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Paloma Fernåndez Sobrino Bertrand Cousseau pour L'âge de la tortue


Être de l’entre-deux La Terre était, il y a peu de temps encore, un vaste monde fait d’inconnu pour la plupart des habitants. Chacun connaissait son village, les champs alentours, la ville voisine. Seuls les grands voyageurs, les commerçants et les nomades avaient exploré l’au-delà de leur lieu de naissance. Aujourd’hui, la planète est en passe de devenir elle-même un village. Individus, informations, marchandises, capitaux, cultures, savoirs, entreprises s’expatrient et s’exportent de par les océans et les montagnes. La mobilité et l’élasticité des frontières sont devenues des particularités de l’époque moderne. Pour l’heure, ces mutations profondes nous donnent plutôt la sensation d’un immense chaos dont nous ne maîtrisons pas le bouillonnement. Changer de ville, de travail, de conjoint, de mode de vie… Nous sommes tous en partance, nous sommes tous d’un entre-deux... entre deux lieux, entre deux temps, entre deux vies. Pour certains d’entre nous, cet entre-deux est particulièrement complexe à gérer, notamment quand il s’agit d’un entre-deux culturel. Naître et grandir en un lieu participe à la construction de l’identité d’une personne. Chacun est composé de pied en cap et jusqu’au fond de son être d’une multitude d’éléments qui lui sont spécifiques : une ou plusieurs langues, un rythme, une gestuelle, une socialité, un imaginaire, une matière. « Le pays natal est moins une étendue qu'une matière ; c'est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C'est en lui que nous matérialisons nos rêveries ; c'est par lui que notre rêve prend sa juste substance ; c'est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale » écrivait le philosophe Gaston Bachelard (L’eau et les rêves, édition de 1942, p.11). Partir et se plonger dans une autre culture c’est perdre cette couleur fondamentale. Cela oblige à une adaptation si poussée qu’on a d’abord la sensation que tout ce qui nous donnait notre unité a fondu comme neige au soleil. Le monde avait un ordre, le voyage l’a mis sens dessus dessous, tous repères laissés là-bas. L’écoulement du temps est alors nécessaire à la recomposition de son identité. En principe, tout individu est capable d’opérer ces changements internes. Il possède en lui les aiguilles qui lui permettent de retricoter avec la nouveauté, car vivre c’est sans cesse passer d’un état à un autre état, c’est rencontrer tous les jours des événements perturbateurs qui nous obligent à l’accommodation et l’intégration de données nouvelles. Nos équilibres sont définitivement instables, fragiles. Il faut sans cesse accepter de nous désorganiser pour faire avec de l’inconnu une organisation nouvelle. L’identité de chaque personne s’enrichit tout au long de l’existence selon les milieux de vie, les rencontres, les expériences… Chacun est libre de décider seul de l’importance relative qu’il doit accorder aux différents constituants de son identité, cette importance dépendant du contexte et évoluant avec le temps. Les ruptures sont inévitables et co-productrices de développement. Cependant il est des expériences si violentes qu’elles provoquent parfois blocage, repli sur soi ou dépression. L’entre-deux du changement de culture n’est pas situation confortable car il faut d’abord nouer les fils des deux bords pour trouver siège à son aise. On peut imaginer, au minimum, trois façons d’être dans l’entre-deux : 1/ immobile, on se laisser enfermer au centre, happé comme dans un tourbillon d’eau qui nous entraîne alors vers le fond ; 2/ intranquille : on fait les cent pas d’un pôle à l’autre, comme entre deux murs et l’on s’épuise à la recherche du bon côté ; 3/ attentif : on se met en ouverture, prêt à engager le dialogue et les échanges entre les deux. On prend d’abord le meilleur de chacun et un jour surgit une troisième forme, une nouvelle identité, ni totalement de là-bas ni totalement d’ici mais issue du métissage des deux.


Cette troisième personne qui émerge de la conjonction des deux cultures devient alors une véritable richesse pour la communauté dans laquelle elle s’intègre, car elle combine à elle seule ces regards si complémentaires du dehors et du dedans. Elle est alors en mesure de nous aider à prendre du recul sur nos façons de vivre et de nous le dire avec notre langage. Si on voulait bien l’écouter : elle est experte de la relativité, de la distanciation, du tissage des différences,… Bref, de tout ce dont nous avons besoin aujourd’hui pour faire face aux évolutions rapides de nos sociétés, à l’internationalisation des échanges et des mobilités, au futur incertain. L’ouvrage, fruit d'une collaboration entre Paloma Fernández Sobrino et le photographe Bertrand Cousseau, nous donne à entendre, à voir, à ressentir ces distinctions et la difficulté d’être dont parfois elles s’accompagnent : vingt-trois portraits de personnes ayant quitté leur pays pour de multiples raisons, vivant aujourd’hui dans la région rennaise et tentant, bon an mal an, de concilier deux cultures. Paloma est elle-même d'origine espagnole. Elle habite en France depuis 4 ans et réalise un travail d'immersion dans le quartier du Blosne depuis le printemps 2007. Son travail s’inscrit dans le projet « Correspondances citoyennes » porté par l’association L’âge de la Tortue. Une longue période d'imprégnation du territoire et de découverte de la population immigrée locale a été nécessaire aux deux artistes pour toucher l'intime et saisir toute l'émotion qui ressort des témoignages récoltés. Chaque texte correspond à une lettre singulière adressée à une personne du pays d'origine des participants ; il est accompagné d'un portrait de l'habitant mettant lui-même en scène sa propre image. Dans nos existences affectives, Autrui est perçu comme un individu à la fois différent et semblable à moi. Semblable car nous appartenons tous les deux à la même espèce humaine, nous tenant debout sur deux pieds, respirant le même air, marchant sur la même terre. Mais aussi dissemblable car chacun est porteur d’une identité singulière, une combinaison de ses multiples appartenances à des espaces ou des groupes culturels distincts (origine géographique, religion, philosophie, pratiques de vie…). Quand c’est la ressemblance qui prime dans nos perceptions, l’Autre porte en lui une potentialité fraternelle. Quand il apparaît comme dissemblable plutôt que comme semblable, c’est parfois le doute face à l’inconnu, voire la méfiance, qui prime. Dans le premier cas, des rites de rencontre se mettent en mouvement : serrements de main, salutations souriantes, formules de politesse, pratiqués pour attirer la bienveillance ou désarmer l’éventuelle hostilité. Mais lorsque ces rites viennent à manquer, lorsqu’il n’y a pas les lieux pour tisser la rencontre, l’inconnu reste l’étranger. Le travail d’accompagnement à l’expression qu’effectuent Paloma Fernández Sobrino et Bertrand Cousseau instaure un nouveau rite de rencontre. Des bribes de vie, des témoignages émouvants mettent en lumière ce qui, trop souvent, se déroule en secret derrière les murs des maisons ou au fond des quartiers sans issue. Ils nous aident à apprendre à écouter, intégrer, apprécier les entre-deux. Espérons qu’un jour le mot « immigré » fera partie de l’histoire de notre vocabulaire et que nous ne serons tous que des concitoyens d’une Terre devenue Terre-Cité.

Dominique Cottereau Chercheuse en sciences humaines Association Echos d’Images


Querida viejita, ¿ Qué es lo que se pierde al cruzar una frontera ? Cada momento parece partido en dos : melancolía por lo que quedó atrás y, por otro lado, todo el entusiasmo por entrar en tierras nuevas. Ernesto Che Guevara

"Chère mère, que perd-on en franchissant une frontière ? Chaque moment semble être double : de la mélancolie pour ce qui reste derrière et, d'un autre coté, tout l'enthousiasme d'entrer dans de nouvelles terres."


Paloma

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Ma très chère soeur, J’espère que tes jours te sont propices… Qu’il est difficile d’être si loin ! Il y a quatre ans que la palpitation secrète de l’amour m’a amenée en France, dès lors, je vis avec la distance. L’Espagne n’est pas très loin et je ne suis pas ici par nécessité, ni pour fuir quelque chose ou quelqu’un. Je suis ici par ma propre volonté et je peux revenir quand je veux. Par le même chemin, et avec la même facilité. Quelle chance ! Depuis que j’ai émigré, j’ai compris beaucoup de choses et, entre autres, ma situation de privilégiée. Ça m’angoisse de penser au nombre de gens qui ne peuvent pas dire la même chose que moi, pour qui le voyage est une odyssée, l’exil un calvaire. Et, d’autre part, je suis blessée par l’intolérance et l’aveuglement de toutes ces personnes incapables de faire face à la réalité humaine. Le monde est malade et les gens endormis. Je dénonce tous ceux qui ignorent l’autre moitié ! Et j’invite cette moitié endormie à se réveiller. Il faut réveiller les endormis ! Ma chère Angela, mille deux cents kilomètres nous séparent et tu me manques tellement ! Il y a tant de choses que j’aimerais partager avec toi ! Mes deux premières années ici ont été très difficiles… toujours avec le sentiment de ne pas être à ma place… Aujourd’hui, je suis une «immigrée intégrée »… (ou presque…) Je ne peux pas me plaindre. De mon voyage, j’apprends chaque jour… mais je porte toujours avec moi, dans mon sac à dos, une solitude sans repos, un manque inexplicable que seul celui qui a quitté sa terre peut comprendre. D’un endroit dans le monde, A toi, Paloma (Espagne)

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Abdulaye

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Mon très cher Lionceau, Combien de soleils se sont couchés depuis ce jour d’été où je suis parti de chez nous ? Sans doute des milliers. Et voilà qu'aujourd’hui, à la veille de ton mariage, j’ai encore cette joie de t’écrire sur ma vie. Nos vies ne furent pas un long fleuve tranquille, oh non. Mais aujourd’hui encore, je ne peux que chanter ma joie, ma joie d’avoir vécu ces rêves. Nous avions rêvé de sport, de scène, d’argent… La vie nous a poussés vers la sécurité, les études. Et pourtant, quand aujourd’hui je plonge mon regard dans celui de maman, je ne peux que me réjouir d’avoir concilié mes rêves avec ceux des parents. Mon cher Lionceau, je suis et reste ce dakarois de Sanche, ce Boy Dakar. Mon cher frère, je suis toutefois devenu ce Rennais d’origines diverses qui s’épanouit dans cette ville. Après tant d’aventures, me voilà enfin juriste. Le chemin fut long. Mais mon très cher, si je te conte mon Rennes à moi, je te dirais que cette ville me vit musicien, conteur, comédien, surveillant, soutien scolaire et apprenti journaliste. Mon Ngoni te Bercera au long de la Vilaine, longeant ces places. La Faculté rue de Fougères, la place Hoche virant du marron au gris, le Parlement brûlant et renaissant de ses cendres tel un phœnix, Le Val en chantier… Edmond Hervé, cette figure de mon Rennes à moi. Cher Lionceau à qui je souhaite tout le bonheur du monde… Nos vies continuent certes, mais je t’adopte dans ma ville adoptive, toi le Gardien de notre ville éternelle. Ton plus que frère Ton Bok Mbar Abdulaye (Sénégal)

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Iriana

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Salut, Je devrais débuter cette lettre avec un « Comment vas-tu ? », mais je préfère l’entamer en te disant que ça fait longtemps que je veux t’écrire pour te raconter mille choses, mais surtout pour m’enlever un poids, me soulager. Je n’avais pas osé, et juste aujourd’hui m’est revenue la saveur salée de nos larmes mélangées à la tequila de la dernière fois que nous nous sommes vus. Je t’avais dit : «Je m’en vais, je ne supporte plus d’être ici, j’en peux plus… ». Je ressens exactement la même chose : « j’en peux plus », mais je n’ai ni larmes, ni tequila, ni personne à qui le dire. C’est aujourd’hui que je me rends compte de l’ingrate que j’ai été en délaissant tout et en ne voyant pas la chance que j’avais de vivre simplement le quotidien, à tes côtés. A cette époque je voulais connaître, voyager ; et dis-moi : quelle force arrête l’ambition de la rencontre avec un autre monde, une autre culture, une autre langue, d’autres couleurs et d’autres saveurs nouvelles ? L’amour que nous avons partagé était trop grand, mais ma soif d’aventure a été plus forte, je m’en suis allée et je suis ici à présent. Je dois te dire que je ne suis pas seule, tu sais ? J’ai un fils, il s’appelle Cedro et nous vivons lui et moi dans un petit village à côté de Rennes, en France.

Edson, je t’écris et je crie : « Je veux très étrange, parce que, bien que j’aie et que matériellement je ne manque de chaleur humaine que je ne savais pas 20

m’en aller d’ici ! Maintenant ! » C’est eu de la chance, des amis, une maison rien, je cherche jour après jour cette apprécier en vivant au Mexique.


Il y a tant de détails qui me manquent. La cathédrale le dimanche par exemple, pleine de vendeurs de ballons de baudruche et de gamins, les marchés remplis de gens qui crient, qui sourient, qui se bousculent, qui mangent de tout à n’importe quelle heure, la charrette tirée par le petit âne et le monsieur vendant de la « teeeerre pour vos pots de fleeeeurs ! », en pleine ville, incroyable, l’affûteur à bicyclette, le cracheur de feu, les gamins équilibristes, le vendeur d’oranges, le petit vieux qui passait nous voir tous les mardis pour nous vendre de petits fromages frais, les chiens de rue errants, les autobus avec la musique à fond, le métro où tout le monde laisse traîner ses mains, et rit, joue, complimente, chante… J’ai tellement froid ici! Il n’y a rien de tout ça là où je vis. Ici tout est tellement ordonné, programmé. Il y a des rendez-vous tout le temps, personne ne débarque sans être invité, presque personne ne vend d’artisanat dans les rues avec une couverture, il semble que l’imagination soit interdite, même les enfants ressemblent à des fantômes déambulant dans leurs carrioles. Plus je t’écris, plus mon corps se gèle. C’est ma faute, je t’ai perdu et j’ai perdu tout le folklore que tu me donnais quand je passais par le zócalo , accompagnée non seulement de toi (qui étais toujours présent), mais aussi de tout ce qui se passait là. Là-bas j’existais. Ici personne ne sait quoi que ce soit sur moi, ni se le demande, on imagine seulement le pire : une étrangère, seule, avec un fils… Personne ne sait qu’un jour j’ai terminé l’université, que j’étais économiste, et que j’avais un petit ami divin nommé Edson, ainsi qu’une chienne nommée Tisha. Ici à présent je suis serveuse, ou chômeuse, ou pauvre, ou rien, moins que rien. Enfin, j’avais besoin de m’enlever ce poids. Je te remercie pour le temps que tu m’as consacré. Je sais que ça doit être difficile pour toi de me lire après sept années de silence. Je veux que tu saches que je m’inquiète toujours de toi auprès de mon frère, et tout le monde me dit qu’on te rencontre dans les concerts, les raves, jouant de la musique enfin, ce qui t’a toujours passionné. Je te dis au revoir avec une vraie nostalgie, personne ne saura jamais quelle a été la bonne ou la mauvaise décision. Je peux juste te dire que, après ce qui s’est passé et ce que j’ai vécu, peut-être as-tu de la chance d’être resté, je suis sûre que ton cœur ne s’est pas autant refroidi là-bas que le mien ici. Avec rien et beaucoup à la fois. Iriana, Hiver 2008. (Mexique)

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Feriel

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À la Tunisie Il me manqua un autre présent, J’irai comme je suis Femme libre et camarade fidèle. J’irai sur tous les chemins Être pacifique Avec les colombes, le vent Et ton jasmin. Rien ne me sera douloureux Viendra, mon autre présent Avec toi. Je serai bonne La Terre elle est UNIQUE ! Ici et là-bas même chemin IL Y A DU SENS… M’a emmenée J’irai un jour comme je suis venue De Babel Et j’irai à Babel J’irai donc Et je reviendrai donc. Feriel (Tunisie)

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Georges

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Salut Manuela, Je viens aujourd’hui t’écrire pour te parler de notre vie en France, Tu sais ici la vie est difficile comme partout ailleurs. Enfin nous vivons dans une ville agréable, un quartier agréable, et nous avons enfin eu la possibilité d’acheter notre appartement ce qui nous libère de pas mal de contraintes. La vie est agréable, le quartier est cosmopolite avec tout ce que ça comprend, les problèmes qui vont avec, mais on s’y fait et le voisinage est très sympathique. Dans ce quartier il y a beaucoup de fêtes qui s’organisent, il y a deux marchés dans la semaine où on trouve tous les produits y compris ceux de notre pays. Je n’ai pas trop la nostalgie de notre pays car, comme tu le sais, je suis marié avec une française, les enfants sont nés ici, ne parlent pas le portugais ou très peu. Et la France est tellement jolie, il y a tellement de choses à voir que je me sentirais presque coupable de retourner au pays tous les ans sans pour autant avoir profité et connu ce beau pays. Et puis n’oublie pas que c’est le pays des droits de l’homme, ceux dont nous avons été privés pendant près de 50 ans. Ne serait-ce que le plaisir de pouvoir s’exprimer, de dire ce qu’on a dans le ventre à tous ces politiques, de savourer cette liberté, c’est déjà quelque chose que tout le monde devrait pouvoir savourer.

Enfin, j’aimerais que tu puisses venir un jour chez moi pour que nous puissions parler de tout ça. Mais je sais que la vie est très difficile chez vous, même s’il y a eu une certaine amélioration, et surtout pour toi, qu’un voyage comme ça coûte extrêmement cher. Ça restera toujours une intention de voyage pour que je te montre cette belle région. Tu sais, je suis entouré de tours, mais toi tu es dans la campagne et tu connais par la télé, mais finalement ce n’est pas du tout ce que tu vois à la télé. C’est vrai, il y a des problèmes comme partout mais ce n’est pas pire qu’ailleurs. Je te dis à bientôt dans une autre lettre et je te fais de gros bisous. Georges (Portugal) 29


Lidia

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Mes chers frères, je veux vous dire que je me sens nostalgique de votre présence et de la vie à Santo Domingo. J´aimerais que mon quartier ait la même qualité urbanistique que celui du Blosne en France, au niveau de la structure des installations électriques, de l´eau courante, des égouts, du pavage des rues et de toutes les commodités. À Ondina, les maisons sont à un ou deux étages au maximum, en béton ou en bois, peintes de différents coloris et de styles divers, tandis qu´au Blosne, il n´y a que des grands bâtiments très fades. Mais la vraie différence entre ces deux quartiers c´est qu´à Ondina, les portes des maisons sont toujours ouvertes, alors qu´au Blosne elles sont toujours fermées. Je vous dis au revoir en attendant le jour où je pourrai m´allonger dans mon hamac et profiter de mon pays. Lidia (République Dominicaine)

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Natalia

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Ma très chère grand-mère. Dans mes pensées, je te serre contre moi et je pense à toi tous les jours. Il fait très beau aujourd’hui. Le soleil brille depuis ce matin, il fait au moins 20 degrés. Erwan a tondu la pelouse et maintenant cela fait un grand tapis vert et moelleux devant la maison. J’y suis allongée et je t’écris cette lettre. Les garçons, fesses à l’air, courent autour, jouent dans l’eau et donnent le foin à notre chèvre… Un dimanche matin idéal… Les oiseaux « crient », l’air sent bon la campagne… et personne ne s’affaire. Vádar Cilele, notre géologue et philosophe (et pour moi, un penseur génial), dit que les paysages bretons et tchèques ont quelque chose de semblable, quant à leur nature magique…C’est peut-être aussi pour ça que je me sens ici comme chez moi… Dans mon esprit, je me suis créé un troisième paysage qui relie les deux précédents, quelle richesse ! Heureusement que l’homme que j’aime ne vit pas dans les contrées polaires, je ne me serais pas étendue sur l’herbe… Cela fait déjà cinq ans que je vis au bord d’une rivière entourée des forêts et des champs, loin de vous. Depuis la naissance de nos enfants, j’imagine souvent toutes les choses que nos pourrions faire ensemble, si notre maison se trouvait au bord de la rivière Berounha et non au bord de l’Aff. Aujourd’hui on pourrait faire une virée à Karlstejn, pique-niquer sous les rochers de Berounha et ensuite aller boire une bonne bière sur la terrasse de la taverne à Srpsho. Le soir, on grillerait des saucisses sur le feu et on chanterait toute la nuit. Gaston et Youri connaîtraient tous les enfants de mes copains d’enfance, ils joueraient peut être sous le chêne centenaire qui regardait passer vers 1460 notre roi Charles IV, sur notre château Karlstejn. Ils partageraient ainsi avec moi quelques morceaux de mon enfance…

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En revanche, ils ne connaîtraient pas Sandro, Stan, Kalana, Baya, Lula, Marius, Jean, Felix, Lili, Pierre, Elia et je ne connaîtrais pas leurs parents… Tout ce qui nous arrive a un sens. Mon mari me disait au début : « si rien d’autre, au moins tu apprendras le français ». Je ne maîtriserai jamais le français comme je maîtrise ma langue maternelle, je n’écrirai jamais des poèmes dans cette langue… mais je peux discuter avec les gens autour de moi et partager avec eux ma vie. Même si nous n’avons pas les mêmes traditions, le même sens de l’humour, ni la même mentalité, au fond, nous partageons les mêmes joies et les mêmes soucis. Je suis persuadée que mes racines sont à l’intérieur de moi (as-tu entendu parler des arbres qui marchent ?). Je porte avec moi, où que j’aille, tout ce que vous m’avez appris, mes origines, mon caractère et toutes mes expériences et mes rencontres. S’exiler n’est pas simple. Tous ceux qui l’ont vécu volontairement ou non (je n’ose pas imaginer comment cela doit être difficile), le savent. Mais nous sommes tous des immigrés sur cette Terre (cette idée ne vient pas de moi, je l’ai entendue à plusieurs reprises ces derniers temps)… Là, où tu es maintenant, tu dois comprendre cela. Je regrette seulement de ne pas avoir été là avec toi pour te serrer dans mes bras une dernière fois, te regarder dans tes yeux bleus, te donner de la force pour la fin de ton chemin sur Terre. Je regrette de ne pas avoir été là avec les miens pour les aider et pour partager le deuil de ton départ. Ma très chère grand-mère, merci pour tout ce que tu m’as donné. Je t’embrasse très fort même si tu es très loin. Je t’aime beaucoup ! Natalia

(République Tchèque)

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Boualem

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Ô Mère, petite mère, le chemin est long Et le courrier ne passe plus. (chanson algérienne)

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Lettre à ma mère Ecrire et dire le voyage. J’ai envie de chansons. Je les traduirais pour les djaours comme disait ton grand-père Kourdougli, le fils du loup, janissaire de l’armée turque qui a conquis nos plaines, longtemps après les hordes asiates venues du lointain Hedjaz. Une d’elles disait : Yemma ya oumima, ebtiti ma djitiche ettrig ettouila oua el bria ma temchiche. Ô mère, petite mère, cela fait longtemps que tu ne m’as pas rendu visite. La route est longue et la poste a fait grève. (Herméneutique personnelle). Je sais, tes souvenirs s’arrêtent à la porte de cette prison. Une belle villa dans une belle avenue dans la ville où, pendant les années de guerre, je fus pensionnaire dans un collège dit mixte de Boufarik. Amchiche (le chat), gardien de prison militaire de son état m’a fait passer la serpillière dans la petite cour alors qu’il pleuvait à verse. C’était à l’occasion d’une « promenade ». C’est-à-dire, qu’ils ouvraient la porte de la cellule pour que nous puissions nous promener – le plus souvent dans notre tête – dans la minuscule cour attenante. Au dessus de nos têtes, un grillage, héritage de ceux qui sont partis quelques années plus tôt. Nous faisions trois pas, un demi-tour et trois pas. C’est ainsi que j’ai fait des milliers de pas de Joinville au centre-ville pour cultiver mes souvenirs. Donc, à quelques mètres, une cellule individuelle où une personne était au secret. Aux dires des collègues de cellule, il arrivait de France. Ses dessous dénotaient par leur dimension unisexe. Le compagnon de promenade, sous-officier, sourit, j’y répondis, ce qui ne plut pas à Amchiche, de garde ce jour là. Il me condamna à éponger la cour alors qu’il pleuvait en ce jour de décembre soixante sept. Pour toi j’étais encore enfant, je venais d’avoir dix-neuf ans et Baya ne voulait plus être le personnage principal de « la Chartreuse de Parme » que tu me fis passer grâce à l’illettrisme des geôliers. Que dire du père qui voulait m’offrir un paquet de cigarettes dans le parloir ? Un interdit culturel absolu veut que l’enfant ne fume pas devant le père. Lui que les chemins de la vie, de son Ouarsenis natal (que décrit si bien Cheikh Hammada, chanteur de Mostaganem) qui ne le promettait en rien en un passage par un stalag hitlérien dont il s’enfuit grâce à une seule phrase qu’il avait retenu, lui l’analphabète : ich bin krank. Agnostique par expérience, il évita à ses enfants les douleurs Ramadhiennes. Toujours est-il qu’en ce parloir de prison, il ne put passer les paquets d’Algéria, ces cigarettes sans filtres que jalousait un casque d’outre méditerranée. Aujourd’hui, Je suis presque devenu Français dans ma tête et j’ai même rencontré une tourterelle espagnole qui apporte des rayons de soleil du sud. Elle est belle tu sais, elle est de la même région que celui qui luttait contre les moulins à vent. Aussi belle que Baya, la fille du juge dont tu étais fière dans les hammams de Blida, cette ville des roses, tant chantée par ces Roumis de passage qui faisaient escale à la patte de chat, bordel exotique pour peindre des toiles à la gloire de la beauté indigène. Yemma ya oumima, tu as fait ton bout de chemin. Je ne reviendrai plus cueillir tes fleurs pour les ensemencer en d’autres territoires. Beaucoup ont déjà fleuri sous d’autres prénoms. Une Martha et un Emilian, bulgares, un diminutif ashkénaze de la femme d’Issac, mère d’Esaü et de Jacob, Rifka, Nahr-el-Aman, que l’officier de l’état civil, dans son désir civilisateur, utilisa un graphisme latin, Naryman et Nedjma, l’étoile. Ce ne sont que les miens. Il y a Lenaïck la Bretonne et les belles hellènes : Yasmini dont 40


le nom rappelle les aubes de la grand’mère confectionnant les colliers de jasmin et Elie, ce prophète féminisé par la modernité grecque. Yemma ya oumima, tu sais que nous sommes en sécurité. Ici, les militaires n’ont pas d’étoiles sur les épaules et je n’ai pas voté pour ce jeune qui ressemble à Bloom, le voyou de Blida qui devint maire. Je viens de retourner la terre bretonne pour faire naître d’anciens souvenirs gustatifs. Le foul, la fève de notre couscous d’été ne donne rien et il s’en retrouve orphelin. Les tomates ne poussent pas aussi bien que dans les plates-bandes de mes souvenirs. J’ai beau pisser dessus comme tu me l’as appris enfant, le ciel est plus fort. Il pleut tout le temps dans cette Bretagne ; un pleur ancestral irrigant une lente mort de la langue. La langue berbère se meurt, Yayemm ! Suis-je en train de pisser dans la dame-jeanne du Roumi que je remplissais de vin chaque semaine, quand moi, enfant-caviste, je me devais de participer à la révolution, le temps des vacances. Cette révolution qui nous avait donné beaucoup d’espoir. Couper les fils barbelés qui organisaient nos jeux d’enfants et ne plus avoir peur du soir qui tombe. C’était la guerre et j’avais recueilli un bébé-chacal que la moissonneuse-batteuse avait mis à jour. Le père l’étouffa. Je veux bien croire que ce fut un geste salvateur en ces temps d’incertitude. Que dire d’autre Yayemme de toutes ces interrogations ? Martin le mécanicien, qui me tira dessus parce que les cigogneaux ne voulaient pas descendre du nid alors que mes frères et moi leur lancions des pierres à l’heure de la sieste ; Mimi Danjou le bourrelier qui conçut et fabriqua de beaux fauteuils, Gimouni l’ébéniste dont la fille fleurissait et Cabrerra fuyant la misère andalouse. Ils partageaient nos soleils mais s’en furent un jour, l’arme à l’œil. Les miennes coulent toujours pour mes amours anciennes. Un soutien-gorge naissant dont je tirais l’élastique dans l’amphithéâtre de physique du collège mixte de Boufarik. Elle portait le nom : Calvet et nous avions douze ans. En ce quatrième mois deux mille ans après la naissance de Jésus, auxquels il faut ajouter huit longues années à la recherche de soi, je témoigne que cet écrit est destiné à ma mère, restée auprès de ses fleurs et de ses ancêtres. Comme disent les sages Soufis : Ghadhenn kama ounzila. Boualem

(Algérie)

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A. A.

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Salam à tous, À ma famille chérie, Aux personnes chères et à mes compagnons. Je veux écrire, je veux avouer et laisser libre cours à tout ce qui se passe dans mon âme et mon esprit depuis que je suis arrivée aux demeures françaises. Depuis ma montée dans l´avion j´ai senti que j´ai tout laissé là-bas, j`ai laissé l´Humaine, je veux dire les sentiments et les sensations. Je suis arrivée en France. Tout est différent : l´urbanisme, les gens, la nature, le climat… Je sens que tout est froid, sans sentiment, il est vrai que c´est une belle ville mais moi je sens une froideur. Je me sens comme un oiseau à qui on a brisé les Ailes, sans force et sans subterfuge. J´ai peur de sortir sans pouvoir revenir. Je sens que je n´ai aucune envie (aucun désir) de parole et même de vie, dans ce quartier gris et froid. Combien de fois j`ai décidé de partir, de tout laisser… J´ai espéré de tout mon coeur que tout ça ne soit qu`un rêve, que lorsque que je me réveillerai je me trouverai blottie dans les bras de ma famille et de mes amis. Je sens un dépaysement mortel, je sens que je ne respire plus, je veux m´enfuir, je veux partir d´ici sans retour. Je ne sais pas jusqu´à quand je dois supporter cette souffrance. En définitive, j´espère que le temps sera capable de panser mes blessures. A.A. (Maroc)

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Laina

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Salut ma soeur ! Comment va ? Moi je suis assise ici dans la caravane avec Kazimir, lui il joue calmement tout seul. Il pleut dehors et j’adore le son de la pluie sur la caravane. Je parie qu’il fait à peu près le même temps à San Fran. J’aimerais bien pouvoir vous visiter mais c’est tellement loin qu’on sera obligé de diviser le temps de voyage en s’arrêtant à Philadelphie. Comment va ton travail dans la danse ? Tu n’avais pas un spectacle là, dernièrement ? Comment c’était ? Il y a eu des journalistes ? Moi je donne 3 cours par semaine maintenant et ça se passe bien. J’aime bien mes élèves, on s’amuse bien ensemble. Je pars pour Berlin le 4 juin et je reste jusqu’au 28, je vais rejoindre maman, ça va être sympa. Normalement il fait assez beau à Berlin en juin, pleins de lacs et des baignades à poil ! J’hésite toujours avec papa, si on achète le billet ou pas pour l’Arizona, c’est tellement cher, et tellement d’heures de voyage toute seule avec Kazimir, c’est vraiment beaucoup. Mais je crois qu’on va venir quand même, j’ai vraiment envie de vous voir et surtout en Arizona, ça serait beau ! J’aurais aimé que Gabriel vienne avec nous, mais il ne veut pas, tant pis pour lui. Bon, Kazimir et moi t’envoyons plein d’amour et des bisous de pluie de la Bretagne, j’ai hâte de te voir. Ta soeur préférée, Laina (Etats-Unis)

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Hassan

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À toi mon père, Treize années déjà que tu es reparti vivre au pays et il ne se passe un jour sans que quelqu’un me rappelle ton souvenir. Ceci me permet de prendre conscience de la portée de certains de tes mots. Tu me disais toujours : « Être musulman en France c’est vivre sa religion et sa spiritualité mais c’est aussi être fidèle à ses engagements envers les hommes. C’est en même temps, être au service de la collectivité et oeuvrer pour son intérêt et son bien être, loin de toute forme de sectarisme, de fanatisme ou d’extrémisme. » Tu me disais aussi très fréquemment : « Nous devons cultiver cette volonté à vivre ensemble avec le respect de la liberté de chacun et donc le refus de l’exclusion, le juste milieu n’est-il pas le point le plus proche des deux extrêmes ? » Toi, ton rêve était de retourner après ta retraite au Maroc, notre pays, parce qu’au fond tu t’es toujours senti étranger ici, mais tu m’as toujours dit respecter ce beau pays qu’est la France, parce que la France est un pays à part. Au fil du temps une réalité s’est imposée à moi. J’ai deux pays et je me retrouve comme un enfant ayant deux mères, une biologique et une adoptive, et je n’ai aucune envie qu’on me force à choisir. Et j’aimerais répondre à quelqu’un qui me disait : la France « tu l’aimes ou tu la quittes ». Je lui dirais simplement une chose : de quelle France me parles-tu ? Celle de 1936 ou celle de 1998 ? Hassan (Maroc)

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Seena

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Ma chère Maman, Quand l’hiver me paraît sans fin, mon cœur désire tant le soleil si majestueux de là-bas qui brille si souvent. La grisaille du ciel, des maisons, des voitures ainsi que les sombres habits portés ici… ! Les couleurs chatoyantes de là-bas me semblent être un rêve perdu. Est-ce de la nostalgie ? Pourtant quand je suis là-bas, l’effervescence du printemps, la lumière douce de l’automne et tant d’autres choses d’ici me manquent. Je te parle de la magie du printemps, et pourtant tu ne la connais pas encore, j’aimerais que tu puisses venir ici un jour, toi qui rêves tant de voyager. Bien que je sois née et que j’ai grandi jusqu’à 21 ans là-bas, mon âme est aujourd’hui partagée entre les deux pays, condamnée ou bénie ? Je pense souvent à ta vie là-bas, sous les cocotiers, si dure mais si saine à la fois. Est-ce toujours toi qui trais les vaches et papa, livre-t-il toujours le lait en vélo ? Heureusement, depuis le creusement du puits et grâce à la pompe hydraulique, votre vie est sans doute un peu moins dure aujourd’hui. C’est une bonne chose que le gouvernement communiste du Kerala encourage la petite agriculture, dans une société où elle est si dévalorisée. Ici, les machines remplacent presque tout le monde dans les champs en prenant le risque d’insensibilisation au contact avec la terre et avec un souci du résultat optimal permanent. Nous vivons désormais en Bretagne, à la campagne, dans mon élément, celui que vous m’avez fait aimer, malgré une végétation entièrement différente, mais très belle également. Merci à Dieu pour cette diversité. Ici comme là-bas, on regarde avec inquiétude tous les changements de climat. Les dérèglements des moussons ou celles des saisons, les signes sont partout. J’espère que nous pourrons diluer toutes nos différences et toutes les frontières, pour nous unir et protéger notre Terre Mère, Matrubhumi. Mère, tu es source d’amour infinie, de générosité, de beauté, comme l’est la Terre. Tu m’as appris à respecter la vie sous toutes ses formes et je me souviens du jour où tu m’as dit que l’espace de notre cœur était aussi extensible que l’était l’univers. La dizaine de milliers de kilomètres qui nous sépare est alors insignifiante. Anthony continue son apprentissage du violon carnatique, Anamika se passionne toujours pour le Bharata Natyam, un petit vent d’Inde souffle ainsi sur nous au quotidien, tandis que la petite Keïa Lys commence à dire ses premiers mots en français comme en malayalam : quelle joie ! Avec tout mon amour, Seena (Inde) 56


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Mohamad

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Ma tendre et chère mère, J’ai quitté mon pays, seul. Seul, je me suis battu afin de donner le jour à mon unique rêve : « Le Petit Phoenicien ». Je suis ici, seul, mais seul Dieu sait que mon cœur et mon âme sont avec vous. Je ne puis un instant, une seconde, ne pas penser à toi, mère, à mes sœurs, que je ne vis depuis deux ans, et à mon pays, le Liban, ma patrie ensanglantée par des guerres sans trêve, carrefour où les conflits de pays avoisinants viennent se résoudre, nous détruire. Seul, je vous écris, mais j’espère que je ne le resterais plus. Car, loin de vous, quoique je connaisse du monde, que j’aie des amis, je me sens comme détaché d’une partie de moi. Prenez soin de vous-mêmes. En espérant toujours que la paix règne au Liban, et au Moyen Orient. À très bientôt. Mohamad (Liban)

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Skeeter

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Papa, Par quel bout commencer, 26 années de vie passées loin l’un de l’autre… Je dirai que mon histoire est ponctuée de plusieurs verbes : Partir, d’abord ce fut toi, laissant maman seule pour une autre femme. Je ne t’en veux pas, ce sont des choses qui arrivent tous les jours. Ensuite c’est toute la communauté indienne qui a dû quitter l’Ouganda, encore une partie de moi que je voyais s’en aller. Puis ma mère est aussi partie pour la France avec son nouvel amoureux et leur fils, et en urgence ! 6 mois après je les rejoignais en France, j’avais 4 ans. Accepter, j’ai dû accepter une nouvelle langue, de nouveaux paysages, accepter une nouvelle langue, une nouvelle vie, une seconde patrie… un autre papa. Aimer, j’aime la France comme si j’y étais née, elle m’a accueillie les bras ouverts et ne m’a jamais reniée. Par les temps qui courent c’est parfois difficile à imaginer. Tu sais si j’avais eu 15 ans aujourd’hui, par un simple contrôle de police, je me serais retrouvée directement dans un Centre de Rétention. Je ne peux m’empêcher de me confondre à ces ”étonnants voyageurs” et ce malgré mon intégration et ma naturalisation. Il est loin le temps où Marianne accordait du respect à la détresse des gens. Malgré ce revirement, j’aime la France, ses habitants et ils me le rendent bien ! Construire, aujourd’hui j’ai 26 ans, plein de projets, pas mal de voyages derrière moi… Je suis maman d’une petite fille, un merveilleux quatre-quarts d’un mois et demie : un quart africaine, bretonne, indienne, espagnole ! La vie est belle 64


pour nous trois, on habite à la campagne, en harmonie avec la nature. Retrouver, Petite je refusais de parler mes langues natales, le swahili et l’anglais. Ma mère me parlait dans ma langue et je lui répondais en français, faisant mine de ne pas comprendre. Je voulais oublier le passé pour mieux m’intégrer. Aujourd’hui je veux retrouver mes racines, te retrouver, retrouver le père que ma mère a préféré diaboliser et que j’ai redécouvert à travers des discussions avec tante Mragaret qui te connait très bien. Je veux me réapproprier mon histoire et par mes propres moyens. Alors à très bientôt papa ! PS : Je suis désolée que cette lettre, je n’aie pas pu te l’écrire dans notre langue, je sais qu’il existe des très bons traducteurs en Afrique. Au moins ainsi j’ai pu t’exprimer toutes mes pensées dans une langue qui est devenue ma première langue. Je ferai en sorte que ma fille soit bilingue. Ainsi elle pourra communiquer avec son grand-père. Skeeter (Ouganda) 65


Gabriela

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Chère amie, Comment vas-tu ? J’espère que vous allez bien, toi et ta famille. Je t’écris cette lettre pour te raconter certaines choses d’ici. Tu ne peux pas imaginer la désillusion que j’ai eue en arrivant ici, ça n’est pas comme on me l’avait raconté. Le déracinement que je ressens est très grand. Désolation, vide. Quelqu’un perçoit l’hostilité, la méfiance, l’incompréhension, ces regards d’exclusion, de rejet ; et quelqu’un d’autre voit tout en noir, opaque, comme si « le soleil ne brillait plus » ; et au milieu de tout ça, j’essaie de me stimuler, de me convaincre qu’il n’y a pas d’autre alternative que de continuer à lutter. Mais en même temps je me dis que j’ai eu l’opportunité de sauver ma peau, parce que là-bas je courrais le risque qu’on m’emprisonne, qu’on me tue ou simplement qu’on me fasse disparaître. C’est pour ça qu’il a fallu laisser ma vie là-bas, tout ce que j’aime le plus, mes parents, mes frères, mes amis, le pays, sans savoir encore si un jour il sera possible de revenir. Mais maintenant que je comprends que, d’une certaine façon, je dois me résigner à construire une nouvelle vie, sachant qu’il n’est pas non plus facile de s’ouvrir un nouveau chemin, peu à peu je commence à connaître la langue, les gens, les habitudes, et à apercevoir les choses plus agréables, plus jolies qui se trouvent autour de moi. Je commence à voir que « le soleil brille, réchauffe » ici aussi. Et bien, chère amie, je pourrais te raconter encore beaucoup de choses, mais je termine cette lettre en te disant que je t’aime beaucoup et que ma terre, toi et tous les autres vous me manquez, et que, malgré le temps et la distance, je continue à être de là-bas. Toute mon affection, Gabriela (Chili)

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Assane

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Vendredi 23 Mai 2008 Aux décideurs, autorités du Sénégal Madame, Monsieur, Permettez-moi de porter ces observations à votre attention. Il s’agit d’un constat alarmant et d’un sentiment d’inquiétude sur les déviations gravissimes des mentalités, le silence incroyable des autorités sur la dépravation des moeurs, et enfin l’interprétation fallacieuse des textes coraniques. Les médias nous montrent chaque jour un visage méconnaissable du pays, avec des familles disloquées, une jeunesse sans perspective d’avenir, des élus en deçà des attentes des populations. C’est pourquoi, je tire la sonnette d’alarme, et vous exhorte à revisiter l’histoire. Souvenons-nous de El Hadj Oumar, Foutiyou Tall, de El Hadj Malick Sy, Cheikh Ahmadou Bamba, etc… Ils nous ont légué des valeurs inestimables que nous devons sauvegarder (dignité, courage, piété, solidarité…). Grâce à eux, le sénégalais est respecté pour son amour du prochain, sa détermination pour toutes les bonnes causes et son intelligence. Bien sûr, la situation économique est difficile, la pauvreté s’enlise, mais faut-il pour autant s’en lamenter ? Ô vous les décideurs, aidez vos mandants à retrouver espoir pour éradiquer la misère, le chômage, la corruption. Ô vous responsables religieux ! Ravivez la foi des musulmans afin qu’ils combattent les ennemis de l’islam. Ensemble et avec l’aide de dieu, nous arriverons à redorer le blason terni de notre chère nation. Assane GAYE Rennes (Sénégal)

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H端sniye

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Salut, comment tu vas? J’espère que tu vas bien, moi ça va. J’ai fini la plupart de mes examens, j’espère que tes études se passent bien, moi je suis un peu fatiguée, je travaille en plus des études, j’ai hâte de partir en vacances pour souffler un peu. La vie s’écoule comme ça ici, en travaillant. J’ai pas trop eu l’occasion de trop m’amuser cette année, les français ne sont pas comme ça, ils profitent mieux de la vie, chaque week-end ils vont quelque part, pareil pour les vacances scolaires. Nous, les étrangers, on attend les vacances d’été pour ne partir qu’une fois par an et toujours vers une seule destination, celle de notre pays. Ça me rend triste de voir ça, mais moi je n’ai aucune envie d’avoir cette vie : comme on dit, je fais partie d’une autre génération et pour cela il faut que je réussisse dans mes études. Mon père est à la retraite, je suis contente pour lui, j’espère qu’il va enfin pouvoir profiter mieux de sa vie. Ici la vie est beaucoup mieux depuis que la famille s’est agrandie, avec les belles sœurs, les beaux frères et tous les petits bébés. La famille, les oncles, tantes, cousins… me manquent. Le paysage de là-bas avec les montagnes, les fleurs couleur saphir, la vie au village avec les chèvres, les moutons. J’ai hâte de vous voir cet été, prends soin de toi, passe le bonjour à tout le monde. Je t’embrasse. Hüsniye (Turquie)

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Suivan

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À Guido et Marisel « Les dernières nouvelles » Suivan a été victime d’un incendie criminel. Il a dû s’échapper par la fenêtre et a perdu tous ses biens. Il a risqué sa vie pour sauver sa précieuse guitare et sa caméra. En ce moment, il vit dans une « roulotte », une sorte de caravane de cirque. Aux côtés de ses collègues, il poursuit ses projets de vidéo, mais sans ordinateur, ni matériel d’éclairage. A côté de ça, il est célibataire et a envie de rentrer dans son pays, il se demande comment ses amis et sa famille ont évolué. Est-ce que ça vaut la peine d’y retourner ? Oui ! Bien sûr ! Mais est-ce qu’il pourra retrouver le type de vie qu’il veut vivre ? Ca, c’est pas vraiment certain ! Il n’aime ni Santiago, ni ses problèmes. En vivant en collectif à Rennes, il a trouvé un mode de vie tranquille, facile et créatif. Mais au Chili, il n’est ni facile de vivre et de travailler en communauté, ni de rencontrer les personnes adéquates. Finalement, quoi qu’il en soit, il souhaite y retourner pour continuer à jouer du rock avec ses amis de toujours, et partager de nouveau avec ceux qu’il a quittés il y a déjà huit ans. Suivan (Chili)

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Ratih

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Mes chers Papa et Maman, J’espère que vous êtes ainsi que toute la famille en bonne santé et sous la protection de Dieu. Ici nous sommes aussi en bonne santé. Cela fait assez longtemps que je vous ai laissés sans nouvelles, cela ne veut pas dire que je vous oublie bien sûr, ce serait quelque chose d’évidemment impossible… Comment pourrais-je oublier d’où je viens, bien que je sois maintenant éloignée de vous et vivant dans un pays étranger ? Je veux vous raconter ainsi qu’à toute la famille, une heureuse nouvelle : j’ai enfin trouvé un travail. Je suis donc plus occupée et je me sens mieux. Je suis capable de travailler et de plus ce travail me plaît, en particulier parce que le milieu est très agréable. En fait, je travaille dans une communauté de religieuses. Dans mon travail, je collecte de nombreuses expériences de la vie. Cela me donne davantage le désir de donner de l’attention et de l’affection à mes semblables et j’en suis très heureuse. Depuis les quelques mois que je travaille, mes relations avec les religieuses sont devenues de plus en plus proches et intenses. Je peux même dire par exemple que, si je suis de repos ou pendant des jours fériés, si je ne vais pas travailler, les religieuses me manquent vraiment, tant je les considère comme une partie de ma propre famille, et ceci est normal parce qu’elles sont si gentilles avec moi. En bref, je suis consciente de tout le bien que m’apporte ce travail et je veux partager cette joie avec vous. A part cela tout va bien ici, les nouvelles sont habituelles. J‘espère que l’année prochaine je rentrerai en vacances en Indonésie pour atténuer la grande nostalgie que j’ai de toute la famille que j’aime tellement. Pour l’instant je ne peux vous contacter que par téléphone ou par e-mail, mais c’est bien sûr mieux que rien… En attendant l’année prochaine pour nous rencontrer, j’espère que tout va bien pour vous et Dieu vous comblera de ses bienfaits. Je vous embrasse tous affectueusement, Votre Ratih (Indonésie)

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Lucie

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Ma chère maman et grand-mère, Pour commencer ma lettre, je t’envoie de tendres amitiés et plein de bisous. Nous sommes bien. Déjà en janvier nous sommes arrivés avec notre remorque dans une jolie ville, Rennes, où on habite ces derniers temps. On stationne sur une place collective où il y a beaucoup de gens comme nous, qui sont intéressés pour s’occuper de réaliser leurs arts. Mais Rennes reste encore en Bretagne, alors la météo ne change pas beaucoup. Il pleut souvent, mais être en ville est plus agréable que d’être à la campagne. Ça nous accorde plus d’avantages pour les conditions précises étant donné qu’on reste là momentanément. Adamek aime être ici aussi, mais c’est vrai qu’il est bien portant, tant qu’il a son confort et des dessins animés. C’est ça l’avantage sur les routes : tant qu’on a une petite maison sur roues, partout nous sommes comme à la maison. Adamek a commencé l’école maternelle, où il y a beaucoup d’enfants de différents pays. Il aime bien là-bas et il y a des heures spéciales où il va faire des exercices approfondis de sa langue française. Moi aussi, c’est déjà le douzième mois que je suis une formation pour améliorer mon français. Sinon de temps en temps je suis allée à un cours de danse qu’enseigne mon amie qui vient des Etats-Unis. La danse est bonne pour la condition physique et on rigole beaucoup. Et Jérémy ? Il vient juste de finir sa création artistique. Il a fait un robot géant en métal, il fait 6 mètres de haut. C’est un Transformer. Ce mercredi on a organisé une démonstration sur la place publique de la ville, où tout le monde peut exposer son art. J’espère que notre Transformer plaira. Bon pour le moment j’arrête là et la prochaine fois on s’écrira encore. Tu nous manques beaucoup. J’espère qu’on se verra bientôt. Faites attention à vous. Donnez le bonjour à tout le monde. Bisous, ta petite famille Lucia, Adamek, Jérémy (République Tchèque)

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Mohamed

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Ma chère mère, Après des longs mois « d’immigration », Je t’envoie dans cette lettre mes salutations les plus sacrées, Portant la fragrance de mes larmes Et les fleurs de l’amour. Comment va-t’elle, ma chérie ? Comment va mon père et mon frère ? Et la famille ? Qu’elle me manque, ma grande mère ! Et son visage sur lequel l’âge a gravé les lignes de sagesse et de connaissance. Je suis tout seul dans ce pays, « La fumée de mes cigarettes a marre de moi », Ainsi que le blanc des parcs, Parce que je n’ai pas encore trouvé une femme Qui m’aime comme tu m’as aimé et Qui prend soin de moi, Comme tu l’as pris. Tu es l’essence de la beauté, La lumière du soleil Et l’éclair de la lune, Tu es le blanc de la neige Et le rouge de la rose. Ma chère mère, Envoie des salutations au Liban, Le Liban de l’amour, de la paix, de la résistance. Envoie mes bisous à Beyrouth, La ville des lois, La grand-mère du monde, A ses anciennes maisons et leurs balcons, A ses routes embouteillées Et leurs chics boutiques. Mes salutations au blanc « Mont Liban », A la verte Beka, Au fort nord et rouge sud. Ma chère mère, en toute modestie, Je m’approche doucement de toi, J’embrasse tes mains et, dans mon coeur, Les sentiments d’amour les plus nobles et purs, Espérant que Dieu laisse ton ombre. Et à très bientôt, Je serai entre tes bras et j’oublierai le monde. Que tu restes pour ton fils fidèle. Pour toujours, Mohamed (Liban)

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Joana

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Bonjour Mercè, Comment ça va ? Cela fait très longtemps que je ne t’ai pas donné de mes nouvelles et je profite d’un peu de temps pour t’écrire quelques lignes. Ça fait déjà 15 ans que je vis en France, ce qui me manque le plus c’est le soleil d’Espagne, les jours ensoleillés et le ciel dégagé d’un bleu azur. Ce que je préfère ici, c’est qu’aujourd’hui je suis espagnole. Je ne suis plus une andalouse en Catalogne et pas plus une catalane en Andalousie. Je suis ESPAGNOLE ! D’origine andalouse. Souvent je me demande comment on pourrait faire pour vivre tous ensemble, sans rivalité. Sans tenir compte d’où on vient, d’où on naît. Nous sommes tous différents et, en même temps, pareils. Hommes et femmes qui veulent gagner leur vie et vivre en paix. Joana

(Espagne)

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Ermias

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Ma chère moitié, Voilà bien des années que l’on nous a séparés… Enfant égaré j’ai été parachuté dans un nouveau continent où l’on m’a imposé une nouvelle identité. On m’a dit aujourd’hui tu es français mais personne n’a pris en considération mon pays de naissance… (Ethiopie + Erythrée). Moi je suis juste un enfant adopté, quelqu’un qui n’a pas choisi d’immigrer, à qui on n’a pas laissé le choix d’avoir une double identité. Aujourd’hui, j’ai une famille que j’ai appris à aimer avec les années… Ici je suis dans un pays qui prétend être celui de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Ce pays m’a tout donné : des parents, la bonne santé, la scolarité, de quoi manger… Mais par-dessus tout, ce pays m’a donné des questions qui ne cessent de me tourmenter : où es-tu ? Que fais-tu ? Me cherches-tu ? Te souviens-tu de moi ? Les enjeux politiques, la pauvreté, les guerres sans intérêt nous ont empêchés de rester liés à tout jamais. Même si les années ont défilé, sache que l’Amour que j’avais pour toi est toujours là. Le soleil qui nous a vus naître, qui nous a vus grandir, le soleil qui nous a vus jouer comme des innocents, qui nous a vus séparés, c’est ce soleil qui désormais guide mon chemin pour venir à TOI ! Ermias (Ethiopie + Erythrée)

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Vingt-trois visages... Vingt-trois rencontres... Vingt-trois témoignages... Vous, qui êtes partis de "là-bas", Moi, qui suis venu vers vous, Vous avez accepté de m'accueillir, quelques instants ou quelques heures, vous dévoilant à mon regard curieux et trop souvent dérangeant. Moi je suis d'ici, je ne suis pas parti, mais les images que vous m'avez offertes invitent au voyage, à essayer de mieux comprendre le fait d'être ”ailleurs”. Plusieurs fois, je me suis senti moi-même étranger : Etranger à un univers de joie, de bonheur, de mélancolie, mais aussi de tristesse et de souffrance. Etranger à un monde que les "gens d'ici" méconnaissent. Etranger à la condition de celui qui n'est pas "chez lui", ni ici ni ailleurs. A mon tour, pour conclure cette formidable aventure, ce voyage d'une richesse insoupçonnée, je tiens à tous vous remercier et à vous souhaiter une "bonne route" ! Bertrand Cousseau (photographe)

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Correspondances citoyennes « Par la fenêtre, le soir, il communiquait avec ses voisins, avait établi tout un système de correspondance de cellule à cellule. Par des cordes qui couraient le long de la façade, on arrivait à échanger des vivres et des bouts de papier, sur lesquels on griffonnait des messages… » Van Der Meersch, Invasion 14. De quoi s’agit-il, en quelques mots ? L’Age de la Tortue invite des auteurs, des plasticiens, des vidéastes, des metteurs en scène à initier une ”correspondance” avec les habitants d’un quartier populaire de Rennes. À partir d’une immersion de deux semaines au cœur de la réalité sociale du Blosne, ces artistes cherchent à traduire et à transposer sur l’espace public la vision du monde dont sont porteurs les habitants impliqués dans le projet. Chaque correspondance est un objet qui s’adresse à une personne et appelle une réponse. Sa forme est entièrement libre ; son contenu traduit le regard que porte l’expéditeur sur le quartier du Blosne à travers trois thèmes : l’urbanisme, l’immigration ainsi que notre rapport au temps et au travail. Un principe d’action fondamental lors de la résidence : Le premier principe de Correspondances Citoyennes réside dans le renversement du schéma classique de la relation artiste/habitant. On n’est plus face à un « public » qui se déplace dans un lieu culturel parce qu’il a fait le choix de découvrir le travail d’un artiste. C’est à l’artiste d’aller se frotter à l’inconnu ; il est à l’initiative de la rencontre avec les habitants du quartier (tous n’ayant pas forcément exprimé leur envie de connaître son projet artistique). Bref, charge aux artistes résidents d’imaginer comment cette rencontre avec certains citoyens du Blosne peut advenir. Qu’est-ce qu’une « correspondance » ? Une correspondance est un objet signé par son expéditeur, qui s’adresse à une personne et qui appelle une réponse. Sa forme est entièrement libre ; son contenu reflète le regard que l’expéditeur porte sur le Blosne à travers l’un des trois thèmes retenus pour 2008 : l’immigration, l’urbanisme et notre rapport au temps et au travail. Il s’agit de s’interroger sur les questions que soulèvent ces thèmes sur le Blosne. L’idée est d’interpeller les habitants sur des sujets qui font partie de leur quotidien mais pour lesquels leur avis est rarement sollicité. Par expérience, nous encourageons chaque artiste à déterminer à l’avance la question qui sera la colonne vertébrale de son projet de résidence (pour pouvoir s’y raccrocher au cas où il perdrait pied au cours de sa résidence). À titre d’exemple : - Comment notre rapport au temps et au travail conditionne-t-il notre engagement pour l’intérêt collectif ? Quelle réalité vécue sur le Blosne ? - Quel impact les futurs projets d’urbanisme du Blosne pourraient avoir sur la vision qu’ont les Rennais de ce quartier ? Bien entendu, au-delà de ces questions qui relèvent du politique, c’est naturellement une relation humaine, sensible que nous espérons voir advenir entre artistes et habitants. L’objectif de la résidence : mobiliser 2 habitants et débuter 3 correspondances. Chaque artiste se donne pour mission d’impliquer deux habitants du Blosne dans le projet. Les rencontres sont parfois nombreuses lors des résidences, il ne s’agit pas d’engager une correspondance avec chaque habitant rencontré ; l’objectif ici est de faire passer deux personnes rencontrées de leur statut d’habitants à un statut de « correspondants ». Les deux premières correspondances sont le fruit du travail commun de l’artiste avec chacune de ces deux personnes ; la troisième est une production personnelle de l’artiste. Qui est l’expéditeur ? Pour les deux premières correspondances : l’expéditeur est le binôme « habitant - artiste ». L’habitant est toujours signataire du discours, du contenu de la correspondance. L’artiste se porte toujours garant de la réalisation de l’objet esthétique qui supporte ce discours. Éventuellement, l’artiste peut co-signer le discours, et l’habitant peut co-réaliser l’objet support. Pour la troisième correspondance : l’artiste est le seul expéditeur ; il réalise de son côté un dernier objet qui traduit sa propre expérience de résident sur le Blosne. Cette production artistique peut notamment exprimer le décalage de son point de vue sur le quartier entre le début et la fin de sa résidence. Qui est le destinataire ? Le destinataire est une personne connue (voisin, famille, collègue…) ou inconnue (le maire ? le directeur du Triangle ? un bailleur social ? l’architecte d’un bâtiment du quartier ? etc.) de l’expéditeur.


”Partir...” est directement issu du projet ”Correspondances citoyennes”. A vous qui venez de nous lire, si vous êtes ému d'une façon ou d'une autre, n’hésitez pas à participer ! Que vous soyez d'ici ou de là-bas, que vous ayez envie de répondre à l'une des lettres, ou d'en écrire une à votre pays d'origine, nous sommes ouverts à vos réactions, et serons heureux de vous faire une place dans ce projet ! Nous attendons de vos nouvelles ! L’âge de la tortue 59, rue Alexandre Duval 35000 Rennes Siret 439 390 238 00038 - Code APE 9001Z Tel. 06 61 75 76 03 / 09 50 18 51 65 contact@agedelatortue.org Paloma Fernández Sobrino Tel. 06 71 63 77 70 palomillaj@yahoo.fr Bertrand Cousseau (photographe) Tel. 06 70 10 17 70 contact@bc-photographie.com


Ce projet a reçu le soutien de la Ville de Rennes, du Conseil Général d'Ille et Vilaine, de la Région Bretagne, de l'Agence pour la Cohésion Sociale et l'Egalité des Chances, du Contrat Urbain de Cohésion Sociale et de la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports.


Partir  

Ce premier volume est le fruit d’une collaboration entre Paloma Fernández Sobrino et le photographe Bertrand Cousseau ; il nous donne à voir...

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