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L’écho de l’étroit chemin Le haïku : infini hors champ Cet article est paru initialement sous le titre « L’écho du monde », dans le dossier « Pour faire court – la brieveté dans les arts » de la revue culturelle en ligne L’Intermède, le 10 décembre 2013 (http://lintermede.com/dossier-brievete.php). Il suffit d’une inspiration pour le dire. Avec ses trois lignes, on l’a souvent qualifié de plus court poème au monde. Il court, il court, partout sur la planète, véhiculé par l’Internet. Vous l’avez peut-être reconnu... c’est le haïku. De ses multiples caractéristiques, la brièveté est la plus évidente : mais qu’est-ce qui se cache derrière ces quelques mots ? Faire court c’est en effet laisser des mots, des images, hors de l’entité que forme le poème. À la lisière du poème, se trouve d’abord tout ce qui en a été retranché. Car, à l’origine, le haïku se trouve être un élément isolé d’une forme d’écriture collective plus longue, appelée « renga », dont le premier poème était la plupart du temps composé par le poète le plus expérimenté. Ces vers d’ouverture, objets d’un soin particulièrement attentif, se sont ainsi naturellement détachés pour former un nouveau type de poème. La blancheur de la page suggère ainsi l’absence de quelque chose qui a un jour été là, le silence de mots effacés, un non-dit qui, s’il a disparu du texte, semble prêt à se poursuivre dans l’intériorité du lecteur. Cochon pendu sur la barre du portique… Le vol des oies

Paul de Maricourt Poème du début, orée d’un texte qui n’aura jamais lieu, le haïku est mise en situation : il installe une atmosphère, un contexte géographique et culturel et, parfois, amorce quelque chose comme un événement, extérieur ou intérieur, susceptible de se continuer dans les marges du texte. Aussi l’un des procédés typiques du genre consiste-t-il dans l’utilisation d’un « mot de saison » (kigo en japonais), c’est-à-dire un mot dont les résonances évoquent instantanément une période de l’année, et toutes les sensations qui s’y attachent. Le mot « sapin » par exemple évoquera l’hiver et son cortège de froid, de neige, de cadeaux… Les fameuses « fleurs de cerisiers » seront, elles, immédiatement associées au printemps et au pique-nique sur l’herbe. Des dictionnaires entiers, nommés saijiki, rassemblent même ces mots classés en fonction de la saison à laquelle ils sont liés, à l’usage des potentiels auteurs de haïkus. Ces mots de saisons

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L'Echo de l'étroit chemin n° 10  
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