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L.ART en LOIRE

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couverture © frédéric javelaud - Pollara 2 - 2012 2 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Sommaire

L.ART (Loire Atlantique Art Recherches Travaux)

04 Le grand café 08 Daoulas, tous des sauvages 10 Serge Mathurin Thébault

Poesia 14 Artal 18 Laure Bolatre 22 Cicero Melo

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Dossier spécial : Bord de mer

28 34 36 42 44

Peggy Faye Jean Botquin Jacques Cauda C'est nous qui avons changé, pas la mer ! Frédéric Javelaud

Francophonia 52 56 60 64

Seb Doubinsky Henri Aram Hairabedian Khalid El Morabethi Gaetan Sortet

Les urbanités

66 Serge Mathurin Thébault 70 Peggy Faye 80

Les contributeurs

82

Appel à textes n° 4

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Documentation Armando Andrade Tudela, Production du film Foro, 2013 © Hannes Bock

Le grand café interview teklal néguib

Pouvez-vous présenter le Grand café ? Le Grand Café est un centre d'art contemporain. Pour les artistes, c'est un lieu de création dans lequel ils peuvent réaliser de nouveaux projets, créer des œuvres, avancer dans leur travail et découvrir un territoire. Pour les publics, c'est d'abord un lieu d'exposition qui permet de découvrir une certaine actualité de l'art visuel, de se familiariser avec le renouvellement constant des pratiques artistiques.  

Le Grand Café est une structure municipale. Qu’est-ce qui a incité la ville de Saint Nazaire à s’investir dans l’Art contemporain ? Ce serait une question à poser aux élus concernés à l'époque. Mais je crois que le désir était fort de faire venir des artistes à Saint-Nazaire, notamment par le biais de résidence,  pour qu'ils partagent avec la population la singularité de leur regard, un regard extérieur. Ce regard, il ne pouvait se porter que sur la ville elle-même, une ville à l'époque en pleine mutation, en demande de reconnaissance et d'identité. Et il est vrai que Saint-Nazaire offre un cadre de travail stimulant pour les artistes plasticiens d'où qu'ils viennent , un environnement à la fois 'en dehors", propice à la réflexion et qui concentre toutes les problématiques du monde urbain globalisé. 4 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013

En quoi consiste et qu’apporte le label « Centre d’art contemporain » décerné par le Ministère de la Culture ? Le label permet d'identifier clairement les missions de nos institutions : soutien à la création contemporaine nationale et internationale, aide à la production (autrement dit, financement et aide logistique pour la réalisation d'œuvres nouvelles), expérimentation de nouvelles formes artistiques et de rapport aux publics, diffusion auprès des publics les plus larges, notamment les scolaires. Ainsi un centre d'art contemporain se distingue des musées et des fonds régionaux d'art contemporain qui ont vocation à constituer une collection, ou bien encore de lieux qui feraient circuler des expositions "clefs en main". C'est aussi une reconnaissance (et une exigence d'avoir) des compétences et des processus professionnels des équipes qui animent ces lieux. 


Pour quelles raisons avoir choisi la gratuité d’accès ? Pour permettre à tout à chacun de pousser la porte du Grand Café. Pour que l'argent ne soit pas un frein, une excuse, ou un facteur d'exclusion de formes d'expressions artistiques qui ont la réputation d'être déroutantes ou difficiles d'accès voire hermétiques. Il y avait à l'époque de sa création en 1998, une vraie nécessité et un désir d'ouverture vers la ville. Ce fût un choix naturel pour tout le monde.

Vous venez de terminer l’exposition Michael Beutler. Comment a-t-elle été accueillie par le public ? Très bien, 7000 personnes sont venues visiter l'exposition. Beaucoup de retours positifs, d'émerveillement parfois aussi sur la capacité de cet artiste à transformer la lecture du bâtiment. C'était très clair notamment avec  la grande sculpture réalisée au rdc du centre d'art. Comme beaucoup d'artistes passés au Grand Café, Michael Beutler a fait preuve d'une grande générosité dans sa proposition.

Bientôt va commencer la nouvelle saison (le 4 octobre 2013), quels vont être les artistes invités ? La saison débutera avec Armando Andrade Tudela un artiste péruvien, installé entre Berlin et Saint-Etienne. Puis début 2014, Haroon Mirza un artiste anglais occupera les salles du Grand Café avec ses œuvres de lumière et sonores. Au Printemps Bertille Bak, une jeune vidéaste française, actuellement en résidence à SaintNazaire nous dévoilera le fruit de son séjour.

Par ailleurs, certains actions seront menées hors du Grand Café. Lesquelles et pourquoi ? Une exposition collective sur le thème du travail aujourd'hui sera présentée au LiFE, la base des sous-marins de la ville, de décembre à janvier 2014. C'est un projet qui emboite le pas au colloque national organisé par le Centre de Culture Populaire sur les liens entre culture et travail. La question du travail fait partie de l'ADN de Saint-Nazaire et capte l'attention de nombreux artistes actuels. C'était le bon moment de mettre tout cela en écho. Puis, à l'été 2014, le Grand Café retournera au LiFE, avec une installation sculpturale spécifiquement réalisée pour ce lieu horsnormes par l'artiste Danois Jeppe Hein. Ce projet s'inscrit dans la continuité des expositions précédemment réalisées par

Le Grand Café dans ce lieu, notamment à l'occasion de la manifestation Estuaire. Le centre d'art contemporain peut ainsi mettre au service de ce lieu si emblématique pour la région, son expérience de la production d'œuvres spécifiques et son réseau international pour susciter des projets inédits et surprenants. A travers les projets hors les murs, le Grand Café rencontre des publics nouveaux qui, à leur tour, découvrent ou se familiarisent avec l'art contemporain. Le centre d'art, qui explore régulièrement les questions liées à l'espace, trouve dans la base des sousmarins, un terrain d'expérimentation qui prolonge naturellement ses recherches.

Parlons plus précisément de la première exposition de la nouvelle saison. Qui est Armando Andrade Tudela ? Comme je l'ai dit, c'est un artiste péruvien, installé en Europe depuis plusieurs années. Il développe son travail depuis une dizaine d’années, un peu partout en Europe mais ses apparitions sont rares en France.

Qu’est-ce qui vous a touché dans son art, et vous a incité à lui proposer une exposition ? J'ai découvert son travail en 2006 avec une série de petites sculptures modernistes réalisées avec des pochettes de disques des années 1970. J'avais trouvé ce travail formellement fascinant, très élégant, conceptuellement très audacieux et avec une portée politique sous-jacente, une manière singulière et sensible de rapprocher dans un même objet la culture populaire et celle des avant-gardes. Cela fait un moment que Le Grand Café est attentif aux artistes dont le travail tente de relire ce qu'a été /est la modernité et le modernisme : ce grand projet de société qui pensait transformer le monde et qui s'est incarné dans une esthétique de l'abstraction et du fonctionnalisme.  L'architecture et le plan urbanistique de Saint-Nazaire sont issus directement de ces croyances en un progrès collectif, égalitaire... que les occidentaux ont exporté, notamment en Amérique Latine. Aujourd'hui, ce qui m'intéresse, c'est de montrer comment ces artistes latinoaméricians de la nouvelle génération ont digéré cette histoire moderne, ce qu'ils nous en disent au fond, comment ils nous regardent à travers elle...

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Armando Andrade Tudela Vue de l’exposition Gold Coast Customs Carl Freedman Gallery Londres, 2013 © Carl Freedman Gallery

Né au Pérou, terre de métissages, comment se situe-t-il par rapport à ce big-bang culturel qu’est l’Amérique Latine ? L'Amérique Latine est un vaste continent. Et pour un artiste natif du Pérou, il faut d'abord en découdre avec l'hégémonie culturelle du Brésil et dans une moindre mesure du Mexique qui ont imposé "leur" modèle culturel, assumant le rôle de tête de pont de la modernité sur le continent. Cette position laisse entendre que bien sûr dans les plus petits pays (moins forts économiquement aussi), comme le Pérou, la modernité ne s'est pas développée spontanément, qu'elle fût apportée par une sorte de colonisation culturelle. Armando Andrade Tudela revient sur ce récit officiel de l'histoire et par un jeu d'énigmes, secoue à nouveau le grand chapeau des questions...

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Que raconte le seuil de rétablissement ? Je ne sais pas si cela raconte quelque chose, tant la narration n'est pas l'affaire de cet artiste. Je crois que l'on y percevra des sensations, des impressions, des bribes d'histoires, mais jamais un récit linéaire.  Armando nous place toujours face aux fragments d'une histoire qu'il nous appartient de reconstituer. C'est toujours une question d'interprétation à donner, jamais celle d'une lecture univoque, imposée, donnée. Plus concrètement,  on pourrait dire que l'exposition parle du rapport du corps à l'espace, d'architecture, de réparation, d'utopie collective mais aussi de la manière dont on regarde les choses, de leur surface... c'est difficile de privilégier un "sujet" plus qu'un autre. Armando Andrade Tudela s'acharne à nous dire que tout est imbriqué, tout est interdépendant. C'est donc une exposition qui se regarde, se ressent plus qu'elle ne se raconte.  


Quelles sont ses sources d’inspiration ? Les artistes et architectes modernes comme  Frederick Kiesler, concepteur de la Maison sans fin. Mais aussi Paul Virilio auteur de Bunker Archéologie, pour qui le projet de Kiesler est une référence constante et absolue. Les toiles fendues de Lucio Fontana ne sont pas loin non plus. Mais à part le film qu'il a réalisé sur la Maison sans fin de Kiesler, Armando Andrade Tudela est un artiste qui met au jour ses sources en les enfouissant ... c'est paradoxal mais il travaille tellement par filtration successive que ses objets portent en eux ce lien originel avec un autre objet qui les a précédé mais sans jamais le faire clairement apparaitre. On pourrait parler de présences fantomatiques des sources, des fantômes qui sont comme une manifestation, une preuve de la persistance et donc de la vie de ses sources (idées) et non de leur disparition...

Quels matériaux et supports d’expression utilise-t-il ? il réalise des sculptures, mais aussi des films et des collages. Les matériaux industriels et modernes comme le béton ou l'acier cohabitent avec des matériaux traditionnels attachés à l'artisanat comme le rotin, la toile de jute brute. Il introduit aussi souvent des objets dans ses sculptures : des vêtements, des colliers de coquillages, choisis pour leur aspect "ethno". C'est un travail très référencé mais qui s'appréhende (heureusement !) d'abord par sa grande tactilité, tant les matières agissent comme de puissantes présences.

Quelle l’adresse  de votre site internet, et quels sont les coordonnées et horaires pour venir visiter l’exposition ? www.grandcafe-saintnazaire.fr/

Armando Andrade Tudela Sans titre (MX) #1, 2013 béton, plexiglas, rotin, acier, aluminium © DR

Le Grand Café - Centre d’Art Contemporain Place des Quatre z’Horloges 44600 Saint Nazaire Tel : 02 44 73 44 00 Armando Andrade Tudela Seuil de rétablissement 5 octobre 2013 - 5 janvier 2014 Exposition ouverte tous les jours sauf lundis et jours fériés de 14h à 19h Les mercredis de 11h à 19h Entrée libre

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manuel atreide

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Daoulas, Tous des sauvages ! le finistère

est un département atypique. Eloigné de Paris, à la fois agricole et tourné vers la mer, il dispose aussi de solides atouts touristiques. Le conseil général possède et administre plusieurs sites prestigieux au sein desquels il déploie une politique culturelle ambitieuse. Le château de Trevarez et son parc floral labellisé sont ainsi devenus au fil du temps un lieu de création artistique contemporaine. Le manoir de Kernault abrite un centre de documentation et de recherche sur la littérature orale.

Fondée au 12e siècle, l'abbaye de Daoulas a traversé les siècles et les vicissitudes pour être rachetée en 1984 par le conseil général qui décide de remettre en état l'ensemble du domaine. Bâtiments et parc sont restaurés, le cloître en partie relevé et un jardin de simples, sans doute l'un des plus beaux de France, y est créé. Pourtant, loin de se satisfaire de cette renaissance, le conseil général décide d'aller plus loin et dédie l'abbaye aux expositions historiques, archéologiques et ethnologiques. Celles-ci vont acquérir au fil du temps une réputation internationale pour l'intérêt des sujets traités et la qualité de leur mise en œuvre. L'exposition 2013 ne déroge pas à la règle. Partant de l'ouvrage de Claude Levi-Strauss, Race et Histoire publié en 1951, Tous des Sauvages ambitionne d'expliquer au visiteur un fait troublant : dans chaque culture ou groupe humain, le rapport à l'autre, le regard sur l'étranger se structure selon un même réflexe : l'ethnocentrisme. Cela se traduit par une tendance à porter sur soi un regard de surestimation et en parallèle à dévaloriser l'autre. Par exemple, tous les peuples – ou presque – portent deux noms. Celui qu'ils se donnent, et celui que les autres peuples leur collent. Inuit – esquimaux, Tsitsita – cheyennes … Allemands – boches ! Si le premier reflète les qualités que le groupe s'attribue, le second, dévalorisant, indique les sentiments que ses voisins lui portent. Inuit : le peuple, esquimaux : mangeurs de viande crue. En Europe, nous avions l'habitude de qualifier certaines maladies comme étant d'origine étrangère. La Syphilis sera tour à tour un mal « français », « italien », « espagnol » ou « anglais » selon les pays. Cela passe aussi par l'invention de mythes et légendes sur les créatures fabuleuses, ou plus souvent terrifiantes qui sont censés peupler les confins du monde : cyclopes, géants, sirènes, créatures à deux têtes, l'autre lointain est ainsi rêvé, fantasmé – cauchemardé ! - comme n'étant pas humain mais monstrueux. Cela passe enfin par un sentiment de supériorité culturelle : grecs et romains antiques, Europe coloniale mais aussi Chine ou Japon, une culture en position de force a souvent tendance à se penser comme dispensatrice de l'intelligence et d'un mode de vie universel. Une telle exposition est à la fois passionnante pour les visiteurs intéressés par l'ethnologie et passablement périlleux pour ses organisateurs. Notre continent européen n'a en effet pas dérogé à la règle et son passé contient d'amples exemples de rapports de domination ou de soumission vis à vis d'autres peuples et cultures. L'écueil à éviter était double : ne pas nier le passé colonial européen et français ni en éviter les crimes, ne pas faire non plus de ce passé une chose exceptionnelle dans l'histoire de l'humanité, un crime unique et impardonnable appelant une stigmatisation éternelle. Comment faire prendre conscience à des visiteurs de la capacité de nuisance de leur culture sans pour autant basculer dans l'exigence de réparation, ou l'injonction de repentance, permanentes? C'est là toute la subtilité de cette exposition qui, tour à tour fascine, dégoute, passionne, terrifie, emplit de honte et nous réconcilie avec ce que nous sommes en définitive : des humains. Daoulas avait cet été cette petite étincelle de magie qui, in fine, nous amène à un regard calme et apaisé sur nous-mêmes. Au sortir de cette exposition exigeante, bon nombre de visiteurs sortaient sereins. Le signe d'un pari gagné pour les créateurs.

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Serge Mathurin Thébault

Minutieuse harmonie Au tournant d’une rue j’aperçois Becqueter moineau miettes de pain Le lampadaire griser un mur blanc D’une ocre lumière morose C’est saisissant de voir Deux toiles ainsi Juxtaposer Deux scènes De la vie ordinaire Que nul musée n’expose A l’instant même Où vos pas franchissent La limite du réel pour envahir Tout votre corps d’une Minutieuse harmonie Celée au regard Des autres vivants

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Paul-Jean Toulet Je déguste Un vers léger En Contrerimes De Paul-Jean Toulet Cela passe par ma gorge Se dépose sur les poumons Aère l’intérieur de La maison Du ballet Des poussières Cela sonne juste Précis et précieux Il l’a nommé le poème - Titre étrange Romances sans musique Je me récite sans fin cet exercice Qui m’amène si loin dans un lieu Ignoré de toutes cartes Où l’extase me saisit Première matière : « Dans Arles, où sont les Aliscans Quand l’ombre est rouge, sous les roses Et clair le temps »

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Génération machine à écrire J’avoue à mi-voix, Etre débordé Par la modernité, D’être rond comme flan Devant tablettes webcams Et autres inventions nées Du cerveau en furie De mon contemporain. Du matériel à ma disposition, J’en tire -soyons bon princeDix pour cent de ces possibilités Et si mon ordinateur pouvait parler Sûr qu’il me réprimanderait Sur l’espace libre que je lui laisse Alors qu’il fut formaté Pour avoir sa besace pleine. Je n’y puis rien. Je suis de la génération De la machine à écrire Avec papier carbone -s’il vous plaîtOù une faute de frappe vous faisait Tout recommencer Avec de la rage au fond des tripes À l’époque C’était pourtant « in » ces engins là Avec des noms poétiques À fendre l’âme des sensibles : Adler, Japy ou Olivetti Sur les touches desquels les doigts S’exerçaient À la cadence Du marteau piqueur Sur la feuille Blanche, vierge, innocente. Plus tard, je passais À l’élégance dactylographique Grâce à la magnanimité de mon père Qui m’offrit l’électrique de son entreprise Quand il prit sa retraite Elle me fit dix ans voire plus Lorsqu’un, encore plus mécène Que le paternel m’offrit un ordinateur Pour faciliter l’écriture D’une pièce théâtrale 12 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


C’était au Mans Entre pauvreté et paresse L’informatique coûtait chère Et posait ses bienheureux propriétaires Dans la catégorie convoitée de ceux Qui avaient les moyens Et le faisaient savoir Je vis son double En me promenant Avenue Bollée Bichonnée par les lampions Du commerce Trois à quatre fois Le salaire minium du moment Une fortune ! Surtout pour celui qui peinait À en faire un, en un trimestre Sans compter la fameuse imprimante Qui vous crachait Dans le bourdonnement de ses aiguilles Sa feuille imprimée Au bout de cinq minutes D’une musique lancinante et stridente J’ai conservé la relique par nostalgie Elle est là dans la chambre Avec sa bouche à disquette Et son design obsolète Il m’est même arrivé de ressortir Son antique accessoire pour montrer À un jeune le bruit que faisait l’outil Pour amener le texte Au jour du papier Cela a amené au milieu de son œil Un pétillement d’étonnement Comme s’il croyait voir À l’instant même de la démonstration Resurgir des eaux Le dinosaure D’un continent englouti J’ai fait corps avec cette machine Epouvantail d’un champ en jachère Et n’en peux plus m’en départir Mieux il me semble entendre Mes os couiner Sa perçante psalmodie

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gĂŠrard artal

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Il bruine sur la Creuse (billet de voyage) À l’enceinte du temps l’areau perd de sa vie Il n’est plus que débris épandus sans ardeur Le soc rubigineux se meurt dans l’infamie Un tableau en cession grimé de l’antérieur Des âmes ingénues bourradent ma pensée Orchestrant le conflit en marge des instants D’un désordre affranchi d’origine attestée Au regain ordinaire et d’échos concordants. À l’ombre d’un chacun la tradition s’épuise Plus rien ne se transmet du passé qui s’en va Le flambeau élusif brodait la convoitise Le sillon est comblé où germe le quota Si l’image gémit sous ma triste prunelle Jamais de mes larmes ne saurais la noyer Le dessein en est là, l’espérance cruelle Lemosin de l’antan garde espoir à l’orner.

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Un sourire à la mort Mon âme fait son offre au néant qui délivre À l’enclos du non être un aliène songeur Écorçant l’affliction l’abrogeant de survivre Une ombre d’illusion vers son règne vapeur Je la sens exceller s’enfonçant vers les cieux Tout passant à l’ajour d’une blanche lumière Furtive confession ils se fondent mes vœux Ignorant le remords et traînées de l’arrière En ce monde masqué au langage ingénieux Me préserve muet projetant l’apparence Les sonores vertus font le miel élogieux Ce domaine est cruel je m’accorde l’absence Sur la voie inconnue j’envisage l’espoir En finir d’ici bas des ombrées de l’enceinte Les madrés cauteleux et rajah du pouvoir Un sourire à la mort céder à son étreinte

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Au pasquier ce printemps Aux dernières lueurs à celles du coucher Du soleil et des gens de la ville assoupie L’hiver s’épuise alors au soupir du berger Qu’aussitôt il perçoit son ombre épanouie Comme un ange collé sur le bec du flûteau Il célèbre le ciel et le doux paysage Où broute la brebis les baumes du coteau Que livrent au vertige les frissons de l’herbage Ému dans son repli sur le toit du pasquier Sachant le printemps là à sa part quotidienne L’étoile pastressa il saura la chanter Tout en vers au répit que la veillée fait sienne La saison des ébats la plus pure à son cœur Dévote à l’agrément par le clair d’une lune L’agnelle pour bientôt l’amandier fait sa fleur Le rêve est amorcé courtisons la fortune

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laure bolatre

18 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Assassiner Je l'ai tué ! J'ai pris la lame de mon cœur et je l'ai brisé ! J’ai vu dans ses yeux la peur, Mais je ne me suis pas arrêtée ! Je ne l'ai pas trahi, juste anéanti. Mon âme torturée saigne ses paroles assassines, Qu'importe ! Elles s’envoleront dans le silence de l’oubli. Je pars ! Ignorant son appel, ses vérités mensongères, Il me faut le quitter sinon je ne survivrai pas, Le feu de son amour me consume, Marque mes chairs tel un fer rouge, Souvenir indélébile de son emprise. Il survivra ou peut être pas ? Son trépas ne sera pas le mien ! Assassiner un amour prison, Prendre perpétuité de liberté, Valait bien de le tuer À coup d’adieu…

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Il pleure Les larmes s'écoulent en silence. Ses yeux lui font mal, Mais cette douleur n'est rien : Il regarde cet enfant au sourire inquiet, Il ne comprend pas, Comment lui dire ? Il voudrait lui expliquer Mais, pour cela, Lui-même devrait comprendre, admettre, Et son cœur refuse. Tandis qu'à côté elle fait ses valises En chantonnant Il se remémore ses paroles illusoires. Il pensait lui avoir tout donné Peut-être n'a-t-il pas su l'aimer ? À quel moment l'a-t-elle oublié ? Il se pensait homme de cœur N'était qu'un pion Elle aurait pu être sa reine Mais il n'est qu'un roi déchu. Son royaume brûle comme son âme, Seule une de ses larmes pourrait Apaiser sa brûlure Mais il lui faut lui dire adieu, Un dernier baiser sur une joue enfantine, Sourire pour qu’il ne souffre pas, Lui souhaiter bonne chance, Et refermer la porte Sur ses rêves brisés, Avec pour seule espérance : Le regard de cet enfant… Et le souvenir d’une chevelure de reine.

20 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Rêveuse Je suis une rêveuse : Je me perds dans mes pensées Pour oublier qui je suis. Je me perds corps et âme Dans le silence des mots Je me mets à nue Pour vous dévoiler La plus petite parcelle De mes rêves J'écris ma vie Pour vous confier Mon sourire Voile de pluie dans mon cœur déchiré, À l'écoute de vos envies Je n'existe plus qu'à travers les autres Personnages imaginaires Qui peuplent mon monde futile Mais qui me protègent du désespoir En masquant mon désarroi De n'être que moi-même Dans une réalité Qui blesse, égratigne mes espoirs Me faisant oublier qui je suis : Une rêveuse au cœur qui saigne De tous ses rêves inachevés, Enfouis dans un futur Les mots seront mon éternité Mon imagination mon tombeau, Pour un sourire ou une larme, Je serai toujours votre débitrice….

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cicero melo

22 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


La malle J’ai jeté la malle à la mer mais, la mer me l’a renvoyée. Je l’ai jetée, de nouveau, à la mer mais, la mer me l’a renvoyée. J’ai jeté, moi et la malle, à la mer. La mer a renvoyé la malle, mais elle n’a pas me renvoyé.

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La chanson du noyé Fille des sources, des forêts, des bois, des fleuves sacrés, que fais transposée ?  Ici c’est le côté des brumes, des marais et de l’Estige. Que fais à mon côté ? Fille des bois, des fleuves et des sources, que fais transposée à mon côté ? Ici c’est un côté sans bords, sans ombre et sans corps, un ludique lac.  Fille des fleuves, que fais à côté du noyé ?

24 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Ombre Il y avait une femme au dehors du miroir dans lequel habitait mon corps oublié. Il y avait une femme au dehors de moi. Il y avait, je suis sûre, une femme dehors. Ne dites pas que j’ai rêvé. Il y avait une femme au dehors de moi. Et je l’aimais.  Il y avait une femme au dehors du miroir et au dedans d’elle, un autre miroir existait.

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frédéric javelaud - pollara 1 - 2013

dossier spécial

26 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


bord de mer LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013 27


Route 132, QuĂŠbec, 2010

peggy faye

28 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Route 132, Québec, 2010

LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013 29


Jumunjin, CorĂŠe du sud, 2010

30 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Matosinhos, Portugal, 2012

LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013 31


Route 132, Québec, 2010

32 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Matosinhos, Portugal, 2012

LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013 33


jean botquin extraits les épousailles des ombres

3 haïkus extraits de Les épousailles des ombres de Jean Botquin Éditions du Cygne, Paris 2013 34 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


La mer nous encercle De ses anses sauvages Aux esquifs d’aurore

Falaises abruptes Surplomb spectral des mémoires Face à la mer dévoreuse

De barre en vague La mer écume à nos pieds Nos âmes s’érodent

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jacques cauda

Jardins de mer 36 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


‘‘ L’eau m’ échappe... me file entre les doigts. Et encore ! Ce n’est même pas si net (qu’un lézard ou une grenouille) : il m’en reste aux mains des traces, des taches, relativement longues à sécher ou qu’ il faut essuyer. Elle m’ échappe et cependant me manque, sans que j’y puisse grand chose. Idéologiquement c’est la même chose : elle m’ échappe, échappe à toute définition, mais laisse dans mon esprit et sur ce papier des traces, des taches informes. ’’ Francis Ponge

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jardins de mer est à voir comme un voyage qui prendra la forme d’une déchronologie dans laquelle la peinture tiendra lieu d’étapes. Stendhal avait senti qu’il y a dans l’image une déchirure qui est au cœur de l’aporie de la description. Sans nul doute. La peinture maintient un territoire dont le moteur essentiel est de réparer cette déchirure sans renoncer à la voir. Et l’eau, la mer, dans ce voyage, en est le révélateur confondu à la peinture qui s’échappe sans cesse, comme l’écrit Ponge, mais qui laisse des traces de couleurs, des signes où le regard va et vient de signe en signe, pointant ainsi une profondeur qui nappe l’ensemble de la surface.

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Aujourd’hui, il est devenu impossible à la peinture de s’appuyer sur le réel. Son seul et unique objet, qui est une donnée intangible du monde contemporain, ne saurait être autrement, ni autre chose, qu’une image ! C’est pourquoi, il s’impose de prendre appui sur un déjà-vu, autrement dit sur une photographie, réglant ainsi (de façon provisoire, à l’évidence) la dualité posée de toute éternité dans la peinture, entre l’imitation et l’invention. Entre le reproduit et le représenté. La question du reproduit étant close, par l’emploi de la photographie, il ne reste plus qu’à instaurer une problématique de l’imaginaire. En laissant la mer se faire et se défaire au fil du pinceau comme des sortes

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d’écritures, des arabesques si chères à Moreau, Matisse, Pollock, des pleins, des vides et des déliés de couleurs qui ouvrent par ailleurs une nouvelle dualité : peindre/écrire… Peindre en répétant les mots de Cézanne lorsqu’il a peint sa Vieille au chapelet : « J’y vois un ton Flaubert, une couleur bleuâtre et rousse qui se dégage de Madame Bovary.  » Ou écrire une « psychologie cubiste » comme Proust l’évoque dans la Recherche ? La question est posée. Jardins de mer se réfère explicitement à Monet. Parce qu’il y a cette même collision de deux réalités. Chez Monet, il s’agit de reflets qui se mêlent aux nymphéas, du ciel

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dans lequel le spectateur trempe bizarrement les pieds. Ici, ce sont la peinture et la photographie qui se trouvent et se retrouvent sur le même plan, comme le ciel et l’eau chez Monet. Il y a également cette perception de la vague, cette chose mobile, fixée à la volée, en donner tout au moins la sensation, dira Monet. Geste qui sera repris, plus tard, par Pollock, et qui est ici représenté. La peinture, comme semée à la volée, créant des algues folles, des stries, des entrelacs, des flaques liquides et des goémons de couleurs. En somme, un voyage marin parmi des jardins.

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didier lestrade

C’est nous qui avons changé, pas la mer un débat

agite depuis quelque temps les plages de Californie. La loi voudrait interdire un des plus beaux rites des ados américains, le feu sur la plage, la nuit, avec les bières, le joint, la lune. C'est vrai que tous ces feux qui brûlent du bois flotté, ce n’est pas écologique. Mais le bois flotté reste une denrée commune sur les plages de Los Angeles, en tout cas j'en ai vu beaucoup il y a encore 7 ans. Et pourquoi aseptiser la plage avec des hologrammes qui vont remplacer les feux de bois, exactement comme le feu de cheminée a été remplacé par The Log on TV ? J'ai toujours trouvé extrêmement logique que les deux plus grands hymnes à la mer aient été composés par des hommes sensibles, Trenet et Debussy. La mer est un des refuges gays, celui de l'avant dernière plage de Caparica à Lisbonne, quand les gays pouvaient draguer là où les hétéros ne s'aventuraient plus, à la plage 19. C'est un symbole culturel car, dans beaucoup de pays, la plage gay est souvent la plus éloignée, la plus escarpée, celle qui a un accès difficile. Il faut marcher longtemps pour se retrouver entre hommes dans les buissons, et les passages dans le sable qui mènent à ces antichambres ont été piétinés par des milliers d'hommes pendant des décennies. On y trouve les habitudes de leurs rondes, leurs points de vigie et leurs cachettes. À travers l'expérience de tous ces hommes qui ont pris du plaisir ici, sous le soleil, avec les vagues de l'océan qui frappent lourdement sur le sable en fin d'après-midi au moment de la marée montante, l'homosexualité a trouvé du réconfort et parfois l'amour, souvent la déception aussi. La mer semble être pour les gays ce qu'elle est pour tout le monde : l'endroit où l'on aime se souvenir. Les photos sont innombrables, le sexe est sous-jacent, on n'est vraiment pas à la montagne quoi ! La mer rend tout sexuel, c'est connu. Mais le tableau n'est pas aussi parfait. Il faut bien reconnaître que les gays ont tendance à foutre la mer en l'air quand ils débarquent en grand nombre. Ibiza, Fire Island, Palm Beach, Sitges, the Keys, la liste est longue de plages magiques transformées en vingt ans à peine en béton bling. Ce qui nous attirait dans cette simplicité aveuglante de la mer, nous l'avons transformé en clubs vulgaires avec un sound system 10K qui passe en boucle le même 42 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013

type de House répétitive poussée par 500 DJ's tatoués et très motivés à l'idée d'oblitérer le son des vagues, tout en effrayant au maximum les oiseaux et toute la faune locale. Là où se trouvait l'effervescence d'un petit port de Grèce déjà glamour en 1982, les gays ont fait de Mykonos un endroit de cauchemar où il est impossible de tenir plus d'une journée, même ivre mort. Pour attirer les gays du monde entier, les villes de Floride ont payé des publireportages clefs en main aux magazines gays tels que Têtu. Je le sais, j'ai vu publier ces plans promo sous mes yeux. Saison après saison, la démesure s'est installée jusqu'à ce que ces îles finissent par déborder. Certaines, comme Ibiza, sont en train de se battre contre la surévaluation qui a fait leur fortune. Les gays découvrent, proportionnent, transforment puis laissent la ville, son île et la mer qui l'entourent à la seconde vague de touristes russes et italiens, encore plus bruyants. C'est comme à Wall Street. Ils mâchouillent un écrin de rêve et switchent sans regret vers une autre destination car notre planète est ainsi: elle regorge d'endroits magiques où la mer est encore plus transparente et les baleines plus grosses. Puerto Vallarta, c'est fini, Florianópolis aussi, des régions entières passées au napalm gay du Rainbow flag et du bareback officialisé puisque le tourisme sexuel est là aussi. Cette relation difficile qu'ont les gays avec la mer se retrouve sur Tumblr avec, finalement, peu de photos sur la rive d'un océan. Les hypsters ont marqué leur différence en se tournant vers les lacs intérieurs, si nombreux aux USA et au Canada, ces petites mers intimes dans lesquelles on les voit plonger, jouer, faire des feux de bois et tout d'un coup, poser sérieusement en silence devant un objectif d'appareil à photo. Survolez l'Amérique et vous voyez toutes ces petites tâches d'eau: ce sont les lacs et dans chaque lac, il y a une tribu d'homosexuels. Il y a la tribu d'AA Bronson, celle de Brian Kenny, celle de Gus van Sant, celle des Radical Faeries old et new school, etc. Les gays d'aujourd'hui jouent au Walden d'avant, près de la nature, dans un rapport romancé qui ne trompe personne mais qui est toujours mieux que deux folles portant des slips roses American Apparel sur la terrasse de l'Eden Roc Miami. La photographie moderne a changé notre relation avec la plage et les choses importantes qui s'y passent. On oublie le soleil, les vagues, les coquillages, ramasser les détritus


usés par le sel et le ressac, qui ressemblent à des bijoux délaissés par Neptune. Dans le porno, un seul film récent est parvenu à rendre Fire Island très proche de ce qu'était cette île à la fin des années 80. Men In The Sand de Jacke Deckard chez Ray Dragon montre tous les classiques de cet endroit avec une photographie rappelant les vieux Falcon mais en mieux. Avec un cast d'acteurs modernes qui ont tous un following respectable de fans sur Tumblr et Twitter (Colby Keller, Dale Cooper, etc.), ce film est un hommage à une manière de vivre et de draguer au bord de l'océan, cool, décontractée. J'ai déjà souligné que le seul moment où l'on sait pour sûr que l'on est au temps présent, c'est quand un acteur consulte son iPhone. C'est fait exprès. Autrement, on peut très bien imaginer les gays et les lesbiennes vivant (plus ou moins) de la même manière dans la partie plus authentique de Fire Island, Cherry Grove. Ça m'a beaucoup marqué de vivre cette expérience à la fin des années 80, le Tea Dance du Pavilion ouvert, sans murs, où on dansait entre garçons et filles, sans prétention. Je parle de ce film parce qu'il est vraiment réalisé pour revenir à la base d'un mythe sentimental et érotique des gays au bord de la mer. Ce n'est pas uniquement une question de sexe car il y a beaucoup de moments qui ressemblent à de la flânerie pure dans ce film. On se dit que ce type de sexe existe là, et pas à Provincetown, parce qu'il existe une conjonction dans le ciel qui a attiré la minorité sexuelle dès les années 40, ce que raconte merveilleusement bien un autre livre que personne n'a lu de ce côté de l'Atlantique: Cherry Grove Fire Island, Sixty Years In America's First Gay & Lesbian Town d'Esther Newton (Beacon Press, 1995). Dans le cinéma gay, le lien entre le drame et la mer reste un sujet comme le prouve Contracorriente du péruvien Javier Fuentes-Leon (2009) mais même L'inconnu du Lac d'Alain Giraudie ou Keep The Lights On d'Ira Sacks marquent le signe du glissement de la mer vers le lac. Est-ce que la mer sans vagues est plus safe pour les gays d'aujourd'hui? L'océan estil trop vaste, trop ouvert pour une communauté qui adore toujours s'enfermer entre quatre murs, refusant d'être jugée?

par des piscines immenses dans lesquelles même le sound system est subaquatique, 50 années de béton et d'eau de toilette Calvin Klein ont fait faner les fleurs des rivages et des rochers. Il y a un flacon Sephora dans une flaque d'eau de la plage de Tel-Aviv. Il y a une chemise Franklin & Marshall à 120 euros oubliée sur une branche de buisson du parking du Porge à Lacanau. La plage de la Souris Chaude à la Réunion n'est plus la même. Les gays plus intelligents ont trouvé de nouvelles destinations en Asie, en Australie, en Tasmanie, qu'ils gardent secrètes avec d'autres hétéros illuminés post House, post Ecstasy, post tout. On va dire, car je connais les haters de 30 ans, que je suis encore dans un mode c'était mieux avant. Je ne fais pourtant que questionner ici le fonctionnement gay que j'adorais au début: découvrir et entretenir une plage, mettre des capotes gratuites dans des sceaux en plastique dans les branches basses des arbres du Meat Rack, dire bonjour à la personne que vous croisez sur le chemin en bois de Fire Island, heureux et un peu bourré en rentrant d'un petit restau sans chichi de Cherry Grove qui fait un cheeseburger to die for, rendu encore meilleur par la fringale du bord de mer. Faire durer un yaourt grec, assis au bord d'un petit port, les jambes ballantes au-dessus des vagues. Prendre une navette pour Super Paradise avec 5 personnes au lieu des 100 personnes actuelles, serrées comme les proverbiales sardines, qui se regardent toutes sur Grindr. Se poser les questions que l'océan fait surgir de votre esprit à chaque fois qu'on le voit, à cause de son immensité, sans entendre à plein volume le dernier Christina Aguillera on a high note of Ginseng. La mer est le cadeau de ce que nous sommes et c'est pourquoi 15 jours face à l'immensité à cet effet régénérant sur notre mental. C'est une potion magique que les gays d'aujourd'hui mélangent avec une Vodka pomme. La silhouette trouble du vieux gay sur les dunes du Cap Ferret a été remplacée par celle d'un mec de 80 kilos pour 1m87, 35 ans, séropo mais indétectable, avec un tatoo dans le bas du dos, comme si nous n’avions pas compris. Chances are, il baise bien et il est peut être sympa. Et il va vous faire oublier la belle époque.

Entre la mer de Trenet et Debussy et la mer remplacée LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013 43


Stéphan, Pollara, 2013

// C //

frédéric javelaud

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StĂŠphan, Pollara, 2013

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Thomas & Damien, Cassis, 2013

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Éric, Malfa, 2013

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Manon, Cassis, 2013

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Mouette, Figuières, 2013

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Pollara, 2013

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Pollara, 2013

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Seb Doubinsky 3 non-sutras

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1. nuages cailloux géants dans une riviére -immense enjambée

clouds  like giant rocks in a river -huge step

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2. les noms sont les non-ego de notre 창me

names are the non-egos of our soul

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3. la poésie comme les mots est limitée par le language le language comme l’imagination est limité par la mort la mort comme l’humanité est limitée par la poésie

poetry like words is limited by language language like imagination is limited by death death like mankind is limited by poetry

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Henri Aram Hairabédian interview teklal néguib

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Parle nous un peu de toi ?

Quel a été ton parcours professionnel ?

Bien avant midi sculpteur dans mon atelier, et bien après minuit romancier à ma table de travail pour vous faire partager mes émotions mes recherches; tel est mon chemin. La nuit tous les « a » sont « i », la mise à l’ordre de la page blanche s’impose.

Il y eu auparavant tout un fagot de métiers merveilleux. Un peu d’imprimerie ici et là. Un peu de chansons en cabarets parisiens. L’édition chez Nathan, ou mon patron Jean-Jacques m’initia aux valeurs qui me conduisent toujours. Je n’eu hélas pas le temps de lui dire. Radio France mettait en place un réseau de radio locales. J’y fis mon bout de chemin. Animateur, responsable de programmes, directeur…et patatras je n’étais qu’un saltimbanque ; ils n’en voulurent qu’un moment. Je découvrais l’intolérance, la rumeur et la grande bêtise des hommes à cervelles chromées. Tant pis pour eux, j’allais enfin pouvoir me consacrer à la sculpture et l’écriture. La sculpture le jour. La taille de la pierre restant impassiblement brute. Pierres de la garrigue accompagnées, révélées et non transformées. Le marbre de Carrare et de Paros, mes petites coquetteries de formes sensuelles, et puis maintenant l’ardoise plus austère, m’imposant un autre chemin, pour des pages de pierres, trait d’union avec l’écriture.

Comment es-tu venu à l’écriture ? Quelles sont tes sources d’inspiration ? Ce n’est pas affaire d’inspiration, même s’il ne faut pas rejeter, la caresse de l’aile d’un ange. Tout a commencé « comme tant d’autres » par les cahiers secrets qui sont autant de confidences prématurées, mais c’est un bon travail d’apprenti ; le maitre veille. Il a pour nom, librairie, bibliothèque, vides-greniers… Et là on prend un livre par coïncidence heureuse, bien qu’il soit défraichi, abandonné, voire rejeté. On a les mains qui tremblent, le cœur affolé car on vient de lire pour la première fois, quelques lignes d’un Rainer Maria Rilke, Brautigan, Le Clésio, Henri Miller…Tant et tant vont suivre, et la tentation est grande de préserver la sagesse du silence…

Quels sont tes précédents ouvrages ? Mais je ne suis pas sage. J’aime la rue quand elle bouge, j’aime les filles et les garçons quand ils s’indignent et espèrent. J’aime l’humanité dans son potentiel d’amour fraternel, et je fais miennes les pensées selon lesquelles « la nuit est le cri de la lumière » « je pense donc je gène » « la tendresse est une jouissance sans fin »… Ce furent les textes pour une « locale » de Radio-France : « les Nuits d’Haîra » « La Dame de Carrare » un premier roman inspiré de mes séjours « dans le marbre Italien » que j’eu la faiblesse de laisser paraître sous un autre titre. Des livres dit d’artistes, « Pétales et flocons » aphorismes et réflexions quotidiennes. « L’Aventure espiègle et désinvolte d’une petite lettre d’amour froissée » un petit bijou d’émotions, à peine plus long que le titre.... Voici « Dis-lui son nom » aux éditions Parenthèses. Nous y reviendrons.

Parle nous de ton roman Dis-lui son nom, que j’ai d’ailleurs beaucoup apprécié !

Alors quelques mots à propos de Dis-lui son nom. L’éditeur a noté en quatrième de couverture : « L’île de Ré et La Rochelle comme décor. Autour de l’atelier de reliure, Costa, personnage récurrent aux côtés de Jean, plongé dans une obsédante recherche pour recouvrer la mémoire. Une malle, un carnet, des photos jaunies, quelques coupures de journaux, des protagonistes de pays lointains... À Chypre ou dans les rues d’Athènes, des prénoms d’ailleurs rappellent une douleur et un combat enfouis. Des armes, des diplomates, des attentats... Ce récit haletant, enrichi d’éclairages couleur sépia, vient documenter une histoire qui trouve son origine il y a près d’un siècle, ressurgit dans les années soixante-dix et, « le temps passant », se conclut dans une capitale caucasienne à l’ombre d’une montagne symbole. Dire son nom, c’est toujours retrouver ses origines. » Difficile de mieux faire. Cependant, on décèle assez facilement la crainte d’être rejeté si les « choses » se précisent. Offrir « aux médias » un alibi. Comprend qui veut bien sur ; Il faut pourtant, nommer pour nommer que les choses soient dites.

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Le roman traite du génocide arménien, pourquoi avoir choisi ce thème ? L’essence de cette chronique romancée : le génocide des Arméniens de 1915 (et même plus) l’engagement des résistants arméniens de l’ASALA, l’ignominie des négationnistes, et ce constat : « le mal ne vient pas seulement des hommes mauvais, mais aussi du silence des hommes bons ». On nous prie d’entendre « les priorités ». Toujours la même antienne, la soumission des dominés pour renforcer plus encore les dominants. On nous dit : mais laisser les historiens faire leur travail. Oups ! Quid des 1.500.000 morts ? As t’on déjà oublié Hitler auquel on évoquait les risques face au projet d’holocauste du peuple juif, quand il répondait « qui parle encore des Arméniens ? »... Nous sommes en 1938, l’édification des fours crématoires commence. « On » demande des preuves ? La diaspora. Que font de par le monde les cinq millions enfants et petits enfants des déportés dans le désert de Deir ez-Zor ? Des fils et

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filles orphelins de parents sans sépulture. L’Allemagne ne fut pas moins grande de reconnaitre la hideur commise par leurs ainés. La Turquie serait grandie en reconnaissant la faute de l’empire Ottoman. Je n’ai pas de haine, mais une morale à honorer. Certes, nous avons un avenir car la France fut une terre d’accueil exemplaire, où ces émigrés eurent à cœur d’être à la hauteur de la confiance qu’on mettait en eux. Mais nous avons aussi une mémoire à la veille du centenaire du premier génocide du XXe siècle. Une dernière chose concernant ce livre qui compte tout de même. Un homme de radio m’a dit lors d’une proposition d’interview sur son antenne : -Oh, encore les Arméniens ! Sic. CQFD. « Le mal ne vient pas seulement des hommes mauvais, mais aussi du silence des hommes bons ». J’avance avec la tranquille certitude que les forêts sont belles parce que les arbres sont tordus. Mais quand il faut armer un bateau un bon mat bien vertical s’impose. Le bonheur, toujours cette aspiration au bonheur ; alors je me répète : Délaisse cet otage, ce prisonnier des convenances, des apparences, évade toi de ta cellule, change de focale aborde la voute étoilée, et laisse aux murs de ta prison secrète se faner les coquelicots de tes chimères.

Tu as sorti un livre récemment ? Mes deux derniers sont parus chez Jacques Flament Editions. Baiser la mort : ...Nina c’est la femme. Lui, c’est « mon homme » comme elle le dit et le prouve, offrant tout son amour à ce gisant baigné de souvenirs pour éclairer son dernier bout de chemin, jusqu’à cet éblouissement d’éternité… et Les orgues de basalte

As-tu un site sur lequel on puisse te retrouver ? Pour en savoir plus sur mes livres et mes sculptures : www.hairabedian.fr mon blog : la-joie-des-hommes-libres.over-blog.com http://www.jacquesflament-editions.com


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Khalid EL Morabethi

Elle dort Elle dort  Sa vie se résume à peu de choses  Peut-être, elle attend la mort  Elle ne fait que  Dormir, se réveiller  Retourner au lit, boire de l’eau et vomir  Vomir encore puis rendormir  Ce n’est plus confortable  Retourner au lit, cherchant l’espoir introuvable   Elle,  Pleure,  Sans arrêt, elle n’est plus la jolie fleur  Des marches de plus, un piège ouvert  Un désert de cailloux  Et madame la mort prend le rôle d’une personne chère 

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Parler  Sourire  Elle lutte pour le garder  Puis retourner dormir sur la cuvette des toilettes  Se relever péniblement et sentir le monde tourner  Pas d’herbe fraiche, pas de source pure  Juste des roches coupantes qui blessent quand on veut s’y appuyer  Alors, retourner au lit  Une impression d’être veille  Malade  S’assoir pour ne pas tomber  Elle crie mais  Personne ne l’entend  Malheureusement Elle crie encore puis …  Un silence  Elle crie une dernière fois  Elle prie Suppliant milles fois un regard  De sa part  Elle s’est tournée vers moi et elle m’a dit :  ‘’ Je suis La vie , Hélas , trois fois Hélas ‘’  

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L'aveugle et le sourd L’aveugle leva la tète et d’une voix forte, il dit :   Avez-vous vu un cœur dur en train de pleurer ? Avez-vous vu le Bien mentir, trahir, détruire et jurer que seule la vérité se dira ? Avez-vous vu le Mal écrire des messages d’excuses à ses victimes et prier jour et nuit pour que Dieu lui pardonne ? Le ciel n’arrête jamais d’envoyer des messages Avez-vous pris le temps de les lire ? Le ciel n’arrête pas d’envoyer des signes Avez-vous pensé à comment vous allez mourir ? Comment peut-on libérer la réalité prisonnière ? Comment peut-on battre les mensonges ? Et ce pauvre  reître ami de la solitude, pourra t’il gagner cette guerre ? Avez-vous vu La joie dormir terrassée de tristesse Le bonheur ailleurs, ne dort plus, rongé de chagrin et de faiblesse Plus loin, derrière les montagnes, la solitude grise d’un Espoir cher Pourquoi les fils rejettent-ils leur seul père ? Avez-vous vu La lune fleurir la tombe de la lumière   Là bas le héros judicieux remplit ses heures D’un vin lourd qui l’aide à supporter le vide et la douleur Avez-vous vu le philosophe, l’enfant L’enfant qui veut mettre l’oubli sur son passé Pour que les douleurs de la mémoire  soient effacées L’enfant, l’orphelin qui veut tracer le chemin de son futur vers le bonheur Il n’a pas pu. Malheur

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Le sourd regarda le peuple assemblé à nouveau et il dit : J’ai bien entendu Avez-vous pu entendre ? J’entends des cris La réalité crie plus fort mais personne ne l’entend Elle parle à haute voix. Elle parle avec ses sentiments Écoutez-la. Il n’est pas trop tard. Il est encore temps Avez-vous pu entendre ? Le grand cœur, séraphin qui n’arrête pas d’hurler  Le grand cœur, le vénérable qui n’arrête pas de vous dire ‘’ Ecoutez ‘’ Ecoutez vos cœurs Ecoutez vos cœurs qui pleurent sans que vous le sentiez Ecoutez vos cœurs avant qu’ils ne meurent L’ange, le bienfaiteur, le protecteur, parle encore Ecoutez-moi, écoutez-le, écoutez la voix d’or Peut-être Dieu écoutera vos prières.  Peut-être Dieu vous rendra la chose la plus chère.

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Gaëtan Sortet

L’Alpha blet Mr Artaud ou tard me monte au nez. Mr Bashô. Le roi des moules. Mr Césaire fut saisi de césure saisonnière. 16 fois. Mr Desproges et Mme Niture ont eu de beaux enfants. Mr Eluard n’a pas voté 100 mètres carrés. Mr Faulkner de la guerre est mort sans le sou. Mr Genet pendant le carême et mangeait comme un cochon le reste de l’année. Mr Horace en voie disparition est entré dans la course. Mr Izoard aurait pu s’appeler Mr Utérus. Mr Jarry de bon coeur d’artichaut lapin multicéréales. Mr Kerouac est sur la route de Mexico-City et chante le blues. Mr Lautréamont s’appelait dans une vie antérieure Mr Lunenaval. Mr Michaux mi-froid n’était pas tiède pour autant. Mr Norge a des oignons dans la gorge. Mr Orwell n’est pas né en 1984. Mr Prévert ou Mr Postalexandrin ? La question demeure. Mr Queneau cherchait Zazie dans le bus. Elle était dans le métro. Mr Ruteboeuf cherche rutevache pour faire ruteveaux. Mr Soupault de chagrin n’était pas Breton mais Normand. Mr Tzara tousse trop. Non! Mr Tzara tousse tra. Mr Uderzo et Astérix sont sur un bateau. Astérix tombe à l’eau. Qui reste-t-il? Mr Villon, quand il se balade, ce n’est pas avec des gens heureux mais avec des pendus. Mr Wordsworth n’a pas un nom facile à prononcer. Mr X préfère rester anonyme. Mr Yourcenar s’appelle Madame. Mr Zola est fromager en Italie. Prénom : Gorgone.

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Lettres et le néant A. Tire-larigot ou laqueuleuleu. C’est selon. B. Comme une bouche. C. Tout mais ne dit rien. D. À coudre. À en découdre. E. À la coque le matin avec un jus d’ange en or. F. As. Frite. Cefera. G. Comme le poing. H. De guerre.  De naguère. I. Sabelle a les yeux bleus. J. Vais de ce pas. K. Verne comme Jules. L. S’envole. M. Le mot dit. N. Préfère M. O. Dieu... Un chanteur, je crois. P. À votre âme. Q. Comme un film. R. Comme une autoroute. S. Poire. Prix. Pagnol. T. D’oreiller. Pour les connaisseurs. U. Cheval. V. Saut spatial. W. Double riz. Double thé. X. Voir Q. Y. Le millionaire. Z. Comme le mot de la fin.

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Serge Mathurin Thébault

Jehan Rictus Vu en flânant Sur l’étal d’un bouquiniste Quai de la Seine Un « poète d’aujourd’hui » Signé Théophile Briant Sur l’œuvre du gouaillant Jehan Rictus Voilà trace discrète Sur la mémoire des hommes Mais trace quand même Qui invite un lecteur À creuser au fond de lui-même Le merveilleux qui entretient Le tabernacle de son âme.

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L’ambulance Banquette d’un corridor Hôtel de Ville Paris Où je suis assis Casquette sur la tête Chaussures usées Chemise ancienne J’épile le temps D’une kyrielle de sons Immiscés dans le muscle même Du mot.

C’est étrange ce goût du poème Pour la diversité des lieux Où exprimer sa présence Tout à l’heure C’est dans la rue Qu’il me fit cueillir Une anonyme attitude Au milieu de la foule Maintenant Attendant l’amitié Dans le silence marbré Des ors de la république Il saisit mon oreille Pour capter les bruits Du trafic des hommes Au milieu desquels S’illustre magnifique Le klaxon d’une ambulance Pressée de sauver une vie

Hôtel de Ville En attendant François ESPERET 3 mai 2013

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La consonne muette Viens donc dans cette gorge Le rauque souffle de la mort Un peuplier écarte la rivière Du cours des étoiles un mouton Pâlit sous la lune et interminable Se condense sur la vitre des larmes Salées une vie vécue en dehors de soi Je ne parle pas avec sérénité ce jour L’ai-je fait une seule fois Sans me duper moi-même ? Je sens picoter ma peau Du sang frais des agneaux égorgés Au milieu du sacrifice Du tumulte Je ne suis point d’hier si peu du présent Je ne me prépare pas d’avenir J’oscille dans la corbeille de la démence J’organise une fuite dans les vestiges J’inaugure un nouveau chant Qui pourrait être le dernier C’est Paris qui court dans la rue Une flûte praguoise où s’ébrouent Des notes distordues qui tentent L’harmonie c’est l’essuie de la pluie Qui fouette le visage

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La belle demeure D’un temps dans les praires verdoyantes En une ancienne poste où croire Au monde était un ahurissant espoir C’est des corps qui s’étirent Humains ou animaux Des pelages soyeux Des reines d’antiquité C’est le «ce » que je cherche Sans toutefois le toucher Un Montmartre Enfoui dans les pages d’un vieux livre Une sonate aigüe où s’appuie le néant Je suis seul et une multitude Je prépare l’envol du gardien Des phares Stoïque émerveillé renouvelé Toujours mortel en son immortalité Au volant d’un engin happé de folie Je traverse les routes Etranger d’un moi qui demeure Au milieu de l’alphabet La consonne muette La voyelle aphone

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Porto, Portugal, 2012

peggy faye

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Jersey City, U.S.A., 2012

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Sydney, Australia, 2013

72 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Singapour, 2012

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RoquefortlaBĂŠdoule, France, 2012

74 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Montpellier, France, 2012

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Paris, France, 2011

76 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Montréal, Québec, 2013

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Sydney, Australia, 2013

78 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013


Tokyo, Japon, 2010

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Les contributeurs

teklal néguib Fondatrice et directrice de publication de L.ART en Loire, elle est une écrivaine métisse et postcoloniale. Ancienne rédac'chef d'une revue d'école professionnelle, elle contribue aux revues Minorités et Artefact. Publiée par le site Poésie Webnet, et membre de French Writers Worldwide, ses thèmes de recherche sont l'identité et la poétique des paysages. lesœuvresdeteklalneguib. yolasite.com

Jean Botquin Poète, romancier et nouvelliste. Il a publié 16 ouvrages chez divers éditeurs belges et français. Notamment : 3 romans, L’arbre des exécuteurs, La blessure de l’obsidienne, Boris et Boris. 1 récit : La transhumance des Banquiers. Un recueil de 19 nouvelles : La gondole de l’Orient Express. Il vient de sortir aux Editions du Cygne, à Paris, son onzième recueil de poésie sous le titre de Les épousailles des ombres, un recueil de 200 haïkus.

manuel atreide Blogueur et journaliste, spécialiste de la révolution digitale et passionné par l’information, il collabore notamment au site Minorités ainsi qu’au journal d’information politique l’Hémicycle.

Jacques Cauda Réalisateur, écrivain, peintre et photographe. En 2000, il interrompt sa carrière de documentariste pour créer le mouvement surfiguratif dont il exposera les grandes lignes dans un manifeste Toute la lumière sur la figure. « Surfigurer, écrit-il,  c’est prendre pour objet des sensations dont la source n’est plus le réel mais sa représentation rétinienne. Le monde est devenu une immense image aveugle qu’il faut revoir afin de lui redonner un regard ». Portraits, animaux et végétaux, sont les objets privilégiés qui (sur)figurent dans sa peinture.

Serge Mathurin Thébault Membre du mouvement @rt-chignaned, dont l’objet est l’art de « vivre en poésie », il est un poète et dramaturge français, né à Auray en Bretagne (Morbihan). Gérard Artal Passionné de poésie et littérature membre de la Société des poètes français 2011 - 3e prix International « l'Encre Bleue » Cavalaire sur Mer 2010 - 2e prix International de poésie francophone Alliance française de Lyon 2008 - 1er prix Concours de poésie Midiblog.com et Midi Presse de l'Aveyron... Divers autres prix sur Internet Un roman historique Qui était L.P Environ 450 poèmes sur site internet. Laure Bolatre Née à Bourges comme Berthe Morisot et Vladimir Jankélévitch. D’une nature réservée et secrète elle préfère les longues balades au tumulte de la ville. Ces flâneries sont propices à l’inspiration de l’auteur qui s’installe alors dans sa bibliothèque pour écrire et mettre en forme ses libres pensées. Cicero Melo Poète brésilien (Recife). Il a publié sept livres de poésie. En France, il a participé des recueils SOUS LES CANDÉLABRES (2012), LABYRINTHE(S) (2012) et LES VILLES MUTANTES (2013) publiés par LATéditions. Peggy Faye Artiste photographe émergente montréalaise. Depuis 2009, elle expose régulièrement, en individuel et en collectif, aussi bien à Toronto et Melbourne mais principalement à Montréal. En plus de sa pratique solo, l’artiste s’implique dans de nombreux projets collectifs, engagés et activistes et propose des installations extérieures de son travail. Son travail constitue un matériau servant les domaines de la photographie de rue, documentaire, sociale et artistique. Finalement, la démarche de Peggy Faye tend à (dé)montrer l’universalité de nos existences, ce qu’elle nomme la similitude des différences.

80 LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013

Didier Lestrade 55 ans. Séropositif depuis un quart de siècle. Journaliste, écrivain, militant, grand sentimental. didierlestrade.fr frédéric javelaud Photographe, graphiste, maquettiste... Diplômé des Beaux arts de Marseille Exposition en octobre 2012 de la série Duels photographiques à la médiathèque de Meudon-la-Forêt. Sébastien Doubinsky Né à Paris, en 1963. Bilingue, il écrit en français et en anglais. Il a publié des romans et des recueils de poésies en France, en Angletere et aux USA. Il vit actuellement à Aarhus, au Danemark, avec sa femme et ses deux enfants. Khalid EL Morabethi Né en 10/7/1994 a Oujda au Maroc. Après avoir obtenu le baccalauréat, il décide de continuer ses études à la Faculté Mohamed1 lettre de Oujda, Littérature française. Il se lance dans l’écriture depuis l’age de 12 ans. 2011 - Parution de son premier petit recueil de texte Juste que... (public, sur le net) En décembre 2011, le recueil de poème Fouviveur... (Public, sur le net) 2012 - Khalid EL Morabethi fait la connaissance de plusieurs écrivain et professeurs de français qui l’encouragent et le conseillent. 8 mars 2013 - diffusion de son poème Une mélodie silencieuse sur Radio France, mis en voix par Véronique sauger. Le poème a eu Le Prix spécial Coup de cœur (Sélection concours d’écriture 2013) gaetan sortet Né le 15 janvier 1974 à Namur, Belgique. Artiste pluridisciplinaire dont la base de travail est l'image (photo, vidéo, peinture) et le texte. Au gré de rencontres diverses dans le milieu de la poésie belge (Jacques Izoard, Ben Arès, David Besschops), il s'est mis à écrire des textes à la manière automatique et des aphorismes. A publié dans différentes revue de poésie dont Népenthès et Paysages Ecrits. www.gaetansortet-art.be


directrice de publication teklal neguib graphiste/maquetiste fred javelaud gestionnaire site web teklal neguib Pour nous contacter, nous transmettre une contribution, un communiqué de presse, nous tenir informés d’une sortie de livre, d’une exposition, nous faire part de vos critiques, vous pouvez nous écrire à l.artmagazine44@gmail.com Tous les textes, toutes les œuvres publiés restent la propriété exclusive de leurs auteurs respectifs et sont protégés en vertu des lois en vigueur. La rédaction n’est pas responsable des textes et images publiés, qui engagent la seule responsabilité de leur auteur. édition Teklal Neguib, pour L.ART en Loire 44600 Saint Nazaire (France) site web de la revue lartenloire.weebly.com facebook https://www.facebook.com/L.ARTenLOIRE twitter https://twitter.com/LARTenLoire ISSN 2256-988X Dépot légal 3e trimestre 2013 date de parution 1er octobre 2013 Revue gratuite ne pouvant être vendue

LART en LOIRE - # 3 - octobre 2013 81


Appel à textes et travaux Règlement de l’appel à texte : Article 1 L’ART en LOIRE est une webrevue gratuite d’art et de littérature et faisant appel à des contributeurs bénévoles. Article 2 Le fait même de proposer un texte, poème, article, photos, etc… ou d’accepter d’en écrire un vaut acceptation du présent règlement et autorisation de publication. Article 3 La date limite pour transmettre vos œuvres est le 15 décembre 2013, pour une publication le 3 janvier 2014. Dans la mesure du possible, transmettez vos œuvres dès finition. Article 4 Vous pouvez proposer plusieurs œuvres, mais précisez simplement pour quelle section vous la/le soumettez. Article 5 Vous devez envoyer vos œuvres en PJ, format word ou format photo classique en haute définition, à l.artmagazine44@gmail.com Article 6  à votre contribution, dans le corps de votre mél, joignez une mini auto-biographie (5 lignes maximum). Les mini-bio doivent être jointe à chaque envoi, même si vous avez déjà participé à d’autres numeros.

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Article 7 Voici les différents appels à textes : Section L.ART • Une Nouvelle de 10 pages se déroulant soit en LoireAtlantique, soit en Bretagne. • Un article sur une manifestation culturelle ayant eu lieu en Loire-Atlantique ou en Bretagne (5 pages maximum) Section poèmes • Un ensemble de 3 poèmes, sujet libre. Section dossier spécial Thème Nation Créole (sur le mouvement littéraire de la créolité) • Un à trois poèmes sur le thème du dossier spécial • Une nouvelle sur le thème choisi (5 pages maximum). • Article sur une exposition/un artiste en lien avec ce thème • Photos (6 à 10) et/ou peintures (6) sur ce thème Section nouvelles • Une nouvelles entre 10 et 20 pages sur un sujet libre Section Philosophia • Un article de réflexion sur un sujet philosophique (5 pages maximum) Section les Ruralités • Une nouvelle, 10 pages maximum sur thème libre, ayant pour contexte le milieu rural • Un à 3 poèmes sur le thème de la campagne/nature • Un portfolio de photos sur la campagne/nature (équivalent à 6 pages de la revue). Section Francophonie • Une nouvelle de 20 pages maximum sur un sujet libre • 1 à 3 poèmes sur sujet libre • Un article de découverte sur un livre que vous avez aimé.


L.ART en Loire n°3 -octobre 2013