Page 15

L’écho de l’étroit chemin Déc 2013 - http://letroitchemin.wifeo.com

Sé lec tio n

s foi ) haïb s ère( un : P i n r e remière(s)/D

éclipse de lune Les femmes boivent le café ; une petite traînée de fumée sort des tasses, une légère buée s’échappe des lèvres. Debout dans un coin de la chapelle, bien éclairée par les projecteurs mais froide malgré la date printanière, le groupe essaie de dissiper la torpeur et la sensation de fraîcheur. Vendredi 16 mai 2003, quatre heures trente : la nuit règne encore sur Notre Dame des Marins, sur Martigues, sur la mer. Il a fallu longer le lycée Brise Lames, puis grimper jusqu’au sommet de la colline. Les reflets des lumières tremblent sur l’eau sombre de la Méditerranée. Et dans le ciel, la lune peu à peu s’estompe, discrète, mais agrandie pour les curieux qui l’observent derrière une grosse lunette ; le club d’astronomie a bon pied, bon œil. D’habitude, nous sommes plongés dans un épais sommeil à cette heure matinale. Aujourd’hui, pour la première fois, nous nous réunissons autour d’elle, la lune. Pendant que les femmes boivent à petites gorgées, les hommes répètent leurs chants car nous nous retrouvons tous pour une aubade à la lune, au moment précis où le mince filet d’or disparaîtra du firmament. Jean de la lune dans l’obscurité profonde visage invisible. Les spectateurs montent en grappes frileuses et serrées dans la fraîcheur nocturne. Après un court échauffement vocal, les chœurs se disséminent sur l’herbe. Les choristes portent des écharpes blanches qui les distinguent de la terre noire et du ciel obscur. Bientôt les voix s’élèvent. « Salga la Luna, la Luna y el sol » « Lune Lune , ma bonne Lune Tu n’t’en rameras donc pas ! Oh tu couches avec un homme Moi je n’y couche pas.»

15 no 10

114

16

L'Echo de l'étroit chemin n° 10  
Advertisement