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Free Culture / Culture Libre // Lawrence Lessig

touchent au contenu. Dans un article dans Business 2.0, Rafe Needleman décrit une discussion avec BMW : « J'ai demandé pourquoi, avec toute la capacité de stockage et la puissance informatique disponible dans la voiture, il n'y avait pas de moyen de jouer des fichiers MP3 à bord. On m'a dit qui les ingénieurs BMW en Allemagne avaient bricolé un nouveau véhicule capable de jouer des MP3 via le système sonore incorporé de la voiture, mais que les départements juridique et marketing de la société n'étaient pas à l'aise avec l'idée de la commercialiser aux Etats-Unis. Encore aujourd'hui, aucune nouvelle voiture n'est vendue aux Etats-Unis avec de véritables lecteurs MP35 [NdE: des partenariats avec Apple/iPod on palié au manque depuis]...» C’est un véritable système mafieux, dont la devise est “la bourse ou la vie”, régit non pas par des tribunaux, mais par les menaces que la loi permet aux détenteurs de copyright d'exercer. C'est un système qui va évidemment et nécessairement étouffer l’innovation. C'est déjà difficile de démarrer une entreprise. Ca l’est infiniment plus encore si l'entreprise est constamment menacée par le litige. L'idée n'est pas que les entreprises devraient avoir le droit d'exercer des activités illégales. L'idée est la définition de l’illégalité. La loi est un amas d'incertitudes. Nous n'avons pas de moyen infaillibles pour savoir comment elle devrait s'appliquer aux nouvelles technologies. Et pourtant en inversant notre tradition de respect de la justice, et en embrassant les pénalités étonnamment hautes que la loi du copyright impose, ces incertitudes produisent maintenant une réalité bien plus conservatrice que juste. Si la loi imposait la peine de mort pour chaque contravention, beaucoup moins de gens conduiraient. Le même principe s'applique ici à l'innovation. Si l'innovation est constamment menacée par cette responsabilité incertaine et illimitée, nous aurons une innovation bien moins vivante et, au final, beaucoup moins de créativité. L'idée est directement similaire avec l'idée “gauchiste” à propos de l'usage loyal. Quelle que soit la "vraie" loi, le réalisme à propos de l'effet de la loi dans les deux contextes est le même. Ce système de régulation sauvagement punitif va systématiquement étouffer la créativité et l'innovation. Il protégera quelques industries et quelques créateurs, mais, au final, causera d’énormes dommages à l'industrie et à la créativité en général. Le marché libre et la culture libre reposent sur une concurrence vive. Pourtant l'effet de la loi aujourd'hui est de simplement étouffer ce genre de concurrence. L'effet est de produire une culture sur-régulée, tout comme l'effet de trop de contrôle sur le marché est de produire un marché sur-régulé. La construction d'une culture de permission, plutôt que d'une culture libre, est la première manière importante avec laquelle les changements que j'ai décrits vont entraver l'innovation. Une culture de permission signifie une culture d'avocats - une culture dans laquelle la capacité de créer nécessite un coup de fil à votre avocat. Une fois de plus, je ne suis pas anti-avocat, tout du moins quand ils restent à leur place. Je ne suis certainement pas anti-loi.

Mais notre profession a perdu le sens de ses limites. Et les leaders de notre profession ont perdu l’appréciation des coûts élevés que notre profession impose aux autres. L'inefficacité de la loi est une honte pour notre tradition. Alors que je crois que notre profession devrait tout faire pour rendre la loi plus efficace, elle devrait au moins tout faire pour limiter l'étendue de la loi, là où la loi ne fait rien de bon. Les coûts de transactions enterrés dans une culture de permission sont suffisants pour enterrer un large éventail de créativité. On a besoin de faire beaucoup de justifications pour justifier ce résultat. L'incertitude de la loi est un fardeau qui pèse dur l'innovation. Il y a un second fardeau qui opère plus directement. C'est l'effort de nombreuses personnes dans l'industrie du contenu pour utiliser la loi afin de réguler directement la technologie Internet de façon à ce qu'elle protège mieux leurs contenus. La motivation de cette stratégie est évidente. Internet permet la diffusion efficace de contenu. Cette efficacité est une caractéristique de la nature même d'Internet. Mais dans la perspective de l'industrie du contenu, cette caractéristique est un "bogue". La diffusion efficace de contenus signifie que les distributeurs de contenu ont plus de difficultés à exercer leur contrôle. Une réponse évidente consiste à rendre Internet moins efficace. Si Internet permet le "piratage", la stratégie consiste à briser les genoux d'Internet. Les exemples de cette forme de législation sont nombreux. Sous la pression de l'industrie du contenu, certains dans le Congrès ont menacé que la législation puisse requérir que les ordinateurs déterminent si le contenu auquel ils accèdent soit protégé ou non, et qu'ils désactivent la diffusion de contenu protégé159. Le Congrès a déjà lancé des procédures pour explorer un "jeton de diffusion" obligatoire qui serait requis sur tout système capable de transmettre de la vidéo numérique (c'est-à-dire un ordinateur), et qui désactiverait la possibilité de copier tout contenu marqué d'un jeton de diffusion. D'autres membres du Congrès ont proposé dé-responsabiliser les fournisseurs de contenu pour la technologie qu'ils pourraient déployer qui traquerait les atteintes au copyright et désactiverait leurs machines160. Dans un sens, ces solutions semblent sages. Si le problème est le code, pourquoi ne pas réguler le code pour enlever le problème. Mais toute régulation de l'infrastructure technique sera toujours réglée sur la technologie disponible du moment. Elle imposera des fardeaux et des coûts importants sur la technologie, mais sera susceptible d'être éclipsée par des innovations destinées à contourner le problème. En mars 2002, une large coalition de sociétés high-tech, menées par Intel, essayèrent d'amener le Congrès à réaliser les dégâts qu'une telle législation imposerait161. Leur argument n'était évidemment pas que le copyright ne devrait pas être protégé. Au lieu de cela, ont-ils soutenu, toute protection ne devrait pas causer plus de mal que de bien.

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Culture Libre / Free Culture  

Comment les média utilisent la technologie et la loi pour confisquer la culture et contrôler la créativité. Traduction en français du livre...

Culture Libre / Free Culture  

Comment les média utilisent la technologie et la loi pour confisquer la culture et contrôler la créativité. Traduction en français du livre...

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