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L’écho de l’étroit chemin Déc. 2013 - http://letroitchemin.wifeo.com

Sé lec tio n

ois f ) e(s haïb r è i n un : Pre mière(s)/Der

À rebrousse-temps À l’aéroport la dernière « margarita » avant l’edelweiss Alors que je traversais le hall d’embarquement d’un pas nerveux, j’étais passée à côté d’un groupe hétéroclite et bruyant, parmi lesquels deux gringos. L’un d’entre eux m’avait fait un signe joyeux, auquel j’avais répondu par un sourire. Un peu plus tard, déjà installée à ma place et me préparant à affronter l’un de ces vols long courrier dont j’ai horreur, qui avais-je vu embarquer et s’asseoir à mes côtés ? Les deux mêmes lurons ! Le plus petit des deux – je devais savoir plus tard que c’était FG – avait tout de suite enlevé veste, pull et chaussures, et sorti bouquins, cahiers, stylos et crayons. L’avion, quel pensum ! mais avec deux drôles d’oiseaux dont l’un en pantoufles… Oh mais re bonjour, quelle bonne surprise ! D’où venez-vous ? Où allez-vous ? Moi je retournais en Europe après un périple de deux ans en Amérique du Sud. Eux, respectivement Français et Belge, se déclaraient artistes de music-hall en fin de tournée… Après quelques échanges goguenards sur le sujet, mes deux lascars ne s’étaient guère fait prier pour me dire qu’ils étaient psychiatre pour l’un, psychanalyste et philosophe pour l’autre, et rentraient d’un congrès à Cuernavaca. Et en apprenant leur nom, je n’avais pas tardé à les situer. Ce n’est pourtant point tant les fers de lance de l’antipsychiatrie que j’ai rencontrés cette nuit-là entre Mexico-City et Bruxelles que deux originaux farfelus : ME, un grand gaillard un peu enveloppé et le verbe haut, et FG, de plus petite taille et moins flamboyant, d’allure intello. Et ce voyage dont je n’attendais rien, si ce n’est de l’ennui, s’était avéré une partie de plaisir, tantôt à se raconter des anecdotes drôles ou insolites, tantôt à rédiger des tracts pour la révolution sandiniste.

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L'Echo de l'étroit chemin n° 10  
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