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La gazette de la

lucarne

15 octobre 2014 2 €

n  74 o

La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris – tél. : 01 40 05 91 29 – http://lalucarnedesecrivains.wordpress.com

Fête-moi rire ! faSciSme Le risible, l’insolite ou l’inquiétant sont au coin des chemins, il suffit de les remarquer, et d’avoir un brin d’imagination. Un exemple ? Chaque jour, je passe à l’angle de la rue Pierre-Brossolette à Ivry-surSeine, devant la plaque municipale vissée à même le mur. Pour seule biographie de ce grand résistant, ces trois mots intemporels sous son nom, sans même la date de sa mort : « victime du fascisme ». En regardant de près, on découvre qu’une coquille sur cette plaque officielle a déformé le mot « fascisme » en lui retirant son second « S », rendant l’ensemble bizarre avec la redondance de rimes : « victime du fascime ». Dans la pénombre du petit matin, disparaît également sur cette plaque de rue le premier « S » de fascisme, le réduisant à un facile et ridicule « facime », sans chuintement ni terreur. Pour un peu, BroSSolette perdrait ses deux « S » et la communiste Ivry-Sur-Seine ses deux « S » auSSi. Voilà que soixante-dix ans après la mort du grand homme panthéonisé, l’aube efface le faSciSme et SeS dernierS SS. Pendant que la nuit, ailleurs, les multiplie. Armel Louis

Aux éclats Jean-Marie Renaud

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oi, que je vous fasse rire ? Vous voulez rigoler ? Si je vous faisais tordre de rire et que vous y restiez, tordu, on me ferait jeteur de sort, spécialité scoliose / cyphose. Si je vous faisais pisser aux culottes, vous n’aimeriez guère que je vous rende incontinent. Que je vous fasse pleurer de rire ou rire à pleurer, c’est égal, il faudrait de toute façon que je vous cède mon mouchoir. En remuant les oreilles, par un frémissement du bout de mon nez, je pourrais en pleine messe provoquer le fou rire que, bouillonnant, suffoquant, vous auriez bien du mal à contenir, la rigolouze vous étranglerait la pipe, selon Raymond Queneau. Je serais taxé de tentative d’assassinat par s­ uffocation. Assassin, je le serais assurément si, à vous faire mourir de rire, je provoquais véritablement votre trépas semblable à celui de Charlie Parker.

jean-Marie renaud

Éditorial

Tiens ! Parlons-en, du rire des Noirs, si sympathique qu’on ne soupçonne même pas, ya bon, que d’être ainsi qualifié, étiqueté, le bamboula Banania riait peut-être pour ne pas pleurer. Mais vous riez jaune ? Ne mourez pas de honte, on m’accuserait encore. Ce ne serait pas rigolo.


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La première gorgée de Bièvre Pierre Merle

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Illustration et deux extraits du Biévriana, ou jeux de mots de Monsieur de Bièvre, Madaran, 1814.

ans aller jusqu’à dire que cela bouleversa mes nourritures littéraires de base, je dois reconnaître que ma première gorgée de Bièvre ne fut pas un plaisir minuscule. Les suivantes non plus, d’ailleurs. Bien au contraire. Elle me fut servie, la première, sans crier gare alors que, plongé dans une pêche aux trésors chez un libraire spécialisé dans les livres anciens, j’ouvris au flan un opus intitulé Biévriana ou jeux de mots de Monsieur de Bièvre, publié à Paris par un mystérieux A.D. (en réalité Albéric Deville), en 1814. François-Georges Mareschal, marquis de Bièvre, était homme de lettres, mais aussi et surtout homme d’esprit, homme de cour, et grand habitué des salons Louis XVI (je parle ici du roi, pas du mobilier). Or, ne voilà-t-il pas que, en page 96 de ma trouvaille, me percuta l’anecdote suivante : un beau jour, une certaine mademoiselle R., fort proche à tous égards de notre exquis marquis, lui offrit son portrait qu’elle avait fait exécuter par ce qu’on appellerait peut-être de nos jours un « peintre au talent différé ». Tellement « différé », le talent du rapin, que, dès le premier coup d’œil, le marquis en eût un haut-le-cœur, traduisant aussitôt sa nausée en ces termes : — Ah, quel maladroit s’est avisé de faire une croûte de ma mie ! Voilà qui ne mange pas de pain, me direz-­vous, mais qui est gentiment envoyé quand même. L’histoire ne dit pas comment la demoiselle (qui, elle, trouvait sans doute l’œuvre suffisamment à son goût pour en faire cadeau à l’homme de ses pensées) prit la chose. Quant à moi qui ai toujours eu un léger faible pour les exquis mots, qu’il s’agisse de calembours bien coulants, de turlupinades aux truffes et autres gourmandises ou polissonneries langagières, je ne pus évidemment que faire illico l’emplette du ­recueil. Et puis le consommer à la régalade autant qu’à la rigolade ! 2

Une autre petite gorgée ? En 1778, est-il encore rapporté dans l’ouvrage, Louis XVI, au milieu d’un groupe de courtisans, « laissa échapper un signe d’affections venteuses » (sic) : — Bonne marque, s’écria Bièvre, voilà des bruits de paix qui courent à Versailles ! » Se situerait-t-on déjà ici, par ­hasard, dans la trajectoire de ce que Victor Hugo, peu porté sur le jeu de mots, nommera « la fiente de l’esprit qui vole » ? Allons donc, cher Totor ! On ne va pas non plus faire une tem… pête de ce fusant mais bien innocent zéphyr, autant dire de ce qu’on appellerait sans doute aujourd’hui une simple « Bièvre de comptoir ». Relire les pointes et saillies du Marquis de Bièvre, les évoquer, me fait souvent penser à Ridicule, un film de Patrice Leconte sorti en 1996, qui dépeignait

les mœurs acides des gens de la cour de Louis XVI. D’ailleurs, le scénario s’en est à l’évidence inspiré, ne serait-ce que pour la fameuse réplique « Sire, le roi n’est pas un sujet ! » que lance Ponceludon (personnage central du film joué par Charles Berling) au souverain qui vient de le mettre au défi de sortir tout à trac un bon mot sur sa royale personne. L’anecdote, répartie incluse, figure en effet et en version intégrale à la page 95 de mon Biévriana. La renommée de Bièvre fut telle que Diderot lui ­demanda de rédiger l’article « Calembour » du supplément à ­l’Encyclopédie. Un tel honneur, pour le marquis autant que pour ses chers jeux de mots, ne lui tourna nullement la tête, pas plus qu’il ne devait la lui faire perdre. À cette époque et dans sa position, c’était au moins ça de gagné !…


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Botox et mouche cousue

Sarah Mostrel

ou l’art de brosser un poil sur le cahier (de la célèbre expression être chauve)

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SOMMAIRE Page 1 

Édito d’Armel Louis

Aux Éclats, J.-M. Renaud

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La première gorgée de Bièvre, P. Merle

Il y a d’ailleurs toute une terre mine au logis particulière propre aux homo Nîmes. Des formes qui en englobent d’autres, qui les cognent, les contredisent, les explicitent, jusqu’à nous cons fondre, nous cons ta miner, nous cons damner. Finalement, ne les avons-nous pas méritées – nous qui nous prenons telle ment au sérieux – ces bizarroïdes locutions ? Quelle bonne idée finalement de se mou voir, de s’étaler le long du large et en travers de la page sans évidence, avec la seule obligation de… Quel était le sujet déjà ? Ah oui, rompre le silence, ne pas être le trouble-fête qui se dresserait contre le plein de la Fettencourt, et surtout, tenir faîte à la con train te. « Tututtt, restez peau lisse, untellectuel, impose le chef. Fête attention aux cygnes, aux longues heures passées à dis traire les vaches et les lecteurs éventuels qui se pencheraient sur ce dépôt de verbes auxquels même les pince-sans-rire ont cette fois, j’en suis sûr, esquissé un sourire en coin, ou, soie ions fous, se sont esclaffés comme une baleine ou comme un bossu, à rouge gorge déployée ! » Mais ­demeurons corrects… Le but éclair : annihiler une fois pour toutes (et pas de coutume) la (mauvaise) langue pour ramener le tout venant à se ­détendre, à se délester de ses chaînes et de son regard aveugle (allez comprendre !). Ciao et à votre bon cœur mes sieurs dames ! © Auguste derrière

I

l est difficile de faire rire. A supposer d’en avoir en vit, il faudrait encore connaître la recette qui ferait passer le virus. Je pense à des aphorismes absurdes, qui disent la chose et son contraire, à des phrases philosophiques complexes que l’interprétation manipulerait à son gré, à un abécédaire sur une thématique décalée. Des moyens d’échapper à la morosité, à la bien-pensance, aux insultes, à la confusion, au monde qui se perd, à perte de vie. Il y a, vous l’aurez compris, ces jeux de maux qui, comme par miracle, allient le fond avec la forme, reflètent les maladies imaginaires, psychosomatiques, incurables. Des calembours à l’étymologie incertaine, des rimes qui n’en sont pas, des rythmes incongrus, de l’humour rouge et noir. En choisissant la bienveillance, la palette est tout aussi vaste : Aquarelle de couleurs de Marie-Laure enceinte, de pie qu’à seau, de re(noir), de mot net, de de vinci (pas les parkings, ni la locution latine, mais de lait eau nard), de go gain, de « c’est zen » (pardon, c’est zan) de de là croââââ, de chat gale, de Got lib (« liberty » pour les heureux sceptiques), etc. On pourrait aussi faire le tour des pouet pouet, des écrits vains, des hauteurs qui n’en finissent pas de remplir des lignes et des colonnes vertébrales, pour léser une trace, se rang plumer ou se gare gare risée. Des calembredaines faciles, ­inconcevables, tirées par les chevaux (oui, par les chevaux), visuelles ou écrites, ­chantantes ou mourantes, mais toujours marrantes, il le faut, il le faux…

Site Auguste Derrière http://www.augustederriere.com/ 3

Page 3 

B  otox et mouche cousue, S. Mostrel

Page 4 

Je suis un bon exemple, R. Bag

Page 5 

En travaux, Les P. poétesses

Page 6 

Fais-moi peur, B. Moussette

Un contretemps, J.-J. Nuel

Page 7 Les soirées de la Lucarne Page 8 

Aquaphilie, J. Grieu

Page 9 S

, efficacité :

 implicité

Tuyau mon ami, B. Gasco Page 10 

Collectionneur, P. Le Divenah

Page 11 

Jurons ad hoc, H. Fréalle

Page 12 

À  vendre : maison de poète, H. Tayon


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Je suis un bon exemple*

joël franz rosell

Rubén Bag

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* Traduction de l’espagnol (Argentine) par Brigitte Natanson.

e suis un bon exemple pour moi-même. Je fais ce que je désire ; ce que j’aime. Je n’en parle pas beaucoup, je le fais. Je me sens mal si quelqu’un se rend compte que je réalise mes désirs. Le fameux psycho-magicien Œil d’Or (Alejandro Jodorowsky) a bien vu, il y a longtemps, que j’étais le roi des désirs. J’agis ainsi pour être fidèle, fidèle à moi-même. Si je suis authentique quelqu’un voudra m’imiter, mais je ne m’occupe pas de penser à ce que pourrait provoquer ma façon de rompre l’ordre établi. Mon but est de me remplir de plaisir et de chasser l’angoisse, les obligations.

Ceux qui obéissent sont dangereux, ils peuvent te tuer si quelqu’un le leur ordonne. Beaucoup ont obéi et assassiné de merveilleuses jeunesses. Le bon exemple est faire ce que l’on veut. Je ne supporte pas que quelqu’un me dise : mais si tu voulais le faire, pourquoi ne l’as-tu pas fait ? Je cherche avec frénésie tous les plaisirs qui me manquent pour continuer à être un exemple pour moi-même. Le plaisir de voler, de caresser les peaux qui me plaisent, de savourer le désir des autres lorsqu’il coïncide avec le mien. Le bon exemple c’est quand quelqu’un me dit : « Ce que tu as dit et ce que tu as fait a influencé ma vie et continue à agir sur moi. Merci d’exister et d’être là. » Je ne crois pas en l’obéissance. Je ne crois pas en ceux qui disent : « Fais-le pour ton bien ». J’en ai assez de ceux qui croient qu’ils savent tout, de ceux qui se sentent supérieur ou de ceux qui cherchent l’approbation des autres. Les maudits « bons exemples » ont ruiné beaucoup de vies. Que vive la liberté de chacun du moment que chacun laisse en paix les unes et les autres. J’aime le plaisir qui construit, j’aime désobéir aux ordres stupides. Le meilleur bon exemple est que je sois moi, jouissant du plaisir qui pourra aider les unes et les autres.

Le canard dans le café : toujours au sucre de cane. Benjamin Chinour 4


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En travaux

les pompières poétesses

Les Pompières poétesses

À trop lire les maîtres à poncer, il termina avec la gueule de bois et un cerveau à copeaux. Benjamin Chinour 5

Les Pompières-Poétesses sont au théâtre de PocheMontparnasse, tous les samedis à 17 h, jusqu’au 27 décembre 2014. http://www.theatredepoche-montparnasse.com/ saison-20142015/


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Fais-moi peur Baptiste Moussette

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u es à quelques pas. Il fait sombre, pas tout à fait noir, l’air est lourd. Je suis tes formes, les suis de mes yeux, mais ce n’est pas eux qui te devinent. Entre nous, il n’y a rien, ni chaise ni table, ni vase cassé ni même encore debout, rien, si ce n’est ­ notre propre prolongement, palpable, saisissable, et sans cesse déjà fuyant. Solitude… la nuit se tait, et quel poète pourrait trancher, entre une nuit qui nous écoute ou qui, indifférente, nous voûte. Quand on danse, que les pieds commencent à battre, d’abord lents et puis… c’est comme un frisson qui remonte et se propage, quand on danse ainsi, tout devient facile, dans l’oubli de la difficulté à se mouvoir. Nous ne dansons pas,

ni ne sommes fixes, il se respire la violence de corps et de langues qui ne se rencontrent plus. Je bois, quelque chose de ton regard, je ne saurai dire, puis le ­recrache à ta poitrine. Je bois, je suis ainsi, je m’enivre de tout, même du pire. Toi, tu es trop proche trop loin, et quelque part dans les craquelures de ton vif, un tiroir… qu’une enfant seule, pourrait entrouvrir. Te saisir, l’échine, les mains. Tu es à quelques pas, l’entrebâillement d’une porte, et je te livre une c­ aresse sans peau, en l’absence de tes mains froides. Ce qui se prolonge, pénombre mouvante, manœuvre à nos pieds, simplicité perdue. Tu es à quelques pas. Crayonneux, je suis tes formes, comme pour

Ne pas confondre (bis) : la pomme d’Adam du voisin et l’amygdale des locataires.

Un contretemps

Benjamin Chinour

Jean-Jacques Nuel

L

e jour où le préfet du Rhône et de la région RhôneAlpes, revêtu de son uniforme brodé de feuilles de chêne et d’olivier, de sa casquette et de ses gants blancs, accompagné de son directeur de cabinet, est venu m’annoncer officiellement que l’on m’avait décerné le prix Nobel de littérature, j’étais malencontreusement absent de mon domicile, effectuant comme chaque après-midi ma promenade

les marquer de mon passage, je les suis de mes yeux, esquisse un visage. Il me dit quelque chose. En tout cas, ce bout de joue-là, qui part à droite et non à gauche quand le bras gauche se lève et non le droit, et puis ces paupières qui tombent… c’est incroyable comme le degré de la pente me semble familier, à croire que mes globes ont appris à y conduire. Et voilà que tu bailles, quel toupet ! Tu bailles devant moi et te voyant, tu me fais bailler en même temps. Et si tu te grattes le nez, qu’en est-il du mien ? Il se gratte au même endroit. Grimace un peu pour voir ? Paupières, joues, lèvres, stupeur ! Au-devant mon reflet. Oh miroir, mon miroir, il y a un monstre à s’apercevoir.

rituelle autour du pâté de maisons. La notification, ne pouvant m’être remise en mains propres, fut alors déposée dans ma boîte aux lettres. C’est du moins ce qui m’a été dit, hier, à la préfecture, par le nouveau préfet du Rhône et de la région Rhône-Alpes qui a consulté les archives de ses prédécesseurs, et je n’ai aucune raison de mettre en doute la parole d’un représentant de la République. Mais je n’ai jamais trouvé cet avis 6

dans ma boîte (a-t-il été volé, égaré, ou l’aurais-je par mégarde jeté avec des publicités ?), et j’ai donc ignoré jusqu’à ces derniers jours que mon œuvre avait été couronnée de cette récompense prestigieuse. Cet incident est bien regrettable, mais comment faire la lumière quinze ans après les faits ? Dommage. La cérémonie de remise du prix Nobel aurait été l’occasion de me rendre à Stockholm ; je ne voyage pas si souvent.


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Soirées de la Lucarne  Jeudi 16 octobre à 19 h 30

 Vendredi 31 octobre à 19 h 30

Soirée spectacle débat

Soirée Art et Poésie

Soirée organisée avec Marie-Claire Calmus qui présentera son quatrième volumes des Chroniques de la Flèche d’or (Rafaël de Surtis éd.).

Avec les éditions Voix Tissées, en présence de l’éditrice Martine Magtyar, en présence des poètes Jean-François Forestier, Jean-Marc Thévenin, et de la peintre Solange Guégeais. Lectures de Valérie Bellet.

 Samedi 18 octobre à 19 h 30

Soirée franco-roumaine

 Mercredi 5 novembre à partir de 18 h

Vernisssage de l’exposition d’aquarelles de Caroline Dehan

Soirée littéraire « D’une langue à l’autre », avec Sonia Elvireanu pour Între Răsărit și apus / Entre le lever et le coucher (poèmes, éd. bilingue roumaine-française) ; Denis Emorine pour Triptyque vénitien / Trityc veneţian (éd. bilingue roumaine-française) ; Michel Ducobu ; Christian Tămaș et Brândușa Tămaș, directrice des éditions Ars longa.

Exposition du lundi 3 au samedi 15 novembre.

 Jeudi 23 octobre à 19 h 30

 Vendredi 7 novembre à 19 h 30

Atelier Les mots en terre

Soirée Art thérapie

Un atelier animé par Nathalie-Noëlle Rimlinger, en deux temps sur le thème : la sexualité comme vous l’entendez, ou le plaisir charnel.  Vendredi 24 octobre à 19 h 30

Spectacle théâtral Une mise en scène de La Chute de Camus, avec Stanislas de la Tousche et Géraud Bénech. Un homme, ancien avocat parisien réfugié à Amsterdam sert obligeamment de guide à un Français de passage, rencontré dans un bar du port. Cinq jours durant, il se racontera, se confessera à son interlocuteur, en se faisant de plus en plus intime…  Jeudi 30 octobre à 19 h 30

Soirée Humour toujours Avec Jean-Pierre Delaune et l’Académie Alphonse Allais, autour du recueil D’Alphonse à Allais, chez Bibliomnibus. Une manière de biographie vue sous l’angle de ses facéties et mystifications, racontée par lui-même et par ses contemporains, et ordonnée par Jean-Pierre Delaune.

Avec Jean-Pierre Klein, autour de son livre Initiation à l’art-thérapie (Marabout). Découvrez-vous artiste de votre vie ! L’art-thérapie est à la mode… mais entre les publications scientifiques et les livres de dessin, il n’existait pas encore de guide destiné au grand public.  Mardi 11 novembre à 19 h 30

Soirée « Non à la guerre » Lectures de textes pacifistes avec les Éditions du Champtin. Face aux guerres d’aujourd’hui au nom de la démocratie des droits de l’homme, il est bon de rappeler que depuis 1870, avec les guerres colonialistes puis mondiales de 1914 et de 1945, les antimilitaristes, les pacifistes dénoncent les profiteurs de toutes les guerres.  Mercredi 12 novembre à 19 h 30

Lectures de Joyce, beckett et compagnie Claude Merlin lira Beckett, Rabelais, Guattari, Joyce… « Est-ce le verbe qui se fait chair ? Ou la chair qui se fait verbe ? Et qu’est-ce qui passe de l’écrit à l’oral, de l’oral à l’écrit (ou au scriptural) ? »

Plus de détails sur : http://lalucarnedesecrivains.wordpress.com La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris - Tél. : 01 40 05 91 51

Appel à textes Qu’est-ce qu’on fête quand on fête les morts ? Envoyez vos textes à Bruno Testa : testa999@yahoo.fr, avant mercredi 5 novembre inclus. En mots (2 500 signes maxi) ou en images (dessins, photos). 7

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15 octobre 2014

Aquaphilie

Histoires d’eau Jacques Grieu

Mac Mahon l’avait dit, l’eau c’est pour nous l’espoir. Adieu le cher pétrole, il n’est plus notre or noir ! En cent langues traduit, cela reste évident, Que la guerre de l’eau au bout du nez nous pend. L’eau sera, me dit-on, de demain le pétrole. On a l’eau à la bouche avec un tel pactole ! Mais il faudra du temps pour l’oubli du mazout : Quand l’eau creuse le roc, c’est toujours goutte à goutte. Nos fleuves seront donc tout bordés de derricks ? Forera-t-on partout nos nappes phréatiques ? Cette révolution serait à l’eau de rose ; C’est clair comme eau de roche et la chose s’arrose !

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Eau d’ici ? Eau de là ? Ou celle de là-bas ? Eau courante ou eau plate, il y aurait débat. Si c’est de l’eau dormante, attention ! Eau qui dort… Eau-forte ou de Javel ? Il faut goûter d’abord. Châteaux d’eau en Espagne ? Des coups d’épée dans l’eau ? Prenons garde aux experts qui emmènent en bateau : L’eau n’est pas toujours fraîche en chaque puits de science, Et des économistes on sait l’outrecuidance. On sera bec dans l’eau si la nouvelle est fausse, Donnant l’eau au moulin de celui qui se gausse. Eau de vie sème mort : paradoxe faussé, Car de l’eau dans son vin, il faut savoir verser. Quand trop d’eau dans le gaz, tout risque d’exploser, Mais tirer chasse d’eau ne chasse le danger ! Qui veut sécher plus vite enlève l’eau du bain Négligeant la voie d’eau qui effraie le marin. Noyade en verre d’eau n’est pas pour l’alcoolique, L’eau s’apprend par la soif, mais c’est une autre éthique… Car si c’est bien le vin qui nous rend l’eau potable, Celui qui tombe à l’eau la trouve détestable. Chacun dirige l’eau vers son propre moulin Mais le chat échaudé, l’eau froide tâte en vain. Comme poisson dans l’eau, je suis donc plein d’espoir, Mais me dis que l’eau trouble est un mauvais miroir…

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Simplicité, efficacité : Bernard Gasco

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ui, un ami fidèle dont la simplicité et l’efficacité m’ont toujours émerveillé, mon sexe, disons plutôt par dignité, crainte de l’exhibitionnisme et pour hausser la réflexion jusqu’au général, le sexe masculin. Effectivement, il n’a pas été suffisamment relevé et analysé jusqu’ici que le moyen de plus tangible pour la femme, le plus direct pour un homme de la ­rejoindre, la lier comme belle moisson, communiquer le plus fort avec elle, est ce tuyau dont est pourvu le mâle, qui, se mettant en branle pour un oui, même pour un non en gérant le peut-être, conduit, évidence sémantique, vers elle sans avoir de cesse qu’il n’ait trouvé, certes une main secourable, mais surtout un orifice con-venant, laquelle femme en est abondamment pourvue en variété dont l’utilité est aussi commune que certaine, si la jouissance et l’intensité du plaisir qu’ils offrent chacun sont différentes. Une réflexion sur ledit tuyau, sa nature, son architecture, ses usages domestiques ou extérieurs, mène pourtant à de multiples satisfactions devant, pour commencer, la simplicité mécanique de son fonctionnement, qui, sous l’apparence du primaire, du bestial buté, cache des prouesses d’inventivité technique que l’histoire entière de l’honorable confrérie des « Compagnons du Devoir » adouberait d’enthousiasme en le faisant Chevalier de la guerre éternelle, emplie de magnifiques victoires comme de fiascos d’émotivité, celle des sexes. Le Grand Ingénieur a fait très fort… Un maître… Piston solide, dur au bien, au mal, toujours disponible, chef-d’œuvre qui n’existe probablement que là, entre nos jambes et les leurs à l’occasion. Il faudra certes répondre à ce qu’elles ne manqueront pas de mettre en avant, savoir que l’entier mérite de la petite, quoique, merveille et de son merveilleux fonctionnement ne revient qu’aux différents nids ­‑mignons qu’elles lui offrent, à l’harmonie, la grâce des plis et replis de leur corps, monts et vallons, l’extraordinaire soin qu’elles apportent dans sa présentation,

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Tuyau mon ami sa préparation, les peintures dont elles le marquent, les parfums dont elle l’embrument tout en préservant strictement ici, là, les inexpugnables odeurs qui transforment l’homme en pauvre petit chien truffier ayant perdu ce qui le caractérise au quotidien, orgueil et dignité, desquels il s’esbaudit en se répandant, le bougre, dressé majestueusement, demeurant là, serviteur muet sinon fidèle. Cela sera fait d’abord par le rappel d’expérience qu’il n’a point besoin de somptueux paysages en formes de dames pour réjouir ses balancements de reptile avant les laiteuses saccades, capable qu’il est de se pavaner seul comme un grand s’il est extrait de ce petit sac où nous le déposons le matin dans nos tenues de mâles des sociétés industrielles avancées pour vaquer à notre si dur quotidien sans oublier un instant sa douce présence. Puis, quel travail ! Patient, méthodique, avec de brusques retraits, de furieuses accélérations, avec aussi de tendres atermoiements, des balbutiements d’enfant, des péroraisons de Cicéron, le sens du devoir, la folle bestialité ou le respect de l’humus, de la glèbe comme un labour en Beauce mais qui ne sera jamais présenté à Notre-Dame de Chartres, sans lui trouver d’autre signification que celle d’une histoire avec un début et une fin, étant de plus en plus superflu de conclure par la seule obéissance à son aveugle, primaire, fondamentale, spermatozoïdale, procréationnelle finalité. Pardonnez à nous, très vieux vieillards, d’interpeller encore ainsi après avoir il y a si longtemps déclaré la grande guerre éternelle sans les politesses de Fontenoy, notre guerre, dont les débuts ne faisaient pas dans la dentelle, mais sur des cotons pas toujours impeccables… Reste l’insoluble, le mignon, le plaisant, le brutal, il s’agit bien d’un tuyau capable d’aller et venir sur luimême éternellement, au moins jusqu’à aujourd’hui. Avec une consommation proche de zéro, preuve en mains que l’écologie est notre meilleur soutien.

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Ci-contre : poterie funéraire en forme de phallus, Burkina Faso, Ier  siècle av. J.-C.


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Collectionneur* Patrick Le Divenah

j’

* Extrait de Spiralesques (inédit), Patrick Le Divenah.

ai collectionné les chaises alors que j’aurais pu collec­ tionner les timbres les timbres petits tout petits feuillets presque invisibles serrés dans un album de peu d’encombrement j’aurais vécu sans encombre mais c’est les chaises que j’ai préféré oui j’ai préféré les chaises pourquoi aije préféré les chaises parce qu’au début j’avais peu de chaises alors que j’avais beaucoup de timbres mais je ne collectionnais pas les timbres et je ne pouvais pas asseoir mes invités sur des timbres alors j’ai acheté une chaise de plus une jolie chaise mais il fallait d’autres chaises qui aillent avec la jolie chaise et de chaise en chaise j’ai acquis une collection de chaises maintenant je pourrais asseoir mes invités mais il y a trop de chaises des chaises qui empêchent d’avoir une table je vais devoir changer d’appartement prendre plus grand assez grand pour mettre les

chaises autour d’une table peutêtre deux tables je ne sais pas si ça suffira ça va être difficile de choisir je ne sais pas si trois tables même suffiront peut-être pas mais je sais que j’ai très envie de collectionner les tables les tables les tables les tables les tables les tables les tables les tables les tab j’ai collectionné les timbres alors que j’aurais pu collectionner les chaises les chaises grandes très grandes pas les petits timbres ces tout petits feuillets presque invisibles serrés dans un album de peu d’encombrement j’aurais vécu avec encombre mais c’est les timbres que j’ai préférés pourquoi ai-je préféré les timbres parce qu’au début j’avais peu de timbres alors que j’avais beaucoup de chaises mais je ne collectionnais pas les chaises et je ne pouvais pas échanger des chaises avec mes invités alors j’ai acheté un timbre de plus

Faire contre mauvaise fortune, bunker. Benjamin Chinour

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un joli timbre mais il fallait d’autres timbres qui complètent le joli timbre et de timbre en timbre j’ai acquis une collection de timbres maintenant je pourrais échanger des timbres avec mes invités car j’achète beaucoup de timbres des timbres que je voudrais montrer à mes invités assis sur des chaises je vais devoir changer d’appartement prendre plus petit assez petit pour mettre les timbres sur une table avec autour deux chaises pas plus disons peut-être trois je ne sais pas si ça suffira ça va être difficile de choisir je ne sais pas si trois chaises même suffiront peut-être pas mais je sais que j’ai très envie d’échanger mes timbres peut-être pourrai-je les échanger contre des chaises mais je ne collectionne pas les chaises alors il vaudrait mieux échanger mes chaises contre des timbres des timbres des timbres des tim


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Hubert Fréalle

joël franz rosell

Jurons ad hoc

15 octobre 2014

C

lown ectoplasmique !... Crépuscule des idoles !... Conseilleur de désorientations !... Rhume des foins !... Hippopotamus !... Éléphant bleu !... Écraseur de petits pois !... Hirsute tous azimuts !... Tempête dans un verre d’eau !... Comète sans son Halley !... Tribunal d’injustice !... Manège payant !... Clown au chômage !... Butor sans lettres !... Assommoir !... Augmentateur d’impôts !... Dégueulasse à bout de souffle !... Mauvais Calimero !... Erroll Flynn en carton !... Robin sans les bois !... Oublieux du jaune Bonnard !... Qui connaît pas ses classiques !... Vendeur de Prisunic !... Clown inquiétant !... Gaufre pas liégeoise !... Faux Tintin !... Vrai germanopratin !... Accélérateur de ridicule !... Fils de pub !... Homme sans voile !... Triste sire !... Privé de dessert !... Haricot pas magique !... Conservateur !... Amoureux de la Française des Jeux !... Clown de Monoprix !... Escaladeur de plat pays !... Excédent bovin de la C.E.E. !... Flammeküche A.O.C. !... Pas l’ami de Quick et Flupke !... Soufflet retombé !... Mangeur d’économies !... Tournesol brûlé !... Whisky du Luxembourg !... Écrevisse à prendre avec des pincettes !... Handicapé du swing !... Bon pour la planche !... Clown de théâtre fermé !...

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ISSN 2101-5201 La Gazette de La Lucarne mensuel de La Lucarne des Écrivains Rédaction et administration : 115 rue de L’Ourcq, 75019 Paris lalucarnedesecrivains@gmail.com Directeur de la publication : Armel Louis Coordination du numéro : Armel Louis Maquettiste : Emmanuelle Sellal.


no 74

À vendre : maison de poète Hélène tayon

S

walter crane (1845-1915) / cC

i je vous raconte que j’arrive pas à vendre mon bien, vous allez vous mettre à rigoler ! C’est toujours comme ça, paraît que je dis des bêtises qui font rigoler. C’est vrai que je suis pas été beaucoup aux écoles, que des fois les mots se bousculent au portail mais j’ai quand même pas un casier de vide, je vois bien que personne achète ma maison et je suis tout tressé. C’est comme ça que le Raymond a commencé, il se tressait pour un pet de lapin et maintenant il a la maladie du Père Kinson, la tremblade à rien pouvoir bidouiller, la goule tordue comme un Mongol. Mais moi, j’ai pas encore les deux mains dans le même sabot et je fais tout en bon uniforme. Ce juillet, j’ai peint le portail en rouge nénuphar, j’ai mis des lampes dehors partout, la nuit c’est une vraie élimination, j’ai semé des roses crémières dans la racaille, bref, le jardin est niquette, à part les moustiques qui pilulent. Pour carolifuger la pompe du puits, les assurances font des évolutions, une fortune, sauf que les nappes néphrétiques, ou frénétiques, la flotte quoi, sont peut-être à sec, faut voir avant de payer.

Début août, l’agence m’a envoyé un couple avec un petit qu’ils sont allés adapter au Vietnam et figurez-vous que maintenant la dame se retrouve enceinte ! Elle a passé sa chorégraphie, c’est pour janvier, une fille. C’est gentil, tout ça, mais ils ont dit non, y a trop à tondre ! Dix jours après, on m’a rabattu un Hollandais. Il parle la langue aussi bien que moi, normal, il a marié une Bretonne et il est neutralisé français. Lui, il a trouvé que le terrain était pas assez grand pour son cheval ! J’y avais six vaches, moi ! Il lui faut tout le canton à ce carnasson ? Et voilà sectembre qui passe… Quand c’est-y que je vais trouver un armateur sérieux que ma maison lui plaira ? Je peux pas poivroter longtemps, moi ! Je suis vieux, seul, je veux acheter plus petit mais j’ai pas les sous, faut que je vende. Sans compter que les taxes froncières c’est du quitte ou double depuis l’an dernier… J’ai trimé toute ma vie, payé rubis sur l’oncle, toujours à barancoler pour aider les voisins, et voilà qu’avec cette crise que rien se vend, je me retrouve comme qui dirait sectionné, c’est pas juste. Faut que mon neveu me fasse une annonce avec des photos sur l’ordinateur, paraît que ça peut marcher hélico presto… Le jour que je vends, la fête, gueuleton, cuite ! Puis, gâteau sur la cerise, je me place un petit pédicule au Crédit… Et rigolez toujours en attendant !

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15 octobre 2014

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La Gazette de la Lucarne n° 74 - 15 octobre 2014  

La gazette de la librairie de la Lucarne des Écrivains, 115 rue de l'Ourcq, 75019 Paris

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