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Les auteurs de l’ouvrage, «À chacun sa place», premier de la maison d’édition La Contre allée.

« À chacun sa place », ou la mémoire de Fives qui renaît peu à peu Fives change. Fives évolue. Longtemps ouvrier, le quartier accueille de nouveaux habitants, les bobos comme on les appelle. « À chacun sa place », un livre où se mêlent photos, paroles de Fivois et poèmes, c’est un peu le témoignage de cette évolution. PAR HEDWIGE HORNOY « Quand les lieux familiers changent, on oublie très vite comment c’était avant. » Alors, pour la postérité, Florence Ferrandi a photographié pendant quatre ans son quartier : Fives. Les abords de la nouvelle place Degeyter surtout. « Avant, c’était un virage avec un pâté de maison », se souvient Stéphanie Maurice, journaliste rédactrice. Le travail acharné de la photographe séduit Benoît Verhille, qui est en train de lancer sa maison d’édition : La Contre Allée. Il contacte Stéphanie Maurice, qui écrit, entre autres, pour Libération. Son rôle dans l’aventure : « Raconter la mutation du quartier à travers les gens. » Les anciens ouvriers de Fives Cail, les dames des courées, les commerçants, les nouveaux habitants... Au Furet du Nord, hier, devant une vingtaine d’auditeurs, elle en profite pour tordre le coup à une idée reçue : « Les bobos, bourgeois bohèmes, sont à la base des intellectuels aux gros revenus (5 000 ou 6000 E mensuels) et qui ont choisi un mode de vie proche des artistes, hors des cadres rigides de la bourgeoisie. » Le terme est maintenant utilisé à plus large spectre pour tous les nouveaux habitants d’un quartier, un peu différents, un peu plus aisés. Le poète Lucien Suel, qui se greffe au projet, oeuvre autrement. Avant de lire un de ses textes sur un air d’accordéon de Laure Chailloux, il confesse : « Je ne connais pas bien Fives. J’ai dû y mettre les pieds deux ou trois fois en dix ans. J’ai travaillé à partir des photos de Florence Ferrandi. » D’un ton caverneux, il commence la lecture du poème À chacun sa place, qui a donné son titre à l’ouvrage : « Ici, d’abord, l’usine. L’usine attire les paysans qui deviennent ouvriers. L’usine enfante les maisons, en cités et corons, en quartiers. » Toute l’histoire de Fives tient en ces quelques lignes. En témoignent les « paroles portées » par Stéphanie Maurice. Dans le public, une dame s’interroge sur ce qu’est ce fameux Fives Cail dont tout le monde parle depuis le début de l’intervention au Furet du Nord. La journaliste prend le micro : « Une usine. Le fleuron de la métallurgie dans la métropole. Elle a fermé doucement, dans les années 1990. - Mais de quoi vivent les anciens ouvriers aujourd’hui ?, questionne la dame, le front plissé. - Bah ils sont au chômage. Ils touchent le RMI. - Mais ça concerne combien de personne ? - Il y avait environ 6 000 ouvriers. » Comme le conclut très bien Stéphanie Maurice, le quartier, qui est né avec l’usine, est un peu mort avec elle. Alors, même si tous les habitants n’apprécient guère l’architecture moderne de la place Degeyter, « beaucoup sont contents que le quartier commence à revivre un peu ». •

VOIX DU NORD - avril 2009


Revue de presse À chacun sa place