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L’écho de l’étroit chemin On pourrait donc penser que faire court, c’est synthétiser, aller droit au but. Mais lorsque l’on observe le haïku, on s’aperçoit que pour exprimer plus, il préfère en dire moins et souvent choisir une méthode indirecte qui en font un poème en creux. On garde certes l’essentiel, mais l’essentiel n’est pas forcément ce qui est le plus évident. Malgré le peu de mots disponibles, ce qui est d’habitude laissé de côté, trop quotidien, trop minuscule pour être noté, constitue en outre le cœur du poème. Ainsi le personnage principal d’un haïku sera volontiers absent des mots, bien que sa présence soit aisément devinable par le lecteur. un peu partout dans l’appartement des queues de fraises Hélène Leclerc Ce que l’on voit le mieux, les oiseaux sur un fil, ne sera que suggéré : coucher de soleil presque plus de place sur le fil électrique Hélène Leclerc Et le silence mettra en valeur les bruits : dernier wagon la rivière recommence à chanter Hélène Leclerc Dans ce silence éclatant, on trouve le plus intense et le plus indicible. Au bord des lèvres, des douleurs qui ne s’épanchent pas viennent épouser l’espace entre les mots. La mort, l’absence. Des choses toutes simples, universelles, à partager silencieusement. mon meilleur ami est mort – des tout petits grains de poussière sur notre plateau de jeu d’échecs Robert Bebek

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L'Echo de l'étroit chemin n° 10  
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