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36/ LE MAG / Mémoire Cité SNCF Pierre-Sémard

La grande famille du rail Construite en 1919 au bord de la plus grosse gare de triage de la région, et au milieu des vignes, vaches, cochons, potagers et vergers, la cité SNCF PierreSémard a accueilli des générations de cheminots. Rencontre avec des anciens du rail, résidents d’une cité où il fait encore bon vivre.

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uand Pierre Natali emménage avec ses parents en 1945, il a 15 ans. « Je me souviens qu’on était seuls au milieu des champs de pommes de terre, des moutons, des vaches et des jardins. Les salaires n’étaient pas mirobolants, ma première paie était de 9 000 anciens francs (14 euros).

Les années passent les souvenirs demeurent. D’anciens cheminots, ici devant la gare de triage, résident toujours à la cité Pierre Sémard

Novembre 2012 - LE SEYNOIS n°37

Alors la SNCF logeait ses salariés au plus près de leur lieu de travail ». Etre cheminot, c’est une affaire de famille. Alors le jeune Pierre se prépare à s’engager sur les mêmes rails que son père. Mais il est aussi dingue de cinéma. La SNCF lui offre la chance d’exercer le métier de ses rêves tout en épousant la fonction de cheminot : « A l’époque, comme les voyages étaient très longs, il y avait un wagon-restaurant et un wagon-cinéma, où la SNCF proje-

tait des films qu’elle achetait ou qu’elle produisait ». Pierre fera une carrière de projectionniste. Un village à la campagne Mais la Société nationale des chemins de fer n’offrait pas seulement un toit pour la tête de ses cheminots. Elle pourvoyait également aux besoins de leur famille. « Ici, il y avait l’école élémentaire, raconte Louis Dutto, 78 ans, ancien chef de service mouvement, à la retraite depuis 1990. Mais aussi, un méde-

cin, un wagon économat COOP où on pouvait acheter et commander toutes sortes de produits à prix coûtants. Bref, c’était un petit village au milieu de la campagne. » « Les commerçants venaient en camion ou en charrette, raconte Pierre Natali, je me souviens de Georgette, la crémière, qui venait à cheval 7 jours sur 7 ». « On ne manquait de rien, on s’entraidait, comme une grande famille, se souvient Marcel Wittmann, 65 ans, électricien à la retraite depuis 2002. Chaque maisonnette avait sa parcelle de jardin, arrosée grâce au château d’eau. On payait un forfait annuel à la SNCF. Les familles se retrouvaient aux jardins, c’était la belle vie ! ». A l’époque, La Seyne accueille la plus importante gare de triage de la région PACA. Plus de 500 cheminots se relaient jour et nuit à la rotonde (NOTRE PHOTO) pour gérer plus de 1 000 wagons par jour, les trier et les préparer pour leurs voyages du jour. La cité SNCF compte pas moins de 10 pavillons de 4 logements, un immeuble de 16 logements, le “Caténaire”, un passage à niveau habité, deux fermes, une école, un wagon économat, un foyer pour mécaniciens, des logements de nuit pour les cheminots en escale, des dépots…». Un village dans la ZUP En 1962, le paysage change. De grosses pelleteuses détruisent les vergers et les champs et, sur des

Le Seynois n°37  
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Le journal municipal de La Seyne-sur-Mer

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