’égard de ce mouvement. Comment parler du retour du folk sans parler de celui qui apparaît aujourd’hui comme fer de lance de ce phénomène, j’ai nommé Bon Iver. Porté par son chanteur Justin Vernon, le groupe qui a remis la guitare accoustique sur le devant de la scène n’en finit pas de faire parler de lui. C’est en 2007 qu’il se fait


LE SHAMROCK décembre 2011

EDDIE VEDDER

remarquer par le célèbre label folk Jagjaguwar avec un premier album autoproduit, For Emma, Forever Ago, conçu dans une cabane du Nord du Wisconsin. S’il semble ainsi répondre au cliché du folk hippie mal dans sa peau, Justin Vernon a cependant su faire fondre les frontières du genre. Bon Iver est avant tout un groupe qui dénote par l’inventivité surprenante de ses arrangements et son audace vocale. Son premier opus, délivrant une folk dénudée, intimiste et laissant par moment libre cours à une créativité ténébreuse, a été encensé par la critique. Pour son nouvel album,

Lana Del Rey, ange ou démon ? Cela fait maintenant plusieurs mois que le nom de Lana Del Rey est publié, tweeté et facebooké

Bon Iver souhaitait faire prendre un tournant à sa musique. J. Vernon déclarait vouloir « quelque-chose de plus complet, de plus varié  ». Pari réussi pour celui qui s’impose aujourd’hui parmi les songwriters les plus reconnus du moment. Son deuxième opus, sobrement intitulé B o n I v e r, c o n t r a s t e a v e c l’atmosphère ultradépouillée du précédent pour laisser place à une folk bien plus riche et lumineuse. Construit comme une initiation au voyage, l’album est «  un sentiment plus qu’un projet musical  » comme le définit Vernon lui-même. En perpétuelle recherche de nouvelles combinaisons musicales, le groupe a su redorer le blason du néo-folk et lui donner la légitimité d’un genre majeur. Si la plupart des artistes folk actuels sont originaires des Etats-Unis, les pays nordiques ne sont pas en reste. Les compositions du Suédois d’origine argentine José Gonzalez collent avec brio au thème que nous abordons. Artiste solo depuis le milieu des années 2000 avec l’album Veneer, il sera rapidement repéré au niveau planétaire avec l’apparition de son titre Heartbeats dans une publicité Sony, Crosses fera partie de la BO du dernier épisode de The O.C (Newport Beach) et Far Away sera élu en 2010 meilleure bande originale de jeux vidéo grâce à sa présence sur le jeu Red Dead Redemption. José Gonzalez c’est donc le musicien que l’on a tous déjà entendu, aimé, mais auquel on ne s’est pas forcément intéressé. Et bien c’est une erreur, ce que cet

sur la toile. La demoiselle âgée de 25 ans est grande, filiforme, tantôt blonde tantôt rousse et accroche l’œil de tous les internautes avec ses yeux de biche et ses mimiques boudeuses qui suscitent d’ailleurs

artiste produit avec seulement une guitare et sa voix est tout simplement phénoménal. Reposant, envoutant, déconcertant, prenant, magnifique, ingénieux, mélodique, la liste des adjectifs aptes à décrire sa musique est longue, pour notre plus grand plaisir. Enfin il a à son actif 2 albums studios, Veneer (2003) et In Our Nature (2007) ainsi qu’un album live (2008) et cinq EP. Prolifique, oui, mais toujours avec qualité, à tel point qu’il parait difficile de juger un de ses titres de qualité «  médiocre  »  ; le défi est lancé …

Fleet Foxes, à découvrir absolument !

On espère vous avoir donné envie d’aller plus loin dans ce monde, quoi qu’il en soit, durant l’écriture de cet article nous nous sommes adonnés à l’écoute d’artistes comme Devendra Banhart, Cocorosie, Fleet Foxes, Ben Howard et Iron&Wine, grand moment de musique que l’on vous encourage à expérimenter.

Clément et Adrien

les commentaires émerveillés ou rageurs de tout un chacun. Car vous le savez certainement, le p h é n o m è n e L a n a D e l Rey déchaine les passions. Si le talent


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de l’artiste peut difficilement être contesté, le personnage est sujet à toutes les théories les plus folles. Le projet a très rapidement été encensé par toute une partie des auditeurs tandis que les plus récalcitrants ont hurlé au produit marketing. En effet, Lana Del Rey n’est pas sortie de la cuisse de Jupiter. La chanteuse était déjà apparue sous le nom de Lizzy Grant, avec des lèvres plus naturelles et un look moins sophistiqué, plus commun. La case botox semble ne pas avoir été évitée par la jeune américaine, qui n’a pas hésité à retenter sa chance après un premier maxi, «  kill kill  », sorti en 2009, avant sa mue. Sur le plan musical pourtant, difficile de reprocher quoi que ce soit à Lana. Ses prods lancinantes, habillées de divers samples et de cordes, sont au service de compositions de qualité, ellesmêmes magnifiées par une voix suave, maitrisée, allant chercher les aigus avec ce qu’il faut de glamour. La belle a récemment interprété son

premier single « Video Games » sur le plateau du célèbre Jools Holland, qui l’a conviée en grandes pompes avant même la sortie de son album tant l’engouement général à l’égard de l’artiste était intense. Prestation en demi teinte ou savant calcul, là encore les avis divergent. Arborant une petite robe blanche et se montrant statique voir figée sur le plateau, la beauté païenne a proposé une interprétation sobre, à la fois épurée et magistrale. Une fois de plus, les détracteurs ne manqueront pas de souligner certains problèmes de justesse, pourtant rares, ainsi que quelques défaillances rythmiques qui là encore n’apparaissent pas évidentes, compte tenu de l’interprétation piano/voix proposée ce soir là. Peu nous importe, la magie opère et c’est avec plaisir et étonnement que l’on est rapidement amené à se repasser en boucle les titres «  Born to die  » ou «  Blue Jeans ».

embryon de succès international qu’elle a su s’offrir. Au gré de posts et de tweets, la belle continue de distiller au compte-goutte vidéos et nouveaux morceaux sur le web. Son récent passage à Paris pour un concert sold-out en quelques jours a donné le ton : déesse ou pécheresse, Lana Del Rey n’a pas fini de faire parler d’elle.

Ludovic

EP! «$ V IDEO! G AMES! /! B LUE! JEANS$»!(STRANGER!RECORDS)

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L’album est prévu pour janvier 2012 et d’ici là, la nymphe ne compte pas laisser glisser entre ses doigts cet

Culture Urbaine Banksy Banksy…Ce nom vous évoque t-il quelque chose ? Non ? Et pourtant, cet homme est un « street artist  » et ne joue pas dans la cour

des tagueurs de métro. Beaucoup de questions se posent sur cette légende. En effet, personne ne connait réellement son identité et son visage n’apparaît que dans quelques images floues de caméra

de surveillance. Aujourd’hui ses œuvres se vendent à des millions de dollars dans le monde entier. Je vais vous raconter une partie de l’histoire de cet étrange personnage…


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Il serait Anglais, originaire de Bristol, et aurait commencé vers 1993. Il a débuté au graffiti classique mais il a vite découvert son véritable talent dans le graffiti avec des pochoirs. En 1999, sa fresque mythique « The Mild Mild West » – qui représente un ours en peluche s’apprêtant à balancer un cocktail Molotov sur un escadron de police– fait exploser sa popularité. Son sens du politiquement incorrect et sa capacité à s’infiltrer partout lui donnera le surnom de «  art terrorist  ». Mais il ne répond pas et fait grandir son mythe. Quand on passe ses nuits, bombe à la main, à éviter les policiers, on s’habitue à rester discret pour durer. Et il s’en sort plutôt bien. En 2000, il organise sa première galerie d’art où toutes ses pièces sont vendues dans les 1000 £ (environ 1200 euros) dès le premier jour ! Mais Banksy brille encore par son absence. Le mythe doit continuer. Il se met ensuite un peu à la peinture en cadre et réalise un coup de génie en 2003. Il part au Tate Britain, un des musées les plus prestigieux d’Angleterre, et affiche ses cadres à côté d’œuvres du XIXème siècle sans qu’aucun garde ne le remarque. Une des œuvres accrochées est un tableau champêtre barré du bandeau jaune POLICE LINE – DO NOT CROSS. Encore une référence à la police qui décidément ne lui inspire pas confiance. En 2005, il fait peut-être le graffiti le plus culte de sa carrière sur le mur de séparation entre Israël et Palestine. Vous pouvez admirer la photo. Une imagination, une audace et une qualité qui font mal aux yeux. Une petite anecdote amusante cette fois. En 2006, il pirate 500 copies de l’album de Paris Hilton qu’il replace

ensuite en magasin : on y voit en couverture la jet-setteuse seins nus, des phrases du type «Why am I Famous» remplaçant la tracklist. Son nom est partout. Les stars s’y intéressent, c’est la mode. Angelina Jolie craque et achète trois Bansky pour 200  000 £. Banksy devient une star. En 2009, le Network Rail (l’équivalent de la RATP en Angleterre) apprend désormais à ses employés chargés du nettoyage à reconnaitre ses graffitis pour ne surtout pas les effacer. Vous avez d’ailleurs peut-être déjà remarqué sans savoir, certains de ses graffitis à Paris. Ce fameux rat en noir et blanc, qu’il peint de différentes manières. On peut le retrouver dans plusieurs grandes capitales de l’Europe. Mais la situation reste ambigüe. Banksy a vendu beaucoup, et très cher, tout en affichant un vrai mépris pour le commerce de l’art et les puissances de l’argent. Il a cette formule qui résume formidablement son paradoxe : «J’utilise l’art pour contester l’ordre établi, mais peutêtre que j’utilise simplement la contestation pour promouvoir mes œuvres.». Si ce personnage vous a autant interpelé que moi, je vous conseille de regarder «  Faites le

mur  », un documentaire réalisé par Banksy. Ce film nous raconte pas seulement une histoire sur le « street art  », mais plutôt une histoire complètement décalée, avec des personnages loufoques, des ambiances stressantes mais avec une b e l l e m o r a l e a u b o u t . Vo u s découvrirez de nombreuses œuvres de Banksy et vous verrez surtout un film marrant, flippant mais aussi intéressant. A vous de découvrir où se trouve la réalité et la fiction.

Alexis


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La RubriqueCinéma La planète Melancholia aura beaucoup fait parler d’elle avant même sa sortie. A Cannes notamment, où le jury fut unanime pour récompenser l’interprétation exceptionnelle de Kirsten Dunst (Prix d’interprétation féminine), mais qui, dans le même temps, sanctionna et déclara Lars Von Trier persona non grata du festival, en réponse à ses propos déplacés et extrêmement maladroits à propos d’Hitler. Cet accueil polémique est parfaitement à l’image de Melancholia. En effet, le film, par sa structure, sa réalisation, son thème et son interprétation fait la part belle aux avis opposés et laisse au spectateur une impression intense et partagée. Melancholia est tout d’abord composé en 2 parties, chacune portant le nom de deux sœurs  : Claire et Justine. La première partie tourne autour du mariage de Justine et la seconde du récit du voyage de Melancholia, une planète mystérieuse, aux abords de la Terre. Lars Von Trier a également élaboré u n e i n t r o d u c t i o n c o m p l e x e, incroyablement esthétique,

composée de ralentis mêlant des tableaux déstructurés par des effets numériques et des séquences des deux sœurs dans un décor apocalyptique, tout cela sur un thème de Wagner issu de son opéra Tristan et Iseut qui constituera le leitmotiv du film. Cette introduction impressionne par sa beauté et son intelligence  : le réalisateur danois réussit à éviter les pièges d’un symbolisme naïf et cliché pour évoquer avec une puissance extraordinaire l’essence de ses personnages. Les deux parties du film sont elles aussi très élégamment construites  : chaque élément a un sens et nécessite une implication du spectateur pour leur fournir une interprétation. Les personnages, leurs actions, les objets, les plans  : chaque détail fait de Melancholia une fresque magnifiquement riche. Kirsten Dunst (Justine) est étincelante dans son rôle de jeune femme aux prises à un terrible mal-être qui la ronge, et qu’elle n’arrive pas à vaincre, ni par la réussite professionnelle, ni par l’amour passionnel, ni par l’amour filial. Charlotte Gainsbourg à, quant à elle, plus de mal à s’exprimer, quelque peu éclipsée par Kirsten Dunst, dans son rôle de

sœur inquiète et soucieuse de montrer qu’une vie agréable est accessible si l’on se plie aux exigences d’un certain conformisme. Cependant, le film possède son lot de défauts ou du moins d’imprécisions. Certains personnages, comme le fiancé insipide de Justine peinent à convaincre, relégués au statut de satellites gravitant autour des deux personnages principaux. Plus grave, la façon de filmer adoptée par Lars Von Trier est souvent pesante et déconcertante. L’usage excessif de la caméra à l’épaule, les plans rapprochés, le placement de la caméra rajoutant au film un côté voyeur très dérangeant. Malgré tout, on retiendra de Melancholia son extrême intensité, sa beauté, sa justesse. Et surtout on retiendra son souffle lors du crescendo final, jusqu’au boutiste, jusqu’à ce que l’écran ne s’éteigne. Il s’écoulera alors une bonne vingtaine de secondes avant que le premier spectateur n’ose effectuer le moindre geste. Il vous restera alors le sentiment profond d’avoir vécu une expérience dépassant le strict domaine du cinéma.

Quentin


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Brique la « Polisse » Le dernier film de Maïwenn clash, claque, comme un rap qui éclate. Il raconte le quotidien de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) parisienne, confrontée aux p é d o p h i l e s, a u x p i c k p o c k e t s mineurs, aux adolescents en errance. Mais aussi les pauses déjeuner, rythmées par les problèmes de couple, et plus largement la vie privée qui tente de se faire une place dans cette vie de tension, d’engagement et de déchirements. S’ajoute à ce train-train pas si routinier l’arrivée d’une jeune photographe (jouée par Maïwenn), mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un reportage-photo sur le quotidien de la Brigade. En somme Polisse se construit autour du même matériau que n’importe quelle série télévisée, avec des affaires qui s’enchaînent et tentent de refléter la complexité du travail de la Police, la vraie. C’est paradoxalement ici que se trouve toute la force et toute la faiblesse du film. On pourra voir Polisse comme un ramassis de

grossiers clichés ou comme une intrusion percutante du réel dans le cinéma.

dévotion absolue et le sens moral à toute épreuve des policiers laissent parfois pantois.

Les affaires se succèdent sans c o h é r e n c e , a u c u n fi l r o u g e n’apparaît en dehors de l’idée inachevée du reportage-photo, qui permet simplement à Maïwenn de se mettre en scène dans la peau d’une bobo engagée, étriquée dans sa position de voyeurisme. Les clichés qu’elle prend ne sont-ils d’ailleurs pas le reflet des stéréotypes qu’elle aligne en temps que réalisatrice? Du bourgeois incestueux, que ses relations en haut lieu garderont à l’abri de toute poursuite, au flic écorché vif (Joeystarr – c’est l’orthographe officielle du film) accumulant les blâmes pour cause de trop grande d évo ti o n enver s l a veu ve et l’orphelin, Maïwenn assène des caractères détaillés mais qui manquent d’évolution au cours du film. On la suspecterait même de vouloir absoudre l’ancienne Starr du rap de ses péchés originels : «ce film, je l’ai écrit pour lui. Il a été mon moteur et ma muse. », déclare-t-elle au Nouvel Obs. Malheureusement l’image du Joey Starr à la dentition en or plaqué, aux pulsions de violence incontrôlées, reste comme en filigrane derrière les scènes pseudo-émouvantes de sa remise en cause existentielle. On y croit difficilement, de même que la

Néanmoins j’ai adoré ce film. Une fois mis de côté les maladresses, le narcissisme, l’instrumentalisation des enfants comme faire-valoir d’un beau panel d’acteurs-policiers, on peut se laisser porter par ce que propose  Polisse  : une bourrasque d’énergie à l’état pur. Voir une jeune femme flic musulmane pulvériser en arabe un père de famille intégriste à grands renforts de citations du Coran brandi comme l’étendard de la liberté féminine relève du génie plus que du cliché. De ces envolées rhétoriques on sort abasourdis, tremblants, tant l’impact touche droit au cœur. Les arrières-pensées, les non-dits entre collègues et amis sont déballés de manière fracassante mais troublent par leur sincérité. Ils viennent apporter le fond véritable de cette tragi-comédie, qui nous saisit aux tripes et parvient à nous faire rire de la vérité crue, plus malsaine qu’attendrissante, de cette brigade hors norme. Polisse est un film rare, un bâton de dynamite dans le paysage cinématographique français. En cela il est incontournable, mais non sans défauts.

Paul


Le Shamrock - Décembre 2011