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L’écho de l’étroit chemin Quelques allées et serrures, plus loin la musique de la salle de sport retentit dans le couloir, on salue les gardiens, les prisonniers. Des chaussures de sport dont le talon est peinturluré de jaune sont alignées en rang d’oignons le long du mur. Prêtées par la prison, elles ne doivent pas en sortir. tube de l’été – sur le vélo sans roues ses muscles bandés En haut d’un escalier, les portes rouges à hublots de l’atelier de créativité sont ouvertes, une à une, d’un tour de clefs. Je découvre un espace coloré où fleurissent les compositions hétéroclites de détenus passés et présents. Certaines, particulièrement minutieuses, sont exposées dans une vitrine du hall. Je m’assure immédiatement de la présence de fenêtres, cruciales pour deux raisons : me sentir à l’aise pour cette expérience inhabituelle et permettre aux participants à l’atelier de tenir compte de ce qui se passe de l’autre côté, pas dehors non, ni à l’air libre, mais dans les saignées à ciel ouvert de la prison. Cris d’oiseaux, discussions animées d’autres détenus, arbres aux couleurs variées, bouts de corps sans visage assis sur une chaise dans le bâtiment d’en face, feuilles qui balaient le sol dans le vent. Nous rencontrons émile, le coordinateur des activités, et Patricia, en charge de l’atelier de créativité, avec qui nous réglons les dernières questions pratiques. Il y a aussi quelqu’un dans l’angle de la porte. On ne sait pas trop s’il faut lui dire bonjour, s’il aura un rôle à jouer dans l’aventure. À tout hasard, je tends la main. C’est D., le « fatik ». Il sera parmi les participants à notre atelier demain. Extrêmement serviable, il nous explique qu’on peut l’appeler à tout moment, il viendra. C’est aussi lui qui est chargé du café lors des pauses de l’atelier. Il le prépare, ainsi que le thé, pour tout le monde. Avec lui nous installons les tables, les chaises. Nous déplaçons ainsi quelques tabourets en métal d’une pièce à l’autre. Le portique destiné à vérifier que rien ne sort de l’atelier est alors réveillé en sursaut et se met à sonner de façon intempestive. Chaque endroit nous révèle un nouveau pan des habitudes de la prison : ici, nous apprenons que lorsqu’un membre du personnel appuie sur le bouton rouge de l’appareil à sa ceinture, tous les gardiens de la prison accourent en renfort. Je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est le moment rêvé pour s’évader. L’évasion, une pensée bien de l’extérieur : personne ne m’en a parlé ici.

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L'Echo de l'étroit chemin n° 10  
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