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R NER DETOULALYPICON


On parle de clichés pour désigner ces images que l’on a l’impression d’avoir déjà vues. Certaines photographies ont le pouvoir de rassurer parce qu’elle nous font reconnaître des choses alors même que nous les regardons pour la première fois. C’est notamment le cas des photographies de mode, de publicité qui obéissent à un système de normes dans lequel nous nous retrouvons. De belles photos, un aspect lisse sur lequel le regard n’accroche pas. Mes séries pourraient s’apparenter à ce genre ; elles nous sont familières, leur aspect travaillé flatte l’oeil. Pourtant quelque chose nous arrête, un je-ne-sais-quoi qui dérange. Mon attention aux détails, comme ces hommes aux ongles peints ou aux lèvres rouges dans Feu-mâle, instille une douce étrangeté. Il y a dans ces images une expression personnelle qui déroge au discours dominant. Que l’on pense encore à U-man, cette série qui met en scène un homme une femme dans la position de mannequin pour interroger les modalités de notre société de consommation : c’est là, la véritable subversion des images. La discretion, la subtilité pour convaincre ; c’est le choix d’utiliser les armes de la communication de masse pour développer un autre discours de la normalité : une esthétique du détournement en somme. Je travaille en studio, choix conscient ; je porte le combat sur d’autres terrains. C’est une démarche qui passe pour être éloignée de la réalité, artificielle. Il est vrai que le photographe est alors seul maître de ce qui entre dans le cadre. La prise de vue est ainsi un pur exercice de création, ou disons le autrement de recréation. Une toile pour tout décor, loin de la rue nous sommes dans un autre monde possible. La pratique du studio peut s’apparenter pour l’artiste à la pratique du laboratoire : l’occasion de déconstruire, reconstruire des rapports sociaux, des rapports humains. Des modés, par exemple, recrée in vitro des modèles des années 90 pour interroger la mode des années 2010 et la façon dont les codes sociaux et vestimentaires peuvent évoluer. Le studio c’est aussi l’endroit où la photographie se donne à voir telle qu’en elle-même et je n’hésite pas à m’emparer de questions métaphotographiques avec Hors-champ ou Backstage où les conditions de production de la photographie sont mises en scène. Réveler l’histoire derrière une photographie, l’avant et l’après, c’est aussi ce qui motive Truth or Consequences . Dans cette série, il s’agit de montrer les traces de démaquillage, de se concentrer sur des détails révélateurs : quelle est la part de mise en scène, quelle est la part d’identité dans ces portraits de femmes ? Si je prends les détours du studio c’est aussi dans une quête d’identité. On suit dans mon travail un rapport trés fort à la photographie, et sans doute je suis d’autant plus exigeante avec mes images que je suis consciente de l’histoire et des possibilités de mon médium. On pourrait penser que la quête d’identité passe par la recherche d’originalité, la série Monochromie, où des individus sont prêt à tout pour se démarquer ne serait pas pour nous démentir. Pourtant même la série n’est pas si claire et s’y manifeste tout aussi bien que le désir d’être original la tentation d’être conformiste. C’est en effet dans cette tension entre l’individu et le collectif, entre l’envie d’être unique et le besoin d’être comme les autres, que je sais si bien restituer, que ce trouve l’enjeu de l’identité. Cela passe bien sûr par le format du photomaton qui revient souvent mais aussi comme avec Flavia ou Racine Carré par la reconnaissance d’un visage ou d’une coiffure. Entre le même et l’autre, on peut bien sûr se poser la question de l’origine, celle de la personnalité mais ce qui fait ma signature , on le reconnait toujours. Un point de côté, un point de détail ; le plaisir du détournement et la malice d’un clin d’oeil.


Feu - Mâle


Il faudrait alors faire le deuil d’une virilité trop pesante, accepter les nuances et les particularités et peut-être pourrons nous dire comme Aragon que « l’avenir de l’homme est la femme »


Monochromie


Sommes-nous face à un monstre qui cherche à se camoufler ou, face à une femme qui cherche à se démarquer ?


Truth or Consequences


Cet instant flou dans le démaquillage, où l’on efface autant que l’on crée de nouvelles traces.


Flavia


Le modèle change de peau entre chaque prise comme pour envisager l’identité autrement


Hors - Champs


Dans l’espace, le corps dit autant que son absence.


U-Man


Comme s’ils se savaient observés, pèsent sur leurs épaules le devoir de paraître.


Backstage


En studio, il suffit d’un pas de côté pour que l’image se décompose.


Racine carrĂŠe


Cheveux rebelles, la photographie nous montre que tout n’est pas si lisse.


Des modĂŠs


L’objectif n’est pas de vendre des vêtements trouvés en friperies mais plutôt d’interroger la relativité du bon et du mauvais goût. Revêtir l’insulte et retourner sa veste.


MobilitĂŠ


A Calais , il y a cette phrase que l’on ne pourrait pas entendre ailleurs : «j’espère ne pas te revoir ici.»


Portfolio  
Portfolio  

Detourner, portfolio of Laly Picon.

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