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« Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, Je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste ; Lorsqu’ils ont enfermés les sociaux démocrates, Je n’ai rien dit, je n’étais pas social démocrate ; Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes ; Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste ; Lorsqu’ils sont venus me chercher, Il ne restait plus personne pour protester. » Martin Niemoller-1942-

Monsieur le Maire, Monsieur le Ministre, mes chers collègues Depuis avril 2008 je gère avec vous les affaires de notre arrondissement, mais j’ai été jusqu’ici plutôt avare des prises de paroles solennelles, sans lien avec ma délégation. Mais le climat nauséabond et insidieux qui s’installe dans notre pays, m’oblige à prendre la parole. En tant que militant de gauche, socialiste d’abord, mais aussi en tant qu’homme noir, puisque à travers les attaques contre le Ministre de la justice, pour ne citer que l’affaire la plus éclatante, ma couleur de peau comme celles de milliers de concitoyens m’a été rappelée, renvoyée comme une différence irréductible et honteuse. Malgré le racisme « ordinaire » (quelle expression vous en conviendrez) vécu dans les cours de récréation de mon enfance aux remarques connotées, aux plaisanteries douteuses ou aux naïvetés révélatrices d’un imaginaire collectif sur le Noir, dans ma vie d’adulte, je ne pouvais imaginer un tel retour en arrière. Jamais avant ces dernières semaines je n’aurais imaginé prendre la parole de manière aussi solennelle pour vous rappeler, au cas où cela vous aurait


échappé que je suis Noir et vous dire le malaise que je vis depuis quelques mois. Malaise pourquoi me direz vous ? Depuis plusieurs mois, Madame Christiane Taubira , Ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la Justice, a fait l’objet d’attaques qui se sont accentuées après le vote du mariage pour tous, pour aboutir aux injures racistes d’ une élue du front national qui sur son site internet la comparaît à un singe, puis le cas de de cette fillette accompagnée de ses parents qui récidivait en la traitant de guenon en lui tendant une banane . Ces insultes et injures renouent avec un vieux procédé bien connu du racisme de l’époque coloniale et visant à exclure les personnes noires de la communauté humaine en les réduisant à celui d’animaux. Ces deux exemples viennent malheureusement illustrer la haine et la violence des attaques dont Madame Taubira fait l’objet et du climat raciste qui s’installe dangereusement dans notre pays. Si les réactions de soutien à Madame la Garde des sceaux ont tardé à se manifester, il semble désormais qu’une prise de conscience se soit faite et que nous soyons de plus en plus nombreux à considérer urgent de défendre avec force les valeurs de la République et de condamner tous les auteurs d’injures racistes. Nous pensions que nos condamnations et nos appels aux marches pour l’égalité et autres formes de protestation suffiraient à de la retenue de nos politiques et bien non, voilà que sur une chaine publique, Public sénat, le sénateur maire de Marseille se laisse aller à un commentaire tendancieusement raciste au sujet du député européen jean-luc Benhamias , stigmatisant ses origines juives et sa confession protestante. « Celui – là n’a jamais été aspergé d’eau bénite. Moi j’ai grandi dans les sacristies ; c’est mieux ; » Ce week end encore, ce sont des insultes ouvertement et délibérément racistes qui se propagent sur les réseaux sociaux, suite à l’élection de miss France, Flora Coquerel.


Oui contrairement à ce que voudrait nous faire croire un certain nombre de partisans de l’extrême droite, le racisme et l’antisémitisme augmentent bien en France. La banalisation des propos racistes en témoigne et appelle à notre plus grande vigilance. Oui, lorsque des propos racistes et antisémites sont tenus, c’est la République toute entière qui est menacée. Dans pareil cas, il appartient a tous et notamment à la classe politique de réagir et de rappeler que le racisme et son cortège d’insultes et d’injures ne constitue pas une opinion mais un délit. On insulte Madame Taubira pour sa couleur de peau tout en insinuant qu’elle n’est pas vraiment française ; on fait du Rom le bouc émissaire au nom de l’exaspération de la population qui ne supporterait pas qu’ils vivent différemment.

Ce qui est grave dans cet enchainement, ce déchainement d’ailleurs, c’est que cette parole décomplexée est souvent légitimée ou pour le moins faiblement contestée par une classe politique obsédée par le vote des extrêmes. Or c’est à la classe politique, à nous de tenir le langage de la morale et de la dignité du pays, c’est à nous de défendre avec force et courage les valeurs de la république. Il est malheureux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n’en aient point, disait Voltaire. Ne laissons pas ce travail de sape idéologique se propager, ne nous laissons pas imposer ce débat pernicieux sur l’identité de la France qui serait menacée par je ne sais quelle horde de barbares. Le vrai sujet c’est celui que nous construisons tous les jours dans notre bel arrondissement, celui du vivre ensemble. Monsieur le maire, mes chers collègues, je voulais simplement vous exprimer mon inquiétude et surtout vous rappeler la responsabilité qui nous incombe, nous élus de la République de ne pas trahir, ni rogner l’idéal républicain.


Le rêve français, c’est la liberté, l’égalité et la fraternité. Toux ceux qui luttent contre ces valeurs sont des ennemis de la France. Christiane Taubira est un symbole fort de ce rêve français que le président de la République, François Hollande voulait réenchanter. Ne laissons pas les racistes attaquer sans impunité ce que deux siècles d’histoire et que la philosophie des lumières nous ont aidé à construire. Le racisme est un délit sachons tous ensemble le rappeler. Osons affirmer nos valeurs en rappelant avec Victor Hugo que la formule républicaine a su admirablement ce qu’elle disait et ce qu’elle faisait ; La liberté c’est le droit, l’égalité c’est le fait, la fraternité, c’est le devoir. Tout l’homme est là. Comme l’écrivait Bertolt Brecht, « si tu ne luttes pas, tu participes à la défaite » Alors mes chers collègues luttons !! Nous sommes tous l’immense genre humain.


Intervention félix beppo / Racisme