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La gazette de la

15 juillet 2012 2 €

lucarne

n  50 o

La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris – tél. : 01 40 05 91 29 – http://lucarnedesecrivains.free.fr

e r u t i r c é n e e r u t i r c é D’ Fifty/fifty

Permis d’écrire

US Mission Geneva (performance aux Nations unies à Genève)/crative commons

Éditorial

Angélique Condominas

Cinquante, un beau chiffre, l’air de rien. À mi-parcours, à mi-vie. Quinquagénaire. À moitié. À l’égal. Fifty-fifty, à l’anglaise. Cinquante numéros, la moitié de la centaine. Quatre ans et demi de textes et de prétextes. D’écritures, de confitures, de déconfiture. Des amitiés nouvelles, des amitiés perdues. Cinquante pour cent, pas encore la majorité. Reste à conquérir l’autre moitié. Reste à parcourir la suite du chemin. Reste à poursuivre sa vie. Avec vous, avec d’autres. À traverser les cinquantièmes rugissants, les cinquantenaires mugissants. Alors, vous vous mettez sur votre cinquante-et-un pour le cinquante-et-unième ?

Armel Louis

E

lle était minuscule et je lui écrivais. In utéro, je lui écrivais. Je pensais, dérisoire, convoquer la chance, amadouer l’avenir autour de mon nombril, le sceller vers le bien. C’est fou, les mères et leur imagination. Je l’inventais du stylo, ça me donnait une contenance : elle était mon contenu, j’étais son contenant. Mes histoires de poupées russes habitaient mon silence, j’étais heureuse de ce bonheur fat de matrone assise sur son utérus. Et je lui écrivais, je l’écrivais, c’était juste entre nous, enfin, entre moi en somme. Le jour prévu, elle vint au monde, comme on me l’avait dit. Ça s’est fait naturellement, elle était à l’heure, c’est tout. Je n’ai voulu aucun des expédients qui apaisent les douleurs de l’enfantement. Je voulais mettre au monde « à l’ancienne » pour clouer le bec des vieilles pies. «  Bonne mère  », ça s’achète au rayon de la souffrance. J’ai voulu acheter mon lot en une seule fois. Je l’ai mise au monde dans la douleur, et ma foi, cela me parut soutenable. Elle,

c’était déjà une reine. Pas un cri, pas une plainte. La vie lui allait comme un gant dès la première inspiration. Les yeux grands ouverts, le souffle régulier, elle me scrutait de son petit regard sombre. Un regard qui t’oblige à être. Fini les sornettes sur tes bouts de papier : elle était autre. Il faudrait vivre, et ne plus rien inventer. Dès le début, elle prit ce qu’il y avait à prendre sans jamais rien réclamer. Dès le début, elle mit les voiles. Sans tambours ni trompettes, à sa mesure, elle mit les voiles. À quatre pattes, à deux pattes : loin là-bas, au fond du jardin du pont d’Asnières, sur ses petites guiboles, elle allait le plus loin possible. Elle n’oubliait jamais son chemin, elle n’oubliait ­jamais de revenir. Elle faisait sa route sans rien demander à personne. Elle était de ces bébés tranquilles qui, si tu leur piques leur doudou, Suite page 3.

Angélique Condominas : Auteur-compositeur, elle a chanté à La Lucarne des Écrivains en duo avec son compagnon Frank Schluk sous le nom de Frangélik. Elle a publié ses textes dans Mots Nomades.


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15 juillet 2012

Maurice Bedel :

le sourire d’Hermès Claude Herzfeld

« Ils se sentaient plus à l’aise dans le sourire que dans le rire. »

dr

L’Alouette aux nuages, 1935, p. 10.

E

Claude Herzfeld est spécialiste d’écrivains aussi différents que Mirbeau ou AlainFournier, Nizan, Claude Seignolle ou Jean Rouaud. Défricheur comme déchiffreur infatigable, il se reconnaît entre tous à sa casquette de marin-pêcheur et son air bonhomme.

n 1927, lorsque paraît le premier roman de Maurice Bedel (18841954), Jérôme 60° latitude nord (pour lequel le romancier obtint le prix Goncourt), les euphories de l’après-guerre tentent de faire oublier la malédiction de la Première Guerre mondiale. La guerre, retour de la fatalité et de l’absurdité, avait sonné le glas des espoirs des hommes en un monde fraternel. La figure mythique de Dionysos se profile derrière les œuvres que Georges Friedmann juge avec sévérité. Il condamne ces « pages d’un lyrisme facile sur des scènes de noce, de sport et de misère », ces modes « que leur ennui rejette aussitôt après les avoir ramassées, pour l’art Khmer, les Fratellini, les mystiques chrétiens ou la surface du Judaïsme. » Apparemment, cette définition des romans « fardés » semble s’appliquer à Jérôme 60 °C latitude nord et aux autres œuvres de Bedel qui nous promène en Norvège, en Turquie (Zulfu), en Italie (Philippine, Gallimard, 1930), en Allemagne (Monsieur Hitler, Gallimard 1937), en Grèce (Le Laurier d’Apollon, Gallimard, 1936) et dans la

Touraine cosmopolite (Molinoff. Indre-et-Loire, Gallimard, 1928). Dans Tropiques noirs (Hachette, 1950), il s’agit pour Bedel, « d’attirer l’attention des gens de France sur la rayonnante activité de cette Alliance française qui porte le renom de notre pays dans le monde entier » et, au passage, avec quelque chauvinisme, d’égratigner la colonisation britannique, les Africains bénissant le Ciel de bénéficier de la protection de la France. De ses voyages, Bedel rapporte donc des romans qui tranchent avec la production romanesque des années qui suivent la Grande Guerre. Puérils, désinvoltes, superficiels, les personnages s’étourdissent souvent de modernité. Éclectiques, ils s’abandonnent aux caprices de la mode, ou à ce qu’on caractérisera hypocritement comme «  très tendance », pour faire plus in. Le romancier, pas plus que ses personnages, n’est superficiel. Il ne faut pas confondre indulgence et complicité. Sérénité tourangelle  ? Bedel écrit au moment où l’espoir de voir régner la fraternité universelle s’est effondré avec la boucherie de 1914-1918. Ajouté aux doutes concernant la validité de la science (physique quantique qui ébranle le sacrosaint principe de c­ ontinuité), on se prend à penser que l’homme 2

est plongé dans un monde qui n’est pas fait pour qu’il le comprenne entièrement (Destin de la personne humaine, BaderDufour, 1948). Comment adhérer, dans ces conditions, au mythe du Progrès (Voyage de Jérôme aux États-Unis d’Amérique, 1953) que Baudelaire remettait déjà en question  ­ ? C’est pourquoi Bedel se tourne vers sa Touraine pour y trouver des raisons d’espérer, quand même. C’est la nature qui apporte le bonheur (Géographie de mille hectares, Grasset, 1937) à Bedel. Elle lui procure le plaisir des sens (Traité du plaisir, Flammarion, 1945). Certes, les choses ont beaucoup changé en Touraine, comme partout ailleurs. En 1928, dans Molinoff. Indreet-Loire, Bedel avait décrit, sans acrimonie, la pénétration étrangère en Touraine. L’humour est encore présent dans La Nouvelle Arcadie (Gallimard, 1934), mais Bedel condamne sans appel l’infiltration du stalinisme du côté de Loches. Au lieu du cosmopolitisme de bon aloi, il s’agit, en l’occurrence, sous couvert d’un hypothétique internationalisme prolétarien – démenti dans les faits – d’implanter en Touraine l’impérialisme de la Russie bolchevisée dont l’instrument est le Komintern.


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15 juillet 2012

SOMMAIRE page 1 Édito, A. Louis. et Permis d'écrire, A. Condominas. page 2-3 Maurice Bedel, C. Herzfeld. page 4 De l'obligation de moyens, F. Momal. et Mélancolie d'été, A. Meas. page 5 Rêveries de paroles, M. Auricoste. et une poésie, D. Bantcheva. ●

Ce que Bedel condamne, c’est cette volonté d’expor­ ter une révolution sans prendre en compte les particularités nationales qui tiennent à l’Histoire. C’est pourquoi l’imaginaire bedélien fait, dans La Nouvelle Arcadie, une large place aux images de l’affrontement  : il s’agit de tourmenter les hommes dans leurs goûts et dans leurs opinions. Non seulement les paysans tourangeaux résistent

à Natalie Kouranova, l’envoyée du comité central du Propkombortmol, mais des dissensions apparaissent bien vite au sein de la communauté néo-arcadienne – qui prend de plus en plus des airs de village Potemkine, installée dans le domaine de Boischenu (bravo, la nouveauté  !) grâce aux largesses de la comtesse de Corlidon, entre les « jouisseurs » et les « ascètes », gros consommateurs de chardons.

Le mot « révolution » retrouve son sens pre­ mier : « mouvement d’un mobile qui parcourt une courbe fermée ». Le messianisme progressiste se ramène à la restauration de l’ordre ancien qui s’est dégradé. On prétend revenir à un très problématique « communisme primitif » (inventé par Engels) en prenant pour modèle l’instinct grégaire des bêtes. Décidément, Bedel est bien de son époque.

Suite de la page 1. se détournent sereinement de l’objet le temps que le ravisseur se lasse de son larcin. Là, elle reprenait possession de son bien abandonné par l’envieux, et tout rentrait dans l’ordre, sans conflit. Elle met les voiles, et ça fait bien vingt ans que j’ai renoncé à lui écrire pour m’écrire toute seule d’abord, et puis pour écrire tout court. Dès le premier souffle, elle m’a enseigné qu’elle ne s­ erait ni un

faire-valoir ni un alibi, et qu’elle n’était pas au monde pour me permettre d’être «  bonne  » à quelque chose. Elle se ­réserve le droit de se casser les dents toute seule. Je n’ai qu’à m’occuper de moi. En me soulageant de ma toute-puissance, elle m’a permis d’être. Juste ça. Donné un permis d’écrire en quelque sorte. 

A. Condominas

Appel à textes  our le numéro du 15 septembre, envoyez-moi vos textes (word) sur le thème de P la lâcheté (dans son acception la plus large : individuelle ou collective, ordinaire ou extraordinaire). À l’adresse suivante : caroline.rimet@laposte.net Caroline Rimet

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page 6 La poésie aux petits soins du deuil, A. Eau. page 7 Le mitan, M. Vannier. et Les soirées de La Lucarne. ●

page 8 Je parle pour faire, P. Le Divenah. page 9 L’avocat du diable, S. Mostrel. et Poésie, J.-L. Lavrille. page 10 On n'a pas compris, P. Bouret. page 11 Humeurs, E. Oberlé. page 12 Veillée à la Lucarne, L. Nireug. ●


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De l’obligation de moyens (Sans garantie de résultat) François Momal

S

rentes prises de vue. Mais dans un premier temps il s’agit d’ouvrir les vannes. Donc plume levée, laisser décanter cinq, dix minutes. Puis quelque chose émerge, une bulle vient éclore à la surface et libérer son arôme sucré ou fétide, c’est selon. Là, il faut fermer les yeux et humer l’arôme tout juste libéré. Fermer les yeux et ne pas lâcher prise. On attrape ce que l’on peut dans la vie. Pour l’un ce sera des perles, pour l’autre ce sera l’arôme d’un pet lâché dans son bain. Surtout ne pas rater cela. Inspirer à fond le fruit de ses entrailles. Sans complexe lâcher le premier jet. De toute façon il sera toujours temps de réécrire ensuite à partir de ce premier jet (ah, le « rewriting » !) Et si vous n’avez rien à dire ? Non, on a toujours quelque chose à dire. Et dans l’écriture qu’importe le contenu, l’important n’est-il pas le contenant ?

Mélancolie d’été Alena Meas

C’

est le commencement de l’été, gris et pluvieux, il y a pourtant dans l’air un parfum de tilleuls, qui, d’une manière redoutable et peu explicable fait penser à la mort. Pendant que les fleurs s’ouvrent, une douceur étrange absorbée par le nez module la pensée, la force odorante la rend rêveuse et sombre. En marchant le long du canal, sous les arbres en fleur, on ressent une intensité d’être là, à un endroit et un moment de l’année précis. Pas après pas, l’être se projette dans la

­rofusion du parp fum, et contre une certaine logique, il se sent affaibli plus que raffermi par cette abondance et a­ rdeur végétales, presque étouffé par l’air épais qui remplit ses poumons. Tout à coup, il croit au pouvoir maléfique de cet air humide. Une pensée funeste, une mélancolie d’été éclatent et font rage dans son esprit, un malaise soudain livre son corps à l’angoisse d’être seul au monde et d’être là seulement pour mourir, tel est le ­véritable ­accomplissement 4

emmanuelle sellal

François Momal a publié un roman L’alvéole et deux recueils de textes intimes Interstices et Eros et Les Muses aux éditions Le Manuscrit. Pour lui, il y a un rapport évident entre l’écriture et la sexualité, l’écriture étant la continuation de la sexualité par d’autres moyens.

e mettre à sa table, à heure fixe de préférence. Se réserver un créneau, un slot comme disent les Américains, dans le temps et dans l’espace. Sortir son cahier. Un cahier de préférence, car je déteste les feuilles volantes. Un beau cahier bien compact et noirci d’écriture. Toute ma vie dans des cahiers. Commencer par faire le vide (un peu à la manière d’un moine dans sa cellule), laisser toutes sortes de choses venir éclore à la surface de sa conscience telles des bulles et au hasard se fixer sur une réminiscence du passé et en faire un départ d’écriture sans aucune garantie de résultat. Simplement s’engager sur une garantie de moyens : s’asseoir tous les matins à sa table, une heure, deux heures… Ensuite viendra sûrement un travail de composition, de montage à partir des fragments d’écriture comme le montage d’un film à partir des diffé-

de cette vie sous les arbres. La balade se transforme d’une manière accidentelle en une contemplation des émois intérieurs, le visage se tinte d’une pâleur livide sous le ciel blême, le promeneur n’a pas réussi à se soustraire à temps à son obscure rêverie, il n’a pas pu s’empêcher de voir dans chaque grappe de fleurs mourantes son propre avenir.


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Gavin Lynn (sculpture de Juan Munoz - 1999/creative commons.

Rêveries de paroles (extraits) Marianne Auricoste

E

n vérité, la parole est d’abord prophétique. Elle est la langue des fous, des poètes, des saints. Le noyau dur. Le reste, un emballage. Parler, un acte de survie. Parler pour saisir, comprendre, capter, intercepter. Dire « je t’aime », se convaincre soi-même avant d’être entendu. Si je te parle, j’existe. Si tu m’écoutes, je deviens pommier, je fabrique mes fruits. Je décuple mon énergie. Mais mâcher la parole en tête-à-tête, monologuer, qu’est-ce que c’est ? Quel genre de vice, de manie ? Est-ce pour éprouver son identité ou bien pour sonder le langage et vérifier sa profondeur, comme on plonge un seau dans le puits en espèrant rencontrer l’eau. Parler aux arbres, au vent, aux labours, à l’espace, c’est planter ses deux pieds dans la parole et l’exercer, la fortifier. Entretenir sa parole, la maintenir vivante, ­ardente, exigeante, déroutante. Intègre. Perdre ses mots doit équivaloir à perdre son sang, s’anémier, s’étioler, s’asphyxier. Si les mots s’échappent, tout le vécu se désagrège, s’abrège. C’est la fin, l’agonie. Parler, manifester sa vitalité, la transmettre, l’éprouver. Même un murmure charrie son énergie. Chuchoter ou hurler façonne le réel, l’assure,

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le réconforte. Dire, contre-dire, laisser rouler les mots comme la pluie sur un paysage trop sec. Un orage de paroles, une bourrasque de mots pour entretenir le terreau humain. Parler, embarquer le corps entier, danser avec les mots, se laisser traverser par eux. Les mots travaillent la matière corps, son espace, sa densité. La tête intervient ensuite pour réguler, juguler, distancer ou censurer. Parler, une tentation de sourcier, un projet de sorcier. La parole détecte, dépiste, éveille, réveille les monstres, le chaos, les fantasmes, les désirs. Illumine. Elle magnétise, elle percute, électrocute. Elle guérit quelque fois. La parole engrosse le silence, l’ensemence. Je me méfie de la parole, je la suspecte. Je l’aime, je la défie. Je l’épluche comme un oignon, je soulève ses dorures, je la gratte et la ponce. Je l’étrille. Je la laboure. Je la harcèle. Je veux son cœur entier. Je suis chasseur, braconnier. Je ruse. Je débusque. (...)

Denitza Bantcheva Et puisse le temps achever sans partage ce que nous fûmes achever sa grandeur sur notre perte omniprésente force des lois suprêmes visible entre les bris de nos statues laisser faire le néant s’apprend sans peine quand le don de beauté s’est accompli 5


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La poésie

15 juillet 2012

Anne Eau

dr

aux petits soins du deuil

U

Anne Eau (alias Anne Orsini) est l’auteur de Vu de ma chaise, journal d’une gardienne de musée (éd. La cause des livres). Comédienne, elle a joué L'enceinte de Michaël Glück à la Lucarne des Écrivains.

Gabriel Ringlet, Ceci est ton corps. Journal d’un dénuement, Albin Michel, Paris, 2008.

À La Lucarne des Écrivains, j’ai rencontré du monde, mon éditrice et des amis ; j’ai assisté et participé à de bonnes soirées, réalisé quelques veillées ; j’ai pu y monter les premiers épisodes d’un atelier-lecture destiné aux « petites dames » du quartier ; trouvé aussi, acheté beaucoup de livres, tenu la caisse quelquefois… Je reconnais y butiner le pollen nécessaire pour inventer la continuité de mes jours. Le miel, cette année, a pris la saveur douce-amère d’une recherche intensive sur la poésie aux petits soins du deuil. J’espère vous en offrir, ici, une once de dégustation.

ne formule énigmatique est venue se ­poser à mes côtés ; elle ne cesse d’assurer l’exploration – pionnière – que je mène actuellement en art-thérapie dans un atelier de théâtre à médiation poétique, avec des personnes entrées dans le veuvage. La voici : « Pas de grands mots. Juste un peu d’eau pour marcher encore et deviner une faible lumière entre la pierre et le nom que porte la pierre. » La formule de Gabriel Ringlet m’encourage à favoriser la croissance du lien structurant, aussi solide qu’une guinde, qui se tisse naturellement entre le chagrin du deuil et la sensibilité poétique ; elle suggère une possible continuité à vivre lorsqu’une initiation à la pratique théâtrale (la faible lumière), trouve à se lover et loger entre l’existence de l’endeuillé, grevée de perte (la pierre), et la quête symbolique (le nom de la pierre) qui motive le deuil en travail. Quitte à gratouiller le tabou des tabous, je vous découvrirai volontiers une part de cette réalité occultée, l’ombre de méconnaissance planant sur le

deuil du conjoint. La plupart des participants de l’atelier ne sont pas, mais pas du tout « joyeux ». Pensez ! Moitiés de vie et de mort… Incertains, précaires, isolés socialement dans leur panoplie de veufs et veuves, parfois comme englués dans une peau de chagrin. — « Jamais, je n’aurais cru que ce serait aussi dur », égrène le credo de leur continuité. Alors, quelle démarche poétique entreprendre avec eux pour accompagner ce deuil vers sa résolution ? Ma sélection a privilégié des écrits contemporains ayant en commun une simplicité lexicale et stylistique : ­faciles d’accès. La clarté requise n’a rien d’appauvrissant  ; au contraire, elle fait entrer plus intégralement dans la saisie du poème, dans son oralité ; elle permet son appropriation dès la première lecture à voix haute avec un retour spontané des émotions. Les textes retenus n’excédent pas l’impression du format A4 : dimensionnés à la taille d’un mouchoir d ­ éplié. C’est la forme du poème, limitée à la page, qui décide aussi de son temps de lecture, de 6

sa traversée. ­ L’accessoire constamment présent dans l’atelier est une anthologie croissante de poèmes « à la carte », incarnés l’un après l’autre, qui fonctionne en répertoire d’une triple façon : imaginaire, symbolique et esthétique. Objet de mémoire appartenant au vivant (à celui qui survit à l’autre), ce répertoire témoigne d’une histoire personnelle récemment acquise et physiquement représentable en groupe ; pratiqué sur le terrain du jeu, il diffère du reliquaire, s’y oppose même en faisant appel aux reformulations ludiques. Dans le sillage ­d’Orphée et de sa lyre, il ouvre ses partitions de mots pour chanter la peine sur la scène du veuvage et soutenir la petite mort en travail chez chacun. La poésie du verbe ? Notre invitée dans l’atelier du deuil : elle empreint d’altérité les individuités en herbe qui la reçoivent jusqu’à faire émerger la créativité… et de nouveaux poèmes : « Dans le souvenir et dans l­’attente Atténue ma peine Creuse ma joie, Place-moi Je ».


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15 juillet 2012

Le mitan

Maryse Vannier

T

Je suis en manque de toi. Ton absence m’a laissée défaillante, dans un dénuement indigent, dans une incomplétude que rien ne peut combler.

Mon dernier baiser s’était brisé sur ton front de pierre, un front glacé et raide. Mes lèvres, surprises par la froidure de ton visage figé, s’étaient paralysées soudain. Je ne pourrais plus t’embrasser.

Tu es venu cette nuit au mitan de mon lit. J’ai senti ton haleine, entendu ton cœur battre, goûté tes lèvres chaudes, caressé tes hanches de chevreuil amaigri, entre mes doigts j’ai démêlé les boucles noires de tes cheveux, j’ai murmuré à ton oreille tous les mots oubliés.

u es venu cette nuit au mitan de mon lit. Tu es revenu d’un passé effacé. J’ai touché ton bras du bout de mes doigts étonnés. Tu étais tiède, la vie avait repris sous ta peau de satin.

Les années ont passé. Sur d’autres fronts, sur d’autres lèvres, ma bouche avide a léché, caressé, cajolé, câliné, sucé et avalé. Mon corps en a cueilli bien d’autres. J’ai su les bichonner, les dorloter, les choyer, les peloter, les becqueter. Pourtant tu me manquais. En moi tu as laissé des creux inassouvis, des soifs inextinguibles, une faim tenace qu’aucun autre ne peut repaître.

Soirées de la Lucarne 

Vendredi 7 septembre à 19 h 30

Soirée spéciale Gazette n° 50 Avec les participants de la revue. 

Samedi 8 septembre à 19 h 30

La rentrée littéraire à la Lucarne Lectures et découvertes des nouveautés romanesques parmi les 600 titres parus ! 

Mercredi 12 septembre à 19 h 30

Soirée Marilyn Monroe Autour du livre collectif publié par les Cahiers de l’Égaré, Marilyn après tout, avec l’éditeur Jean-Claude Grosse. « Marilyn produit aujourd’hui encore sa propre nébuleuse. » Les Cahiers de l’Égaré se sont adressés à des auteurs des deux sexes,

Cette nuit, tu es venu, tu m’as prise au mitan de mon lit, tu m’as donné le plaisir de l’orgasme ­accompli. J’ai retrouvé l’amour quand tu as repris vie. Reviens souvent me voir au mitan de mon lit.

a­ ppartenant à différentes générations, venus d’horizons géographiques divers et traduisant une certaine variété socio-culturelle pour s’interroger sur la pérennité du mystère que Marylin succite encore aujourd’hui. 

Vendredi 14 septembre à 19 h 30

Soirée atelier d’écriture

Présentée par Jean-Lou Guérin (association L’Écriture douce). Lectures de Monique Bonnier, Camille Christel, Françoise Dupuy, Mari-Sol Lechien et Maryse Vannier. 

Samedi 15 septembre à 19 h 30

Soirée « le socialisme dans l’histoire »

Avec Daniel Chocron autour de son livre Histoire du socialisme, paru aux éditions Agora. En remontant aux origines du socialisme moderne, contemporain du capitalisme industriel, on ­s’aperçoit de la grande diversité des socialismes qui, au XIXe siècle, est marquée par des tendances et des fractions parfois antagonistes. L’unification en un seul parti date de 1905 avec la SFIO…

Plus de détails sur : http://lucarnedesecrivains.free.fr La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris - Tél. : 01 40 05 91 51. 7

Maryse Vannier bourlingue dans la vie, dans le monde et dans les textes. Un recueil de ses nouvelles, Manipulations, est paru aux éditions de Janus. Elle sera à La Lucarne des Écrivains le 14 septembre.


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15 juillet 2012

Je parle pour faire Patrick Le Divenah

Patrick Le Divenah, artiste et poète, a exposé à La Lucarne ses Prosésies et présenté son recueil, Mémoire de l’imaginaire. Fragments, éd. Passage d’Encres. Illustration ci-dessus : Patrick Le Divenah. Poème extrait de « Spiralesques », inédit.

je parle pour faire je parle parce que ma parole fait je parle pour que ma parole agisse ma parole est acte en lutte je parle pour lutter contre ma parole je parle pour restreindre ma parole je l’arrête je la contrôle je la fouille je lui demande ce qu’elle a à déclarer je la fouille au corps je la taxe je la syntaxe je la parataxe mais ma parole est acte non contrôlable largué dans l’espace des interprétations ma parole est aspirée enroulée dans le flot de toutes les paroles érodée par les approximations les interprétations elle s’amuït s’anémie se distord elle s’altère se contrefait se corrompt se déprave elle se mutile se gauchit se trahit se travestit ma parole dictionnarisée lexicalisée phonétisée estropiée on la palabre on la fabule on la radote on qui n’a pas d’existence on qui déforme on qui tue je parle pour ne pas paroler 8


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L’avocat du diable

15 juillet 2012

Sarah Mostrel

(petite nouvelle surréaliste)

C

e qui lui importait, c’était le rideau de la vie ; l’origine et tout ce qui se rapportait à l’existence, car il pouvait être soudain pris dans une écriture automatique sans états d’âme comme dans la provocation, dans la dérision, dans la contrefaçon, dans le jeu, dans la mort, dans l’amour, dans « l’être toujours » ou « l’être jamais » ou « l’être parfois » ou « l’être encore » ou y croire ou ne plus y croire, le silence bouclier, l’armure parfaite, les mots dits et redits, l’absence reconnaissance, la naissance, l’exigence, la pénitence, la sodomie, l’échange, le sexe pour le sexe, l’âme pour les âmes, le monde pour ce qu’il a d’imparfait, de devenir et de non devenir, comme s’il fallait devenir, venir, jouir, séduire, duper, se leurrer, porter un casque, attention ! Fuir, travaux en cours, ne pas passer sous l’échelle du temps, dépasser les frontières des cours et des gens qui courent, des faux regards et des avatars, vivre, sourire, penser et panser les regards sans regarder dans les pensées, traverser les fleuves au long cours, les ruts, les bites, les chattes et les cons, les peurs, les perversions, les pertes et les gains, les étendues intimes, les abords infâmes, les D, 2D, 3D, 4D alors que le monde est si ample, si trivial et si complexe à la fois, avec ses petits bouts

d’étincelles dont l’unité s’appellerait D-ieu, êtres qui se démènent sans direction, déviation, circonvolution, voyage sans retour vers l’infinie lumière qui se trouverait dans l’art ? L’art étant un art de vivre, une éthique, un mensonge aussi parfois... Car les vibrations éblouissent, fascinent et certains sombrent, se dissocient… « Qu’importe ! », dit-il, les mots n’ayant pas de sens, impossible de toute façon d’atteindre le bout du chemin car le bout est le chemin, alors il dépose son trouble sur la feuille et continue la route, la sienne, non sur celle d’un autre, des autres, des bien-pensants, des pansant ou pensant bien faire quand il n’y a pas de fin, il n’y a que des intermèdes, interludes, préludes, sonates, préliminaires, prologues, épilogues avant même d’avoir écrit le texte, l’œuvre n’existant que comme mirage du voyant qui ne voit rien, ne sait rien parce qu’imprégné de tabous, d’interdits, d’inhibitions, d’inventions personnelles, de fan­ tasmes, de peintures aux couleurs mortes puisque figées sur cette toile, alors que les couleurs ne peuvent être emprisonnées ! Personne n’arrivera jamais à retranscrire ce qui existe déjà. Personne, pas même toi, qui te meus dans cette nature, définitivement sauvage.

Sarah Mostrel est poète, écrivain et journaliste. Elle a présenté à la librairie ses poèmes Tel un sceau sur ton cœur, son essai Osez dire je t’aime et ses chansons Désirs pastel.

poésie

Ci-contre : photo de Jacques Crenn, photographe de mode, il a exposé à la Lucarne des photos tirées de son livre Tératologie, éd. L’Échappée Belle.

Jean-Luc Lavrille La poésie dont la langue resyllabée génère des sons qui fondent du sens est celle du coup de dés lancé par Mallarmé mais qu'en est-il de ce qui accompagne ce geste ce lancé ? Toute poésie qui travaille la langue est la physique des pensées 9

Jean-Luc Lavrille est un poète expérimental ayant participé plusieurs fois à des soirées, notamment de poésie sonore.


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15 juillet 2012

On n’a pas compris Patrice Bouret

I

mathieu carron

l n’y a que la mer à franchir, on pourrait dire. La mer est mélancolique. Elle nous rend son regard infini. On ­ n’a pas compris. On voulait s’approcher de très près et puis ­entendre ce bruit qui est fait de tant de voix. Un peu de vent apporte des voix inconnues qui nous ­appellent sans cesse. On avance le plus possible. Quelque chose s’est perdu dans le lointain. On voudrait retenir ces bribes effilochées qui griffent cette toile immense. On est dépassé, happé, au bord d’une perte irrémédiable. Une main invisible écrit ce message troublant que le sable effacera sans doute. Mais en ce moment suspendu où le murmure nous parvient, on sait bien que c’est là qu’il faut être et promettre qu’on n’oubliera pas, qu’on tiendra debout, qu’on aura la force de dire l’imprononçable et que rien n’est perdu. Et puis d’un seul coup, on se décide. Malgré le froid, on a voulu s’avancer encore, on a voulu faire

Patrice Bouret est comédien et poète. Il a présenté à La Lucarne son recueil Jonas suivi du Chemin des ombres.

ce geste inutile et magique. On laissé sur le sable tous ses habits, oui, tous. Dans l’eau qui fouette le corps, on n’a pas froid, on est dans le bruit même, dans les voix, on est dans la lutte improbable, on est pris dans un mouvement qui décuple les sensations. On a vu un moment le soleil qui fait briller le corps qui ruisselle d’eau. Le froid restera dehors et les horizons brûlent déjà sur les lèvres attentives. On n’a pas vu les deux silhouettes qui approchaient. « Rhabillez-vous… vos papiers… hein ?… donnez vos papiers… » On n’a pas de papiers, on n’a pas de papiers d’identité, on ne les a plus, depuis que le chemin dans le pays est illisible, depuis que la mer est là devant et que la voix des hommes est devenue incompréhensible à force de questions et de silences, depuis que rien n’arrive sinon la plaie et la misère. La bordure blanche rend les pas inutiles. Les ­oiseaux criards ont figé celui qui s’est approché et qui croyait partir. On n’a pas compris. On n’est rien. La mer rend une dernière fois son horizon infini.

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no 50

HUMEURS

15 juillet 2012

Elodie Oberlé

« Chaque matin je tente d’être parfaite dans mon imperfection. Simplement offrir le meilleur de moi-même à la face du monde. » « Je glisse sur la peau qui me reste sur les os des bracelets et breloques en plastique coloré. Suffiront-ils vraiment à dissimuler le mal qui me ronge ? » « J’étalais sur mon visage des crèmes antirides à la rose en en oubliant de vivre. Alors peut-être que oui, j’allais mourir le visage trop lisse. » « C’est fou ce que les chemins croisés dans le voyage de notre existence peuvent en éclairer la route. » « La neige s’est enfin retirée de sur les toits du village de mes mélancolies. Il ne neige plus. Les terres ont réapparu. Quel cultivateur de mon cœur y apercevrai-je ? » « Puis soudain, l’être humain prend un autre visage. Les brèves rencontres rechargent vos batteries et les prénoms s’accumulent et défilent dans vos pensées sur le long chemin qui mènera à votre maison. » « Et si tous ces longs voyages inattendus nous en donnaient réellement le goût…  Pour finalement ne plus s’arrêter et se sentir chez soi sur les routes reliant tant de mondes différents. » Elodie Oberlé est styliste de mode et plasticienne. Elle écrit aussi son journal.

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ISSN 2101-5201 La Gazette de La Lucarne mensuel de La Lucarne des Écrivains Rédaction et administration : 115 rue de L’Ourcq, 75019 Paris lalucarnedesecrivains@gmail.com Directeur de la publication  et coordination du numéro : Armel Louis. Maquettiste : Emmanuelle Sellal.


no 50

15 juillet 2012

Veillée à La Lucarne

I

nutile racontar d’une suprême veillée à La Lucarne, tant les habitués se pressaient en masse à MA lecture. Seule sur l’estrade, mes deux compères désistés à la dernière seconde, pour une cause inconnue. Noémie, mon éditrice, me présente en longueur et en intimité. Rougissante, blonde minijupée surélevée face à l’assistance, assise sur cinq rangées de chaises bleues dépliées, sans compter les tabourets rajoutés à la hâte. Ni Armel ni Camille ne m’avaient prévenue de ma surexposition. Comme toute femme de lettres, j’aime briller par ma prose, le choix judicieux des mots et la syntaxe rigoureuse. Je déteste être affublée du mythe de la jolie blonde aux jambes interminables, bronzées de surcroît. J’abhorre être exhibée ainsi. Philippe, le photographe officiel des lieux, me mitraille de face et sous des angles vicieux. Je lui ai fait promettre d’effacer la moitié des photos, celles prises en contre-plongée. En compensation, je lui ai laissé quelques plumes. Cette transaction restera secrète. Plus tard, il m’avoua qu’Armel lui promettait une exposition personnelle de ses photos encadrées, accrochées aux cimaises de La Lucarne, à condition qu’y figurassent ma bouille et mes ­gambettes. Mes origines serbo-croates ne me permettent pas de ­pratiquer

à la perfection la langue de Molière. Les hommes disent adorer mon accent chantant, les femmes me jalousent. Par bonheur, ma traductrice dévouée courait à mon secours pour me traduire les nombreuses questions et improviser sur les réponses. Le lecteur, debout, savait le texte par cœur, ce qui n’est pas si fréquent, m’a narré Armel par la suite. Tous étaient sous mon charme. Je fus longuement applaudie et terminais par une standing ovation dans la langue de Shakespeare. Je croyais en être quitte. Que nenni. Je dus signer de nombreux ouvrages, une palette avait été livrée la veille par le distributeur. Toute recroquevillée sur ma chaise, je dédicaçais au Montblanc, prêté par la firme, pour la soirée. Une file d’attente, organisée par Camille, favorisait les boiteux et les dames en fauteuil. Des jeunes de couleur tentaient de resquiller. Le reste de la salle, agglutiné au bar, déguste le vouvray au tonneau, autoservi dans de somptueux verres à pied. Entre deux signatures, je bénéficiais d’une coupe que Noémie, ma fidèle éditrice, m’a tendue « pour trinquer », me sourit-elle. Pour les affamés, des portions de tourte au fromage et au lard, servies dans des assiettes en carton, circulent entre les piles de livres. 12

dr

Louise Nireug (alias Jean-Lou Guérin)

Les habitués apprécient ce troisième temps de la soirée. Certains n’osent avouer qu’ils n’attendent que cela. On colporte que des illettrés s’y infiltrent. À force, Armel les débusque. Sa proverbiale gentillesse n’ose pas les expulser. « Je suis, en plus modeste, un petit Coluche  », m’avoue-t-il en catimini. Au moment de partir, une pluie diluvienne transforme en ruisseau la rue de l’Ourcq. Le bus 60 navigue sur une arche de Noé improvisée, affrétée spécialement par le maire du dix­ neuvième arrondissement. Je me croyais déjà au vingt et unième siècle. Armel m’a détrompée. « Ici, c’est le dixneuvième », m’annonce-t-il fièrement. « Et c’est pour cela que j’y suis installé, les loyers sont plus bas ». Je me retiens de lui rétorquer que si sa boutique était montée un peu plus haut, sur pilotis, elle serait à l’abri des intempéries. Les piles de livres posés par terre sont à la merci de l’explosion régulière et sinistre du ballon d’eau chaude. Chacun écope au chant des bateliers de la Volga et c’est pas triste. Les écopeurs s’en souviennent encore.

Jean-Lou Guérin anime, depuis douze ans, les Mardis littéraires au Café de la Mairie, place Saint-Sulpice, à Paris et des ateliers d’écriture en Normandie comme sur Mars. Il écluse régulièrement les buffets de La Taverne des Écrivains.

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La Gazette de la Lucarne n° 50 - 15 juillet 2012  

La gazette de la librairie La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l'Ourcq, 75019 Paris.

La Gazette de la Lucarne n° 50 - 15 juillet 2012  

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