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Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessig

copyright. Mais pour le CTEA, les films faits après 1923 auraient commencé à entrer dans le domaine public. Parce que Agee contrôle les droits exclusifs de ces films très populaires, il se fait beaucoup d'argent. D'après une estimation, "Roach a vendu environ 60.000 cassettes vidéos et 50.000 DVDs des films muets du duo".186

Pour certains films, le bénéfice à sortir un film peut excéder ces coûts. Mais pour la vaste majorité d'eux, il n'y a pas moyen que le bénéfice dépasse les coûts légaux. Ainsi, pour la vaste majorité des vieux films, argumenta Agee, le film ne sera pas restauré et distribué tant que le copyright n’aura pas expiré.

Et pourtant Agee s'est opposé au CTEA. Son raisonnement démontre une vertu rare dans cette culture : l'altruisme. Il argumenta dans un dossier devant la Cour Suprême que le Sonny Bono Copyright Term Extension Act, si il était maintenu, détruirait tout une génération de cinéma Américain.

Mais d'ici à ce que le copyright de ces films expirent, le film lui même sera détruit. En effet, ces films ont été produits sur des pellicules à base de nitrate, et le nitrate se dissout au fil du temps. Ils seront partis, et la cartouche de métal dans laquelle ils sont maintenant rangés ne sera remplie que de poussière.

Son argument est clair. Une minuscule fraction de cette oeuvre a une quelconque valeur commerciale. Le reste dans la mesure où il survit - reste dans des coffres à ramasser de la poussière. Il se pourrait que certaines de ces oeuvres, aujourd'hui non disponibles dans le commerce, soient considérées comme ayant de la valeur aux yeux des propriétaires des coffres. Pour que cela arrive, toutefois, le bénéfice commercial de l'oeuvre doit excéder les coûts de fabrication pour la distribution.

De toute l'oeuvre créative produite par des humains, où que ce soit, une minuscule fraction a une valeur commerciale aujourd’hui. Pour cette minuscule fraction, le copyright est un système légal particulièrement important. Pour cette minuscule fraction, le copyright crée des incitations pour produire et distribuer cette oeuvre créative. Pour cette minuscule fraction, le copyright agit comme un "moteur d'expression libre".

Les bénéfices reste une inconnue, mais on peut bel et bien en savoir beaucoup à propos des coûts. Dans l'histoire du film, les coûts de restauration d'un film sont très élevés; mais les technologies numériques ont substantiellement baissé ces coûts. Alors qu'il en coûtait plus de 10.000 dollars pour restaurer un film en noir et blanc de quatrevingt-dix minutes en 1933, il coûte maintenant seulement 100 dollars pour numériser une heure d'un film de 8 mm.187 La technologie de restauration n'est pas le seul coût, ni le plus important. Les avocats, aussi, sont un coût, et de plus en plus, un coût très important. En plus de préserver le film, un distributeur a besoin de sécuriser les droits. Et pour sécuriser les droits d'un film sous copyright, vous avez besoin de localiser le propriétaire du copyright. Ou plus précisément, les propriétaires, comme nous l'avons vu, il n'y a pas seulement un seul copyright associé à un film; il y en a beaucoup. Il n'y a pas une seule personne que vous pouvez contacter à propos de ces copyrights; il y en a autant que de propriétaires de copyright, ce qui s'avère être un nombre très grand. Les coûts de clarification des droits de ces films sont exceptionnellement élevés. "Mais ne pouvez-vous pas juste restaurer le film, le distribuer, et ensuite payer la propriétaire du copyright quand elle se présente ?". Bien sûr, si vous voulez commettre un délit. Et même si commettre un délit vous est égal, quand le propriétaire se présentera, il aura le droit de vous poursuivre pour tout le profit que vous aurez fait. Donc, si vous réussissez, vous pouvez être assez sûr que vous aurez un coup de fil de l'avocat d’un des propriétaires. Et si vous ne réussissez pas, vous ne ferez pas assez d’argent pour couvrir les coûts de votre propre avocat. De toutes les façons, vous devez parler à un avocat. Et comme c'est trop souvent le cas, dire que vous devez parler à un avocat revient à dire que vous ne gagnerez pas assez d'argent.

Mais même pour cette minuscule fraction, la véritable durée pendant laquelle l'oeuvre créative a une vie commerciale est extrêmement courte. Comme je l'ai indiqué, la plupart des livres sont en rupture d'impression en une année. La même chose est vraie pour la musique et le cinéma. La culture commerciale est comme un requin. Elle doit toujours être en mouvement, avancer pour vivre. Et quand une oeuvre créative n’a plus la faveur des distributeurs commerciaux, la vie commerciale s'achève. Cela ne veut toutefois pas dire que la vie de l'oeuvre créative s'achève. Nous ne gardons pas des bibliothèques pour faire compétition à Barnes & Noble, et nous n'avons pas des archives de films parce que nous nous attendons à ce que les gens choisissent entre passer leur vendredi soir à regarder les derniers films produits par Hollywood ou regarder un documentaire d'actualités de 1930. La vie non commerciale de la culture est importante et a de la valeur pour le divertissement mais aussi, et c'est plus important, pour le savoir. Pour comprendre qui nous sommes, et d'où nous venons, et comment nous avons fait les erreurs que nous avons faites, nous avons besoin d'avoir accès à cette histoire. Les copyrights dans ce contexte ne conduisent pas un moteur d'expression libre. Dans ce contexte, il n'y a pas besoin d'un droit exclusif. Les copyrights dans ce contexte ont un effet négatif. Pourtant, durent la plupart de notre histoire, ils n'ont fait que peu de dégats. Pour la plupart de notre histoire, quand une oeuvre avait fini sa vie commerciale, il n'y avait pas d'utilisation liée au copyright susceptible d’être inhibée par un droit exclusif. Quand un livre était en rupture d'impression, vous ne pouviez pas l'acheter chez un éditeur, mais vous pouviez toujours l'acheter dans une bouquinerie, et quand une bouquinerie le vend, en Amérique tout du moins, il n'y a pas besoin de payer quoi que ce soit au propriétaire du copyright. Ainsi, l'usage ordinaire d'un livre après que sa vie commerciale soit terminée était indépendant de la loi du copyright.

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Culture Libre / Free Culture  

Comment les média utilisent la technologie et la loi pour confisquer la culture et contrôler la créativité. Traduction en français du livre...

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