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La gazette de la

15 mai 2013 2 €

lucarne

n  59 o

La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris – tél. : 01 40 05 91 29 – http://lalucarnedesecrivains.wordpress.com

Éditorial

Sujet libre et libre sujet Caroline Rimet

En mai, s’il vous plaît, écrivez sur ce qui vous plaît. Écris sur c’que t’aimes, c’était le thème. Normal, donc que l’Amour avec un grand Ah ! et le désamour avec ses petits dés capable de le déglinguer, occupe dans ces pages une grande place. Dix auteurs y ont répondu de manière différente, en traitant l’autre éternel sujet de la littérature, la mort. La meilleure surprise pour moi, est venue de la Guadeloupe. Le seul parti de la Gazette a toujours été le parti de la poésie. Notre ami Patrice Ganot (les recueils de son double poétique, Stéphane Od-Ray Gaïac, se trouvent dans les rayons de la Lucarne) nous a envoyé un logo qu’il a créé pour la Centrale syndicale dans laquelle il milite. Rendu public à la date symbolique du 1er mai, j’y vois une sorte de calligramme moderne : mieux qu’une simple rêverie de jour férié, une belle invitation à bouger. Amies lectrices, amis lecteurs, si vous ne recevez que la Gazette en papier, je tiens à vous signaler qu’en prime, vous pourriez en voir toutes les couleurs… sur la version numérique, qu’il est on ne peut plus facile de demander ! Bonne lecture et retrouvons-nous en juin ! Marc Albert-Levin

B

igre, encore un sujet libre ! C’est-à-dire qu’il me revient d’en choisir un qui soit insolite, original, non convenu, plaisant, intéressant, accrocheur, perturbateur, inquiétant, dérangeant, personnel, privé, intime et… n’importe quoi pourvu qu’il ne lasse pas les futurs lecteurs de la Gazette. C’est quand même la deuxième fois qu’ils me font le coup les éminents et talentueux coordinateurs, et je dois avouer que cette perspective me navre, me hante, m’épuise, me creuse, me désespère, me met la pression si bien que je suis sûre d’en ­rêver la nuit. Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter cette fois encore ? Le syndrome de la page blanche, non surtout pas, car c’est vraiment trop présomptueux et je vais me faire traiter de pesteprétentieuse-qui-se-prend-pourun-écrivain (je n’aime pas trop le terme « écrivaine » à cause de la troisième syllabe). Parler des caprices du temps, ça intéresse tout le monde, surtout les intellectuels tendance écolo qui y voient une vraie bombe à

retardement, mais faire allusion à une bombe n’est vraiment pas politiquement correct en ces temps troublés où des individus sans conscience tuent et mutilent ­outre-Atlantique des marathoniens et les badauds venus les encourager. Parler de géopolitique, pourquoi pas ? Mais Le Monde diplomatique le fait tellement bien que je crains de passer pour une pâle plagiaire et puis, que dire d’original ? Que la Syrie se noie dans un bain de sang ? Que la Chine continue de narguer l’Europe avec ses prodigieux excédents commerciaux ? Que le Bangladesh est devenu le sous-prolétariat d’une économie mondialisée ? Tout le monde le sait et (presque) tout le monde s’en fiche… Il y a bien les sentiments, mais les miens sont tout sauf inédits : je n’aime pas être amoureuse à sens unique, je pleure au c­ inéma, la vue d’un homme avec un bébé dans les bras me fascine,

Suite page 3.


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Amour A et désamour

patrick le divenah

nnabelle

L

ongtemps, ils se sont ­côtoyés sans rien ­attendre. Puis d’un coup, sans rien dire ni faire, leur regard a changé. Les liens se sont resserrés, ils se sont ­retrouvés soumis à l’irrésistible attraction. Chaque matin, depuis trois mois, elle se réveille au son d’un « bip » enchanteur, signe d’un message laissé sur son portable. Il se ­dévoile peu à peu, tisse la toile de son amour, elle en est la reine. Ce matin, pour la première fois, elle se rend chez lui, imagine le décor de son appartement. Non, elle s’en fout. Elle a le trac, elle a l’impression d’être une écolière qui se rend à son premier rendez-vous. Elle tient un sac de deux croissants achetés en vitesse à la boulangerie à côté de la bouche de m ­ étro dans laquelle elle s’est engouffrée. Elle sait bien qu’ils ne vont pas les manger, mais cela lui donne une certaine contenance. Elle ressent de l’exaltation, serre le ­paquet de croissants contre elle… Elle est arrivée, monte, sonne. La porte s’ouvre, la musique en arrière-fond, elle devine « My girl » des Rolling Stones. Il la

regarde. Elle sent son désir. Elle voudrait dire quelque chose, mais elle est comme paralysée. Le temps a suspendu sa course Il l’entraîne vers sa chambre. En cette fin d’été, la lumière est tamisée par les persiennes, qui laissent passer un éclairage zébré sur les draps pas encore froissés. Tout est silencieux. Seuls leurs souffles, courts et ­ rapides, r ythment cette journée. Dans ­ un mouvement de valse, sa bouche plaquée sur la sienne, il l’allonge sur le lit, défait son chignon. Ses boucles se répandent sur ses épaules. Elle se perd dans son étreinte, chavire sous ses caresses, s’abandonne à des sens encore inconnus. Pulsions animales. Possessions, dépossessions. Elle s’abandonne. Il est elle. Elle est lui. « Tu es ma dame de cœur. Je t’ai toujours attendue et cherchée, je ne savais pas que tu existais. » Promesse d’amour et de complicité. Elle s’ouvre, il s’engloutit, se fond en elle, moment unique et intemporel. Le bruissement des draps, des caresses sur leurs corps, les respirations e­ mplissent la chambre. Elle est. Vivante. Explosion. Elle le rejoint. Deux années passent. Ils se voient régulièrement… Mais le moment magique de l’évidente réciprocité cède peu à peu la place à l’asymétrie. Chaque jour est pour lui un jour nouveau et pour elle un jour de plus. Il l’avait réveillée, révélée. Il voulait son amour mais pas son attachement. 2

Mensonge. Déliquescence. Désengagement insidieux au fil des mois… Pourquoi avait-il tellement tenu à la séduire ? Elle n’existe plus que par son regard. Elle n’est plus en admiration devant lui, n’accepte plus ses jolies phrases. Elle veut des preuves d’amour. Il lui répond : « Comment peux-tu en douter ? » et lui dit « À bientôt ». Il disparaît et lui envoie des messages, chaque jour. Le bip ­enchanteur du téléphone a perdu de son charme, tout comme il est devenu la preuve de son existence, à lui. Elle est seule, perdue, paumée, abandonnée  : «  Tu ne devais ­jamais lâcher ma main. » « Où es-tu ?» Elle est là, abîmée, meurtrie, disloquée, le cœur fendu, le feu de la passion l’a bouffée de l’intérieur, elle n’est plus ce corps qui se meut. Elle n’a plus ­aucune conscience de rien Elle ne veut pas qu’ils se quittent fâchés, ni qu’ils se quittent tout court. Mais… il a tout fait pour qu’elle se détache de lui, et tout fait pour clamer son amour quand elle commence à se détacher. « Quand tu n’es pas là, je préfère rester seul afin de ne pas couper l’invisible fil qui me relie à toi, mon ange. » « Je ne peux me passer de toi, tu es devenue mon opium. » Ses mots d’amour d ­eviennent son tourment. « Petite mauve, ne te fie pas aux apparences. J’en crève de ne pouvoir être là, je t’aime. » Il fait tout pour attiser et entretenir le feu, sans être présent. Elle trouve la patience de l’attendre, s’en voulant de cette défaillance.


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SOMMAIRE

Suite de la page 1.

Sujet libre et libre sujet je ne comprends ­toujours pas pourquoi mes relations avec ma mère sont aussi conflictuelles, la vieillesse et la maladie me font peur, les serpents et les rats me terrorisent, et je me demande si j’aurais eu le courage de cacher des enfants juifs sous l’Occupation. Rien de folichon vraiment ! Et la poésie ? J’aime la poésie et j’adorerais écrire des poèmes façon Rimbaud ou de Heredia. Le problème c’est que je fais partie des gens qui comptent avec leurs doigts le nombre de pieds et que je ne veux pas être assimilée à une dactylographe, hors de question !

page 1

Édito,

Faire dans l’absurde ? Écrire un texte sans queue ni tête, à la fois difficile à lire et éprouvant par sa vacuité ostentatoire ? Non, c’est tout à fait impossible, car je suis une personne très rationnelle qui aime donner du sens au sens. Tout bien réfléchi, je suis un sujet libre et je me réserve par conséquent le droit de ne pas écrire du tout dans le ­numéro 59. Tant pis si certains déplorent mon manque d’imagination. C’était quoi le sujet déjà ?  C. Rimet

M. Albert-Levin. et Sujet libre et libre sujet, C. Rimet. page 2-3

Amour et désamour, Annabelle. page 4-6

J’aurais dû choisir Shangaï, C. D’Orgeval. et « Pétales », E. Oberlé.

Suite de la page 2. L’amour existe-t-il en ­dehors de toute pré­sence ? Illusion des sentiments, de la séduction. Pervers qu’il est sans qu’elle l’ait deviné. Elle devient comme prison­ nière de l’amour qu’elle lui porte et qu’il ne semble voir, pire qu’il connait mais auquel il ne prête pas attention. « Il ne me mérite pas ». Il la maintient sous son emprise et la rattrape à chaque fois qu’elle s’en défait. Ensevelie sous le poids de l’amour mal partagé,

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qui l’entraîne telle une enclume vers des profondeurs troubles et sans espoir. Survivre : effacer les mots, la mémoire. Se révolter : marre du dandysme éthéré, de sa noirceur, de son velvet underground. Elle est là comme une conne. Les larmes coulent, la boule au ventre, le cœur qui tiraille, elle se tient la tête entre ses mains, ramenant ses cheveux à ­l’arrière. Elle voudrait pouvoir détacher cette tête pensante de son corps,

et s’arracher le cœur… effondrée, d’en être arrivée là. Plus d’humilité, un peu de fierté ! Chiffe molle qu’elle est devenue ! « Après tout il ne tenait qu’à moi de dire stop. » Elle l’a laissé la maltraiter, au nom d’un amour impalpable, de sentiments invisibles. Danse macabre. Chute. Chut… tout est silence, presque... Bip bip bip, fait le téléphone dans le vide de l’abîme laissé par l’insoutenable amour… L’ange n’est plus.  Annabelle

Les soirées de La Lucarne. page 8

L’invitation, F. Schmitt. et Après le massacre de Newton, R. Hartheis. page 9

À l’aéroport, Z. Zéraphim. et Exil, E. Oberlé ●

page 10

Premier rendez-vous avec L. F. Céline, A. Moreau. ●

Appel à textes

page 11

Pauvre Martin,

Le numéro du 15 juin de la gazette aura pour thème : « variations autour du vouvoiement et du tutoiement ». Merci d’envoyer vos textes à : caroline.rimet@laposte.net qui vous tutoiera volontiers lors d’une prochaine soirée à la Lucarne des Écrivains. Caroline Rimet

S. Mostrel. ●

Le nouveau logo de la CTU, P. Ganot.

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15 mai 2013

J’aurais dû choisir Shangaï

Erwyn van der Meer / creatives commons

Colete D’Orgeval

A

près des adieux interminables, je rendis enfin mon dernier soupir. De l’autre côté m’attendaient mes nouveaux compagnons. Le comité d’accueil habituel, je suppose, des employés en uniforme et des curieux, avec chansons et bonne humeur de commande. Et au premier rang, à scruter l’arrivant, ELLE. Dalia. Mon aînée qui m’avait toujours détesté. Morte trois jours avant, du même accident de voiture que moi. Ma béatitude n’avait duré que trois jours de coma et une fraction d’éternité. J’essayai de l’éviter, mais elle m’agrippa dans la foule des décédés : « Je te préviens, si tu dis que tu es mon frère, tu le regretteras. » Pinçons, gifles, insultes, sable dans les soupes, araignées dans les poches, souris dans les lits, cafetages et chantages, accusations injustes, toutes les agressions familières de mon enfance, auxquelles avaient succédé, à l’âge adulte, cancans, débinages, calomnies, actes malveillants, peaux de bananes, jusqu’à ce retour en pleine nuit, où sa crise de nerfs au volant nous avait coûté à tous les deux la vie, tout cela allait

reprendre son cours. Cette fois, cher monsieur, pour l’éternité. Assez vite, en discutant avec mes voisins de résidence, d’anciens arrivés avec qui j’avais sympathisé, je me rendis compte qu’une éternité d’emmerdements familiaux était chose courante, ça avait même un nom, ça s’appelait purgatoire, car, oui, nous étions au purgatoire. Dalia ne me lâchait plus d’une semelle maintenant qu’elle m’avait récupéré, me collant à tout bout de champ des beignes ponctuées de «  happy perpète, pot de glu ! » À plusieurs reprises, si mes camarades ne m’avaient empoigné, Dieu sait dans quel état son corps subtil se trouverait à l’heure actuelle. La seule pensée qui me réconfortait était qu’elle aussi avait, par ma présence, son lot d’emmerdements, sinon elle n’aurait pas été là, ça faisait un équilibre. Aucun habitant de ce lieu ingrat n’avait su me renseigner sur les modalités exactes de notre séjour, dont la connaissance ­ m’aurait peut-être rendu capable de patienter. Sans programme, mais aussi sans repas –  on n’avait plus besoin de se sustenter – et sans sommeil – plus besoin de dormir non plus –, j’étais livré au plus déprimant des flous. Uniques changements, au compte-gouttes, les disparitions imprévues de certains de mes 4

camarades de promotion (nous étions classés selon notre année de décès). Naïvement, encore influencé par les on-dit prémortem, je les imaginais passés sinon au paradis, au moins dans une sorte de purgatoire allégé de transition. Cela me donnait de l’espoir d’en finir. Espoir rapidement éteint par l’opinion générale selon laquelle le purgatoire c’était, si je puis dire, pour la vie : il fallait s’y résigner. Je n’y parvenais pas, de même que je ne m’étais jamais résigné à avoir une sœur comme Dalia, la résignation n’est pas mon truc. À force de cuisiner mes camarades sur ces disparitions inexpliquées, ils finirent par me parler, après que j’ai juré de ne rien répéter, de la possibilité d’une échappatoire. Ce n’était pas officiel, et on n’avait pratiquement aucune chance d’en bénéficier. Mais il existait une filière de renaissance dont quelques gardiens faisaient, pour se distraire, un trafic tenu secret. Une fois sa demande inscrite et justifiée par des motivations claires, le candidat participait à une loterie qui désignait sur la liste des demandeurs, si longue qu’elle ne semblait avoir ni début ni fin, les prochains partants. À ceux dont le nom sortait, il paraît qu’on proposait diverses options étudiées pour reparamétrer chacun au mieux de ses demandes.


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J’ai fait partie des chanceux. Les gardiens, qui avaient classé ma sœur sans broncher dans la catégorie des nuisances sérieuses, m’offrirent des destinations bien ciblées. J’eus le choix entre une mère primipare en limite d’âge reproductif, une femme enceinte morte cérébrale qu’on maintiendrait branchée jusqu’à son terme, et la Chine. C’est cette option, vous vous en doutez, qui m’avait le plus séduit. La loi de ce pays interdisant de constituer des familles de plus d’un enfant semblait avoir été votée pour moi. En plus d’un dépaysement garanti, j’avais la certitude de n’avoir ni aîné ni cadet, mon rêve de toujours. Autour de moi, heureux enfant unique, j’aurais une immense nation d’où la n ­ otion de fraternité était bannie. J’étais enthousiaste. Malgré les inconvénients inhérents à tout engendrement quel que soit le pays et les lois, je me décidai pour une renaissance immédiate. Je serais chinois, puisque de cœur je l’étais déjà. Je connus une année de félicité ­ totale chez mes nouveaux ­ parents, de courageux cultivateurs de la région de Tchangtchin, qui me donnèrent le prénom de Ji Xiang, bonheur. Ma mère me berçait en m’appelant son petit empereur. Comme tu es fort, me disaitelle, en pensant à mes futurs travaux des champs. J’aurais dû choisir Shangaï. L’année suivante, pour pallier au manque croissant de maind’œuvre en milieu rural, fut adoptée en Chine une nouvelle loi : elle autorisait un deuxième enfant aux familles de paysans. Mes parents ne se le firent pas dire deux fois pour se fabriquer une petite Perle de Jade. Lorsque

j’eus le droit de la voir, elle ouvrit ses yeux bridés et me fixa avec ce regard que je ne connaissais que trop : un regard plein de ressentiment et de ­colère. Le regard de Dalia, Dalia en entier s’était logée à l’intérieur de ce minuscule corps de fille chinoise. J’imaginai la jouissance perverse des gardiens du purgatoire lorsqu’ils lui avaient procuré cette connexion. Fou de rage, j’expédiai mon poing dans la face rougeaude, et fus privé de tout jusqu’au lendemain. Ma vie chinoise fut dès lors comme ma vie précédente, pourrie. Le harcèlement continu de Perle de Jade-Dalia dès qu’elle le put, et mes brutalités en réponse, me firent passer les années suivantes en punitions : enfermé dans un placard, je ne faisais que réfléchir à une issue de cette vie. C’est comme ça, monsieur, que je finis par penser à l’enfer, et à le désirer au point d’être prêt à tout pour l’obtenir. Un matin de printemps, retour à l’envoyeur, j’ai étranglé Perle de Jade-Dalia. Comme je ne l’avais pas battue depuis une semaine, mes parents qui commençaient à me croire meilleur frère, en furent doublement accablés Déclaré bon pour l’asile de fous, je dus, après elle, les quitter. Depuis mes huit ans, j’ai été pensionnaire d’établissements équipés de barreaux et de serrures solides. Je ne regrettais rien : les visites étaient interdites, séparé de Dalia j’étais heureux, calme, elle était au purgatoire, l’enfer m’attendait comme il attend tout bon assassin, et là, j’étais sûr que, malgré son envie, elle ne pourrait m’y suivre à moins de manœuvres compliquées. Ma conduite chez les dingues fut jugée exemplaire. Les juges 5

envisageaient de me relâcher. Ils me le firent signifier, provoquant le retour de mon désespoir. Une amnistie serait une catastrophe, mon futur enfer n’aurait plus lieu d’être, il tomberait à l’eau, tout serait comme avant, je me retrouverais un jour au purgatoire, éternellement avec Dalia. J’avais beau supplier mes geôliers de me garder, ils me rétorquaient que j’étais en âge de travailler, la Chine populaire avait assez casqué pour moi. J’ai été pardonné, et fichu dehors. C’est ainsi que j’ai échoué sur le banc en face de chez vous, mon brave monsieur. Depuis plusieurs jours, n’ayant que ça à faire, j’ai observé vos allers et venues. Si je suis venu frapper à votre porte c’est parce que je savais que vous seriez seul, comme chaque soir. Je tiens à être franc : j’ai vu, à votre démarche incertaine, que vous n’auriez pas la force de vous défendre longtemps en cas d’agression. Mais je ne désire pas vous agresser. Je préférerais que nous nous mettions d’accord. Je n’ai rien contre vous, vous avez l’air d’un homme sérieux, correct, prêt à aider les miséreux, un homme bon, exactement le type d’homme qui va directement au paradis. Et puisque, vue votre solitude, vous ne manquerez à personne, pourquoi ne pas y aller dès ce soir ? À quoi bon traîner à votre âge ? Vous pourriez partir joyeusement si vous accomplissiez une dernière bonne action ­envers le malheureux que je suis. Ce que j’ai à vous proposer est équitable et honnête. Je vous envoie au paradis et vous m’envoyez en enfer. Qu’est-ce que vous en dites ?

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Rien, vous toussez. Allons, laissez-vous faire gentiment, n’ayez pas peur. Je vous promets que vous ne sentirez rien, je me souviens, à la ferme, je faisais ça vite avec les poulets, et puis demandez à ma sœur. Pour ce qui est de l’enfer, je crois, monsieur, vous avoir assez bien expliqué son avan­ tage pour moi. Pour moi, en résumé, c’est plus jamais Dalia.

Vous voyez, m ­ onsieur, je ne vous serai jamais assez reconnaissant. Mais que vous arrive-t-il ? Vous étouffez ? Vous êtes tout rouge. C’est ce que je vous ai dit qui vous met dans cet état ? Mais reprenez-vous, monsieur, attendez un peu. Votre refus du dialogue est indigne ! Pour mourir, vous auriez pu attendre que je vous serre le cou.

« PÉTALES »

Elodie Oberlé

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Et voilà. Vous n’aviez aucun cœur. Vous étiez lâche, émotif, impoli. On ne pouvait pas compter sur vous. Vous étiez égoïste, uniquement préoccupé par vous-même. C’est foutu, pour vous, le paradis. Et c’est foutu pour moi, l’enfer. Quel gâchis ! Ensemble, nous avions une chance d’échapper au ­purgatoire. C. D’Orgeval

J’étalais sur mon visage des crèmes antirides à la rose en en oubliant de vivre… Alors oui, peut-être, j’allais mourir le visage trop lisse. Effacer les traces du passé pour les faire oublier Faire de mon histoire une page blanche pour une renaissance De nouvelles années pour espérer, rêver, se couler dans le romantisme de fleurs trop bien parfumées. Peau de bébé. Mélancolie. Trop vite ! Le temps est en excès de vitesse ! Il faut que je l’arrête. Un procès verbal de textures lissantes et adoucissantes Lui faire entendre l’urgence d’un ralentissement. Pour mon bien, c’est certain ! Pour flâner encore… Imaginer l’éternité… Et tous ces princes charmants au pays de mes ambitions. Quelques pétales pour leur réalisation. Sens interdit vers les voies trop rapides. Préférer le lent chemin des nuages M’abandonner dans le coton Et puis le papier blanc comme support Le panneau « pose » Parenthèse magique de la poésie… 6


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Soirées de la Lucarne  Mardi 14 mai 2013 à partir de 19 h

Soirée de soutien de La Gazette de la lucarne et de la librairie

Soirée organisée à l’occasion de la sortie du numéro 59 (eh oui, cinq ans et des brouettes déjà !) Des lectures du poète américain William Meredith autour de son recueil Traverser, illustré par des œuvres de Sooky Maniquant, visibles à La Lucarne des Écrivains, égaieront la rencontre. L’occasion de nous voir ou de nous revoir, de boire et de grignoter ensemble. Bouteilles d’eau ou de vin, saucissons comme rutabagas, sourires et blagues sont les bienvenus !  Jeudi 16 mai 2013 à 19 h 30

Soirée Société et précarités

Soirée organisée en présence de Jean-Pierre Martin pour La rue des précaires, soins psychiques et précarités (éditions érès, 2011) Génération précaire, intellos ou journalistes précaires, travail et logements précaires, la précarité est inscrite aujourd’hui dans les titres de livres comme dans notre société.  Vendredi 17 mai 2013 à 19 h 30

Soirée Autobiographie

Soirée organisée avec la revue La Faute à Rousseau et Elisabeth Legros Chapuis, sur le thème : L’animal et nous ! Elle collabore à diverses revues : Écritique, La Faute à Rousseau, ainsi qu’à différents sites littéraires : Autour des auteurs, Castalie, la Revue des Ressources… http://association.sitapa.org/accueil.php  Samedi 18 mai 2013 à 19 h 30

Soirée Découverte littéraire

Soirée organisée autour de Jean Demélier, présenté par Claude Brabant de la revue Empreintes et René Haddad, lecteur. Entré en littérature avec Le Rêve de Job publié chez Gallimard, en 1971, Jean Demélier faillit être censuré. L’auteur est aussi peintre et présentera quelques-unes de ses œuvres plastiques. http://demelier.xlasserre.net/  Jeudi 23 mai 2013 à 19 h 30

Soirée poétique

Autour de l’Anthologie des Poètes français et marocains, choix, introduction et traduction de NasserEdine Boucheqif (éd. Polyglotte). En présence de l’anthologiste et des poètes Annes de Commine, Philippe Tancelin, Nizar Karbouth, Nasser-Edine Boucheqif, Mohamed Miloud Elghourafi et JeanPierre Faye.

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 Vendredi 24 mai 2013 à 19 h 30

Soirée littéraire : Jeu de l’amour

Avec Philippe Biget pour son recueil de nouvelles Avez-vous vu passer l’Amour ? et Bruno Sillard pour son roman Les amours turbulentes de Jeanne et Antoine, parus aux éditions Unicité, en présence de l’éditeur.  Samedi 25 mai 2013 à 19 h 30

Soirée poétique

Découverte du poète André Lagrange présenté par Maurice Cury avec les éditions D’Ici et d’Ailleurs.  Jeudi 30 mai 2013 à 19 h 30

Soirée roman historique

Avec Jocelyne Laâbi pour son roman Hérétiques et les éditions de La Différence. « Au IXe siècle, sous le règne de la grande dynastie abbasside, un mouvement de contestation radicale, sociale, politique et religieuse, a abouti, en Arabie orientale et dans le sud de l’Irak, à la fondation d’un état aux principes égalitaristes étonnants, notamment entre hommes et femmes… »  Vendredi 31 mai 2013 à 19 h 30

Soirée poésie spatialiste

Autour de l’œuvre d’Ilse et Pierre Garnier avec les éditions L’herbe qui tremble. Exposition spatialiste du 27 mai au 1er juin.  Samedi 1er juin et le 15 juin 2013 à 14 h précises

Atelier d’écriture

Avec Jean-Lou Guérin.  Mercredi 5 juin 2013 à 19 h 30

Spectacle poétique et musical Avec David Rougerie.

 Vendredi 7 juin 2013 à 19 h 30

Spectacle de lecture poétique et musicale « Poésie de la montagne »

Avec les poètes Françoise Siri, Max Alhau, Michel Baglin, les musiciens Victor Page (guitare) et Vincent Comte (hang), gravures d’Hélène Baumel. « Un éloge de la lenteur, une interrogation sur la vie et la destinée pour mieux savourer l’instant présent »  Jeudi 13 juin 2013 à 19 h 30

Théâtre au féminin

En présence des éditions Le Jardin d’essai et l’éditrice Simone Balazard pour Cosima de George Sand, présenté par Catherine Masson et avec Évelyne Sellés-Fischer pour Festi-Mal.  Vendredi 14 juin 2013 à 19 h 30

Soirée lecture poétique

Voyage à travers Maurice Scève, poète lyonnais, et la Délie présentation par Barbara Pillot, lectures de René Haddad et Jeanne-Marie, intermèdes musicaux de Louise Audubert, violoncelliste.

Plus de détails sur : http://lalucarnedesecrivains.wordpress.com La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l’Ourcq, 75019 Paris - Tél. : 01 40 05 91 51 7


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15 mai 2013

L’invitation

Après le massacre de Newton

Fabienne Schmitt

Richard Hartheis,

traduit de l’américain par

Viens mon ami, toi mon aimant Il faut que tu t’en montres digne Aujourd’hui c’est jour de printemps Viens donc me lire entre les lignes

M. Albert-Levin

Je suis désolé, Daniel. Quand j’ai visité ton école, Tu as levé les yeux de ton ordinateur et tu as dit : « Vous avez-vu ce qui s’est passé ! » Et tout ce que j’ai su répondre a été : « Oui, c’est affreux, n’est-ce pas ? » Daniel, j’aurais dû m’asseoir à côté de toi Et, en pleurant, te serrer dans mes bras. « Oui, Daniel, je suis aussi perdu et stupéfait que toi. Mais ne t’inquiète pas. Tu n’as plus rien à craindre, tu es avec nous maintenant » Cette tâche, nous a-t-on dit, devait être laissée aux parents : Nous devons être prudents, Faire attention à la façon dont nous touchons, Dont nous aimons, Nous devons nous méfier des prédateurs Et même des apparences « Le président parle au nom de tous les parents », a-t-il dit : « quand il parle des enfants morts ». Mais qu’a-t-il dit en mon nom à moi Qui n’ai que des enfants de substitution Et dont le cœur se brise En voyant la chute de ces fleurs de beauté ? Elle devait être un ange dans le cortège de Noël Il commençait tout juste à apprendre l’alphabet Daniel, tu te souviens de cette grosse glace qui ressemblait à la carte de l’Inde ? L’Inde est dit-on la mère de la religion Ils ont des dieux pour tout en Inde. Shiva Est la noire mère dont la danse Apporte la destruction et la fin du monde Comme un film d’horreur Que vos parents vous interdisent de regarder Mais quelle tristesse, Daniel, quelle tristesse, mon petit frère chéri, Nous l’avons vue danser aujourd’hui, Rentre chez toi, Shiva Et emporte ton monde d’horreur avec toi.

Pour toi j’ai déposé des phrases À lire dans le fond de mes yeux Disposé des fleurs dans le vase Et j’ai dénoué mes cheveux Viens respirer dans mes pensées Au creux de mon cou parfumé Les mots secrets que j’ai semés Et que l’hiver avait cachés Il y des points de suspension Parsemés au creux de mes bras Et quelques interrogations Accrochées au bout de mes doigts Viens me chuchoter des promesses Et griffonner ma page blanche Viens me réciter les caresses Que tu poseras sur mes hanches Le ciel plus bleu, l’air plus léger Quand la saison de l’impatience Ouvre à l’été ses guillemets Laisse le vent te réveiller Et quand la lune en point virgule Se couche dans le firmament Comme les enfants du crépuscule Restons blottis, soyons amants Viens mon ami, toi mon aimant Il faut que tu t’en montres digne Aujourd’hui c’est jour de printemps Viens donc me lire entre les lignes... 8


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À l’aéroport

O

n écrit tellement sur l’antisémitisme, ces jours-ci, que j’ai peur de mettre les pieds dans une librairie pour découvrir un nouveau livre sur ce sujet. Les juifs et les antisémites ont souvent une obsession commune : déterminer si une personne est juive ou pas. Mon seul espoir réside dans une histoire racontée par mon frère. La voici : Un homme est à l’aéroport et demande à un passager dans la salle d’attente : « Qu’est-ce que vous pensez des Juifs ? » « Ah, répond ce passager, ce sont des gens extraordinaires. Pensez-donc : Freud, Marx, Einstein, le Christ lui-même ! » L’homme remercie et passe son chemin. Quelques minutes plus tard, il s’adresse à un autre passager : « Que pensez-vous des Juifs ? » « Les juifs, ah, quelle horreur ! dit l’autre. Des gens abominables, des profiteurs, responsables de tous les maux et de toutes les guerres ! » L’homme hoche la tête et poursuit son enquête. Il s’adresse à un troisième passager : « Que pensez-vous des Juifs ? »

15 mai 2013

Zéglobo Zéraphim

Celui-ci lui répond : « Franchement, que voulezvous que j’en pense ? Je n’en pense rien du tout ! Ils sont comme tout le monde, il y en a des bons, il y en a des mauvais » « Ah, s’exclame le questionneur, enfin un homme honnête ! Puis-je vous confier ma valise ? » Mon frère m’a également cité un homme qui fut son ami, Maxime Rodinson (1915-2004) qui disait : « La question juive est le lieu privilégié du délire idéologique. » Est-ce lui qui lui a rapporté un propos de la femme de Lénine, Nadejda Kroupskaïa, qui aurait dit : « Chaque fois que Lénine voulait tester la rationalité de l’un de ses interlocuteurs, il faisait porter la conversation sur la question juive. » Me croirez-vous si je vous le dis ? Avant que mon frère ne publie Question juive : la tribu, la loi, l’espace (Ilan Halevi, éditions de Minuit, 1981), je ne m’étais jamais considéré moi-même comme un juif !

Exil

Elodie Oberlé

Nul besoin de parapluie Quand dans son œil la larme luit Rare abreuvage de ses nuits Tombée d’un rêve un peu inouï

Mais cet espoir pourtant elle garde Et les envies quand elle regarde Et elle recule et elle retarde Peur d’un bonheur un peu hard

REFRAIN Peuplée d’images idéales Autour d’elle rien de sale C’est-ce désert qui la rend pâle

REFRAIN Pourquoi assécher les pensées ? Il faut la vie empresser ! Ne pas vieillir trop entassée L’ivresse, l’ivresse puis s’enlacer

Nul baiser pour l’étouffer Ses lèvres en sont assoiffées Et ses cheveux tout décoiffés Cachent son visage de fée

REFRAIN

REFRAIN 9

Essai d’un texte pour chanson. Commande d’un infirmier musicien


no 59

15 mai 2013

Premier rendez-vous avec L.-F. Céline Alain Moreau

João Trindade / creative commons

finale pour empêcher leurs globes oculaires de s’exorbiter. Un artiste en somme, espèce rare chez les militaires on en conviendra.

R

edoutable de parler de Céline. L’évoquer, c’est s’exposer à l’outrance. La subir comme y succomber. Personne n’y échappe. Évoquer cet homme, cet écrivain unique, c’est avoir rendez-vous avec l’admiration. Et le chagrin.

Alain Moreau est éditeur, producteur, scénariste. Auteur pour la collection « Un siècle d’écrivains » chez France 3, de Louis-Ferdinand Céline, un diamant noir comme l’enfer et pour ARTE de Le Procès Céline.

Vers la fin des années cinquante, c’est un médecin capitaine des troupes coloniales – grâce lui soit rendue, j’espère qu’il a fini général – qui me fit connaître Voyage au bout de la nuit. Caporalchef infirmier en Nouvelle-Calédonie, l’armée m’avait déposé, puis oublié dans une infirmerie de brousse en un lieu lunaire appelé Plum, à une heure de piste de Nouméa. Hormis égrainer fastidieusement les jours – sans avoir jamais lu Lévi-Strauss, je d ­ écouvrais que les tropiques sont tristes – ma principale distraction se réduisait à la visite régulière de ma case infirmerie par ce médecin capitaine ophtal­mologue chargé de dispenser alentour ses soins « aux populations indigènes », comme on disait à l’époque. Il excellait dans une ingénieuse trouvaille chirurgicale – où je l’assistais ponctuellement – consistant à coudre les paupières des lépreux en phase 10

C’est « Le Voyage » qui me r­évéla la dimension pitoyable de notre humaine condition. On ne sort pas indemne du premier rendez-vous avec Céline. Si j’en cherche les raisons, peut-être se nichent-elles dans ce rare paradoxe que les deux conjuguent, avec une écriture et une véhémence sans exemple dans la littérature, la charge la plus lourde avec le plus haut degré de compassion pour l’espèce humaine. Le reste, l’abjection antisémite de leur singulier a­ uteur, sa commisération inexcusablement sélective appartient au mystère, à l’image du sourire de l’Ange du portail de la cathédrale de Reims. De même qu’au rayonnement des cathédrales il est légitime d’opposer les bûchers inquisitoriaux, le génie unique de Céline est inséparable de son ignominie. Comme les choses seraient simples si Céline était mort dès 1936, après la publication du Voyage au bout de la nuit et de Mort à Crédit. Autant qu’un Zola, qu’un Hugo, qu’un Malraux, il aurait ses rues, ses places, ses lycées, ses maisons de la Culture. L’Académie française peut-être. Sûrement même. Les enfants des écoles a­pprendraient des morceaux choisis de ses textes contre la guerre. Sa maison serait classée lieu de mémoire. On colloquerait dans la vénération. Las ! Il y eut avec trois pamphlets la descente aux égouts et une r­ emontée sans contrition. Alors on dût cacher l’heure de son enterrement. Et ce n’est que justice. Tant de génie, et tant d’abjection en seulement quelques livres que le vertige nous prend. Existerait-il des rendez-vous où ne pas se rendre ?


no 59

Pauvre Martin

15 mai 2013

Sarah Mostrel

Il me dit que je suis réservée, retenue, Je n’ai pas dit mot Et pourtant les éclats de sa voix m’atteignirent Jusque dans mes tripes, mon cœur, mon foie, mes reins… Je n’ai pas su briser la faïence inutile Qu’il m’avait offerte, en un soir de Noël La céramique brique qui ornait mon couvert Faisait partie du cadre, moche, mouillé, futile… Il dégoulinait, c’était pas beau à voir De lave, de sang, de cendres Il saisit un mouchoir Pleura comme un enfant perdu dans la descente Ne sachant où cesser, arrêter la tourmente Il s’excitait. Je restais impassible Et ma satiété le rendait irascible Il aurait voulu jouer avec les mots Que je sois hystéro, nympho, pyro, nano Que je le provoque Que je sois la raison de tous ses maux patrick le divenah

Je restais placide, froide, impassible Je le regardais, et d’un ton anodin Je lui dis « Salut, mon pauvre Martin ! »

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ISSN 2101-5201 La Gazette de La Lucarne mensuel de La Lucarne des Écrivains Rédaction et administration : 115 rue de L’Ourcq, 75019 Paris lalucarnedesecrivains@gmail.com Directeur de la publication : Armel Louis Coordination du numéro : Marc Albert-Levin Maquettiste : Emmanuelle Sellal.


no 59

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15 mai 2013

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La Gazette de la Lucarne du n° 59 - 15 mai 2013  

La gazette de la librairie La Lucarne des Écrivains, 115 rue de l'Ourcq, 75019 Paris

La Gazette de la Lucarne du n° 59 - 15 mai 2013  

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