{' '} {' '}
Limited time offer
SAVE % on your upgrade.

Page 1

La gazette de la

15 novembre 2014 2 €

lucarne

n  75 o

La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris – tél. : 01 40 05 91 29 – http://lalucarnedesecrivains.wordpress.com

Qu’estce qu’on fête

e l t es mor ê f n o d n a u ts? q  

Éditorial Honorer les morts… Apparemment, la mort a peu inspiré nos habitués de la Gazette. La mort ­serait-elle un sujet désormais aussi ­désuet que les osselets de notre enfance ? Ceux qui se sont risqués à l’exercice ont exhumé des souvenirs personnels. ­Hélène Tayon, par exemple, qui, pour ne pas avoir honoré ses morts se fait ­rabrouer par une ancienne. François Momal évoque son grand-père, parle d’une « zone grise » après la mort, ce temps où le mort est encore dans un entre-deux. Sarah Mostrel, par le biais d’Halloween, met en contact son héroïne nommée Aurélie avec son ami trop tôt disparu, Merlin. Rubèn Bag a, quant à lui, convoqué les anges… Birago Diop évoque « le Souffle des Ancêtres morts,/Qui ne sont pas partis/Qui ne sont pas sous la Terre/ Qui ne sont pas morts. »… Un lecteur qui vous lit, bien après votre mort, ne vous fait-il pas revivre ? Dans un court texte, Sylvain Josserand se demande si fêter les morts ne consisterait pas à fêter la vie. Oui, bien sûr ! On pourrait même le résumer ainsi : « Dis-moi comment tu honores les morts, je te dirai comment tu honores les vivants. » Bruno Testa

Avis aux lecteurs !

L

a Gazette de la Lucarne suspend sa publication à partir de ce numéro 75. Faute d’abonnés (ou d’abonnés à jour de leur cotisation), les caisses sont aujourd’hui vides. Pourtant il ne faut que 55 abonnements à 30 euros pour assurer les onze numéros annuels comme vous les aimez, plaisants, variés, accessibles, surprenants. Oui, la Gazette a offert une grande diversité de textes et d’intervenants comme l’a prouvé la publication du rassemblement sous forme de livre des 23 premiers numéros Les Écrivains par la Lucarne, avec ses 80 auteurs, confirmés ou débutants, de toutes générations. Si vous souhaitez qu’elle continue, faites-le savoir à la librairie par email :

Armel Louis

(lalucarnedesecrivains@gmail.com) ou mieux, envoyez dès maintenant vos chèques au 115 rue de l’Ourcq 75019 Paris, pour le nombre d’abonnements ou prolongement d’abonnements souhaités (avec les adresses des abonnés). Ils seront e­nregistrés sans être déposés en banque tant que les 55 abonnements ou réabonnements ne seront pas a­tteints, assurant un an de publication. Dans l’intervalle, nous lançons le tome 2 des Écrivains en pleine Lucarne rassemblant les numéros 24 à 43 (mars 2010 à décembre 2011) sous la forme d’un bel ouvrage. À la revoyure ! Envoyez dès maintenant votre bulletin d’abonnement (en page 8), accompagné de votre règlement.

Ci-dessus : Hypnos et Thanatos portant un mort, Wilhelm Heinrich Roscher, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Leipzig, 1884.


no 75

15 novembre 2014

Allô ouin… Sarah Mostrel

E

n ce jour d’Halloween, Aurélie se dit que la mascarade avait assez duré. Déambuler dans Paris habillée en clown méchant ou en sorcière (bien ou mal aimée selon le cas) ne l’amusait plus, surtout depuis que son meilleur ami était décédé l’année précédente. Elle ouvrit sa penderie, découvrant les panoplies qu’elle avait endossées si souvent – morbides squelettes à faire peur, fantômes aux mines patibulaires affublés d’un drap blanc taché de sang, divers accoutrements de Schtroumpfs (le crapaud-démon, le roi ordure, le Schtroumpf à lunettes portant Le livre qui dit tout…) – et se rua rageusement sur les défroques. Après les avoir arrachées compulsivement des cintres, elle les enferma dans un sac-poubelle qu’elle entreprit de descendre au local dédié le soir même. Cet acte lui avait été douloureux et ravivait de vives blessures. Harassée après une dure journée de travail, hantée par des images qui lui revenaient malgré elle en ce 31 octobre, elle s’effondra, déconfite, sur son canapé-lit. Merlin avait été son meilleur copain de fac. Le beau blond au sourire ravageur était de toutes les parties : soirées endiablées de l’université de médecine, meetings en tout genre, assemblées politiques visant à améliorer la situation des étudiants, présidence du bureau des élèves, de nombreuses associations… Un vrai meneur, que tout le monde adorait et qu’Aurélie vénérait. Il ne s’était jamais rien passé d’autre entre eux qu’une amitié, mais elle avait déjà traversé moult épreuves : le redoublement de la jeune fille, l’éviction de leur meilleur ami, la mort prématurée du père de Merlin. En trois ans, les catastrophes avaient fortement éprouvé les amis qui s’en étaient d’autant plus soudés. Mais le pire était à venir. Un accident de ski 2

allait, en décembre dernier, enlever la vie du sportif, et Aurélie ne s’en remettait pas. Alors bien sûr, fêter les morts n’était plus une plaisanterie possible. Seul le recueillement était de mise. Se souvenir des bons moments, célébrer la belle personne qu’était le promis à un avenir brillant, qui rêvait d’être chirurgien. La volonté et l’enthousiasme permanent de ce banlieusard né de parents commerçants qui avaient du mal à boucler leurs fins de mois suscitaient l’admiration de tous. Une pugnacité qui faisait la fierté de son entourage tant Merlin était dévoué et ne désirait qu’une chose : aider les autres. Un prendre-soin qui avait profondément touché Aurélie, secrètement amoureuse du jeune homme. Elle lui avouerait cet attachement en temps voulu, pensait-elle, ne voulant pas précipiter l’événement rêvé. Aujourd’hui, c’était trop tard. Ne restaient plus de Merlin que des traces : quelques photos, une coupure de journaux ayant relaté l’accident et… un enregistrement, qu’Aurélie mettait en boucle les jours de déprime. « Je suis l’orang-outang de la société, avait-il proclamé en plein délire, craignez, craignez, braves gens, que le temps et le fer vous emportent à jamais. » Une phrase énigmatique que l’enchanteur avait déclamée quelques mois avant sa disparition. « Quand était-ce ? », sursauta soudain Aurélie, s’apercevant qu’elle s’était assoupie. Non, il ne fallait pas jeter ces anciens déguisements, il fallait justement les vêtir en ce soir bien particulier, pour être plus proche du disparu en cette date anniversaire de la bande. N’était-ce pas l’occasion licite de lui parler, de se mettre à son niveau pour le ressusciter en quelque sorte, le faire revivre, convoquer sa venue ? La fête n’était-elle pas une formidable opportunité de ressentir intimement la présence du défunt qui semblait l’appeler en cet instant funeste ? Elle s’en convainquit, et alluma une veilleuse jusqu’au bout de la nuit, quand elle entendit : « Gauche ou droite/Comme nuit et jour/C’est c’qui fait qu’tout tourne rond/À jamais, à toujours/Pour chaque carré, Y’a un rond. » « Et voici ce que j’appelle, moi, la preuve par froid », précisa-t-il.


no 75

Une belle Toussaint

Hélène Tayon

15 novembre 2014

SOMMAIRE Page 1 

Édito de B. Testa

Avis aux lecteurs, A. Louis

Page 2 

Allô ouin…, S. Mostrel

Page 3 

U  ne belle Toussaint, H. Tayon

Page 4 

Le latin, C. Cuisiner

Fêter la vie, S. Josserand

Page 5 scatto felino / Cc

Le miel ne vole pas, les anges oui, R. Bag

Page 6 

Le roi René, B. Testa

Page 7

I

l fait si beau, si doux que ce samedi bre, je suis allée me balader, Ier novem­ baskets, short, chemisette, dans le petit bois près du cimetière. J’avais complètement oublié que c’était le jour des Morts, comme on dit dans ma campagne. Et puis… je ne suis pas très chrysanthèmes. Devant la grille du columbarium, je tombe sur une figure du village, madame P., suivie de sa fidèle Ginette qui se mouche en pleurnichant. La dame, quatre-vingt-dix ans sonnés, fut une fameuse résistante et elle porte toutes ses médailles. Le pas martial, elle donne des coups de canne aux herbes du fossé sans cesser de houspiller Ginette. Quand elle me voit, elle pile : « Bonjour Hélène ! Qu’est-ce que vous faites ici dans cette tenue un jour comme aujourd’hui ? Vous ne vous occupez pas de vos morts ? » Je bredouille que non. « Pour la Toussaint, Hélène, on nettoie les caveaux et on met de l’ordre en pensant à ceux qui sont sous la dalle. C’est important, les dates, les rites… Si l’on ne fêtait pas la Libération, par exemple, ce serait mépriser les sacrifices des braves et les leçons de l’Histoire ! » L’ancienne chef de maquis a un ton sans appel et je l’approuve, tout en ajoutant que je n’ai pas besoin de déposer de gerbe pour me souvenir.

L’œil noir, elle va répliquer quand Ginette explose : « Dites-le, ce que vous avez fait, dites-le ! » Du même âge que madame P., elle est à son service depuis toujours, ­dévouée, jamais un mot. « Qu’est-ce qui te prend, ma pauvre ? Tu me critiques maintenant ? » demande sa patronne en me fixant. « Le cercueil de monsieur que vous avez fait déplacer, j’en ai pas dormi ! » lâche Ginette indignée. Et la dame éclate de rire. « Ma chère Hélène, je vous explique… Mon mari a été fusillé en 1944, il avait trente ans, on l’a enterré au fond de la tombe, je n’ai pas refait ma vie. Bien plus tard, on a rangé le reste de la famille par ordre d’arrivée. Ce qui voulait dire que je risquais de me retrouver à côté de ma belle-mère, je vous passe le voisinage ! Alors, depuis le temps que j’y pensais, hier matin, j’ai fait déménager Henri près de l’entrée et je me suis gardé ma place à sa gauche. Me voilà tranquille, je serai près de lui. On va pouvoir parler de tous ces sabotages qu’on a réussis, tous ces ponts qu’on a fait sauter, on aura l’éternité pour rigoler… Et toi, Ginette, tu es casée juste derrière nous, tu en profiteras ! » Ginette essuie une larme : « Si c’est votre idée, du coup, ça nous fait une belle Toussaint. » 3

Les soirées de la Lucarne Page 8 C

  ette

zone grise autour de la Mort,

F. Momal Page 9

  

Le grand écart, M. Vienne-Villacampa Page 10

 

C

  omment

va la mort ?,

B. Testa

Page 11

 

L’

  ablation

l’insomnie,

de la vie provoque

A. Louis

Page 12 

Souffles, B. Diop

ISSN 2101-5201 La Gazette de La Lucarne mensuel de La Lucarne des Écrivains Rédaction et administration : 115 rue de L’Ourcq, 75019 Paris lalucarnedesecrivains@gmail.com Directeur de la publication : Armel Louis Coordination du numéro : Bruno Testa Maquettiste : Emmanuelle Sellal

Illustrations : dessins des Sénoufos, tous droits réservés.


no 75

15 novembre 2014

Le Latin Christiane Cuisinier

C’

était moins l’atmosphère de l’église qui te réjouissait, encore moins l’idée d’un dieu qu’il fallait prier, que ce missel dont les textes en latin te fascinait. La découverte d’un langage autre, le sens caché des mots que tu t’évertuais à retrouver dans la traduction qui les accompagnait, excitait ton esprit d’enfant. C’était une ouverture sur un monde différent. Les fines pages du missel qui glissaient entre les doigts, leur illustration d’enluminures, les textes répartis en strophes comme des poèmes, tout cela contribuait à ton enchantement. Mais les mots surtout, qu’employaient les anciens, ceux qui ne signifiaient rien et gardaient leur mystère, d’autres qui rejoignaient ceux du quotidien, étaient un émerveillement. Toujours, tu cherchais à comprendre, à traduire, à retenir. Peu importaient les signes de croix, les génuflexions et les odeurs d’encens, chaque dimanche apportait son texte différent ! Et quand il a fallu quitter la maison pour aller en pension, la grande consolation était : « Tu vas apprendre le latin ! »

Fêter la vie Sylvain Josserand

L

e 24 octobre dernier, je me suis rendu avec Armel et Valérie, artiste peintre, aux obsèques de Christiane Cuisinier qui fréquentait assidûment la librairie et en particulier mon atelier d’écriture un samedi tous les quinze jours. La famille de la défunte a souhaité que je lise des textes écrits par Christiane. C’est la première fois qu’il m’est fait ce type de demande. J’ai pu constater, lors de cette cérémonie laïque, que l’on évoquait plus la Vie et l’Amour que la mort. Christiane s’est éteinte après une vie très riche au service des autres, tout en montrant un goût certain pour les arts et la création artistique et littéraire. Est-ce que fêter les morts consisterait-il donc à fêter la Vie ?

4


no 75

Le miel ne vole pas, les anges oui Rubén Bag

L’

homme, sans espérance et reclus dans ce pays que peu de gens connaissent, se déprimait une fois de plus. Mais il n’était pas conscient de son état, il ne s’en rendait presque pas compte. Il était comme ces petits animaux dans une casserole d’eau chauffée progressivement. Comme ces grenouilles qui, peu à peu, degré par degré, ne remarquent pas l’augmentation de la chaleur jusqu’à ce qu’elles finissent par mourir ébouillantées. Rubenote de la Vega était un homme affectueux et énergique. Mais cette énergie de naguère quittait lentement son corps. Il se refroidissait peu à peu. Il perdait du poids, son corps se réduisait jour après jour, mais il ne le remarquait pas. Les êtres qui occupaient l’espèce de maison où il habitait, avec un peu de pudeur et beaucoup d’hypocrisie, ne voulaient pas lui dire ce qu’il se passait pour qu’il ne devine pas le danger et ne prenne pas de précautions. Là où il passait ses journées n’était pas sa vraie famille. C’était des gens qu’il avait rencontrés et qui l’aimaient profondément. Mais ils oubliaient que son identité et ses racines étaient sur un autre continent. Jamais ils ne lui posaient de questions afin qu’il oublie son passé.

Je l’épiais, mais je ne pouvais pas l’aider parce que j’étais trop loin de lui. L’injustice dont Rubenote était victime me peinait. Je voyais comment sa vie s’éteignait peu à peu. Il y avait de rares moments où notre cher Rubenote s’en rendait compte et s’attristait en silence, gémissant de l’intérieur. De cet endroit que personne ne pouvait identifier, j’étais témoin de sa grande descente. Il est vrai qu’il avait un certain âge, mais d’autres, plus âgés que lui, vivaient bien dans cette région perdue au milieu de nulle part. Quand il devint languissant et au point de quitter ce monde, un essaim merveilleux arriva. Ce n’étaient pas des abeilles, car leurs corps étaient immenses. Ils, elles, étaient nombreux et nombreuses. Ils, elles, étaient de couleur blanche, faisant de petits sauts à l’aide de leurs ailes. Ils, elles, étaient nombreux et nombreuses. Ils, elles, entourèrent Rubenote. Il sentit son être s’inonder de joie. Son corps moribond commença à se redresser. Il essaya de voleter avec ses bras devenus très minces. Il le put. Et il commença à faire de petits bonds. 5

Il se sentit heureux. Il se souvint du bien-être perdu depuis longtemps. Il partagea son euphorie avec ces précieux êtres volants qui arrivaient de mondes harmonieux. Jamais il ne se repentit d’être un ange de plus. Il se transforma en un ange aimé et respecté. Et cet étrange pays d’êtres parfois hypocrites le vit partir dans un essaim avec les autres anges. Ils allèrent dans le meilleur des cieux, et là, il devint le nouveau et heureux créateur. On se souvient de lui comme Rubenote, l’heureux bienfaiteur. Récit composé par Rubén Bag, en mai 2010, à Buenos Aires, relu et modifié à Huy, Belgique, le 29 septembre et la nuit du 31 octobre 2010. Traduit de l’espagnol (argentin) par Catherine Modave.

15 novembre 2014


no 75

Le roi René

15 novembre 2014

Bruno Testa

P

endant plus d’un demi-siècle, il aura battu le temps en écume dans les bars d’Avignon. Au début, en bande joyeuse, puis au fur et à mesure que ses compagnons de comptoir disparaissaient, dans une solitude peuplée de sa seule bonhommie. René, deux fois né donc, avait dû être mort dans une première vie. Et de cette vie, on n’a jamais rien su.

penser, et plus encore le formuler, aurait rendu plus absurde encore cet absurde. Du moins, je l’imagine, car dès qu’on abordait quelque chose de sérieux, il se mettait à rire. Quand il est mort rattrapé par ses excès, à quatrevingts ans passés alors qu’on le pensait éternel, j’ai senti un vide. Il manquait René dans la ville.

Je ne l’ai jamais entendu prononcer une seule fois une parole informative ni évoquer un seul état d’âme. Il avait l’éternel même sourire, un peu narquois, qui se moquait de lui-même et du regard que l’on posait sur lui. Avignon lui convenait, car c’est un lieu de théâtre. Il était le bouffon de la ville, quand la ville s’ennuie l’hiver. Il commençait des phrases que ses interlocuteurs, lassés de ne pas les voir se terminer, interrompaient sans façon. Cela ne le dérangeait pas, bien au contraire, puisque ses mots n’avaient pas de destination précise, ou plutôt, puisque ses mots avaient pour seule vocation d’étirer le silence. D’où ces phrases comme autant de gimmicks pour donner la réplique : « Permettezmoi, Monsieur ! », ou, « Monsieur, vous êtes un provocateur ! », le tout ponctué d’un grand éclat de rire.

Récemment, alors que l’on parlait de lui avec Arthur, il a été me chercher une chemise pleine de textes que René lui avait confiée, il y a quelques années, et qu’il avait oubliée dans un carton au grenier. On a commencé à regarder de près ces textes écrits au styloplume dans une calligraphie superbe. Contrairement à ses phrases qui ne finissaient jamais, la pensée était ­incisive, ferme, mais sans perdre cette légèreté qui l’avait caractérisé. Réflexions, brouillons de lettres… On devinait que sous l’amuseur public, qui avait donné le spectacle de son inconsistance durant tant d’années, avait palpité un tout autre homme. Plus émouvant, il y avait, datés au jour le jour, parfois à l’heure près, des poèmes d’amour. Poèmes délicats, charmants, ornés de petits dessins, poèmes adressés à une Inconnue. Une histoire d’amour, apparemment partagée, qui avait irradié de manière souterraine sa vie. De cette histoire qui datait de l’époque où on l’avait rencontré au bar le Regina, il y a plus de trente ans, il ne nous avait jamais parlé. Cette idylle était-elle née à Paris où il se rendait souvent dans le cadre de son travail, car René avait été directeur d’un organisme social dans une autre vie ? S’était-elle brutalement interrompue ? Est-ce pour cette raison qu’il avait fini par ne plus quitter les bistrots de la ville ? On ne le saura jamais. Il faut nous habituer, maintenant que René a disparu à son tour du circuit des bars, à le voir un peu différent de ce que l’on percevait de lui. Et je suis sûr que notre perplexité l’aurait bien fait rire : « Messieurs, permettez-moi… ! »

Avec mon ami Arthur, journaliste, à Avignon, on pouvait passer des heures à boire avec René, à une terrasse l’été, au comptoir d’un bar des Halles l’hiver, sans que rien ne soit dit ou échangé. Tout se passait dans ce temps où rien ne se passe. René incarnait la présence pure. Peut-être devait-il cette force, tellurique presque, à son atavisme ardéchois. Ce qui est curieux, c’est que cet Ardéchois avait un visage plat, basané, de vieil Indien. Les dernières années, René buvait seul dans les bars. Sa vie publique commençait à 7 heures du matin quand il allait boire son premier verre de vin blanc. Puis, comme le soleil, il continuait d’aller réveiller la ville, jusqu’à ­décliner lentement et rentrer à la nuit tombée. Des compagnons qu’il avait jadis côtoyés, il parlait rarement. Pas par oubli. Parce que le souvenir n’était pas son aliment essentiel. Son aliment était l’instant, l’instant quand il est débarrassé de sa pesanteur. Peutêtre que lorsqu’il rentrait chez lui, le plus tard possible, perdait-il alors un peu de cette légèreté. Nul doute qu’il aura dérouté sa femme et ses enfants qui ne pouvaient pas le comprendre et ne devaient retenir de son parcours que la posture ou l’imposture de l’ivrogne. J’aimais René pour une seule et même raison. Il avait une conscience très profonde de l’absurde. Mais le 6

Il existe à Avignon une rue du Roi-René, en hommage à René d’Anjou, qui fut roi titulaire de Naples, roi titulaire de Jérusalem, mais aussi comte de Provence, amoureux des arts, auteur en 1457 du Livre du cœur d’Amour épris. Notre René à nous n’avait-il pas été à sa façon troubadour, la réincarnation primesautière du « bon Roi René » ? Il me plaît de le penser quand je passe désormais dans cette rue sombre du centreville. René, deux fois né donc…


no 75

Soirées de la Lucarne  Jeudi 20 novembre à 19 h 30

Soirée poésie

 Mardi 2 décembre à partir de 18 h

Exposition des peintures de Valérie Buffetaud

Une soirée en compagnie de Marie-Christine Mouranche pour son recueil Des astres (Sribest éd.) et de Francis Combes pour Si les symptômes persistent consultez un poète (Le temps des cerises éditions).

Une invitation au voyage… La couleur des peintures sur cartes marines côtoie le noir et blanc de ses territoires intimes.

 Vendredi 21 novembre à 19 h 30

Rencontre poétique

Exposition du lundi 1er au dimanche 14 décembre.

Avec les éditions Al Manar et Alain Gorius, en présence des poètes Emmanuel Moses pour Le Voyageur amoureux, Lionel Ray pour De ciel et d’ombre et Emmanuel Damon pour Souci de mon souci d’aurore.

 Vendredi 5 décembre à 19 h 30

 Samedi 22 novembre à partir de 18 h

Vernissage de l’exposition « Autour du canal de l’Ourcq »

Une exposition de Michel Bérard autour d’une fête d’enfants, ayant lieu dans XIXe arrondissement, en mai.  Mercredi 26 novembre à 19 h 30

Atelier Les mots en terre

Sixième séance de l’atelier Les mots en terre. Le thème choisi : La folie sera-t-elle douce ?  Samedi 29 novembre à 19 h 30

Soirée poétique

Soirée organisée autour de la revue Portulan bleu (Voix tissées), avec Martine Magtyar, Francine Caron, Dominique Cagnard et d’autres membres du collectif.  Jeudi 4 décembre à 19 h 30

Soirée poétique et libertaire « Quelle époque épique », avec Françoise Mingot (Fanfan) et Joëlle, textes et chansons libertaires et présentation de l’épopée héroï-comique Tsiganiada mettant en scène Vlad Tépès (Dracula), chef-d’œuvre de la littérature roumaine comptant 8 000 vers, traduit pour la première fois en français par Françoise Mingot.

Spectacle et lecture avec David Rougerie Une performance autour du Discours de la servitude d’Étienne de La Boétie, avec présentation du dernier livre de l’artiste.  Samedi 6 décembre à 19 h 30

Soirée littéraire

Avec Bella Clara Ventura pour La voix de la passion (L’Harmattan) et sa traductrice Maggy de Coster.  Mardi 9 décembre à 19 h 30

Soirée débat

En présence des Éditions de Paris et de Max Chaleil : Être juif et français ou être français et juif hier, avant hier, aujourd’hui. Avec Daniel Chambon pour Monsieur Léon Juif russe (1882-1928) et Claude Berger pour Itinéraire d’un Juif du siècle.  Vendredi 12 décembre à 19h30

« Guerres et crises au XXIe siècle » Avec les éditions Science marxiste, à l’occasion de la parution de La Nouvelle phase stratégique de Guido La Barbera, à un siècle de la Première Guerre mondiale.

Plus de détails sur : http://lalucarnedesecrivains.wordpress.com La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris - Tél. : 01 40 05 91 51

7

15 novembre 2014


no 75

15 novembre 2014

Cette zone grise autour de la Mort François Momal

L

ongtemps, j’ai fait le même rêve. Papi était là, maigre, mais vivant parmi nous. Oui, j’avais remonté le temps et j’étais un peu avant, de l’autre côté de l’instant irréversible. Oui, il fallait me dépêcher, remonter le courant tel le saumon. Papi revenait me hanter dans mes rêves où les repères du temps linéaire étaient malmenés. Était-ce l’avant  ? Était-ce l’après ? Non c’était définitivement avant, l’événement n’avait pas eu lieu même si mon rêve prenait sa source dans un événement qui avait eu lieu de façon irréversible. De même qu’un morceau de sucre se dissout de façon irréversible dans le café, de même la Mort décompose le corps de façon irréversible. A-t-on jamais vu un morceau de sucre se recomposer de lui-même dans une tasse de café ? Je rêvais Papi vivant, car Papi était mort. Non, Papi n’était pas mort

puisqu’il était là, parmi nous, en robe de chambre. Nous faisions tous les malins avant l’instant irréversible. Bien sûr, Papi est là dans l’appartement. Il joue dans la pièce familiale. Alors, pourquoi cette tension ? Pourquoi cette tristesse diffuse ? Pourquoi se dépêcher si Papi est là souriant parmi nous et tétant sa pipe ? Est-ce l’avant ? Est-ce l’après ? Dans mon rêve, je déjouais l’instant irréversible et j’avais réussi à coincer mon pied dans l’entrebâillement de la porte et à me faufiler entièrement du côté de l’avant. Je rêvais l’avant dans mon sommeil qui avait lieu dans l’après. Et longtemps, j’ai rêvé de l’avant. À la morgue de l’unité de soins palliatifs, j’avais pourtant, par acquit de conscience, touché

le front froid de Papi sous la belle mèche de cheveux. L’infirmier avait déposé dans un coin de la chambre froide les pantoufles de Papi et un mouchoir blanc et s’était retiré pour me laisser seul avec Papi dans la chambre froide. Mais dans mon rêve, je déjouais le front froid de Papi. Il y a comme cela autour de la Mort une zone grise, un peu avant et un peu après. Mais il faut se dépêcher : bientôt, il n’y aura plus d’incertitude, plus de zone grise. Il n’y aura plus que de l’après. Aujourd’hui, je ne fais plus le rêve : je suis définitivement dans l’après. Et je ne vais plus guère sur la tombe de Papi au cimetière du Montparnasse où j’avais un repère pour retrouver de loin la tombe de Papi : elle était non loin d’un petit arbre. Quand je repérais le petit arbre, je savais que Papi n’était pas loin.

Bulletin d’abonnement à retourner à : Armel Louis - La Lucarne des Écrivains 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris. lalucarnedesecrivains@gmail.com (pour toute question relative aux abonnements). Nom : ............................................................................................. Prénom : ...............................................................................................................

Adresse :.............................................................................................................................................................................................................................. Ville :............................................................................................................. Code postal : ........................................................................................ Tél. : ........................................................................ Courriel :..........................................................................................................................................

❑ Je m’abonne pour un an à La Gazette de la Lucarne (abonnement électronique), soit 30 €. Ci-joint un chèque de .......................................... libellé à l’ordre de La Lucarne des Écrivains.

8


no 75

Le grand écart

Patrick le divenah

Maïté Vienne-Villacampa

Ah ! Laissez-moi respirer ! Entre vos gestes l’air étouffe. De vos mains s’échappent des caresses pires qu’absentes. J’ai manqué de vous, manqué d’étouffer, manqué de mettre au monde des enfants seuls. Avec ou sans, l’amour peut tuer. Je me suis retirée en étirant ma vie, en écartant mes cuisses, en m’ouvrant aux enfantements. Qui fuir ? Les demeurants, les habitants de quelque part, leurs abris contre le malheur. Que fuir ? Les absentés absents à leur nuit, absents de leurs rêves, coulés dans les coulures des années, moulés dans les moules de leurs ancêtres.

Comment fuir ? Une fois brisé l’œuf du monde un soir de dispute entre les parents, une fois répandue la crise comme un jaune au milieu de sa bave, une fois la mère glissée dans mon lit pour y pleurer et peut-être y dormir, une fois trahie la promesse d’un monde sans faille, il n’y avait que l’assouplissement ou la mort. Non plus écarter les cuisses pour l’oubli de soi, mais les refermer doucement sur de petits écarts invisibles et joyeux gagnés sur le vide. Devenir soi. Viser le Grand Écart. Écrire ce qui n’avait pu l’être par les parents, les parents des parents – et dans la nuit des temps par aucun ancêtre dont on aurait seulement rapporté les paroles. Écrire ce qui s’est charpenté mais aussi les désossements, les chutes de pierres, les amours amochées, les violences. Écrire la bouche sèche, salive aspirée par la matière noire de la peur. Écrire le corps. Le grand écart du corps qui danse. Qui écrit avec le corps dans l’espace une langue fugitive éminemment propice à l’oubli, mais fulgurante de beauté. Se relever du grand écart pour le grand saut qui enjambe la scène de l’existence, le grand saut qui délivre de la mort.

9

15 novembre 2014


no 75

15 novembre 2014

Comment va la mort ? Bruno Testa

Patrick le divenah

de trop. On ne veut surtout pas les voir. Plus de veillées mortuaires, puisque de toute façon, on meurt à l’hôpital et que le cadavre passe la nuit dans le frigo. Les morts, comme les déchets, sont à recycler. La crémation arrive à point nommé, car elle donne l’illusion que le cadavre ne viendra plus hanter les vivants comme le spectre de son père hantait Hamlet. Et pour couronner le tout, on se donne l’illusion de la poésie à peu de frais, en balançant les cendres du défunt dans la mer, sous un arbre ou au jardin du souvenir.

L

es « païens » (mot fourre-tout qui regroupe beaucoup de religions différentes) avaient (ont) une façon bien à eu d’honorer les morts. Avec de la nourriture, des boissons, comme s’il fallait continuer à entretenir le lien avec les morts, qui continuent à vivre, mais dans un autre espace-temps. En honorant les morts, les vivants avaient (ont) fort bien compris qu’ils s’honoraient eux-mêmes, car qu’est-ce qu’un vivant sinon un futur mort ? Les catholiques ont inventé le Purgatoire pour garder le lien avec cet entre-deux, ni Enfer ni Paradis, où allaient mijoter la majorité des trépassés. Cet entre-deux pouvait durer fort longtemps. Ainsi, un théologien espagnol a très sérieusement calculé qu’on restait entre mille ans et deux mille ans au Purgatoire. Et que pour espérer aller au Paradis, les morts avaient bien besoin de l’aide des vivants sous forme de prières. Les prêtres aussi d’ailleurs, qui arrondissaient leurs fins de mois avec lesdites prières qu’ils se faisaient naturellement payer. Aujourd’hui, en Europe, dans la triste Europe, de plus en plus engluée dans des instruments de communication qui ne communiquent plus rien, les morts sont 10

Les Anciens avaient l’habitude de dire : « Souvienstoi que tu mourras ». Les généraux romains victorieux qui paradaient dans les rues de Rome étaient suivis par un esclave qui répétait dans leur dos cette maxime : « Regarde derrière toi ! Rappelle-toi que tu es un homme ! » Et s’ils l’oubliaient, les proverbes latins étaient là pour le leur rappeler. Vanitas vanitatum, omnia vanitas (Vanité des vanités, tout n’est que vanité !) Et encore : Sic transit gloria muni (ainsi passe la gloire de ce monde !). On aurait du mal aujourd’hui, dans notre civilisation occidentale, à retrouver pareil état d’esprit. La mort n’existe plus. Balayée, supprimée la mort ! Même la notion de deuil a disparu de notre civilisation. Une armée de psychologues est payée pour ça. Pour évacuer rapidement les sensations désagréables en cas d’accident, d’attentat, de catastrophe naturelle. On vit dans un monde où la sensation désagréable est bannie. Le deuil aujourd’hui ? Pas besoin d’acheter plusieurs agendas pour ça. Un sablier suffit. Le temps d’un œuf… même pas dur, à la coque !


no 75

15 novembre 2014

L’ablation de la vie provoque l’insomnie

T

estez vos obsèques avant votre décès ! Soyez bon ­vivant, essayez avec nous les différentes formules du bienmourir !

Notre contrat Obsequia vous permettra d’assurer vos funérailles de la plus réjouissante façon, en vous amusant de vos proches. Vous a­pprécierez ainsi son déroulé en étant aux premières loges et connaîtrez les véritables sentiments de votre famille, de vos amis ou de vos collègues. Choisissez la date idéale de votre mort afin d’en jouir au maximum sous les meilleurs auspices. Pré­cisez votre mode d’exécution dans notre large catalogue en fonction des personnes que vous voulez émouvoir : par exemple une intoxication aux champignons ou une électrocution dans sa baignoire au sein de son cadre familial ; une défenestration ou une fusillade du plus bel effet dans un cadre professionnel. Nous ­accompagnerons votre trépas ­simulé avec le plus de tact possible afin de ne pas engendrer des décès fâcheux parmi vos invités. Une fois que vous aurez ressuscité, votre entourage pourra enfin vous traiter de charogne.

Vous souhaitez une mort et une cérémonie solitaires ? Le contrat Soledad vous proposera en avant-première un tour complet de votre ­cimetière préféré dans votre corbillard, accompagné de bêtes errantes, afin de vérifier la vacuité de votre existence. Une version fosse commune vous permettra à l’inverse de profiter de la promiscuité des ossements et d’une vie bien remplie. La durée du séjour dans le cercueil ou la fosse sera déterminée par vous. Même l’Éternité n’est pas éternelle. En faveur des indigents, le contrat Publicitas permettra de diminuer vos frais mortuaires grâce à des ­affiches auprès des grandes marques placardées sur votre convoi funéraire. De plus, des panneaux publicitaires ­annonceront l’heure de la cérémonie aux abords du cimetière en vantant vos ­défauts les plus odieux, ou les qualités les plus invraisemblables, afin d’attirer les curieux, avec prix d’entrée et visite du cercueil avant l’enfouissement. Crevez, nous ferons vos restes ! Vous aimez les bêtes ? Le contrat Devoratium évitera à votre cadavre la décomposition ou la crémation, tout en étant utile à nos félins 11

© Auguste derrière

Armel Louis

et canins des villes ou des campagnes. Une autre version consiste à disperser astucieusement vos chairs dans le repas mortuaire de vos convives suivant la cérémonie. Il n’y a de bonne charogne que de bons charognards. Nous assurons les obsèques de tous les cultes pour tous les incultes. Le contrat Syncrétis mélangera pour vos funérailles les différentes formules religieuses monothéistes ou païennes, nihilistes ou athées. Dans votre tombe ou votre outre-tombe, vous garderez jusqu’au bout les yeux grands ouverts. En un mot, avec nos contrats Obsequia, Soledad, Publicitas, Devoratium ou bien Syncretis, votre cérémonie d’adieu sera comme votre vie : garantie désastreuse.


no 75

Souffles

15 novembre 2014

Birago Diop

Écoute plus souvent Les choses que les Êtres La Voix du Feu s’entend, Entends la Voix de l’Eau. Écoute dans le Vent Le Buisson en sanglots : C’est le Souffle des ancêtres. Ceux qui sont morts ne sont jamais partis : Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire Et dans l’ombre qui s’épaissit. Les Morts ne sont pas sous la Terre : Ils sont dans l’Arbre qui frémit, Ils sont dans le Bois qui gémit, Ils sont dans l’Eau qui coule, Ils sont dans l’Eau qui dort, Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule : Les Morts ne sont pas morts. Écoute plus souvent Les Choses que les Êtres La Voix du Feu s’entend, Entends la Voix de l’Eau. Écoute dans le Vent Le Buisson en sanglots : C’est le Souffle des Ancêtres morts, Qui ne sont pas partis Qui ne sont pas sous la Terre Qui ne sont pas morts. Ceux qui sont morts ne sont jamais partis : Ils sont dans le Sein de la Femme, Ils sont dans l’Enfant qui vagit Et dans le Tison qui s’enflamme. Les Morts ne sont pas sous la Terre : Ils sont dans le Feu qui s’éteint, Ils sont dans les Herbes qui pleurent, Ils sont dans le Rocher qui geint, Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure, Les Morts ne sont pas morts. 12

« Souffles », in Les Contes d’Amadoou Koumba, Fasquelle, 1947, Présence Africaine, 1991.

Profile for la Lucarne des Ecrivains

La Gazette de la Lucarne n° 75 - 15 novembre 2014  

La gazette de la librairie de la Lucarne des Écrivains, 115 rue de l'Ourcq, 75019 Paris

La Gazette de la Lucarne n° 75 - 15 novembre 2014  

La gazette de la librairie de la Lucarne des Écrivains, 115 rue de l'Ourcq, 75019 Paris

Advertisement