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L.ART en LOIRE

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couverture © frédéric javelaud - Éric - 2011 2 LART en LOIRE - # 2 - juillet 2013


Sommaire

L.ART (Loire Atlantique Art Recherches Travaux)

04 Michael Beutler 06 Clair Obscur

Poesia 10 Coup de cœur poésie : Frédéric Lucas 12 Tatiana Marinof 16 Abdelatif Bhiri

Philosophia 20 Sur l’altruisme

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24 30 34 40

Dossier spécial : Les poils tous à poils Frédéric Lago Le jour où Little Mama fut vaincue Diary of a beard Comment les gays sont devenus barbus grâce au cinema américain !

Francophonia 44 Marie Cholette (3 poèmes) 51 Marie Cholette interview partie 2 58 Khalid El Barabethi

Les ruralités

62 Un été au jardin 66 Un petit village de Provence

Perspectives 68 Pour la culture

Découverte 72 Eric Sénécal - les éditions clarisse 80

Les contributeurs

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Appel à textes

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michael beutler Exposition Knock Knock Grand café de Saint-Nazaire

par Teklal Néguib

ancien café

datant de 1864, le Grand Café de Saint Nazaire fut créé par le père d’Aristide Briand pour le plaisir et la détente, proche de la gare et de la plage, puis en 1994, fut racheté par la commune, qui le transforma en centre d’exposition d’art contemporain. Labellisé par le Ministère de la Culture et de la Communication, il accueille chaque année en ses lieux, divers artistes à découvrir et admirer. Depuis ce printemps, c’est l’Allemand Michael Beutler qui y a pris ses marques. Né en 1976 à Oldenburg et travaillant à Berlin, il s’agit de sa première exposition personnelle en France, après avoir présenté ses œuvres tout autour du monde, de la Suède au Brésil en passant par la Russie. Le public du Grand Café ne s’y est d’ailleurs pas trompé, puisque devant le succès, l’exposition prévue pour ne durer que ce printemps, vient de se voir prolongée tout l’été. Vous pourrez donc venir la visiter du 25 juin au 1er septembre, du mardi au dimanche de 11h à 19h. Tout l’art de M. Beutler consiste à prendre possession de son lieu d’exposition, et d’en proposer une relecture, par le biais de constructions architecturales inédites et en prises directes avec la pièce où elles se situent. Ainsi, chacune des trois salles du Grand Café porte sa thématique et sa structure. La salle de droite présente tout d’abord un film mettant en scène sa “ machine ” montée et montrée au Brésil, et le rapport du public à celle-ci. Voir/ percevoir/ressentir, le public devient acteur à part entière de l’œuvre, auteur et œuvre lui-même. Cette étrange machine faite d’assemblages, et dont les secrets sont ici dévoilés, et qui tourne, tourne... Cette salle est en fait une salle de cinéma créée à partir de chutes de bois, d’un projecteur fabriqué en paille, et de murs de tissus colorés. Moment étrange où l’on se demande comment tout cela peut tenir debout, en une féroce antinomie entre des matériaux fragiles et sensibles et leur transformation en structures solides et lieux de vie. Dans une certaine mesure cela rappelle ces designers fabriquant des meubles en cartons, et qui pourtant durent... Michael Beutler permet alors de se questionner sur cette société de consommation, désormais devenue une société du potlatch dévoyé qui oblige à rechercher le produit le plus complexe, dont la fabrication nécessite moult déplacements à travers le monde, et qui revient si cher tant monétairement que de manière environnementale, une dilapidation de biens sans aucune contrepartie positive. Et ce alors même que ce type de biens pourrait tout aussi bien être produit à partir de matériaux simples, et présents sous nos yeux, à nos côtés, et qui sont devenus invisibles à nos yeux… Une redécouverte du monde qui nous entoure, voilà ce que nous propose l’artiste.

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La salle de gauche est elle aussi très intéressante. La construction de M. Beutler est ici une sorte d’immense portique à trois pieds, forts massifs et baignant dans trois bassins d’eau. Parce que mettre le spectateur au centre de l’œuvre est important pour l’artiste, il a permis au public de participer à l’œuvre de manière originale : une très légère et infime poussée de l’un de ces piliers entraîne par tout un mécanisme mystérieux un mouvement de chacun de ces mastodontes, et par eux, la naissance d’ondes à la surface de l’eau. Il s’agit d’une magnifique exploration du fonctionnement des matériaux, dans la manière dont elle rend compte de l’opposition entre fragilité/légèreté et force/lourdeur. De quoi rendre admiratif et fort curieux les jeunes et les moins jeunes ! Cependant, la pièce maîtresse de l’exposition n’en reste pas moins le premier étage, qui est lui aussi une étude de la contradiction entre fragilité et solidité, ou comment construire des murs à partir de papiers encollés et peints. En effet, ce ne sont pas seulement l’œuvre, i.e. les murs en papiers alvéolés et colorés, qui est présentée ici, mais aussi toutes les “ machines ” ayant permis sa réalisation, elles-mêmes nées de l’imagination de l’artiste. Véritable architecte, en même que sorte d’ouvrier en BTP et ingénieur, Michael Beutler aime à montrer le cheminement et le processus de fabrication de ses œuvres. Le public entre alors dans la pensée du Maître d’Œuvres, et l’imagine alors travaillant et créant l’ouvrage actuellement terminé et présenté sous ses yeux. Un aller-retour entre la fabrication et l’exposition de la sculpture, ou comment naissent les œuvres d’art !

Fruit d’un partenariat avec l’Atelier Calder à Saché, vous pouvez retrouver l’exposition Knock, Knock de Michael Beutler au Grand Café : Le Grand Café - Centre d’Art Contemporain Place des Quatre z’Horloges 44600 Saint Nazaire Tel : 02 44 73 44 00 www.grandcafe-saintnazaire.fr

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teklal néguib

Clair - obscur Étang de Guindreff - Saint-Nazaire

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coup de cœur poésie

Frédéric lucas

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Le jubilé des morts-nés Goutelette de rosée Brise inspirée Leurs regards frôlent mon corps Mes pieds s’éloignent du sol Je lévite et m’affole ; Fendre l’air si longtemps contemplé et si rarement foulé. J’aperçois sur terre, larvés, les amours décapités Des attaches de pauvre fortune Que, aujourd’hui encore, la sublime noirceur enivre. J’aperçois d’autres moi-même ; Face au mausolée du Surmoi Des morts et moitié-vivants s’immolant frénétiquement. Je prends de l’altitude, Et me prends à rêver D’un monde désaltéré. Mais la pesanteur, rude, A raison de mes espoirs. Je reprends mes esprits ; Et avec mes semblables Je m’apprête à fêter Le jubilé des morts-nés.

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Tatiana marinof

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Deux yeux bleus, merveilleux Un sourire, je chavire Des regards qui s’égarent Une approche, c’est l’accroche Une voix, c’est l’émoi Dans ses yeux, je me noie Un geste qui me bouleverse Des émotions font éruption Plus de place à la raison

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Je suis connectée Et je l’attends Je guette son arrivée À chaque instant Je suis connectée À tous moments J’attends son arrivée Impatiemment Je suis connectée Bien trop souvent Je voudrais lui parler Et je l’attends Je suis connectée Depuis longtemps Je ne cesse d’espérer Et je l’attends Elle s’est connectée Pour combien de temps ? Va t-elle me parler ? J’attends Je suis connectée Elle est connectée Devrais-je lui parler ? J’ai tant espéré Comment lui parler ? Sans la brusquer Sans me manifester Je reste connectée Elle s’est déconnectée Je suis connectée Elle s’est déconnectée Pourquoi le rester ?

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Un mot, une phrase qui se couche sur le papier. J’entends ses paroles, reçois ses mots, comme autant de cadeaux que je découvre, jour après jour... Chacun de ses mots porte en lui son mystère... Chacune de ses paroles me transporte vers d’autres univers. Je m’accroche à ses mots comme on s’accroche à ses rêves... C’est au travers de ses mots que j’espère.

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Abdelatif BHIRI

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Un vent d’amour Je rêve d’un vent salutaire D’un souffle, d’une fuite brève Tel l’aigle des pics, solitaire Je plane au dessus de mes rêves Morphée, Poséidon et Eole Dans mon âme, sont en liesse Dans mon cœur, font une gloriole Ils narguent ma belle tristesse Un typhon jaillit et tressaute Hasardant un cataclysme Que même Eole en sursaute L’âme se plait de ce séisme Mon rêve se termine en trombe Et tous les dieux s’agenouillent Priant, m’offrant une colombe Leur ire me noie et me mouille Ma passion est aux quatre vents Les aléas n’ont plus d’effet Mon amour, tel un ouragan Sévit, intact et tout parfait

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Force magique Quelle est cette force qui m’étrangle À chaque coin de rue, à chaque angle ? De jour comme de nuit lancinante Sa présence est toujours fascinante Il suffit d’un mot pour déclencher En moi un flot d’images arrachées Et les vers coulent comme la sève Nourrissant les arbres, et mes rêves Il suffit d’une toile, d’un nu D’un paysage, d’un art inconnu Pour qu’en moi jaillissent des étoiles Des éclairs que je mue et dévoile Il suffit d’un souvenir lointain Surtout de mes échos enfantins Pour qu’en moi surgissent illico Des champs de blé, des coquelicots Il suffit d’une souffrance pour Que je bouillonne ainsi qu’un four Vociférant et niant la vie Narguant l’être et préférant l’oubli Il suffit d’une joie, d’une fête Je jubile et mon cœur est au faîte Mon âme, elle est au diapason Et glorifie cette floraison Il suffit d’un seul ami sincère Pour épurer l’âme délétère Offrir à l’esprit naguère coi Un moment de répit et de joie Viens-tu ma doucereuse force ? J’aime l’univers où tu m’enfonces Que tu sois vérité ou chimère Je me tiendrai à tes vœux si chers !

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Cœur éclaté Cœurs brisés, cœurs déçus Cœurs charmés, cœurs repus Cœurs inaperçus Dans le mien vous vivez ! Cœurs attisés par la flamme Cœurs érigés en oriflamme Cœurs subissant un drame Dans le mien vous vivez ! Cœurs égayant mes nuits Cœurs palpitant sans bruit Cœurs, éclair qui éblouit Dans le mien vous vivez ! Cœurs je ne puis vous cacher Cœurs si bien amourachés Cœurs je ne veux rien gâcher Dans le mien vous vivez ! Cœurs bien au pluriel Cœurs comme une kyrielle Cœurs farcis de miel Dans le mien vous vivez ! Cœurs je vous aime Cœurs de mes poèmes Cœurs je ne suis pas infâme Dans le mien vous vivez ! Cœurs ce n’est pas ma faute Cœurs vous êtes ma faute Cœurs que je supporte Dans le mien vous vivez ! Cœurs, en tant que poète Cœurs, je suis votre prophète Cœurs, vous ferez une fête Dans le cœur où vous vivez !

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Mahrk Gotié

Sur l’altruisme le principe de la morale

repose essentiellement sur le rapport à l’autre, sur notre relation avec notre prochain et notre comportement envers lui. Partant de ce constat, il apparaît que la morale dominante incite à l’accomplissement d’actes dont l’utilité ne bénéficiera pas à celui qui les réalise, mais à celui en faveur de qui lesdits actes sont exécutés. On appelle cela l’altruisme. La morale encourage les actions ‘‘ altruistes ’’ ou ‘‘ désintéressées ’’ : des actions qu’un individu accomplit dans l’intérêt d’autrui, et n’obtenant aucun bénéfice en retour. On oppose alors l’altruisme à l’égoïsme, considérés comme deux attitudes antinomiques. L’éducation vise à favoriser les comportements altruistes et blâme tout acte égoïste. Or, derrière ce schéma implacable se dissimule une vérité glaciale, une vérité impitoyable: l’altruisme n’existe pas. L’altruisme n’est qu’illusion. Tout acte, le plus généreux soit-il, part d’abord et toujours de soi, de l’ego; et la notion ‘‘ d’actes désintéressés ’’ ne constitue qu’une aberration. Tout acte désintéressé profite nécessairement à quelqu’un. Si les actions altruistes ont été louées à une époque où l’humanité cherchait en hésitant à fixer ses propres valeurs, c’est parce qu’elles profitaient non plus à l’individu en tant qu’entité distincte, mais à un autre, et par extension, à l’ensemble de la communauté. La communauté loue l’acte désintéressé d’un individu parce que l’acte profite à quelqu’un d’autre. Un acte qui n’apporterait de bénéfices à personne -et peu importe la forme que peut prendre ce bénéfice- serait logiquement considéré comme inutile par le groupe. Ce qui explique les louanges adressées à l’égard des actes désintéressés, ce n’est pas l’altruisme de leurs auteurs, mais l’égoïsme de leurs bénéficiaires. Je félicite ton attitude qui ne semble (à priori) ne rien t’apporter parce que j’en tire moi-même un avantage. Etendu à l’ensemble de la communauté, cette manière de fixer des valeurs encourage les comportements sociaux, qui renforceront les liens à travers le groupe. L’individu, en tant que membre du groupe, néglige son propre intérêt en faveur de l’intérêt de sa communauté. Mais si la communauté s’évertue à inciter chacun de ses membres à reproduire ce type de comportement, ce n’est pas pour le bonheur de l’individu, mais bien pour son propre bonheur.

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De même, les motifs qui poussent l’individu à accomplir un acte désintéressé n’entretiennent aucun rapport avec le don gratuit de soi, le sacrifice, l’altruisme, mais possèdent au contraire des origines fondamentalement égoïstes, puisque partant de soi. Un acte est considéré comme altruiste parce qu’il ne semble rien apporter à celui qui le réalise, mais cette constatation est uniquement dûe à un manque de rigueur dans la recherche de la vérité. De nombreuses explications peuvent être trouvées pour expliquer un acte considéré jusqu’ici comme altruiste: le respect des valeurs morales, le sentiment du devoir accompli, la peur, la culpabilité, le remords, la fierté, la vanité, l’orgueil, la satisfaction personnelle, le plaisir, etc. Je te rends service parce cela favorise la bonne opinion que j’ai de moi. Je te fais plaisir parce que j’éprouve également du plaisir à te faire plaisir. Toute action qualifiée de ‘‘ désintéressée ’’ possède une motivation égoïste. Une action altruiste dépourvue de motifs égoïstes (conscients ou inconscients) représente une contradiction dans la forme. Cette contradiction provient du fait que l’être humain est incapable de ne pas ressentir des émotions. Il adopte une certaine attitude parce que cela lui fait plaisir d’agir ainsi ou parce que cela le gêne, le terrifie d’adopter une attitude contraire. Une action serait véritablement altruiste si celui qui la réalisait était dépourvu d’émotions. Il s’agirait alors d’un fait totalement gratuit. Mais cela apparaît comme une impossibilité pratique et conceptuelle: car qu’est-ce qui justifierait dans ce cas la réalisation d’une telle action? La vérité semble difficile, à savoir que l’altruisme représente une aberration d’ordre psychologique. L’altruisme ne peut exister car l’être humain est fondamentalement égoïste et tout ce qui motive chacun de ses actes, c’est d’abord et toujours lui-même. Mais cette affirmation ne représente absolument pas un jugement moral. Cela signifie simplement qu’à l’origine de chaque acte, il y a l’ego. Tout ce qui favorise l’instinct social, les comportements communautaires, c’est l’ego, et pas autre chose. L’individu peut rendre service à son prochain, mais il n’agit pas de manière foncièrement désintéressée. L’altruisme tel qu’on l’envisage de nos jours n’existe pas. Il n’y a jamais d’actes gratuits. Le reconnaître, c’est voir l’humanité telle qu’elle est au lieu de chercher à la rendre conforme à ce qu’on imagine qu’elle devrait être. Abolir la dichotomie morale, dépasser la bipolarité conceptuelle, accepter le vrai visage de l’individu, devenir lucide.

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frédéric javelaud - la montagne - 2012

dossier spécial

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les poils tous Ă poil !

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Sans titre (A2) Stylo bille roulante sur papier recyclé (2010)

frédéric lago interview teklal néguib

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Qui es-tu Frédéric Lago ? Un homme de 39 ans d’origine franco (mère) espagnole (père). Je vis depuis 14 ans à Montréal au Québec. Je travaille présentement à la fondation du musée d’art contemporain de Montréal comme acheteur pour la boutique cadeau. Et parallèlement, j’élabore ma recherche artistique par différents médiums : photographie, scanner, dessin, et plus récemment la performance. Sans titre (anal7) Stylo feutre sur papier reçyclé (2012)

Sans titre (A5) Stylo bille roulante sur carnet Moleskine (2011)

Qu’est-ce qui t’a amené à la photo et au dessin ? Très simplement en fait. Je travaille dans mon appartement avec les moyens que j’ai et que j’accumule autour de moi: un appareil photo, du papier, des stylos, un scanner. J’ai toujours aimé l’idée de l’instantané, de la surprise dans la photographie. Le trait spontané ou bien continu dans le dessin m’attire beaucoup. Ceux sont deux moyens d’expression de ma créativité depuis les 3 dernières années. C’est parti d’une envie d’exposer et de partager mon intimité de manière fragmentaire. J’essaye d’explorer d’autres formes d’expressions également. Présentement je m’investis dans la performance théâtrale. Un besoin de mise en espace de l’intimité qui est tout nouveau chez moi.

Quelles sont tes influences, et pourquoi ? Elles sont totalement diverses : Francis Bacon pour la représentation des corps masculins en action. Le Caravage et Georges de La Tour pour les magnifiques jeux entre lumière et ombre. Mes inspirations peuvent aussi passer par les mots et la musicalité des écrits de Marguerite Duras, Christine Angot, Hervé Guibert. En photographie, je pourrai citer Nan Goldin pour sa représentation singulière de la nudité et de l’intimité. Les arts de la scène m’inspirent énormément : Roméo Castellucci, Jan Fabre pour ne citer qu’eux. À titre d’inspiration, j’aime différents artistes que j’ai découvert sur des sites comme tumblr (François Henri Galland, Olivier Flandrois…).

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Sans titre (tm1) (2012)

Sans titre (2011)

Dans le cadre de ton travail, le poil sous ses diverses formes est très présent. Pourquoi t’es tu intéressé à lui ? Il est présent sur mon corps donc il fait partie de mes œuvres. On le retrouve essentiellement dans ma série des autoportraits au scanner. Mais au delà de ce simple fait, la barbe est apparue sur mon visage et s’est installée comme une évidence. Les hommes barbus et poilus en général vont attirer mon attention. Autant esthétiquement que sexuellement. Ma série de dessins d’hommes barbus donne une vision ‘’ fantasmée ‘’ de visages masculins parfois inconnus.

Selon les personnes, il peut être vu comme quelque chose de sale ou tout au contraire de profondément érotique. Quelle est la perspective que tu lui donnes dans le cadre de ton travail ?

Sans titre (nb1) (2012) 26 LART en LOIRE - # 2 - juillet 2013

La pilosité est de plus en plus présente dans l’image publique contemporaine. Quand je me promène dans la rue, je croise énormément de jeunes hommes arborant fièrement une longue barbe ou encore un torse velu sous leur camisole. Même dans les lieux de travail dits plus conventionnels, on aperçoit des hommes d’affaires en complet cravate et barbe ‘’propre’’ de 3 jours. À travers les dessins de portraits d’hommes barbus, je souligne d’un trait clair et simple la forme de leur visage et de leur barbe qui ne font qu’un. il parait non pas comme un intrus ou un postiche mais une identité. Dans ma série d’autoportraits, le poil apparaît très nettement. J’aime le rendu du scanner. C’est un peu comme une radiographie externe du corps. J’essaye de rendre l’image finale énigmatique, sensuelle et ludique.


Sans titre (tm2) (2012)

Sans titre (pl2) (2012)

Il est très gay ton travail, non ? Je pense que mon travail reflète d’une certaine manière mon identité. Dans ma série des scanners on pourrait y voir une notion d’érotisme-gay: je mets en scène des parties de mon corps dans un cadre sombre et la lumière vient révéler le contact de ma peau sur la vitre du scanner. La langue, la salive et mes mains viennent ajouter une sensation sexuelle à l’image. Avec par exemple la série de dessins ‘’anal’’, j’ai essayer de rendre un aspect floral, végétal à la représentation de l’anus. On pourrait aussi bien y voir une constellation d’étoiles de mer.

Tu travailles aussi sur des parcelles de corps, ce que j’aime beaucoup. Pourquoi avoir choisi de le parcelliser ? Bribes, fragments, morceaux. C’était ma vision de l’autoportrait. J’aime laisser le spectateur imaginer ce qu’il ne voit pas en ne montrant qu’une petite partie de mon anatomie. Je dirais qu’il y a une forme de pudeur à la base. Se confronter au regard de l’autre. Alors je joue avec les clairs obscurs. Je cache et montre en même temps. Comme si le corps sortait de l’ombre pour aller vers la lumière, vers l’œil du spectateur.

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Sans titre (pierre1) Stylo feutre sur papier (2012)

Sans titre (double-je) Stylo feutre sur papier (2012)

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Sans titre (Sean2) Stylo feutre sur papier reçyclé (2012)

Quels sont tes limites dans ton exploration du corps ? Je n'en vois pas. Je montre différentes parties de mon corps (bras, buste, fesses, sexe, visage…) mais toujours sous un aspect fragmentaire.

Tu es un artiste internet (site/tumblr/facebook). Que représente ce média et ces réseaux sociaux pour ton travail ? C'est en fait une belle opportunité pour montrer mon processus de création. Une façon d'exposer une partie de mon univers créatif et de le partager.

Peux tu nous donner les adresses de tes divers sites, s'il te plaît ? Mon processus de création : intimitepartagee.wordpress.com Mes sources d'inspirations sur mon tumblr : fragmentsintimes.tumblr.com et un nouveau journal intime photographique sur : flintime.tumblr.com

As tu un lieu (physique) où l'on peut venir voir tes œuvres ? Dans mon salon/atelier.

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teklal néguib

Le jour où Little Mama fut vaincue une douce musique

entêtante de zenitude jusqu’à l’overdose, des murs d’un blanc immaculé, uniquement décorés de ces affreux stickers bambou, une température qui frôlait les 30°, et une humidité particulièrement étouffante, non décidément, Little Mama n’en pouvait plus. Elle était là, à attendre, attendre... que l’on daigne se soucier d’elle, lui demander de la suivre avec un désespérant sourire mielleux et faux, cachant un mépris pour la grosse et grasse femme qu’elle était. Une négresse en boubous et robe traditionnelle dans un institut de beauté du seizième arrondissement avait autant de chance d’être appréciée qu’un surendetté quémandant un crédit auprès d’une banque d’affaires. Lorsque les cadavres ambulants sur-maquillés l’avaient vu arriver, ils ne lui avaient même pas laissé le temps de parler et l’avaient aussitôt informée qu’il n’y avait plus de place pour un quelconque rendez-vous aujourd’hui, ni dans les quinze prochains jours, et si la personne se rappelait bien pour tout le mois en cours, et que donc si elle pouvait revenir dans un mois ou deux (… ou jamais), ce serait sans doute mieux. Bon évidemment, lorsque Little Mama ayant pu enfin ouvrir sa bouche les informa qu’elle avait rendez-vous dans cinq minutes avec Gloria, toutes ces allumettes sur pattes prirent une mine totalement catastrophée, comme si Little Mama allait les contaminer d’une quelconque grave maladie ultra-contagieuse et mortelle. Manifestement, ce n’était pas tous les jours que l’on recevait ici autre chose que des femmes blanches riches en vêtements de couturier. Et il ne leur était jamais venu à l’esprit que l’on pouvait être africain et riche, enfin africain...

Après plus de vingt ans de naturalisation française, l’Afrique n’était plus qu’un lointain souvenir pour Little Mama et sa famille, mais a priori pas pour leurs interlocuteurs. D’ailleurs, pour eux, ils étaient justement des Africains, pas des Béninois, des Ivoiriens, des Sénégalais, ou des Comoriens. Non non, des Africains, à savoir un tout mélangé où tout un chacun était censé être un spécialiste de l’ensemble des Etats d’Afrique subsaharienne, de l’ensemble de toutes leurs ethnies, sous-ethnies, et que sais-je encore. Et Little Mama avait beau s’escrimer à expliquer que non, la Centre-Afrique n’était pas « son » pays, que « son » pays c’était d’abord, Paris et le seizième arrondissement et ensuite le Sénégal et Dakar, cela ne changeait rien, et la fois suivante, on lui parlait ce qu’il se passait dans  « son » pays le Cameroun ou le Tchad, comme si l’on demandait à un Breton d’être comptable de ce que faisait un habitant de l’Oural. Il était des incongruités dans le sens géographique des Européens qui laissaient parfois Little Mama quelque peu pantoise. Et quand en plus, ses interlocuteurs se rendaient compte qu’elle et sa famille était des «  Africains  » riches, en tout cas des bourgeois très aisés qui vivaient dans le seizième arrondissement... « - Dans une chambre de bonnes vous voulez dire ? - Non non dans un appartement de cent vingt mètres carrés. - Celui de vos patrons ? - Non non, le mien. - Vous êtes domestiques chez qui ? »

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Non Little Mama n’était pas domestique, femme de ménage ou nounou. Little Mama était une commerçante qui s’était enrichi au début des années quatre-vingt dans le commerce de tissus, et son mari était un ancien haut fonctionnaire de la filière du coton, reconverti en entrepreneur à succès en Europe. Bon évidemment, quand Little Mama expliquait cela, il fallait encore ensuite qu’elle justifie que non son mari n’était pas un ancien fonctionnaire corrompu, qui aurait dû fuir la prison pour cela, mais qui s’était au contraire vu contraint de quitter les siens et son pays, après une violente placardisation suite à son refus justement d’entrer dans une vaste affaire de concussion, blanchiment d’argent, détournement de fonds publics, etc… en 1985. Après quoi pressions avaient été faites sur lui de démissionner et comme de facto, il ne trouvait plus de travail, ni n’arrivait à en créer… D’ailleurs, Little Mama commença à avoir elle aussi quelques ennuis, des menaces à peine voilées furent proférées, qui se traduisirent dans les faits. Manifestement, son mari en savait trop concernant une affaire touchant du beau monde. Alors il partit pour la France, où il avait des amis, sa femme et ses enfants l’y rejoignirent, laissant là le reste d’une famille qui leur avait tourné le dos. Comme ils étaient entreprenants, avaient pu sauvegarder une partie de leur fortune, et qu’ils avaient des relations en France, il monta une affaire, qui s’avéra florissante. Little Mama, illettrée, se retrouva à aider son mari, elle qui avait eu son propre commerce, et à éduquer ses enfants, une femme au foyer, alors qu’elle avait tant fait et tant agi. La chute fut plus rude pour elle, dans un pays où elle était prise pour une femme de ménage, regardée avec hauteur et condescendance, surtout après leur emménagement de cet arrondissement maudit, où l’habitude était d’être blanc bon teint, à part quelques algériens, autant algériens qu’elle était ghanéenne. Une nouvelle vie pas très réjouissante, où elle s’était rendue compte qu’en tant que bourgeoise, « épouse de », il lui fallait assister aux réunions des femmes du bel immeuble haussmannien, le mercredi soir, où l’on se devait de venir gantée et chapeautée, pour lire la Bible (au moins il n’y avait pas de flagellation en option, c’était déjà cela). Little Mama les estomaqua ces braves dames, quand lors de sa première venue (et encore elle avait mis plusieurs mois à se décider, ne goûtant guère ce genre de fantaisies), elle arriva en beau tailleur-robe africain, tout en vert et en dentelles, créée par une styliste du Bénin de sa connaissance, et qui était un Nom, et parée d’un beau boubou-bibi de sa propre création. Toutes ces femmes devenues subitement pâles à sa vue, se précipitèrent à lui expliquer que l’escalier de service était de l’autre côté, et qu’elle devrait passer par l’arrière pour rejoindre le service de Madame. Pour ne point changer –elle avait l’habitude, et il lui en fallait bien plus pour la décontenancer- Little Mama dut expliquer qu’elle était la nouvelle « Maîtresse-de-Maison » de l’appartement du premier étage à gauche. Manifestement certains regrettaient le temps où chaque maison avait sa négresse en nounou, et son négrillon en décoration. Une africaine dans le salon, s’en était trop pour ces braves dames vertueuses, qui passaient leur journée à se préparer pour la réception du soir, se coiffaient pendant de longues heures, suaient sang et eaux pour garder une taille non point de guêpes mais de fil de fer, se gavaient de médicaments pour supporter leur oisiveté, trompaient leurs maris avec le personnel et faisaient pénitence par lecture de bible interposée. Alors, l’on tenta de rhabiller Little Mama avec des vêtements plus con-ve-nables, de lui expliquer que cela nese-faisait-pas, et que l’escalier de service était … Qu’à cela ne tienne, Little Mama, à qui on ne la faisait pas, revint de plus belle en boubou-bibi et robe africaine, encore plus africaine si tant c’était que cela fut possible, amenant moult plats du pays, et sentant le beurre de karité. Les délicates narines de ces dames ne s’en remettaient que fort peu, mais personnes n’osa plus jamais rien dire, le jour où l’on finit par se rendre compte que les plus riches de l’immeuble était Little Mama et son mari. Par l’odeur de l’argent alléchées, elle se retrouva du jour au lendemain affublée d’une cour de bourgeoises blanches gantées et chapeautées. Le plus drôle étant que parmi ces braves dames, aucune ne se rendit jamais compte que Little Mama ne savait ni lire ni écrire.

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Au fond, avec les années, Little Mama finit par y trouver son compte, même si elle aurait souhaité poursuivre la belle aventure des Mama Benz, elle qui avait été si fière d’en être une. C’était de là d’ailleurs, qu’elle tirait son surnom, en plus bien entendu, d’être un tout petit format d’un mètre cinquante et bien soixante-dix kilos, femme callipyge aux formes envoûtantes, à la peau douce, tendre et gourmande, aux poils soyeux, aux tresses élaborées. Une femme haute en couleurs, à défaut de l’être en taille, et qui n’aimait d’ailleurs que la couleur, du jaune au rouge, en passant par le bariolé. Elle avait le verbe haut et vif, parlait fort, et plus vite que ce que les douces oreilles de ses voisines ne pouvaient suivre, une bavarde devenue maîtresse dans l’art de la palabre. Alors, effectivement, on la prenait pour une charretière (mais qui ne jurait jamais), la poissonnière qui avait fait fortune, une parvenue. Mais Little Mama n’en avait cure, elle qui dans sa jeunesse, avait étrenné ses fesses si rebondies sur tous les marches de Dakar, parcourut des milliers de kilomètres à la recherche des plus beaux tissus de son pays. Le temps passait et la truculente Little Mama avait refusé de s’assagir. Elle n’en faisait qu’à sa tête, et cela était mieux ainsi. Et ce n’était point son mari qui allait y redire quoique ce soit, lui qui aimait tant sa Mama d’épouse, indomptable et vorace, ses poils si affriolants, et ses formes pour lesquelles il se serait damné. Pas plus que sa chère et tendre (ça pour être tendre, elle l’était, en chair aussi), il ne comprenait l’intérêt qu’éprouvaient les français pour ces femmes-squelettes, diaphanes, affamées et dont il s’attendait à tout moment à ce qu’elles s’évanouissent de faiblesse. Il n’y avait pas à dire, mais ils sont fous ces toubabs ! Il n’arrivait pas à comprendre comment ces êtres arrivaient à tenir debout, à se mouvoir. En même temps, il s’était bien rendu compte, qu’en face, ce que l’on n’arrivait pas à comprendre, c’était comment Little Mama pouvait avoir une taille aussi imposante et réussir à tenir debout, se mouvoir. Et ce alors qu’au pays, il existait des élections de Super Mama, la Mama traditionnelle, grosse et grasse, aux poils délicats et lumineux. Parce que oui, contrairement à ce pays bizarre qu’était la France, où les femmes se torturaient à se les arracher, dans le « pays » de Little Mama et de son mari, l’on aimait rien tant que les poils. Sous les bras, sur les jambes, et quoi de plus beau qu’un sexe de femme paré de son manteau noir ? Quoi de plus jouissif que des jambes habillées d’une couche noire et brillante, où l’on tente de deviner la peau au travers des interstices de la toison. Lui trouvait cela excitant, et elle fort érotique. D’ailleurs, «  au pays  », c’était excitant et érotique, ces déesses poilues et ventrues, ces Mama exquises et succulentes. S’il y avait bien une chose qui désespérait ces « africains », qui n’en étaient plus, c’était bien cette manie qu’avaient les femmes toubab de s’épiler, rendre lisse leurs jambes, leurs aisselles, et parfois leur corps tout entier. Où était donc l’exploration, le délicat plaisir d’une tendre découverte ? Eh bien non, les toubabs se mettaient à nu. Il n’y avait plus d’aspérités, ni de plaisirs... c’était d’un ennui  ! Quand les européens voyaient au hasard d’une rencontre sous l’abribus, dans un commerce, ou autre, une « africaine » en grande tenue (le boubou, la robe, le poids bien rond, et le poil bien long), et ses jambes recouvertes, c’est avec mépris et dégoût qu’ils la regardaient, voire s’éclipsaient. Ils trouvaient cela dégoutant, impoli, malséant. Leur regard n’était point trompeur, la crispation de leur bouche non plus. « -M’enfin, ces africains, ils pourraient faire des efforts d’intégration tout de même. - Franchement, après tant de temps, ils pourraient être un minimum civilisés - Vous vous rendez compte, elle n’est pas é-PI-LEE. » Mais vaille que vaille, malgré la pression, Little Mama avait résisté. Ce n’était les toubabs qui allaient l’obliger à se rendre glabre, à renier tout ce qu’elle était. Non, ses poils, elle y tenait. Elle

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les entretenait, avec moult crèmes, gommages ou autres. Elle en était fière, les trouvait beau. Elle était d’une élégance folle avec ses beaux poils longs, noirs et épais. Bien entendu, elle avait peu goûté ces réflexions idiotes d’européens prétentieux, qui pensaient tout savoir. Mais enfin, presque trente ans plus tard, elle avait toujours tous ses poils, et c’était là le plus important. Jusqu’au jour où … Jusqu’au jour où, patatras, ses filles se mêlèrent de l’affaire, argumentèrent, poussèrent de grands cris, avec force gestes et bouderies, et expliquèrent à quelle point elles avaient honte de leur mère, elles si fines et sous régimes quasi constants, ne consommant à leur repas qu’une pomme, un morceau d’emmental et buvant de l’eau à foison. D’ailleurs, mais quelle idée avait leur mère de se vêtir comme une femme de ménage, et puis franchement une mère qui ne sait ni lire ni écrire… Mais surtout comment pouvait-elle de se promener les jambes à l’air dans la rue avec ses poils en goguette ? C’était une honte pour elles. D’ailleurs, si elles ne sortaient plus avec leur mère, c’était à cause de cela. Et puis franchement, ne pouvait-elle être plus discrète, parler moins fort, cesser ce beurre de karité. Les laits hydratants étaient eux très bien. Et puis, elle était tout de même un peu trop noire cette mère, pourquoi ne faisait-elle pas comme « tout le monde », et ne s’éclaircissait-elle point la peau ? Bon, il est vrai que sur ce dernier point, leur idée n’était guère lumineuse, tant s’éclaircir était idiot, et surtout extrêmement dangereux, … Le jour de cette « mise au point » raisonna comme un cataclysme pour Little Mama, qui tout à coup, se sentit vieille, très vieille. Comme trahie par ses enfants, qui reniaient d’où elles venaient, leur histoire, leurs traditions, leurs coutumes, cet érotisme du pays auquel elle tenait tant. Elle avait beau expliquait cela, ses enfants n’en avaient cure, pour elles des poils aux jambes, ce n’était que saleté et inconvenances. Son mari s’en mêla lui aussi, la discussion se transforma en pugilat général, les cris s’amplifièrent encore, et les deux vieux finirent par abdiquer, eux qui ne s’étaient jamais laisser marcher sur les sandales, et surtout pas Little Mama. Mais que ne feraiton pour contenter ses enfants ? Au moins, put-elle sauvegarder tout le reste, à l’exception de ses poils chéris, qui se devaient d’absolument trépasser, avaient décrété ses filles. D’ailleurs, elles avaient déjà pris rendez-vous avec Gloria, une femme très bien et très moderne, dans deux jours, dans un spa, européen bien entendu. Little Mama, après cela, n’en dormit plus. Devoir se renier ainsi tout de même… N’allait-elle point être toute moche désormais, un laideron ambulant, nu sans ses poils ? Puis le jour fatidique arriva, et c’est ainsi que Little Mama, la boule au ventre, l’angoisse en manteau, se retrouvait ici dans cette fichue salle d’attente totalement aseptisée, où elle s’ennuyait à en mourir, sans personne avec qui converser, à l’attendre ce moment infernal où l’on viendrait la chercher. Quelle journée diabolique, où pour la première fois de sa vie, Little Mama fut vaincue et dut se soumettre à tant d’idioties ! Elle en était là de ses réflexions, quand tout à coup, une noire blonde en faux cheveux, et d’une maigreur affligeante vint la chercher, lui disant qu’elle se prénommait Gloria (Little Mama à sa vue eut un certain doute quant à la réalité de son prénom de Gloria). Elle vit bien l’instant d’un regard le mépris de celle-ci pour cette désormais vieille femme en boubou et robe africaine. Encore une de ces négresse, devait se dire la jeunette, qui n’avait pas compris que les temps anciens étaient révolus et qu’il était temps que l’Afrique se civilise (sic), d’ailleurs elle, elle avait tout compris (re-sic) ! Alors Little Mama, percluse de frayeur et de désespoir, se leva, et suivie cette fichue Gloria, avec tout l’enthousiasme d’un porc que l’on mène à l’abattoir…

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frédéric javelaud

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14 fĂŠvrier 2013

Diary of a beard

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didier lestrade

Comment les gays sont devenus barbus grâce au cinéma américain ! le look des gays évolue,

comme celui de toutes les minorités, par des vagues successives qui marquent souvent les décennies. Il n’y a rien de particulièrement spécifique dans ce processus mais il est toujours intéressant de décrypter une nouvelle dominance visuelle, quand elle passe d’avant-garde pointue à phénomène de mode pour culminer à travers un look universel qui finit, comme tout phénomène de mode, par provoquer un rejet. Chez les hommes, le système pileux est un sujet de discussions car il est extrêmenent visuel et avant tout économique. Il y a encore dix ans, on pouvait compter sur le doigt des deux mains le nombre d’hommes homosexuels qui portaient la barbe à Paris. Aujourd’hui, c’est devenu si banal que c’est un signe de reconnaissance, non seulement entre gays, mais vis-à-vis de la société. Les hipsters sont passés par là, le porno aussi et la même métrosexualité épilatoire semble légèrement régresser chez les jeunes générations. Si les gays sont souvent considérés comme des prescripteurs de looks, à tort ou à raison, ce retour de la barbe n’a pourtant pas été de leur fait. Contrairement à ce qui est souvent dit, dans ce cas précis, les gays ont été influencés par le cinéma grand public, notamment américain, qui a fait de ce revirement pileux le symbole de la nouvelle modernité et d’un retour décomplexé vers une attitude plus naturelle, plus virile aussi. Avant de voir l’impact du cinéma sur la barbe moderne, il est nécessaire de revenir sur le capital visuel amassé par les gays depuis quarante ans. Le début du mouvement pour les droits LGBT, avec les émeutes de Stonewall en 1969, a libéré les esprits et les comportements. Le début des années 70 incorpore les homosexuels dans la multiplicité des looks de cette époque : glam en Angleterre, cheveux longs, influences hippies des années 60 toujours fortes, maquillage, travelos, folles en tout genre. Mais quelque chose d’important se développe très vite au milieu des années 70, surtout sur la Côte Ouest, héritière de nombreux mouvements contestataires nés du Flower Power et de la lutte en faveur des droits civiques, en particulier les Black Panthers. Pour répondre aux stigmatisations dont ils sont toujours victimes, les gays favorisent un look plus butch qui assure que ces hommes peuvent être masculins aussi. C’est le vrai début de la gym et de la musculation chez les homosexuels, un sport qui les excluait souvent auparavant. Les salles de gym gays se multiplient.

On me demande parfois qui sont les ‘‘ clones ’’ dont je parle dans tous mes livres. C’est un signe évident que les gays eux-mêmes oublient certains termes qui les ont pourtant définis. Un clone est un homme gay qui revendique son appartenance à un groupe en adoptant une apparence générique, qui le rapproche des siens. Le clone est une copie de l’original. Les clones sont des gays qui se ressemblent : un jean, un T-shirt, des chaussures de chantier, une moustache ou une barbe. L’idée sexuelle derrière ce look, c’est que le gay de l’époque aime son même, un phénomène très connu aujourd’hui sur Internet où de nombreuses vidéos copient ou parodient le même concept (Gangnam style, Harlem shuffle, blablabla). Le gay de l’époque est attiré par sa propre copie. Le couple dominant des années 70 est un clone blanc, identique. La mixité est encore à ses débuts et il a été remarqué que les clubs de San Francisco était largement dominée par les Blancs. Tongues Untied de Marlon Riggs note très précisément que si les Noirs homosexuels étaient bienvenus à Castro, ils étaient néanmoins rares et peu visibles dans les films et documentaires réalisés depuis. Seul le porno semble créditer leur présence, comme le studio Sierra Domino et quelques films chez Falcon. 40 LART en LOIRE - # 2 - juillet 2013


Le dude

Le nerd

Le black

L’hipster

Real men

Brad Pitt dans Thelma et Louise et Kalifornia, son meilleur look à part dans Fight Club et Snatch. Seann William Scott, the Dorfmeister, l’essential dude de American Pie, laisse ENFIN pousser sa barbe dans Fight Games.

D’abord Kevin Smith (Dogma) et ensuite Judd Apatow, Seth Rogen (This Is The End)

Idris Elba (The Wire), Jamie Foxx dans Django Unchained, La Fouine, Morgan Freeman forcément, Teddy Riner et au départ par Mister T dans Rocky III.

Tom Hardy dans la vraie vie, Johnny Harrington (Tumblr), Patrick Petitjean dans la mode

Mark Ruffalo (Foxcatcher), Eric Bana (Troie), Colin Farrell (Eyes of War), Denis Ménochet (Inglourious Basterds), Hugh Jackman (X-Men Origins: Wolverine), Luis Tosar (Cellule 211),

Donc la barbe, la moustache et d’autres signes visuels, sont le symbole de la montée en puissance du look gay à la fin des années 70 et il s’exporte en Europe comme le montrent les photos des premières Gay Pride, le look de certains écrivains influents comme Yves Navarre ou les films datant du début des années 80 comme Taxi Zum Klo de Frank Ripploh en Allemagne et Querelle de Fassbinder. On parle déjà d’une uniformisation américaine, qui est critiquée de ce côté de l’Atlantique mais l’arrivée du sida va y mettre fin d’une manière très violente puisque les clones font partie des groupes les plus touchés par les premières années de l’épidémie. Les années 80 sont celles des visages imberbes et de l’épilation dans les films pornos de Falcon. Le phénomène des kikis et des Red Skins (des skinheads de gauche) se développe en Europe, surtout en France et en Angleterre. Le look militant d’Act Up (jeune, cheveux courts) est presque militaire. Les années 90 sont celles de la réapparition du poil sur le visage avec le bouc qui sera si populaire qu’il deviendra lui aussi une particularité gay. Encore une fois, il provient pourtant d’un détournement urbain du look redneck américain. Mais la fin des années 90 marque l’explosion sans précédent de la métrosexualité qui va naître chez les gays pour devenir une niche commerciale qui s’étendra à toute la société. Les hommes prennent soin de leur peau, les produits et marques se multiplient et s’internationalisent (Kiel’s n’était qu’une toute petite boutique de New York à la fin des années 80 pour devenir une marque internationale depuis), l’épilation refait surface avec des salons spécialisés pour hommes et la mode impose un look androgyne, plus jeune, qui contribue à une redéfinition des genres. Arrivons au milieu des années 2000. Le look clone de Californie réapparait 25 ans plus tard. Le tatouage se renouvelle et prend de plus en plus une dimension artistique. Les premières barbes apparaissent chez les gays. Le porno surfe sur ce modèle avec des acteurs toujours plus virils et de moins en moins rasés. Le poil devient hirsute. Sébastien Chabal devient une icône. Les hipsters vont arriver. Un air de basculement semble proche. Etant journaliste, j’ai passé ma vie à vanter le look clone. Il me semblait être de ma responsabilité de faire en sorte que ce look, qui m’a beaucoup influencé au moment de mon identification gay, ne soit pas oublié. J’ai toujours célébré les hommes barbus, poilus, masculins, parce que je les admire vraiment. Finalement, je n’ai pas cessé de faire la promotion du retour de la barbe et de la moustache, surtout chez les jeunes car j’espérais que les cycles de mode reviendraient à la case départ. C’est surtout au cinéma que la barbe a fait un retour remarqué. Pour une raison extrêmement simple. Un acteur de cinéma dispose finalement de peu d’options pour changer de look et ainsi jouer des personnages très différents les uns des autres. Il peut prendre du poids pour faire un film de boxe (le premier, c’était Robert de Niro dans Raging Bull), il peut grossir pour casser son sex appeal (Gérard Depardieu) ou il peut se laisser pousser les cheveux et la barbe. Ça se résume souvent à ça. Les actrices ont un éventail de looks beaucoup plus large. Un homme, ça se rase, ou pas - et c’est tout.

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Les années 2000 ont popularisé à nouveau un phénomène cinématographique qui était très puissant dans les années 70 et 80 avec de nombreux acteurs connus pour leur pilosité et désormais, chaque acteur qui se respecte laisse pousser sa barbe pour tel ou tel film. Cela exacerbe son érotisme, ça le transforme et surprend les fans, cela met aussi son visage en valeur. Si la mode a depuis récupéré les barbes dans les portfolios, tout a commencé au cinéma, un des plus gros moteurs de tendances avec le sport et la musique. Il suffit de regarder les blockbusters qui ont marqué les esprits depuis le début des années 2000. Quand les deux premiers épisodes du Seigneur des Anneaux sortent en 2001 et 2002, pas moins de quatre acteurs majeurs de l’équipe ont des barbes merveilleuses: Viggo Mortensen, Sean Bean, David Wenham, Karl Urban. Sans compter le plus barbu et le plus gay daddy de tous : Ian McKellen. Dans La revanche des Sith de la saga Star Wars, Ewan McGregor est ressuscité en Jedi et sa carrière américaine prend un nouveau tournant. Pareil pour Russel Crowe dans Gladiateur et Gerard Butler dans 300, les films qui ont imposé ces acteurs australiens. Dans Very Bad Trip, pas moins de deux acteurs sur ont une barbe à un moment donné, le sexy Bradley Cooper et l’irrésistiblement drôle et camp Zach Galifianakis. Comment peut-on résister à l’impact de ces films qui ont été adorés par des publics très divers, du cercle familial aux geeks, des gays au spectateur le plus lambda? Quand des gros succès mettent en avant des hommes hirsutes et admirés pour ça, il y a forcément une émulation qui bourgeonne de la base et les discussions entre amis ou partenaires commencent à se multiplier : - ‘‘ Tu crois que je devrais me laisser pousser la barbe ? - mmmmmmm oui je crois. ’’ Parmi les 30 blockbusters ayant récolté le plus d’argent, il n’est pas étonnant de constater l’hégémonie des acteurs barbus alors qu’avant les acteurs imberbes avaient le plus de succès comme DiCaprio dans Titanic. Comment expliquer autrement le succès hallucinant du dernier Superman qui montre pour la première fois le héros le plus clean de tous transformé en montagne de muscles, de sexe et de poils: Henry Cavill ? Même ses poils n’ont pas été rasés et dépassent de son uniforme ! Chris Hemsworth dans The Avengers, Harrison Ford dans Indiana Jones, sans parler de tous les sorciers, corsaires et magiciens des séries Harry Potter, Pirates des Caraïbes et tout un paquet d’animaux drôles ET velus dans le Roi Lion, Shrek, l’Age de Glace et Les chroniques de Narnia. Pour parler des seuls gros succès, les dernières années n’ont cessé de pousser des hommes qui cessent de se raser. Dans Avatar, Sam Worthington a les poils (j’arrête pas de radoter dessus !) du bas du cou qui rejoignent ceux de la barbe qui pousse. Ryan Gosling, un des acteurs actuellement très populaire est toujours rasé dans ses hits (Drive) mais laisse sa barbe tranquille dès qu’il est dans la rue. Ryan Reynolds, la poupée Barbie de ces dernières années, porte une barbe hallucinante de design dans The Nines et Smokin’ Aces. Son double, Chris Evans, se met à porter la barbe dans Details pour rattraper la concurrence. Pareil pour Ashton Kutcher, un des hommes les plus sexys de son temps pour beaucoup de monde, sort de sa lucarne twentysomething en devenant Steve Jobs dans un biopic. Et que dire de Jake Gyllenhaal, sûrement le plus beau mec du cinéma américain toutes catégories confondues, qui a une barbe si belle que c’est presque écœurant, et tellement injuste (Brothers, Zodiac, An Enemy). D’autres blockbusters ? Leonardo DiCaprio dans Mensonges d’Etat ? George Clooney dans Syriana ? Bien avant, Tom Cruise dans Le Dernier Samouraï, peut-être un de ses derniers bons films ? Quand des acteurs, dont le look est monitoré par les corporations qui les payent pour des pubs internationales (Nescafé, etc) se mettent à porter la barbe, vous pouvez être certain que ce choix a été validé par un panel représentatif du public, ainsi qu’un staff de 30 conseillers divers dont certains évaluent le coefficient bénéfice / risque d’un tel changement. C’est à ce moment que l’on réalise à quel point la barbe devient un élément d’uniformisation sociale, comme la moustache dans les années 1900 ou les cheveux longs dans les années 60. À notre époque, cela veut dire qu’une évolution de ce type doit être approuvée par une industrie des soins masculins qui doit trouver de nouveaux débouchés commerciaux en fourguant des tondeuses à barbe à la place des traditionnels rasoirs. Et Gillette doit être prêt, je vous assure. Car une barbe nécessite énormément moins de soins qu’un visage rasé de près. Après tout, on a vendu au monde entier

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du métrosexuel pendant plus de dix ans, il faut accompagner le public dans un renversement à 360°. Les hommes métrosexuels étaient rasés, faites place au mec hétéro sexy, bandant, naturel. En complément du cinéma, les séries télé ont aussi accentué la pénétration domestique des mecs barbus. Avant, ces hommes étaient souvent cantonnés dans les rôles de méchants. Aujourd’hui, ce sont des nounours que l’on a envie de partager le reste de sa vie. L’exemple le plus fou, ce sont les trois séries de Spartacus avec Andy Whitfield (RIP) et Liam McIntyre (la saison 3 est encore plus scruffy !). En général, toutes les séries historiques empilent les hommes barbus comme des cornichons dans un bocal: Les Tudors (Henry Cavill encore), Games of Thrones (Sean Bean), Les Borgias, Vikings (Travis Fimmel !). Mais les séries les plus populaires à base de vampires et de zombies ont encore plus d’influence. True Blood (Joe Manganiello), The Walking Dead (Andrew Lincoln). Même Homeland montre son héros en musulman barbu (Damian Lewis) et Idris Elba ne se rase pas toujours dans Luther. Sans compter que dans Lost, les rescapés n’ont plus de rasoirs jetables, ce qui ne les empêche pas de garder la même barbe de trois jours pendant les six séries. Enfin, dans les séries gays, Jesse Tyler Fergusson de Modern Family porte sa barbe rousse au naturel. Sur Tumblr, les hommes barbus sont pratiquement un des cœurs de cible de ce réseau social qui se développe si vite qu’il vient d’être vendu 1,1 milliard de dollars à Yahoo. De nombreux tumblrs sont exclusivement consacrés à la barbe comme The Beard Daily ou Fuckyeahbeards. Dans le porno gay, les hommes barbus sont pratiquement les plus populaires depuis 5 ans et la sortie récente de Behind the Big Top montre un James Jameson tellement hirsute qu’il ressemble à un trappeur. Dans le sport, il suffit de laisser pousser sa barbe pour attirer les yeux du monde entier, ce qui est après tout une recette super simple pour développer son plan media. Dans la musique, qui peut résister à Justin Vernon de Bon Iver? Il existe donc une triangulation parfaite pour que les prochaines années nous nourrissent en barbes jusqu’au dégoût complet. Mais nous n’en sommes toujours pas là, c’est au contraire la montée en puissance de ce look. J’ai donc attendu ces trente dernières années ce retour de la barbe et c’est un rêve personnel que je ne regretterai jamais. Je serai probablement la dernière personne à s’en plaindre, si je vis toujours.

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marie cholette

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Comment réagirai-je quand toute sa Provence se précipitera au-devant de moi et qu’elle me prendra à tour de rôle de ses diverses personnalités dans ses bras les sommets des Alpes me verront manquer de souffle lors de leur accueil si chaleureux et comment dites-moi faire connaissance avec le paradis lorsqu’il s’incarne sous les formes d’une femme de son pays de sa maison de son entourage de son école de ses amis d’enfance de lieux où l’atmosphère même garde gravée sur elle ses sourires ses émerveillements ses danses folkloriques ses chants ses livres ses lectures flânant dans son jardin assises contre le tronc d’un olivier ses longues marches à travers la garrigue avec chaque empreinte de ses pas tels des cohortes d’anges enfantins qui ayant pris forme humaine la représentent entièrement ce ne sont que les mots de toujours que je devrai employer pour rendre compte des multiples facettes miroitantes de sa personne dont j’aurai une vue panoramique à couper le souffle elle est tout le contraire d’un trou noir qui reste invisible pour les yeux s’il est nu tel un monstre fantomatique engloutissant tout à sa portée lumière chevelure d’étoile astre et matière noire elle est bombements luxueux de chair si blanche en hiver réverbérés par la seule source lumineuse de sa personne et en permanence je capte ses reflets que je lui offre en bouquets de beauté et en me dévisageant c’est son visage en s’y éperdant qu’elle reconnaît elle est matière lumineuse et laisse passer à travers elle les oiseaux ses amis ses danses moi qui met mes yeux mon regard au centre des tornades lentes de ses gestes de ses mouvements elle m’a dit quand tu te réveilleras à mes côtés c’est mon petit Québec avec son fleuve Saint-Laurent que je retrouverai dans mes bras et auquel je dirai bonjour et je lui ai répondu quand tu t’endormiras c’est ma petite Provence que je lierai en gerbes de lavande odoriférantes elle qui ne vit jamais de fanaison et que je humerai la nuit durant et à laquelle je lierai mes gerbes de fleurs de lys et contre laquelle je me loverai tendrement

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Les plus petites particules élémentaires au centre d’une lente gestation d’hominidés

Toutes les femmes en toi présentes depuis la nuit des temps depuis le jour des espaces aux longues envergures ma petite Rose de l’infinitésimal quark à l’atome de la plus petite particule stellaire aux nébuleuses du plus minuscule insecte à la fourmilière complète des multiples agencements moléculaires qui nous ont conduit vers les règnes végétal aquatique minéral et animal nous sommes les humains les derniers arrivés je regarde avec ferveur tout le vivant qui nous a précédé et je redeviens cet animal que nous n’avons jamais cessé d’être je lui demande à ce vivant de nous rappeler à l’ordre et je vois alors surgir tout ce qui a été des sauriens géants suivis de dinosaures et beaucoup plus tard des troglodytes habitant l’ensemble des grottes de la terre qui ont gravé sur des os les animaux qu’ils chassaient je contemple les végétaux ces eucaryotes comportant des chromosomes tels une même série de toiles où se meuvent les formes répétées et colorées de l’hérédité et qui tiennent une grande exposition à l’air libre de l’ensemble des variétés qu’elles ont

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j’admire les bactéries unicellulaires qui se distinguent de leurs sœurs les archées faisant sans aucune peur des sports extrêmes dans les eaux salines les hautes pressions et les températures torrides je les vois se transformer ces cellules elles au centre d’une lente d’une très lente gestation d’hominidés je les vois ces cheveux d’ange étoilés qui ont été enceints de nous pendant des milliards d’années comme les étoiles qui nous ont portés haut nous les humains jusqu’à leur délivrance et regardez-les elles ont encore le visage fatigué et perlé de sueur toi ma petite femme marquée physiquement et psychologiquement à l’intérieur des noyaux et des cellules qui te composent par la beauté intrinsèque de tes caractères héréditaires qui ont donné à l’ordonnancement de ton être et de ton corps un mariage de grâce de dentelle d’œuvres vives de navire à l’allure divine et les yeux bleus de mon fleuve Saint-Laurent de ta Méditerranée et de l’immense océan toutes les femmes en toi sont présentes l’humanité mon aimée comme en moi depuis le jour des espaces depuis la nuit des temps et l’espèce humaine est redevable à tout ce qui l’a précédée

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Les voitures que je rate des instants du métro du temps En chaque instant qui s’ouvre à moi grâce à l’ouverture automatique des portes des voitures du métro du temps je voudrais bien y entrer complètement mais à force d’y pousser mes nombreux bagages encombrants plutôt que d’en mettre à la consigne les portes se referment prestement et le métro se remet inévitablement en marche et je m’aperçois trop tard que malgré que bien des moi-même aient suivi mes valises celle qui t’aime mon amour n’est pas dedans cette femme qui reste sur le quai seule avec sa solitude sur un banc prostrée est la même que celle de l’année passée qui t’attend mon amour qui t’a toujours attendue j’ai ainsi raté bien des voyages au fur et à mesure des passages des voitures des instants du métro du temps

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je ne pensais pas à tort que dépourvues de bagages toutes les femmes que j’ai été et que je serai du passé de l’imparfait du conditionnel et du futur auraient pu sans encombre prendre place dans chacune des voitures et me tendre la main dans une parfaite synchronisation afin que je puisse la saisir et avec elles embarquer mais je suis le personnage principal dans la pièce de théâtre intitulée En attendant ma petite Rose et cette pièce bien qu’elle connaisse des entractes n’est jamais terminée c’est ainsi que pendant ces entractes assez courts bien que je coure à chaque fois à perdre haleine en descendant par l’escalier dans les entrailles de la ville puis en sautant par-dessus le tourniquet je rate le métro je le rate de voiture en voiture de quai en quai d’instant en instant

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maintenant que j’ai fait quelques progrès je sais parfois embarquer dans une des voitures car j’ai réussi à libérer mes autres moi-même de bien des bagages inutiles et celle que je suis profite du voyage des enfants des oiseaux des fleurs des amis au fur et à mesure cueillis et entretenus mais malgré que je continue à la héler sans arrêt il y a une femme en moi qui t’attend toujours ma petite Rose celle qui est présente sur la scène du théâtre comme personnage principal puisque la pièce est jouée et rejouée de tournée en tournée à guichets fermés tu vois c’est la même que celle qui est seul à seule prostrée en retrait sur le quai

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teklal néguib

Interview de Marie Cholette Partie 2 Êtres croisés & Les onze Nations : une mort lente

6/ Explique nous en quelques mots le synopsis de ton recueil, ainsi que le sujet de ton essai Ce micro-essai (les onze nations) fait 4 pages. Il est dans L’Encyclopédie sur la mort, mais mon manuscrit sur les Amérindiens, lorsqu’il sortira, rendra beaucoup mieux compte de mon amour à leur endroit. Il s’agit d’une étude que j’ai faite de la Loi sur les Indiens, telle qu’elle se nomme. Telle qu’elle existe au Canada et au Québec, car cette Loi était de compétence fédérale, au Parlement à Ottawa (capitale de l’Ontario) et nous y sommes donc, en tant que province du Canada, assujettis.... Cette Loi met les Amérindiens sous tutelle fédérale. On les a parqués dans des réserves. Le territoire ne leur appartient pas. Ils ont un statut d’Indiens. Ils ont été les victimes de notre part d’un génocide. http:// agora.qc.ca/thematiques/mort/documents/ les_onze_nations_une_mort_lente Êtres croisés, c’est l’histoire d’un amour, de la nature, où la marine prend une place, comme thème, particulière. C’est l’histoire en fait de 2 êtres qui se sont croisés et aimés... C’est d’un ancien navigateur dont il s’agit, et qui a beaucoup voyagé. Ils se sont croisés à un moment donné de l’espace-temps. C’est l’histoire d’un amour unique, l’histoire d’un amour qui a été très difficile à vivre à cause de l’absence trop fréquente de l’être aimé. Et j’en rends compte. Ces deux amants habitent sur une rive différente, la rive Nord et la rive Sud de chaque côté du fleuve Saint-Laurent au Québec. http://manuscritdepot.com/a. marie-cholette.htm

7/Dans quel genre classerais-tu tes livres ? Pourquoi avoir choisi ce genre pour exprimer ton sujet et pas d’autres ? Le manuscrit de poèmes que j’ai écrit et qui porte sur les Amérindiens du Québec fait état de ce génocide, de ces terres qu’on leur a enlevées, de leur magnifique culture, de certaines de leurs légendes. La petite étude que j’ai faite de la Loi sur les Indiens, par exemple, n’aurait pas pu prendre une autre forme puisque j’en explique le contenu et donne des exemples des répercussions de chaque article de la Loi dans leur vie de tous les jours. Même mes autres livres, que ce soit le recueil de nouvelles Osmose, ou le roman Hautes marées de lait, dépassent le cadre de leur genre respectif en épousant la poésie. La poésie, en fait, restera toujours

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là, en filigrane, j’en suis sûre, dans tout ce que j’écrirai dans le futur. La poésie me colle au cœur comme par temps chaud une chemise à la peau. Les nouvelles sont de courtes histoires. Tout de suite en voyant mes personnages, que ce soit une femme et un boisé, un enfant et le fleuve, par exemple, j’ai compris que la nouvelle serait le seul genre qui pourrait rendre compte de ce que je voulais dire. Pour le roman, je savais que j’avais une histoire qui se déroulerait plus longtemps dans le temps, et que donc mes personnages seraient nécessairement davantage campés, avec des traits de caractère leur étant propres, qu’on saurait reconnaître. Et ce, même si le lieu reste le même, c’est-à-dire la plage. Encore là, la poésie imprègne tout le roman. Une femme enceinte raconte comment elle sent cette petite vie en elle, son développement, son monde intérieur qui ne fait qu’un avec l’enfant qu’elle porte.

8/ Pourquoi avoir choisi le thème de l’amour [dans le recueil] ? Comment te démarques-tu des autres auteurs ayant publié sur ce sujet ? Qu’est-ce que l’amour entre des individus ? Quelle place accordes-tu à l’amour entre gays/ lesbiennes ? Parce que ça restera toujours un de mes principaux thèmes en écriture. L’amour est si riche d’enseignement et au fur et à mesure que la vie de l’écrivain se déroule, l’amour n’est pas vu de la même manière. Notre regard est différent et donc l’écriture par rapport au thème évolue dans l’espace et le temps.

Comment concevoir et traduire en écriture un sentiment ? Comment l’exprimer ? Comment le faire ressentir, y compris dans sa fugacité, au lecteur ? C’est l’amour dans la vie qui nous fait évoluer au point de vue humain. C’est lui qui fait en sorte que nous puissions éprouver de la compassion pour l’humanité entière. On devient plus ouvert sur la souffrance des autres. Je trouve que la poésie est une manière d’écrire qui s’y prête bien, tout comme n’importe quel art d’ailleurs. La création littéraire relève des métaphores, tout ce qui peut donc le rendre davantage perceptible aux yeux des lecteurs comme un tableau pourrait le faire sur le même thème. Les images en création restent extrêmement

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importantes. Et si l’écrivain est doué, il saura transmuter son écriture et lui donner, par le biais de l’imagination, par le biais des mots qui sont si riches dans la terminologie de l’amour, un sens porteur. Mais attention, justement, la poésie, par ses mots à significations multiples, peut être interprétée de différentes manières. L’important c’est que l’on utilise cette terminologie et ses contraires, comme l’indifférence et la haine par exemple qui viendront alors la faire ressortir de manière plus vive, comme du blanc sur du noir. Il faut aussi de la passion, un amour qui nous transporte pour que le lecteur se sente interpelé. Et là, c’est l’extrême sensibilité de l’écrivain qui rentre en ligne de compte. Dans le fond, l’écrivain, par ses mots, exprime ce que ses lecteurs voudraient tant réussir à écrire, mais sans le pouvoir. Les lecteurs alors s’approprient cet imaginaire, ces mots qui relèvent de la sensibilité de l’auteur, et avec cela, il est plus en manière de «connaître un auteur», car justement il le reconnaîtra par «sa» manière d’écrire, de traiter de différents sujets, ce qui lui permettra d’être créatif à son tour par le biais de sa propre imagination, qui sera guidée par les mots de l’écrivain. ils sont... Mettre les «ils» au pluriel. qui sera guidée par...L’écrivain «réveille» l’imagination du lecteur, sa part de créativité au moment où ce dernier commence à lire. Il entre alors dans un monde «autre», propice à faire naître en lui des images. Le dernier «il» fait référence au lecteur. Autrement dit, avec les matériaux que l’écrivain lui fournit, le lecteur érige à sa manière à lui un monde où le rêve a la plus grande part. L’écrivain dans le fond sait que le lecteur partage avec lui des thèmes communs, comme celui de l’amour. Alors le lecteur est aiguillé par des mots qui lui parlent sur cette voie de l’amour qu’il emprunte car ce sentiment, il ne le vit peutêtre pas de la même manière, mais il le vit tout de même, que l’amour prenne la forme d’une amitié par exemple, ou d’un amour maternel, paternel, etc. L’amour dont je parle précisément dans mon livre est un amour où la difficulté de l’accessibilité à l’être humain qui est aimé, fait ressortir la souffrance. Un marin n’est pas souvent présent. Et, de plus, l’être aimé, dans ce livre habite sur une autre rive, et avec sa femme. L’inaccessibilité


apparaît à plusieurs niveaux.

9/ Concernant ton essai onze nations : qu’est-ce qui t’a amené à écrire cet essai ? Dans quel cadre ? Pourquoi à cette époque ? C’est qu’on m’avait invitée à écrire quelquechose pour une journée spéciale concernant les Amérindiens à Montréal. Pour l’égalité des Nations et contre la discrimination des peuples. J’ai tout de suite vu là pour moi un moyen de poser des jalons qui m’emmèneraient en direction des Amérindiens du Québec et de leur situation intenable. L’idée m’est alors venue de traiter de la Loi sur les Indiens qui est inique.

Quel est ton investissement concernant la question des amérindiens ? Quelle place occupent-ils à tes yeux dans la construction de ton identité personnelle, mais aussi tes diverses œuvres ? À cette époque particulièrement, j’avais commencé à ramasser beaucoup de documentation concernant les Amérindiens d’ici. De plus, j’ai à Québec une amie dont le mari est Innu, et ça m’a ouvert, je dirais, la conscience par rapport à ce qu’ils vivent dans nos sociétés dites civilisées... J’ai un poème qui s’intitule Je suis métisse d’âme : je crois que ce titre veut tout dire. Je me sens métissée de cœur et d’âme avec eux. Non seulement avec les Amérindiens, mais avec les Métis, qui ont eu comme père fondateur de l’Alberta, au Canada, Louis Riel. L’influence de cette documentation recueillie, de la meilleure connaissance du sujet de l’amérindianité par le biais de très longues conversations avec mon amie, m’a poussée vers l’écriture de mon recueil de poèmes. Je sentais que le petit essai que j’avais écrit Les Onze Nations, une mort lente, ne serait pas suffisant pour moi pour épuiser ce sujet. Je devais parler du côté social, économique, culturel de ces Amérindiens. Je devais connaître leurs légendes, leur manière de vivre, afin de m’en imprégner. Plus je me documentais, plus je me rapprochais d’eux et constatais l’épouvantable génocide à tous points de vue que nous avions fait à leur endroit...

Quelle est la situation actuelle des Amérindiens du Québec [économique, sociale, militante, en matière de santé et de sécurité] ? Quel impact a eut pour eux la création du Nunavut ?

À l’heure actuelle, il y a toujours des revendications. Il y en aura tant que le gouvernement du Canada n’aura pas reconnu le droit à leurs terres, et qui leur permettrait de ne plus vivre dans des «réserves», là où on les a parqués afin de les dépouiller de leurs territoires. Le Québec aussi a des responsabilités à leur égard. Mais c’est d’abord et avant tout un champ de compétence fédérale. C’est le gouvernement du Canada qui s’en occupe. Ce recueil de poèmes n’a pas été encore publié, mais il finira par l’être. J’ai une grande amie métisse Ismène Toussaint, qui est auteure, historienne, qui a publié plusieurs livres, dont un sur Louis Riel précisément. Elle a fait son doctorat sur la grande écrivaine québécoise Gabrielle Roy. En ce moment, elle me fait une préface pour ce recueil qu’elle a trouvé excellent. Je dois dire que c’est mon manuscrit préféré et que j’ai bien hâte qu’il soit publié car j’ai développé un grand amour pour ce peuple que je porte et porterai toujours dans mon cœur. J’appuierai aussi tant que je le pourrai, dans la mesure de mes moyens, leurs revendications territoriales.

Comment se porte la culture amérindienne du Québec ? Lesquels de leurs auteurs recommanderais-tu à une personne souhaitant les découvrir ? Et pourquoi eux ? Il ne faut pas oublier que ce peuple a été obligé d’aller dans des pensionnats et de vivre, tout jeunes, loin de leur famille. On les empêchait de parler leur langue maternelle et on les obligeait à parler le français. Une acculturation pure et simple. Cette cause a été entendue en justice et ils ont gagné. Ils ont reçu des excuses et des dédommagements monétaires. J’ai vu un film à ce sujet... C’est fou comme j’ai été marquée... Bien sûr, c’était des religieux qui s’occupaient de les instruire. Il y a eu des viols à répétition. Ces religieux ont brisé leur vie. C’est tout à fait horrible. Je me suis attardée à vrai dire sur leurs légendes. Je pourrais nommer Jean-Louis Fontaine. Il a justement écrit un livre sur les rites des Innus: c’était son sujet de maîtrise. Ce fut mon maître livre pour commencer à écrire. Leur culture gagnerait à être davantage connue... Elle est victime, leur culture, du manque de contacts des Québécois avec les différentes nations amérindiennes. Leur littérature en est surtout une de poésie,

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et on sait à quel point la poésie a toujours eu une immense difficulté à trouver sa place sur le marché québécois. Alors c’est encore pire pour la poésie amérindienne. Ismène Toussaint est aussi une auteure d’importance. Tant que leurs langues respectives, à ces Nations, seront menacées, eh bien leur culture sera également menacée.

Comment se concevoir en tant qu’amérindien dans la société québécoise ? Quelle est la vivance des langues amérindiennes ? [je précise que je suis moi-même une métisse d’occitans et d’amérindiens d’argentine, d’où mon intérêt pour ces questions] Comme les Amérindiens, non seulement au Québec, mais également au Canada, constituent une minorité, ils subissent les préjudices de toutes les minorités. Au point de vue économique et social, en ne leur rendant pas les territoires auxquels pourtant ils ont droit, on leur enlève tout pouvoir sur eux-mêmes et on fait en sorte qu’ils vivent en marge de la majorité. Par conséquent, les Amérindiens ont le plus haut taux de suicide par nombre d’habitants... C’est un bien triste constat. Plusieurs jeunes ne voient aucun avenir dans le fait d’être Amérindiens. Ils se tournent alors résolument vers la société dite civilisée. La plupart du temps, ils ne savent même pas leur langue maternelle. Une chance que maintenant, un livre d’histoire qui fait bien la part des choses, dit la vérité aux Amérindiens sur le « comment ça s’est passé » au début de la colonie et comment les Français puis les Anglais les ont assimilés. On y met beaucoup l’accent sur leurs langues propres et on enseigne aux jeunes leur propre langue. J’espère vraiment que la situation va se redresser. Quant aux Métis d’ici, je rappelle que c’est le Métis Louis Riel, qui a fondé le Manitoba, une des provinces canadiennes, qui a été pendu par les autorités canadiennes, faisant du peuple Métis, un peuple errant... Une chance que depuis quelques années, il s’est fait un regroupement des Métis d’un bout à l’autre du Canada, et que des plaques commémoratives de Louis Riel apparaissent maintenant un peu partout ! Encore si peu de Canadiens sont au courant de ce qui s’est passé avec Louis Riel, qu’il a été pendu, qu’il est le fondateur du Manitoba, et ce, pour que le peuple Métis puisse y vivre en tant que nation !

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Les Amérindiens ont leur propre culture, mais qui la connaît dans notre société ? Bien peu... La place qui lui est accordée est si minime, de même que l’argent qui lui est consacré par le gouvernement fédéral canadien. Et c’est encore pire dans des périodes où les problèmes économiques sont davantage criants... On les a obligés à vivre comme nous, dans des maisons. La transmission orale des légendes, de la culture, a perdu son importance puisque même au début de la colonie, l’écrit faisait foi de tout. Au XXe siècle, on les a ôtés petits à leur famille afin de les mettre dans des couvents, des pensions. Il était défendu pour eux de parler leurs langues amérindiennes. Il devait parler le français. Ce fut l’assimilation totale. Les Amérindiens ont été dédommagés financièrement et on leur a présenté des excuses. Mais cela ne leur redonnera jamais tout ce qu’on leur a pris: leur dignité, leur fierté amérindienne. De plus, dans ces couvents, la plupart ont été abusés sexuellement... On a en fait des victimes sur toute la ligne. Beaucoup de femmes amérindiennes ont également été tuées dans les dernières années au Canada. Je veux dire dans les provinces de l’Ouest canadien. Une route a été nommée là-bas en leur honneur: La route des Pleurs. Ces femmes ont été discriminées non seulement en tant que femmes, que prostituées, mais aussi en tant qu’Amérindiennes. Ces meurtres-là, bien souvent, n’ont même pas été rapportés aux autorités policières. Beaucoup de femmes ont été volontairement oubliées. Plusieurs n’ont pas été retrouvées. À chaque année maintenant, à la même date, il y a une marche faite en leur honneur. Celles qui organisent ces marches s’appellent : Les Sœurs de l’Esprit. Une chance que ce peuple soit très fier ! Et fier de sa culture ! Il ne laissera jamais tomber !

11/ Tu as travaillé à l’office québécois de la langue française et participé à plusieurs ouvrages sur l’orthographe. Quel est le rôle de cet organisme concernant la langue française ? Par quels moyens défend-il la francophonie ? Quelle importance la langue française a-t-elle pour le peuple québécois [historiquement et actuellement] ? Que représente-t-elle ? Comment les artistes la défendent-ils ? Comment font-ils d’elle une langue vivante en perpétuel mouvement? Cet organisme a été créé pour protéger


la langue française au Québec, car nous sommes au Québec une population de 7 millions de personnes entourée de toutes les provinces canadiennes qui ont comme langue l’anglais. Les Québécois ont toujours lutté pour leur survie à partir de la Conquête anglaise. Murray, je crois, disait de nous que nous étions un peuple sans littérature, sans culture. Il y a eu des tentatives multiples d’assimilation. L’office québécois de la langue française (OQLF), a toujours eu comme mandat de faire en sorte que les travailleurs du Québec travaillent en français. En effet, il y a des années de cela, toute la terminologie technique, du travail, était en anglais, et ce, dans tous les domaines. Il y a donc eu d’immenses chantiers, et moi, j’ai eu l’immense privilège de travailler dans les domaines du textile et du plastique. J’ai choisi des contremaîtres qui connaissaient bien les machines avec lesquelles leurs employés travaillaient et je les ai interrogé afin qu’ils m’expliquent le fonctionnement des machines en question. Donc pour chaque terme anglais qui recouvrait une notion particulière, j’ai eu des explications qui m’ont permis de trouver le bon mot français, quand il existait, pour le terme anglais, avec sa définition. Et quand le terme français n’existait pas, il a fallu l’inventer: c’est ce qu’on appelle un néologisme. Bien sûr, on s’organise pour, la plupart du temps, retenir le terme français qu’on nous suggère s’il est déjà utilisé dans l’usine en question, car ça donnerait quoi de suggérer un mot qui, de toute manière, serait rejeté par les employés ? Il a fallu travailler ainsi dans tous les domaines du savoir, et il s’en rajoute continuellement: Par exemple, celui de l’informatique et du commerce informatique. Et celui des cellulaires, etc. La technologie avance tellement et les terminologies se présentent entièrement en anglais. Nous avons pu voir avec le temps que cette stratégie était gagnante. Toutes les entreprises de 500 employés et plus devaient obtenir leur certificat de francisation et faire la preuve que la terminologie francophone était bien présente sur les lieux de travail, sur les machines. Malheureusement, il y a beaucoup d’entreprises qui n’ont pas encore ce certificat-là. Quand on se soumet au bon-vouloir d’une entreprise, on est loin de toujours réussir. Il faut parfois utiliser quelques mesures coercitives qui, en fait, n’ont jamais été appliquées. Avec le Parti

Québécois de Pauline Marois, qui a pris le pouvoir, la loi 101 sera renforcée et la francisation d’appliquera désormais aux entreprises de 50 employés et moins, car ce sont celles-là les plus nombreuses. La plupart du temps, ce sont des immigrants qui sont arrivés au Québec et qui n’ont jamais appris le français, alors que leurs enfants, eux, de par leurs études dans des écoles francophones, le parlaient. Il faut s’assurer que cette main-d’œuvre ne soit pas drainée par le milieu économique anglophone car, autrement, nous courrions tout droit à l’assimilation. L’Office aussi a comme mission de surveiller les noms de commerces. Le générique doit toujours être en français. Il faut bien savoir qu’à l’époque, tous les noms d’entreprises étaient unilingues anglais... Et ce qui se passe à Montréal présentement est dangereux précisément parce que de plus en plus de services ne sont pas donnés en français à la clientèle québécoise francophone. Ça arrive souvent qu’il faille se fâcher et exiger un service en français !!! La langue française, c’est la maison de notre culture québécoise. Tout repose sur elle. La langue française, c’est notre fleuve Saint-Laurent qui coule dans nos veines et par notre parole. C’est elle qui nous donne notre identité propre. Voilà pourquoi la France a toujours tellement compté pour nous les Québécois. Quand le Général de Gaulle est venu en visite au Québec, il a prononcé son fameux « Vive le Québec libre » du haut du balcon de l’Hôtel de ville à Montréal. Le peuple était en liesse !!! La survie du français, son épanouissement, tiennent à notre capacité à former une nation dans les faits. Le Québec, quand il deviendra un pays, aura toutes les juridictions nécessaires pour faire en sorte que tout se passe en français sur son territoire et que les politiques appliquées chez nous se fassent dans notre intérêt et à notre ressemblance. Comment les artistes québécois promeuvent la langue française ? Les chanteuses et chanteurs, par exemple, font à l’heure actuelle beaucoup trop de CD en anglais. C’est sûr que l’utilisation de l’anglais les fait davantage connaître, mais, par contre, notre cause commune, soit notre survivance et notre existence en tant que peuple demandent que nos artistes utilisent le français dans leurs productions artistiques. Le bonheur d’écrire et de parler français, notre ressemblance, doivent avoir la priorité.

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Comment se concevoir comme artiste francophone entouré d’anglophones [au sein même du Canada, et mais aussi face au voisin étatsunien] ? Comment être une auteure québécoise face à l’immensité du monde ?

française, mon fleuve, ma culture adorée, et c’est ainsi que je me présenterai toujours face au reste du monde : avec quelque-chose de nouveau à apporter comme écrivaine québécoise, donc de culture différente de celle des autres.

Je suis auteure francophone de par ma langue maternelle et ma culture spécifique, de par cette nation le Québec à laquelle j’appartiens et que j’aime de tout mon cœur et de toutes mes tripes. Et justement à cause de cette situation du Québec qui n’est pas encore une «vraie» nation au sens réel du terme, c’est-à-dire ayant les pleins pouvoirs qui lui reviennent, et sa souveraineté, qui feront en sorte de protéger et sa langue française et sa culture propre, je ne puis être autrement qu’une écrivaine engagée... Et cet engagement va bien au-delà de mes principaux thèmes d’écriture: je suis engagée dans ma manière d’être au quotidien. Écrire en français devient donc un engagement envers mon pays et ma culture: cela révèle mon appartenance. Les anglophones du Canada se ressemblent car ils ont justement une culture propre qui n’est pas celle du Québec, alors, il y a là c’est sûr une pression énorme qui requiert de la part des artistes québécois une attitude de défense et de combat contre l’assimilation de notre culture et de notre langue. Et le problème est plus grand bien sûr car non seulement le Québec doit se défendre des assauts assimilateurs de l’anglais dans les domaines économique, politique et culturels, par rapport au Canada, mais également contre l’anglais des ÉtatsUnis dont la culture est tel un rouleau compresseur par rapport aux plus petits pays.

12/ Quelle est la place des femmes au sein de la littérature québécoise ? Qu’y ont-elles apporté ? Comment promouvoir leur travail afin de les faire connaître y compris à l’étranger ? Existe-il des actions spécifiques par des organismes ou autres pour mettre en avant leur travail ?

Les artistes d’ici ont donc un devoir de résistance. Il faut que dans tous les arts, et dans le domaine des lettres, notre part de marché soit plus grande. Même en France, notre littérature n’y a pas encore une représentation suffisante. Pour être une artiste, une écrivaine québécoise face au reste du monde, il ne faut « jamais » oublier d’où l’on vient ! Du Québec avec sa langue française et sa culture propre. Ne jamais oublier ses racines, mais, au contraire, se nourrir continuellement, comme d’une érablière au printemps, de la sève de chacun de ses érables. Nous avons nos traditions qui elles non plus ne doivent jamais être oubliées, mises derrière soi, mais, plutôt, mises devant soi. J’habite ma langue

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La place des femmes dans notre littérature est grande. Il y a Marie-Claire Blais, toutes les auteures féministes d’ici. La pièce Les fées ont soif a fait énormément de bruit à sa sortie. Il y a bien sûr celle qui est, pour moi, la plus importante : Gabrielle Roy. Elle est celle qui a mis en scène le milieu urbain, les conditions de vie des ouvriers. Il y a bien entendu la grande romancière Marie Laberge avec, entre autres, sa trilogie bien connue, et parmi laquelle se retrouve Le goût du bonheur. Il y a aussi Nicole Brossard pour ce qui est de la poésie moderne et féministe. Comme littérature féministe on compte également la grande auteure Louky Bersianik. Rina Lasnier a été une grande poète et Anne Hébert à la fois une grande poète et romancière. Il y a des livres d’Anne Hébert qui ont fait l’objet de films québécois très prisés : ils dépeignent les Québécois d’antan, et la neige, les tempêtes, y prennent une grande place dans les passions des couples en présence. Il y a aussi notre chère Clémence DesRochers dont les sketchs provoquent toujours autant les rires. Par exemple celui portant sur les rabais à faire en magasin... Grâce à ces femmes, et je ne peux pas les nommer toutes, mais celles dont je ne parle pas sont tout aussi valables, les femmes québécoises se reconnaissent, s’identifient et apprennent à grandir. Elles apprennent à devenir ce qu’elles veulent être. J’ai parlé un peu plus haut de la difficulté de faire connaître la culture québécoise à l’étranger. La littérature des femmes n’y échappe pas. Le gouvernement fédéral, au Canada, a comme premier ministre Harper, qui est un conservateur. Il n’aime pas la lecture, ce qui n’aide pas bien sûr le milieu littéraire

13/Où peut-on trouver tes livres ? Où les acheter au Québec, et à l’étranger ?


On peut trouver Êtres croisés, mon dernier recueil de poèmes, sur Internet et je vais t’en donner l’adresse web : sur l’adresse du site des Éditions ManuscritDépôt, à ma page, on peut avoir un exemplaire papier de mon livre en payant par Paypal. Voici le lien : http://www.manuscritdepot.com/a.mariecholette.htm J’ai beaucoup d’exemplaires aussi de mon roman intitulé Hautes marées de lait à la maison. De même pour mon recueil de poèmes Les entourloupettes des entourloupettes. Quant aux autres de mes livres, c’est-à-dire Aime-moi comme tu m’aimes (recueil de poèmes), Osmose, (recueil de nouvelles) et Chorégraphies (recueil de poèmes), ils sont malheureusement épuisés: il faut dire qu’ils ont été louangés par la critique. On retrouve aussi beaucoup de mes textes dans L’Encyclopédie sur la Mort, encyclopédie électronique d’Éric Volant, professeur à l’Université du Québec à Montréal. J’en donne l’adresse web : http://agora.qc.ca/thematiques/mort/ dossiers/cholette_marie On en retrouve également de mes textes dans la revue parisienne intitulée Les Chemins de Traverse et aussi dans la revue québécoise intitulée L’Action Nationale. D’ailleurs j’envoie régulièrement des textes à la revue parisienne. Autrement mes livres se trouvent dans les bibliothèques québécoises dont les plus connues sont la bibliothèque Gabrielle-Roy et la bibliothèque la Grande Bibliothèque de Montréal.

14/As-tu un site personnel pour que l’on fasse plus ample connaissance avec ton travail, et ton art ? Mon site, c’est celui dont j’ai donné l’adresse web précédemment sur Facebook, sous les rubriques Articles et Photos de cette page, j’ai à peu près 240 de mes poèmes et de ma prose. Je redonne donc le lien : https://www.facebook.com/pages/ Marie-Cholette-po%C3%A8teromanci%C3%A8re-nouvellisteessayiste/120591567980862 Ensuite, un autre lien important car je fais partie de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois : http://recif.litterature.org/recherche/ ecrivains/cholette-marie-1276/ Il y a aussi mon dossier et beaucoup de mes poèmes dans l’Encyclopédie électronique sur la mort d’Éric Volant. Je donne le lien: http://agora.qc.ca/thematiques/mort/ et la continuation en page 2 de ma contribution à cette Encyclopédie : http://agora.qc.ca/thematiques/mort/

Mon principal travail en fait se trouve à ma page d’admirateurs sur Facebook sous les rubriques Articles et Photos, puisque j’y ai en tout 230 de mes poèmes et de ma prose. En voici le lien : https://www.facebook.com/pages/ Marie-Cholette-po%C3%A8teromanci%C3%A8re-nouvellisteessayiste/120591567980862

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Khalid EL Morabethi

Une lueur, un cri Il était une fois un homme sur un banc toujours assis Dans un beau jardin plein de belles fleurs Toujours la, mais son cœur, son âme, son esprit étaient ailleurs L’homme aux yeux noirs songeait à toutes les belles choses qui l’entouraient Il avait ce sourire même s’il était si faible et déprimé Il pensait à sa fille Leila qui l’avait quitté Il pensait à l’espoir qui est parti sans se soucier de ce qui peut lui arriver. Une lueur, un appel Il appelle sa mère qui est partie le jour de sa naissance L’homme, le vieillard appelle ses espérances Dans un monde infernal, il est demeuré seul Un appel à la belle vie qui est partie très loin de son univers froid La nuit, il a pris l’habitude de se diriger vers l’oubli et jusqu’à l’ivresse il boit. Un hurlement, un rêve L’esprit de l’enfant attendait le retour de ses parents Il voulait être content Il attendait juste leurs amours Mais elles sont parties pour toujours Un départ sans retour. Une lueur, un cri L’homme sur un banc toujours assis Il se demandait, pourquoi les fantômes du mal ont hantés sa vie ? Pourquoi sa vie dans une tempête avait sombré ? Pourquoi son corps dans cette petite cage sans porte a été enfermé ?

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Des lames de sang et des appels Après la prière, il appelle son unique ciel Son unique appui, sa seule raison, sa vie Dieu … l’amour, le bonheur et le fidèle ami Dieu… Qui n’abandonne personne Qui pardonne. Une douce mélodie Une voix charmante d’une ravissante sirène à l’intérieur du paradis Son parfum flottait dans l’air Elle lance son rayon et le côté ténébreux s’éclaire Sa voix audacieuse a apporté le printemps à une terre qui souffrait dans l’obscurité A l’intérieur du paradis près de l’arbre interdit, elle chantait. Une lueur, un cri La nuit, à la maison les cierges s’allument Le sage prend enfin sa plume Il revient avec sa mémoire en arrière Ecrivant son enfance et la rivière Ou tous ses rêves étaient noyés Noyés. La lune, le soir, un sourire, des yeux fermés C’était lui et moi Un hôpital, une chambre blanche et un lit Il ouvrit ses yeux et il m’a souri C’était son dernier silence C’était ma dernière mélodie silencieuse.

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À quoi je pense ? À quoi je pense ? À cette innocence Qui portait un jour le bracelet de sa grand mère ; La joie Elle est morte, prés de sa mère ; la foi Cette innocence Son sourire, ses yeux Sa faiblesse et ses prières pour Dieu Les quatre murs de sa chambre et leur unique histoire Ce lit et l’homme loup, au dessus, au fond du noir Sa robe grise, ce miroir et cette silencieuse horloge Cette innocence, elle chantait Sa voix faisait souffrir les anges À quoi je pense ? Cet amour sans ses ailles Aveugle, il ne peut voir Cherchant la haine, la reine, suppliant de lui rendre son pouvoir Cet amour Ses larmes et son sang peut-être rouge descendent avec la pluie Remplissant le verre de la vie Ah ! Cette vie que du jour au soir, boit jusqu'à l’ivresse et dort Oh ! Voulant à tout prix oublier sa trahison impardonnable et sa sœur ennemie, la mort

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À quoi je pense ? À cette fille qui continue toujours à vendre les fleurs Pauvre, elle marche les pieds nus Elle semble dire a Dieu ‘’ Pourquoi les hommes n’achètent pas mes roses Personne ne sourit, leur sombre cœur me tue ‘’ Cette fille de sept ou huit ans Comme son bien aimé, Gavroche, veut une famille et l’abri Des rêves et un lit Cet ange dans un enfer que sa fièvre maigrit Éternellement Condamnée D’être en prison ‘’ Mélancolia ‘’ Je vous en supplie ’’ tristeza ’’, sauvez-la À quoi je pense ? Cet amour Cette innocence Ce vagabond espoir Ce seul héros gravement blessé Ce brave chevalier, le fort Tous, accroupis ils attendent dans un bagne, la mort

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didier lestrade

Un été au jardin J’ai lu récemment

une chronique de David Brooks sur la nécessité d’être immobile quand on écrit. Ceux qui ont envie d’écrire se demandent parfois s’il existe des recettes. Comment arriver à ce moment où les mots viennent par eux-mêmes et dépassent l’inspiration ? Surtout à une époque où nous sommes constamment sur Internet, via le portable ou ailleurs. Le chroniqueur disait que les gens bougent trop et c’est un fait, nous n’avons jamais autant gesticulé qu’aujourd’hui. Nous sommes sans cesse dans le mouvement d’un point A à un point B. L’écriture est forcément un moment d’immobilité, même quand nous sommes dans le train (comme en ce moment même) ou dans l’avion. Il faut pouvoir s’arrêter pour taper un texte sur son ordi ou son iPad. Bien que j’ai vu à New York des étudiants taper sur leur ordinateur portable en marchant dans la rue mais là-bas, c’est vrai, les trottoirs sont larges sur la 14ème Rue. Il faut pourtant parvenir à une certaine immobilité pour laisser les mots vous envahir et je n’ai pas d’autre conseil à offrir à ceux qui veulent écrire, à part le fait de prendre l’habitude de noter toutes les idées qui traversent votre esprit. Ecrire est un travail et même lorsque l’on n’écrit pas, il faut emmagasiner des listes d’idées, comme dans n’importe que métier. J’ai déjà écrit que la nature ne vous regarde pas quand vous êtes seul. Ou plutôt, elle vous regarde mais pas du tout comme une personne ou un animal. Elle vous inspire mais pas toujours dans le grand thème des espaces et des panoramas. Le jardin, le champ, la forêt vous nourrissent surtout quand vous faites des tâches très répétitives comme ramasser les feuilles mortes, chercher des champignons, couper du bois ou regarder les galets sur une plage. Plus le travail est minutieux et plus il vous vide la tête tout en l’influençant. Je prends un exemple. En ce moment, il faut éclaircir les arbres fruitiers, surtout ceux qui sont en espaliers. C’est exactement comme les semis de radis que l’on effectue en ligne droite: il faut jeter 10 semis pour n’en garder qu’un seul, de manière à ce que le jeune radis puisse avoir assez de place pour grandir. Sur les tiges des pommiers ou des poiriers, on ne garde qu’un fruit par bout de tige. Il faut donc sacrifier sans état d’âme pour ne garder que la plus jolie pomme, la plus grosse ou celle qui n’est pas attaquée par une maladie ou un insecte. Cela rend grognon car il faut en jeter beaucoup pour que la sève nourrisse ce fruit en particulier, et pas d’autres. Il faut procéder avec un sécateur et on en profite pour dégager le fruit des feuilles qui le cachent du soleil. La règle, c’est que l’air doit circuler au maximum dans l’arbre et autour du fruit. Ce dernier doit être dégagé pour bénéficier du maximum de lumière mais surtout, par un été orageux comme celui que nous allons connaître, il est impératif que le fruit ne soit pas confiné dans un environnement étouffant qui favorise plein de maladies. Ainsi dégagé, la pomme ou la poire sera moins fragile face aux insectes qui la piquent parce que ces petites bêtes préfèrent faire ça en douce, cachées par les feuilles. La finalité de l’arbre fruitier n’est pas uniquement de produire une récolte. Son fonctionnement normal, c’est avant tout de pousser. En ce moment, l’arbre fruitier lance des nouvelles tiges qui ne servent à rien car il dispose assez de feuilles pour respirer. On conseille alors de procéder à une taille en vert qui permet à l’arbre de ne pas se fatiguer à pousser. La sève doit être dirigée vers le fruit, elle ne doit pas être gaspillée à faire des tiges qui, de toute manière, seront rabattues pendant la taille d’hiver.

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Mon point. C’est une tâche qui demande beaucoup de temps et de concentration car un coup de sécateur mal dirigé et c’est le joli fruit que l’on coupe. Misère! Quand vous en avez terminé avec un arbre, vous passez à l’autre sur la ligne des espaliers. Mais en revenant sur vos pas, parce que vous regardez les fruitiers sous un autre angle, vous découvrez d’autres fruits qui n’ont pas été éclaircis et le mantra que vous répétez dans votre tête est celui de la justice et de l’équité: “Ah mais cette pomme mérite sa chance aussi”. Et une autre que vous remarquez aussi. Et une autre... Pour moi, c’est un des grands plaisirs du jardin qui suscite des idées d’écriture. Je ne suis même pas intéressé à l’idée d’avoir de beaux fruits bien dorés par le soleil, en fait je ne suis pas très sensibles aux fruits, je trouve les pommes incroyablement boring et les poires, il faut souvent les manger tout de suite après la cueillette. Mais je tire de ce travail une sorte d’inspiration dans le bon traitement de mes arbres fruitiers. Ils étaient dans ce jardin avant que je ne m’y installe et ma concentration est surtout un hommage à l’arbre qui était là avant moi. C’est de la prévention. Tout ce qui m’entoure est concentré dans cette tâche que l’on ne fait qu’une fois par an, à un moment précis, surtout lorsqu’on suit le calendrier de la lune. Le fruitier en espalier est alors au centre du jardin. Après le travail, les fruits sont visibles sur l’arbre comme les décorations d’un sapin de Noël et le vent et le soleil pénètrent à l’intérieur comme s’ils respiraient mieux. C’est exactement ce que font les vignerons quand ils coupent les tiges non productrices de la vigne pour mettre en valeur les grappes de raisin. Un autre travail que j’adore et que je ne laisserai faire à personne, c’est épouiller les pins miniatures. Les miens ont presque deux mètres de haut au bout de dix ans et chaque année, il faut libérer le sujet de ses branches mortes et des amas d’aiguilles qui restent à l’intérieur. Il faut mettre carrément la tête dans le pin pour dénicher les aiguilles mortes qui tombent sur le sol et qui constituent un si joli tapis. Ce faisant, le pin respire en son cœur, il prend une allure plus libre, on peut même en profiter pour couper quelques branches qui lui donneront une meilleure allure. On dégage gentiment les écailles mortes du tronc pour découvrir l’écorce nouvelle, plus colorée, et en quelques jours, avec le vent et la pluie, il se met à respirer lui aussi. Je pense que la vie est si dure aujourd’hui que le traitement que l’on dispense à des plantes est particulièrement gratifiant. Les hommes et les animaux ont aussi besoin d’aide, mais la particularité de la plante est d’être immobile. La plante est un écrivain. L’écrivain est la plante. Elle ne va pas crier dans le jardin pour appeler à l’aide et attirer votre attention. Si on ne la soigne pas, si on ne lui montre pas que l’on sait comment faire pour la guérir, elle vivote ou elle meurt. Parfois, elle dépérit malgré tout. Mais elle ne peut pas bouger de place. Il faut aller vers elle car elle ne peut pas venir à vous. Bien sûr, les annuelles ou les vivaces ont la possibilité de se propager dans un coin du jardin qui leur est plus propice. Les graines savent voler et germer là où la plante a décidé que le spot est idéal. Parfois elle s’installe même là où l’on n’a absolument pas envie de la voir, comme devant la porte, au milieu d’un escalier ou sur le passage d’un chemin. Mais il faut être tolérant et si cela ne gêne pas trop, laissez-là au moins grainer pour une saison, le temps qu’elle se ressème ailleurs. C’est cette gentillesse sans verbe qui nourrit les mots. Quand on soigne un humain ou un animal, la voix est nécessaire, cela fait même partie intégrante du processus de guérison. Pour la plante et la nature, le geste suffit. On peut parler à une plante, la caresser aussi, la prendre dans ses bras comme faisait Emerson avec les troncs d’arbre, la complimenter de loin avec les amis mais je ne suis pas assez New Age pour entamer une discussion imaginaire avec un végétal. Même dans cet échange, je reste silencieux. Si l’on me regarde de loin quand je jardine, je suis LART en LOIRE - # 2 - juillet 2013 63


sérieux. Je n’ai surtout pas de sourire béat. Je ne suis au centre de rien, c’est la plante qui est au centre. Certains jours, je suis dans l’humeur pour m’occuper que d’une variété, comme lorsqu’on décide de travailler uniquement sur les rosiers. D’autres jours, je passe d’une variété à l’autre sans distinction. C’est cette équité que je trouve dans le jardin et que je ne trouve pas dans le monde. Il y a une justice et c’est moi qui l’applique. Je suis le dictateur de mon jardin, un despote qui laisse ses sujets respirer, qui leur offre parfois une année sabbatique qui réussit (ou pas). Il y a plusieurs coins de mon territoire qui échappent à ma justice. Je ne peux pas tout faire et je ne veux pas tout faire. Je sais que c’est souvent le hasard qui fait les plus beaux tableaux. Comme je disais, les plus belles fleurs sont souvent celles qui sont arrivées là toutes seules. C’est ce qui nourrit mon écriture car j’ai beau être seul, mon jardin protège ma maison et ce qui protège ma maison me protège aussi. Je suis un réfugié de la capitale et comme toutes les personnes qui ont quitté leur pays, j’ai volontairement cassé quelque chose qui me reliait à mon passé. Quand je vais à Paris, je ne vois que des murs. Beaucoup d’hommes beaux passent devant ces murs. Ces hommes ne sont pas dans mon jardin, c’est évident. La nature est peut-être le succédané de ces hommes. Mais depuis 15 ans, je n’ai toujours pas rencontré un homme qui comprenne vraiment ce que ces plantes ont à dire et je me demande quelle est la signification de ce mystère. Ou de cette injustice. Je croyais naïvement qu’en faisant ce jardin, j’attirerais un amoureux de la nature qui m’aimerait précisément parce que je lui offrirais un équilibre qui est de plus en plus rare. Je m’attendais à voir venir un autre réfugié qui ne saurait pas où habiter et qui serait heureux de trouver un abri. Je me disais que ces pommes et ces poires, ce n’était pas vraiment elles que je soignais, c’est l’homme à qui je les donnerais qui en profiterait pour se refaire une santé. Je me disais que ce jardin était ma source d’équilibre et qu’il était assez grand pour équilibrer un couple. Je me disais que ce serait une manière d’appeler le romantisme, plus efficacement qu’une drague sur Internet. Cela m’aiderait à le séduire, comme un homme qui aurait deux chevaux dont l’un aurait besoin d’être monté par un partenaire. Ou quelqu’un qui a deux chambres dont l’une serait vide. Ou quelqu’un qui a deux CDs originaux de Motorbass et une collection rare de pornos en DVDs. Au bout de dix ans dans ce jardin, je réalise que ce rêve était encore trop naïf. Il n’avait pourtant rien de secret, j’ai parlé de cet espoir partout, dans les livres et sur Internet et je n’ai jamais rencontré d’homme qui me dise “ Je veux t’aimer parce que je veux apprendre à tailler correctement les rosiers ”. Ou “ Je veux apprendre à faire des murs en pierres avec toi ”. Je trouve ça dingue. Je suis pourtant resté six ans avec celui qui m’a permis de jardiner avec lui dans la maison de ses parents en Normandie, ce qui m’a incité à m’installer à la campagne. Ce cadeau qu’il m’a offert a été à la base de notre entente, même quand l’amour entre nous a commencé à s’user. Il m’apportait des plantes et des arbres, je les plantais et on les regarder grandir ensemble. Je crois que c’est un sentiment de fidélité aussi riche que les autres. On se répartissait un partage tacite du jardin. Lui se levait tôt, bien avant moi, pour prendre son café au milieu de la rosée de la pelouse. Moi j’allais dans le jardin en fin de soirée, seul, sous la lune, quand l’autre dormait depuis longtemps. Cette immobilité dans le jardin est celle du daydreaming, une transe qui vous change sans le savoir. David Brooks, le philosophe ami de mes lectures, dit que le cerveau est un organe malléable. “Quand vous avez une activité, ou une pensée, vous changez une partie de vous-même qui vous rend légèrement différent de la personne que vous étiez avant. Chaque heure passée avec les autres, vous devenez un peu comme eux”. Et je me demande : que se passe-t-il dans le cerveau quand on perd des années sans être avec celui qui doit vous changer? Brooks cite un auteur, Frederic Buechner, qui parle d’un endroit “où notre bonheur profond rencontre la faim profonde du monde”. Cet endroit est mon jardin. Vous ne le saviez pas ? C’est mon village.

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frédéric javelaud - été - 2012 LART en LOIRE - # 2 - juillet 2013 65


laure bolatre

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Un petit village de Provence La petite fille ne pouvait détacher son regard. L’envie devenait plus forte au fur et à mesure que les minutes passaient : ce vieux monsieur l’attirait. Mais voilà, les barreaux de son parc en bois lui interdisaient de franchir les quelques mètres qui la séparaient de celui qu’elle appelait : « le papi au chapeau ». La petite grandit. « Le papi au chapeau » est toujours assis sur le banc, impassible, malgré le mistral, insensible à ce parfum de lavande si cher à notre Provence, tenant entre ses mains son morceau de carton, face à l’épicerie que tient sa maman. Mais aujourd’hui, Petite Fillette, ce sont les interdits de grand-mère Marthe qui l’empêchent d’aller voir le « papi », de franchir ces quelques mètres… En fait, avec le temps, elle s’est habituée à voir l’homme assis sur le banc, vêtu de son éternel costume bleu nuit, son chapeau rabattu le protégeant du soleil ou tout simplement cachant son regard vert émeraude. Ça, elle le savait, parce qu’un matin, en allant à l’école un peu plus tôt que d’habitude, accompagnée de Francine sa nourrice, elle l’avait croisé qui allait s’installer sur son banc face à l’épicerie. Elle lui avait souri, et lui, l’avait salué portant sa main à son chapeau qu’il avait rabattu sur son visage. Une année. Puis une autre. Et encore… Le temps s’écoule dans ce petit village de Provence, bercé entre les récoltes des oliviers et la danse des abeilles qui butinent la nature pour nous gâter de ses merveilles. L’enfant devient une séduisante jeune fille. L’homme est toujours là. Un jour n’y tenant plus Louison se tourne vers sa grand-mère bravant les interdits de son enfance : -Mamie tu le connais, n’est-ce pas ? -C’est le Toinin ! -Pourquoi tu lui parles jamais ? -Mêle-toi de tes affaires, petite ! La rabroue l’ancêtre. Louison est partie pour la grande ville afin de poursuivre ses études : « C’est qu’elle en a làdedans ! » s’exclame sa mère toute fière l’index pointé sur sa tête ! Un jour, elle est convoquée au bureau. Là, se trouve sa mère les yeux rougis : -C’est Mamie Marthe… elle nous a quitté dans son sommeil… Le jour de l’enterrement, Louison et sa maman rentrent d’un pas lourd vers l’épicerie : celle-ci sera bien vide sans le « bagou » de Marthe. Soudain, Louison s’arrête, son regard tourné vers le banc : il est vide. C’est la première fois, que le Vieil homme a déserté la petite place, devant l’épicerie, même le vieil orme centenaire qui l’a abrité pendant toutes ces années semble un peu plus penché. Sa mère et elle, inquiètes, se rendent vers la maison du Toinin. Là, poussant la porte entrouverte, comme une invite à entrer, elles l’aperçoivent : Assis dans un grand fauteuil, habillé dans un costume noir, chemise blanche, cravate noire…son chapeau a disparu…ses yeux verts émeraude fermés sur l’éternité, ses lèvres donnent l’impression d’esquisser un sourire… Louison s’approche. Entre les mains du vieil homme, ce morceau de carton qui ne le quittait jamais. Dessus quelques mots griffonnés : « Marthe veux-tu m’épouser, Prière de déranger quelle que soit la réponse ! Toinin »

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Tiphaine bressin

Pour la culture La culture

Vaste sujet. Passionnant, étonnant, détonnant. Objet des querelles les plus vives, autant que la politique sûrement. Source des plus belles joies aussi, des engouements les plus profonds. Découvrir, c’est un intérêt en soi, une forme de « sel de la vie », être surpris, transmettre et partager. Dans l’époque du commentaire et du bavardage, des lolcats et du ranking, où notre civilisation médiatique et culturelle semble gérée par des comptables, l’œil sur le tiroir-caisse, the bottom line cher à Diana (Ross) – ceci dit, vu l’état de l’industrie du disque, cela peut se comprendre, pour les petits labels en particulier. Sans vouloir renier ni critiquer cela trop durement, car ceci n’a pas d’intérêt et que la culture populaire a sa place parmi toutes les cultures, je souhaitais juste apporter une contribution, modeste, à la découverte et à l’élargissement de sa propre culture, et à sa transmission à d’autres, car la culture, c’est aussi quelque chose à partager. Recevoir des autres, et leur donner aussi. Au cœur de tout cela, la curiosité est le moteur, l’envie de découvrir. On peut articuler cette recherche autour de quelques grands domaines simples, et surtout d’une façon de chercher. Loin de moi l’idée de vouloir imposer une façon de chercher. Disons qu’il y a quelques techniques, simples, qui permettent, à peu de frais, de développer sa curiosité, et d’appliquer rapidement, de vite mettre en pratique ce que l’on a repéré. Dans un premier temps, on s’attellera au « découpage » en quelques grands ensembles simples, disons, audiovisuel – musique, films, et ça marche aussi pour d’autres composantes comme les séries, les programmes TV, visuel – graphisme, design, iconographie, peinture, statuaire et sculpture, soit tout ce qui se rapporte à l’image fixe ou animée. Et, en dernier lieu, quelques lignes sur la culture écrite : livres, magazines, revues, sites web et autres supports où l’écriture prédomine. L’audiovisuel : la première des démarches consiste avant tout en une lecture, la plus attentive possible, à la composition de l’œuvre, ce qui a participé de sa création : qui sont les musiciens, les auteurs, les scénaristes, les réalisateurs, les producteurs, l’équipe technique – ingénieurs, techniciens, studios, éditeurs, labels et maisons de disques, graphistes, designers et la liste s’allonge. En somme, toutes celles et ceux qui ont participé à la création de l’œuvre. Démarche assez simple : lire les pochettes, jaquettes, affiches, lire les génériques, les remerciements, même si on ne peut évidemment pas tout retenir. Mais retenir quelques noms, selon ce qu’on souhaite chercher ou trouver, ou juste laisser le hasard vous guider : on voit un nom, une fonction, il retient notre attention, et on approfondit ensuite. Mais n’allons pas trop vite. Evidemment, le mieux pour cela est d’avoir à sa disposition ces supports – CD, DVD, vinyles principalement ; c’est un peu plus dur avec des fichiers, même s’il existe des ressources en ligne permettant de retrouver ces informations. Le plus simple, pour commencer, est de partir de ce que l’on a déjà chez soi : musiques, films, séries, et tout ce qui rentre dans le champ audiovisuel. Un premier tour d’horizon vous permettra de dégager quelques noms qui vous serviront de base sur laquelle axer votre recherche. à partir de cette base commence alors une deuxième phase : avec qui ces personnes ont-elles travaillé d’autres ? Ont-elles (eu) des projets à côté, qui sont leurs collaborateurs favoris, depuis quand exercent-ils leur art, etc. Sur cette trame, on peut parcourir une carrière, voir les évolutions, et, justement, explorer soit le passé, soit les projets annexes de ces carrières. Quelques exemples pour illustrer : prenons David Lynch. En dehors de ses films, qu’a-t-il fait ? Le Club

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Silencio, me direz-vous. Oui. Et aussi une production visuelle et picturale assez conséquente – peintures, dessins, œuvre plastiques. Pourquoi ? parce que c’est un plasticien à la base. Des disques aussi, assez intéressants d’ailleurs. Ces disques, qui a travaillé dessus ? Boysnoize, Moby, Lee Scratch Perry – déjà trois noms : autant de pistes à creuser justement, non ? Toutes ces infos, de nombreuses ressources, plus ou moins fondées ou sérieuses, vous les procureront, selon que vous ayez ou non ces supports (CD, vinyles, DVD ou fichiers.) Si vous souhaitez approfondir, en premier lieu, tout le monde pensera probablement à Wikipedia, Discogs, IMDB (Internet Movie DataBase), AlloCine, Première ou d’autres sites. Je nuancerai en disant que la première chose à regarder dans Wikipedia, ce sont les sources, en bas de page et qu’après, on peut s’attaquer à la lecture de la page, qu’il faut compléter par d’autres sources. Un autre exemple : Daft Punk. Vous n’avez pas pu échapper à Get Lucky. Daft Punk avec Pharrell Williams et Nile Rodgers. Et voilà : trois autres noms à approfondir. Qu’ont fait les Daft Punk ? ensemble ? en solo ? avec qui ont-ils travaillé ? Qu’a fait Pharrell Williams ? pour et avec qui ? Et Nile Rodgers ? d’où vient-il ? Eh bien, Chic, par exemple. Et avec qui Chic a-t-il travaillé ? Sheila, entre autres. Eh oui. Je vous vois sourire, et pourtant, ces disques sont très bons, et Spacer n’est que le plus connu. Ce n’est pas tant de se poser toutes les questions mais juste de créer une démarche de curiosité, le moteur essentiel. Quelques réponses aux exemples précédents : Boysnoize, producteur de musique électronique, de son vrai nom Alex Ridha, a fait des disques pour lui, sous plusieurs pseudonymes, des remixes pour Feist ou Snoop Dogg, a travaillé avec Erol Alkan, parmi d’autres artistes. Saviez-vous, par exemple, que les Daft Punk ont sorti un album rock à leurs tout débuts, sous un autre nom1, que Pharell Williams avait créé l’une des plus grosses machines du R&B des années 2000, The Neptunes, avec Chad Hugo, et qu’ensemble, ils ont collaboré avec P-Diddy, Britney Spears, Faith Evans, Busta Rhymes – et la liste est longue, très longue. Deuxième volet, le visuel. Comment découvrir différentes sources autres que celles auxquelles vous êtes exposés dans votre vie quotidienne ? Là aussi, plusieurs techniques, relativement simples existent. Repérez là aussi le nom des graphistes, designers, photographes, peintres, directeurs artistiques, agences de créations et de communication, publicitaires, cabinets de graphisme et de design. Tout ce qui se rapporte à la production de l’image fixe. Pour creuser, cherchez ce qu’ils ont fait d’autre, quels étaient leurs clients – personnes, entreprises, secteurs d’activités, terrains de prédilection – et, dans le sens inverse, cherchez si ces clients ont fait appel à d’autres agences de design à d’autres périodes et pour d’autres projets. Une autre méthode consiste à utiliser la puissance de Google Image. Sans qu’on le soupçonne, c’est un terrain incroyable de découverte, aujourd’hui puissamment appuyé par les blogs, Tumblr en tête bien sûr, ou des sites de ressources en ligne comme Flickr. Par exemple, si une ou plusieurs images que vous avez déjà en stock dans vos dossiers images vous plaisent, n’hésitez pas à les importer dans Google Image2, et voyez ce qu’il en ressort. Le choix se fera alors assez vite : votre œil parcourra rapidement les résultats, et sera rapidement attiré par quelques images seulement, parmi les dizaines proposées. Il n’y a plus qu’à cliquer sur ces différentes images, pour se laisser guider et découvrir. N’hésitez pas non plus à taper les recherches les plus absurdes : les résultats sont parfois surprenants, et souvent agréablement. Exemple : tapez « chiens verts de l’espace » et laissez-vous guider. Par ailleurs, vous pouvez affiner votre recherche en utilisant les différents outils mis à disposition par Google

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Une rareté aujourd’hui Via le petit symbole «appareil photo » à droite de la barre d’adresse dans Google Image

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et Google Image, pour trier et ne retourner comme résultats que des photos d’une taille précise, ou supérieures à une certaine taille, parues depuis une certaine date, ou bien encore en couleurs seulement ou en noir et blanc, de types portraits ou dessins au trait. Faites bon usage aussi des « recherches associées », très souvent retournées par Google et Google Images : cela agrandit considérablement, et de manière intelligente, le champ d’exploration de ce que vous cherchiez, et parfois dans des directions que vous ignoriez. Bref, un éventail large de techniques, pour se perdre tout en étant guidé par une technique simple à votre service. Accessoirement, vous pouvez aussi utilisez ce qui est décrit dans le paragraphe précédent, relatif à l’audiovisuel, pour la partie graphisme des supports CD, DVD et vinyles : les croisements et collaborations entre ces univers sont fréquents. Exemple : prenons M83. Qui a fait les graphismes ? Réponse : Jean-Philippe Talaga et Stylophone. Qui sont-ils ?, pour qui d’autres, avec qui d’autre ont-t-ils travaillé ? Yeti Lane, Team Ghost, Laurent Fetis, Justine Kurland, etc. Autant de pistes à explorer. Autres exemples : les labels Classic Music Company, Feel The Rhythm, sous-label de chez Happy Music, F Com. Qui ont-ils eu comme designers ? Michael Hernan et Stylus, Guillaume Wolf, Geneviève Gauckler. Cherchez dans ces directions : elles vous indiqueront d’autres voies, et ainsi de suite. Il y a aura forcément des pistes que vous choisirez de suivre, par goût, parce que vous accrocherez, et d’autres auxquelles vous renoncerez, par manque d’intérêt. Dernier point : la lecture et les livres, la production écrite, magazine, journaux, revues, sites web. Démarche analogue, en définitive : lire et repérer qui a contribué à la production du support écrit ou web : rédacteur, journaliste, éditeur, sites, collaborateurs. Pensez aussi à utiliser l’ours des magazines et revues. Qu’est-ce que l’ours ? Une colonne où sont indiqués le nom des différents participants à la création de la publication. C’est une mine d’informations, qu’on peut ensuite réutiliser pour chercher les autres revues, magazines, travaux et bien d’autres choses encore, auxquelles ont participé les intervenants qui y sont cités. Exemple : prenons un exemplaire du journal Le Monde. Si on y lit le nom d’Eric Fottorino, en creusant, on apprendra qu’il a aussi écrit des livres. Un autre exemple : Les Fleurs du Mal, ouvrage classique s’il en est, et qui ne date pas d’hier. Justement : il peut être intéressant de faire une petite recherche sur les éditions précédentes, et la moisson sera riche : différents tirages, faits à différentes périodes, vous permettront de trouver des noms que vous ignoriez sans doute, qu’il s’agisse d’éditeurs, d’illustrateurs, d’imprimeurs, et de nombreux autres renseignements. En vrac : Carlos Farneti, Rombaldi, André Collot, et presque autant d’intervenants que d’éditions différentes. Une autre source d’informations, précieuses, dans le livre – mais cela s’applique aussi aux domaines précédents, visuel et audiovisuel. Pour l’utilisation des blogs, Tumblr en particulier, l’usage des ‘tags‘ peut s’avérer utile et fructueux : ils vous permettront ainsi d’accéder à une quantité de billets contenant ce mot-clé. Lequel sera sûrement associé à d’autres mots-clé, que vous pourrez explorer à votre guise. L’important dans tout cela étant de mettre en contexte ce que vous trouvez ou cherchez : de quelle école artistique cela dépend-il ? y avait-il d’autres écoles artistiques à l’époque et lesquelles ? qui en étaient les représentants, connus ou illustres inconnus ?, qu’est-ce qui a précédé ces courants et qu’est-ce qui a suivi ? De nombreux sites comme Evene, Chapitre, Fluctuat ou Decitre vous y aideront, où figurent les différents tirages et éditeurs, illustrateurs, rédacteurs des préfaces, etc. Une autre clé, pour l’utilisation des livres, et de l’écrit, pour étendre ses connaissances, est l’usage des références qui y sont faites, aussi bien dans les renvois en fin d’article que celles citées au cours de l’article. C’est un outil précieux. Tout cela peut paraître fastidieux, mais l’exercice et la pratique vous permettront de vite maîtriser ces clés de recherche, pour ensuite aller plus vite et gagner du temps, pour découvrir d’autres choses encore.

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Un des mots-clé à l’œuvre derrière cette curiosité, c’est une notion, mise dans un mot compliqué : la sérendipité. Qu’est-ce que c’est ? C’est le fait de faire une découverte par hasard, en ayant cherché autre chose. Autrement dit, le hasard, qui fait bien les choses. Les trois domaines précédents sont liés par une chose : les quelques techniques, simples, évoquées pour aiguiser votre curiosité. On peut les voir comme les branches principales d’un arbre, par-dessus lesquelles se développent d’autres branches, et ainsi de suite. Il ne s’agit pas d’explorer toutes les branches : c’est impossible et inutile. Il s’agit juste d’explorer les branches qui vous plaisent, que vous les ayez cherchées ou que vous soyez arrivé dessus par hasard. En résumé, quel que soit le ou les domaines culturels que vous souhaitez développer, la première, et plus importante notion, est : la curiosité. Viennent ensuite : les références, intervenants, auteurs, et toute personne, quel que soit son degré d’implication, ayant participé à la création et à la production de l’œuvre. Il s’agit ensuite de dérouler ces différents fils, comme une pelote, et de voir où ils mènent. Et enfin, de choisir ce que l’on souhaite approfondir. Un dernier point : la séparation, artificielle je pense, entre culture populaire et culture underground, indépendante – indie, ou alternative Ce n’est pas tant que l’une vaille mieux que l’autre : c’est avant tout une affaire de snobisme, d’affirmer la supériorité de l’une sur l’autre. Il y a du bon partout, et le snobisme n’y a pas sa place. J’ai pour habitude de dire qu’il ne faut jamais mépriser la culture populaire, même si celle-ci, parfois, nous méprise. Pour une raison toute simple : ces deux mondes sont liés, s’interpénètrent, sans arrêt. C’est là que la frontière entre ces deux mondes devient floue, et qu’il semble intéressant de garder un œil sur les deux. Là encore, des exemples seront sans doute plus parlants : quand Madonna se fait remixer par les Murk Boys, Luke Slater, Kruder & Dorfmeister ou Danny Tenaglia, quand Moby sample Angelo Badalamenti pour composer Go, le tube qui lancera sa carrière, quand les Pet Shop Boys se font remixer ou produire par DJ Pierre, Kevin Saunderson, James Holden, Tiefschwarz, Abe Duque, Radio Slave, Mark LFO Bell et tant d’autres, ils puisent et font la jonction entre une culture un peu cachée qu’ils réinterprètent et utilisent pour en faire quelque chose de populaire. Et justement, en lisant les crédits, vous avez accès à ces informations. C’est là la clé : trouver et décoder ces informations, pour les réutiliser, par le biais de la curiosité et du hasard. Se laisser guider, en essayant de repérer quelques directions et de les suivre. Et maintenant, à vous de jouer !

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Le poète 1 // Pouvez-vous vous présenter ? Comment vous définiriez-vous ? Parlez-nous de vos divers ouvrages, et de votre carrière littéraire. Se présenter, se définir soi-même... C’est toujours un exercice d’équilibriste. Je goûte assez peu aux notices biographiques écrites par soi-même à la troisième personne du singulier. Beaucoup trop de poètes, ou supposés tels, se tressent ainsi des couronnes critiques, et loin d’être aussi drolatiques que Rabelais, quand on connaît leurs productions. Ce qui demeure étonnant, c’est la propension et la facilité à laisser passer ces présentations telles quelles par de nombreux éditeurs ou des structures de promotion de la poésie. Pour la présentation, c’est aisé. Né en 1964. Le reste m’appartient, excepté ce qui, ici et là, apparaît en calques dans mes livres. Une seule nécessité, très pompeuse, cette phrase d’Alain : ‘‘ Penser, c’est dire non ’’. Je dis facilement que je ‘‘ tente l’expérience de la poésie ’’. Et, si on est un tant soit peu honnête, cela se sait dès l’origine du ‘‘ besoin d’écrire ’’, avec une seule et unique condition, que ladite expérience puisse être partagée avec autrui. Pour user d’une métaphore peu ragoûtante, la poésie est une forme de masturbation avec et dans l’autre. Interactive. Et qui n’est pas l’amour. Pour mes livres, dont aucun n’a été un recueil jusqu’aujourd’hui, tous ont été construit avec les vagues, longues et successives, qui ne s’abolissent jamais les unes les autres, d’impressions, d’états d’être et, sans doute, de conscience. Aucun, mis en place publique, qui ne soit un long ressassement de galets ou d’algues. Comme un bovin, sans urgence. Certes, l’abattoir toujours plus proche m’a obligé à construire un château de sable dans lequel ‘‘ je-parle ’’ de livre en livre. L’écho d’un n’omettant jamais le reflet de l’autre. Mes livres sont construits, opposés à la vie quotidienne, et quasi un rejet, au sens de vomissement, de l’ego. Ma ‘‘ carrière littéraire ’’ n’a jamais été creusée. Je ne sais pas ce que cela veut dire.

Mon dernier livre publié, intitulé Tu vas attraper froid (éthopées), publié aux éditions Librairie Galerie Racine fin 2012, est, en ce sens, symptomatique. Il veut ressembler à un fatras de textes publiés confidentiellement ou inédits – fatras que les critiques ont mis en exergue dans le lot de ce qui se publie aujourd’hui – mais étale une vue en coupe, phrénologique, de la même tête. Alain Breton, mon éditeur pour ce livre, et poète parmi les plus lucides du moment, a eu un rôle essentiel dans la composition définitive de ce travail, soutenu également par l’auteur de la quatrième de couverture, le poète Christophe Dauphin, directeur de la revue Les Hommes Sans Epaules, et mon ami.

2 // En quoi votre parcours de vie personnelle/professionnelle et sociale a-t-il influencé votre écriture ? votre réflexion ? Vivre, ‘‘ personnellement ’’, ‘‘ professionnellement ’’ ? Ceci est d’intérêt tout relatif. Il m’a fallu exister intensément dans chacune de mes activités professionnelles jusqu’aujourd’hui. Cela ruine l’enfant, et n’a fait qu’intensifier la volonté d’écrire, à défaut du goût. Le professionnel occupe la fatuité occidentale. Je ne vis aucune différence de temps ou de contraintes entre professionnel et personnel. Aussi, tout ce que je vis m’influence, de façon plus ou moins volontaire. C’est un cliché, mais étonnamment à l’œuvre. Dans le livre évoqué plus haut, des poèmes puisent autant dans mon expérience de journaliste fait-diversier, d’animateur d’action sociale que dans une séparation sentimentale, les morts violentes qui ont à l’adolescence définitivement dégagé mon esprit du larmoiement, ou ‘‘ la naissance d’une nouvelle couleur sur le monde ’’, ma fille. Et parfois le melting-pot mâtiné de réflexion politique ou philosophique (souvent à deux balles) apert dans le même poème. Sans omettre mes lectures, premièrement de poètes. Par exemple, Jules Laforgue est un de mes poètes utiles pour la vie personnelle. Isidore Ducasse me permet de demeurer violemment professionnel. Buster Keaton, un de mes poètes majeurs, - oui, Buster Keaton, permet de cimenter le tout. En tentant l’expérience de la poésie, on s’illusionne. C’est une tromperie à soi-même. La poésie est un trompe l’œil comme un autre, à ceci près qu’elle engage sur l’inespoir.

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3/ L’écriture est-elle votre seul support d’expression artistique ?

Non. L’émotion qu’on peut qualifier de poétique est, à mon sens, aussi palpable dans le Grand Verre de Duchamp, dans n’importe quel Iéronimus Bosch, Modigliani, Van Gogh, Bonnard, Man Ray, Brancusi, Giacometti… Et des pages pourraient se noircir de noms à n’en plus finir.

Ou en possédez-vous d’autres ?

Oui. La photographie. Les ready made, sorte d’objets-totems ; du bricolage. Je n’ai pas le courage de peindre. Je crains que ce soit plus violent qu’écrire.

Pourquoi l’ (les) avoir choisi(s) ?

Par facilité. Ecrire m’est souvent ardu.

Sont-ils tous un moyen d’exprimer la même chose ?

Oui. Et non. Ou plutôt une composition d’ensembles reliés les uns aux autres. Un kaléidoscope.

Exprimez-vous des éléments différents selon le media d’expression ?

Oui. Il n’y a pas beaucoup d’objets différents, les artefacts changent. Cela peut se nommer la « complémentarité ».

Quel style de poésie utilisez-vous ? Pourquoi précisément ?

Il n’existe, selon moi, aucun style pour les poètes. Sinon accepter le silence dans les prolégomènes. Le reste est affaire d’époque, de tradition, d’ennui, ou de jubilation. Il reste à inventer un style. Quelques évolutions ont été possibles, avec Maurice Scève, François Villon, François de Malherbe, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine, Federico Garcia Lorca, André Breton. Bien sûr, il est des individus qui me conviennent mieux que ceux-là. René Crevel par exemple. Qui est un monde. Ou Emily Dickinson, un autre. Des galaxies complètes. Aujourd’hui, un poète comme Jude Stéfan, poète jusque dans ses nouvelles – ce qui est fort rare, les « poètes » cherchant souvent à travers la prose à passer au rang d’homme ou de femme de Lettres – me permet de ne pas désespérer de l’expérience de la poésie. Disons d’accepter l’inespoir.

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4/ Vous possédez une œuvre littéraire très riche. Qu’est-ce qui vous inspire, et qu’est-ce qui fait que vous transformerez ce matériau en poème, en acte poétique, artistique ? Comment l’inspiration vous vient-elle ? Comment organisez-vous votre travail d’auteur ? Quels sont vos sujets de prédilection, si vous en avez, et pourquoi ? Ou considérez-vous que tout auteur doit rester libre dans sa création, sans attache ? Il y a une myriade d’entrées, dans cette longue question. Et peu de portes de sorties. Avec une vingtaine de livres, de poèmes essentiellement, mais aussi d’autres publications, des apports critiques, présentations de poètes ou de plasticiens, une chronique régulière dans la revue Les Hommes sans Épaules, une des plus vives et des plus vigilantes du moment (évidemment, comment dire le contraire quand on y travaille ?), il est difficile de me prétendre l’auteur d’une ‘‘ œuvre littéraire très riche ’’, sans excès de modestie. Dès qu’on a commencé à publier, c’est-à-dire à outrepasser le silence pour se prétendre un qui écrirait pour d’autres, à d’autres, qui l’entendraient, ou au moins l’écouteraient, on s’interroge rapidement sur la nécessité de pareille entreprise. Il faut être très fat, très intéressé de soi, pour ne pas envisager, au sens propre, dans le miroir, l’inutilité que cette solitude développe. Rien n’inspire. Les poètes ne peuvent pas être inspirés. ‘‘ Et rien que le fait de respirer ça m’fout des crampes dans le sternum ’’ chante Hubert-Félix Thiéfaine. C’est ça. Précisément. Je ne comprends pas, pour qui se veut poète, pourquoi il faudrait être autre que les humains qui se croisent à la rubrique de l’état-civil des journaux régionaux. Naissance, vie, mort. C’est un résumé assez nécessaire à rappeler à qui veut faire œuvre littéraire, plus que tout autre aujourd’hui ; les médias transmissibles par écran – et la poésie s’y essaie parfois avec bonheur – tels le cinéma, la vidéo, les images en tous genres, les élucubrations parfois dignes et construites comme un Surréalisme du 21ème siècle, ont la pérennité d’une succession d’instants, pris à la volée au quotidien des individus.


Alors, pour l’organisation du travail, j’ai choisi l’insomnie mêlée à l’attitude du plus feignant des félins (intéressé par tout, chassant et jouant avec n’importe quoi, dans l’attente du connard qui me roulera dessus par plaisir). Endormi la plupart du temps, comme un Reverdy à Solesmes, et surtout sans soumission à un au-delà quelconque, souvent cruel et impitoyable, sans plus aucune compassion depuis mon enfance. Ecrire alors, à chaque fois, comme un bébé sans respir.

5/ Parlez-nous de votre dernier ouvrage ! Ça revient à se vanter. Et c’est gênant. J’ai parlé de ce livre plus haut. Quand mes fréquentations professionnelles ou vulgaires (au sens du vulgaris) ont eu vent que j’ai publié des livres et m’interrogent, je dis que mon dernier livre s’appelle blablabla… et a été publié par un éditeur parisien. Je suis ensuite tranquille. Blague à part, c’est peutêtre le premier livre, après Burlesques, dont je suis fier. Burlesques a été malaxé et me contient ; Tu vas attraper froid a été choisi. Et me contient. Le kaléidoscope…

6/ Vous êtes né à Dieppe, et semblez très attaché à la Haute-Normandie, où vous avez créé les éditions clarisse, et menez régulièrement des actions en matière littéraire. Je vous y ai d’ailleurs ‘‘ rencontré ’’ au détour de recueils vendus dans une librairie de Fécamp. Que représente cette terre pour vous ? Qualifiée de terre de Peintres, ne serait-elle pas aussi Terre de Poètes ? Qu’en pensez-vous, et pourquoi ? On doit naître quelque part. J’aime mes parents, mon frère, normands noblement, mais cette région est comme une autre. Ni moins ni plus détestable. La Normandie est un lieu de magouilleurs, lié à son histoire de mère maquerelle. Mais comme tout endroit sur terre qui est le théâtre d’un enfant qui espérait en son environnement. Je vais user de prétérition, mais je ne suis pas attaché à la Haute-Normandie, à la Normandie tout court, tout en sachant que ses nuances de verts sont introuvables ailleurs. Que ces nuances sont une de mes nécessités. Donc, je n’aime pas la Normandie plus que

n’importe quel autre endroit au monde, mais la Normandie est dans mon sang. En publiant, avec l’équipe des éditions clarisse (le nom de la maison d’édition s’écrit tout en bas de casse, en hommage à Emily Dickinson), le livre Riverains des falaises, une anthologie des poètes en Normandie du xie siècle à nos jours, je n’ai pas voulu travailler à un quelconque régionalisme. L’auteur de ce travail monumental, Christophe Dauphin, ami proche depuis lors, avait un regard audelà des frontières locales, et la conscience de travailler pour une justice dans l’histoire littéraire. Rendre à des poètes vivants à 50 ou 300 ans de nous leur place dans l’évolution de la ‘‘ poésie française ’’ sousentendait un nécessaire dépassement de toute forme de régionalisme. Le plus drôle, c’est que ce livre s’est très bien vendu, a été soutenu par des financements publiques des régions Haute et Basse Normandie, mais que très très, très peu de bibliothèques en Normandie ont commandé ce livre. Le plus énigmatique a été l’attitude des bibliothèques des Départements composants ces Régions qui n’ont même pas répondu à nos propositions de rencontres. C’est ainsi. Je m’étonne encore. La Seine-Maritime abrite le Pays de Caux, mais tu écris en français. Quelle place selon toi occupent et/ou devraient occuper les langues régionales françaises ? Comment assurer leur pérennité et transmission, dans une francophonie, trop souvent vue en France, comme se limitant au Français parisien ? Peu importe la langue. Sitôt qu’un poète la pratique. Dans Riverains des falaises, il y a des poètes écrivant en langues régionales. Traduites. Mes grands-parents parlaient un cauchois bâtard, mes parents utilisent parfois des termes que je reconnais. Cela entre dans la fibre de l’individu, sans nécessité de dictionnaire. Les ‘‘ langues régionales françaises sont aujourd’hui le terreau de nationalismes ’’ qui sentent ce qu’ils doivent sentir. Parler, écrire, enseigner des langues régionales, oui, si cela n’entre pas en rébellion contre des langues parlées et vécues en France comme l’arabe (de toutes origines), les différentes versions du mandarin... etc.

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Les éditions clarisse 7/ Vous avez fondé les éditions clarisse en 1998. Comment et pourquoi se décidet-on un beau matin à créer une maison d’édition ? Quelle est l’histoire de cette maison d’édition ? Une histoire banale. Un échange épistolaire avec Jude Stéfan, un livre qui attendait depuis un bon moment semble-t-il chez Gallimard, le désir personnel de faire ce que je ne voyais pas dans les rayonnages des libraires. Un peu par forfanterie. Je me lance. Amateur au possible. Après, il fallut apprendre.

8/Comment financièrement assurer la pérennité financière de votre société, quand on voit l’état du secteur littéraire ? Certaines maisons choisissent d’éditer peu, d’autres au contraire beaucoup, certaines travaillent plus en spécialisations (exclusivement poésie, ou romans), d’autres se diversifient. Quel a été ton choix, et pourquoi ? Les éditions clarisse fonctionnent avec une petite équipe bénévole sous statut associatif. Financièrement, c’est très simple. Les livres publiés financent les suivants. Nous ne publions que des livres de poètes. Le rythme dépend des ventes. Aujourd’hui nous pouvons payer des droits d’auteurs sur plusieurs collections. J’en suis ravi. C’est normal, pourtant trop d’éditeurs de ‘‘ poètes ’’ comptent sur la participation de l’auteur pour financer la sortie du livre en cours. Du compte d’auteur déguisé. Ce que nous demandons à nos auteurs, en échange du travail éditorial, c’est de nous communiquer des contacts pour faire passer l’information de la sortie de leur livre. Il arrive, pour certains projets, de solliciter des aides publiques. Si nous pensons que le livre entre dans ce champ. Un intérêt public autre que celui d’être ‘‘ poète ’’ ou ‘‘ éditeur de poète ’’, ce qui n’intéresse personne au quotidien. Quant à nos choix éditoriaux, ils sont uniquement centrés autour de la poésie vivante.

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9/ Par ailleurs, alors qu’elle n’a jamais été aussi riche et créative, la poésie souffre d’un abandon de la part du public. Elle est souvent qualifiée d’élitiste, comment y remédier ? D’ailleurs le doiton ? Comment lutter selon vous contre l’exclusion culturelle ? Est-ce la raison pour laquelle vous avez choisi de vendre les livres que vous publiez à des prix très bas, ce que je trouve très courageux et non-conformiste ? Beaucoup de clichés circulent, sur la désertion du public, l’élitisme, etc. La première chose dont je ne suis pas convaincu, c’est que la poésie aujourd’hui, les poésies, devrait-on dire, soient plus riches et créatives qu’à d’autres époques. Certains siècles, et les plus proches, au xixe, la première moitié du xxe siècle, sont d’un foisonnement qui n’est pas seulement lié à l’existence de poètes remarquables ou de conditions faite à la création plus adaptées. Pour avoir mené l’expérience d’une maison de la poésie en Haute-Normandie, avoir permis des rencontres directes avec près d’une centaine de poètes contemporains de toutes expressions, et ceci pour près de 20.000 personnes pendant sept ans, aussi bien des scolaires que des détenus, des personnes en insertion sociale ou des publics plus habitués à la diffusion culturelle, je peux témoigner qu’il n’y a pas de barrières, de mépris ou d’incompréhension pré-formatée. Je me souviens d’un apéro poétique, soirée ouverte à tous, où des habitants d’un quartier classé ZUS étaient descendus en masse au centre ville de Dieppe pour entendre le poète Eric Ferrari, dont le travail n’est pas, de prime abord, ce qu’on pourrait qualifier de populaire, au sens réducteur. Pour cela, il convient de travailler en amont. Lutter contre l’exclusion littéraire, si elle existe, comme dans le cas de toute autre exclusion, c’est s’engager avec cette conviction évidente que chaque être humain est une partie du grand puzzle, pour paraphraser un poème de mon ami JeanClaude Touzeil, avec une musique de cœurs battants qui ne sont a priori pas sourds, aveugles, insensibles. Ce qui pose problème, c’est le circuit fermé, le nombrilisme, pas plus notable aujourd’hui qu’autrefois, et des systèmes plus actuels de financements


à l’acte ou à la publication qui se trouve noyautés par quelques archipels. Il n’est rien de plus insupportable que de voir des ‘‘ prestations poétiques ’’ produites devant quelques aficionados s’extasiant sur du charabia insincère interdisant toute entrée au quidam. Sur le prix ‘‘ très bas ’’ de nos livres, c’est un choix politique. Je ne sais si cela permet de mieux vendre ce produit de luxe pour la majorité, mais c’est dans ma façon de défendre l’accès à la culture pour tous.

Comment éduquer les enfants à la poésie, et leur en transmettre le goût (personnellement, dès ses un an et demi, je lisais à mon fils, la parcelle de Christian Laballery, recueil que j’aime tout particulièrement) ? Eduquer, je ne sais si le terme est adéquat ; sensibiliser, entrouvrir, développer, accompagner... peutêtre. Il n’y a rien qu’un enfant ne puisse sentir, appréhender, même s’il ne comprend pas tout. Lire Christian Laballery à un enfant, oui, bien sûr. Au-delà des rencontres avec des poètes, des ateliers d’écriture et de lecture, nous avions mis en route un projet avec la Maison de la poésie de Haute-Normandie avec des écoliers. L’expérimentation en a été plus que concluante, avec le soutien d’enseignants. Quelque chose de très simple : un choix de poèmes de toutes époques et de toutes origines. Un était lu chaque matin par l’enseignant (formé au préalable à la lecture de poésie, ce qui n’est pas si simple quand on n’est pas habitué), titre, poème, nom de l’auteur. Pas de commentaire. Nous avions chargé les enseignants, au long de l’année scolaire, de noter leur ressenti pédagogique. Et à quelques jours des vacances d’été, l’ensemble des poèmes, sous forme d’anthologie, était remis aux élèves. Charge à eux de rechercher parmi les poèmes qu’ils avaient entendus un ou deux qu’ils souhaitaient réentendre ou lire eux-mêmes

à l’ensemble de la classe. Non seulement les écoliers ont apprécié, mais les enseignants ont pu faire part des notables progressions des enfants en terme d’écoute, d’expression, d’attention, de développement, de curiosité et d’intérêt... etc. Nous souhaitions pouvoir expérimenter à plus grande échelle ce travail en le proposant à l’Inspection Académique, mais les partenaires locaux, malgré le soutien de l’Etat via la Drac, et du Conseil Régional, pour des raisons encore troubles, n’ont pas permis que le projet de la Maison de la poésie dans son ensemble puisse être poursuivi. Cela peut-il en faire des lecteurs de poésie, des poètes ? La question reste en suspens, sinon qu’il est évident qu’on ne prendra pas goût à la peinture et qu’on ne peindra pas si on n’a jamais été placé devant une toile. Tout un musée laissera indifférent, mais un jour, une toile, une toute petite toile de Bosch jamais aperçue jusque-là changera l’existence à jamais.

10/ Comment choisissez-vous les poètes et poèmes que vous allez publier ? Sur quels critères (objectifs, subjectifs) vous basez-vous ? Comment créez-vous (en tant qu’éditeur) un recueil de poèmes ? Quelles sont les diverses collections de la maison d’édition, quelle est la spécificité de chacune ? Il n’y a pas réellement de choix, plutôt des ensembles qui s’imposent à la lecture, même s’il reste du travail pour les auteurs. La première lecture d’un manuscrit, ou d’un tapuscrit comme il est plus juste de dire aujourd’hui, est déterminante. Si rien ne se passe, s’il n’y a pas captation, il est rare, pas impossible certes, que cela se produise lors d’une deuxième approche. Je tiens à la cohérence de l’ensemble. Les inédits que nous publions doivent correspondre davantage à l’idée d’un livre, à un projet, plus qu’à un recueil, qui est plutôt une compilation de textes. Cela peut venir

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aussi d’auteurs déjà publiés par les éditions clarisse, afin de suivre l’évolution de leur voix, ou par d’autres éditeurs, mais aussi de voix nouvelles. Je tiens au travail de collaboration avec l’auteur qui doit comprendre, sans ego mal placé, qu’il y a souvent encore du travail, des corrections à apporter. Très peu de livres ont été publiés dans la version originale de l’auteur. L’éditeur se doit d’être aussi créateur, non seulement de l’objet livre, mais aussi de son aura, de son influence sur le lecteur. C’est pour cela que plusieurs collections existent, sans que soit exclus des ‘‘ hors collection ’’ indépendants. La collection Poèsie, sous-titrée L’accent grave sur l’e muet permet de publier des livres entiers d’auteurs, sur une distance qui permet à leurs voix d’exprimer les modulations nécessaires. Les Parcelles sont plutôt réservées à des voix nouvelles, leur permettant de s’essayer à la publication personnelle, ou à des ensembles plus minces de poètes qui ne trouvent pas leur place dans un autre de leurs livres. Nous sommes ici dans la logique historique de la ‘‘ plaquette ’’. Nous avons également la collection Le bruit que ça fait, tournée sur des essais, des présentations d’auteurs, des textes théoriques sur la poésie, etc. Un premier livre, Jean-Claude Touzeil, Un chèque en blanc m’a permis de rendre hommage et justice à un être humain que j’apprécie particulièrement, à travers une longue préface, un choix anthologique et des inédits. Un deuxième paraîtra dès que possible autour de la figure de Jacques-Marie Prevel, signé Christophe Dauphin. Là encore, le fait économique impose des délais. Les finances de la maison étant actuellement mobilisées sur un projet important de livre-cd mêlant les compositions du musicien Dominique Lemaître et les poèmes d’Alexis Pelletier.

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11/Où peut-on trouver vos livres ? Et quels seront les prochains à être publiés ? Dans les bonnes librairies, selon la formule consacrée. On peut commander, nous réagissons rapidement. Mais aussi sur internet, via Amazon, directement sur notre site. Les prochains livres seront ceux que je viens d’indiquer, mais aussi deux livres de la collection Poèsie signés Yann Sénécal (oui, il y a un air de famille, mais c’est le poète qui est choisi), Une parcelle de Morgan Riet.

12/Avez-vous un site personnel pour que l’on fasse plus ample connaissance avec votre travail, et votre art ? Quel est celui de la maison d’édition ? Pas de site personnel, cela revient à ce que je disais au début. L’autopromotion sans regard critique me laisse perplexe. On peut retrouver quelques éléments que le site de la revue Les Hommes sans Épaules (www.leshommessansepaules.com), à laquelle je collabore à travers une chronique baptisée La nappe s’abîme ou la présentation de différents poètes (il y a eu Jacques Moulin, Yann Sénécal, il y aura le belge Michel Voiturier dans le prochain numéro en octobre). Les éditions clarisse sont visibles sur www.editions-clarisse.net.


photographies © éric sénécal

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Les contributeurs

Frédéric LUCAS Né en 1974 (Nord) De formation scientifique et comptable, je consacre une partie de mon temps libre à l'art (film, lecture, écriture, peinture, musique). Tatiana MARINOF-PETKOFF 33 ans, belgo-bulgare, célibataire et sans enfant, aînée d’une famille de 5 enfants. Habite en Brabant Wallon, fleuriste de formation et s'est toujours beaucoup intéressée au genre humain au travers de diverses rencontres enrichissantes qu'elle a eu la chance de faire et d’ateliers et conférences de développement personnel auxquels elle a pu participer. Aujourd’hui, Tatiana poursuit son exploration du genre humain au travers de la lecture et de l’écriture qu'elle a débuté il y a peu. Abdelatif BHIRI Poète francophone Mahrk Gotié Jeune huluberlu qui essaye de faire son mieux pour devenir écrivain. Par chance, il est parvenu à signer un contrat afin de publier son deuxième roman intitulé Les invraisemblables aventures de monsieur Tout le Monde, une comédie déjantée qui paraîtra en août chez I.S Edition. frédéric javelaud Photographe, graphiste, maquettiste... Diplômé des Beaux arts de Marseille Exposition en octobre 2012 de la série Duels photographiques à la médiathèque de Meudon-la-Forêt. Didier Lestrade 55 ans ans. Séropositif depuis un quart de siècle. Journaliste, écrivain, militant, grand sentimental. http://didierlestrade.fr Téklal Neguib Fondatrice et directrice de publication de L.ART en Loire, elle est une écrivaine métisse et post-coloniale. Ancienne rédac'chef d'une revue d'école professionnelle, elle contribue aux revues Minorités et Artefact. Publiée par le site Poésie Webnet, et membre de French Writers Worldwide, ses thèmes de recherche sont l'identité et la poétique des paysages. lesœuvresdeteklalneguib. yolasite.com marie cholette Poétesse et nouvelliste québécoise. Cette ecrivaine travaille a la promotion de la langue francaise

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Khalid EL Morabethi Né en 10/7/1994 a Oujda au Maroc. Après avoir obtenu le baccalauréat, il décide de continuer ses études à la Faculté Mohamed1 lettre de Oujda, Littérature française. Il se lance dans l’écriture depuis l’age de 12 ans. 2011 : parution de son premier petit recueil de texte Juste que... (public, sur le net) En décembre 2011, le recueil de poème Fouviveur...(Public, sur le net) 2012 : Khalid EL Morabethi fait la connaissance de plusieurs écrivain et professeurs de français qui l’encouragent et le conseillent. 8 mars 2013 : diffusion de son poème Une mélodie silencieuse sur Radio France, mis en voix par Véronique sauger . Le poème a eu Le Prix spécial Coup de cœur (Sélection concours d’écriture 2013) laure bolatre Née à Bourges comme Berthe Morisot et Vladimir Jankélévitch. D’une nature réservée et secrète elle préfère les longues balades au tumulte de la ville. Ces flâneries sont propices à l’inspiration de l’auteur qui s’installe alors dans sa bibliothèque pour écrire et mettre en forme ses libres pensées Tiphaine bressin Tiphaine Bressin, très diplômé - dont un Master en Marketing International, beaucoup de neurones ("Haut Potentiel"), beaucoup de disques, de musique et de livres, dont celui qu'il a co-rédigé en 2012, fort caractère, beaucoup de qualités et de compétences, cherche du travail. Bonus : il a une excellente mémoire*. Adore interviewer les gens.

directrice de publication teklal neguib graphiste/maquetiste fred javelaud gestionnaire site web teklal neguib/manuel atreide tous les textes, toutes les œuvres ici publiés restent la propriété exclusive de leurs auteurs respectifs et sont protegés en vertu du code de la propriété intellectuelle, legislation francaise. édition Teklal Neguib, pour L.ART en Loire 44600 Saint Nazaire (France) ISSN 2256-988X Dépot légal 3e trimestre 2013 date de parution 24 juillet 2013 Revue gratuite ne pouvant être vendue lartenloire.weebly.com

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Appel à textes Règlement de l’appel à texte : Article 1 L’ART en LOIRE est une webrevue gratuite d’art et de littérature et faisant appel à des contributeurs bénévoles. Article 2 Le fait même de proposer un texte, poème, article, photos, etc… ou d’accepter d’en écrire un vaut acceptation du présent règlement et autorisation de publication. Article 3 La date limite pour transmettre vos œuvres est le 15 septembre 2013, pour une publication le 1er octobre 2013. Dans la mesure du possible, transmettez vos œuvres dès finition. Article 4 Vous pouvez proposer plusieurs œuvres, mais précisez simplement pour quelle section vous le soumettez. Article 5 Vous devez envoyer vos œuvres en PJ, format word ou format photo classique, à l.artmagazine44@gmail.com Article 6  à votre contribution, dans le corps de votre mél, joignez une mini auto-biographie (5 lignes maximum) et une photo (pour le site web).

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Article 7 Voici les différents appels à textes : Section L.ART • Une Nouvelle de 10 pages se déroulant soit en LoireAtlantique, soit en Bretagne. • Un article sur une manifestation culturelle ayant eu lieu en Loire-Atlantique ou en Bretagne : 5 pages maximum Section poèmes • Un ensemble de 3 poèmes, sujet libre. Section dossier spécial Thème Bord de mer  • Un à trois poèmes sur le thème du dossier spécial • Une nouvelle sur le thème choisi (5 pages maximum). • Article sur une exposition/un artiste en lien avec ce thème • Photos (6 à 10) et/ou peintures (6) sur ce thème Section nouvelles • Une nouvelles entre 10 et 20 pages sur un sujet libre Section Philosophia • Un article de réflexion sur un sujet philosophique (5 pages maximum) Section les Urbanités • Une nouvelle, 10 pages maximum sur thème libre ayant pour contexte, la ville • Un poème sur le thème de la ville • Un portfolio de photos sur la ville (équivalent à 6 pages de la revue). Section Francophonie • Une nouvelle de 20 pages maximum sur un sujet libre • 1 à 3 poèmes sur sujet libre • Un article de découverte sur un livre que vous avez aimé.

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L.ART en Loire 2 juillet 2013  

L.ART en Loire n°2, dossier spécial Les poils tous à poils. Pour retrouver MARIE CHOLETTE, Didier Lestrade, Frédéric Lago, Eric Sénécal - L...

L.ART en Loire 2 juillet 2013  

L.ART en Loire n°2, dossier spécial Les poils tous à poils. Pour retrouver MARIE CHOLETTE, Didier Lestrade, Frédéric Lago, Eric Sénécal - L...

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