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« Une pièce de théâtre, c’est quelqu’un. C’est une voix qui parle, c’est un esprit qui éclaire, c’est une conscience qui avertit. » Victor Hugo

En couverture : Nicolas Desfossés et Frédérique Thérien dans Zone / Photo : Sylvain Sabatié

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SOMMAIRE Crédits........................................................................................................P. 4 Éditorial.....................................................................................................P. 5

RETOUR SUR 12-13

Brèves.........................................................................................................P. 7 Une plongée dans Tremblay......................................................................P. 12 Retour sur la médiation culturelle..............................................................P. 16 La « Métamorphose » de La Nouvelle Scène.........................................P. 18 L’impressionnante portée de Zone ! .........................................................P. 20 La soirée Ca(ta)sino : un pari remporté ! ..................................................P. 24 Ik Onkar : expérience professionnelle ou expérience de vie ?..................P. 26 Dramaturg, dramaturge, conseiller dramaturgique : comment différencier ces trois bibittes ?.....................................................P. 30 Artistes de la saison 2012-2013..................................................................P. 32

SAISON 13-14

Calendrier..................................................................................................P. 35 Des accueils sous le signe de la tendresse et de l’émerveillement...............P. 36 le fa le do : histoire d’histoires..................................................................P. 38 De l’argile...................................................................................................P. 40 La Nouvelle Scène se refait une beauté.....................................................P. 42 En faire tout un Cinéma...........................................................................P. 44 Gros plan sur Kasandra Tremblay............................................................P. 46 Hommage aux bénévoles...........................................................................P. 50

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Crédits

Catalyseur

Coordination : Sylvain Sabatié Rédaction : Martin Cadieux, Michel V. Cheff, Antoine Côté Legault, Fanny Gilbert-Collet, Caroline Lefebvre, Guy Mignault, Michel Ouellette, Jean Stéphane Roy et Sylvain Sabatié. Graphisme : Vacarm

Nos partenaires

Partenaires du secteur public

Partenaires du secteur privé

Théâtres, diffuseurs et organismes culturels

Chamäleon Production

Partenaire médiatique

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Éditorial

Au moment où j’écris ces quelques lignes, je suis pris dans le tourbillon des derniers préparatifs de la construction de La « nouvelle » Nouvelle Scène (quel défi !) et de la reprise de Zone au Théâtre Denise-Pelletier (quel cadeau !). Je sors tout juste de la générale… les comédiens sont bons, même très, très bons ! Ils seront de bons ambassadeurs du talent franco-ontarien ! Nous avons eu la très grande chance de rencontrer Marcel Dubé lors de son passage au théâtre afin de donner une entrevue à La Presse. Rien que de le dire, j’en ai les larmes aux yeux… Nous avons tellement travaillé fort... Je dirais même plus : nous nous sommes acharnés à redonner vie à cette œuvre, à la dépoussiérer sans jamais trahir l’auteur, que, bien malgré lui, il a fait partie de l’équipe tout au long du processus. Je ne peux oublier la poignée de main échangée : j’ai reçu une immense tendresse, une douceur, un respect… j’ai même osé aller jusqu’à lui donner une accolade !

ic Prégent Photo : Domin

Un autre grand moment marquant de la dernière année fut la venue de Michel Tremblay pour Albertine en cinq temps. En fait, ce fut des retrouvailles : j’ai connu Michel du temps où je travaillais au café Les Gâteries à Montréal après mes études à Lionel-Groulx. Il venait de déménager au Carré Saint-Louis à deux pas du café. Pendant quelques années, je lui ai servi son café matinal accompagné de sa baguette grillée brie/confitures. C’était à la fin des années 80 ! Le fait de se revoir après tant d’année fut très touchant et empli d’émotions, tant pour lui que pour moi. Ces moments mentionnés plus haut font partie du charme et de l’aura entourant le « projet sur 5 ans » que nous avons entamé avec Les Médecins de Molière et qui se termine bientôt avec le fa le do. Ce projet a permis au Théâtre la Catapulte de vivre une ascension étonnante, de briser des records et d’approfondir une démarche artistique qui lui a ouvert ses horizons. En revisitant le répertoire, la compagnie a développé de nouveaux outils et a mieux saisi la force de la dramaturgie. En se confrontant à des classiques, le projet a permis aux actrices et aux acteurs de plonger dans un grand défi technique. Je prends en exemple Zone : nous n’avons plus aucune idée de ce qu’est réellement le mélodrame au théâtre. Nous n’avons plus de repères, à part le cinéma. Ce fut tout un défi, une leçon en soi, que de plonger dans les lois de ce genre et de les rendre crédibles… Ouf ! Au niveau du jeu d’acteur, il s’agit vraiment d’une haute voltige à chaque représentation ! Bref, le « projet sur 5 ans ». n’a que des retombées positives tant pour la compagnie que pour la communauté, vous le verrez au fil des articles. Pour ma part, je prenais ce projet comme un test. Je tenais, à mon arrivée à la Catapulte, à miser sur la diversité artistique. Il faut donner la chance à tous les genres et tous les styles artistiques de s’exprimer. Nous sommes en milieu minoritaire, la multiplicité des expressions est la clef de notre développement et le seul moyen d’éviter l’exode de nos artistes. Je crois que le test est réussi et que la mission continuera. J’aime que la compagnie soit devenue un carrefour de rencontres tant au niveau artistique que social. En parcourant le Catalyseur, c’est ce qui saute aux yeux : au fil du temps, le Théâtre la Catapulte est devenu un vecteur, un canal de développement. Je suis fier, il y a trois ans, d’avoir accepté le défi « Catapulte » et j’espère en être à la hauteur ! Je remercie les artistes de faire de la compagnie un ambassadeur important de la culture franco-ontarienne et de lui donner. la force qui la caractérise. Je remercie mes collègues d’être aussi passionné-e-s et de croire au défi « Catapulte » autant et sinon plus que moi ! Merci à tout ceux et celles qui, de près ou de loin, permettent au Théâtre la Catapulte de découvrir les profondeurs de l’âme et d’enrichir le vocabulaire humain. Bonne lecture ! Jean Stéphane Roy « leCatalyseur... du Théâtre la Catapulte, automne 2013.

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Retour sur

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brèves eux Martin Cadi ain Sabatié Photo : Sylv

Arrivée de Martin Cadieux L’été 2012 a vu l’arrivée de Martin Cadieux au sein du Théâtre la Catapulte en tant qu’agent de développement et de vente. Originaire d’Alexandria et titulaire d’un baccalauréat en théâtre et histoire de l’Université d’Ottawa, Martin a travaillé. pendant plus de 4 ans comme agent des communications à la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO). Souhaitant se rapprocher du milieu théâtral, il est très heureux d’avoir rejoint l’équipe du Théâtre la Catapulte pour s’occuper de la vente des spectacles en matinées scolaires et en tournées ainsi que du développement de la compagnie. Il a ainsi organisé avec brio l’événement de levée de fonds de la compagnie, le Ca(ta)sino (voir page 24). Son arrivée fait suite au départ de Sandrine Vrilliard après plus de 10 ans de services !

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Solal lle Berger Photo : Siby

Bienvenue à Solal L’arrivée de Martin ne fut pas le seul changement au sein du personnel de la compagnie. Le 30 juin 2012, notre directrice administrative, Sibylle Berger, a mis au monde le petit Solal. Pour la remplacer durant son congé maternité, le Théâtre la Catapulte a choisi de faire confiance à son agente de production et de tournée depuis 5 ans, Lindsay Tremblay. Présentement étudiante en maîtrise de gestion de projet à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et ayant une parfaite connaissance de la compagnie, Lindsay a merveilleusement assuré l’intérim dans une année pourtant particulièrement chargée en demandes de subventions –. 14 au total dont 3 de fonctionnement ! Merci ! Pour s’occuper de la production et de nos tournées, nous avons engagé Sophie Ducharme. Travaillant avec la Cata depuis de nombreuses années, principalement comme technicienne de tournée, Sophie était la mieux placée pour occuper pendant un an le poste d’agente de production et de tournée que retrouva Lindsay en juin 2013, lors du retour de Sibylle à l’administration.

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Hamlet du Théâtre Tremplin En mai 2013, le Théâtre Tremplin, notre compagnie « petite sœur », présentait avec notre appui sa production annuelle : Hamlet de William Shakespeare, dans une traduction de Jean Marc Dalpé. Si le succès fut au rendez-vous, on y retrouvait également des figures connues du Théâtre la Catapulte : Lindsay Tremblay en faisait la régie, Sophie Ducharme la direction de production et les éclairages, Sylvain Sabatié s’occupait des communications et interprétait le personnage d’Horatio et Martin Cadieux en fit les photos de production. On y retrouvait également les deux dernières récipiendaires de la Bourse Patrick-Leroux : Chloé Tremblay (qui interprétait Ophélie) et Marie-Ève Fontaine (qui jouait Laertes). Marie-Pierre Proulx, qui s’est jointe à l’équipe de la Cata durant les étés 2009 et 2010, en signa la scénographie. Enfin, « last but not least », notre dramaturg attitré et animateur de l’Œil du Prince, Antoine Côté Legault, se fit remarquer pour la « brillante habileté » (selon Alexis Nahan de la revue Liaison) avec laquelle il interpréta le rôle titre ! Bravo à toute l’équipe et à Dillon Orr, le metteur en scène, qui fait souvent du bénévolat pour la Cata !

De gauche à droite : Alex andre Gauth Éric Beevis ie et Antoine Côté Legault r, Photo : Mart in Cadieux

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au. e du Bourre se en lectur Anie Richer, mi la de , Marsan Répétition stien Lajoie droite : Guy De gauche à Élise Gauthier et Séba nique, Sasha Domi ain Sabatié Photo : Sylv

Mises en lecture et concours d’écriture ados En septembre 2012 avait lieu la première édition du festival de mise en lecture Les Feuilles vives : paysage de la dramaturgie franco-ontarienne. Cet événement organisé par Théâtre Action présenta plusieurs mises en lecture de textes franco-ontariens, tant professionnels que communautaires et scolaires. Ainsi, les deux derniers textes ayant remporté le concours d’écriture adolescent que nous organisons avec le Théâtre français de Toronto, le Théâtre du Nouvel-Ontario et Théâtre Action, furent non seulement joués lors du Festival Théâtre Action en Milieu Scolaire (FTAMS) en avril 2012 et 2013, mais également lors des Feuilles vives. Caroline Yergeau a ainsi mis en lecture Interdit d’Avery Tracy, avec les comédiens Marc-André Charette, Marie-Thé Morin, Anie Richer et Louis-Philippe Roy. Ce texte, récipiendaire du Prix Hélène-Gravel/Bourse Josée-Létourneau en 2011, a reçu 20 heures d’appuie dramaturgique avec Élise Gauthier. Le Bourreau, de la troupe Esprit Essor de Tecumseh (dont faisait également partie Avery Tracy), gagna le Prix Étincelle HG en 2012 et bénéficia ainsi de l’appuie dramaturgique d’Antoine Côté Legault. Il fut mis en. lecture par Fanny Gilbert-Collet et mettait en vedette Sasha Dominique, Élise Gauthier, Sébastien Lajoie, Guy Marsan et Anie Richer (qui fut remplacée par Fanny Gilbert-Collet elle-même lors du FTAMS 2013). Enfin, Cinéma, un texte en développement de Mishka Lavigne, fut mis en lecture par Jean Stéphane Roy. Se chargeant lui-même des didascalies, il s’entoura des comédiens Nicolas Desfossés et Andrée Rainville. Le texte lui ayant beaucoup plu, il a décidé de continuer à en explorer le potentiel… Rendez-vous page 44 pour plus d’infos.

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4 Prix Rideau en 2012 Les Prix Rideau 2012 furent un succès pour le Théâtre la Catapulte et ses deux coproductions avec le Théâtre français de Toronto. Zone a remporté trois prix : celui de la Production de l’année, celui de la Mise en scène de l’année pour Jean Stéphane Roy et celui de la Conception de l’année pour Dominic Manca (scénographie). Enfin, Mélanie Beauchamp a remporté le Prix de l’interprétation féminine de l’année pour son rôle d’Albertine à 30 ans dans Albertine en cinq temps de Michel Tremblay. Voici les autres nominations que nous ou nos artistes nous sommes mérités : Production de l’année (Albertine en cinq temps), Mise en scène de l’année pour Jean Stéphane Roy (Albertine en cinq temps), Interprétation féminine de l’année pour Céleste Dubé (Albertine à 40 ans dans Albertine en cinq temps), Interprétation masculine de l’année pour Nicolas Desfossés et Richard J. Léger (respectivement Tarzan et le policier dans Zone), Conception de l’année pour Benoît Brunet-Poirier (éclairages d’Albertine en cinq temps), Prix de l’artiste en émergence pour Alain Lauzon (régie de Zone) et Jean-Simon Traversy (Tit-Noir dans Zone). Bravo à toutes et à tous !

Zone ! La gang de r ew Alexande Photo : Andr

Tarzan récompensé ! Le 8 juin 2013, lors du Gala Théâtre Action, Nicolas Desfossés a reçu le Prix d’excellence artistique « Avant-scène » de Théâtre Action pour son interprétation de Tarzan dans Zone de Marcel Dubé. Ce prix vise à reconnaître annuellement la qualité exceptionnelle du travail d’un professionnel d’avant scène et d’arrière scène du milieu théâtral franco-ontarien. Il succède à Joël Beddows, qui l’avait reçu pour sa mise en scène de Frères d’hiver de Michel Ouellette. C’est Pierre Simpson qui lui a remit son prix. Bravo Nicolas !

n erre Simpso ossés et Pi Nicolas Desf tre Action Photo : Théâ

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Une plongée La complexe pièce Albertine en cinq temps de Michel Tremblay fut créée et présentée à guichets fermés à Ottawa en octobre 2012, puis reprise chez notre coproducteur, le Théâtre français de Toronto, en avril 2013. Le point d’orgue de cette « expérience Albertine » fut sans aucun doute la venue du grand dramaturge à Ottawa et sa participation à une discussion avec les spectateurs. Fanny Gilbert-Collet, assistante à la mise en scène, témoigne.


dans

Tremblay

L

a pièce Albertine en cinq temps est particulière de par sa forme (éclatée sans aucun doute, mais rappelant aussi la tragédie grecque), de par son propos (une seule femme qui entretient un dialogue d’une heure quinze minutes avec 4 autres versions d’elle-même), de par sa temporalité (une décennie sépare chacune des Albertine) et de par son langage (du Tremblay par excellence, mêlant avec grâce poésie et joual). Le processus de création de cette pièce revêt autant de spécificités que l’œuvre elle-même. Voilà le défi que s’est lancé. Jean Stéphane Roy, metteur en scène et directeur artistique du Théâtre la Catapulte.

Jean Stéphane Roy a abordé le texte de l’intérieur vers l’extérieur, permettant à chacune des actrices d’expérimenter les autres personnages à travers une lecture circulaire. Pendant quelques jours, chaque actrice a prêté sa voix à chaque version d’Albertine, y compris Madeleine. Cela leur a permis de comprendre tous les aspects du personnage principal dont il est question dans la pièce. Cela leur a également dévoilé des côtés cachés d’Albertine. S’en est suivie une série d’exercices afin de révéler le physique de chaque Albertine. Toutefois, l’exercice ayant le plus aidé les actrices dans leur interprétation de ce personnage aux facettes multiples fut sans contredit celui des armes. Les actrices devaient d’abord choisir une arme (par exemple, un couteau, une aiguille vaudou, un coup de sac à main, une massue, etc.), puis elles s’en servaient en répétant leurs lignes. Cela leur a permis d’attaquer en disant le texte, d’accomplir une action concrète. La pièce de Tremblay traite principalement de la souffrance liée à la rage qu’Albertine porte envers la vie et les gens qui l’entourent. Elle est constamment à la recherche de l’objet de sa rage et ce n’est que lorsqu’elle l’embrasse (l’accepte) totalement qu’elle en est libérée, pouvant ainsi pleurer. L’apparition de la lune rouge à la toute fin de la pièce permet ce dégagement et Jean Stéphane Roy met en scène une Albertine à 30 ans qui peut enfin laisser couler ses larmes.

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De gauche à droite, Geneviève Dufour, Marie-Hélène Fontaine, Patricia Marceau, Mélanie Beauchamp, Céleste Dubé et Lyne Tremblay / Photo : Sylvain Sabatié

La pièce Albertine en cinq temps a été présentée à guichets fermés à La Nouvelle Scène d’Ottawa du 24 au 27 octobre 2012 (à partir du 22 si l’on compte les matinées scolaires), puis du 17 au 28 avril 2013 au Berkeley Street Theatre à Toronto. La pièce a aussi fait l’objet d’une captation vidéo qui fut diffusée sur les ondes de TFO le 20 janvier 2013. Mélanie Beauchamp / Photo : Sylvain Sabatié


Afin d’atteindre l’exécution menée à terme par Jean Stéphane Roy, les six actrices ont travaillé d’arrache-pied pendant des mois, apprenant le. texte en ne suivant aucune chronologie, développant un attachement personnel envers leur personnage et se plongeant dans l’univers Tremblay. L’écrivain et dramaturge Michel Tremblay a légué au monde entier une œuvre colossale tant sous la forme de pièces de théâtre, que sous celle de recueils de nouvelles et de romans. En observant l’ensemble de son œuvre, nous nous sommes rendus compte que la cosmologie des personnages de l’œuvre de Tremblay y était contenue. Il est très impressionnant de réaliser qu’un seul être a pensé à tout ça, a organisé son œuvre de manière à nous donner la version individuelle de chacun de ses personnages. Albertine en cinq temps est sans doute le chef d’œuvre de Tremblay. Voilà pourquoi la venue de. l’artiste lui-même à l’une des représentations est. rapidement devenue un événement artistique d’une. grande importance. En effet, le 26 octobre 2012, à La Nouvelle Scène d’Ottawa, la Catapulte présentait sa version bien personnelle et touchante de la tragique Albertine devant l’illustre dramaturge québécois lui-même ! Suite à la représentation, nous avons eu l’immense chance d’écouter l’écrivain parler de sa réception de la mise en scène de Jean Stéphane Roy et de ses propres opinions face à sa pièce et au théâtre. Michel Tremblay fut d’une ouverture incroyable. Tout d’abord, il nous a avoué avoir été très touché par l’interprétation des six comédiennes. Puis, il a partagé sa vision des choses quant aux différentes mises en scène qui ont fait évoluer Albertine depuis son écriture. M. Tremblay semblait bien ouvert au fait que plusieurs personnes peuvent comprendre sa tragédie de manière dissemblable. Il a même ajouté que ces différences créaient la richesse même du théâtre. Le dramaturge écrit en. laissant des trous qui seront comblés par le metteur. en scène. Il s’agit d’abord et avant tout d’un travail d’équipe. Cela démontre bien la conception du théâtre de Michel Tremblay. Plusieurs artistes qui. apportent leur propre sensibilité, leur propre talent

et leur intelligence à une œuvre en particulier. De. plus, dès la fin de la pièce, M. Tremblay a tenu à rencontrer les actrices et à leur adresser un mot en coulisse. Ce fut un moment très touchant. Ce grand homme de théâtre s’adressant à des actrices de toutes les générations en terre non québécoise… Quelle expérience inouïe ! Les représentations d’Albertine en cinq temps ont repris au mois d’avril dernier, à Toronto cette fois. Les actrices n’ont eu le choix que de prolonger l’apprentissage du texte au moyen de diverses séances Skype réunissant les six comédiennes. Notre Albertine s’est retrouvée dans une salle beaucoup plus intime qu’à Ottawa. L’éclairage diffus de Benoît Brunet Poirier illuminait ainsi tous les spectateurs qui ont adoré les représentations. Quel ne fut pas notre bonheur lorsque Jean Stéphane et moi avons regardé un enchainement : les actrices s’étaient appropriées les personnages comme jamais ! Sur la scène, ce n’était plus nos comédiennes, mais bien cinq versions distinctes d’Albertine accompagnées de leur confidente, Madeleine. La tragédie d’Albertine en cinq temps avait fait son chemin à l’intérieur de chacune d’entre elles. On pourrait résumer l’aventure comme suit : après le succès ottavien auprès des publics adolescents et adultes, ce fut au tour du public torontois d’être séduit. La souffrance que porte la tragique Albertine touche autant les jeunes que les moins jeunes et les anglophones que les francophones. Encore un coup de maître de Tremblay ! Fanny Gilbert-Collet, juin 2013

Appréciation des spectateurs : 43 % 42 % 12 % 3%

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Retour

sur la

médiation

culturelle

L’animateur de l’Œil du Prince et l’organisateur du Club des Mordus reviennent sur les deux activités de médiation culturelle de la

compagnie, destinées respectivement aux adultes et aux adolescents, ses deux publics cibles.

L’Œil du Prince J’ai eu le plaisir d’animer l’Œil du Prince pour une deuxième année consécutive en 2012-13. Durant la renaissance, il s’agissait du nom donné au meilleur siège qu’un spectateur puisse occuper. Ainsi, le projet l’Œil du Prince a donné l’occasion à des spectateurs peu expérimentés de la région d’Ottawa d’approfondir leur compréhension du théâtre à travers une expérience exclusive. Dans le cadre de l’activité, une dizaine de participants ont assisté gratuitement à cinq spectacles et participé à cinq rencontres préparatoires que j’ai conçues spécialement pour eux. Chaque pièce a été contextualisée et accompagnée d’un atelier pratique qui permettait de mieux comprendre les principaux aspects d’un spectacle de théâtre, ainsi que de son processus de création. Ensemble, nous avons visité les coulisses et l’arrière-scène de deux salles de spectacles afin de découvrir les secrets de la réussite d’une pièce de théâtre qui sont généralement cachés aux spectateurs. Durant l’année, nous avons assisté à trois pièces du Théâtre la Catapulte. Le classique canadien-français Zone de Marcel Dubé nous a amené à observer comment dépoussiérer une œuvre âgée. À l’occasion d’Albertine en cinq temps de Michel Tremblay, nous nous sommes penchés sur la mise en scène. Finalement, nous avons. exploré la méthode REPÈRE, la technique de création, inspiré d’objets et d’improvisation, qui a été utilisée pour créer le spectacle pour adolescents Ik Onkar. Afin d’être bien préparé à l’audacieux OULIPO show, présenté au Centre national des Arts, nous avons monté une même scène dans plusieurs styles différents : classique, réaliste, postmoderne, etc. Finalement, avant d’assister à une traduction francophone de Hamlet du Théâtre Tremplin (une production communautaire parrainée par la Cata), les participants ont pu démystifier le travail du comédien, en expérimentant notamment une forme de réchauffement du corps et de la voix. J’ai été agréablement surpris de l’ouverture des participants à l’ensemble des pièces,. jusqu’aux plus inusitées. J’ai vécu avec eux un échange privilégié et je suis convaincu qu’ils deviendront de bons ambassadeurs du théâtre. Antoine Côté Legault, août 2013

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Les Mordus en plein atelier / Photo : Sylvain Sabatié

Le Club des Mordus Le Club des Mordus a toujours été une activité très rassembleuse. En conviant des francophones et des francophiles, des Québécois et des Franco-ontariens, des jeunes de différents milieux socioculturels et de différents âges (12 à 18 ans) qui ont déjà fait du théâtre ou qui le découvrent, et en leur offrant des ateliers participatifs dans lesquels ils doivent travailler tous ensemble, le Club des Mordus a toujours été un lieu de rencontre privilégié pour la trentaine d’ados qui y participent chaque année. La 7e édition du Club, qui se tenait à La Nouvelle Scène le samedi 27 octobre 2012, n’a pas dérogé à la règle. Au contraire : en suivant la suggestion des Mordus des années précédentes (« Deux heures par atelier, c’est trop court ! »), nous avons ainsi décidé d’offrir un atelier de création collective de non pas deux, mais bien quatre heures ! Deux groupes ont ainsi été créés. Kevin Orr, metteur en scène et professeur à l’Université d’Ottawa, prit en charge l’un d’eux. L’autre moitié fut confiée à Fanny Gilbert-Collet, metteure en scène de théâtre et d’opéra qui a notamment travaillé sur Albertine en cinq temps et Ik Onkar. Après quatre heures de travail créatif en groupe de quatre ou cinq, les Mordus ont eu le plaisir de goûter aux joies de la scène en présentant une courte pièce de quelques minutes à leurs nouveaux amis. Ils ont ensuite. assisté à une représentation d’Albertine en cinq temps et ont pu poser leurs questions aux six comédiennes de la pièce. Au final, ce sont des ados très heureux de leur expérience qui ont quitté La Nouvelle Scène après une journée bien remplie (et gratuite soit dit en passant), comme l’illustre ce témoignage de Mathieu : « Mille mercis Sylvain ! C’était une journée que je n’oublierai jamais ! Que de nouveaux amis ! Si tu veux que je revienne en 2013, je suis totalement là ! » Sylvain Sabatié, août 2013 Le prochain Club des Mordus aura lieu le samedi 22 février 2014 à l’École De La Salle. Les Mordus assisteront à une représentation de La Fille d’argile. L’organisation de l’Œil du Prince n’est pas encore confirmée, la compagnie étant tributaire de l’obtention d’une subvention.

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La

« métamorphose » de

La Nouvelle Scène Métamorphose fut la dernière Soirée-bénéfice de La Nouvelle Scène à se dérouler dans la bâtisse maintenant détruite. Cette soirée « new look », agrémentée d’un cocktail dinatoire et d’un encan, a vu se succéder sur scène des artistes comme Damien Robitaille, Stef Paquette, Aymar, Mathieu Pichette, Annie Lefebvre et d’autres. Parmi eux, 12 personnalités de la communauté qui participèrent à une mise en lecture dirigée par Jean Stéphane Roy. Retour avec ce dernier sur cette soirée exceptionnelle pour La Nouvelle Scène et ses quatre compagnies résidentes !

« Métamorphose ! Quelle idée géniale ! Mais surtout, quel plaisir rafraîchissant pour nous, les ‘lecteurs’ et les ‘lectrices’ ! Je me suis sentie folle et libre comme lorsque j’étais petite et que je construisais des châteaux de sable, ou que je faisais des pirouettes en ne me souciant de rien d’autre que d’avoir du plaisir ! » – Ginette Gratton. Ce témoignage représente bien l’esprit des participants et participantes à la Soiréebénéfice de La Nouvelle Scène qui s’est déroulée le 27 février dernier. Avec la transformation prochaine de La Nouvelle Scène, il nous apparaissait évident qu’avec le renouveau, nous devions changer la formule de notre collecte de fonds annuelle. Plutôt que d’assister à une production d’une des 4 compagnies fondatrices-résidentes, nous avons demandé à des notables de la région de participer à une lecture publique regroupant des extraits de pièces qui ont marqué les dernières 15 années de La Nouvelle Scène. C’est Esther Beauchemin (Théâtre de la Vieille 17) qui a fait le travail « archéologique » de créer le montage d’extraits et c’est moi qui avais le plaisir de mettre en scène les « acteurs et actrices » de la soirée !

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Sous le thème Métamorphose, vu la reconstruction de La Nouvelle Scène, 12 personnes ont donné de leur temps précieux pour accoucher de cette soirée haute en couleur : Bertin Beaulieu (président de l’ACFO Ottawa), Yves Bisson (directeur général de la Caisse populaire d’Orléans), Lise Bourgeois (présidente de La Cité collégiale), Marc Brazeau (comptable associé chez Marcil Lavallée), Édith Dumont (directrice de l’éducation au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario), Mathieu Fleury (conseiller municipal de Rideau-Vanier), Ginette Gratton (animatrice à TV Rogers), Sébastien Lorquet (avocat chez Heenan Blaikie et président du Festival franco-ontarien), Carole Myre (directrice artistique du Centre d’excellence artistique de l’École De La Salle), Benoît Prégent (courtier d’assurance chez Charlebois Trépanier) et Suzanne Valiquet (conseillère chez Momentum Planning & Communications). J’avais déjà fait un tel exercice il y a quelques années pour la Soirée-bénéfice du Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal. J’ai retrouvé le même plaisir et la même qualité d’ambiance. Il y a une telle générosité venant des participants ! Ils ont de la rigueur (parfois plus que certains acteurs !) et découvrent le plaisir de la recherche du personnage et de son humanité. En tant que praticien de théâtre, je sais à quel point le théâtre aide l’humain à vivre, et de voir cette découverte dans les yeux de nos « apprentis » acteurs me donne un élan pour continuer encore des années ! Pour terminer, je vous inviterais, afin d’avoir un aperçu de cette mise en lecture, à visionner cette vidéo réalisée par Mathieu Fleury et son équipe : http://vimeo.com/63825506#. Jean Stéphane Roy, juin 2013

De gauche à droite : Yves Bisson, Ginette Gratton, Édith Dumont et Sébastien Lorquet (de dos), interprétant Silence en coulisse / Photo : Sylvain Sabatié


L’impressionnante Depuis février 2012, la pièce Zone de Marcel Dubé rencontre un immense succès qui n’arrête pas de surprendre. Martin Cadieux, qui s’occupe des matinées scolaires et de la vente en tournée, nous rend compte du phénomène.

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portée de D

Zone !

epuis sa création, Zone de Marcel Dubé, troisième pièce du projet sur 5 ans initié par le Théâtre français de Toronto et le Théâtre la Catapulte, cumule les succès. Non seulement le grand public et les ados ont été au rendez-vous à La Nouvelle Scène et partout en province, mais la critique et les pairs ont encensé la production. Sans aucun doute, Zone de Marcel Dubé est un classique canadien-français qui a marqué l’évolution du théâtre d’ici. Le fait que cette pièce soit lue et étudiée partout au Canada français explique à la fois la place qu’elle occupe dans la culture générale et le grand nombre de spectateurs dans les salles. Par contre, ceci n’explique aucunement le succès de cette production auprès des pairs, de la critique et l’appréciation incontestée de l’œuvre par le grand public.

En effet, cette production a remporté des prix tels que la « Production de l’année », la « Mise en scène de l’année » et la « Conception de l’année », pour les décors de Dominic Manca, lors des Prix Rideau en avril dernier. Et Théâtre Action a souligné la performance de Nicolas Desfossés dans le rôle de Tarzan en lui remettant le Prix d’excellence artistique « Avant-scène ». De plus, notre traditionnel système de cœurs, qui prend le pouls de l’appréciation des spectateurs (ados et grand public), nous informe quant à leur expérience lors de la pièce : 94 % du public d’Ottawa ont trouvé Zone « Excellent » ou « Très bon » ! C’est que Jean Stéphane et l’équipe ont accompli un travail de réinterprétation subtil, mais nécessaire, du texte de Dubé, qui, disons-le, avait accumulé un peu de poussière. Ce travail, par contre, n’a jamais trahi l’œuvre originale. Au contraire, il a permis de mettre en lumière le conflit toujours actuel de cette histoire ; celui d’une jeunesse confrontée à un avenir sans espoir et son désir de s’émanciper de sa condition. Puisque le cinéma avait inspiré Marcel Dubé, Jean Stéphane Roy, metteur en scène, et Antoine Côté Legault, dramaturg, ont remanié le texte afin de le rapprocher de la réalité cinématographique d’aujourd’hui. Ainsi, le premier interrogatoire de Tarzan du deuxième acte dans la pièce de Dubé a été déplacé pour faire figure de prologue. La chronologie devient ainsi fragmentée, donnant un élan à la pièce par une entrée en matière percutante, c’est-à-dire une prise de bec musclée entre le Policier et Tarzan.

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Jean-Simon Traversy et Frédérique Thérien / Photo : Sylvain Sabatié

Créée en février 2012, la pièce Zone a connu une saison 2012-13 pas mal remplie : reprise à Ottawa du 27 novembre au 7 décembre 2012, la pièce a également fait une petite tournée au Québec, à Saint-Hyacinthe les 8 et 9 avril et, avant ça, à Buckingham le 5 avril 2013, où la production a fêté sa 100e représentation !

De gauche à droite : Richard J. Léger, Jean-Simon Traversy, Dave Jenniss, Maxime Lavoie, Frédérique Thérien et Nicolas Desfossés / Photo : Sylvain Sabatié


D’autre part, cette chronologie légèrement fragmentée vient appuyer la lecture du metteur en scène d’après laquelle les événements de la pièce, étant dans le passé, sont revisités par le Policier. Une couche entière d’interprétation est superposée au texte de Dubé. Le Policier se remémore ainsi d’un cas l’ayant profondément marqué et qu’il considère peut-être comme un échec personnel. Il s’agit d’une interprétation complètement absente du texte original. Les interrogatoires du deuxième acte en sont un autre exemple. Dans le texte original, ils se succèdent un à la suite de l’autre tandis que dans la production ils ont été amalgamés en une seule scène où l’on saute sans répit d’un espace-temps à un autre, le Policier étant notre ancre. Ainsi, des scènes potentiellement redondantes, voire monotones, sont transformées en une escalade de questions-réponses tendues culminant avec la crise de panique de Ciboulette. Ceci rapproche encore une fois l’esthétique du spectacle à celle de la cinématographie contemporaine, tout en faisant du Policier notre point de vue privilégié. De plus, un travail de composition de personnage énorme a été accompli pour rendre plus vivants, complexes et complets des personnages qui n’occupent qu’une place marginale dans le texte (surtout par leur peu de répliques). Ce travail combiné avec la présence sur scène de chacun des personnages durant la pièce entière fait en sorte que Tit-Noir et Moineau deviennent tout d’un coup des personnages aussi marquants et complexes que les autres. Aussi, en amalgamant les trois policiers du texte original, chacun ayant un trait stéréotypique différent et assez uniforme, Jean Stéphane Roy et Richard J. Léger ont fait du Policier un personnage ayant plusieurs facettes :. tantôt paternel, tantôt brutal, tantôt rusé, le Policier devient alors nuancé et attachant.

Plusieurs autres stratégies, dont la narration sur trame sonore, la musique de Jean-Michel Ouimet et les transitions entre les actes qui contribuent beaucoup au rythme du spectacle, permettent de l’enrober dans un tout bien ficelé. Cela étant dit, les adolescents, un public important pour le Théâtre la Catapulte, se sentent particulièrement concernés par la pièce. Entre autres, puisque le langage scénique se rapproche de ce qu’ils consomment à l’écran, tout en racontant une histoire d’amitié, de gang, d’amour, de fidélité et de trahison, choses qui sont souvent vécues avec nouveauté et intensité à l’adolescence. Ainsi, le travail artistique réalisé pour cette production de Zone a réussi à résonner chez les spectateurs, si bien que la pièce a encore une longue vie devant elle – si longue que nous n’avons pas fini d’être surpris… Après une tournée en Ontario de 80 dates, un total de cinq semaines à La Nouvelle Scène à Ottawa, une diffusion sur les ondes de TFO, la pièce retourne sur la route cette saison s’arrêtant au Théâtre Denise-Pelletier (salle de 800 places !) à Montréal pour 6 semaines, et se rendant par la suite en Acadie pour une trentaine de représentations ! Bravo à toute l’équipe pour cet important succès ! Martin Cadieux, septembre 2013

Appréciation des spectateurs : 83 % 11 % 4% 2%

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La soirée Ca(ta)sino :

un pari remporté ! L

e 24 avril dernier, pour célébrer son 20e anniversaire et pour financer ses tournées, le Théâtre la Catapulte innovait en organisant une soirée casino à son image. Pour bien donner le ton de l’événement, un jeu de mots sorti de la bouche de Jean Stéphane Roy est resté pour nommer la soirée : le Ca(ta)sino. C’est que, oui, il y avait des tables de jeu qui étaient tapissées de feutre vert, il y avait des jeux de cartes, des dés, des prix à remporter. Par contre, la plupart des jeux avaient pour but de faire rire les gens. De plus, plusieurs performances, teintées d’une tout autre couleur que celle du divertissement bourgeois d’un véritable casino, venaient théâtraliser la soirée. Ces performances ont enrobé la soirée d’une aura artistique, un peu absurde, surprenant les gens et les confrontant à des réalités détonantes. En même temps, ceci a permis au Théâtre la Catapulte d’exploiter ce qu’il fait de mieux : de l’art en général et du théâtre en particulier… Ainsi, les invités ont eu droit à des performances de comédiens et d’artistes de la région, notamment un trio de dames des années 60 en robe de chambre qui en interpella plus d’un, un « air » orchestre, une artiste visuelle en plein processus de création (notre artiste de la saison 13-14, Kasandra Tremblay – voir pages 46 à 49), une passagère séductrice et un (vrai) duo jazz.

Grâce à nos partenaires et à la générosité des bénévoles, la soirée, qui se tenait au. Pavillon Tabaret de l’Université d’Ottawa, a été un grand succès. Près de 75 personnes étaient présentes et un profit de plus de 6 500 $ a été amassé afin de financer les tournées de l’année prochaine. Merci à tous ceux et celles qui ont contribué à ce succès et à l’année prochaine ! Martin Cadieux, juin 2013

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Photos : Sylvain SabatiĂŠ


Ik Onkar : En avril dernier, le public d’Ottawa pouvait découvrir la dernière création pour ados du Théâtre la Catapulte : Ik Onkar, une création collective. Au départ du projet : Benoît Brunet-Poirier, Fanny Gilbert-Collet et Jean Stéphane Roy. Sur les planches devant les spectateurs : Marie-Eve Fortier, Philippe Landry et Caroline Lefebvre. Cette dernière nous conte sa première expérience de comédienne professionnelle.

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Expérience

professionnelle ou

expérience de vie ? P arfois, je me demande encore comment j’ai pu faire partie du spectacle Ik Onkar ! Je me souviens encore du pincement au cœur que j’ai eu en septembre en découvrant la pièce dans la brochure de La Nouvelle Scène : je me disais que j’aurais voulu faire partie de ce projet… Et finalement, me voilà quelques mois plus tard à jouer dedans ! Quand même. Question de hasard ? Question de chance ? Peut-être bien… Mais reste que ma vie a tout de même pris un tournant le soir où j’ai reçu le courriel de Jean Stéphane me disant qu’il avait une offre de contrat pour moi. Je ne croyais pas à ma chance : mon premier contrat professionnel alors même que j’étais encore à l’université ! J’ai rarement été aussi excitée d’aller à une rencontre ! En sortant des bureaux de la Catapulte, j’étais complètement euphorique. Mais après, j’ai commencé à capoter un peu : j’étais surtout stressée à l’idée de devoir prendre la place de Louis-Philippe (Robillard, au départ comédien qui se consacra finalement à la musique du spectacle) et d’être à la hauteur des attentes. Jean Stéphane, Fanny et Benoit avaient été tellement généreux en me donnant l’opportunité de participer à ce projet que je ne tenais vraiment pas à ce qu’ils regrettent leur choix…

Lors des premières répétitions, je me suis sentie pas mal dans le néant. Je n’étais pas habituée à ce genre de processus. Tout d’abord, je me sentais mal de refaire ce que la personne avant moi avait fait – mais en même temps, je devais faire les mêmes gestes tout en me les appropriant. Ça m’a poursuivi pendant un certain temps, surtout pour la scène de Roméo & Juliette. Heureusement, au fil du temps, j’ai pris plus d’assurance.

« leCatalyseur... du Théâtre la Catapulte, automne 2013.

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L’autre angoisse qui m’a suivi au cours du processus, c’était le principe de la création. Je ne me considère pas comme quelqu’un dont l’imagination coule à flots et je dois avouer que, quand je joue dans une pièce, je trouve rassurant de pouvoir m’appuyer sur un texte : j’aime être encadrée par celui-ci pour que mon imaginaire se cultive. Là, c’était assez différent. Certaines scènes s’écrivaient à partir d’improvisations. D’autres étaient amenées au cours des répétitions suite à une certaine inspiration de quelqu’un. D’autres encore se basaient sur des pièces connues comme La Cantatrice chauve, Roméo & Juliette ou encore Cyrano de Bergerac. Cette liberté nous a permis d’explorer des tonnes d’alternatives auxquelles nous n’aurions peut-être pas songées si nous avions eu un texte coulé dans le béton. Et cette liberté nous a permis à chacun comme comédien d’aller explorer des rêves personnels. Fanny nous est arrivée un jour avec cette idée qu’on devrait trouver quelque chose qu’on avait toujours eu envie de faire, mais qu’on n’avait pas nécessairement expérimenté : Philippe s’est lancé dans le slam, Marie-Eve a chanté une chanson de Léo Ferré et moi j’ai pu faire un mini solo de danse. Et le résultat est que la combinaison de ces trois rêves a créé l’une des scènes qui fut, selon moi, parmi les plus intenses de la pièce.

de Sophie (Ducharme, la directrice de production), l’esprit maternel de Sariana (Monette-Saillant, la régisseuse), l’énergie fulgurante de Marie-Eve, la sagesse de Philippe… Tout le monde avait un réel plaisir à créer ensemble. Je me souviens des séances où on pouvait philosopher sur la vie, les questionnements du monde. Et tout ça nous faisait grandir comme acteur, oui, mais également comme personne. Ce qui est fou aussi, c’est que les spectateurs qui ont assisté à la pièce n’ont pu voir qu’une parcelle de ce qu’est Ik Onkar. Je veux dire par là qu’il y a eu énormément de recherches de textes, de décors à utiliser, de scènes à refaire, d’alternatives possibles ! Bien sûr, on a conservé ce qui fonctionnait le mieux, mais le spectacle pourrait continuer d’évoluer sans cesse.

L’une des choses de ce spectacle que j’ai le plus aimée, c’est qu’il est riche. Il est riche au niveau des personnes impliquées dans le projet, au niveau de la diversité des sujets abordés, au niveau de toutes les disciplines autres que théâtrales qui font partie de la pièce. Il est riche de sens et de résonances. Pour parler tout d’abord des participants, il y avait là une belle équipe de créateurs : l’œil précis et raffiné de Jean Stéphane, l’abondance de nouvelles idées de Fanny, l’esprit innovateur de Benoît, la sensibilité de la musique de Louis-Philippe, la bonne humeur

Caroline Lefebvre, juin 2013

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Ainsi, en entendant les réactions des adolescents et des adultes qui ont assisté au spectacle, je me suis rendue compte que jouer dans cette pièce ne représentait pas pour moi uniquement la joie de faire partie d’une production professionnelle, mais qu’il y avait là aussi une vraie détermination à présenter ce spectacle qui prône l’espoir au plus grand nombre de gens possible en espérant que ceux qui l’ont vu puissent se nourrir de ce qu’ils ont reçu.

Appréciation des spectateurs : 70 % 17 % 8% 5%

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Caroline Lefebvre et Marie-Eve Fortier, avec Philippe Landry au second plan / Photo : Sylvain Sabatié

Après un laboratoire public à la Rencontre Théâtre Ados de Laval en avril 2012 et une vitrine à Contact ontarois le 17 janvier 2013, Ik Onkar a été créé à la Salle académique de l’Université d’Ottawa au printemps. Présenté en matinée scolaire du 24 avril au 3 mai 2013, il y a eu une représentation grand public à guichets fermés le samedi 4 mai 2013. Philippe Landry, Marie-Eve Fortier et Caroline Lefebvre / Photo : Sylvain Sabatié


Dramaturg, dramaturge,

conseiller dramaturgique :

comment différencier ces trois bibittes ? Les lecteurs assidus des programmes de soirée ou autres crédits l’ont remarqué : pour les pièces Zone et Albertine en cinq temps, le metteur en scène Jean Stéphane Roy s’est entouré d’un concepteur sortant de l’ordinaire, un dramaturg (sans faute d’orthographe). Antoine Côté Legault, qui occupa ce rôle avec brio, autopsie pour nous la « bibitte » qu’il est.

L

e rôle que j’ai joué au Théâtre la Catapulte cette année appartient au domaine plus large de la dramaturgie, une branche du théâtre qui est très peu connue du grand public, particulièrement au Canada. La dramaturgie renvoie aux principes internes qui composent les textes de théâtre. L’expression renvoie d’une part à l’art d’écrire des pièces et, d’autre part, à leur compréhension approfondie et à la capacité de les analyser. On peut associer d’emblée certains métiers au domaine de la dramaturgie. Le conseiller dramaturgique accompagne le processus d’écriture de l’auteur de théâtre, qui est appelé dramaturge. Une seconde définition est toutefois associée à ce dernier terme. Celle-ci nous provient de cultures comme l’Allemagne ou l’Angleterre, des endroits où la maîtrise de la dramaturgie n’est pas seulement réservée à l’auteur, mais aussi à celui qu’on appelle en allemand le dramaturg. Conseiller littéraire et artistique, il peut être engagé pour accompagner la création d’une seule pièce (comme je l’ai fait pour Zone et ensuite pour Albertine) ou encore être en résidence dans une compagnie de théâtre où il travaille à l’année. Un bon dramaturg devrait généralement avoir une connaissance approfondie de l’histoire du théâtre, ainsi que des mythes et symboles, une compréhension approfondie de la structure et des mécanismes du texte théâtral, un excellent esprit d’analyse et une grande culture générale. Personne ne s’entend sur la définition exacte de ce métier, puisque les tâches peuvent varier grandement d’un projet à un autre et d’une personne qui le pratique à une autre. Pour ajouter à la confusion, lorsqu’il est traduit en français, le terme dramaturg est généralement remplacé par dramaturge, qui peut aussi signifier auteur de théâtre. D’ailleurs, il n’est pas exclu qu’un dramaturge, au sens allemand du terme, puisse aussi écrire des pièces, ce qui

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n’est rien pour aider l’affaire ! La majorité des tâches que l’on peut associer au dramaturg sont les suivantes ; celui-ci peut en remplir une seule, ou plusieurs, dans n’importe quelle combinaison : • • • •

Sélectionner le répertoire de pièces que jouera une compagnie de théâtre durant sa saison ; Accompagner les dramaturges dans l’écriture de leurs pièces ; Traduire une pièce étrangère dans la langue où elle sera produite ; Adapter une pièce en vue de sa production (moderniser l’œuvre ou sa langue, couper pour diminuer la durée ou le nombre de comédiens nécessaires à la production, ajuster l’ordre des scènes) ; • Analyser de façon approfondie le texte qui sera monté (structure, personnages, enjeux, symboles) et préparer un dossier de recherche à son sujet (contexte historique, contenu idéologique, l’auteur et son œuvre) ; • Assister aux répétitions en tant qu’œil extérieur qui a un regard plus frais, puisqu’il n’est pas directement impliqué dans la mise en scène du texte ; • Éduquer les spectateurs et les médias sur la pièce qui est montée et sur son processus de création (rédaction du programme et du dossier pédagogique, animation de discussions d’après spectacle, entrevues). Sur un plan plus personnel, être dramaturg c’est se sentir toujours le derrière entre deux chaises. Trop intello pour les artistes, trop artiste pour les intellos. Être dramaturg, c’est surtout se sentir « bibitte », pour reprendre l’expression de Marilou Craft, membre de l’équipe du CEAD et critique pour pleinespace.com, qui remplit elle aussi ce rôle : « Avoir l’air d’une bibitte et devoir continuellement s’expliquer à ceux qui découvrent notre espèce. En être une et buzzer auprès d’un créateur, se poser ici, attirer son attention là. La chercher, la bibitte et convaincre que c’est par bienveillance et non pour foutre le bordel ni chercher la bataille1. » Il faut bien se l’avouer, il peut y avoir une réticence légitime de la part des créateurs à voir débarquer un intello en salle de répétitions. Bien entendu, celui-ci n’a pas pour objectif de freiner leurs instincts, mais au contraire de les nourrir et de les aider à mettre des mots sur ce qui leur vient spontanément, sans qu’ils arrivent à l’expliquer. En tant que dramaturg, je passe de longues heures seul à lire, chercher et me casser la tête, mais je suis toujours récompensé par les répétitions où j’ai la chance d’être le témoin privilégié du processus très intime qu’est la création. Je me souviendrai toujours de la discussion d’après spectacle que j’ai animé cette saison avec Michel Tremblay et toute l’équipe de création d’Albertine en cinq temps. Jean Stéphane Roy, le metteur en scène, se sentait trop malade pour le faire et c’est à cinq minutes d’avis que j’ai accepté de le remplacer… C’est aussi de ces moments magiques que mon travail méconnu est fait. Antoine Côté Legault, juin 2013 1

Marilou Craft, (en ligne), mai 2013, http://accelerateurdeparticules.tumblr.com/post/48278245937/bibitte-bibitte-avoir-lair-dune-bibitte

Plus de 110 personnes participèrent à la discussion d'Albertine en cinq temps. Debout, à la droite des artistes assis autour de Michel Tremblay, on peut voir Antoine Côté Legault. Photo : Sylvain Sabatié


Artistes

de la

DE GAUCHE À DROITE RANGÉE 1 : Beauchamp, Mélanie / Brunet-Poirier, Benoît / Charette, Marc-André / Côté Legault, Antoine / Desfossés, Nicolas / Dominique, Sasha / Dubé, Céleste / Dubé, Marcel / Ducharme, Sophie / Dufour, Geneviève

RANGÉE 1

RANGÉE 2

RANGÉE 3

RANGÉE 4

DE GAUCHE À DROITE RANGÉE 3 : Lefebvre, Caroline / Léger, Richard J. / Manca, Dominic / Marceau, Patricia / Marsan, Guy / Morin, Marie-Thé / Okens, Nina / Ouimet, Jean-Michel / Rainville, Andrée / Richer, Anie

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saison 2012-2013

DE GAUCHE À DROITE RANGÉE 2 : Fontaine, Marie-Hélène / Fortier, Marie-Eve / Gauthier, Élise / Gilbert-Collet, Fanny / Houët, Guillaume / Jenniss, Dave / Lajoie, Sébastien /

Landry, Philippe / Lauzon, Alain / Lavoie, Maxime

DE GAUCHE À DROITE RANGÉE 4 : Robillard, Louis-Philippe / Roy, Jean Stéphane / Roy, Louis-Philippe /

Smith, Brian / Thérien, Frédérique / Traversy, Jean-Simon / Tremblay, Lyne / Tremblay, Michel / Yergeau, Caroline « leCatalyseur... du Théâtre la Catapulte, automne 2013.

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13 14 SAISON

-

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ZONE

Calendrier

Au Théâtre Denise-Pelletier (Montréal) : •

Du 27 septembre au 29 octobre 2013.

Tournée au Québec (La Pocatière), en Acadie et à l’Île-du-Prince-Édouard (avec le Théâtre Populaire d’Acadie et RADARTS) : •

Du 14 novembre au 13 décembre 2013

L’IVRESSE DES PROFONDEURS

À l’École De La Salle à Ottawa. (dans le cadre de la saison de La Nouvelle Scène) : •

Samedi 19 octobre 2013 à 19 h 30

Du 16 au 18 octobre 2013 (matinées scolaires)

Au Berkeley Street Theatre de Toronto. (dans le cadre de la saison du Théâtre. français de Toronto) : Du 23 octobre au 2 novembre 2013.

À l’École De La Salle à Ottawa. (dans le cadre de la saison de La Nouvelle Scène) : •

Du 6 au 9 novembre 2013

Du 13 au 15 novembre 2013. (matinées scolaires).

Le samedi 14 décembre 2013

LA FILLE D’ARGILE

À l’École De La Salle à Ottawa. (dans le cadre de la saison de La Nouvelle Scène) : •

Samedi 22 février 2014 à 15 h

Du 18 au 21 février 2014 (matinées scolaires)

CLUB DES MORDUS

À l’École De La Salle à Ottawa : Le samedi 22 février 2014

LEO

Au Centre des Arts Shenkman d’Orléans. (en partenariat avec le MIFO) : •

Vendredi 21 et samedi 22 mars 2014. (20 h et 15 h)

Jeudi 20 et vendredi 21 mars 2014. (matinée scolaire)

En tournée en Colombie-Britannique. (avec le Théâtre la Seizième) :

Le jeudi 24 avril 2014 au Centre Culturel Frontenac (Kingston)

Le vendredi 25 avril 2014 au Centre français Hamilton

Le samedi 26 avril 2014 au Conseil des Organismes Francophones de la Région de Durham (Oshawa)

IK ONKAR

En tournée :

Et si un soir de Lisa L’Heureux, à l’École De La Salle :

LE FA LE DO

MISE EN LECTURE ANNUELLE DU THÉÂTRE TREMPLIN

Le mercredi 30 avril 2014 au Centre Culturel Louis-Hémon (Chapleau) Le vendredi 2 mai 2014 au Conseil des Arts de Hearst

Du 2 au 22 avril 2014. (matinées scolaires seulement).

À La Troupe du Jour : •

Du 25 au 29 avril 2014

PRODUCTION ANNUELLE DU THÉÂTRE TREMPLIN

Le Projet Turandot de Marc LeMyre, au studio Leonard-Beaulne de l’Université d’Ottawa : •

Du 30 avril au 10 mai 2014

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L’Ivresse des profondeurs / Photo : Nicola-Frank Vachon

LEO / Photo : Andy Phillipson

L’Ivresse des profondeurs sera présenté à L’École De La Salle le samedi 19 octobre 2013 à 19 h 30. LEO, de son côté, est coaccueilli avec le MIFO et sera présenté au Centre des Arts Shenkman à Orléans les 21 et 22 mars 2014.


Des accueils sous le signe

de la tendresse et de l'émerveillement En 2013-14, le Théâtre la Catapulte accueillera deux spectacles qui s’adressent autant au grand public qu’aux adolescents : L’Ivresse des profondeurs et LEO. Jean Stéphane Roy nous présente ses deux coups de cœur.

L’IVRESSE DES PROFONDEURS Un mur en lattes de bois, un bassin d’eau, une porte et des acteurs : c’est dans cette simplicité que s’exprime L’Ivresse des profondeurs, spectacle qui, après Si tu veux être mon amie accueilli en 2008, sera la deuxième visite à la Catapulte de la compagnie de Québec Nuages en pantalon. Se situant aux limites du théâtre et de la danse, cet acte théâtral et poétique est d’autant plus intéressant lorsqu’on connait le processus de création de l’œuvre. En effet, la compagnie dirigée par Jean-Philippe Joubert voulait créer une trilogie théâtrale sous le thème de l’eau composée d’un spectacle pour adultes (Réminiscence), d’un pour enfants (Le Chant de la mer) et d’un pour adolescents (L’Ivresse des profondeurs). Pour chacune des pièces, les créateurs ont invité le public cible afin de développer les thèmes et d’inspirer les improvisations de recherche. Avec L’Ivresse des profondeurs, vous aurez la chance de voir une œuvre dont tout le contenu, inspiré par des adolescents, dégage énormément de poésie, grâce notamment aux chorégraphies se déroulant dans l’eau – une eau qui permet de donner aux corps des acteurs un outil d’expression supplémentaire, un supplément d’âme, et qui symbolise largement l’intériorité et les troubles de l’esprit. Après Ik Onkar, je trouvais important de continuer la réflexion sur les différences entre l’amitié et l’amour et comment ces grandes bases de l’humanité nagent dans une mer d’ambiguïté chez l’adulte en devenir ! L’Ivresse des profondeurs en un seul mot : tendresse.

LEO Après Mouving, je voulais incorporer un autre spectacle sans paroles dans la programmation de la Catapulte et LEO est la perle rare parfaite pour l’occasion. En effet, j’ai eu un grand choc théâtral et un immense coup de foudre lorsque j’ai vu cette production qui défie les lois du théâtre et de la gravité au Carrefour international de théâtre de Québec. L’argument est simple : un homme seul dans une pièce s’ennuie. Il finit par se créer un monde quand il découvre qu’il peut défier la gravité ! Décrire plus en détail ce spectacle n’est pas chose aisée. La compagnie allemande qui créa LEO, Circle of Eleven, avait toujours créé des spectacles très circassiens. Elle sentit toutefois le besoin de plonger dans un univers où une certaine dramaturgie dominerait le spectacle en créant ainsi un récit, une ligne directrice aux actions. C’est avec Daniel Brière, codirecteur artistique du Nouveau Théâtre Expérimental à Montréal, que la compagnie s’est plongée dans l’aventure de LEO. De son côté, Daniel Brière sentait le besoin de pousser la mise en scène un pas plus loin en s’éloignant des mots pour créer une réelle écriture visuelle, un alphabet purement scénique. LEO est ainsi un solo qui s’inspire du théâtre, de la danse, de la magie, du cirque, de Buster Keaton, du funambule Philippe Petit… Un objet théâtral rare qui peut s’adresser aux enfants, aux adolescents, aux adultes, aux ainés : un spectacle Tintin pour les 7 à 77 ans ! LEO en un seul mot : émerveillement. Jean Stéphane Roy, juin 2013 « leCatalyseur... du Théâtre la Catapulte, automne 2013.

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le fahistoire le do : d'histoires En novembre, ce sera le début de la fin : le fa le do de Luc Moquin achèvera le « projet sur 5 ans ». Ce projet de développement de public en région, mené conjointement avec le Théâtre français de Toronto et commencé lors de la saison 2009-2010, aura permis au Théâtre la Catapulte d’explorer le théâtre de répertoire et de développer des relations privilégiées avec les diffuseurs partout en Ontario. Retour sur le projet et présentation de la nouvelle pièce avec Guy Mignault, directeur artistique du TfT.

Permettez-moi de vous raconter une histoire : une histoire d’histoires… Le métier que je fais en est un de rêve. Dans plusieurs sens. D’abord, jeune je rêvais de jouer à la télévision, elle venait d’arriver (pas chez-nous, chez ma tante Mynette, la chanceuse !) Et, plus tard, j’ai compris que le théâtre était la porte d’entrée pour la télé. Je me suis donc lancé. Mais une fois que j’ai commencé à faire du théâtre, ma préférence pour lui s’est confirmée. Un jour, avec Joël Beddows, alors directeur artistique de la Catapulte, nous avons rêvé de proposer d’aller un peu partout en Ontario avec une pièce par année pendant 5 ans. (À l’époque, la Catapulte était venue au Théâtre français de Toronto avec une pièce intitulée Exit(s), je vais y revenir.) Notre rêve n’a pas mis beaucoup de temps à se concrétiser. Nous avons mis nos directions administratives dans le coup, histoire de faire des budgets… Nous on rêve, et eux, ils calculent – et bien par surcroît ! Nous avions demandé à un grand ami de faire la mise en scène du premier volet de ce « plan quinquennal », Jean Stéphane Roy, depuis devenu le directeur artistique de la Catapulte. Pas mal comme histoire de. famille… Et Bang ! Les Médecins de Molière sont nés et firent une tournée de près de 100 représentations. Puis, Les Fridolinades (près de 40 représentations). Ensuite, Zone, plus de 100 déjà et ça tourne encore… Enfin, Albertine en cinq temps, près de 40 représentations. Puis… Ça continue parce que quand j’ai vu Exit(s), du brillant Luc Moquin, je me suis dit qu’un jour je voudrais bien travailler avec un auteur qui fait sortir ses personnages de scène en sautant par la fenêtre.

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« leCatalyseur... du Théâtre la Catapulte, automne 2013.


Andrée Rainville et Sasha Dominique en répétition / Photo : Sylvain Sabatié

Voici comment ça s’est passé : j’ai demandé à Luc de prendre le poste à temps partiel d’auteur en résidence au Théâtre français de Toronto. Nous avons eu le bonheur de discuter, de tergiverser, de dialoguer, de parler de théâtre, de francophonie, de Toronto, d’Ottawa et tout ça en mangeant de bons petits plats et buvant de bons petits vins. Que voulez-vous, parler tant que ça, ça donne soif. J’aime bien raconter les histoires. J’aime bien les détails… Et le résultat du travail de Luc c’est le fa le do. Personne ne saute par la fenêtre (enfin, pas pour le moment !) mais une quantité de personnages dont un Cowboy, un Archiviste, une Chanteuse de fado, un Chercheur et une Grande Dame qui vont nous faire faire un voyage dans les mystères de la ville en passant par le for intérieur de chacun des membres de cette brochette dysfonctionnelle. Dans son texte, Luc parle du Chercheur en le qualifiant d’apprenti-sorcier. Si Julien (c’est le nom du personnage) est apprenti-sorcier, son auteur, je devrais dire son créateur, Luc Moquin est le sorcier. Avec ce magnifique projet/voyage, nous sommes partis du 17e siècle avec Molière, puis l’avant-guerre du 20e siècle, l’après-guerre et la grande noirceur pour aboutir à aujourd’hui avec la conclusion : le fa le do. Quel privilège de travailler avec autant de gens de talent et c’est ça le rêve du métier, du métier de rêve. À quand la prochaine coproduction ? À suivre…

Guy Mignault, juin 2013 le fa le do de Luc Moquin sera présenté à Toronto du 23 octobre au 2 novembre 2013, puis à Ottawa du 6 au 9 novembre 2013 (matinées scolaires du 13 au 15 novembre) à l’École De La Salle. Mathieu Charette en signe la mise en scène. « leCatalyseur... du Théâtre la Catapulte, automne 2013.

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De l'argile En février 2014, le Théâtre la Catapulte produira La Fille d’argile de Michel Ouellette : ce sera la première fois qu’une de ses pièces pour adolescents sera montée professionnellement. L’auteur le plus prolifique de l’Ontario français et habitué de la Catapulte (Le Testament du couturier, Iphigénie en trichromie, Cercle polaire dans le cadre du Projet Rideau et Frères d’hiver) nous invite à réfléchir sur l’artiste et la création — une réflexion qui a nourri le processus de La Fille d’argile…

À la recherche de l’étymologie du mot « argile », je suis arrivé à un lien avec Argos, qui signifierait « blanc, lumineux ». Ce lien m’a fait sourire parce que les origines de La Fille d’argile remontent à une exploration autour du personnage d’Électre, la fille d’Agamemnon, le roi de Mycènes (ou d’Argos selon d’autres versions). Depuis longtemps, peut-être depuis toujours, car le tout premier texte que j’ai écrit alors que j’étais adolescent s’inspirait du mythe de Psyché et d’Éros, j’ai puisé dans le terreau mythologique pour y trouver des figures, des histoires pour donner forme et substance à mes personnages, voire à mes idées. D’une certaine façon, j’étais le potier et la mythologie était une argile que je façonnais pour produire des pièces de théâtre. Dans La Fille d’argile, trois personnages se retrouvent dans un atelier de poterie : le père, la fille et un homme sans nom. J’y vois trois postures par rapport à la création : le contrôle, la révolte et l’aliénation. Créer c’est nécessairement structurer, donner une forme à l’informe. Le monde est argile, des sédiments minéraux en feuillets, des couches de poussières, le lit de nos vies, de nos passés, de nos restes, le limon de nos passions et de nos rêves. L’artiste sent le besoin d’y mettre les mains. Une volonté s’empare de lui devant cette matière inerte mystérieuse. Peut-être qu’il croit qu’un appel émerge de cette substance, un appel qui lui est adressé personnellement. Une obsession l’envahit alors :. y plonger les mains, prendre et façonner. Dans le fond, l’appel vient d’en dedans, dans les tréfonds de son âme, l’angoisse de vivre, une pulsion qui le pousse à vouloir dompter le chaos, l’impératif existentiel de construire pour échapper au désordre.

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Créer c’est aussi détruire, faire exploser les formes, briser les structures, une révolte. contre l’état du monde, un refus d’accepter les contrôles et les soumissions. Ce qui. pousse à agir sur la matière, c’est aussi une réaction à un sentiment d’emprisonnement dans des conventions, des certitudes qui peuvent paralyser, voire qui peuvent scléroser l’esprit, l’être. Électre est justement ce personnage sclérosé arrêté dans son développement, incapable de passer à l’âge adulte parce que retenu par les passions de l’enfance. Enfoncée dans son ressentiment, elle n’a d’autres choix que la révolte, la violence. L’artiste en quête de beauté véritable comprend qu’il faut chercher le beau là où il ne se trouve pas parce que la beauté ne se laisse pas emprisonner, dès qu’on la saisit, elle disparaît. Le beau est évanescent. Peut-être que ça a un rapport avec l’enfance, l’âge du premier émerveillement devant le spectacle du monde, l’innocence qui fait que chaque jour est nouveau, chaque jour nous rappelle que nous sommes des étrangers ici-bas. Créer c’est encore une forme d’abandon à des conditions qu’on ne peut changer, un état de déchéance. Dans l’acte de création, l’artiste se perd, se confond avec la matière, s’efface dans l’œuvre qui le travaille. Il n’existe plus, subjugué par des forces contradictoires, la pulsion de structurer et la passion de détruire. Il reste dans le geste, abandonné à l’acte créateur. Il oublie son nom, il oublie sa raison. Il se laisse emporter par le moment, par le torrent, par la rivière qui coule en lui, autour de lui. Ça tourbillonne, ça remue, ça grouille. Mais il reste coi, il ne sait plus pourquoi. Il se laisse porter par une douce euphorie floue, une folie trouble. Étranger à lui-même, il s’égare sur des chemins inconnus, incapable de résister, incapable d’agir, soumis à l’élan. Il sent qu’en lui quelque chose se désagrège. Il s’effrite, s’émiette, se décompose. Il redeviendra poussière, sable. Le temps lâche son emprise sur lui. Sablier rompu. Le passé cohabite avec le présent et l’avenir. L’éternité donc s’ouvre devant lui. La Fille d’argile, c’est l’histoire de Lili, un personnage sombre qui cherche à retrouver la lumière qui brille toujours tout au fond d’elle. Elle ne correspond plus à l’image que son père a faite d’elle. Elle se voit comme un déchet, la lie de la société, une souillure. Mais, dans l’atelier de poterie, elle pourrait arriver à toucher cette petite lumière en elle afin de reconstruire sa personne et devenir la créatrice de sa vie. Elle pourra mettre la main à la pâte et façonner son argile à sa guise. La création est un acte de lumière qui passe par les ténèbres. Michel Ouellette, juin 2013

La Fille d’argile de Michel Ouellette sera présentée à l’École De La Salle du 18 au 22 février 2014 (grand public le 22 à 15 h) dans le cadre de la saison 2013-2014 de La Nouvelle Scène. C’est Joël Beddows, l’ancien directeur artistique du Théâtre la Catapulte, qui se chargera de la mise en scène.

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La Nouvelle Scène

se refait une beauté

En août 2011, La Nouvelle Scène annonçait l’obtention d’une subvention de 5,4 millions de dollars des gouvernements fédéral et provincial afin de se reconstruire et de s’agrandir. Deux ans plus tard, où en est-on rendu ? Michel V. Cheff, ancien membre du conseil d’administration du Théâtre la Catapulte et représentant de la compagnie sur le comité de construction, nous présente le projet.

C’est au cœur du nouvel édifice du Centre de théâtre francophone d’Ottawa, La Nouvelle Scène, que le Théâtre la Catapulte et son public poursuivront leur route sur les chemins de la création. Après plusieurs années de préparation, une longue période de planification, quelques mois de démolition (entamée le 8 mai 2013) et plus d’une année de construction, La « nouvelle » Nouvelle Scène ouvrira officiellement ses portes lors de la saison 2014-2015. Ses employés et bénévoles travaillent en étroite collaboration avec les architectes de chez Saucier et Perrotte pour créer un édifice qui sera parmi les plus beaux d’Ottawa et de la région. Nos architectes ont conçu et réalisé de multiples projets architecturaux dignes d’être primés, soit des théâtres, des musées, des galeries d’art, des pavillons universitaires et autres lieux culturels, et ce à Montréal, Calgary, Vancouver et ailleurs. Notre nouvel édifice sera certainement un excellent candidat aux plus prestigieux prix d’excellence ! Sa façade sur l’avenue King-Edward sera fort impressionnante. Elle s’élancera sur plusieurs étages et sera presque toute vitrée, invitant les piétons et les automobilistes qui y passent à s’arrêter, voir de plus près,. et bien sûr, à attendre l’inauguration officielle du lieu avec impatience. L’heure est donc au changement, à la créativité et à la synergie ! L’avenir de notre compagnie s’ouvre devant nous. Ce chemin, nous souhaitons le parcourir avec vous, notre public, nos collaborateurs, nos bienfaiteurs ! Le nouvel édifice offrira de multiples possibilités de création. Pensons par exemple aux deux Studios qui permettront aux artistes, producteurs, et techniciens d’accueillir le public, de réfléchir à l’art du théâtre, de monter un spectacle, et même de présenter les résultats d’une recherche créatrice… Pensons aussi aux aires publiques qui comprendront un hall d’accueil et de réception, une terrasse avec cour intérieure, un Café, une salle à usages multiples, enfin, des lieux qui, tout en étant axés sur l’expérience créatrice et multidimensionnelle du théâtre, seront ouverts sur la ville et répondront aux besoins des communautés régionales…

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Photo : Sylvain Sabatié

C’est alors que nous entreprendrons un nouveau chapitre de notre histoire culturelle ! C’est dans ce nouveau théâtre que nous accueillerons les publics scolaires, les adolescents et les adultes avec de nouveaux projets et une foule d’activités. La « nouvelle » Nouvelle Scène sera pour tous un véritable lieu de rencontres, d’échanges et de découvertes. Imaginons ce que pourrons devenir les programmes de L’Œil du Prince, du Club des Mordus, comment leurs participants pourront explorer de nouvelles idées et exprimer de nouvelles propositions ! Et que dire des laboratoires de création qui, cette année, ont donné l’étonnante production Ik Onkar ? Imaginons ce que nos artistes pourront rêver et réaliser dans ce nouveau lieu de création et les nouveaux moyens qu’il leur offrira ! De belles surprises en perspectives ! Enfin, c’est dans ce nouvel édifice que le Théâtre la Catapulte lancera les projets qui, en 2017, viendront souligner son 25e anniversaire de fondation. Ainsi, grâce aux changements à venir et au déploiement de tous nos talents, ensemble nous ferons en sorte que la compagnie soit toujours en tête de peloton et demeure « parmi les plus dynamiques et prolifiques du Canada français ».2 Michel V. Cheff, juin 2013 2

En route vers le 25e anniversaire -Plan stratégique − Théâtre la Catapulte, p. 2.

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En faire tout un cinéma Le Théâtre la Catapulte a toujours encouragé les nouvelles plumes, autant par le biais de son feu Prix O’Neill-Karsh que de ses laboratoires, mises en lecture ou productions. Parmi ces dernières, citons au hasard le Faust de Richard J. Léger en 1999, l’Exit(s) de Luc Moquin en 2006 ou l’Afghanistan de Véronique-Marie Kaye en 2010. Dans les boîtes pour les saisons à venir, on retrouve notamment Cinéma, de Mishka Lavigne. Cette dernière revient sur son texte et le laboratoire de mai dernier.

J’aime écumer les sections « insolites » des sites Web de Radio-Canada et de Cyberpresse et imprimer les articles qui m’inspirent. Un de ceux-ci racontait comment, au Japon, des agences offraient la possibilité de « louer » des acteurs. La culture de l’entreprise très compétitive au Japon fait en sorte que plusieurs personnes sacrifient tout pour leur carrière et se sentent souvent très seules. De plus, pour obtenir des promotions à des postes de haute gestion, il paraît mieux d’avoir une vie familiale heureuse. Un haut gestionnaire potentiel peut louer les services de comédiens pour jouer le rôle de son conjoint ou sa conjointe, et même de ses enfants, lors d’événements à son travail. En gros, ces agences japonaises louent les services d’acteurs pour pouvoir faire semblant d’avoir des amis ou de la famille. J’ai longtemps conservé l’article dans mes affaires. Je conservais la feuille, pliée en deux, dans mon cahier de notes. Puis dans un autre cahier de notes. Et enfin, dans un troisième cahier de notes avant de décider ce que j’allais en faire. C’est à ce moment que m’est venue l’idée derrière Cinéma. J’ai commencé Cinéma en tornade, en écrivant quatre scènes en une semaine. Ensuite, j’ai laissé dormir le texte pendant presque huit mois. Pourquoi ? Parce que c’était difficile. Je manquais de motivation et pour faire une longue histoire courte, j’aime perdre mon temps et laisser des moitiés de pièces dormir dans mes tiroirs. Un soir, autour d’un verre avec mes amis Julie Lortie-Pelletier et Nicholas Lockhead, nous nous sommes mis au défi d’être disciplinés, artistes procrastinateurs que nous sommes. Nous en sommes venus à la création d’un événement hebdomadaire que nous avons nommé « Art Night » (duquel nous avons tiré l’invention du verbe-valise « arter »). Cinéma est un produit de cette soirée hebdomadaire. Sans aucun doute, sans Julie et Nicholas et ce projet un peu fou, je ne crois pas que Cinéma aurait vu le jour. (Gardez aussi l’œil ouvert pour le recueil de nouvelles de Julie – Crash, bang, mort ainsi que pour Everything But My Ass, les bandes dessinées de Nicholas. [Fin de la publicité.]) Les Art Night sont encore en fonction et même si je travaille beaucoup à la maison, je continue à écrire une fois par semaine, entourée de mes amis, artistes d’autres horizons pour me sentir inspirée par eux.

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Nicolas Desfossés, Andrée Rainville et Jean Stéphane Roy en répétition pour la mise en lecture aux Feuilles vives. / Photo : Sylvain Sabatié

Le parcours de Cinéma dans la dernière année est beaucoup lié au Théâtre la Catapulte. Les Art Night m’ont permis de reprendre la pièce où je l’avais laissée et d’en écrire une version pour poser ma candidature à la sélection des Feuilles vives : paysages de la dramaturgie franco-ontarienne. Pendant cette période, j’ai aussi travaillé avec Annick Léger, conseillère dramaturgique chez Théâtre Action. Quand j’ai terminé la pièce au printemps 2012, je l’ai proposée à Jean Stéphane Roy, qui m’avait assuré qu’il aimait toujours lire de nouvelles plumes. Quelques semaines plus tard, Théâtre Action m’informait que mon texte avait été retenu pour être lu lors des Feuilles vives. Jean Stéphane, emballé, allait signer la mise en lecture. L’expérience des Feuilles vives fut extraordinaire. J’ai pu entendre mon texte lu par deux excellents comédiens (Nicolas Desfossés et Andrée Rainville), découvrir que c’était plus drôle que ce que je pensais et repérer les moments qui clochaient. Peu de temps après les Feuilles vives, Jean Stéphane me convia dans son bureau pour me dire qu’il aimerait bien s’allier avec Caroline Yergeau et le Théâtre Belvédère pour monter mon texte lors de la saison 2014-2015 du Théâtre la Catapulte. Jean Stéphane avait décidé de confier la mise en scène future de Cinéma à Caroline en m’expliquant qu’il trouvait que le texte laissait transparaître une énergie plus féminine et que celui-ci serait mieux servi en étant monté par une femme. À trois, nous avons par la suite discuté de la possibilité de tenir un laboratoire autour du texte pour me permettre de le retravailler. Cette exploration a eu lieu à l’École De La Salle en mai dernier. Lors du laboratoire, j’ai eu la chance d’essayer une nouvelle version du texte et de pouvoir en solidifier la structure pour le rendre plus dynamique. De plus, comme le labo s’étalait sur quatre jours, j’ai eu la chance, entre les sessions avec les comédiens, d’écrire plusieurs versions de certains tableaux afin de pouvoir décider, en l’entendant, de ce qui fonctionnait le mieux. Une version finale du texte a été produite des suites de ces quatre jours et sera utilisée pour un laboratoire de mise en scène au printemps 2014 avec le Théâtre Belvédère et pour la production de 2014-2015. C’est la première fois que j’avais l’occasion de faire un labo d’écriture et j’ai énormément apprécié l’expérience. Je suis convaincue que celle-ci a eu une importance inestimable dans le développement dramaturgique de Cinéma et j’ai très hâte de pouvoir voir la suite du processus. Entre temps, si je continue à travailler sur d’autres projets, autant de création que de traduction pour le théâtre, je n’oublie jamais de parcourir les sections « insolites » : on ne sait jamais…

Mishka Lavigne, juin 2013 « leCatalyseur... du Théâtre la Catapulte, automne 2013.

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Gros plan sur

Kasandra

Tremblay

Après le Canado-polonais établi à Londres, Mateuzs Odrobny, et l’ottavien passé par Montréal et Nice, Benjamin Rodger, Jean Stéphane Roy a choisi Kasandra Tremblay pour illustrer la saison 2013-14 du Théâtre la Catapulte. Rencontre.

Jeune, belle, talentueuse, intègre, humble, pleine d’avenir… Je n’ai que des superlatifs pour décrire Kasandra Tremblay, la personne. Kasandra Tremblay, l’artiste, je vous la laisse découvrir à travers les illustrations qu’elle a conçues. pour notre saison. Dès mon arrivée en poste, j’ai voulu créer un pont entre la compagnie de théâtre et l’art visuel. C’est pourquoi, depuis trois ans, nous faisons appel à un artiste visuel pour créer « l’image » de nos saisons et que nous en faisons ensuite la promotion. Cette année, je fus fortement attiré par la touche de Kasandra, jeune artiste de l’Outaouais. En peu de traits, elle sait créer un monde, elle glisse dans l’abstrait en n’offrant que l’essentiel du réalisme pour compléter l’état de l’œuvre. Ses images sont interactives car un réel échange se crée entre l’observant et l’observée.

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Elle est très timide. « Contrairement à vous (artistes de théâtre), mon œuvre n’a pas besoin de ma présence pour s’exprimer » me dit-elle avec un soulagement dans l’œil. Elle craint les vernissages et préfère la solitude de l’artiste qui crée en doutant devant son médium. « C’est comme un ****, y’a pas de mots pour le dire. », le « **** » n’est pas un mot grossier qu’on aurait censuré, mais un geste qu’elle me fait en se crispant les bras levés tout en montrant son ventre… On comprend immédiatement que c’est une petite rage intérieure qui la pousse à créer. Loin d’une démarche intellectuelle, elle agit par instinct. Elle ne fait aucune esquisse, aucun brouillon : « Je finis toujours par trouver le brouillon plus beau de toute façon ». La source de son œuvre venant de cette « rage » qui a un besoin de s’exprimer, il reste que tous les superlatifs mentionnés plus haut font partis de son élan créateur. Bien qu’elle n’aime pas se montrer au monde, elle est totalement présente dans ses œuvres. Il en résulte plusieurs couches de sens et d’esthétisme et surtout une très grande sensibilité. Elle a su cerner les œuvres de notre prochaine saison et en faire ressortir l’essence. C’est pourquoi ses illustrations semblent plus vivantes que muséales, elles semblent bouger et parler. Sa préférée : LEO, « Je suis contente d’avoir réussi à traduire l’esprit et la complexité du spectacle avec peu d’éléments », effectivement, une fois que vous aurez vu la production, vous ne verrez plus l’affiche de la même façon. Kasandra Tremblay, une artiste à surveiller…

Jean Stéphane Roy, juin 2013

P.S. : Kasandra a aussi réalisé la couverture de la brochure de saison 2013-14 de La Nouvelle Scène.

Originaire de La Tuque, Québec, Kasandra est une artiste émergente qui prend les choses comme elles viennent ! Touchant tant à l’illustration qu’à la peinture, c’est son goût pour l’art qui l’a menée vers le design. Après avoir étudié en sciences humaines (pour le côté psychologie de l’individu qui l’intéresse beaucoup) et en arts visuels au Cégep de Trois-Rivières puis en design graphique à l’Université de Laval à Québec, elle s’est installée à Gatineau où elle a étudié en infographie à Compétence Outaouais. Artiste émergente lors du Festival de l’Outaouais Émergent (FOÉ) en 2011 et 2012, elle expose depuis deux ans au Centre de recherche en technologies langagières (CRTL) de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Friande des médias mixtes, son travail en design influence son art.

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LEO

La Fille d'argile

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le fa le do

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L'Ivresse des profondeurs


Un immense merci

à tous nos bénévoles ! Sans le soutien de la communauté, il serait impossible pour le Théâtre la Catapulte d’arriver à faire toutes ses activités annuelles. Que ce soit les membres du conseil d’administration, les artistes, les parents, les amis ou de purs étrangers, les bénévoles sont une richesse pour le développement de la compagnie et du théâtre francoontarien en général. Nous souhaitons donc ici souligner l’apport prodigieux de ces bénévoles qui ont à cœur le développement de leur culture. Les membres entrants et sortants de notre CA : • • • • • • • • • •

Notre présidente, Victoria Steele Lucie Boily Samuel Brault Marie-Élisabeth Brunet Brigitte Cérat Michel V. Cheff Marc-André Diotte Jean Fahmi Angela Haché Et surtout Nicole Ouimette qui nous quitte après plus de 12 ans. comme administratrice !

Merci aussi à Yerké Abildayeva, Alexandra Beraldin, Benoît Brunet-Poirier, Ariane Carrière, Jonathan Charlebois, Katia Charlebois, Antoine Côté Legault, Clara Desautels, Julien Desautels, Joanne Ducharme, Nicolas Ducharme, Marie-Eve Fortier, Fanny Gilbert-Collet, Magali-France Houle, Alain Lauzon, Myriam Laviolette, Caroline Lefebvre, Samuel Ménard, Stephie Mazunya, Dillon Orr, Patrick Potvin, Marie-Pierre Proulx, Sophie Régimbald, Raphaëlle Robidoux, Benoit Roy, Marc-André Tessier, Frédérique Thérien, Chantal Tokarsky, Chloé Tremblay, Kasandra Tremblay, Alain Verville et Caroline Yergeau. Enfin, nous voulons également rendre hommage à une bénévole de longue date et très grande amie du Théâtre la Catapulte, qui aura passé sans compter de nombreuses heures à nous aider : Katherine Magdalena Beddows, née Grabish (1943-2013). À son fils Joël et à toute sa famille vont nos pensées et notre immense affection. Sans toutes ces personnes, le Théâtre la Catapulte ne serait pas ce qu’il est !

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Théâtre

la Catapulte

Jean Stéphane Roy

Directeur artistique

Sibylle Berger

Directrice administrative

Martin Cadieux

Agent de développement et de vente

Sylvain Sabatié

Agent de médiation culturelle et de communications

Lindsay Tremblay

Agente de production et de tournées

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333, avenue King-Edward, Ottawa, Ontario K1N 7M5 Téléphone : 613 562-0851 / Télécopieur : 613 562-0631

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Catalyseur 2013