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La gazette de la

lucarne

15 avril 2012 2 €

n  47 o

La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris – tél. : 01 40 05 91 29 – http://lucarnedesecrivains.free.fr

À Notre Président

Éditorial

Voilà ! Mon papa ! Philippe Duneton

L

à, je parle au nom de tous ses enfants,

Tout a commencé un dimanche de Pâques, un 21 avril, et cette histoire s’est terminée le 21 mars, le premier jour du printemps. Qui était Claude Duneton ? Un fils, un père, un mari, un ami, un voisin… Mais aussi, un clin d’œil, involontaire ou pas, avec le sens du détail, du symbole, l’obsession des dates, des anniversaires, des lieux, des personnes et de leurs histoires. Merci à vous tous qui êtes ici, qui l’entourez, merci pour votre présence, vos fleurs, vos attentions. Merci à tous ceux qui n’ont pas pu venir et qui nous ont envoyé tant de messages touchants, bouleversants. Il ne s’agit pas du dernier hommage, non, il y en aura d’autres,

Ramon Aguillera

Liberté, Éternité, Fraternité. Notre Président a été élu le jour de l’équinoxe, le mercredi des écoliers. Il a entonné sa présidence par des chansons printanières et enfantines. Il a promu aussitôt les langues régionales de France et de Navarre. Il a décrété obligatoire l’accent québécois, suisse ou belge, aussi bien dans les conseils d’administration des grandes entreprises que chez les élites parisiennes. De plus, la messe en argot, avec grand orchestre et Graal. Il a créé le Ministère de l’Amitié, de la Gonzesse et de la Goguette. Il a prôné les Monuments aux morts pour les vivants et les antimilitaristes. Il a vanté la bohème dilettante autant que le boulot. Encouragé l’étude des coquillages comme de l’amour. Il a composé avec le Ministère des Petites Économies, bien qu’il fût généreux. Il a poussé les ténébreux vers l’enthousiasme et les enthousiastes à goûter des ténèbres. Ses bonnes actions ne se comptent plus, ses mauvaises actions ne comptent pas. Il a été élu pour notre Liberté, pour l’Éternité, pour sa Fraternité. Élu par une Immortelle qui n’en demandait pas tant. Élu par la Camarde, camarade. Élu et bien élu, mon bon Claude, dans nos cœurs, dans nos esprits, dans notre mémoire. Élu pour toujours, comme disent les troubadours. Élu !  Armel Louis

bien sûr, et puis, pour le retrouver, il vous suffira d’ouvrir un de ses livres. Mais je vais vous raconter une histoire, car mon papa, c’est avant tout des histoires, celles qu’on raconte, celles qu’on ­invente, celles qu’il a écrites.

Claude Duneton, dans les années 1960.

C’est aussi un homme de ­paroles et de chansons, un amoureux des bouquets, de fleurs et d’expressions françaises, des mots d’amours et de chansons. C’est l’histoire d’un «  ado  » comme on dit maintenant, qui a, un jour, décidé de troquer sa charrue contre un stylo qu’il a accroché à l’étoile de son destin.

Suite page 4.


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À notre président

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Je n’irai plus à Antignac Chantal Le Bobinnec

M

oi qui n’ai plus de racines, plus de ­famille ni de maison, je m’étais posée dans l’entourage de Claude Duneton et je m’y sentais bien. Il m’avait acceptée avec mes moqueries et mon impertinence. Je l’appelais « l’ermite de la grotte d’Antignac ». Ça lui allait bien, et il en souriait. Je ne lirai plus ses manuscrits, ni ses chroniques du Figaro littéraire. Je l’accompagnais souvent chez lui en Corrèze et j’en avais la primeur. Je n’allumerai plus le feu dans le cantou… L’hiver, je faisais des flambées magnifiques en entassant plusieurs grosses bûches, et je m’asseyais sur le petit banc dans la cheminée pour jouir du spectacle. J’étais fascinée par les flammes qui dansaient en faisant pétarader le bois et par les gerbes d’étincelles qui s’envolaient comme de petites étoiles. Je ne prendrai plus la route des crêtes, quand je partais avec Claude à Meyssac faire les courses. De là-haut, quel panorama on avait sous les yeux !... Je ne mangerai plus le « pain des collines »… Nous l’appelions ainsi… un joli titre qui aurait plu à Jean Giono. Pour y aller, il fallait faire cinq ou six kilomètres par des petites routes ombragées qui montaient, descendaient, tournaient et sinuaient. Nous traversions un village et passions devant la maison où avait vécu son grand-père. Nous montions encore et, tout en haut d’une côte, on voyait deux maisons, l’une, celle de la boulangerie, et l’autre en face, le fournil. On entrait dans une grande salle et, au fond, se trouvait le four. Le patron nous recevait, un gaillard bien râblé, moustachu et rougeaud, avec 2

des yeux malicieux ; il était saupoudré de farine. Il m’embrassait sur les deux joues, bavardait un moment avec Claude, puis nous repartions avec une énorme « tourte » brûlante à peine sortie du four. Il faisait le pain sur commande, trois jours par semaine en été. L’après-midi, il se reposait, mais on pouvait venir, la porte était ouverte. Il y avait les tourtes étalées, moyennes et grandes, avec un papier qui portait le nom du client et le prix à payer. On prenait son pain en laissant l’argent sur la table. Les voleurs n’existent pas dans les collines. Claude m’avait appris à trancher le pain ; il se servait d’un couteau d’une vingtaine de centimètres avec une large lame, qui coupait comme un rasoir. Je n’y suis pas arrivée tout de suite, il y avait un coup de main à prendre. Au bout de quelques temps, j’étais devenue experte, je taillais des tartines bien droites, immenses, que je recouvrais de beurre salé ou de rillettes. J’en ai encore l’eau à la bouche… Adieu, le pain des collines ! Cher Claude, je suis Bretonne, je crois aux esprits, au fantômes, aux revenants, à l’Ankou. Donc, il ne serait pas impossible que je vous rencontre un jour dans l’au-delà. Vous seriez vêtu de votre vieux peignoir. Vous savez, celui que vous avez rangé précieusement dans un carton. Ah ! Ce serait miragineux, comme disait Céline.


À notre président

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Cher grand Claude en allé,

SOMMAIRE

Jacques Cassabois

E

nfin libre. Enfin souple et léger, ingambe comme tu ne l’as jamais rêvé. Tu as retrouvé ta voix d’écorce, tes yeux d’eau salée, dissimulés dans tes sourires de malice, et le torrent de tes mots, si longtemps obstrué, peut à nouveau jaillir et irriguer de ta paix nos terres orphelines. La maladie, depuis treize mois, t’emprisonnait dans ses carcans. Tu viens de lui fausser compagnie. Tu es sorti par le haut. L’air se défroisse, sous la percée de l’herbe nouvelle, discrètement perlée de primevères et de violettes. Tu as choisi ce temps pour nous quitter. La nuit est transparente, des angélus tintent dans le cristal du ciel, et, sur le rivage, l’océan a couché pour ton pas, une jonchée d’écume. Tu as pris place dans ta barque. Un bagage t’y attend, léger : l’amour de tous ceux que tu as aidés, ­encouragés, accompagnés, préfacés…

J’y dépose le mien à mon tour. Par-dessus tout ce que tu m’as donné, je conserve ce trésor ultime : ta main gauche de Lille ; ta main de nos complicités dernières, qui scandait chacune de tes émotions et qui serrait, serrait… Au large, le continent hyperborée dissipe ses buées, l’île d’Avallon se découvre et ses vergers d’azur constellés de pommiers. Des voix amies s’élèvent et te hèlent. Elles te chantent par les mille noms ­oubliés de tes incarnations passées. La lueur de leurs couplets fait danser l’obscurité. Elles te convient au grand mélange et tu les laisses venir à toi, confiant. Sous leur souffle, ta voile prend du gonflant. Tu te détaches peu à peu, tu t’en vas, et te voici déjà hors d’atteinte, approchant les confins. Ô mon bon frère en partance, il m’est joie de savoir que tu accosteras bientôt !

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page 1

Édito, A. Louis. et Voilà ! Mon Papa ! P. Duneton. page 2 Je n’irai plus à Antignac C. Le Bobinnec. ●

page 3 Cher grand Claude en allé, J. Cassabois. page 4-5 Voilà ! Mon Papa ! (suite). page 6-7 Lettre à Claude, O. De Jaeghere. page 8 Claude Duneton au plus haut d’essieux, A. de Rancourt. ●

page 9 Les soirées de La Lucarne. page 10 Le programme du rien, par David M., D. Meulemans. page 11 Si j'étais président, M. Cury. et Deux mesures chaleureuses, L. Taÿeb. page 12-13 Télé au logis, P. Ganot et S. Od-Ray Gaïac. et Patriciote, Z. Zéraphim. page 14 L’avenir derrière nous ? F. Bernheim. page 15 Françaises, Français, A. Shleifer. page 16 Candidature, J. Grieu. ●

on Dunet e d u a l C anson et la ch erle erine M h t a C c … Ave d’autres , et bien 0 h 2 0 mai à Jeudi 1 gique, au Ma ovie, e Gerg d e u r 42 aris, 75014 P ty ou er ne métro P ce. Plaisan

Cérémon ie en l’honn eur de Claud e Mercredi 16 mai à 15 h, Église Sain t-Roch, 284 r ue Sa intHonoré, 75001 Par is.

Claude Dune en lectu ton, et en ch res ansons T u peux y par tic iper si tu as envie de lire des text es de Cla ud (ou ceu x que tu e a s écrits su r lui). Mardi 2 9m au théâtr ai à 20 h 30 e de la V ieille grille, 9 r ue Lar r ey. 75005 P a r is . Tél. : 01 47 07 22 11. 3


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À notre président

15 avril 2012

Suite de la page 1.

Voilà ! Mon papa ! Je vais vous confier un secret : Le mystère de la langue, les secrets à découvrir cachés derrière les mots, c’est ici, dans cette ­petite église, à Lagleygeolle, que le mystère lui est apparu. La messe en latin, pour le petit paysan corrézien qui parlait en occitan, était un mystère : À chaque « Alléluia », lui qui parlait patois, il se demandait où étaient ces « ouilles », (moutons en français) et qui était ce fameux berger qui devait les garder. Voilà, c’est son Amérique à lui, la découverte du sens caché des mots, c’est ce qui l’a poussé, sans le savoir au début, à creuser sa curiosité dévorante pour traquer les codes secrets de la langue. Son destin, il n’était pas dans ces collines qu’il aimait tant, éclairées comme aujourd’hui par ce beau ciel d’azur ou assombries par les nuages qui s’y accrochent parfois les jours de pluie, couvertes des frondaisons des forêts en contrebas, ou à l’automne dans « ses » forêts rouges. Non, lui, il avait choisi «  l’échappée belle  », Beaulieu, puis à l’École normale d’instituteur à Tulle, Clermont, puis Henri IV à Paris, et enfin Leicester, où il avait fait la connaissance de Steve Buckley et de Brian Ferry, et après, le Swinging London. L’Angleterre, l’Angleterre des Beatles, oui, c’était chez lui, aussi, Il y parlait anglais comme un working class hero. En Corrèze, il parlait patois. Partout ailleurs, le français, tous les français, même le vieux français dont il se délectait, Un peu de russe, aussi, juste pour se faire passer pour un Russe en Russie. Il aimait les ­déguisements. Et puis c’est dans cette même église, ici a Lagleygeolle, qu’il a découvert la chanson, sans doute aussi avec la TSF de Jacques, son père, sur radio Londres, le soir, à la veillée. Un jour à Tallinn, au Laulupidu, là où un tiers de la population de l’Estonie vient chanter tous les quatre ans, trois mille personnes, le plus grand 4

concert de chant du monde, il m’avait dit un jour : — Tu vois ici, les gens chantent encore, chez nous, on ne chante plus, même dans les églises… Alors, s’il vous plaît, faites-vous ce plaisir, ici pour lui, faite-le mentir, chantez pour lui ! Parmi tous vos messages, touchants, émouvants, celui d’une amie à qui j’ai dû annoncer la mauvaise nouvelle, m’a répondu : — C’est tout un monde qui disparaît. Et c’est vrai ! Je vais vous faire un aveu, mais sans doute ce n’est pas un secret pour vous. Mon Papa, c’était un angoissé du temps qui passe. C’est pour ça qu’il s’encombrait depuis toujours d’autant de dates, de détails… « Vite, vite, il y a un monde qui s’écroule ! « Alerte, alerte, une langue qui se meure, une chanson qui passe et qui va s’envoler ! Disparaître… Vite, vite, regarde un geste qui va se perdre, regarde, un instrument, un outil qui n’a plus ­ l’usage et que plus personne, bientôt ne saura manier. » Ne pas laisser l’oubli gagner contre le temps. Oui, il y a autour de nous des mondes qui s’écroulent. Et lui, tout seul, il voulait se battre contre le temps, être le conservateur éclairé, méticuleux et intransigeant de ces mondes disparus. Pour les faire revivre. Oh, bien sûr, il savait que le progrès, le marketing, la télévision, le globish, finiraient par gagner ! « Ils » avaient bien eu la peau de la langue occitane, pire que « les boches », et il redoutait la mort du français. Du moins il l’avait prédit. Question de temps. Mais il se battait, jour après jour, avec son stylo, et puis quand les choses sont devenues sérieuses, la guerre totale, une machine IBM à boule et un fax, Seules concessions à la technologie. Le reste, un corps à corps à l’ancienne, un combat à hauteur d’homme, la baïonnette au stylo, les bons mots qui fusent comme les marmites de la « der des ders ». Il s’y est épuisé.


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À notre président

Ca va vous sembler bizarre mes théories, mais vous qui connaissiez mon père, ça devrait pas vous surprendre, alors je peux bien vous avouer un autre secret. Mon Papa, c’est la dernière victime de la Grande Guerre, le dernier poilu reporter de guerre en quelque sorte. La passion dévorante qu’il a mis dans la reconstitution méticuleuse et romanesque, « ce roman vrai » des vingt-sept poilus du monument aux morts de Lagleygeolle, celui qu’il saluera une dernière fois en sortant de l’église sur la petite place. Cette dépense d’énergie incroyable l’a consumé, vidé, épuisé.

qui lui brûlaient les pieds depuis l’École normale, depuis la cruche cassée, où il avait mobilisé toute l’École normale, mis en scène et joué sa première pièce. Et ça l’avait conduit à John Webster, Shakespeare et La Ferme du Garret.

C’était son « voyage au bout de la nuit », et, un hommage à son père qui avait connu de près le Chemin des Dames. Mais ce voyage-là, mon papa, lui, il en était jamais vraiment revenu. Il nous avait dit un jour à l’hôpital qu’il en faisait des cauchemars. La nuit, il voyait des Poilus qui rampaient les uns sur les autres, les camarades morts ou agonisants. Leurs cris, leurs plaintes, en patois. Et puis d’ailleurs, ses amis qui ont disparu, c’étaient comme des camarades morts au chant d’honneur de l’amitié. Maurice, Germaine, Catherine, Daniel, Jean-Pierre et Gérard, eux, étaient tombés dans une embuscade de la Grande faucheuse, quelques années avant. Mais là, c’était trop.

C’était son Graal depuis le Chevalier à la charrette.

Le stylo devenait aussi lourd que le soc de la charrue, et pour garder la plume alerte, il fallait de plus en plus d’efforts, trop d’efforts. Et puis on ne trouvait plus de ruban pour les IBM à boule, il fallait l’économiser pour faire vivre le plaisir des mots, son rendez-vous hebdomadaire préféré au Figaro littéraire. Alors il est revenu sur les planches. Les planches

Voila, mon Papa, c’est un ami-combattant contre l’oubli, Pour la liberté du verbe et du mot juste, pour la chanson de geste, Les batailles de la mémoire contre l’oubli, contre le temps.

Voilà, le temps passe et je vous raconte des histoires, des histoires que vous connaissez, que vous découvrirez dans ses livres, mais aussi celles que vous nous raconterez de lui. Alors bien sûr, Maman, Isabelle, Olivier, Louise, Noémie, nos enfants, les amis, les Duneton, les Boucher, les Ulmet, les Briat, la famille, vous tous ici d’Antignac, de Lagleygeolle ou d’ailleurs, faites partie de cette histoire et il vous appartient de la raconter, ou si vous préférez, de la chanter. De dire qui il était, cette histoire pleine de vie, de bon et de mauvais temps, de coup de sang et de mauvais sang, mais aussi d’éclat de rires d’homme, entre deux pluies, cette vie d’amour et d’affection, d’amitié qu’il a eue pour nous tous, Alors en votre nom, Que le diable s’emporte, Au revoir mon Papa. 

Appels à textes ●

Le numéro de mai, coordonné par Paul Desalmand, sera centré sur la question : Peut-on parler d’une “écriture féminine” ? Essayer de ne pas se cantonner au théorique. Envoi des textes à pablodesal@orange.fr.  Paul Desalmand

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P. Duneton

15 avril 2012


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À notre président

15 avril 2012

Lettre à Claude Odile De Jaeghere

Hôpital gériatrique des Bâteliers, Lille, Croquis d’Odile De Jaeghere

N

ous n’aurons jamais cinquante, trente, ni même dix années d’amitié, mais notre empathie était si grande qu’elle avait pulvérisé le temps et l’espace. Nous étions certains de nous connaître ­depuis toujours et rassurés de savoir que la force de notre pensée nous accompagnerait audelà de la mort. La mort que tu avais si souvent évoquée. Aujourd’hui, Claude, tu n’es pas mémoire, mais bien présence, même si je ne te vois plus, et nos sensibilités et émotions accordées ne disparaîtront pas. Long voyage intérieur qui nous a conduits de nos discussions, rires et confidences jusqu’à l’intimité de ta souffrance et de l’humilité de la mort. Toi l’écrivain-poète épris de liberté, l’amoureux des mots, l’érudit, l’historien, le comédien passionné de théâtre, toi le distrait, l’imprévisible, survolant l’ordinaire des jours, dans ta chaleureuse simplicité, tu étais un regard, un regard

de lucidité sur le monde, de bonté sur les hommes. Se reflétait dans tes yeux si bleus la couleur de la réalité menant à la frontière intemporelle, mouvante et émouvante de l’invisible. Dans leur clarté, c’était ton âme secrète, tendre et inquiète qui affleurait dans une sorte de candeur d’enfant (tu n’étais pourtant pas un enfant de chœur !) Elle se voilait parfois de tristesse – blessure profonde – qui entraînait émotion, désarroi, bien vite cachés par une expression malicieuse, voire une gaillardise dans un grand éclat de rire, une chanson, un trait d’humour. La jeunesse de ton sourire illuminait alors ton visage comme « un soleil entre deux pluies » Je ne verrai plus ta silhouette originale, tes cheveux blancs ­décoiffés par le souffle de l’inspiration, embroussaillés par le vent de folie qu’il faut pour écrire. Loin de ta Corrèze, « Loin des forêts rouges », des prés et des collines du Lissard et d’Antignac où les lilas de ton enfance sont depuis longtemps fanés, un jour, tu t’es brusquement absenté de toi-même. Immobile, privé de parole, tu t’es éloigné de ta vie, prenant un chemin sur lequel on ne pouvait 6

plus te suivre. Ta famille, celle pour laquelle tu vivais, t’entourait de sa tendresse, se relayant auprès de toi jusqu’à l’ultime moment. On ne te connaissait pas si on ne t’avait pas vu avec tes enfants, tu en étais tout auréolé de l’amour et de l’admiration que tu leur portais, que vous vous portiez. Durant ces longs mois de souffrance, dans différents hôpitaux de Lille, puis en résidence, tu étais si fragile, si vulnérable, si dépendant de chacun, souriant, paraissant apaisé après la révolte. Mais quand une ombre voilait ton visage, on percevait dans la respiration des silences, ton désespoir, ton angoisse. Je t’ai entendu hurler ta douleur prolongée par une sombre plainte, j’ai entendu la véhémence de tes mots inarticulés dans une colère indicible alors que l’écume des souvenirs, la surprise d’une rencontre amie, te faisaient résonner en un sanglot sec ou noyé de larmes pour t’épanouir en un merveilleux sourire. Tu t’accrochais alors éperdument au regard et à la main de ceux qui, si nombreux, étaient venus te voir. Au fil des mois, pendant plus d’un an, chaque semaine, je t’ai accompagné, écoutant ta vie au-delà de la vie ordinaire. Au travers de tes moues, de ton regard, je décryptais la pensée que tu ne pouvais pas exprimer, « nous parlions » ! Tu as même très distinctement


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À notre président prononcé mon prénom, –  ce jour où tu avais deux visiteuses – Tu en étais le premier surpris et si fier ! Tu m’as regardée avec une lueur de malice et de bonheur dans les yeux, déposant sur ma main des petits baisers. Tu aimais que je te lise tes livres et lorsqu’il y avait une anecdote amusante, nous avions parfois un fou-rire… Nous tissions entre nous des liens très privilégiés de connivence, de tendresse, de gravité aussi… Instants vécus comme une grâce en contrepoint de la maladie, prolongeant ce qu’il y avait d’exceptionnel dans notre rencontre. Rappelle-toi, Claude. Souviens-toi aussi de ce jour, où, à l’hôpital de cardiologie, après un examen au nom barbare que tu redoutais, rassuré, confiant, lumineux, tu m’avais si joliment dit : « Ils se sont promenés dans les faubourgs de mon cœur. »

Nous pouvons dire, nous, tes amis, à toi qui avais élevé l’amitié au rang des plus hautes v­ aleurs, que c’est au plus profond de ton cœur d’homme que tu as inscrit une histoire unique avec chacun d’entre nous, avec la générosité et la délicatesse qu’on te connaissait, avec la qualité d’écoute et de partage qui était la tienne. C’est au mois de janvier que ta santé a recommencé à vaciller. L’effroi est revenu de te voir partir, tenant mon cœur en alerte. Chaque visite était un douloureux point d’interrogation. Chaque jour, tu t’amenuisais, jusqu’à aujourd’hui, où j’ai reçu cet appel d’Isabelle que j’attendais et redoutais. Si loin de ton pays natal, Claude, mon ami sensible et tendre, tu es mort en terre de Flandre, à Lille, au tout début du printemps, le 21 mars, le jour de la sainte Clémence ! Juste un mois avant ton anniversaire. Tu étais si paisible, comme endormi,

C’était Claude !

J’

ai rencontré Claude Duneton à trois ou quatre reprises, chez lui à Lagleygeolle, dans son village d’Antignac. Lors de ma première visite, il m’est apparu exactement comme le raconte très bien Anne-Lan, sauf que ce jour-là… il était en robe de chambre. Après une grosse poignée de main, Claude se laisse tomber de tout son poids dans un canapé qui ne me paraît pas de la dernière jeunesse et me propose un canon de rouge. Il est 10 heures du matin ! Je me sens obligé d’accepter. Sans y être invité, je m’assois sur un coin du banc en bois tout près de la table encombrée des restes, peut-être, du petit déjeuner ou du repas de la veille. Le feu brûle dans le cantou. Rien ne semble avoir bougé dans cette grande cuisine depuis des décennies. Claude s’y sent bien. Il aime venir souvent s’y ressourcer pour retrouver les choses simples de la vie qu’il a si bien racontées dans plusieurs de ses ouvrages.

15 avril 2012

avant de rejoindre Lagleygeolle où tu reposeras, pour toujours, auprès des tiens. Le chagrin me submerge… Pourtant tu seras toujours là, et tes lecteurs, les fidèles les nouveaux et ceux qui viendront plus tard te feront vivre encore et encore, mais de façon différente par la grâce de tes écrits. Ronsard que tu aimais tant et dont tu espérais en rencontrer l’esprit, en Touraine, au printemps 2011, disait si justement : « On ne meurt pas, on change seulement De forme en autre et ce changer s’appelle Mort quand on prend une forme nouvelle »

Pour moi, dans la lumière et ­ l’espérance de ma Foi, tu rayonnes déjà, Claude, et rayonneras éternellement dans l’Amour infini, dans l’Amour absolu de Dieu. Lompret-Lille, le 21 mars 2012.

Jean-Paul Toulzat* Auparavant, je connaissais, bien sûr, Claude Duneton par ses écrits. Je savais, aussi, qu’il avait fréquenté le cours complémentaire de Beaulieu, puis l’École normale de Tulle, comme moi quelques années plus tard. J’habitais alors à Puy-d’Arnac, petite commune pas très loin à vol d’oiseau, de Lagleygeolle. Autre image de Claude débarquant du train de Paris et se frayant difficilement un chemin dans la foule sur le quai de la gare de Brive en tirant derrière lui sa valise à roulettes à la recherche de celui ou de celle qui allait l’amener jusqu’à Antignac. Avec ses cheveux en bataille, ses larges épaules, sa démarche un peu lourde, une tenue vestimentaire qui n’avait rien à voir avec la haute couture, quiconque aurait pu prendre ce monsieur pour un paumé… tellement il paraissait étrange parmi tous ces bipèdes ! C’était Claude… 7

* Auteur de l’album Les Tramways de la Corrèze (2007) préfacé par Claude Duneton.


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anne de rancourt

À notre président

15 avril 2012

Claude Duneton

au plus haut d’essieux Anne de Rancourt

Q

uand on écrit le tome 1 d’un roman intitulé Le Diable sans porte, jamais suivi du tome 2 (Savoie), faut pas s’étonner de monter un jour au plus haut d’essieux. Ceux d’une vieille 2 CV (modèle avec coffre ventru, Môssieu !) qui s’ennuient dans une remise corrézienne, par exemple. C’est à son volant qu’il avait appris à chacun de ses enfants à conduire, dès l’âge de onze ans. Sauf Noémie, trop respectueuse de la loi.

Le vrai nez de la vraie 2 CV du vrai Claude Duneton, mars 2012 Saint Pierre est embêté : depuis le 21 mars 2012, c’est l’embouteillage, là-haut. Les potes du Glaude déjà titulaires d’un siège à la droite du Père – un sacré paquet – ayant appris qu’il se préparait à les rejoindre, chacun voulait avoir un ticket bien placé pour l’embrasser en premier. Une queue, mon ami, une bousculade digne du marché de Meyssac une veille de Pâques ! Les parents exigeaient d’être tout devant, les proches ne voulaient pas être trop éloignés, Catherine a déclamé des vers, Daniel et La Cerise ont fait leur cinéma, Follin a ouvert les bras,

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Desproges demandé à boire, Brassens bourré sa pipe, Coluche fait une vanne... un vrai bordel ! Tout le monde s’est enfin tu lorsque Duneton a frappé à l’immense porte. En occitan, il a demandé à entrer au paradis. Ses copains l’ont accueilli : « Glaudzi, finisa d’entrar ! », enfin quelque chose d’approchant. Saint Pierre a un peu fait la gueule parce que c’est lui qui invite d’habitude, mais tout s’est arrangé quand le Glaude a sorti de derrière les fagots, dont il ne se séparait jamais, une caisse de Bossuet, une énorme tourte de pain des collines, une part de Salers monstrueuse, une jatte de rillettes de chez Coquard. Il a sorti son couteau géant, a calé la tourte contre sa poitrine, et a commencé à tailler des tranches de pain larges comme sa fesse de période grasse. Tout le monde se bousculait. Là, l’immense porte des cieux s’est refermée... j’ai pas vu la suite, mais je crois savoir que, de l’autre côté, c’est tellement sympa qu’on n’est pas près de le revoir, notre cher Claude.


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Soirées de la Lucarne Lundi 16 avril 19 h 30

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Soirée présidémentielle

Après un hommage à notre grand Président Claude Duneton, fondateur de La Lucarne et de sa Gazette, nous présenterons notre gouvernement d’Union Nationale qui se compose, se décompose et se recompose de nouveaux ministères ! (voir le site) Quelques ministères et ministres ne sont pas encore pourvus, peut-être sont-ils pour vous ? (notamment les ministères de la Défense de rimer, de régner, d’uriner ). Faites des propositions à notre cher Président-Dictateur (son esprit est tout vert) et venez à La Lucarne des Écrivains acclamer, proclamer et déclamer avec nous.

Mercredi 18 avril à 19 h 30

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De la droite décomplexée à la droite subversive

Jacques Leclercq pour son nouvel essai : De la droite décomplexée à la droite subversive. Ce dictionnaire permet de suivre l’évolution récente des organisations, partis ou revues appartenant aussi bien à l’aile radicale de la droite parlementaire qu’aux courants plus conservateurs, nationaux ou nationalistes.

Jeudi 19 avril à partir de 18 h

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Vernissage Dino Fava

Peintures-tigres, gravures et autres. Dino Fava choisit ses couleurs, depuis toujours, en fonction des éléments et des animaux du Feng Shui. Exposition du lundi 16 avril au samedi 28 avril.

Vendredi 20 avril à 19 h 30

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Les grandes figures du passé En présence de Michel Fabréguet, Danièle Henky et Sébastien Bertrand, pour le livre Grandes figures du passé et héros référents dans les représentations de l’Europe contemporaine, éditions L’Harmattan.

Mercredi 25 avril à 19 h 30

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Soirée poétique

En présence d’Etel Adnan pour Le cycle des tilleuls. L’auteur tisse, d’une écriture simple et puissante, une épopée de la vie, de la mort et de la résurrection dans un cycle de quatre longs poèmes. Et d’Eugénie Paultre, pour L’état actuel des choses, un va-etvient entre une histoire personnelle et le monde. Une écriture aux limites de la grande aventure qu’est la pensée, là où elle devient poésie.

Jeudi 26 avril à 19 h 30

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L’écriture au féminin

En présence de Cécilia Dutter pour Lame de fond, roman d’une fuite, roman sur le couple et l’effritement du désir, sur le renoncement et la difficulté à connaître ceux auprès desquels on vit… Avec Bénédicte des Mazery pour son livre L’Ombre d’un homme. Le passé peut-il être réparé ? Et quelles traces les fautes commises ou subies laissentelles sur les descendants ? Un roman qui mêle la petite histoire à la grande, celle de ces hommes et ces femmes pas tout à fait juifs, pas toujours déportés, mais victimes du régime nazi, et dont le sort reste souvent méconnu. Présence également de Denitza Bantcheva pour Feu de sarments. Dans une famille de propriétaires viticoles bordelais, la mort de la mère fait ressurgir des conflits anciens, et suscite de nouveaux sujets de mésentente entre le père et les trois héritiers. Une histoire sur les passions ­humaines, telle Les Hauts de Hurlevent.

Samedi 28 avril à 19 h 30

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« Un livre une rose »

Fête de la Librairie à La Lucarne des Écrivains. Version française de la Sant Jordi catalane, dans le cadre de la journée mondiale du Livre et du droit d’auteur. Pour un livre acheté, une rose sera offerte.

Vendredi 4 mai à partir de 18 h

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Vernissage de l’exposition Images pixelles

Œuvres de Michel Bérard. Exposition du mercredi 2 mai au samedi 19 mai.

À 20 h : Lectures de poèmes du recueil Aux lieux d’être.

Jeudi 3 mai à 19 h 30

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Poésies en lecture

Avec Anne-Lise Blanchard, auteure d’une vingtaine de recueils de poésie, pour Copeaux des saisons.

Samedi 5 mai à 19 h 30

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Le surréalisme sous l’Occupation En présence de Nadine Lefebure et de Christian Deudon. Le témoignage de Nadine Lefebure, ayant appartenu au cercle des poètes ­d’André Breton, apporte une lumière précieuse quant au surréalisme sous l’Occupation. Lectures de poèmes de Christian Deudon.

Mercredi 9 mai à 19 h 30

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La poésie est un travail, tout travail n’est pas de la poésie

Autour de la revue La Passe n°14 : « Travail, main à plume, main à charrue », en collaboration avec le Centre Jules Verne. Des voix de poètes, ces voix de laborieux, lesquels, justement, ne pourront peut-être pas venir lire leur contribution, parce qu’ils seront à la tâche, j’entends, celle qui fait gagner sa croûte en écourtant l’espérance de vie.

Vendredi 11 mai à 19 h 30

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Spectacle de chansons

Flozink en concert ! Chansons à la fois drôles, décalées et à fleur de peau... avec Paul Galiana à la guitare et Florence Zink, auteure interprète.

Samedi 12 mai à 19 h 30

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Spectacle théâtral « Je viens de la solitude »

Avec Nicolas Mourer, autour de l’œuvre d’Armand Robin, poète, breton, anarchiste, traducteur polyglotte, écouteur de radios, faiseur de vers et de rêves…

Mercredi 16 mai 2012 à 19 h 30

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Le poids des mots, les maux du poids Avec Catherine Grangeard pour son livre Comprendre l’obesité, éd. Albin Michel. L’ouvrage sera présenté par José Polard et Hamid Salmi.

Plus de détails sur : http://lucarnedesecrivains.free.fr La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris - Tél. : 01 40 05 91 51. 9

15 avril 2012


t n e d i s é r P z e i t é s Si vou

no 47

15 avril 2012

Le programme du Rien, par David M. Alain Le Roy

David Meulemans

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

V

Faute de grain à moudre dans la bassine, dessin d’Alain Le Roy

ous m’avez élu. Je vous en remercie. Votre confiance m’engage. Afin de rendre honneur à la liesse populaire qui a porté au pouvoir le projet que j’incarne, j’ai décidé de ne rien faire. Rien. Rien du tout. Puis, passée cette période de prise de fonctions, où j’aurais à cœur de saluer les mérites de mon prédécesseur ­ que, hier encore, je présentais aux électeurs et électrices comme le dernier des sagouins, je ne ferai rien. Je consacrerai les premiers cent jours de ma présidence à ne rien faire. Et j’y consacrerai aussi les cinq années qui suivront. Je prends devant vous l’engagement ­solennel de ne rien faire. Je ne présenterai aucun projet de loi, aucun programme. Je laisserai les chambres légiférer, c’est leur travail. Je présiderai. Et le gouvernement gouvernera. Ce qui signifie qu’en accord avec ma politique d’inaction volontaire, il ne ­signera aucun décret, aucune nomination. Et, par

égard pour le peuple français, le Premier ministre et moi-même, nous nous abstiendrons de commenter l’actualité, de réagir aux événements, de promettre quoi que ce soit, sinon de nous taire, de nous faire discrets et de disparaître de vos vies. Ceux qui, parmi vous, espéraient pouvoir goûter, après l’excitation de la campagne électorale, une retraite bien méritée, jusqu’à la prochaine élection, vont être déçus. Ils ne devront pas attendre cinq longues années pour connaître à nouveau le débat politique : dès demain, je vous invite à prendre en main le destin du pays en menant vousmêmes, dans vos familles, dans vos maisons, dans vos quartiers, la politique de changement que vous appelez de vos vœux, mais craignez de tout votre cœur. Bientôt nous verrons apparaître la différence entre ceux qui désirent le changement et ceux qui le veulent – et s’emploient à le réaliser. Je promets de ne pas commenter ce débat, de refuser 10

toute question qui portera dessus – je refuserai même de me prononcer en tant que simple citoyen. Je m’engage aussi à ne pas démissionner. Je refuse de laisser ma place à un autre, qui l’emploierait pour mettre en œuvre une politique quelconque. Rien, je ne ferai rien. La constitution me le permet : j’userai de ce droit tant que durera mon mandat. Il vous appartiendra, femmes et hommes de France, de voir comment faire tourner le monde sans l’aide ou l’opposition du président ou du ­gouvernement. Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, je vais goûter un repos bien mérité. Vous, vous allez travailler, vous allez vous engager, vous allez faire vivre notre démocratie. Jusqu’à présent, vous avez été rien, dorénavant vous serez tout. Le programme du rien est le pouvoir au peuple. Vive la République ! Vive le peuple !


no 47

Si vous étiez président

S

i j’étais président de la République, je serais un dictateur. À quoi sert une assemblée où, comme nous le voyons aujourd’hui, la majorité godillot ne fait qu’entériner les décisions d’un Napoléon aux petits pieds ? Si j’étais président de la République, je confisquerais les deux ou trois roues (quad) qui pétaradent et je contraindrais leurs propriétaires à ne plus rouler qu’à vélo ou à trottinette. Si j’étais président de la République, j’obligerais les auteurs de graffitis non seulement à nettoyer les murs, mais à écrire cent mille fois « Je ne salirai plus des murs qui ne m’appartiennent pas. » Si j’étais président de la République, je ferais balayer les rues pendant un mois à toute personne qui jette des détritus, emballages, canettes vides, etc. sur la chaussée. Si j’étais président de la

Maurice Cury

République, j’interdirais toute enseigne commerciale, tout texte, tout titre d’œuvre rédigés en anglais ou en franglais, et je mettrais à l’amende tout journaliste, éditorialiste, animateur, présentateur, politicien, etc. qui useraient de ce jargon. Je sévirais contre les personnalités les plus en vue, celles qui devraient montrer l’exemple, et qui s’exprimeraient dans un mauvais français, disant, par exemple, que l’on peut avoir une apparence ­musulmane. Si j’étais président de la République, je m’attaquerais aux proxénètes plutôt qu’aux péripatéticiennes et à leurs ­ clients, même si c’est pour empêcher certain de briguer la présidence de la République. Si j’étais président de la République, toute entreprise financière, commerciale ou de grande distribution appartiendrait à l’État, donc à moi, et les salaires y seraient le même pour

collage / patrick le divenah

Si j’étais président

tous, du pédégé au manœuvre. Si j’étais président de la République, j’obligerais tous les citoyens à lire La Princesse de Clèves, à apprendre par cœur L’Internationale, La Marseillaise, Les Pauvres gens, La Nuit de mai, La Chanson du Mal-Aimé, ainsi qu’une bonne vingtaine d’autres poèmes, de Villon à Aragon en passant par Baudelaire. Si j’étais président de la République, je déclarerais la connerie hors la loi. Vous voyez combien ce programme réaliste serait aisément applicable. Ne votez surtout pas pour moi, je n’ai aucune envie de devenir président de la République.

Deux mesures chaleureuses

A

u salon de l’Agriculture 2012, Méluchon et un agriculteur que nous appellerons M. Duval ont eu un véritable dialogue de sourds. Méluchon a dit qu’il ne connaissait rien aux vaches au point de ne pas pouvoir distinguer le cul de la tête de cet animal. Mais toi, a-t-il demandé à cet agriculteur, est-ce que tu connais seulement Wilhelm Reich ? L’autre, ahuri, lui a répondu non. Alors, Méluchon lui a dit avec arrogance : « être cultivateur n’empêche pas d’être cultivé ! Reich fait pourtant partie des psychiatres qui ont défini les rapports que ton papa avait avec ta maman ! ». Surpris par l’incongruité de cette citation de Reich au salon de l’agriculture, je me suis interrogé sur ce psychiatre si révolutionnaire qu’il mourut aux États-Unis en prison, incarcéré pour avoir passé

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Loulou Taÿeb*

outre à l’interdiction de poursuivre ses travaux sur l’énergie sexuelle et cosmique qu’il appelait l’orgone. Pour répondre à la question de la Gazette : « Quelle serait la première mesure que vous prendriez aussitôt élu président ? » Ma première décision serait de rendre accessible à tous et à toutes ces sortes de caissons d’isolation destinés à combler les aspirations sexuelles, inventés et préconisés par Reich. La deuxième décision que je prendrais serait, en prévision de l’époque proche, où nous risquons de nous retrouver tous sans-abris, de mettre à la disposition des hommes, des femmes et des enfants, des gilets Thermolactyl. J’ai l’habitude d’être traité d’utopiste, mais l’avenir montrera que j’étais simplement prévoyant. 11

* Ancien délégué à la culture de la Mairie du XXe ar rondissement de Paris.


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Si vous étiez président

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Télé au logis Patrice Ganot et Stéphane Od-Ray Gaïac (dans le rôle du reflet) Le présentateur (à la fin du journal télévisé) : « Dans quelques minutes, en direct de notre plateau, nous allons diffuser le discours de notre nouveau Président. » (Hymne - Fondu à l’ouverture – Zoom – Cadrage – Plan rapproché.)

Mes chers compatriotes, Il est d’usage que le candidat qui a obtenu la majorité des suffrages exprimés commence par ­ remercier ceux qui ont mis les bulletins sur lesquels figurait son nom dans les urnes installées comme il se doit dans les différents bureaux de vote. Et qu’il assure, ensuite, tous les autres de son sens de l’équité et de sa disposition à garantir la permanence des institutions pour le bien de tous. Après les procédures protocolaires et cérémonieuses que prévoit notre belle Constitution, je ­serai, en toute investiture, votre nouveau Président. Or, je me suis réveillé ce matin en me demandant si je n’étais pas en train de rêver, si je n’étais pas devenu le héros d’un roman de Marcel Aymé ou de René Barjavel ou, encore, si je n’avais pas pénétré dans La quatrième dimension que je ne ratais pas quand j’étais gosse. — Qu’est-ce que c’est que ce délire, ce serait donc moi que vous venez d’élire ? Avant de vous remercier, attendez un moment que je pose quelques questions ! — Ai-je été candidat ? Maintenant que je me trouve face à ces caméras (d’accord, je regarde celle qui a la petite loupiote rouge), à m’exprimer en direct, il faut que je vous le dise, les yeux dans les yeux, je n’ai jamais été candidat. —  Comment ai-je pu obtenir les cinq cents parrainages ? Quelle campagne ai-je menée ? Qui a 12

fait imprimer les bulletins de vote à mon nom ? Mystère ! Qui a prononcé les discours qui vous ont convaincus ? Paroles, paroles ! comme disait une dame du temps jadis. Avezvous entendu dans la campagne mes arguments, mes petites phrases ? Aurais-je prononcé des mots censés entrer dans l’Histoire, comme le ferait quelqu’un qui brigue le pouvoir, alors qu’on est, officiellement, en démocratie ? (une main lui tend une feuille…) — Excusez-moi ! Un appariteur vient de me faire passer un billet, il faut, m’a-t-il dit, que je le lise de toute urgence. (… il lit...) En effet, je l’avoue, je n’ai pas suivi les dernières évolutions. —  Nous ne serions plus sous la Ve République. Ben ça alors ! Je dois vous apprendre qu’il y a plusieurs années, mon récepteur de télévision est tombé en panne et je ne l’ai ni fait réparer ni remplacer, je n’écoute guère la radio, mon ordinateur me sert à autre chose qu’à aller sur Facetoche ou Cornedebook et, comme les journaux dits d’informations ont fini par disparaître des kiosques, lesquels ne vendent plus que des boissons gazeuses et autres stupéfiants, je ne suis plus l’actualité. Depuis fort longtemps.


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Si vous étiez président

Nous sommes donc revenus aux premiers âges de la démocratie. Et j’ai été tiré au sort.

15 avril 2012

C’est en tirant au sort que l’on sort les tyrans C’est en tirant au sort que l’on sort les tyrans C’est en tirant au sort que l’on sort les tyrans C’est en tirant au sort que l’on sort les tyrans C’est en tirant au (- noir...)

Dans ces conditions, puisque le tirage, à partir des numéros INSEE d’un échantillon représentatif de la population, ne saurait être contesté, car il a été contrôlé par un huissier de justice, je n’ai, paraît-il, pas d’autre choix, j’assume donc le rôle qui m’échoit et, n’ayant pu vous en faire aucune, je m’engage solennellement à tenir toutes mes promesses. INSEE soit-il !

Le Président (chez lui, dans son salon, en « tête à tête » avec son poste de télévision, un épais modèle avec tube, presque aussi antique que la démocratie athénienne, sur lequel, après qu’il a cessé de fonctionner a été posée une lampe) : « Depuis que t’es tombé en panne et que la seule image que j’aperçois sur ton écran est mon reflet, il se passe des choses vraiment bizarres. La dernière n’est vraiment pas banale...

(Hymne - Fondu au flou et au noir – un bandeau en boucle apparaît)

Bon ! j’vais me coucher. Demain est un jour ­nouveau. »

Patriciote Zéglobo Zéraphim

Cher Patrice,

Je me réveille en lisant ta Télé au logis, et elle me botte bigrement. Tu as mille fois raison : le ­tirage au sort, c’est la seule vraie ­démocratie ! Une juste façon de sortir les tyrans et de tirer sur les tyrannosaures. Si l’emblème national, sur le drapeau, devenait enfin la raie publique, il faudrait l’accompagner d’un petit hareng saur, symbole de l’engagement collectif à lutter contre la vie fade. Le sort n’est pas fou. En disant au président sortant : « Sors. » et vous élisant, toi et ton reflet, comme substituts du de cujus, il n’a fait que justement récompenser l’absence de complot. Il a remplacé le non-sens par

l’innocence. Grâce à toi, il fait de nous, mieux que des ­patriciens, des patriciotes. « Allons enfants de l’A-patrie / Le jour d’y croire est arrivé ! » Le massacre des anolis par les mabouyas1 (et vice-versa) qui n’a pas seulement affligé la Guadeloupe, mais qui a enlaidi la planète entière, est enfin terminé, aboli, caduque et périmé. Vive le ka2 ! Le seul cas, la seule cause qui vaille qu’on en cause ! Marc Albert et Jules-Antoine se joignent à moi pour te féliciter de cette magnifique victoire. Tu n’as jamais été prometteur, et parce que tu n’as jamais fait de promesses, nous savons que tu 13

« Vive le ka ! Le seul cas, la seule cause qui vaille qu’on en cause ! »

ne les trahiras pas. Nous comptons sur toi pour sauver la planète de l’ennui, et surtout, de la peur des heures blanches de la nuit. Vive l’arcen-ciel ! Clamons haut et fort le droit, pour tous, de préférer l’arcen-ciel à tout, et plus que tout ­encore, à des vies de toutous ! Accolades fraternelles, à toi et à Od-Ray.

1. Anoli et mabouya : l’un poisson-­lézard diurne, l’autre, une sorte de gecko. Ces deux types de lézards se disputent le territoire du mur des maisons en Guadeloupe. 2. Ka : percussions

que l’on trouve en Guadeloupe.


no 47

Si vous étiez président

Pedro Simões / creative commons

L’avenir derrière nous ?

A

u bord du Canal de l’Outre, une petite maison en rondins aux volets fermés. Ce soirlà, vingt camions banalisés viennent se ranger le long de l’habitation. Au même moment, deux crapauds occupés à croasser, prennent en pleine gueule un jet d’une violence inusitée. Ils s’étouffent, coulent à pic. L’eau du canal verte en certains endroits devient rouge sang. Pas un bruit ne vient rompre le silence ambiant. Le lendemain matin, les camions disparaissent. Arrivent plusieurs limousines noires conduites par des chauffeurs. Leurs occupants entrent dans la maison. Ils se rendent au sous-sol, dans une salle de réunion immense. La pièce est plongée dans une semiobscurité. Les trente-deux sièges qui cernent une table en marbre noir sont recouverts de tessons de bouteille multicolores et phosphorescents. Sans doute cette installation est-elle l’œuvre d’un artiste contemporain de grand renom. Trentedeux hommes vêtus de costumes blanc immaculé prennent place autour de la table. Ceux-là ont la peau très dure. Ils étaient au départ mille quatre cents à vouloir diriger le pays. Le président nouvellement élu prend la parole : « Dés demain nous aurons à proposer au pays les mesures qui s’imposent à une grande nation responsable. N’oubliez jamais que tout ce que nous pouvons dire à l’extérieur est de la pure langue de bois, sans la moindre consistance. Nous sommes d’abord des vendus avant d’être des élus. Nous sommes là pour faire le malheur du peuple. Tout ce qui peut être fait pour réduire les non possédants à l’état d’esclave doit être accompli. Malheur aux faibles, malheur aux humanistes fumeux, malheur aux ­irresponsables 14

15 avril 2012

François Bernheim

qui prétendent que les gens du peuple ont un cerveau. Aujourd’hui, enfin, toute l’intelligence du monde est du bon côté. Ne vous y trompez pas. Nous n’avons pas seulement à gouverner salement, mais aussi à imprimer au plus profond des neurones de chacun, qu’il n’y a pas d’autre issue. Nos chaînes de télévision, nos journaux, nos écrivains, tout comme l’élite rassemblée autour de cette table doivent, jour après jour, persuader la masse que le seul destin des pauvres est de rester pauvres. Nos policiers, nos magistrats et aussi nos prêtres le savent depuis très longtemps. Vous comprendrez donc que, pour nous, l’enjeu est moins de gouverner que de rendre le pays ingouvernable par d’autres. Sachez que le peuple est capable d’apprendre à aimer son malheur. Notre tâche ne manque pas de noblesse. Ceux qui, grâce à nous, connaîtront tous les vicissitudes du monde, sauront ainsi que nous veillons sur eux. Ils finiront par en redemander. Quoi de plus jouissif pour un pauvre que de pouvoir pleurer sur soi-même, quoi de plus généreux que de pouvoir partager ses malheurs avec d’autres victimes du progrès. Dieu nous en est témoin, à travers nos riches bienfaiteurs, c’est l’ordre du monde que nous défendons. Maintenant, messieurs, c’est à vous qu’il revient de mettre en musique mon discours, c’est à vous de prendre la parole. » … Personne n’ouvrit la bouche. Le président ­regarda sa montre. Trois minutes plus tard, il claqua des doigts. Chacun de ses ex-futurs ministres fut instantanément transpercé par une lame d’acier. Les cadavres dans leurs costumes rouge sang furent aussitôt évacués. Le siècle des mâles dominants venait de prendre fin. Il ne restait plus au président qu’à convoquer des intellectuelles féministes. Seront-elles capables malgré un discours radical, de gouverner aussi salement que les hommes ? Il l’espérait au plus profond de son cœur.


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Si vous étiez président Arlette Shleifer

V

dans le christianisme. C’est également toxique, car on perd du temps et la vie passe, passe et nous passe sous le nez.

ous avez voté pour une France joyeuse et je vous en remercie. Après tout on ne vit qu’une fois, alors pourquoi essayer de comprendre un vocabulaire, un jargon qui nous parlent de l’argent dont on ne voit jamais la couleur mais qui nous passe sous le nez de manière récurrente ? Comment vais-je articuler notre nouveau terrain de jeu ? Vous ne vous inquiétez pas et vous avez raison. Cela ne sera pas pire que ce que nous avons connu ces dernières années. Je vais vous proposer d’abord d’inverser toutes les valeurs qui ont fait votre vie et celle du pays. Ce sera un bon moyen de dépoussiérer et d’avoir du recul sur le fonctionnement de la République. Un vrai boulot, un grand chantier. L’idée n’est pas tout à fait de moi, mais de Nietzsche, enfin à peu près. L’exercice sera édifiant et vous verrez que ça peut-être drôle. — En ce qui concerne la morale, je vous propose de vous en tenir à ce que votre grand-mère vous a appris, d’éviter de porter une arme, car, d’une part, c’est peu

seyant, ça tache à l’occasion et, d’autre part, en soirée, c’est ­prétentieux. — On nous parle de démocratie, d’égalitarisme : chacun à ses préférences, bien sûr, mais là aussi, on inverse la tendance, histoire de voir ce qui marche le mieux. De toutes les manières, c’est la même chose, globalement  : il faut créer, imaginer des richesses et ce sera toujours les mêmes qui en ­profiteront. —  Surtout ne pas ajouter les histoires de religions, à savoir les curés, les rabbins, les imams ! Vous n’imaginez pas à quel point ils peuvent vous ­ embrouiller avec leur céleste «  Ami  » imaginaire. Déjà qu’avec les ­ projets de société, on p ­ atauge, mais si on rajoute la foi, le ressentiment et le bon dieu qui veut tout gérer, on ne s’en sort plus du tout ! —  Certains citoyens ont la ­volonté du Néant et cherchent des béquilles dans l’Histoire,

National Photo Company / wikimedia

Françaises, Français,

Mes chers concitoyens, je vous propose de dépasser tout ce fatras bancal et de ne penser qu’à l’Éternel Retour de la vie, d’aimer la vie au vert, à la mer et de profiter des saisons. Qu’y a-t-il de plus agréable qu’une soirée entre copains sans qu’on parle de mots en –isme, de bilan et que sais-je encore ? Ce sera ça la vraie Révolution !!!

Bulletin d’abonnement à retourner à : Jean-Baptiste Féline : (La Lucarne des Écrivains), 27 rue des Bluets, 75011 Paris. jbfeline2000@yahoo.fr (pour toute question relative aux abonnements). Nom : ............................................................................................. Prénom : ...............................................................................................................

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15 avril 2012

ISSN 2101-5201 La Gazette de La Lucarne mensuel de La Lucarne des Écrivains Rédaction et administration : 115 rue de L’Ourcq, 75019 Paris lalucarnedesecrivains@gmail.com Directeur de la publication : Armel Louis. Coordination du numéro : Armel Louis. Maquettiste : Emmanuelle Sellal.


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Si vous étiez président

15 avril 2012

Candidature Jacques Grieu

Promesses Alain Le Roy

Cette présidentielle m’empêche de dormir Quand de dix candidats, le verbe, il faut subir… La campagne fait rage, en vient à m’excéder. L’électoral combat me donne des idées : À quatre-vingt-deux ans, je vais me préparer, Pour, en deux mille dix-sept, venir me présenter. La lune je promettrai aux électeurs en liesse. Peu importe mon programme pourvu qu’ils aient l’ivresse.

Faute de grain à moudre, dessin d’Alain Le Roy

Évolution ? Mais, non ! C’est la Révolution ! Ce mot-là, bien ronflant, est plein d’évocations. Il berce les oreilles, porteur de grands espoirs. Individus ou peuples en racontent l’histoire. Je vais donc m’employer à faire vibrer les foules, En martelant les mots qui plus sûrement soûlent. Ce qui séduit le mieux, c’est le discours trotskyste, Qui promet encore plus que celui des marxistes.

La crise chez les jeunes, vite je résoudrai : Le baccalauréat à tous accorderai. Recherche prioritaire : crédit illimité. Pour l’électricité, ce sera gratuité. De nos économistes, la dette est le dada, C’est une maladie, c’est comme le sida. N’ayons pas dette dure, j’arrête les dépenses, Je veux un antidette, un vaccin en urgence.

Une révolution exclut les sentiments : On y déclare la guerre à ceux qui ont l’argent. Pas de demi-mesures, il faut rentrer dedans : Je taxe les nantis à cent cinquante pour cent ! La dette est effroyable ? Je change de monnaie ! Je supprime les banques : l’économie renaît ! Le mot « licenciement », je vais invalider, Évacuant tout chômage en un seul coup de dé.

Je veux l’abolition de toute l’inflation, Du pétrole raréfié et ses augmentations, Des tribunaux méchants et des tristes prisons, Des grandes entreprises et des vilains patrons, De l’espace de Schengen et de l’immigration, Des maux de l’Alzheimer ou bien de Parkinson, Des rhumes de cerveaux et des poux dans la tête, De la grande sécheresse et des grosses tempêtes.

Le mot « capitalisme » n’est plus au dictionnaire, Pas plus que « patronat » ou « chef » ou bien « notaire ». Médecins, pharmaciens sont tous des fonctionnaires, De même que les dentistes, kinés ou infirmières. Les petits commerçants sont nationalisés, Et n’ont plus d’échéances pour les terroriser. De notre chère Sécu je raye le déficit, Avec des prestations à cent pour cent gratuites.

Si j’en ai oublié je saurai rectifier Quand je serai élu, je pourrai affiner. Donc en deux mille dix-sept, je serai écouté. Je me présenterai en toute majesté, Et aurai grandes chances d’être plébiscité. Si par extraordinaire, pour moi, c’était raté, Je recommencerai en deux mille vingt-deux ! À quatre-vingt-douze ans, je ferai plus sérieux… 16

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La Gazette de la lucarne n° 47 - 15 avril 2012  

La gazette de la librairie La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l'Ourcq, 75019 Paris. http://lalucarnedesecrivains.wordpress.com

La Gazette de la lucarne n° 47 - 15 avril 2012  

La gazette de la librairie La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l'Ourcq, 75019 Paris. http://lalucarnedesecrivains.wordpress.com

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