Page 82

Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessig

semaine. Une société a raison de bannir le meurtre toujours et partout. Mon idée est plutôt celle que les démocraties ont comprise pendant des générations, mais que nous avons récemment appris à oublier. La règle de la loi dépend des gens obéissant à la loi. Le plus souvent, et à de nombreuses reprises, nous, citoyens, faisons l'expérience de la violation de la loi, et plus nous faisons cette expérience, moins nous respectons la loi. Évidemment, dans la plupart des cas, le problème important n'est pas la loi, ni le respect pour la loi. Je me fiche que le violeur respecte la loi ou pas; je veux l’attraper et l’incarcérer. Mais j'accorde de l'importance au fait que mes étudiants respectent la loi ou pas, et je me soucie de savoir si les règles de la loi sèment un manque de respect croissant à cause des extrêmes de régulation qu'elles imposent. Vingt millions d'Américains ont atteint la majorité depuis qu'Internet a introduit cette idée différente du "partage". Nous avons besoin d'être capables d'appeler ces vingt millions d'Américains "citoyens", et non pas des "délinquants". Quand au moins quarante-trois millions de citoyens téléchargent du contenu sur Internet, et quand ils utilisent des outils pour combiner ces contenus de manière non autorisée par les propriétaires de copyright, la première question que nous devrions nous poser n'est pas de savoir comment mieux impliquer le FBI. La première question devrait être de savoir si cette prohibition particulière est réellement nécessaire afin d’accomplir les buts spécifiques que vise la loi du copyright. Y a-t-il un autre moyen d'assurer que les artistes soient payés sans transformer quarante-trois millions d'Américains en délinquants ? Estce que cela a du sens s'il y a d'autres manières d'assurer que les artistes soient payés sans transformer l'Amérique en une nation de délinquants ? Cette idée abstraite peut être clarifiée avec un exemple particulier. Nous possédons tous des CDs. Beaucoup d'entre nous possèdent encore des enregistrements phonographiques. Ces morceaux de plastique encodent la musique que nous avons d'une certaine manière achetée. La loi protège notre droit d'acheter et de vendre ce plastique : ce n'est pas de la violation de copyright pour moi de vendre tous mes enregistrements de classique à un magasin de disques d'occasion et d'acheter des disques de jazz pour les remplacer. Cette "utilisation" des enregistrements est libre. Mais comme l'a montré l'engouement pour les MP3, il y a une autre utilisation des enregistrement phonographiques qui est effectivement libre. Parce que ces technologies étaient faites sans technologies de protection contre la copie, je suis "libre" de copier, ou "ripper", la musique de mes enregistrements sur le disque dur d'un ordinateur. En effet, Apple Corporation est allée aussi loin que de suggérer que la "liberté" était un droit : dans une série de publicités, Apple a cautionné les capacités à "Ripper, Mélanger, Graver" des technologies numériques. Cette "utilisation" de mes enregistrements est certainement valable. J'ai commencé chez moi un grand processus de rippage de tous mes CDs ainsi que de ceux de ma femme,

afin de les stocker dans une archive. Puis, à l’aide d’iTunes, ou un programme merveilleux appelé Andromeda, nous pouvons construire différentes listes de lecture pour notre musique : Bach, Baroque, Chansons d'Amour, Chansons d'Amour de “Significant Others” - le potentiel est infini. Et en réduisant les coûts de mélange des listes de lecture, ces technologies aident à construire une créativité avec les listes de lecture qui a en elle-même de la valeur. Après tout, les compilations de chanson sont créatives et significatives en elle même. Cette utilisation est permise par les média non protégés que ce soient les CDs ou les enregistrements. Mais les média non protégés permettent également le partage de fichier. Le partage de fichier menace (du moins, c'est ce que l'industrie du contenu veut croire) la capacité des créateurs à gagner un revenu juste de leur créativité. Donc, beaucoup commencent à expérimenter des technologies destinées à éliminer les médias non protégés. Ces technologies permettraient de créer des CDs qui ne pourraient pas être rippés, par exemple, ou permettre à des programmes espions d'identifier du contenu rippé sur les machines des gens. Si ces technologies décollaient, alors constituer une grande archive de votre propre musique deviendrait assez difficile. Vous pourriez fréquenter des cercles de hackers, et obtenir la technologie qui désactiverait les technologies qui protègent ce contenu. Verser dans ces technologies est illégal, mais cela ne vous dérange peut-être pas beaucoup. Dans tous les cas, pour la vaste majorité des gens, ces technologies de protection détruiraient effectivement l'utilisation des CDs à des fin d’archivage. La technologie, en d'autres termes, nous forcerait tous à retourner dans le monde où, soit nous écouterions la musique en manipulant des morceaux de plastique, soit nous ferions partie d'un système de "gestion des droits numériques" particulièrement complexe. Si le seul moyen d'assurer que les artistes soient payés était l'élimination de la possibilité de déplacer librement du contenu, alors ces technologies qui interfèrent avec la liberté de déplacer du contenu seraient justifiables. Mais s'il y avait un autre moyen de s'assurer que les artistes soient payés, sans verrouiller le contenu ? Et si, en d'autres termes, un système différent pourrait assurer une compensation aux artistes tout en préservant également la liberté de déplacer du contenu facilement ? Je ne vais pas chercher maintenant à prouver qu'il existe un tel système. Je propose une version d'un tel système dans le dernier chapitre de ce livre. Pour le moment, le seul sujet est celui-ci, relativement non controversé : si un système différent atteignait les même objectifs légitimes, mais laissait les consommateurs et les créateurs bien plus libres, alors nous aurions une très bonne raison pour poursuivre cette alternative - à savoir, la liberté. Le choix, en d'autres termes, ne serait pas entre la propriété et le piratage; le choix serait entre différent systèmes de propriété et les libertés qu’ils permettraient à chacun. Je crois qu'il existe un moyen de s'assurer que les artistes soient payés sans transformer quarante-trois millions

82

Culture Libre / Free Culture  

Comment les média utilisent la technologie et la loi pour confisquer la culture et contrôler la créativité. Traduction en français du livre...

Culture Libre / Free Culture  

Comment les média utilisent la technologie et la loi pour confisquer la culture et contrôler la créativité. Traduction en français du livre...

Advertisement