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L’écho de l’étroit chemin l’eau (la rivière, la pluie…), l’air (le vent). Dans le même temps, le continuum entre prose et poésie est respecté. Le poète n’est plus qu’infime parcelle d’un tout nommé univers, ou plutôt cosmos (« monde ordonné » en grec), avec lequel il entre littéralement en osmose :

Dussent blanchir mes os jusques en mon cœur le vent pénètre mon corps Bientôt même, en une perception de l’environnement relevant de la synesthésie, ses sensations opèrent un glissement, se superposent, fusionnent :

Sur la mer obscure le cri d’un canard sauvage vaguement blanchoie Merveille de la poésie et du sens aiguisé à l’extrême : le cri devient visible, la clarté sonore, l’ombre s’éclaire, l’instant frôle l’éternité une fraction de seconde. Très vite, l’expérience s’avère quasi mystique :

… le son des cloches des monastères au fond de mon cœur éveille des résonances. Car Bashô, au terme de son devoir de piété filiale, qui l’a ramené à la source maternelle, ne doit-il pas consentir aux derniers renoncements ?

… il ne reste plus même la trace (de ma mère). Tout est transformé, les tempes de mon frère ont blanchi, les rides barrent ses sourcils, […] et les paroles lui faillant, mon frère aîné dénoue les cordons d’une bourse à amulettes : « Vois, me dit-il, les cheveux blancs de notre mère ! La tristesse, contenue jusqu’alors, rendue surtout sensible à la faveur de l’ambiance automnale dépeinte, se meut soudain en douleur vive, un rien théâtrale :

Dans ma main fondra car chaudes sont mes larmes le givre d’automne

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L'Echo de l'étroit chemin n° 10  
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