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Le seul magazine au Québec dédié uniquement à la boxe Janvier, 2013 Numéro 38

2012, L’ANNÉE STEVENSON

LA PAGE DU BOXEUR PAR GHISLAIN MADUMA LA BOXE ET MOI PAR MIKE BILODEAU HOMMAGE À EMANUEL STEWARD LA ZONE DE BOXE - JANVIER 2013

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JANVIER 2013 - LA ZONE DE BOXE


SOMMAIRE JANVIER 2013, NUMÉRO 38

MAGAZINE LA ZONE DE BOXE 2755 Clermont Mascouche (Québec) J7K 1C1 info@lazonedeboxe.com ÉDITEUR RÉDACTEUR EN CHEF COLLABORATEURS

François Picanza

Jean-Luc Autret

Gabriel Béland

Douggy Bernèche Mike Bilodeau Matt Casavant

Richard Cloutier Benoît Dussault

Martin Fournier Pascal Lapointe

Ghislain Maduma

Mathieu Normand

Sommaire Mot du rédacteur en chef

Les prix 2012 de La Zone de Boxe 2012

PAGES

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La page du boxeur par Ghislain Maduma

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Hommage à Emanuel Steward

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La zone sur la route La boxe et moi par Mike Bilodeau

Classement livres pour livres québécois L’année 2012 de A à Z La boxe vue de l’intérieur

La galerie des photographes Indiscrétions de vestiaire

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Érick Roy

Pascal Roussel

Philippe St-Martin

CORRECTEUR/RÉVISEUR INFOGRAPHIE PHOTOGRAPHES

Benoît Dussault

Marie-Claude Gratton Vincent Éthier

Robert Lévesque

Le magazine la Zone de boxe fut fondée en 2004 à Mascouche par François Picanza. Ce magazine est maintenant offert gratuitement sur le web.

8e ANNÉE, NUMÉRO 38 JANVIER 2013

LA ZONE DE BOXE - JANVIER 2013

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BYE 2012, VIVE 2013

Par Jean-Luc Autret

L’ANNÉE DE L’ESPOIR APRÈS CELLE DES DÉCEPTIONS L’ensemble des observateurs conviennent que 2012 a été une année pénible pour la boxe québécoise. Le K.O. subie par Bute, les blessures et reports de combats pour Pascal, l’absence de champion du monde, en plus des défaites de St-Juste et Gauthier ainsi que les problèmes de Côté sont des situations que l’on se serait bien passées. Après une croissance continuelle dans les dernières années, certains considèrent que nous avons reculés de beaucoup, mais surement pas tous. Demandez à Adonis Stevenson et Dierry Jean, s’ils s’ennuient de 2010 ou de 2011 ? En fait, la dernière année n’est pas totalement noire, par contre le gris est pas mal plus foncé que ce que nous nous étions habitué depuis cinq ans. L’arrivée de la nouvelle année 2013 offre aux amateurs de boxe de très beaux moments et surtout il est prévisible que de plusieurs pugilistes d’ici obtiendront une visibilité internationale sans précédant. Depuis 2007, en plus des Bute, Pascal, Alcine et Diaconu plusieurs autres Québécois ont eu leur chance en championnat du monde (Herman Ngoudjo, Benoit Gaudet, Olivier Lontchi, Antonin Décarie et Sébastien Demers). Maintenant, un nouveau groupe de boxeurs cogne à la porte.

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Évidemment, le premier de la liste est Adonis Stevenson, qui mérite pleinement son titre de boxeur de l’année. Difficile de dire quand ça aura lieu et contre qui, mais il aura sa chance. La patience est souvent de mise lorsqu’un cogneur se retrouve aspirant obligatoire, parlez-en à Adrian Diaconu. La croissance dans les classements mondiaux de Dierry Jean est aussi à souligner. En quelques mois, le protégé de Camille Estephan et de Mike Moffa est passé d’absent des tops 15 à 1er WBC, 7e IBF et 14e WBA en plus de détenir les titres NABA et NABF. « Dougy Style » et son équipe seront prêts le moment venu, d’ici là, il devrait voir de l’action contre des boxeurs de niveau mondial. Ajouter de la notoriété à des classements avantageux, c’est une très bonne stratégie.

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NOS BOXEUR À LA TÉLÉ AMÉRICAINE En plus de ces deux boxeurs, il est déjà confirmé que plusieurs autres Québécois auront la chance de faire voir leur talent à la télévision américaine. Le 4 janvier, le Montréalais d’adoption Arash Usmanee a fait la finale du traditionnel Friday Night Fight (FNF) à ESPN 2. Sa défaite controversée contre Rances Barthelemy lui a amené une grande visibilité et en moins de 48 heures, ESPN et Showtime lui ont proposé de se battre rapidement sur leurs ondes. Toujours à la même émission, mais le 25 janvier, je me dois de souligner la présence de Tony Luis en demi-finale contre Miguel Gonzalez. Luis est un boxeur de Cornwall qui s’est battu à Montréal 14 fois en 15 combats pros.


Le 8 février, c’est l’équipe de FNF qui débarque à Montréal pour présenter aux Américains Kevin Bizier et l’Ontarien Tyler Asselstine. Tous deux auront une opportunité semblable à Usmanee et à Luis de faire progresser leur carrière. Autre certitude, le Lavallois maintenant installé à Vegas, Bermane Stiverne sera en vedette à HBO le 9 mars. Son duel avec Chris Arreola pourrait même l’amener à affronter Vitali Klitschko. Aussi sur ESPN2, le 22 mars, le grand frère de Jean Pascal, Nicholson Poulard se rendra à Chicago pour affronter Andrzej Fonfara, 7e à la WBO et 10e à l’IBF. En plus de ces boxeurs, on peut aussi avoir de grands espoirs pour un retour sur HBO d’Antonin Décarie qui a ouvert bien des yeux avec son triomphe sur Alex Perez au Foxwoods Casino au Connecticut. Maintenant membre de l’écurie de Lou Dibella, Jo Jo Dan pourrait aussi avoir sa chance sur un réseau américain en 2013. Son gain à New York, lors de son combat retour le 19 décembre dernier, s’est fait en présence du directeur général de Showtime Sports, Stephen Espinoza, et du vice-président de HBO Sports, Mark Taffet. Enfin, n’oublions pas David Lemieux qui, pour cause de blessure, a dû oublier son combat contre Jose Miguel Torres. Il aura surement d’autres belles occasions de se faire valoir en 2013.

duel avec Andre Ward, le grand monarque des super moyens. Du côté de Jean Pascal, il devrait affronter Chad Dawson sur les ondes d’HBO, prévue initialement en mars, on vise maintenant mai. Pourquoi pas le retour du gala Grand Prix le 8 juin? Par la suite, selon les plans d’HBO, il pourrait bien se frotter à Tavoris Cloud ou de nouveau à Bernard Hopkins. Lucian Bute et Jean Pascal nous feront à nouveau vivre de beaux moments de boxe en 2013. Comme vous le constatez, ils sont loin d’être les seuls à surveiller. Soyez certains que la Zone de Boxe sera là pour vous informer de la progression de ces boxeurs et de bien d’autres que je n’ai pas nommés. En terminant, je nous souhaite qu’un minimum de cinq boxeurs ci-haut mentionnés participe à un combat de championnat du monde en 2013. On s’en reparle en janvier 2014.

Bonne boxe

POUR PASCAL ET BUTE Enfin, du côté des deux favoris de la foule, le mois de mai devrait être clé. Pour Lucian Bute, une nouvelle voie s’est tracée depuis peu, celle de la WBC. Avec la blessure d’André Ward, le Roumain risque de croiser le vainqueur entre Sakio Bika et Nikola Sjekloca qui s’affrontent le 16 février. En mettant la main sur le titre de la WBC, le projet de revanche avec Froch risque d’être remplacé par un

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Crédit Vincent Éthier

LES PRIX 2012

DE LA ZONE DE BOXE

Par Mathieu Normand

2012 s’étant achevée depuis peu, la bonne habitude de la Zone de Boxe de remettre ses prix aux Québécois les plus méritants des 12 derniers mois est au rendez-vous! Plusieurs intervenants des médias et du milieu du noble art ont donc fait part de leur choix à la rédaction du webzine. Voici donc la compilation de ses choix pour de nombreuses catégories. BOXEUR DE L’ANNÉE : ADONIS STEVENSON 2012 peut être perçue comme une année transitoire alors que le Québec n’a plus de champion du monde. La déception fut grande, autant par l’absence de Jean Pascal due à différentes blessures, que par l’atroce défaite de Lucian Bute. Malgré tout, un autre boxeur a su tirer ses marrons du feu quand l’opportunité s’est présentée. Il est nul autre qu’Adonis Stevenson (19-1, 16 KO) qui, par sa puissance, a retenu l’attention des fans de la planète boxe. Une victoire par KO et deux victoires par arrêt de l’arbitre

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plus tard, le propulse au rang d’aspirant obligatoire du champion IBF, le Cobra Carl Froch. Il pourrait même l’affronter dès le printemps. L’année 2013 s’annonce donc déterminante pour «Superman» qui a perdu son mentor Emanuel Steward et devra donc poursuivre avec l’assistance du neveu de ce dernier.

LE COMBAT DE L’ANNÉE : STEVENSONGEORGE ET GAUTHIER-GUERRERO Voilà une situation assez rare malgré trois éditions des prix de la Zone : une égalité au vote.

Dans le coin bleu, un combat éliminatoire entre Adonis Stevenson et Donovan George. Le seul parmi une longue liste d’aspirants à avoir accepté l’invitation de GYM. Aucun des deux pugilistes n’est reconnu pour ses qualités défensives. Nous avons eu droit à un duel où on échange coup pour coup. George visite le plancher en plusieurs occasions mais offre une résilience et un courage qui sont tout en son honneur. Lorsqu’on croit qu’Adonis arrive enfin à fermer les livres, George revient plus fort. De la

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belle boxe en ce soir d’octobre.

Dans le coin rouge, un affrontement entre l’ancien champion du monde Rodrigo Guerrero et Sébastien Gauthier. Ce combat commence sur les chapeaux de roues, les deux pugilistes échangent furieusement dans le coin dès la première reprise. Les rounds se succèdent et la générosité des deux adversaires reste aussi grande. Guerrero finit par gagner cette guerre d’attrition face à un Sébastien Gauthier qui aura tout donné. L’ASCENSION DE L’ANNÉE : DIERRY JEAN

Si on tient compte du combat contre Francisco Lorenzo en octobre 2011, à l’intérieur de douze mois, c’est 4 victoires qu’a engrangées Dierry Jean, mettant la main sur la ceinture NABF des 140 livres grâce à une victoire contre Lanardo Tyner et obtenant la ceinture NABA par son autre victoire contre Ivan Cano. Grâce également au travail acharné de son gérant Camille Estephan et de son organisation, Eye of the Tiger Management, Jean est maintenant classé no.1


à la WBC et à la veille d’obtenir un combat éliminatoire pour la ceinture. Après des années marquées par les blessures et le manque d’action, il est réjouissant de voir « Dougy Style » finalement pouvoir faire étalage de son talent dans une division qui regorge justement d’athlètes de qualité. LE GALA DE L’ANNÉE : INTERBOX 3 NOVEMBRE (BUTE-GRACHEV)

Si la performance de Lucian nous a laissé sur notre appétit pendant le combat principal, on ne peut en dire autant du reste de la carte. Les combats de la sous-carte ont été âprement disputés et fort spectaculaire. Depuis l’épique bataille opposant Sébastien Gauthier à Rodrigo Guerrero à la longue rivalité qu’ont menée entre les câbles Fancy N’Tetu et Schiller Hyppolite, leurs coups annonçant clairement leurs intentions belliqueuses, en passant par la difficile épreuve de Renan St-Juste face à Allan Green qui a, tout de même, failli céder au 4e round. Sans oublier l’équilibré duel entre Sébastien Bouchard et Glissandy Meija. Dans tous les cas, l’amateur est sorti gagnant, peu importe le résultat.

LE KO DE L’ANNÉE : ADONIS STEVENSON SUR JESUS GONZALEZ Tout passionné du noble art sait très bien qu’on ne vient pas à un gala pour voir du tricot, reste qu’il y a des images qui glacent le sang. La transe de Jesus Gonzalez, une fois au sol après une gauche percutante, en est une. Une combinaison jab-direct de la part de Superman a éteint les lumières de son adversaire. Ce magnifique Knout-out a permis au Québécois de figurer avantageusement dans la liste des meilleurs KO un peu partout dans Internet. Ce KO explique sûrement le désistement des boxeurs classés derrière Adonis dans le classement IBF lorsque GYM était en quête d’un adversaire pour affronter Stevenson dans un combat éliminatoire. LE ROUND DE L’ANNÉE  : STEVENSONGEORGE (5E ROUND)

Malgré une première chute au plancher résultant de percutants coups au corps, Donovan George se relève pour se trouver illico en difficulté, au point de devoir mettre un genou au sol à nouveau. À ce moment précis, on est en droit de croire à la fin imminente du combat. Nenni!

George va réussir à puiser dans ce qu’il lui reste d’énergie pour monter une riposte violente dans les 30 dernières secondes, laissant paraître Adonis en difficulté. La foule est debout et le combat est loin d’être terminé! Mention spéciale : Bute-Grachev (12e round)

L’ESPOIR DE L’ANNÉE : GHISLAIN MADUMA Maduma est un autre boxeur qui profite des initiatives de Camille Estephan pour attirer l’attention. Ce fut une année bien remplie pour Ghislain avec 6 victoires dont 5 par arrêt de l’arbitre. Une telle année durant laquelle le talent de Maduma a pu s’exprimer est une excellente raison pour le sacrer «espoir de l’année» de la Zone. Et attendez-vous à une autre grosse année pour lui en 2013! Mention spéciale : Mikaël Zewski

LA SURPRISE DE L’ANNÉE : LA DÉFAITE DE LUCIAN BUTE La plupart des fans et des spécialistes voyaient le Québécois favori avant son

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Crédit Vincent Éthier

combat contre Carl Froch. Celui-ci revenait d’une défaite sans équivoque face au champion du Super Six, Andre Ward. Lui-même parlait de retraite en cas de défaite face à Lucian. Il avait quand même des chances, de clamer certains, qui remettaient en question la fiche de Bute. Ce qui arriva ce soir de mai sidéra une part considérable d’amateurs du noble art : Une leçon de boxe en 5 rounds durant laquelle le champion IBF a perdu sa superbe dès le 2e round suite à un solide direct de son adversaire. Nous l’avons vu se déconstruire en direct sous la pression constante exercée par l’Anglais. Incapable de trouver une solution afin de s’adapter à la stratégie de son opposant. Une défaite qui pourrait avoir changé Lucian pour de bon; seul celui-ci peut nous prouver le contraire en 2013.

UN SOUHAIT POUR 2013 : QUE 5 QUÉBÉCOIS PARTICIPENT À UN COMBAT DE CHAMPIONNAT DU MONDE

Il faut croire que c’est maintenant la norme au Québec car nous avons été gâtés dans les dernières décennies avec les Alcine, Bute et Pascal en tant que champions du monde. Lequel frappera à la porte d’un combat de championnat cette année? Certainement Adonis Stevenson et Jean Pascal, peut-être Lucian Bute et Dierry Jean, voire Eleider Alvarez, Antonin Décarie ou Arash Usmanee. La profondeur de la boxe québécoise nous permet de rêver de la sorte sans que l’on puisse remettre en question un tel objectif. Quelle année se serait avec un tel nombre de combats de championnat!

Mention spéciale : un duel Pascal-Bute à LA MEILLEURE PERFORMANCE LORS l’automne D’UNE DÉFAITE : SÉBASTIEN GAUTHIER FACE À RODRIGO GUERRERO Que l’on apprécie Gauthier ou non, on sait une chose à propos de lui : négligé ou favori, il vient pour se battre. Même dans la défaite, Sébastien n’a certainement pas à rougir; pendant les premiers rounds, il a solidement atteint le Mexicain, échangeant coup pour coup. C’est le genre de défaite qui donne tout de même le goût aux amateurs de revoir Sébastien dans l’arène en 2013.

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LA PAGE DU BOXEUR GHISLAIN MADUMA

Par Ghislain Maduma

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Bonjour à tous, C’est avec beaucoup de joie que j’ai accepté l’offre du magazine de la Zone de boxe de me permettre cette visibilité. Il me fait plaisir de vous parler de mon cheminement amateur et professionnel, mais surtout de vous partager mon parcours personnel qui fait ce que je suis devenu. DE KINSHASA À MONTRÉAL J’ai fêté, il y a quelques jours, mon 28e anniversaire et mon 16e hiver au Québec. Avant de m’établir ici, j’ai passé mes douze premières années ave mes parents à Kinshasa au Congo. Lorsque mes parents se sont séparés, j’ai quitté mon pays d’origine avec ma sœur et deux cousins pour venir vivre à Montréal chez l’un de mes oncles.

Avant d’habiter au Québec, je n’avais jamais entendu parler de la boxe. Mon oncle, qui est un passionné des sports de combat, m’y a initié en me permettant de regarder des tonnes de combats sur cassette vidéo. L’événement déclencheur pour moi est certainement le duel Roy Jones Jr VS Richard Hall en mai 2000. À l’époque, je croyais que le meilleur boxeur au monde était Mike Tyson, mon oncle m’a alors fait découvrir un boxeur incroyable. Quand j’ai vu Roy Jones Jr se battre, j’ai dit à mon oncle : « C’est facile ce qu’il fait, je suis sûr que je pourrais faire ça !!!». Il m’a répondu : « OK, je t’inscris dans un club de boxe ». C’est ainsi que j’ai commencé à m’entraîner au club de boxe Champion à l’été de mes quinze ans. DES DÉBUTS TRÈS PROMETTEURS

J’ai eu le privilège de passer ma première journée au gym avec Georges Cherry, c’est lui qui m’a montré les positions de base. Rapidement, j’ai été confié à Paul Evans. Il s’est occupé de moi comme un père, je lui en serai toujours reconnaissant. Après trois mois d’entraînement, je participe

à mon premier combat amateur, peu de gens croyaient alors en moi, j’affronte Benyamine Besmi (10-2 chez les pros) au gymnase de son père. Il était bien plus expérimenté et âgé d’un an et demi de plus que moi. À la surprise générale, je perds une décision serrée avec un écart de seulement un point. Ce fut une très belle expérience pour moi, l’entrée sur le ring, frapper et me faire frapper, ça été bien spécial. Après avoir bien fait contre Besmi, j’ai remporté mes deux combats suivants. Dès mon quatrième combat, au lieu de participer aux gants d’argent, on m’envoie aux qualifications pour les championnats canadiens, j’affronte José Malaison, champion canadien en titre, un boxeur de Jonquière qui avait une quarantaine de combats.

Après huit combats, j’avais une fiche de 4-4, mais j’avais déjà affronté les meilleurs au Québec de ma catégorie. Paul Evans a pris le temps de m’apprendre à gagner un combat, je comprenais de mieux en mieux la « game » et j’ai commencé à obtenir des K.O. en mettant plus de puissance dans mes coups. En janvier 2002, je termine deuxième aux championnats canadiens juniors, puis je remporte les gants dorés. Ensuite, fin février-début mars, je représente le Québec aux 19e Jeux du Canada au NouveauBrunswick. Avec trois victoires, dont par deux K.O., je remporte ce tournoi et deviens, de facto, champion Canadien junior.

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CRISE D’ADOLESCENCE TARDIVE À la fin de l’année 2003, je pars en appartement avec ma blonde, qui est alors enceinte. Maintenant âgé de 18 ans, je délaisse la boxe pour vivre pleinement ma nouvelle liberté. J’ai vécu une sorte de crise d’adolescence sur le tard. Avec du recul, je reconnais que j’avais des mauvaises fréquentations et que lorsque je boxais, mes performances reposaient uniquement sur mon talent. En plus d’être devenu papa, j’allais au cégep et je travaillais, par conséquent, la boxe était devenue plus un loisir qu’une priorité. Pendant ces années, je boxe environ trois à quatre mois par année. Je me prépare principalement pour les championnats canadiens et puisqu’à chaque fois je n’arrive pas à remporter le titre, je me décourage et j’arrête d’aller au gym. Pour vous donner une idée de mon manque flagrant de préparation, je vous raconte une anecdote.

En mai 2005, je vais aux gants dorés pour relever le défi d’un chum de St-Hyacinthe, Francis St-Martin, qui est convaincu qu’il peut me battre. Après l’avoir vaincu, je domine un gars du Legends puis en finale je l’emporte 10-4 contre Pier-Olivier Côté. Ce qui est particulier, c’est que je n’étais même pas allé au gym pour une toute petite journée d’entraînement avant la compétition. DE RETOUR EN AFRIQUE

À la fin de l’année 2005, j’ai le privilège

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de représenter le Québec aux 5e Jeux de la Francophonie qui ont lieu au Niger à environ 4000 km au nord du Congo. J’ai pu constater le niveau de la boxe international sénior. J’ai remporté mon premier combat, puis j’ai perdu mon second combat. Je dominais le Français après trois rounds, mais il est revenu de l’arrière pour me battre par seulement deux points d’écart. Ce fut vraiment une belle expérience, c’est une très grosse compétition comptant une quarantaine de pays et en plus c’était la première fois que je retournais en Afrique.

Après avoir perdu la finale des championnats canadiens de 2006 et de 2007 contre Arash Usmanee, je suis vraiment démotivé. Je ne sais plus quoi faire pour atteindre mon objectif : participer aux Jeux olympiques. Mon père, qui est contre l’idée que je pratique la boxe, accepte de m’aider à réaliser mon rêve et il fait des démarches pour que je sois accepté sur l’équipe nationale congolaise.

Sans même avoir besoin de faire les qualifications nationales congolaises, j’obtiens mon billet pour participer aux championnats mondiaux à Chicago en octobre 2007. Mon premier adversaire est un Bulgare qui est, à ce moment-là, un des meilleurs de ma catégorie. Il avait remporté la médaille d’argent aux championnats mondiaux de 2005 en plus d’obtenir la médaille de bronze aux championnats européens de 2006. Malgré ma défaite de 26-11 contre ce gaucher, ça m’a donné beaucoup de confiance en moi. Je me suis rendu compte que mon talent me donnait la possibilité de

crédit photo Robert Lèvesque


rivaliser avec les meilleurs au monde. Par contre, je n’avais pas le souffle et la forme physique pour pousser au maximum.

En mars 2008, je représente de nouveau le Congo lors des qualifications olympiques africaines qui ont lieu dans la capitale de la Namibie. Après avoir remporté mon premier combat, je perds en quart de finale contre un boxeur local, Julius Indongo, qui remporte le bronze et qui a aujourd’hui une fiche de 11-0-0, 5 K.O. chez les pros. Malgré bien des hauts et des bas dans mon parcours amateur, j’ai eu la chance d’affronter de très bons boxeurs de niveau international qui m’ont aidé à me développer. J’ai conclu ma carrière amateur avec 61 victoires en 78 combats. LA BOXE ET L’ÉTHIQUE DE TRAVAIL

Après l’échec de mon rêve olympique, je n’ai plus le goût de boxer. De plus, pendant deux ans, bien des projets de combats ne se concrétisent pas. Mon incapacité à devenir champion canadien chez les séniors à été bien lourd à porter. Je pouvais m’entrainer très fort pendant quelques mois puis tout arrêter pour plusieurs semaines sinon des mois. Je n’avais pas d’éthique de travail et il me manquait un ou des modèles dans le gymnase pour m’inspirer et me motiver. En fait, je fréquentais plus le gymnase par amitié que par intérêt de performer en tant que boxeur. Mon dernier combat amateur reflète bien mon niveau de motivation de l’époque. C’était en octobre 2010, je me rends à

Québec pour affronter un jeune boxeur de la place, j’avais une avance de quelques points avant le début du dernier round, mais j’ai abandonné parce que j’étais trop essoufflé. Je me suis alors dit que plus jamais je ne boxerais si je n’étais pas en forme.

Ça m’a pris beaucoup de temps pour comprendre que je n’étais pas quelqu’un de spécial. Mon talent m’a longtemps laissé croire que j’étais supérieur, mon dernier combat amateur m’a fait prendre toute une leçon d’humilité. La destinée, ce n’est pas écrit d’avance, il faut travailler pour tracer son chemin. MAINTENANT CHEZ LES PROS

Mon entraîneur, Mike Moffa, a toujours cru en moi et je lui en dois beaucoup si je suis devenu un boxeur professionnel aujourd’hui. C’est lui qui a convaincu Camille Estephan de me faire confiance et de me faire boxer au sein d’Eye of the Tiger Management (EOTTM). Avant même mon premier combat pro, j’ai pu améliorer mon conditionnement physique avec Jarek Kulesza. Je me suis senti entouré et en confiance immédiatement. C’est exactement ce qui me manquait chez les amateurs. Depuis novembre 2010, j’ai la chance de boxer régulièrement et je peux me concentrer à 100 % sur la boxe. En un peu plus de deux ans, j’ai remporté chacun de mes onze combats. Mes deux dernières visites sur le ring démontrent bien ma progression.

crédit photo Robert Lèvesque

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Tout d’abord, en août dernier, j’ai affronté le Mexicain Pedro Navarette. Un gars qui a plus de 300 rounds d’expérience et qui est resté debout devant Pier-Olivier Côté, Arash Usmanee et Logan McGuinness. Après l’avoir envoyé au plancher au 2e round, j’ai dû lui courir après dans le reste du combat. C’était important pour nous ce combat-là, parce que ça m’a permis de faire 10 rounds et de bien évaluer ma condition physique. En octobre dernier, j’ai affronté un Argentin expérimenté qui était venu pour se battre. Sergio Omar Priotti s’était déjà battu contre des champions du monde tel que Paulus Moses (champion WBA des légers en 2009) et l’Argentin Lucas Martin Matthysse (actuellement champion intérimaire WBC des super légers). Ce combat a donné une belle bagarre, je l’ai vu faiblir progressivement dans le combat et au septième après deux chutes l’arbitre a arrêté le combat. DES OBJECTIFS ÉLEVÉS POUR LE FUTUR

Ma victoire contre Navarette m’a permis d’être classé 25e à la WBC, je suis évidemment très fier d’avoir atteint ce niveau, mais ce n’est qu’un début. Mon gérant et mon entraîneur, Camille et Mike, ont de grands projets pour moi et je compte bien livrer la marchandise.

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Dès le 2 février, je suis de retour sur le ring, je participerai alors à un gala au Saguenay. L’objectif de ce combat est de me préparer à un défi plus important un mois plus tard. Je vais affronter un Hongrois de 19 ans,

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Gyorgy Mizsei Jr (10-2-0, 6 K.O.), qui a perdu une décision partagée en septembre contre Tebor Brosch en Ontario. Puis, le 4 mars je suis au Ritz Carlton de Toronto pour affronter le Dominicain Eudy Bernardo (15-0-0, 10 KO). Le gagnant mettra la main sur le titre WBC continental des Amériques. Par la suite, viendront éventuellement un ou des titres nord-américains. De plus, lors de mes prochains combats à Montréal, je vais prendre la relève de Dierry Jean comme finaliste des galas « Fight Club » organisés par EOTTM.

Il y a deux choses qui me rendent très positif face à l’avenir. Tout d’abord, il y a toute l’équipe qui m’entoure et qui me permet de concentrer toutes mes énergies sur l’entraînement et ma préparation en vue des combats. L’autre chose encourageante, est que je suis conscient que je n’ai pas encore développer mes capacités au maximum. Le sérieux que je mets à l’entraînement m’a permis de voir que j’ai encore pas mal de place pour m’améliorer. Côté classement, je souhaite me retrouver dans le top 10 mondial d’ici la fin de l’année, après ça tout devient possible. La croissance dans les classements de mon ami Dierry Jean en 2012 m’a prouvé que le travail, l’équipe et le talent peuvent mener au sommet de la montagne. Aujourd’hui, devenir champion du monde ce n’est plus un rêve pour moi, c’est un projet et je sais ce que je dois faire pour le réaliser en 2014.

crédit photo Robert Lèvesque


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LA ZONE SUR LA ROUTE Par Jean-Luc Autret

LE TURNING STONE RESORT & CASINO À VERONA Situé à une cinquantaine de kilomètres de Syracuse, le TSRC est un complexe de villégiature exploité par la nation autochtone Oneida depuis 1997. La boxe y fait des apparitions régulières, 36 événements en 15 ans. Le 27 octobre dernier, un programme de boxe haut de gamme comportant plusieurs combats à l’issue incertaine à attirer trois membres de la Zone. Située à moins de cinq heures de route de Montréal avec des places à 15 mètres du ring à seulement 45 $, la réflexion n’a pas été difficile pour prendre la direction de l’État de New York.

Et quelle soirée de boxe ce fut! Il y a eu un peu de tout. Sur les ondes du célèbre diffuseur américain HBO, une vedette montante, Thomas Dulorme, a vu son ascension brutalement stoppée par Luis Carlos Abregu. Une autre, Karim Mayfield, a annoncé avec éclat son arrivée sur la scène mondiale. Des préliminaires, on retient la prestation des « adversaires » Kevin Franklin, Eric Watkins et surtout Alberto Herrera, sans conteste le meilleur boxeur de 8 victoires et 8 défaites de la planète. Tout cela avec une touche locale : le premier combat du lourd-léger Eric Fields depuis qu’il s’entraîne avec le Québécois François Duguay. Fields a remporté une victoire par décision unanime sur Franklin. *crédit photos Dominic Coté, HBO

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LE MADISON SQUARE GARDEN À NEW YORK Après avoir été présent au premier gala de boxe du Barclays Center un mois et demi plutôt, j’ai eu le plaisir de visiter le mythique MSG le 1er décembre dernier. Ancienne Mecque de la boxe, j’ai pu constater à quel point le vieil édifice bâti en 1968 est maintenant tout aussi neuf que son voisin de Brooklyn. Plus de 500 millions ont été investis depuis 2009 pour le moderniser de fond en comble. Cela inclut un nouveau tableau d’affichage, de nouvelles suites de luxe plus proche de l’action, des sièges neufs à la grandeur et bien d’autres choses.

Le Portoricain Miguel Cotto y était la vedette de la soirée, il y a attiré 13 096 spectateurs. Entraîné par Pedro Diaz depuis deux ans, il en était à sa huitième visite au MSG. Revenant d’une défaite contre Floyd Mayweather, Cotto participait alors à son 21e combat de championnat du monde consécutif, bien peu de boxeurs ont fait mieux. Son adversaire, Austin Trout, ne s’est pas laissé intimider ni par la foule ni par le Portoricain et il su a imposé son rythme. Il a impressionné les téléspectateurs de Showtime et s’est offert toute une visibilité. Ayant un tableau de chasse peu garni jusque-là, Trout a fait un pas de géant chez les 154 livres ce soir-là. Fait à noter, les amateurs de boxe Newyorkais vivaient un deuil puisque la veille de ce gala un autre grand boxeur portoricain, Hector « Macho » Camacho, était porté en terre par ses proches et de nombreux partisans. Camacho était extrêment populaire dans la ville qui ne dort jamais. *crédit photos Jean-Luc Autret, Showtime

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Crédit photo : Courtoisie

LA BOXE ET MOI par Mike Bilodeau

Il y a un peu plus d’un an, j’ai réalisé un rêve qui me tenait à cœur depuis une vingtaine d’années. En devenant l’analyste des combats de boxe à TVA Sports, je suis rentré de plein fouet dans le monde de la boxe et dans celui de la télé. Je suis bien conscient que de nombreux amateurs de boxe se sont demandés « C’est qui ce gars-là ? ». Aujourd’hui, la Zone de Boxe m’offre la tribune idéale pour vous parler de moi et de mon cheminement, je leur en suis grandement reconnaissant.

MANIQUE DE SPORTS Depuis toujours, je suis un passionné de sports, tout jeune j’appelais régulièrement dans les lignes ouvertes de

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radios sportives. Maniaque de statistiques, j’étais même le plus jeune membre du club des connaisseurs d’un poste de radio. À l’âge de 12 ans, je vis ma première expérience derrière le micro, j’ai alors remplacé un animateur pour une soirée complète, ce fut une expérience extraordinaire. Mes trois sports favoris sont la boxe, le baseball et le hockey. Originaire de Jonquière, j’ai commencé à m’intéresser à la boxe en 1989, lors des débuts de RDS. À la même époque, le club de boxe de Jonquière avait plusieurs champions canadiens dont évidemment Stéphane Ouellet. Je me suis mis à m’entraîner à la boxe vers l’âge de 14 ans, ma carrière a été des plus courtes.

Après avoir obtenu un certain succès en « sparring », Stéphane Larouche, déjà entraîneur à l’époque, m’orga-

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nise un combat à Alma. J’étais excessivement nerveux à l’idée de me faire frapper, heureusement, mon adversaire ne s’est pas présenté. De retour au gymnase, on m’envoie faire du « sparring » avec un gars de 140 livres (15 livres de plus que moi) qui revient des gants d’argent avec une fiche de 7-0. Après l’avoir pincé au premier round, j’ai été victime d’une avalanche de coups qui m’a laissé le nez en sang et la confirmation que je n’avais pas le goût de manger des coups. Cette expérience m’a aussi appris ce que c’était réellement la boxe et que pour y performer on doit être dans une forme physique incroyable. Lancer des coups c’est fatiguant, mais en recevoir, tenter de les éviter, contreattaquer, se déplacer, c’est épuisant! Depuis ce duel, j’ai un énorme res-


Crédit photo : Courtoisie

pect pour les boxeurs, je suis pleinement conscient des efforts que ça prend pour réussir. CHOIX DE CARRIÈRE : COMMENTATEUR SPORTIF OU… HUMORISTE

À 15 ans, comme tous les jeunes de secondaire cinq, je dois faire des choix pour mon avenir. Pour moi c’était clair, je voulais faire le réputé programme des Art et Technologie des Médias (ATM) au cégep de Jonquière dans le but de devenir commentateur sportif. J’avais trois options dans ma tête, être descripteur des matchs des Nordiques, des Expos ou remplacer Yvon Michel à RDS! À mon grand désarroi, je ne suis pas accepté à Jonquière. Comme des milliers de déçus, je me retrouve en sciences humaines sans aucune motivation. Un autre de mes grands projets était de devenir humoriste, quelques mois plus tard, je me retrouve à Montréal pour passer une audition à l’école nationale d’humour. Contrairement à l’ATM, eux remarquent mon potentiel et je peux plus facilement faire le deuil de ma non-carrière comme commentateur sportif. Étant le plus jeune élève du groupe, j’ai appris beaucoup pendant mon année de formation. Je m’entendais bien avec la majorité de mes pro-

fesseurs dont notamment François Avard, mais je manquais de discipline. Après deux à trois ans de tournée, je me rends compte que je ne voulais pas assez mettre d’efforts pour développer une carrière et que mes collègues voulaient plus que moi. Cette époque de ma vie m’a fait apprendre beaucoup de choses dont une équation très importante : Le succès = 10% de talent + 90% de travail. Le fait de côtoyer des gens plus vieux que moi m’a beaucoup aidé. En compagnie de Jean-François Mercier, c’est en tournée à travers le Québec et l’Ontario, que j’ai appris à jouer aux échecs.

Plutôt talentueux, mais pas assez travaillant, je quitte le monde de l’humour pour devenir vendeur chez Bell Canada. Après un cours de comptabilité, je travaille quelques mois pour la ligne nationale de hockey, mais je continu à croire en mon rêve et je fais deux autres demandes en ATM qui sont chaque fois refusées. Puis, je décide de retourner vivre au Saguenay et je poursuis mon chemin chez Bell Canada. IL Y A TROIS ANS… Fin février 2010, le CRTC accorde une licence à TVA pour mettre en place une chaine télé dédiée uniquement au sport. Cet événement ranime mon

rêve pas mal enterré par le temps. Je décide alors de quitter mon emploi chez Bell pour suivre une formation pour me donner les outils nécessaires pour faire partie de la future équipe de TVA Sports.

Sans tarder, je m’inscris à l’école d’animation et de communications Stéphan Roy pour faire un cours en animation télé. Je suis alors très motivé par mon rêve d’enfance. Bien que les Expos et les Nordiques aient quitté le Québec, j’ai espoir de devenir le descripteur des parties des Blue Jays ou l’analyste de combats de boxe. J’y ai appris un paquet de choses, j’ai amélioré ma diction, mon français, j’ai fait des stages, etc. Une fois ma formation complétée, mon professeur me recommande fortement de faire le cours de radio pour ajouter une corde à mon arc et surtout pour améliorer mon naturel en onde.

Finalement, je me mets à adorer la formation radio, je me sens bien très rapidement. À la fin de ma formation, en juin 2010, au Saguenay, la station de radio CKRS 98.3 FM renait de ses cendres en étant racheté par des gens de la région. La journée même de cette annonce, je me vois déjà descripteur des Saguenéens ! Quelques semaines plus tard, je suis engagé pour faire les sports à l’émission du matin avec Myriam Ségal et à l’émission du retour avec Régis Lan-

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Crédit photo : Courtoisie

gevin. Je travaille très fort pour faire ma marque et prendre de l’expérience. En plus de parler des athlètes de la région, il y avait des segments qui me permettaient de raconter des histoires sportives. Évidemment, ma passion pour la boxe me donne la chance de me faire valoir. Je dois mentionner que Réjean Tremblay avait une chronique avec Myriam Ségal et que ma prédiction et ma description du premier combat entre Jean Pascal et Bernard Hopkins l’ont fait réagir. Ce qui m’a permis d’intervenir progressivement dans ses chroniques.

Avec un peu plus d’an de radio dans le corps, j’entends parler que TVA Sports va bientôt entrer en onde. Après avoir envoyé mon CV à plusieurs reprises, j’obtiens le numéro de Serge Fortin, le vice-président de TVA Nouvelles et de l’Agence QMI. Je réussi à lui parler et l’informe de mon immense intérêt pour être l’analyste de boxe à TVA Sports. Plusieurs semaines passent sans nouvelle, je rappelle de nouveau, mais ça ne débloque toujours pas.

Un après-midi, alors que je me repose entre mes deux shows de radio, je reçois un appel de TVA Sports et on me demande à brûle-pourpoint d’expliquer, en trente secondes, pourquoi Stéphane Ouellet n’est jamais devenu champion du monde. Après avoir

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vendu ma salade, on me demande d’envoyer une photo et d’attendre un nouveau téléphone. Une dizaine de jours plus tard, je suis en audition avec Jean-Charles Lajoie pour être analyste de boxe. Deux semaines plus tard, André Lacasse, producteur exécutif à TVA, me contacte pour me confirmer que je suis leur homme. Je ne peux pas vous décrire à quel point j’étais content !!! LES MATHÉMATIQUES ET LE SPORT Depuis très longtemps, j’associe le sport aux statistiques et aux mathématiques. Pour vous donner une idée, j’ai été pendant un an handicapeur pour le site monsieurstats.com, le premier service de pronostics sportifs canadien. J’étais spécialisé pour prédire le rendement des lanceurs sur les retraits sur des prises. J’ai terminé la saison avec une efficacité de 63 %. Côté boxe, depuis 1989, je marque des combats. J’ai vu énormément de combats et pour moi la boxe est aussi très mathématique. Avec les années, j’ai développé une méthode d’analyse très cartésienne. Aimant beaucoup faire des prédictions, j’évalue d’abord comment peut se terminer un combat en analysant la situation personnelle de chaque boxeur, l’importance du défi, si la motivation de

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l’un d’eux va être décuplée (AlcineLemieux), si des facteurs particuliers risque de pousser un des boxeurs à offrir une performance insoupçonnée (Pacquioa-Marquez 4), etc.

Puis, j’y vais par élimination : un styliste ne pourra l’emporter par K.O., un boxeur avec une mâchoire fragile se rendra-t-il au douzième round ? Un cogneur avec peu d’expérience peut-il être efficace après quatrecinq rounds ? Tout ça et bien plus me permettent de visualiser les combats avant qu’ils n’aient lieu et j’obtiens de très bons résultats. MA PREMIÈRE ANNÉE À TVA SPORTS Ma première présence sur les ondes de TVA Sports restera gravée à jamais dans ma mémoire. Quelques jours avant le combat entre Lucian Bute et Glen Johnson, on me demande de me rendre à Québec pour participer à une émission en direct relatant la traditionnelle conférence de presse. Bien que je fusse très nerveux j’avais confiance en mes moyens. Ça s’est bien passé et mes nouveaux patrons étaient pleinement satisfaits de leur nouvel employé. Dans le cadre de l’émission « Dans le ring », j’ai rapidement développé un bel esprit d’équipe avec Jean-


Crédit photo : Courtoisie

Charles Lajoie qui est devenu un ami en plus d’un confrère de travail. J’estime que ça m’a pris environ six mois pour être à l’aise dans mon rôle d’analyste. Dès le départ, j’étais bien conscient que je serais jugé pas mal plus à la télé qu’à la radio. Mon premier but est de transmettre ma passion pour le noble art et d’amener monsieur et madame tout le monde à s’intéresser à ce sport magnifique! Depuis quelques mois, j’ai un nouveau collègue en la personne de Daniel Melançon, un gars qui fait de la télé depuis près de vingt ans. Dès ma première rencontre avec lui, j’ai senti tout l’intérêt qu’il avait pour l’émission et l’adaptation s’est fait bien plus rapidement que ce à quoi je m’attendais. À ce jour, mon plus beau moment, outre ma première présence télévisuelle, a certainement eu lieu le 12 octobre dernier. Ce soir-là, j’ai eu le privilège d’analyser les combats de la soirée sur les ondes d’Indigo en compagnie de Daniel Melançon. Ce fut incroyable comme fee-

ling, je me suis même pincé être certain que c’était vrai. Depuis, j’ai eu le plaisir de répéter l’expérience avec Benoît Gagnon lors du gala impliquant Jean Pascal.

Après un peu plus d’un an, je suis vraiment fier du chemin que j’ai accompli. J’ai souhaité pendant tant d’années faire ce métier que je savoure pleinement chaque minute qui passe. En plus d’analyser des combats à chaque semaine, j’ai eu le plaisir de participer aux quotidiennes « l’esprit d’équipe » et « Le Match » à de nombreuses reprises et on a pu me voir à plusieurs occasions à « Salut Bonjour » et sur la chaîne LCN.

Les trois dernières années m’ont fait réaliser à quel point tout est possible dans la vie, il suffit simplement d’y croire et d’agir!

J’espère que vous aurez le plaisir de me voir et de m’entendre pendant encore plusieurs années !!!

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HOMMAGE À EMANUEL STEWARD

Par Martin Fournier

Le 25 octobre dernier s’éteignait à l’âge de 68 ans, Emanuel Steward, un des plus grands entraîneurs de l’histoire de la boxe. Monsieur Steward passera notamment à l’histoire comme ayant été l’entraîneur de plus de quarante champions du monde de toutes catégories confondues. On n’a qu’à penser aux illustres champions comme Thomas « the Hit Man » Hearns qui fut l’un de ses premiers champions en 1980, Julio Cesar Chavez, Wilfredo Benitez, Oscar de la Hoya, Lennox Lewis, et jusqu’à tout récemment Wladimir Klitschko, détenteur des titres WBA, WBO et IBF des poids lourds. Nul doute que cet illustre entraîneur et propriétaire du Kronk gym de Détroit, élu au temple de la renommée de la boxe en 1996, a contribué de façon exceptionnelle au développement de ces grands champions à un moment particulier de leur carrière. À cet effet, plusieurs témoignages d’anciens champions du monde de la boxe, d’entraîneurs, de promoteurs et de commentateurs viennent confirmer indéniablement son apport et son héritage à ce noble art.

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Crédit The Post Standard

Emanuel Steward lors de son intronisation au temple de la renommée en 1996 (source : The Post Standard)

THOMAS HEARNS Son association avec Steward remonte à 1977. Il a été cinq fois champion du monde dans quatre catégories de poids et impliqué dans des duels hippiques des poids moyens avec Sugar Ray Leonard, Roberto Duran et Marvin Hagler dans les années 80. « Il a changé nos vies, il nous a

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enseigné beaucoup de choses à l’extérieur de la boxe. Si ce n’était pas d’Emanuel Steward, il serait très difficile pour moi d’être l’homme que je suis aujourd’hui. Il était plus qu’un entraîneur pour moi, il était comme un père ». OSCAR DE LA HOYA Ancien médaillé d’or aux jeux Olym-


Crédit Michael Sterling

piques de Barcelone en 1992 et plusieurs fois champion du monde dans plusieurs catégories de poids différentes

«J’ai appris beaucoup de ma relation professionnelle avec lui et je lui en serai toujours reconnaissant. Il était une part importante de la communauté de la boxe et nous allons tous le manquer ».

LENNOX WILSON Ancien champion du monde des poids lourds. Son association avec Steward remonte à 1994 à la suite de la perte de son titre de la WBC contre Oliver Mccall et très secoué par le décès de son mentor :

« Manny m’a toujours dit que j’étais le meilleur, mais en réalité il était

le meilleur et je suis reconnaissant, privilégié et honoré de faire parti en tant que boxeur de ses nombreux succès. Manny était généreux, compatissant et sévère. Il a toujours redonné à la communauté et il n’a jamais oublié d’où il venait. Je manquerai son sourire et nos discussions à propos de la boxe et de la vie ». WLADIMIR KLITSCHKO Actuel champion des poids lourds de la WBA, WBO et de l’IBF « Ce n’est pas souvent qu’une personne a la chance de travailler avec une légende. Dans mon cas, j’ai été assez privilégié de travailler avec lui pendant une décennie. Dans mes prochains combats, mon équipe et moi continuerons à respecter les mêmes buts que nous nous sommes fixés avec Emanuel parce que c’est ce qu’il aurait voulu. Je sais qu’il sera avec nous de l’au-delà et que nous allons accomplir ces buts en son honneur »

ENTRAÎNEURS, PROMOTEURS ET ANALYSTES Outre les témoignages de ces champions du monde qui ont évolué sous sa supervision, plusieurs entraîneurs, promoteurs, commentateurs et analystes ont été affligés par son départ et ont rendu hommage à Steward. ADAM BOOTH ENTRAÎNEUR DE DAVID HAYE

« Il n’était pas seulement un grand entraîneur, il a formé et éduqué les boxeurs avec qui il a travaillé pour des décennies. J’ai grandi en le regardant et en l’écoutant. Aucun professionnel n’aime perdre mais, si tu as à perdre, c’est un honneur de perdre contre Manny Steward. Dans ma carrière, je n’ai jamais été intimidé en regardant de l’autre côté de l’arène excepté l’année dernière »en faisant

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Crédit photo : Courtoisie

référence au combat qui opposait David Haye à Wladimir Klitschko l’an passé où l’Ukrainien l’a emporté au dépend du protégé de Booth. FREDDIE ROACH, UN AUTRE GRAND ENTRAÎNEUR QUI A ENTRAÎNÉ PLUSIEURS CHAMPIONS DU MONDE DONT MANNY PACQUAO « Le décès d’Emanuel Steward est la plus grande perte de la boxe depuis fort longtemps ». BOB ARUM - TOP RANK PROMOTIONS « La fondation et le leadership qu’il a déployé dans le Kronk Gym à Détroit a été remarquable. Ses efforts ont produit de grands champions comme Tommy Hearns, Milton McCrory, Michael Moorer et beaucoup d’autres » LOU DIBELLA – DIBELLA PROMOTIONS « Il a été un géant dans le milieu de la boxe. Il a été le plus enseignant de notre génération et un grand ambassadeur pour le sport. Aussi longtemps que la boxe existera, personne n’oubliera Emanuel Steward »-

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JIM LAMPLEY -DESCRIPTEUR ET COLLÈGUE DE STEWARD AU RÉSEAU HBO PENDANT PLUSIEURS ANNÉES « Il sera connu comme un des grands entraîneurs de l’histoire de son sport. C’est l’élément central de son identité. Il est mon meilleur ami et sur une note plus personnelle, j’ai la plus grande reconnaissance pour lui. Ce qui vous dit beaucoup à propos de l’homme c’est qu’à ses débuts comme entraîneur, il a fait sa marque auprès des boxeurs noirs américains de poids moyens mais par la suite, il a entraîné des champions poids lourds anglais et ukrainiens, il était tout simplement spectaculaire ».

DAN RAFAEL – JOURNALISTE ESPN « Les boxeurs l’ont aimé pour sa générosité et pour le rôle de père qu’il a souvent joué dans leurs vies. Entraîner les boxeurs n’était pas seulement un emploi pour lui. Il a souvent hébergé ses protégés chez lui à Détroit. Il les entraînait le jour et agissait comme un père le soir » VUES D’ICI L’influence d’Emanuel Steward a laissé ses traces au Québec. Depuis

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moins d’un an, il était l’entraîneur d’Adonis Stevenson, mais les gens du milieu le connaissaient depuis fort longtemps. MARC RAMSAY, ENTRAÎNEUR ET MATCHMAKER DE GYM

« À l’époque où je boxais chez les amateurs, Emanuel Steward était l’entraîneur de mon boxeur préféré, Milton McCrory, et bien sûr de Thomas Hearns. Il était au début du sommet de sa carrière. Par la suite, en devenant entraîneur, il est devenu un modèle pour moi. Plusieurs années plus tard, j’ai eu des contacts directs avec lui. Mike Moffa et moi étions alors au gym Le Legends et pendant trois ans nous avons organisé une confrontation entre notre club et le Kronk en allant à Detroit. La première année, deux de mes boxeurs sont tombés malades la semaine avant les combats. J’ai appelé à Detroit pour annuler, où on m’a alors expliqué que Steward n’était pas content du tout et que si on se retirait, il allait venir nous chercher en avion! On a loué une auto et on y est allé sans rouspéter ». « L’une des grandes forces d’Emanuel Steward était srement son calme et son intelligence. Il était un maître


crédit photo Getty d’échec capable de changer complètement la stratégie en plein milieu d’un combat. Il a relevé le niveau du coaching à la boxe, il a amené beaucoup de professionnalisme au métier d’entraîneur » STÉPHANE LAROUCHE, ENTRAÎNEUR ET MATCHMAKER D’INTERBOX « J’ai eu la chance de le rencontrer à quelques occasions, c’était un homme extrêmement terre-à-terre, très humain. Il avait la capacité de ramener les boxeurs à la base. Après avoir bâti une institution dans sa ville, il a fallu beaucoup de temps avant qu’il n’obtienne la reconnaissance qu’il méritait. Les amateurs ont eu le privilège pendant trop peu de temps de l’écouter à HBO, ses analyses étaient vraies, c’était vraiment agréable de l’écouter parler. Selon moi, sa force était la qualité de sa relation avec les athlètes, il savait exploiter les forces de ses boxeurs. L’exemple de Klitschko en est un très bon, il n’a pas essayé de le changer. Il s’est concentré à améliorer son efficacité à faire payer les adversaires quand ils s’approchaient ». BERNARD BARRÉ, V-P DE GYM « C’était un génie de la boxe. Il s’est démarqué parce qu’il était extrêmement intelligent. Il a su bien s’entourer et il était un grand motivateur. On a eu un bon exemple de cela à Montréal en 2011, lors du combat Dawson-Diaconu, on voyait facilement que « Bad Chad » avait une attitude différente avec Emanuel Steward dans son coin que lors de son combat avec Pascal ». YVON MICHEL, PRÉSIDENT DE GYM

historien incroyable, il voyait un futur magnifique pour Adonis. Avant qu’il rentre à l’hôpital, on avait commencé à travailler sur un projet pour créer une franchise du Kronk à Montréal. Il souhaitait venir à Montréal toutes les semaines pour s’occuper de son nouveau bébé. Comme entraîneur, il ne faisait pas faire de longs camps d’entraînement à ses boxeurs. Il leur demandait d’être bien entraînés, d’être dans la meilleure forme possible et sa préparation pour un combat durait quatre semaines. Sa philosophie d’entraîneur était que ses boxeurs devaient donner un bon spectacle et tenter de coucher leur adversaire, c’est pourquoi il était tellement en amour avec Stevenson ». ADONIS STEVENSON, ENTRAINÉ PAR EMANUEL STEWARD À PARTIR DE DÉCEMBRE 2011 « Emanuel m’a appris énormément, j’ai travaillé beaucoup mon jeu de pied et ma capacité de gérer un combat. Il m’a fait évoluer de 70%, j’avais déjà la force de frappe, son équipe m’a amené la finesse qui me manquait. La plus grande force d’Emanuel est au niveau psychologique, il visualise très bien les combats et ses messages sont très faciles à comprendre et à appliquer. Suite à son départ, je vais continuer à m’entraîner avec son neveu ». Nul doute que ces différents témoignages ne font que confirmer unanimement le grand héritage qu’Emanuel Steward lègue à son sport pour les prochaines décennies. Il aura non seulement élevé plus de quarante boxeurs au rang de champion du monde, il aura fait une grande différence dans leur vie. Adieu Emanuel.

« Je le connaissais depuis longtemps, mais lorsqu’Adonis Stevenson est devenu l’un de ses boxeurs, j’ai eu le privilège de lui parler toutes les semaines. C’était un passionné, un

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crédit photo Robert Lévesque

TOP 15 LIVRES POUR LIVRES QUÉBÉCOIS Une demi-année s’est écoulée depuis le dernier classement livre pour livre de la Zone et nous voici encore à rebrasser les cartes. Autant pour le plaisir que pour lancer des discussions entre amateurs, onze passionnés de boxe ont complété cet exercice pas si facile que ça à faire.

LE TOP 3 : PASCAL, BUTE ET STEVENSON La tête du classement est toujours aux mains de Jean Pascal, malgré une performance à une main face à Aleksy Kuziemski qui ne nous a pas

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Par Mathieu Normand

prouvé que le boxeur avait retrouvé la forme de ses meilleurs jours. Reste que la feuille de route de Jean reste la plus étoffée, combinée à une timide victoire de Lucian Bute après sa défaite et à une adversité qui manque de grosses prises pour Adonis Stevenson. À la lumière de sa performance toute en hésitations face à Dennis Grachev, les jours de Lucian Bute au deuxième rang sont peut-être comptés, sachant que Adonis Stevenson frappe à la porte d’un combat de championnat du monde de l’IBF. Le clan Bute a sagement décidé de remettre à plus tard l’obligation contractuelle de Carl Froch de l’affronter à Montréal. Lucian a encore besoin d’un autre

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combat où il pourra faire la démonstration qu’il s’est débarrassé des démons qui l’ont empêchés de laisser aller ses mains en combinaison. Heureusement, le 12e round face à Grachev s’est conclu de manière à nous laisser de croire qu’il y a encore de l’espoir pour le Québécois d’adoption. Froch pourrait, en attendant, confronter Adonis Stevenson qui est son aspirant obligatoire. Stevenson est sur une lancée après une excellente année 2012 qui s’est conclue par une victoire contre Donovan George. LES ASPIRANTS QUI COGNENT AU SOMMET : DÉCARIE, ALVAREZ, JEAN ET STIVERNE

La très belle victoire par arrêt de


l’arbitre d’Antonin Décarie contre Alex Perez, sur HBO, l’a ramené dans la discussion à 147 livres. Décarie a fait la démonstration de son intelligence entre les cables et pourra en 2013 faire encore une fois montre de ses talents sur HBO. Les rumeurs sont nombreuses pour l’instant et comme Lou DiBella est maintenant impliqué en copromotion, souhaitons-lui quelque chose de bien.

Eleider Alvarez poursuit lui-aussi son ascension dans nos classements. Grâce à deux belles victoires, le champion NABO espère pouvoir se battre dans un combat de championnat cette année. Est-ce que le Groupe Yvon Michel réussira à convaincre un champion à 175 livres d’affronter son poulain en 2013? Dierry jean est également sur une belle montée. Celui-ci a poursuivi sur sa lancée en 2012 par un TKO au 11e round du combat l’opposant à Ivan Cano. Maintenant classé premier à la WBC, septième à l’IBF et quatorzième à la WBA, les combats deviendront de plus en plus lourds de signification pour Jean. Bermane Stiverne, quant à lui, a perdu quelques échelons car ce qui était une position d’aspirant obligatoire à la WBC a semblé n’être qu’un mi-

crédit photo Robert Lévesque

crédit photo Robert Lévesque

rage. Le combat face à Chris Arreola, présentement prévu le 2 mars, a été maintes fois reporté. Cela fait en sorte que BWare n’a que le combat face à Willie Herring au compteur pour 2012. À qui la faute, au vieillissant promoteur Don King ou à la WBC du roi Sulaiman? À LA RECHERCHE D’UN TREMPLIN : LEMIEUX, USMANEE, DAN ET BIZIER

2012 s’est terminée tout comme elle avait débuté pour David Lemieux, avec un gros boum! Le Russe Albert Ayrapetyan a appris à ses dépens

que les risques sont grands quand on accepte d’entrer dans le même ring que Lemieux qui mise toujours sur une force de frappe meurtrière. Qu’est-ce qui attend David en 2013? Fort probablement d’autres combats pour revenir dans le top 15 des différents organismes de sanction Quel goût amer pour les amateurs que cette première défaite controversée d’Arash Usmanee face à Rances Barthelemy. Après tout le travail accompli lors des deux dernières années par le boxeur et par son gérant, Douggie Berneche, on ne peut que crier à l’injustice. Mais si le 0 de la fiche d’Usmanee est disparu à jamais, la visibilité reçue en combattant sur ESPN lui amènera fort probablement des appels pour un autre combat à la télévision américaine.

Maintenant le protégé de Lou DiBella, Jo Jo Dan a livré un premier combat avec son nouveau promoteur, simplement pour une remise en forme, défaisant facilement Franklin Gonzalez par arrêt de l’arbitre au 5e round. De nombreuses rumeurs voulaient qu’il affronte soit Kevin Bizier ou Antonin Décarie, mais rien ne s’est concrétisé. En 2013 le Québécois d’adoption aura possiblement une nouvelle chance de se faire valoir, peut-être bien en sous-carte d’un gala présenté sur un réseau américain.

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crédit photo Robert Lévesque

Kevin Bizier en est un qui a dû ronger son frein en attendant le combat d’importance. Deux combats faciles pour le garder actif en cette fin de 2012, mais rien pour écrire à sa mère. Étant dans les meilleures années au niveau physique, le boxeur de Saint-Émile devrait faire la finale de « Friday Night Fight » à ESPN le 8 février. BIEN DES QUESTIONS POUR LE BAS DU TOP 15 : CÔTÉ, ZEWSKI, ALCINE ET GAUTHIER

Si 2011 s’était terminé dans l’euphorie pour Pier-Olivier Côté, 2012 aura été une toute autre histoire. Depuis sa victoire sur Mark Lloyd en mai, plus rien pour Apou qui souffre d’une mystérieuse fatigue chronique qu’il ne peut combattre. Est-ce que 2013 sera l’année du retour spectaculaire cogneur chez les 140 livres? Malgré cette absence prolongée du ring, certains panélistes le voyaient encore à un rang assez élevé. Mikaël Zewski va là où Top Rank l’envoie. Deux victoires expéditives dont une pour un magnifique KO sur Cesar Chavez. Est-ce que Mikaël peut percer à 154 livres? Disons que nous sommes impatients de le voir relever de plus grands défis en 2013. Il peut paraître surprenant de retrouver encore Ti-Joa dans ce classe-

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ment à la lumière de sa dernière performance contre Matthew Macklin qui a fermé les livres au 1er round. Mais la victoire d’Alcine face à David Lemieux reste encore fraîche dans la mémoire des membres du jury. Estce la dernière fois qu’il se retrouve ici? Seul le temps nous le dira.

Quant à Sébastien Gauthier, sa défaite contre Rodrigo Guerrero n’a rien de honteux; il a tout donné et aujourd’hui, Guerrero se retrouve à nouveau en combat de championnat du monde face à Juan Carlos Sanchez pour le titre IBF. L’idée est que Sébastien sache se retirer avant que les défaites laissent plus de marques à sa santé qu’à sa fiche de boxeur.

En terminant, mentionnons la présence de Nicholson Poulard et de Renan St-Juste dans le classement de plusieurs de nos connaisseurs. Le frère de Jean Pascal a obtenu une victoire des plus prévisibles en août. Son prochain défi d’importance, en mars à ESPN, pourrait l’aider à grimper plusieurs échelons. Renan StJuste nous a prouvé qu’il est encore d’un haut niveau en affrontant Allan Green, mais les 175 livres ce n’est pas pour lui. En retournant chez les 160 livres, le boxeur de 40 ans pourrait aussi revenir dans notre classement l’été prochain.

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1 2

Jean-Luc Autret

Gabriel Béland

Douggy Berneche

Mike Bilodeau

Matt Casavant

Richard Cloutier

Pascal

Pascal

Pascal

Bute

Stevenson

Pascal

Stiverne

Jean

Bute

Bute

Bute

Stevenson

Usmanee

Alvarez

3

Stevenson

Stevenson

Stevenson

6

Décarie

Jean

Alvarez

4 5

Stiverne Jean

Alvarez

Décarie

7

Usmanee

Lemieux

10

Lemieux

Côté

8 9

Alvarez Bizier

11

Jo Jo Dan

14

Poulard

12 13 15

1

Stiverne

Bizier

Bizier

Usmanee Alcine

Alcine

Lemieux

Lemieux Décarie Alvarez Bizier

Gauthier

Stiverne

Jo Jo Dan

Zewski

Zewski

Gauthier

Alcine

Martin Fournier

Pascal Lapointe

Mathieu Normand

Philippe St-Martin

Classement cumulatif

Pascal

Stevenson

Pascal

Pascal

Pascal

Pascal

Bute

Stiverne

Jean

Alvarez

Alvarez

Lemieux

11

Côté

Bute

Stevenson

Stevenson

Décarie

Alvarez

Alvarez

Lemieux

Jean

Jean

Stiverne Décarie

Bizier

Lemieux

Alcine

Lemieux

15

St-Juste

Jo Jo Dan Zewski

Poulard

Jean

Usmanee

Usmanee

Bizier

Décarie

Jean

Lemieux

Côté

Gauthier

Bute

Stevenson

Usmanee Zewski

Bute

Stevenson

12

Bizier

Bute

Poulard

Bute

Usmanee

14

Jo Jo Dan

Gauthier

Décarie

13

Stiverne

Usmanee

Côté

Pascal

St-Juste

Décarie

Alvarez

Jean

Usmanee

Jo Jo Dan

10

Alcine

Stevenson

Apou Côté

Jo Jo Dan

Bizier

Bute

Lemieux

Apou Côté

Benoit Dussault

Gauthier

Décarie

Zewski

Jo Jo Dan

Alcine

Jean

Bute

Zewski

8 9

Zewski

Bizier

Zewski

Alcine

Stiverne

7

Lemieux

Jo Jo Dan

5 6

Stiverne

Usmanee

Stevenson

4

Jean

St-Juste

2 3

Décarie

Pascal

Pascal

Jo Jo Dan Poulard Zewski

Gauthier St-Juste

Jo Jo Dan

Décarie

Jo Jo Dan Stiverne Alvarez

Décarie Alvarez

Stiverne

Lemieux

Bizier

Usmanee

Usmanee

Poulard

Côté

Côté

Stiverne Zewski Côté

Gauthier

Jean

Bizier

Zewski

Poulard Alcine

Dan

Bizier

Zewski Alcine

Gauthier

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crédit photo Vincent Éthier

L’année 2012 de A à Z Par Benoit Dussault A

ANABOLISANTS

Lamont Peterson, Erik Morales, Antonio Tarver et Andre Berto, entre autres, se sont fait prendre cette année. Plusieurs ont questionné la nouvelle carrure de Juan Manuel Marquez à son quatrième affrontement contre Manny Pacquiao. Malheureusement, qu’on le veuille ou non, ce fléeau affecte aussi le noble art. B BRONER

Le flamboyant Adrian Broner a totalement dominé la division des super plumes avant de passer chez les légers et de ravir le titre à Antonio De Marco. Broner sera, sans aucun doute, parmi les 10 meilleurs boxeurs livre pour livre dans un proche avenir. C

COUILLES

Selon Jean Pascal, c’est ce qu’il manque à Interbox et à Lucian Bute pour l’affronter. On verra bien s’ils arrivent à en trouver une paire assez grosse en 2013. D

DÉCARIE

Un seul combat pour Antonin Décarie en 2012, mais il a laissé une très belle impression en passant le K.O. à Alex Perez aux États-Unis devant les caméras de HBO. Cette victoire contre Perez, lui permet de s’emparer le titre NABF et de conserver sa ceinture WBC international des poids mi-moyens. E

ÉPAULE

Toujours celle de Jean Pascal, mais la droite cette fois. Il semble que la déchirure du tendon ne nécessitera pas

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de chirurgie. Souhaitons-le car il aura besoin de ses deux bras pour battre de nouveau Chad Dawson en mai.

F FROCH Carl, le cobra, Froch a connu une grande année, il a d’abord fait ce qu’il a toujours dit qu’il ferait soit de passer le K.O. à Lucian Bute. Il s’est ensuite farci Yussef Mack en trois petits rounds. Il a retrouvé son aplomb, lui qui avait été plutôt terne devant Andre Ward en finale de Super Six en 2011. On devrait le voir venger sa défaite contre Kessler en 2013. G

GATTI

À sa première année d’éligibilité, Arturo Gatti est devenu le premier boxeur québécois de l’ère moderne à être admis au temple de la renommée de la boxe. La Zone compte bien y être. H

HUMILITÉ

Lucian Bute en a prise une bonne dose en 2012. Inutile de revenir sur cette défaite. Il faut maintenant regarder vers l’avenir. De belles opportunités pour se présenter en 2013. Tout le Québec lui souhaite de grands succès en 2013. I

INTERBOX

Interbox a connu son Annus Horribilis, son horrible année en 2012. Le promoteur québécois a connu le pire scénario envisageable dans la défaite de Bute. Une guerre contractuelle avec le réseau Showtime et un divorce médiatisé avec Éric Lucas. De plus, Les mystérieux épisodes de fatigue extrême ont forcé Pier-Olivier Côté à annuler

JANVIER 2013 - LA ZONE DE BOXE

deux importants combats. Guère plus réjouissant chez GYM alors que le champion Pascal a eu besoin d’un long repos et s’est blessé plus souvent qu’à son tour, ralentissant toute la machine. Quand la locomotive est en panne, le train n’avance pas très vite.

J JULIO Julio Cesar Chavez a bien failli causer la surprise et passer le K.O à Maravilla Martinez après avoir été complètement dominé pendant 11 ½ rounds. Martinez a pu terminer le combat sur ses deux pieds. Junior sera passé bien près de répéter l’exploit du paternel qui, lui, avait passé le K.O. à Meldrick Taylor dans des circonstances similaires. On s’attend à un rematch entre Martinez et Chavez. K

KID CHOCOLATE

Peter Kid Chocolate Quillin, le protégé de Golden Boy Promotions est devenu champion des 160 livres en remportant la victoire face au Camerounais Hassan N’Dam. Golden Boy aimerait bien amener le Kid contre Sergio Martinez sur HBO avant la fin de 2013.

L

LOU

Le promoteur Lou DiBella a pris sousson aile le Roumain JoJo Dan malgré deux défaites contre Aydin et une mâchoire fracturée. La confiance de DiBella lui a sourit puisque Dan a remporté son seul combat en 2012. Sachant que DiBella détient la moitié des droits sur les trois prochains combats d’Antonin Décarie, aurons-nous enfin droit à un duel Dan contre Décarie en 2013 ?


crédit photo Vincent Éthier

M

MORT

La mort est venue fauchée quatre légendes de la boxe cette année, les entraîneurs Angelo Dundee et Emanuel Stewart, l’inimitable Hector Camacho ainsi que le journaliste Bert Sugar. Sur la scène locale, l’entraîneur Claude Bélanger nous a aussi quittés.

Q

Le nombre de fois que se sont affrontés Pacquiao et Marquez. Le dernier fût probablement le meilleur. Bob Arum va-t-il réellement organiser un cinquième affrontement ?

R N

NONITO DONAIRE

Le champion des supers-coqs a écrit sa légende avec quatre victoires importantes. Le Filipino Flash est considéré parmi les cinq meilleurs boxeurs livre pour livre de la planète et un sérieux candidat au titre de boxeur de l’année 2012.

O

OSCAR

Le Golden Boy Oscar de la Hoya est demeuré en 2012 le personnage le plus influent de la boxe professionnelle. Sa boîte de promotion GBP et la chaîne HBO s’entendent comme larrons en foire. Ce que GBP veut, HBO le veut aussi ! Qu’importe ce qu’en pense 50 Cents!

P

W

QUATRE

RECONSTRUCTION

Il aura fallu trois combats et toute une année pour reconstruire la confiance de David Lemieux. 2013 devrait lui réserver de belles choses si sa main tient le coup et si le sérieux est au rendez-vous. S

STEVENSON

Adonis Stevenson, boxeur de l’année au Québec, a remporté trois importants combats en 2012. Sa force de frappe impressionne et fait peur à plusieurs.

Andre Ward, le boxeur de l’année 2011, a réussi à arrêter Chad Dawson pour conserver sa ceinture du WBC et à s’établir dans la liste des meilleurs boxeurs de la planète livre pour livre. Maintenant que la WBC l’élève à titre de Champion Émérite, comme elle l’avait fait pour Sergio Martinez, ce petit scénario semble ouvrir la porte à notre ami Lucian pour un combat de championnat. Parfois la vie fait drôlement les choses !

X X C’est ce que l’histoire inscrira à coté des noms de Berto, de Peterson et nombreux autres qui ont été pris la main dans le sac en utilisant des substances interdites.

Y T

TVA SPORTS

Le nouveau joueur dans l’univers télévisuel québécois apporte une visibilité accrue à la boxe. Pas toujours parfait, mais sûrement très rafraichissant et sain pour la boxe.

WARD

YVON

Le promoteur Yvon Michel a connu une année plutôt difficile, mais il a réussi à mettre la table pour que 2013 soit une grande année. Le grand retour de Pascal, Bizier sur ESPN, Stevenson dans la cour des grands, Décarie peut-être en championnat du monde.

PRISON

Le séjour en prison de Floyd Mayweather pour violences conjugales a retenu beaucoup plus l’attention que son activité sur le ring. Un seul combat en 2012, contre Cotto. Tous les espoirs de le voir affronter Pacquiao ont fondu comme neige au soleil. Il remonte dans le ring en mai contre Robert Guerrero.

U

UNDISPUTED TRUTH

Mike Tyson monte sur scène pour raconter l’histoire de sa vie mise en scène de Spike Lee. Qui aurait cru que le gris Iron Mike finirait sa carrière sur les planches de Broadway?

Z

ZEWSKI

Le Trifluvien a continué à se faire voir aux États-Unis et à cumuler les victoires. En 2012, sa fiche a été de 5 combats et 5 victoires, tous avant la limite. Le 19 janvier, il a remonté sur le ring du mythique Madison Square Garden de New York et tentera d’ajouter une dix-huitième victoire à sa fiche.

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LA BOXE VU DE L’INTÉRIEUR 32

Pour ce troisième volet, je vous explique les responsabilités de l’entraîneur-chef dans notre beau sport, ses fonctions et celles des gens qui travaillent avec lui pour obtenir les meilleures performances possibles de la part du boxeur.

Par Douggy Bernèche Un entraineur-chef joue un rôle de chef d’orchestre, il doit s’assurer que tous les instruments soient accordés les uns aux autres. Dans le cas présent, les instruments sont: la préparation physique, le conditionnement physique et mental, la technique de boxe, la stratégie avant et durant le combat, le choix des partenaires d’entrainement et les aspects physiques qu’’on souhaite exploiter en vue de combat. Être un entraineur-chef ça ne veut surtout pas dire de tout faire ces tâches, mais bien de s’assurer quelles seront faites dans le meilleur intérêt du boxeur. Normalement, au début de la carrière d’un boxeur, le « coach » remplit l’ensemble de ces rôles, le budget et les enjeux ne sont alors pas les mêmes que pour la préparation d’un champion du monde. Plus on progresse dans la carrière, plus l’adversité devient forte et plus les détails prennent de l’importance. Prenons l’exemple d’Arash Usmanee. Quand il est arrivé à Montréal, je faisais moi-même sa mise en forme et son conditionnement physique. C’était facile, il fallait le mettre en forme et de façon générale ça allait assez bien. Après le combat contre Pedro Navarette, nous avons convenu qu’il fallait augmenter la qualité d’entrainement de certaines parties spécifiques de son corps et de mieux s’adapter à ses prochains adversaires. Nous avons donc engagé un spécialiste en conditionnement physique : Jean-François Boily. Son travail est aujourd’hui bien visible sur le physique

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crédit photo Robert Lévesque d’Arash. Son poids normal a augmenté de 142 à 148 livres et il est bien plus fort au niveau du tronc.

Alors que les victoires s’accumulaient, nous nous somme rendu compte qu›Arash était un peu trop émotif. Parfois durant les combats, ses émotions pouvaient prendre le dessus et cela pouvait le faire déroger du plan de match. Nous avons ajouté Rob Shinke à notre équipe, un psychologue sportif réputé à travers tout le Canada et qui a travaillé avec plus de 20 champions du monde. Le soigneur est nécessaire durant les combats, mais sa contribution est souvent limitée à une seule soirée, ce n’est pas notre cas. Bob Miller et Russ Anber sont souvent consultés durant les camps d’entrainement. Ces deux hommes ont une très grande expérience et leurs vastes connaissances sont très utiles pour maximiser la préparation du boxeur.


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La préparation de la stratégie pour affronter Rances Barthelemy a été faite par Daniel Trépanier, Arash et moi-même. Nous nous sommes basé principalement sur les vidéos des trois derniers combats du Cubain. Nous avons identifié qu’il avait une bonne mâchoire, mais qu’il aurait probablement de la difficulté à résister au volume de coups d’Arash pendant douze rounds. En résumé, notre plan était de lancer beaucoup de coups, de le fatiguer au corps pour faire baisser sa garde.

Une fois la stratégie établie, on choisit des partenaires d’entraînement. Au Québec le bassin de boxeurs professionnels et amateurs est assez large. En général, on est capable de trouver des gars qui ressemblent à nos adversaires. Dans une situation idéale, un boxeur fait environ une centaine de rounds préparatoires. Lors d’une séance d’entraînement type, nous utilisons trois à quatre adversaires qui montent sur le ring pour quatre rounds chacun. Cette méthode force le boxeur à s’adapter à des styles différents durant un douze rounds d’entraînement. Durant le combat, vous avez probablement constaté qu’Arash a été surpris par la vitesse et le jab de Barthelemy pendant les deux premiers rounds. Entre le deuxième et le troisième round, Marc Ramsay a demandé à notre boxeur de faire un « lineback » pour

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passer son crochet au corps, cela complètement renversé la tendance du combat. Voilà un bon exemple de l’impact des conseils d’un entraîneur-chef durant un combat. Sa capacité d’analyse et d’observation peut transformer complètement le déroulement d’un combat.

Plus on gravit les échelons, plus le budget est important. Ce qui permet de greffer différents spécialistes à l’équipe tel un nutritionniste, un physiothérapeute, un massothérapeute et un ostéopathe. La qualité première de l’entraineur-chef est sa capacité de faire travailler cette équipe au diapason. Le seul et unique but de tous doit être le succès du boxeur, point final.

La coordination entre tout ce beau monde-là n’est pas de tout repos. Chacun à son propre horaire et ne travaille généralement pas au même endroit. Un horaire bien planifié et structuré est de rigueur. L’harmonie et la confiance doivent être une priorité, car si un maillon de la chaine est faible à un certain niveau la chaine va casser. Vous comprenez maintenant que le rôle de l’entraineur-chef est complexe et qu’il ne se limite pas seulement « à faire des pads »!

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LA GALERIE DES Phot og ra phes

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INDISCRÉTIONS DE VESTIAIRES Dans la parution numéro 28 du magazine en mai 2010, j’avais écrit un article ou je jouais le rôle de l’espion dans le vestiaire de Renan St-Juste avant un de ses combats, où j’avais eu la chance de le suivre jusqu’au ring. C’est un peu dans la même veine que je produis ce texte-ci, mais cette fois je savais un peu plus à quoi m’attendre et surtout quoi regarder!

Lors du gala du 3 novembre dernier au Centre Bell, j’ai passé la première moitié de la soirée dans le vestiaire de François Duguay. En effet, c’est le travail de l’entraîneur et de ses deux poulains qui se battaient ce soir-là, Sébastien Bouchard et Éric Martel-Bahoéli, que je regardais. Évidemment, comme je suis curieux de nature, je n’ai pu m’empêcher de tout regarder. Et de noter des détails parfois anodins et parfois intéressants, voire pertinents. Voici l’ensemble de mes observations, livrées de façon un peu pêle-mêle. Première chose que je remarque en entrant dans le vestiaire c’est que Bouchard et Martel-Bahoéli ne sont pas seuls. Il y a Allan Green dans le fond du vestiaire avec son entraîneur Anthony Wilson.

Sébastien Bouchard a commencé à se préparer, même s’il sera le second boxeur du groupe à monter sur le ring. Lorsque je le regarde se réchauffer, il y a un truc impossible à manquer : la couleur qu’il a choisi de porter! Les survêtements de son équipe de coin et ses bottines sur le ring seront roses. Voyant bien que je regardais cet élément, il vient vers moi lui-même en souriant et me dit « quand on porte cette couleur-là, on

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n’a pas le choix de livrer la marchandise! ».Je me demandais si cela avait un lien avec la couleur pour le soutien du cancer du sein, il me répondit que non.

Par Pascal Roussel

Sous l’œil attentif d’un inspecteur de la régie, François Duguay applique les bandages de son boxeur.

porter Bouchard pour le combat arrivent. Enveloppés dans un emballage de plastique transparent et bien identifiés à son nom, les gants choisis étaient des Rival noirs. Ensuite arrive l’arbitre du combat,

L’officiel dessine une croix sur les bandages et y appose ses initiales, pour s’assurer que les bandages ne seront pas modifiés par la suite. Le préparateur physique du groupe, Fabrice Akué, et le boxeur Sébastien Bouchard.

Arrive ensuite le temps de faire les bandages. Duguay ayant deux boxeurs, il fait les bandages des deux en même car il n’aura pas le temps de revenir entre les deux combats. François Duguay s’exécute sous l’œil averti d’un officiel de la régie. Comme d’habitude, l’officiel dessine une croix sur les bandages et y appose ses initiales, pour s’assurer que les bandages ne seront pas modifiés par la suite. Un peu plus tard, les gants que doit

JANVIER 2013 - LA ZONE DE BOXE

Steve St-Germain, qui mentionne au clan Bouchard qu’il sait ce qui s’est passé à la pesée la veille, alors que beaucoup de provocation entre les deux boxeurs a failli faire mal tourné le face à face habituel. L’arbitre sera donc vigilant.

Soudainement, de la musique rap se fait entendre très fortement dans le vestiaire. C’est Allan Green qui impose sa musique à tous. Curieux, je demande donc à Apou quelles sont les règles (écrites ou non-écrites) sur la musique dans le vestiaire, surtout lorsqu’il y a plusieurs boxeurs qui crédit photos Pascal Roussel


le partagent. Pier-Olivier semble en effet un peu surpris de la situation, mais puisqu’il apprécie cette musique, il dit que ce sera ok. J’aurais été curieux de voir ce qui se serait passé si Green avait imposé un style non-apprécié.

Éric Martel-Bahoéli continue sa préparation, frappe dans les mitaines, sautille. Il semble confiant, mais il a toute qu’une commande dans les bras. Il affrontera Bogdan Dinu, un roumain, dernier protégé de Stéphan Larouche. Dinu est le favori pour l’emporter selon la majorité des gens. Pendant que François Duguay fait les dernières préparations pour Martel, il avise Pier-Olivier Coté (qui joue le rôle d’entraîneur-adjoint par défaut ce soir) qu’il devra s’occuper de Bouchard dans le vestiaire pendant que lui sera au ring avec son poids lourds. « Fais lui faire les « mitaines » pour ne pas qu’il commence le combat au deuxième round! » ditil.

Le troisième homme de coin du clan Duguay vient s’installer près de moi avec sa chaudière et ses bouteilles d’eau. Je lui demande s’il a lui aussi des règles à suivre dans le cadre de son boulot ce soir. Il me montre que les bouteilles d’eau ne sont pas ouvertes, que l’officiel de la régie les a vérifiées. « Je n’ai pas le droit de les décapsuler avant le premier round du combat » me dit-il. (Plus tard, sur le bord du ring, entre le premier et le second round, je lui demande si un officiel a revérifié les bouteilles, il me répond en souriant que non…) Dans le vestiaire, il y a aussi Fabrice Akué, nouveau préparateur physique de l’équipe de Duguay. Il est là pour appuyer les boxeurs et les aider pour leurs étirements.

Il est maintenant 19h18, le premier combat de la soirée impliquant Michael Gadbois vient de se terminer, le régisseur arrive dans le vestiaire pour aviser le cortège d’Éric Martel-Bahoéli qu’il est temps de s’approcher, que son combat sera le second de la soirée. J’ai le droit de

me joindre au « Team Baho », je me rends donc avec l’équipe jusque derrière le rideau afin de voir l’ambiance et l’esprit de ce qui se passe jusquelà. Un technicien s’affaire à installer un micro à François Duguay pour que la télé puisse entendre les commentaires de l’entraîneur dans le coin durant le combat. Il m’est difficile de juger si l’équipe est confiante. J’ai l’impression que l’aura au-dessus du groupe ne dégage pas une grande confiance, mais je n’ai pas vraiment de point de comparaison. Une fois le cortège de Martel parti derrière le rideau pour sa marche vers le ring, je vois approcher le groupe de Bodgan Dinu. L’équipe est tout aussi calme,

prêt pour se rendre au ring.

Encore une fois, je ne me suis rendu qu’au rideau. Contrairement aux pronostics pour le combat de Martel, cette fois-ci le protégé de Duguay était favori pour l’emporter selon plusieurs. Par contre, le combat fut plus ardu que prévu. Bouchard remporta une décision serrée de 38-37 sur les trois cartes des juges. Les deux boxeurs ont remporté chacun deux rounds. Ce qui a donné la victoire à Bouchard, c’est la chute au plancher de son adversaire au second round. Mon travail pour la soirée se termine là-dessus. Il ne me reste qu’à profiter du reste de la carte comme simple spectateur. Y a des jobs pires que ça dans la vie!

Le survêtement de l’équipe d’Éric MartelBahoéli.

mais on peut constater que son équipe est imposante. J’y reconnais Stephan Larouche, Pierre Bouchard quelques roumains dont le président de la fédération roumaine de boxe, Rudej Obreja.

Les couleurs de Sébastien Bouchard ont de quoi surprendre!

Finalement, le combat s’est terminé par une victoire par TKO au 4ieme round en faveur de Dinu. Immédiatement après le combat, François Duguay revient au pas de course dans le vestiaire. Pas de temps à perdre, son autre boxeur de la soirée, Sébastien Bouchard, doit monter sur le ring pour le combat suivant. On prend seulement le temps de refaire une légère séance de mitaines afin de s’assurer que le boxeur soit prêt. Tout semble bien se passer, on peut voir une ambiance amicale. Lors d’une séquence de coups, Bouchard semble se faire plaisir et triche un peu en envoyant un crochet assez vigoureux dans les côtes de son entraîneur. Duguay mimique une douleur et s’accroche à son boxeur. L’ambiance est bonne, on semble

Les survêtements de l’équipe Bouchard.

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La Zone de Boxe vol 38  

En vedette Adonis Stevenson, Ghislain Maduma, Mike Bilodeau, Emanuel Steward et le top 15 livres pour livres québécois.