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Le seul magazine au Québec dédié uniquement à la 1boxe Magazine La Zone de Boxe

5ième année – numéro 28

Mai, 2010 Numéro 28

VERS LE RING AVEC RENAN ST-JUSTE!

AUSSI:

Entrevue avec Pedro Diaz Analyse du combat Décarie-M’Baye Flashback : La chute du lion Dorin


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Magazine La Zone de Boxe

5ième année – numéro 28

Magazine La Zone de Boxe 2755 Clermont Mascouche (Québec) J7K 1C1 info@lazonedeboxe.com Éditeur

François Picanza

Rédacteur en chef

Pascal Roussel

Collaborateurs

Richard Cloutier Samuel D. Drolet Martin Mulcahey Martin Laporte Jean-Luc Autret

03 – L’Éditorial 03 – Le mot du médium format géant 07 – Vers le ring avec Renan St-Juste 12 – Entrevue avec Pedro Diaz 18 – Mulcahey, 3 ans plus tard

Correcteur/Réviseur

Pascal Lapointe François Couture Véronique Lacroix

20 – Prédiction Décarie-M’Baye

Monteur

Martin Laporte

22 – Flashback : Léonard Dorin

Photo page couverture

Stéphane Lalonde

25 – Entrevue avec Pier-Olivier Côté

Le magazine la Zone de boxe fut fondé en 2004 à Mascouche par François Picanza. Ce magazine est maintenant offert gratuitement sur le web. La Zone de Boxe magazine

5e année, numéro 28 Mai 2010


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Le mot du médium format géant Contenu de ce numéro : Avec Renan J’ai toujours voulu faire un article de ce genre. Qu’est-ce qui se passe dans le vestiaire du boxeur avant le combat? Comment se déroule sa préparation? Dans quel état d’esprit est le boxeur dans les minutes avant de se diriger vers le ring pour un combat important? Et bien, j’ai maintenant quelques-unes de ces réponses. Lors du gala au Centre Bell le 17 avril dernier, Renan St-Juste et son équipe ont accepté que je sois présent dans le vestiaire avant son combat contre le Colombien Dionysio Miranda. Si vous êtes aussi curieux que moi, allez lire ce reportage. Pedro Il s’appelle Pedro Diaz. Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Il est encore dans l’ombre pour le grand public qui regarde la boxe québécoise. Mais pour les gens du milieu, il n’est pas loin du demi-dieu! Son histoire est passionnante. Je vous invite à lire cette entrevue, et je dois l’admettre, c’est une de mes préférées de l’histoire du magazine. Mulcahey, 3 ans plus tard Lors de notre édition du magazine en février 2007, le réputé chroniqueur américain du site maxboxing.com, Martin Mulcahey, avait accepté de collaborer à notre magazine en publiant un texte que nous avions traduit et intitulé « La boxe d’ici vue par un gars d’ailleurs ». Depuis ce temps, le portrait de notre boxe québécoise a énormément changé! Quatre champions du monde plus tard (Alcine, Diaconu, Bute, Pascal), Mulcahey a accepté de refaire l’exercice et de nous donner son point de vue américain sur notre boxe d’ici. Que pense-t-il donc de nos boxeurs lorsqu’il regarde vers le nord? Décarie vs M’baye Un combat plutôt difficile à prédire n’est-ce pas? La jeunesse fringante en ascension versus l’expérience en quête d’une dernière chance. Le jeune boxeur qui n’a pas l’habitude de mettre K.O ses adversaires qui s’en va se battre contre un boxeur qui n’a jamais perdu par arrêt, et en plus, dans sa cour chez lui en France. Comment pourrait-on donner une chance de victoire à Décarie? Allez lire cette analyse de Martin Laporte. Il vous convaincra peut-être. Flashback : nouvelle chronique sur notre passé pas si lointain Pour les gens de ma génération, la boxe québécoise se divise en deux époques. La période avant Interbox, et celle depuis la création d’Interbox dans les années 90. Je peux donc dire que pour moi, ma boxe a commencé il y a environ 20 ans. Ce n’est pas que je dénigre la boxe québécoise d’avant! C’est juste que… je n’étais pas là! Pour moi, la boxe avant les années 90, je peux seulement la retrouver dans les archives, pas dans ma mémoire… Et je m’aperçois qu’en 20 ans, il s’est passé une tonne de choses dans ma boxe et que ma mémoire commence a flancher! J’ai donc voulu que le magazine se dote d’une chronique qui nous rappellerait les bons et les moins glorieux moments des 20 dernières années. De l’ère Ouellet à aujourd’hui. J’espère que cette chronique deviendra une chronique régulière. Richard Cloutier a accepté à mon grand plaisir d’écrire la première édition de cette chronique et il vous parlera de la chute de Dorin en Roumanie, qui s’était avéré un dur coup dans les cotes d’Interbox première génération.


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Les commentaires du médium On veut Jo Jo ! Jo Jo Dan, vous vous en souvenez? Son dernier combat au Québec remonte à mars 2009, contre l’ennuyant Cesa r Soriano. Ce qui me désole, c’est que 5 de ses 6 derniers combats ont eu lieu en Roumanie. Pourtant, il s’entraîne toujours à Montréal avec Pierre Bouchard. Son vrai nom est Ionut Dan Ion. Pas très vendeur de tickets comme nom! Comment passe-t-on de Ionut Dan Ion à Jo Jo Dan? Jo Jo est classé premier à la WBC et 5e à la WBA. Toutes les organisations rêvent d’avoir un boxeur classé si haut, si près d’un combat de championnat du monde! Pourtant, Interbox ne semble pas pousser plus qu’il faut pour faire aboutir le dossier. Gankor, le promoteur ami d’Interbox, a essayé de faire avancer la carrière de JoJo en le faisant défendre ses ceintures nord-américaines à quelques reprises en Roumanie, mais n’a jamais réussi à lui obtenir le combat de champion du monde attendu. Je sais bien qu’un combat de championnat du monde coûte cher et que de croire qu’Interbox va louer le Centre Bell pour une finale avec JoJo est plutôt irréaliste. JoJo n’a pas la célébrité nécessaire pour vendre assez de billets et rentabiliser ce que coûterait la tenue d’un tel combat. Interbox et Jo Jo sont donc pris dans une situation difficile à régler, je comprends bien. Mais une chose est certaine, je veux voir boxer Jo Jo Dan! C’est un peu un mini-Bute. Il a le même répertoire de coups, mais en plus petit! Criez avec moi. On veut Jo Jo!

A Stéphane Lalonde)

Jo Jo Dan contre Ricardo Cano. (photo Stéphane Lalonde)

La fin des grandes foules J’avoue avoir été légèrement surpris de voir près de 14000 personnes au dernier combat de Lucian, étant donné le match du Canadien le même soir et la hausse significative du prix des billets pour les galas de Lucian Bute. Un forumeur de la Zone de Boxe me faisait remarquer, facture à l’appui, la hausse vertigineuse du prix du billet dans la section rouge du Centre Bell, ce qui représente un billet de prix moyen. J’ai ici un tableau (peut-être pas le plus scientifique qui soit) qui représente grossièrement le prix moyen d’un billet pour aller voir boxer Lucian au Centre Bell depuis juin 2007. Adversaire Sakio Bika (juin 2007) Alejandro Berrio (oct. 2007) Librado Andrade I (oct. 2008) Edison Miranda (avril 2010)

Coût 75 $ 100 $ 100 $ 200 $

Section Rouge II Rouge II Rouge III Rouge III

Je suis pas mal certain qu’Interbox pourrait justifier la hausse du prix moyen du billet avec des raisons valables (hausse des coûts d’exploitation, hausse des bourses, etc). Mais le point reste le même. Il devient de plus en plus difficile pour l’amateur moyen de suivre son boxeur préféré. Nous sommes passés d’un billet à 75 $ à un billet de 200 $ pour la même section en moins de 3 ans (augmentation de 166 %). J’ai déjà entendu Jean Bédard dire que depuis l’arrivée des télés à grand écran et en HD, les amateurs louaient de plus en plus les galas en PPV, que les habitudes changeaient. Assurément. Et la hausse du prix des billets a sûrement aidé!


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Pascal-Dawson saura-t-il être un succès? Premièrement, je ne remets aucunement en doute la valeur de ce combat. Pour moi, le combat PascalDawson est le plus gros combat de la boxe contemporaine à Montréal (je dis boxe contemporaine pour ne pas qu e vous me rameniez Leonard-Duran en 1980 ou Archie Moore-Yvon Durelle en 1958!). Ce combat intéressera un auditoire international et sera diffusé sur HBO. Et la cote de popularité de Jean Pascal a assurément augmenté à la suite de ses deux victoires sur Diaconu et surtout en raison de la deuxième victoire avec une épaule en déroute. Mon questionnement est surtout pour ce qui est de la vente des billets. Les billets ne sont pas encore en vente au moment d’écrire ces lignes. Mais il est clair que pour financer ce combat, GYM devra demander selon moi aussi cher pour un billet qu’IBOX l’a fait pour son gala Bute-Miranda. Mais là, moi et d’autres gens du milieu à qui j’ai parlé, croyons que ce sera un défi extrême de vendre des billets à cause de la date. La mi-août. Probablement le pire moment de l’année pour faire un gala de boxe! Historiquement, il y a eu très peu de gala au mois d’août à Montréal. Interbox n’en a jamais fait, et GYM en a produit à peine deux. Le premier avait eu lieu un 1er août à la gare Windsor (Demers-Miranda) et le deuxième un 28 août au Casino de Montréal (Alcine-Mitchell). Ce fut deux galas où la vente des billets fût moins importante. Pour Pascal-Dawson, on parle d’une obligation de remplir le Centre Bell avec des billets à prix élevé un 14 août! Il y aura probablement une vague d’acheteurs venant de l’étranger plus importante qu’à l’habitude, mais est-ce que ce sera suffisant? Je souhaite sincèrement bonne chance à GYM, j’espère qu’ils sauront remplir le Centre Bell. Je leur souhaite une victoire à la fois sur le ring et au guichet!

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Pascal affrontera Chad Dawson le 14 août au Centre Bell. (photo Vincent Ethier)

Pourquoi Lucas peut gagner L’avis général semble qu’à Québec, le 28 mai, Éric Lucas va s’incliner contre Librado Andrade. Mais appelez-moi rêveur si vous le voulez, je n’en suis pas si certain. Et même après ma liste d’argument qui vient, vous aurez encore le droit de ne pas être du même avis que moi et de me prendre pour un fou. J’invoque même ce droit! Voici pourquoi je crois que Lucas peut gagner. 1) La condition physique : Éric s’entraîne sans arrêt depuis l’annonce de son retour en août 2008. Il est entre autres allé faire du sparring avec Bute en Floride. Lorsque je l’ai rencontré le 21 avril, il pesait 188 livres et avait vraiment l’air en forme. Le combat du 28 mai sera à 170 livres. Il lui restait très peu de poids à perdre pour un combat qui avait lieu 5 semaines plus tard. Pendant ce temps, assis à la table voisine, je voyais Librado Andrade qui pesait assurément plus de 200 livres. Et qui n’avait pas encore commencé son entraînement pour le combat contre Lucas. Entre les combats, Andrade prend des vacances et son poids augmente beaucoup, aux alentours de 220 livres. Andrade devra faire un régime minceur express. 2) L’usure : Il faut l’admettre, Andrade a toujours reçu beaucoup de coups. Il a la même défensive qu’avait Arturo Gatti! Je crois que l’usure peut être en train de le rattraper. Même s’il a donné la frousse à Lucian à la fin du premier combat, il a mangé deux volées contre Bute et une autre contre Kessler. L’accumulation de tous ces coups doit assurément faire


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effet à un moment donné. Encore une fois, je me réfère à Arturo Gatti qui était clairement sur la pente descendante à la suite de sa trilogie avec Ward. D’un autre côté, Lucas a toujours eu une meilleure défensive et n’a jamais reçu autant de coups, même lors de sa défaite contre Kessler. Un bon québécisme ici serait de dire qu’Andrade doit être plus « magané ». 3) Le crochet de gauche : Avec quel coup Lucian a-til envoyé Andrade au sol pour la première fois lors du dernier combat? Un crochet de gauche. Andrade ne l’avait jamais vu venir. Quel est devenu le meilleur coup de Lucas avec le temps? Son crochet de gauche. Pendant plusieurs mois, Lucas a été blessé à sa main droite et il avait développé à l’entraînement un crochet de gauche incroyable. C’est avec cette même arme qu’il a terrassé Ramon Pedro Moyano lors de son dernier combat.

Lucas victorieux à la suite à son combat contre Ramon Pedro Moyano. (photo Stéphane Lalonde)

4) La confiance : Lucas déborde de confiance. Je l’ai remarqué en parlant avec lui. Et ça ne ressemblait pas à de la frime. D’un autre côté, une défaite cinglante comme l’a subi Andrade lors de son deuxième combat contre Bute ne peut pas ne pas laisser de trace. Alors s‘il y avait un bon moment pour affronter Librado Andrade, c’est à ce moment-ci ou jamais. Si Éric parvient à atteindre Andrade tôt dans le combat, Librado peut avoir des mauvais souvenirs et se mettre à douter.

5) Le mariage des styles : Lucas ne se sauvera pas. Il restera devant Andrade. Ce qui d’une certaine façon pourrait neutraliser Andrade. Car Andrade fonce par en avant et connaît du succès quand l’adversaire devant lui n’aime pas ça. Mais ce n’est pas l’habitude de Lucas. Lucas restera devant lui. 6) Larouche : Je suis porter à croire que si Stéphan Larouche a accepté ce combat (il parait même que c’est lui qui l’aurait suggérer), c’est qu’il croit connaître les failles d’Andrade par cœur. On a pu en constater un bel exemple lors du deuxième duel entre Bute et Andrade. Le plan de match était parfait. Et comme Andrade n’a qu’une seule façon de boxer, il serait peut probable qu’un Andrade nouveau se présente. Au pire, il aura amélioré légèrement sa défensive. Mais le proverbe dit : « Chasser le naturel, il revient au galop ». Alors si Joe Goosen n’a pu changer Pantera Miranda, je ne crois pas que Howard Grant puisse vraiment faire mieux avec son poulain.

Pascal Roussel Rédacteur en chef format géant


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Vers le ring avec Renan St-Juste! Par Pascal Roussel

St-Juste dans son coin avec ses entraîneurs Moffa et Napolitano. (Photo Stéphane Lalonde)

Nous sommes le 17 avril 2010. Soirée de boxe au centre Bell avec Interbox et HBO. Lucian Bute est le roi de la soirée. Mais moi, je suis là pour Renan St-Juste. Son clan a accepté ma demande. Je vais passer une partie de la soirée dans le vestiaire avec lui pour faire un reportage sur la préparation du boxeur dans les derniers moments avant son combat.


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19 h. Je suis à la porte du vestiaire de Renan pour notre rendez-vous, mais il n’est pas là. Quelqu’un me dit qu’il est probablement au contrôle antidopage. Pas de problème, je vais l’attendre. Je réalise que je vais en voir plus que je le croyais. Renan partage son vestiaire avec Francy Ntetu et Pier-Olivier Côté! Je vais tout de même concentrer mon reportage sur Renan, mais je vais sûrement en profiter pour regarder et écouter ce qui se passe aussi du côté des deux autres boxeurs, je ne suis pas fou! Je sais, comme plusieurs personnes dans le milieu, que Renan boxera blessé. Une blessure aux côtes qu’il s’est faite en sparrant avec Walid Smichet il y a environ un mois. Je suis curieux de voir si elle va avoir des répercussions négatives sur sa préparation juste avant le combat. À mon grand bonheur, je m’aperçois qu’il y a dans le vestiaire un téléviseur qui diffuse les combats de la soirée. 19 h 28. Les gens dans le vestiaire sont surpris des pointages des juges lors du combat de Nathalie Forget. Personne ne semble comprendre le si grand écart en faveur de l’Américaine Domingo. Nous acceptons tous que Forget puisse avoir perdu ce combat, mais pas par blanchissage comme l’a signifié un juge. 19 h 30. Mike Griffin, qui sera l’arbitre du combat de Renan, et le superviseur de la WBC, Mike George, entrent dans le vestiaire et font quelques salutations d’usage. 19 h 35. Griffin et George s’adressent à Renan et à son entraîneur, Mike Moffa. Ils donnent les explications habituelles d’avant-combat sur les règlements et les consignes verbales qui pourront être données sur le ring. Renan, plus porté à regarder le combat de Ntetu qui débute à l’écran se fait rabrouer par l’arbitre qui menace de fermer le téléviseur! Renan s’excuse et regarde Griffin. Pendant les minutes qui suivent, Renan ne peut malgré tout s’empêcher de tourner la tête à quelques reprises, surtout quand Ntetu envoie son adversaire au sol! 19 h 40. Russ Anber, de retour dans le vestiaire (il était le soigneur dans le coin de Nathalie Forget) commence à masser les mains de Renan. Il sera aussi son soigneur. 19 h 41. Hugh Jean-Claude, le gérant de Renan, entre dans le vestiaire en riant, nous annonçant que les Canadiens mènent 2-0 sur Washington. Tout le monde semble surpris (à partir de ce moment, il y aura toujours quelqu’un qui nous tiendra au courant de l’évolution du pointage). 19 h 42. Russ Anber commence à bander les mains de Renan, la gauche en premier, sous les regards d’un officiel de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ). 19 h 45. J’en profite pour piquer une jasette avec Hugh Jean-Claude. Il dit être très confiant, malgré la blessure. Il me confirme ce que j’avais entendu, soit que Renan n’a pas sparré depuis 3 semaines. Et les fois où il s’y est essayé, il portait un plastron de karaté. 19 h 46. Le pointage du combat de Nathalie Forget retient encore l’attention. Anber n’en revient tout simplement pas. Je demande au clan de Renan pourquoi ce n’est pas Moffa qui fait les bandages. Moffa répond lui-même que c’est tout simplement parce que Russ est bien meilleur. 19 h 52. Jean-Claude revient dans le vestiaire avec une information importante. Selon la feuille de route, Renan montera sur le ring à 21 h 03. 19 h 54. Arrivée dans le vestiaire de Pietro Napolitano, le deuxième entraîneur qui sera dans le coin de Renan. Anber commence le bandage de la main droite de Renan. 19 h 55. Renan semble maintenant entrer dans une zone de concentration. On le sent plus sérieux. Je constate une chose amusante dans toutes les discussions au sein du clan de Renan. Les discussions alternent constamment du français à l’anglais. Tous les membres de l’équipe sont relativement à l’aise dans les deux langues. On peut répondre en français à une question posée en anglais. Et vice versa. Personne ne semble s’en préoccuper.


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20 h. Moffa s’approche de Russ Anber et le critique amicalement à propos des bandages qu’il a appliqués sur les mains de Renan. Évidemment, tout cela n’est qu’une blague, les bandages sont parfaits! 20 h 05. Pietro Napolitano taquine Russ Anber à propos du combat Lemieux-Smichet. Napolitano, qui était l’entraîneur de Smichet, prétend qu’il a eu le temps de n’apporter aucun ajustement à ses consignes pour Walid, Lemieux ayant arrêté Smichet trop rapidement. Il dit que Lemieux l’a fait mal paraître, lui! Anber et Napolitano décident de continuer la discussion sur ce combat à voix basse et en retrait. Voyant que j’ai un crayon dans les mains, ils semblent dérangés par ma présence. 20 h 10. Un officiel de la RACJ entre dans le vestiaire pour savoir qui du clan St-Juste ira assister à la pose des bandages de Dionisio Miranda dans l’autre vestiaire. C’est Rolard Jean-Louis, le quatrième homme de coin de Renan qui en est chargé. Il est toujours permis que quelqu’un du clan d’un boxeur puisse observer la pose des bandages du boxeur adverse. Pourtant personne du clan de Miranda n’est venu dans le vestiaire de Renan. Moffa me dit que ce n’est pas inhabituel que personne ne vienne. 20 h 11. Renan enfile ses « shorts » de couleur noir et or. Les logos de quelques commanditaires y apparaissent. J’ai l’impression qu’à partir de ce moment, la tension monte dans le vestiaire, comme si maintenant il n’y avait plus de retour possible. Tout le monde s’en va à la guerre avec Renan comme général. 20 h 12. Mike Moffa masse les épaules, les bras et le dos de Renan avec de l’huile pour bébé. 20 h 18. Renan chausse ses bottes. Je tente depuis le début de la soirée de voir des signes de la blessure, mais je n’en vois pas. Elle n’est jamais mentionnée dans les discussions non plus. Tout le monde dans le vestiaire est assurément au courant, mais personne n’en parle, comme si cela porterait malheur. 20 h 24. Renan commence tranquillement à s’échauffer. Il fait du shadow-boxing. 20 h 25. Tout le monde dans le vestiaire réagit quand on voit à l’écran que Sébastien Gauthier vient d’envoyer Jason Hayward au sol avec un crochet au corps au 7e round. Même Renan arrête son shadow-boxing et souhaite que Gauthier finisse le travail. 20 h 30. Renan augmente l’intensité du shadow-boxing. Je cherche toujours la grimace de douleur dans le visage de Renan quand il lance ses coups. Toujours aucun signe. Je commence à croire que finalement la blessure est peut-être guérie. 20 h 40. Renan met ses gants. Mike Moffa ajoute le ruban qui va Renan écoutant les directives de son entraîneur (Photo Stéphane Lalonde) autour des poignets, toujours sous les yeux de l’officiel de la RACJ affecté au vestiaire. Il n’a pas quitté la pièce de la soirée, s’assurant que rien d’illégal ne s’est produit. Une fois les gants préparés, l’officiel, avec un crayon feutre, inscrit sur le ruban un code spécial (numéro de code du gala) ainsi que ses initiales. L’objectif est d’éviter qu’un boxeur puisse retirer ses gants dans le but de tricher. Une fois sur le ring, l’arbitre vérifiera les gants et s’assurera d’y voir le code spécial et les initiales de l’officiel de vestiaire. 20 h 42. Moffa enfile les « pads » (genre de grosses mitaines coussinées) et commence à faire frapper Renan en combinaison. L’exercice se fait encore de façon modérée.


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20 h 44. Tout s’arrête encore une fois. Sur l’écran, on voit que Pier-Olivier Coté est en train de remporter son combat. En un très court laps de temps, il envoie son adversaire trois fois au tapis au 3e round, ce qui signifie l’arrêt automatique du combat. 20 h 49. Renan se remet à frapper dans les « pads », mais avec beaucoup plus d’énergie cette fois. Il se déplace sans cesse tout en frappant, comme s’il était sur le ring. Il ouvre vraiment la machine. Je ne vois encore aucun signe de douleur. Tout semble bien aller. Moffa et Renan continuent l’exercice en se rapprochant très près de moi. Et Renan frappe de toutes ses forces dans les mitaines. Je ne sais pas s’ils le font volontairement, mais je suis impressionné, voire même apeuré! Je ne souhaite à personne de recevoir un tel coup de poing sur la gueule! 20 h 51. Pause. Quelqu’un nous avise que les Canadiens mènent 4-2. Renan se change les idées et parle de hockey. 20 h 52. Dernier blitz de coups dans les mitaines. Le tout se termine dans la folie, Renan ponctue sa dernière combinaison d’un coup de kickboxing vers le visage de Moffa qui lâche les mitaines et fait semblant de se battre avec Renan! 20 h 55. Renan enfile son survêtement et s’isole dans la salle des toilettes. Jean-Claude me dit qu’il est probablement allé faire une prière. 20 h 56. Sébastien Gauthier entre dans le vestiaire et vient souhaiter bonne chance à Renan. 20 h 57. Le clan St-Juste prépare son départ vers le ring. On choisit ceux qui apporteront les ceintures de Renan dans le cortège vers le ring. Ce sera le fils de Pietro Napolitano et Simon Lavie, un ami du clan St-Juste qui a aussi passé la soirée dans le vestiaire. 20 h 58. Comme le cortège semble prêt à quitter le vestiaire, le téléphone cellulaire de Russ Anber sonne. Il se dépêche d’aller répondre. Au bout du fil, c’est David Lemieux qui veut souhaiter bonne chance à Renan. Russ joue l’entremetteur et fait le message à Renan qui attend dans le cadre de porte du vestiaire. 20 h 59. Le cortège quitte finalement. Un technicien de HBO arrête Moffa pour lui poser un micro car HBO captera les commentaires dans les coins. 21 h 02. Nous approchons de la rampe pour l’entrée de Renan. Et une minute plus tard, comme prévu sur la feuille de route, l’annonceur Pierre Bernier prononce le nom de Renan. C’est ici que mon reportage est censé se terminer. Mais je me dis que si Renan l’emporte, ça ne devrait pas les déranger que je retourne dans le vestiaire après la victoire. De toute façon, je suis rusé… j’y ai laissé mon manteau. Va bien falloir que j’aille le récupérer! --------------------------------------------------------------------------------------------------21 h 45. À la suite de sa victoire par K.-O., Renan se présente dans la salle de presse. Une dizaine de journalistes l’attendent pour les questions habituelles d’après-combat. Un journaliste qui était aussi au courant de la blessure lui demande si elle lui avait nui lors du combat. Renan répond que non. JeanClaude se joint à Renan pour répondre aux questions qui traitent d’avenir. 21 h 55. Une fois les questions terminées, Renan sort de la salle de presse. Seul, il veut retrouver son vestiaire qui est complètement à l’opposé du Centre Bell. Il n’a aucune idée du chemin à suivre pour y retourner! C’est moi qui le ramène. En chemin, j’en profite pour lui poser la question suivante : « Sérieusement Renan, ta blessure ne t’a pas fait souffrir du tout? » Sachant que j’en savais plus que

Renan qui célèbre sa victoire en faisant des pompes au centre du ring! (photo Stéphane Lalonde)


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les autres sur le sérieux de sa blessure, il sourit et me dit qu’au contraire, il avait énormément souffert et qu’heureusement Miranda ne l’avait jamais frappé à cet endroit. 22 h. Nous arrivons au vestiaire et, curieusement, il est complètement vide! Aucun entraîneur, aucun gérant, personne. On comprend qu’ils se sont probablement tous dirigés dans l’enceinte pour se préparer à l’entrée de Bute qui va débuter bientôt! Le fils adolescent de Renan, Kristopher, arrive derrière nous. Renan, un peu mal pris, demande à son fils de découper ses bandages avec une paire de ciseaux qui traînait par là. 22 h 05. Je salue Renan et le remercie de m’avoir laissé entrer dans son vestiaire. Mais moi non plus je ne veux pas manquer l’entrée toujours spectaculaire de Lucian Bute! 22 h 06. Je viens à peine de sortir du vestiaire. Je me sens choyé d’avoir pu vivre cette expérience. Je mets la main dans la poche de mon manteau et soudainement je me sens aussi un peu… imbécile! Je viens de tomber sur mon appareilphoto numérique que j’avais eu la brillante idée d’apporter pour prendre des photos à joindre à mon reportage. Je devais prendre des photos des bandages, de l’arbitre qui vient donner ses consignes, du shadow-boxing, de Renan qui frappe dans les mitaines de Mike Moffa…. Choyé mais imbécile je vous dis!


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Pedro Diaz : bâtisseur de champion! Par Samuel D. Drolet

Pedro Diaz, citoyen du monde. (photo Samuel D. Drolet)

Si je vous dis David Jacobs, Jack Blackburn ou encore Charley Goldman, que vous vient-il en tête? Pour la grande majorité des gens, la réponse sera un gros point d’interrogation! C’est en quelque sorte normal, puisque ces hommes ont tous évolué dans l’ombre de grandes vedettes. Plusieurs ont déjà entendu parler de Rocky Marciano (David Jacobs), de Joe Louis (Jack Blackburn) ou de « Sugar » Ray Leonard (Charley Goldman), mais peu sont en mesure de nommer leur entraîneur respectif. Pedro Luis Diaz Benitez, de son nom complet, est véritablement un monument vivant de l’histoire de la boxe moderne… et pourtant peu de gens le connaissent réellement. Bien qu’il soit le premier à admettre qu’un champion ne se forme pas seul, que c’est un travail de longue haleine et la résultante de tout un effort d’équipe, Diaz semble avoir sa part de succès quant aux succès obtenus par les boxeurs qu’il a entraînés. Saisir un moment propice pour rencontrer Pedro Diaz s’avère être une tâche des plus ardues, puisqu’il est constamment en mouvement. Voyageant de l’Allemagne à la République dominicaine en passant par la Colombie et Miami, avant de faire une escale à Montréal, Diaz est sollicité aux quatre coins du globe. Malgré un horaire chargé, celui que certains considèrent comme un apôtre de la boxe a bien voulu s’entretenir avec le magazine La Zone de Boxe.


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Citoyen du monde Si Diaz est si occupé présentement, c’est qu’il s’occupe de « Quand on cherche à savoir plusieurs boxeurs en même temps. Entraîneur officiel du poids super-léger dominicain Felix Diaz et du poids lourd cubain pourquoi il est parti, il reste Odlainer Solis, Pedro Diaz travaille aussi régulièrement avec les toujours un peu évasif » pugilistes canadiens David Lemieux et Jean Pascal. Depuis peu, Antonin Décarie s’est joint à lui en vue de son affrontement contre Souleymane M' Baye pour le titre intérimaire des poids mi-moyens de la WBA. «Cela demande énormément de planification de travailler avec tous ces boxeurs, mais en même temps, ça leur est bénéfique de s’entraîner tous ensemble. Ils arrivent à se motiver entre eux et le travail leur semble alors plus facile bien que la charge soit la même ou sinon plus difficile», explique le Cubain. C’est que depuis quelques années, Pedro Diaz a quitté son pays d’origine. Quand on cherche à savoir pourquoi il est parti, il reste toujours un peu évasif. Depuis qu’il a quitté Cuba, il a un mode de vie plutôt nomade.

«Je m’appelle Diaz, Dr Diaz!» Pedro Diaz ne n’est pas devenu un grand entraîneur du jour au lendemain : il a dû travailler fort pour y parvenir. Il doit une partie de son succès à son professeur et ami Alcides Sagarra. «Travailler avec l’équipe des grands champions (boxeurs, entraîneurs et spécialistes) de la célèbre frégate du sport cubain a été extraordinaire, mais l’expérience la plus significative fut pour moi d’avoir eu comme professeur un homme qui est éventuellement devenu mon grand ami, Alcides Sagarra, qui est considéré par plusieurs comme le père de la boxe cubaine. Alcides Sagarra est à mes yeux un grand leader de la boxe internationale, c’est un pédagogue hors pair et un philosophe des poings. C’est une personne qui vit de la boxe et pour la boxe. Il sent chaque coup, les bons comme les durs, et il ressent chaque échec comme si c’était le sien. Une de ses plus grandes qualités est qu’il pense comme un père et traite ses boxeurs comme ses enfants. Il n’hésite jamais à les défendre et qu’importe les obstacles, Alcides aide ses protégés à les surmonter. Il n’enseigne pas que la boxe, Alcides élève ses boxeurs pour faire face à la vie. Il les prépare pour qu'ils soient d’éternels gagnants. Le fait qu’il ait été désigné entraîneur du siècle veut tout dire! En ce qui me concerne, il a beaucoup contribué à ma formation d’entraîneur et m'a montré les subtilités et les secrets de la boxe. Je lui en serai toujours reconnaissant.» Titulaire d’un doctorat en science de la pédagogie adapté aux sports de combats, le Dr Diaz a aussi été président de la Commission scientifique de la AIBA1. Anciennement professeur de l’Université des sports de Cuba, il est aussi à la tête de plusieurs études contribuant au développement du sport, comme celle portant sur la théorie et la méthodologie de l’entraînement pour la préparation des athlètes de haut niveau2. Entraîneur de l’équipe nationale cubaine durant une quinzaine d’années, le Dr Diaz a eu la chance de travailler et de former de près « Retirer Alcides Sagarra de ou de loin plus de 20 médaillés olympiques avant de prendre la barre de l’équipe nationale de la République dominicaine. Lorsqu’on lui ses fonctions … est la plus demande pourquoi il a quitté l’équipe nationale cubaine de boxe grande mise hors de combat olympique, le mot loyauté (envers Sagarra) prend tout son sens : «Il n’est pas facile de répondre à cette question, mais disons que qu’a reçue la boxe cubaine » plusieurs facteurs ont influencé ma décision. Je trouve que les dirigeants de l’équipe nationale ont manqué de respect envers Alcides, qui a tant donné pour ce sport. De plus, nous avions des divergences de concepts, de philosophie et de loyauté… Retirer Alcides Sagarra de ses fonctions de chef technique de l'équipe cubaine de boxe est la plus grande mise hors de combat qu’a reçue la boxe cubaine. À Cuba, tout le monde reconnaît les sportifs et les entraîneurs comme étant des symboles de fierté; l’éducation et le sport sont très bien perçus à Cuba et retirer Sagarra de ses fonctions signifiait qu’on le mettait aux oubliettes. C’est inexcusable.» Tout un combat! 1 2

Amateur International Boxing Association Metodología del entrenamiento en el proceso de preparación de los competidores de Alto Rendimiento


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Inspiré d’un article3 des plus intéressants « Un combate a 12 rounds, desde la esquina neutral », je vous propose un championnat canadien de 10 rounds de boxe avec le Dr Pedro Diaz. Round 1 Zone de Boxe : Pedro, à la suite de nos discussions, je constate que tu possèdes un curriculum vitae très impressionnant. Outre entraîneur, quelles autres expériences possèdes-tu? Pedro Diaz : Il n’y a aucun doute que ce qui me plaît le plus est d’être entraîneur et de former des champions! Mais sinon, j’ai fait des recherches pour faire évoluer le sport, j’ai écrit des livres, j’ai donné des cours de boxe et des cours universitaires, j’ai donné des séminaires sur différents sujets, j’ai donné des conférences partout à travers le monde en plus d’être le directeur technique pour les sports de haut niveau. Round 2 ZDB : Tu as travaillé pendant plusieurs années avec l’équipe de boxe olympique cubaine. Qu’y faisais-tu? Combien de champions as-tu formés précisément? Pedro Diaz : Comme nous en avons déjà discuté, les champions ne se forment pas seuls. Ça prend une équipe de professionnels complète pour former les meilleurs au monde. Pour qu’un athlète devienne champion, il doit travailler fort, être discipliné, en plus d’être dédié à son sport. À Cuba, je faisais partie d’une grande équipe de travail dirigée par le Dr Alcides Sagarra. Cette équipe comprenait d’autres entraîneurs, dont les maîtres Sarbelio Fuentes, Raul Fernand, Julio Mena, Julian Gonzalez, en plus des médecins, psychologues, physiothérapeutes, nutritionnistes, etc. En ce qui me concerne, en plus d’être entraîneur, j’organisais et contrôlais tout le processus de planification. Pendant toutes ces années, j'ai ainsi pu planifier et diriger les entraînements de plus de 20 champions olympiques, en plus d’avoir le privilège de travailler dans leur coin. Ceci n’inclut pas les médaillés d’argent, de bronze et les champions mondiaux.

Round 3

Sur une plage de Miami, Diaz entraînant Solis, Lemieux et Décarie. (photo Marc Ramsay)

ZDB : Pedro, tu as été l’entraîneur du champion olympique des Jeux olympiques de Beijing en 2008 chez les 64 kg, le Dominicain Felix Diaz; comment cela a-t-il été possible? Est-ce que tu as eu droit à un passe-droit pour avoir ta nationalité dominicaine? Pedro Diaz : Cette médaille d'or est bien entendu le résultat d'un travail d’équipe. Quand je suis parti de Cuba, le président de la Fédération dominicaine de boxe, l'ingénieur Domingo Bienvenido Solano, m'a demandé s’il m’était possible de collaborer à son équipe pour les Jeux olympiques de 2008. C’est à partir de ce moment que nous avons mis en place une stratégie d'entraînement complète, qui comprenait une préparation en altitude et une période d’adaptation en Asie afin que tous soient bien prêts à prendre part à la compétition. Puis Dieu a permis à Félix Diaz de remporter la médaille 3

Réalisé par Tulio Guterman, http://www.efdeportes.com/


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d’or. Ce boxeur est simplement fantastique. Il possède une discipline hors du commun, il est dédié et surtout déterminé comme pas un. Ces qualités lui ont permis de remporter les honneurs. Ce résultat était des plus importants pour la boxe en Amérique et pour les Dominicains qui remportaient par le fait même leur première médaille d’or olympique en boxe. Pour me remercier, le président Leonel Fernández m’a accordé le titre de citoyenneté privilégiée. C’est pour moi un très grand honneur et je suis extrêmement reconnaissant envers le peuple dominicain et leur président pour l’accueil chaleureux qu’ils m’ont réservé. Round 4 ZDB : Quand et pourquoi as-tu quitté Cuba? Était-ce pour te réaliser, pour des raisons monétaires ou encore pour des raisons politiques? Pedro Diaz : Je n'ai jamais réellement quitté Cuba, ce sera toujours mon pays. Je serai toujours Cubain. Je ne suis pas parti de Cuba pour des problèmes politiques ou économiques, mais bien pour des raisons professionnelles. Au cours du temps, j’ai aidé à former beaucoup de champions olympiques mais aujourd’hui, je souhaite former des boxeurs professionnels et ce rêve est simplement impossible à Cuba. Je me sens de plus en plus entraîneur. J’étudie encore plus qu’auparavant la boxe olympique, la boxe féminine et la boxe professionnelle. Je sais qu’il m’en reste encore beaucoup à apprendre, mais je suis persuadé qu’avec mon aide, de grands champions pourront émerger. Round 5 ZDB : Qu’est-ce qui a motivé ta venue au Québec?

« Venir au Québec était un rêve que je chérissais secrètement »

Pedro Diaz : Venir au Québec était un rêve que je chérissais secrètement. En 1999, lors des Jeux panaméricains qui se déroulaient à Winnipeg, Odlanier Solis en était à sa toute première compétition internationale chez les seniors (il avait déjà été champion mondial chez les juniors). En finale de ces Jeux, mon protégé a gagné la médaille d’or aux mains du Canadien Mark Simmons. Ce fut toute une bataille! Après ce combat, j’ai eu la chance de rencontrer l’entraîneur Russ Anber et nous avons commencé à parler des qualités de Simmons et de l’avenir de Solis. Russ et moi avons toujours gardé contact et lors des Jeux olympiques de Sidney en 2000, il m’a proposé de participer à un grand projet ayant pour but de développer la boxe olympique au Québec. Ce projet consistait à réorganiser toutes les plateformes méthodologiques pour les différentes catégories de boxeurs selon leur âge, d’élaborer des plans de cheminement pour les athlètes, de faire des séminaires pour former les entraîneurs québécois, de faire des « Les projets de boxe recherches et des études sur des projets de prospection afin de recruter de jeunes talents, et finalement, de mettre sur pied un projet de planification à court, moyen et amateur au Québec long termes permettant de développer un champion olympique québécois. Ce projet stagnent depuis des m’emballait au plus haut point mais malheureusement, nous n’avons pu le commencer avant janvier 2009. années » Round 6 ZDB : Que se passe-t-il avec Boxe Québec? Est-ce possible de trouver un champion olympique de boxe au Québec? Pedro Diaz : Sincèrement, je ne crois pas qu’il soit intéressant de parler en ces termes de Boxe Québec. La seule chose que je peux te dire, c’est que j’ai eu la chance de travailler comme consultant pour plusieurs fédérations à travers le monde et que c’est très compliqué avec Boxe Québec. Il est très difficile d’entrevoir un avenir prometteur en ce qui a trait au développement d’un champion olympique ici. Je crois qu’il y a beaucoup de problèmes au sein de Boxe Québec, des problèmes de philosophies de la boxe, de concepts clefs; il y a aussi des incompréhensions au sein des membres de l’exécutif. Les projets de boxe amateur au Québec stagnent depuis des années. C’est vraiment désolant de voir ce qui se passe, car le Québec regorge de talents pugilistiques et de bons entraîneurs. En fait, il se peut que certains artisans de Boxe Québec soient plus intéressés par leurs propres intérêts plutôt qu’au développement de la boxe au Québec. Nous


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avons essayé de mettre en place une équipe de travail en mesure d’appliquer les plus récentes innovations du monde de la boxe afin que Boxe Québec devienne un exemple pour tous les autres pays dans le monde, mais en vain. Round 7 ZDB : Tu crois vraiment qu’il y a de bons entraîneurs au Québec? Pedro Diaz : Bien sûr que oui! Il existe au Québec des entraîneurs exceptionnels, tout comme il existe des boxeurs forts prometteurs!

Diaz, Odlianer Solis, Russ Anber et Marc Ramsay (photo courtoisie Pedro Diaz)

Round 8 ZDB : Je t’ai déjà vu travailler avec Marc Ramsay et Russ Anber lors de combats de Felix Diaz et d’Odlanier Solis. Croyez-vous être les meilleurs hommes de coins au monde?

Pedro Diaz : Je vais te dire un secret: il n’existe pas de meilleur boxeur au monde ni de meilleurs entraîneurs au monde. Ils doivent tous apprendre de leurs erreurs et se perfectionner chaque jour. Il est cependant certain que Russ et Marc sont de très bons entraîneurs. Leurs résultats parlent d’eux-mêmes. À nous trois, nous formons une équipe et travaillons conjointement afin de faire les analyses les plus justes et d’élaborer les meilleures stratégies possibles. Chaque personne connaît son rôle au sein du groupe et l’applique au meilleur de ses connaissances. J’ai eu la chance de travailler avec ces deux entraîneurs québécois, mais qui sait, peut-être qu’un jour je travaillerai avec d’autres qui sauront m’en apprendre sur le métier eux aussi à leur façon. Je me fous un peu des niveaux de qualification des gens avec qui je travaille : ce qui est important, « il n’existe pas de meilleur c’est d’agir professionnellement; ensuite, il ne reste plus au boxeur boxeur au monde ni de meilleurs qu’à gagner son combat. Au Québec, il existe une multitude entraîneurs au monde » d’entraîneurs très professionnels. Je pense ici à des gars comme Stéphan Larouche, Howard Grant, Michel Desgagnés, Jean Zewski, Mike Moffa, Pietro Napolitano, Bernard Barré, Derick Kulibaba, Alain Boismenu, Edgar Hernanz, Benoît Martel, François Duguay et j’en passe. Ces hommes arrivent à faire la différence pour que leur coin soit vainqueur. On ne peut pas non plus passer sous silence des gars d’expérience comme Abe Pervin, Rémi Bizier et Yvon Michel. Ces entraîneurs ont obtenu de grands résultats et ont aidé à former des champions. Si beaucoup d’entraîneurs réussissent, c’est parce que quelqu’un avant eux a ouvert le chemin. Il ne faut pas oublier que l'expérience est la mère de toutes les sciences. Round 9 ZDB : Comment perçois-tu Lucian Bute? Comment tu entrevois une bataille entre Bute et Jean Pascal ? Pedro Diaz : La Roumanie a toujours su former de très bons boxeurs. Bute, que je connais très bien, est un excellent boxeur, très technique : en plus d’être grand et gaucher, il est intelligent dans le ring et a de bons déplacements. Il sait travailler avec ses mains (rapidité et combinaisons). De plus, Bute jouit d’une équipe de professionnels de premier plan, supervisée par Stéphan Larouche.


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Pour ce qui est de Jean Pascal, il se concentre présentement sur son affrontement avec Chad Dawson. Il doit d’abord se préparer pour gagner ce combat et ensuite nous seront en mesure de parler d’un affrontement avec Lucian Bute. Je peux simplement dire que Jean a beaucoup mûri comme boxeur, comme personne et compétiteur. Round 10 ZDB: Est-il véridique de dire que tu travailles pour le groupe GYM? Pedro Diaz : J’y œuvre à titre de consultant. Je considère que les gens chez GYM forment une très bonne équipe. Depuis sa création, GYM a su s’améliorer constamment et a rapidement compris l’importance de bien investir afin que les boxeurs parviennent à se développer au maximum de leur potentiel. Je crois que c'est la grande différence entre GYM et Boxe Québec. Je suis très content d’avoir eu l’occasion de travailler avec eux, car cela m’a permis d’en apprendre encore plus dans un monde où les solutions sont aussi nombreuses que le nombre de problèmes rencontrés. ZDB : Pedro Diaz, merci de nous avoir accordé votre précieux temps. Ce fut un grand plaisir que de parler avec vous.

Diaz et Jean Pascal à l’entrainement en République Dominicaine (photo Samuel D. Drolet)

Pedro Diaz : Merci à toi, merci aux amateurs de boxe et à ceux qui se donnent corps et âme afin que ce sport atteigne de nouveaux sommets.


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La boxe au Canada, trois ans plus tard Par Martin Mulcahey (maxboxing.com) Traduit par Pascal Lapointe En 2007, le magazine La Zone de Boxe m’a donné l’occasion de m’exprimer sur la boxe au Canada et, parmi les boxeurs qui y font carrière, sur les aspirants à qui j’accordais des chances de décrocher un titre mondial. En tant qu’amateur de boxe américain, je considérais mes voisins du nord avec un peu d’envie. Manifestement, la boxe progressait rapidement au Canada, surtout à Montréal. Steve Molitor venait de ramener d’Angleterre le titre IBF des super-coqs; Lucian Bute et Adrian Diaconu l’ont imité peu après en remportant une partie du titre mondial de leur catégorie. Fin 2008, trois champions du monde vivaient au Canada, et Jean Pascal, comme Joachim Alcine, était en pleine ascension. En somme, les amateurs de boxe canadiens profitaient d’une période faste. Nous sommes en 2010, et les années de vaches grasses se poursuivent. Steve Molitor a récupéré son titre après une défaite démoralisante contre Celestino Caballero et Lucian Bute accumule les performances de premier plan devant un public de plus en plus international. Donc, par rapport à 2007, les premiers rôles n’ont pas changé, mais certains membres de la distribution ont connu quelques difficultés. Les trois aspirants canadiens que j’ai choisi d’analyser en 2007 étaient Hermann Ngoudjo, Joachim Alcine et Adrian Diaconu. Ma sélection était en partie due à mon admiration de la façon dont le Canada accepte et soutient les boxeurs issus d’ailleurs. Qui plus est, les jeunes espoirs canadiens que sont David Lemieux et Antonin Décarie faisaient leurs premières armes chez les professionnels. En 2010, la boxe canadienne a changé. Bute a solidifié son emprise sur sa couronne, tandis que des doutes subsistent à l’égard de Molitor même s’il a reconquis son titre. Le Canada a aussi gagné un champion en même temps qu’il en a perdu un, quand Jean Pascal a défait Diaconu pour le titre WBC des mi-lourds. Une chose dont on s’aperçoit rapidement lorsqu’on examine la boxe canadienne est l’importance de la contribution des pugilistes nés à l’étranger. Le Canada et l’Allemagne sont à l’avant-garde de l’application d’un nouveau modèle de croissance, qui repose sur l’importation de pugilistes de haut niveau. En 2007, les Camerounais Ngoudjo et Paul Mbongo ainsi que les Roumains Bute, Diaconu et Victor Lupo inoculaient à la boxe canadienne une dose massive de talent. Les trois boxeurs sur qui j’avais écrit en 2007 se sont battus pour des titres mondiaux, et deux se sont emparés de la ceinture. Cependant, aucun d’eux n’a connu de réel succès une fois champion. De plus, ayant tous dépassé le cap de trentaine, ils n’ont probablement plus droit qu’à une dernière tentative d’atteindre les sommets de leur sport. Voici un retour sur mon analyse de l’époque, ainsi que quelques observations comparant le parcours réel des combattants avec les prévisions que j’avais faites. Herman Ngoudjo Ce que j’avais dit : Ngoudjo possède la bonne combinaison de vitesse, de puissance et de sens du ring pour rivaliser avec des boxeurs de calibre mondial. La question est : comment se comportera-t-il face à un adversaire qui appliquera une pression constante, même pendant les derniers rounds d’un affrontement? Je préfèrerais que Ngoudjo fasse trois ou quatre autres combats avant de se mesurer à Jose Luis Castillo. Verdict : Trois combats de plus auraient aidé Ngoudjo, étant donné qu’il a échappé une décision partagée des plus serrées contre Castillo. Le Camerounais a prouvé qu’il était de classe mondiale dans son combat avec Castillo, mais, par Herman Ngoudjo lors de sa défaite contre Juan Urango. la suite, des défaites en match de championnat contre Paul (photo Vincent Ethier) Malignaggi et Juan Urango ont mis au jour certaines lacunes dont les boxeurs d’élite peuvent profiter. Il fait encore partie des 25 meilleurs super-légers du monde, mais sa catégorie déborde de jeunes loups qui n’attendent que l’occasion de le doubler et de le laisser derrière.


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Joachim Alcine Ce que j’avais dit : Le Canadien d’origine haïtienne a aligné les bonnes performances face à une série d’adversaires audessus de la moyenne. Qu’il ait été capable de surmonter le départ canon du dur Argentin Javier Mamani et d’utiliser l’un des meilleurs jabs de sa catégorie pour remporter une victoire facile témoigne de sa maturité. Boxeur au style dit « peeka-boo » difficile à résoudre, il a aussi montré de bonnes aptitudes défensives, se servant de ses bras pour bloquer efficacement les coups de poing. Âgé de 30 ans, il doit battre le fer pendant qu’il est chaud et son statut de premier aspirant à la WBA devrait l’aider en ce sens. Verdict : Je voyais Alcine comme un boxeur complet, si bien que j’ai été abasourdi par sa défaite contre Daniel Santos, qui semblait être sur le déclin. Alcine a fait bonne impression en remportant un combat de championnat aux États-Unis, mais son manque d’activité (seulement deux combats par année) l’a peut-être diminué. Une récente victoire sur Christophe Canclaux prouve qu’à 34 ans il n’est pas encore au bout du rouleau. Ses classements ne l’avantagent pas, puisque la WBA, le WBC et la WBO le placent au mieux au cinquième rang parmi les aspirants de la catégorie. Misant sur le synchronisme et la vitesse, Alcine n’a plus beaucoup de temps devant lui. Adrian Diaconu Ce que j’avais dit : La division des mi-lourds est extraordinairement pauvre en jeunes pugilistes de talent, même en dehors des dix principaux aspirants. Des boxeurs comme Rico Hoye, Stipe Drews et Paul Briggs ont tous montré des lacunes qui les ont empêchés de conquérir un titre mondial. Une ouverture se présente donc pour Diaconu, qui affiche un palmarès étoffé en boxe olympique, mais manque de victoires de qualité chez les professionnels. Il est un bon cogneur, mais peut parfois manquer de concentration : il aurait pu mettre hors de combat ses deux derniers adversaires, mais n’y est pas arrivé. Verdict : Il a puisé au bout de ses ressources pour vaincre Chris Henry, mais Jean Pascal s’est montré trop athlétique et résistant pour lui lors de sa première défense de titre et de la revanche subséquente. Mais il y a encore de l’espoir pour Diaconu : Pascal avait simplement le style parfait pour battre un technicien intelligent mais peu mobile comme lui. Malheureusement, le Roumain ne fait pas partie des dix premiers aspirants de la WBO, dont il aurait de bonnes chances de détrôner le champion, Jurgen Brähmer. Seul le WBC accorde à Diaconu un classement favorable, toutefois ce dernier serait largement négligé dans un combat contre le gagnant du prochain choc entre Jean Pascal et Chad Dawson. L’avenir Aucun des boxeurs sur qui j’ai braqué les projecteurs en 2007 n’est né au Canada, mais, si je me tourne vers l’avenir, c’est David Lemieux qui suscite le plus mon enthousiasme. La division des moyens a désespérément besoin d’un jeune aspirant spectaculaire et est en plein bouleversement dans la foulée de la défaite de Kelly Pavlik aux mains de Sergio Martinez. Le nouveau champion pourrait abandonner ses titres et retourner chez les super-mimoyens, où un lucratif match revanche Antonio Margarito se profile. Trois fois champion canadien de sa catégorie d’âge en boxe amateur, le Montréalais de 21 ans est au haut de ma liste des boxeurs à surveiller. Il a les habiletés et le charisme qu’il faut pour devenir une vedette en dehors des frontières canadiennes. Il ne fait nul doute que je serai très attentif à son développement sur la scène mondiale.

David Lemieux, un boxeur à surveiller selon Mulcahey (photo Vincent Ethier)


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Décarie-M’Baye ou la chance de redonner un peu de vie à la boxe française Par Martin Laporte Le vendredi 28 mai 2010 à 19 h 30 aura lieu, au Palais des sports Marcel-Cerdan de Levallois (France), un gala dont l’affrontement final sera fort intéressant pour les amateurs de boxe québécoise. En effet, Antonin Décarie tentera de mettre la main sur le titre intérimaire de la WBA (catégorie des super-légers) en affrontant Souleymane M'Baye. Le gagnant de ce combat sera ainsi désigné champion remplaçant lorsque le champion n’est pas en mesure de défendre son titre; mais dans ce cas bien précis, il s’agit davantage de déterminer le prochain adversaire du champion de la WBA, le russe Vyacheslav Senchenko, qui est en parfaite condition physique. Pour brouiller les cartes un peu plus, soulignons que Shane Mosley boxe dans la même division et possèdait le titre de super champion de la WBA. Ce titre est en fait devenu une farce et il est conservé par les superstars qui ne veulent plus se plier aux défenses obligatoires, préférant gonfler leur portefeuille en affrontant d’autres superstars. Cela dit, le combat qui Antonin Décarie, le jeune boxeur affamé opposera Shane Mosley à Floyd Mayweather est le plus (photo Alain Décarie) relevé championnat WBA depuis fort longtemps. Le titre de super champion aurait pu gagner un peu de lustre, mais Mayweather a déjà refusé de payer les frais imposés par la WBA. Ce qui signifie qu’à la suite de la défaite de Mosley, le titre de super champion a disparu. Au final, donc, l’affrontement Décarie-M’Baye est tout de même éloigné d’un réel championnat du monde, mais il permettra d’assister à un combat de haut niveau qui mérite bel et bien notre attention. Direct8, une chaîne de télé française, diffusera pour la première fois un combat de boxe. Peut-être assisteronsnous au combat qui permettra à la boxe française de finalement vivre sans son respirateur artificiel. Car si la soirée connaît du succès, Direct8 pourrait renouer l’expérience. Afin d’émettre une prédiction sur l’issue du combat, faisons maintenant les comparaisons corporelles, historiques et stylistiques entre les deux boxeurs. Cette prédiction est loin d’être évidente à émettre puisqu’il s’agit, sur papier, d’un des combats les plus compétitifs qu’un boxeur québécois a effectués au cours des dernières années. Comparaison corporelle Les deux boxeurs ont pratiquement la même taille, soit 5 pieds 9 pouces (175 cm) pour Décarie et 5 pieds 9½ pouce (176 cm) pour M’Baye. Cependant, Décarie est le plus gros des deux hommes. En effet, les combats de M’Baye ont toujours eut lieu chez les super-légers (140 lbs – 65,5 kg), tandis que Décarie s’est toujours battu chez les mi-moyens (147 lbs – 66,7 kg), sauf lors d’un combat en 2006 chez les super-légers et un autre, son dernier, où il a fait osciller la balance à 153¼ lbs (69,5kg). Puisque Décarie n’a aucun problème à respecter la limite de poids des mi-moyens (division où le championnat WBA intérimaire aura lieu), il parviendra probablement à épuiser son adversaire dans ce combat de douze rounds. Au niveau de la portée, M’Baye semble avantagé avec ses 70 pouces (177,8 cm). Cette portée supérieure pourrait permettre à ce dernier de tenir Décarie à distance et par le fait même de ne pas trop s’épuiser tout au long du combat. M’Baye possède certes les atouts nécessaires pour garder Décarie à distance en début de combat, mais pendant 12 rounds, rien n’est moins sûr.


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Comparaison historique La carrière de M’Baye chez les supers légers est impressionnante. Il a été champion de France, d’Europe, Intercontinental et deux fois champion de la WBA. Il a combattu en France, en Espagne, en Finlande, au Danemark, en Pologne, en Allemagne, en Angleterre, aux États-Unis et au Québec. Il a battu d’excellents adversaires en Andriy Kotelnik et Raul Horacio Balbi. Il a aussi bien tenu son bout contre Vivian Harris, Hermann Ngoudjo et Gavin Rees. Finalement, il n’a jamais été mis K.-O. L’adversité de Décarie n’a rien à voir avec cette brochette de boxeurs internationaux! Par contre, Décarie est un jeune boxeur de 27 ans en pleine montée. Il affrontera un M’Baye qui semble sur son déclin à 35 ans. De plus, les derniers combats de M’Baye ont clairement indiqué que sa résistance organique n’est plus ce qu’elle était. Un combat de douze rounds contre un jeune boxeur fringant pourrait constituer le chant du signe du pugiliste français. Comparaison des styles Décarie est un boxeur assez rapide et très intelligent sur le ring. Il a une bonne mâchoire qui a bien été testée à l’entraînement. On a aussi vu, lors de sa seule chute en carrière, qu’il récupère rapidement. Sans être spécialiste Souleymane M'Baye, le combat de la d’un type de stratégie précise, on a pu voir qu’il est très polyvalent (il peut dernière chance? (photo Vincent Ethier) mettre de la pression tout comme boxer à distance, selon l’adversaire). La main droite de Décarie s’est beaucoup développée dernièrement. Il peut maintenant faire très mal avec cette main, surtout en fin de combat. Cette nouvelle force de frappe pourrait provenir de la guérison totale d’une vieille blessure qui le faisait souffrir depuis longtemps. Enfin, soulignons que Décarie est un jeune boxeur qui s’améliore de combat en combat; qui sait ce qu’il apportera de nouveau sur le ring à Levallois. Quant à M’Baye, il est rapide (fort possiblement plus que Décarie) et il préconise la boxe à distance. Il se déplace bien sur le ring et il utilise abondamment son jab. Par contre, il a la mauvaise tendance, lorsque son adversaire met de la pression, à se pencher pour éviter le premier coup. Cette esquive est suivie d’un dur crochet. Plus il devient épuisé, plus cette tendance augmente en fréquence dans le combat. Cela pourrait s’avérer coûteux contre un boxeur cérébral tel que Décarie. Le combat La logique veut que M’Baye domine les premiers engagements avec sa vitesse et ses déplacements. Cependant, la ténacité de Décarie va rendre le combat de plus en plus ardu pour le Français. Malheureusement pour Décarie, M’Baye, qui a une excellente mâchoire, puisera dans ses dernières ressources pour survivre jusqu’à la dernière cloche. Les juges trancheront et M’Baye gagnera un combat très serré qui aurait pu aller d’un côté comme de l’autre (sans toutefois qu’il s’agisse d’un vol). L’avantage du terrain aura parlé. Cependant, j’ai l’intuition que les préparations de Décarie en République dominicaine porteront fruits. Cet entraînement a été effectué avec la même équipe qui a permis à Jean Pascal de devenir un boxeur plus complet, récemment. J’ose même croire que la nouvelle main droite de Décarie obligera l’arbitre à déclarer le local T.K.-O. au onzième ou douzième engagement. Finalement, mon vœu le plus cher est que cette soirée soit appréciée du public français, peu importe le gagnant. Regardons la médaille du bon côté et disons-nous que peu importe l’issue du combat, ce sera une victoire pour la francophonie. J’ose encore espérer qu’un tournoi France-Québec à la Super 6 se concrétise. L’affrontement DécarieM’Baye constituera peut être le déclic qui permettra la mise sur pied d’un tel tournoi international.


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Flashback : La chute du lion Leonard Dorin par Richard Cloutier Le magazine La Zone de Boxe lance aujourd’hui une nouvelle série d’articles relatant les moments clés de l’histoire contemporaine de la boxe au Québec. Le premier épisode choisi porte sur l’annulation du combat de championnat du monde devant opposer Leonard Dorin à Miguel Callist le 25 octobre 2003, à Bucarest en Roumanie. Bien qu’il se soit déroulé à l’étranger, cet épisode a eu une influence directe sur les activités du promoteur Interbox, principal promoteur québécois à l’époque. Le tout a profondément marqué la scène locale. Mieux connaître Leonard Dorin Leonard Dorin, de son nom véritable Leonard Doroftei, est né à Constanta en Roumanie le 10 avril 1970. Fort d’une fiche amateur de 239 victoires et 15 revers, Dorin a été champion du monde en 1995. Il a également représenté son pays aux Jeux olympiques de 1992 et de 1996, récoltant chaque fois la médaille de bronze. Son parcours professionnel s’amorce à Sherbrooke le 24 avril 1998 sous les couleurs d’Interbox. Le 30 avril 1999, Dorin s’empare du titre WBC des Amériques des super-légers. Après des victoires enregistrées aux dépens de l’Australien Gairy St. Clair (17-2-1) et des Américains Martin O’Malley (17-0-0) et Emanuel Augustus (24-18-4), Dorin, toujours invaincu, obtient sa chance pour le titre mondial. Dorin atteint les sommets Le 5 janvier 2002, Leonard Dorin (19-0-0) est couronné champion du monde WBA des poids légers en vertu d’un gain par décision partagée des juges sur Raul Balbi (48-4-1). Le combat est disputé à San Antonio au Texas. Le 31 mai suivant, il défend son titre face à Balbi. Cette fois, l’affrontement qui se déroule à Bucarest en Roumanie est remporté par décision unanime des juges. Cherchant à tirer le meilleur parti possible de son statut de champion du monde, Leonard Dorin (21-0-0) affronte Paul Spadafora (36-0-0) le 7 mai 2003 à Pittsburgh lors d’un combat d’unification des titres WBA, IBF et IBC des poids légers. Le duel se termine par un verdict nul et Dorin conserve le titre qui était le sien au départ, celui de la WBA. Puis, le 25 octobre 2003, Leonard Dorin (21-0-1) a finalement rendezvous avec Miguel Callist (18-3-1), le premier aspirant à son titre. La présentation du combat est prévue en Roumanie sous la responsabilité de la firme locale Argirom, en collaboration avec Interbox et Don King. Argirom International SA est un holding regroupant plus d’une dizaine de sociétés. Celles-ci évoluent dans différentes sphères telles que l’import-export et le marchandisage. Le contexte du duel Dorin-Callist Lorsque Leonard Dorin se rend en Roumanie avec l’équipe Interbox dix jours avant le combat, c’est un véritable héros national qui se présente dans son pays. Fortement sollicité, Dorin se trouve plongé dans une

Leonard Dorin, champion du monde des légers de la WBA. (photo Herby Whyne)


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situation très émotive puisque sa famille ne l’accompagne pas. Son épouse, demeurée à Montréal, vient effectivement d’accoucher de son troisième enfant. À la veille du combat, soit le 24 octobre, lorsque son poids est vérifié, Leonard Dorin fait d’abord osciller la balance à 63,5 kg alors que la limite est de 61,236 kg. Une seconde pesée est enregistrée plus tard à 63,350 kg. S’il est incapable de respecter la limite de sa division, Leonard Dorin sera automatiquement déchu de son titre et sa bourse sera amputée de 35%. « Il a simplement perdu le contrôle et nous, on n’a pas été capable de le récupérer », explique Yvon Michel, alors directeur général d’Interbox, par l’entremise de sa chronique hebdomadaire publiée sur RDS.CA (31 octobre 2003). « (…)

Lorsque j'ai pénétré dans la chambre d'hôtel où il s'était réfugié, je l'ai trouvé pleurant couché sur le tapis. Il ne cessait de répéter, "c'est trop, je ne peux plus." Il avait complètement perdu le contrôle de ses émotions et il n'y avait plus rien de rationnel pour lui. » Malgré cette problématique liée au poids de Dorin, une entente avec Don King aurait pu permettre la tenue du combat. En cas de victoire, Dorin n’aurait pas retrouvé sa ceinture, mais se serait avantageusement positionné dans les classements mondiaux. Le Montréalais d’origine roumaine a toutefois immédiatement annoncé sa retraite. Quant à Miguel Callist, ce dernier se serait évanoui alors qu’il donnait une entrevue, compromettant toute possibilité d’entente. Le combat n’a donc jamais eu lieu et le gala, sur la carte duquel figurait notamment Adrian Diaconu, a été annulé. L’onde de choc L’annulation de l’événement a donné lieu à de multiples spéculations et interprétations. On a longuement parlé de l’implication du crime organisé et de pressions exercées sur le boxeur. La semaine suivante dans le cadre de sa chronique, Yvon Michel a nié toute intervention criminelle. Il a plutôt mis en relief une série de facteurs expliquant l’état dans lequel se trouvait Leonard Dorin. Ce sont le choix de la Roumanie comme lieu de combat, la pression médiatique; la difficulté de suivre l’entraînement et l’accouchement récent de sa femme qui auraient mené Dorin à l’état de détresse psychologique dans lequel il s’est retrouvé. Dorin contre Spadafora le 17 mai 2003 à Pittsburgh (photo Herby Whyne)

Pour Interbox, la perte de cette ceinture et l’annulation du gala sont fort coûteuses. « Nous sommes rentrés de Roumanie bredouilles avec plus de 200 000 $ de dépenses », mentionne d’abord Yvon Michel. Sous la plume de Martin Dion lors d’une entrevue publiée le 27 octobre 2003 par RDS.CA, Yvon Michel va plus loin : « C'était l'évènement le plus important pour nous depuis la conquête d'Éric Lucas.

Nous perdons beaucoup d'argent. Ça va certainement nous empêcher de réaliser nos objectifs corporatifs cette année et ça handicape nos projets pour l'an prochain. »

Yvon Michel ne croit pas si bien dire. Dans un article publié le 12 mars 2004 par le Journal de Montréal, Daniel Cloutier révèle l’impact véritable du désistement de Dorin « À la suite de l’annulation du combat de championnat mondial des

poids légers (135 livres) de la WBA qui devait normalement opposer Leonard Dorin au Panaméen Miguel Callist au mois


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d’octobre en Roumanie, ce qui avait coûté deux millions de dollars en revenus à son entreprise, Muhlegg avait prévenu Yvon Michel de son intention de vendre InterBox. » Avec le recul Il faut dire que l’année 2003 n’a pas été la meilleure d’Interbox, alors propriété de l’Allemand Hans-Karl Muhlegg qui l’a fondée en 1997. Le 5 avril, Éric Lucas avait perdu sa ceinture aux mains de Markus Beyer dans un combat à la conclusion controversée. Le désistement de Leonard Dorin s’inscrit donc dans un contexte de crise organisationnelle touchant le promoteur. Il faut se rappeler que le combat revanche de Lucas face à Beyer a été remis à deux reprises pour des questions de santé, ce qui a mené à l’affrontement de Lucas contre Danny Green le 20 décembre 2003. En mars 2004, Muhlegg fermait les livres et la suite fait partie de l’histoire. Éric Lucas, à qui la firme devait 100 000 $ prendre possession d’Interbox à qui Lucian Bute est lié. Pour sa part, Yvon Michel fondera GYM. Avec Otis Grant et Joachim Alcine en tête d’affiche, il contribuera de belle façon à consolider l’industrie locale.

Et Leonard Dorin? Ironiquement, Leonard Dorin fera un bref retour à la compétition au moment où Interbox met ses activités en veilleuse. En effet, lorsque Muhlegg place Interbox sous la protection de la Loi sur les faillites et l’insolvabilité, deux galas sont inscrits au calendrier. C’est Yvon Michel, avec le soutien de la firme First Round Promotions, qui permettra la tenue de ces galas. Leonard Dorin assure donc la finale de l’un de ces événements, présenté le 20 mars 2004 au Casino de Montréal. Dorin affronte ce jourlà Charles Tschorniawsky (23-7-1). Adrian Diaconu (14-0-0), Lucian Bute (2-0-0) et Hermann Ngoudjo (2-0-0) figurent notamment sur la carte. Le « Lion » roumain se battra une autre fois avant de mettre un terme à sa carrière. Le 24 juillet 2004 sur le ring du Boardwalk Hall d’Atlantic City, Leonard Dorin combat cette fois pour le championnat du monde des super-légers du WBC. Il reçoit toutefois un percutant coup au corps qui permet à son rival, nul autre qu’Arturo Gatti, d’enregistrer la victoire par K.-O. à 2 min 55 s du second round.


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Pier-Olivier « Apou » Côté : portrait d’un passionné par Jean-Luc Autret

Une autre victoire pour Apou, avec l’arbitre Gerry Bolen et son entraîneur François Duguay. (photo Stéphane Lalonde)

Lors d’une visite à Québec en mars dernier, j’ai eu la chance, au nom du Magazine de La Zone de boxe, de rencontrer un jeune boxeur fort excitant, Pier-Olivier Côté (11-0-0, 7 K.-O.), surnommé amicalement par ses proches «Apou». Pier-Olivier est originaire de la Colombie, en Amérique du Sud. À l’âge de deux ans, il a été adopté par une famille de la ville de Québec. Une courte carrière amateur Ce boxeur, qui fêtera son 26e anniversaire le 30 mai, a découvert la boxe récemment. Après avoir pratiqué le basketball durant de nombreuses années alors qu’il allait à l’école, Pier-Olivier a fait son premier combat amateur seulement à vingt ans : «Pendant quelques années, un ami m’a parlé de la boxe, mais moi je pensais juste au basket. J’ai eu la piqûre dès le départ. J’ai tripé ben raide à mon premier combat, que j’ai remporté dès le premier round à la suite de trois chutes au plancher de mon adversaire. Ma passion c’est de m’entraîner, j’ai besoin de ça dans ma vie. Et l’intensité dans le ring, c’est tellement enivrant…», explique Pier-Olivier. Lui qui a cumulé une fiche de 65 victoires et de dix défaites lors de sa courte carrière de quatre ans chez les amateurs a quand même eu le temps de remporter le championnat canadien chez les 132 livres en 2006. «L’un de mes plus beaux


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souvenirs en boxe amateur est probablement ma participation au Championnat du Commonwealth à Liverpool, en Angleterre. De plus, j’ai bien apprécié participer à une compétition entre le Canada et l’Écosse». Apou a fait ses débuts sous la supervision d’Andy Mallette; après trois ans de collboration, il a choisi de changer d’entraîneur à cause du manque de disponibilité d’Andy, qui travaillait à l’époque dans la construction. Depuis ce temps, il développe ses capacités de boxeur avec François Duguay, au Club de boxe Empire. Son passage chez les professionnels s’est fait assez naturellement puisque Pier-Olivier a toujours rêvé de vivre d’un sport professionnel : «Chez les amateurs, puisque j’ai commencé sur le tard, je perdais tout le temps contre des gars qui étaient là depuis 10-12 ans. Après les Jeux olympiques, j’ai fait un dernier championnat canadien pour avoir un peu plus d’expérience avant de passer pro», raconte le pugiliste de Québec. Sa carrière professionnelle a débuté le 29 février 2008 au Centre Bell : il a alors ouvert le gala entre William Joppy et Lucian Bute en passant le K.-O. en trois rounds à Martin Huppé. Champion canadien devant les siens Le 28 novembre 2009, à son neuvième affrontement seulement, Pier-Olivier a livré sa première bagarre devant les siens, à Québec, en plus de remporter son premier combat de championnat, celui des super plumes (130 livres) de la Fédération canadienne de boxe, en vertu d’une décision unanime des juges (100-90, 100-90, 99-91) : «J’ai peut-être manqué un peu d’énergie ce soir-là, c’était la première fois que je faisais un dix rounds. Mais lorsque j’ai regardé le combat, je me suis rendu compte qu’il était encore plus épuisé que moi. Il n’a rien fait alors que moi, j’ai frappé du début à la fin». Coté lors de sa victoire par arrêt de l’arbitre contre Hugo Pacheco le 17 avril dernier au Centre Bell. (photo Stéphane Lalonde)

Autre première dans sa carrière, Pier-Olivier s’est battu aux États-Unis, plus précisément à Augusta, en Géorgie, le 27 février dernier. Évidemment, il a alors joué le rôle du «méchant» visiteur en affrontant un Américain du Minnesota, Willshaun Boxley (5-6-0, 3 K.-O.). «J’ai beaucoup appris dans ces deux derniers combats, ça m’a permis de bien identifier les points que j’ai à améliorer. Lors de mon combat contre Boxley, j’ai été ébranlé au premier round, je n’ai jamais vu son coup arriver; au deuxième round, ma droite l’a envoyé au plancher, mais j’étais trop émotif après, trop prévisible, je n’ai pas été capable de lui repasser ce coup-là. Par la suite, au cinquième round, alors que j’étais penché, son coude m’a touché au-dessus de l‘œil gauche; la blessure s’est ouverte instantanément, je voyais gris après que mes hommes de coin eurent arrêté le flot de sang. À la fin, j’ai probablement gagné parce que je le voulais plus que lui», raconte Pier-Olivier, avec un large sourire. Cette blessure a requis une quinzaine de points de suture, dont une douzaine à l’intérieur. Côté en gardera une cicatrice… et l’expérience de boxer avec du sang dans l’un de ses yeux, une chose qui est évidemment impossible à vivre dans le gymnase. En plus de recevoir les huées de la foule tout au long du combat, il a obtenu la faveur des juges en l’emportant par décision unanime : 58-55, 57-56, 57-56. Ce verdict a été possible grâce au fait qu’il a envoyé Boxley au plancher, sinon le combat aurait été déclaré nul majoritaire.


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Pier-Olivier se décrit comme un boxeur explosif qui donne tout ce qu’il a sur le ring, qui a une bonne force de frappe et qui aime lancer ses crochets de gauche et de droite. Par contre, il est conscient qu’il doit améliorer sa technique à l’intérieur : «Lorsque j’ai commencé à boxer professionnel, je savais que je ne pouvais pas me battre tous les mois parce que je n’avais pas beaucoup d’expérience amateur. Je suis bien satisfait de faire environ cinq combats par année. Je dois surtout apprendre à être moins émotif, à prendre mon temps dans un ring», confie-t-il. Vers un titre international Lors de son dernier combat, le 17 avril, il a fait face à un Mexicain de 33 ans, Hugo Pacheco (8-13-1, 8 K.O.), qui avait gagné et perdu tous ses combats par K.-O. Apou a respecté cet historique en étant sans pitié pour son adversaire : dès le début du troisième round, il a surpris le Mexicain avec un jab qui a envoyé celui-ci au plancher. Pacheco s’est relevé péniblement et quelques instants plus tard, Côté lui a passé une bonne droite qui l’a envoyé de nouveau au plancher. L’arbitre n’a eu d’autre choix que de mettre fin au combat. Pier-Olivier s’est dit bien content de sa performance : «Je préfère prendre mon temps, je suis rendu là dans mon développement. Je voulais boxer plus intelligemment, je ne voulais pas foncer comme un fou». Côté est présentement classé 14e à la NABF chez les super plumes. Ses prochains affrontements pour lui auront pour but de le préparer à la possibilité de livrer un combat pour cette ceinture (ou une autre de ce type). Par contre, il ne prévoit plus être impliqué dans des combats à 130 livres sans qu’il y ait un titre en jeu. La difficulté de faire le poids, jumelée au fait qu’il boxe à ce niveau depuis ses débuts amateurs et qu’il vient de débuter un programme de musculation, expliquent cette décision. Ainsi, il devrait prochainement laisser vacante sa ceinture de champion canadien. Son entraîneur et lui vont se concentrer à améliorer sa défensive pour l’amener progressivement vers un style plus cérébral. Pour son prochain combat, une fois de plus, il fera face à un Mexicain : Juan Pablo Sanchez (12-7-0, 7 K.O.), un boxeur qui, selon son entraîneur, devrait lui offrir un plus grand défi que le précédent.

Pier-Olivier Côté prend une pause avant de retourner à la guerre. (photo Stéphane Lalonde)

Sanchez, professionnel depuis avril 2006, a vu son dernier combat se terminer par un no contest à la suite d’un coup de tête accidentel. Il a remporté six de ses sept affrontements précédents, ayant vaincu ses adversaires (fiche cumulative de 18-35-2) trois fois par K.-O. et trois fois par décision. Par contre, il a perdu par K.-O. technique au deuxième round face au champion de la Fédération de l’Amérique centrale de la WBC chez les super plumes, Jose Emilio Perea, détenant une fiche 17 victoires, dont 9 par K.O., contre aucune défaite. «Pour mon prochain combat à Québec, en sous-carte du duel Éric Lucas-Librado Andrade, le 28 mai prochain, je m’attends à un accueil incroyable de la foule, ça va être un gros feeling, j’ai très hâte de vivre ça», conclut Pier-Olivier Côté. L’avenir s’annonce prometteur pour ce boxeur de talent qui s’entraîne avec passion et qui, chaque jour, en sait un peu plus sur son métier. Sa détermination et sa soif d’apprendre devraient le mener très loin. Pier-Olivier Côté est bien conscient de son expérience amateur limitée et il est prêt à prendre le temps qu’il faudra pour gravir une à une les marches… avant de cogner aux bonnes portes pour se frotter aux meilleurs au monde.


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