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L’écho de l’étroit chemin Soleil éclatant Une femme et son ombrelle glissent en vélo

Joëlle Delers un flocon puis un flocon, puis un flocon les trains à l’arrêt

Meriem Fresson Toute la nuit sous la lune ronde faire le tour de l’étang

Bashô Seul regardant la lune qui s’enfonce derrière les montagnes

Santôka Ce qui se passe hors du cadre visuel et hors du fragment temporel que fixent ces trois vers ne peut que se déduire de ce qui est dit, à l’image de ce qui a lieu dans le hors-champ de la photographie. Le premier absent, dans le poème comme dans le cliché photographique, c’est d’abord celui qui observe la scène. Car si la présence d’un « je » n’est pas à exclure du haïku, celui-ci est plutôt là comme vecteur d’interprétation, projetant sur la scène sa propre vision, que comme élément du paysage. Il filtre le sens de la scène, mais il n’en fait pas partie, et il n’est d’ailleurs pas rare que la première personne soit complètement absente de l’énonciation. Mais une fois le cadrage effectué, le poète ne se contente pas d’enregistrer le réel. Continuant sa quête d’essentiel à l’intérieur du cadre, il mène parallèlement un travail d’épuration que l’on peut rapprocher du croquis. Cette façon d’envisager le haïku a été promue au xixe siècle par le poète Masaoka Shiki. Influencé par le naturalisme européen, il s’est fait le chantre de l’objectivité du croquis sur le vif d’après nature (shasei).

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L'Echo de l'étroit chemin n° 10  
L'Echo de l'étroit chemin n° 10  
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