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L’écho de l’étroit chemin Dans cette prison, il n’y a même jamais eu de tentative. Déroulant les portes à l’envers, un nuage de bruits se rapproche : nous croisons des détenus qui reviennent du travail. Ils sont tous très grands et nous regardent intrigués. J’essaie d’avoir l’air normal. 1er jour : atelier haïku déjeuner en prison le tatouage coloré de la psychologue Après avoir passé le rituel d’entrée, Anna et moi allons manger notre sandwich au restaurant de la prison où la directrice nous confie à un groupe d’assistants sociaux et psychologues plurilingues qui nous ouvrent un autre volet de la prison. Ils sont chargés d’évaluer le comportement des détenus lors de rendez-vous, pour que leur soit accordée ou non une remise de peine. Ils nous parlent de leur situation précaire dans cette prison de location, des œuvres de détenus issues de projets passés qu’on trouve sur les murs du restaurant. De retour dans la salle d’atelier, je cherche ma place au milieu des tabourets vides installés en demi-cercle. On entend une sonnerie : j’attends l’agitation puis l’irruption qui suit la fin d’un cours à l’école. brise sur le hamac – la cicatrice de l’ancien professeur Le premier arrivé, la démarche souple, est R. Les yeux qui pétillent et le sourire aux lèvres, il est très bavard et nous découvrons très vite qu’il parle l’italien couramment, qu’il apprit de son père. Les autres n’arrivant pas tout de suite, nous nous mettons à parler des prisons italiennes, dont il nous apprend qu’il en a visité quelques-unes. De Vérone et ses opéras en plein air. Du Canada où il ira peut-être quand il sera libre, des baleines. De la vieille Europe, qu’il compare au Titanic.

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L'Echo de l'étroit chemin n° 10  
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