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kultorama

D ÉCALAGE

HO

Bon voyage 

N° 12

IRE A R


kultorama KULTE UNLIMITED Centre GVIO - Bât. A3 1, bd de l’Océan 13009 Marseille - France ph. 00 33 4 91 91 91 95 fax 00 33 4 91 73 21 54 kulte.fr CEO Matthieu Gamet / mat@kulte.fr STYLE Jeanne Morel / jeanne@kulte.fr José Lamali / contact@joselamali.com KULTORAMA concept & LAYOUT Happy Mess Studio / happymess.fr CREATIVE DIRECTOR Mothi Limbu / mothi@happymess.fr GRAPHIC DEPARTMENT Frédéric Grazzini (aka Yak) / yak@kulte.fr PROJECTS / EVENTS Benjamin Clement (aka Junior) / benjamin@kulte.fr SALES DEPARTMENT Michel Vuillermoz / mitch@kulte.fr CUSTOMER SERVICE Elsa Leonardi / elsaleo@vex-gallery.com Roland Amasso-Mattea / roland@vex-gallery.com PRODUCTION DEPARTMENT Elsa Gamet / elsa@kulte.fr Olivier Leclair / olive@kulte.fr Aurore Laurent / aurore@kulte.fr ONT PARTICIPÉ À CE NUMÉRO Théophile Pillault, Romain Didelot, Mélanie Rebillaud, Nicolas Grasset, Tania bruna-rosso, Bester Langs MANY THANKS TO... Michel Gamet, Fabien Pendel, Xavier Gauthier, Latifa, Kinga, Guillaume, Arnaud, Olivier, Brice, Eddie, Laurent, Napoleon... and all our friends and family.


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ÉDITORIAL par THÉOPHILE PILLAULT

Time-lapse, rythme biologique à la bourre, jetlag persistant ou nuit blanche pour Dame Noir : « On perd une heure, on gagne une heure. C’est votre vie, et elle s’achève minute après minute », disait Tyler. C’est presque certain désormais, on est en train de faire du temps une matière précieuse, en voie de disparition... Prenez le duo Jeanne & Mothi, par exemple. Décentrés en permanence, les deux directeurs artistiques de kulte ont signé la collection Décalage Horaire il y a six mois, alors que vous vous en emparerez sans doute demain. Le monde de la mode est cruellement soumis à cette tyrannie du temps, il est forcé de vivre dans le futur. Autres lapins blancs ? Les journalistes et les reporters, qui se fightent en continu contre bouclages et deadlines. C’est pourquoi nous avons souhaité invoquer quelques jolis specimens – Lester Bangs, Hunter S. Thompson – dans cette nouvelle édition du kultorama. Les deux disciplines vivent dans la projection, en décalage constant, en équilibre sur un fil, dont la chute les abîmerait immédiatement dans le présent, ce vieil ennemi... Qu’importe la 25e heure, le futur c’est maintenant. ✗

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T-shirt Balthazar SEED, visuel A PLACE. ≥


DÉCALAGE HORAIRE

SOMMAIRE NOUVELLES 06 — 07

INTERVIEW Harald Lundell

40 — 43

THEMA Gonzo guilt

JEUX

08 — 11

Insider travel

44 — 47

LE VESTIAIRE

ÉDITION

Collection Printemps / Été

The Worst Hotel in the World

12 — 25

48 — 52

FOCUS Gande armée

ESSAI

26 — 27

Étienne Libre d’Orange

54 — 56

PORTRAIT Lester Bangs

ANNEXE

28 — 33

Fuseau horaire Conversions Téléphoner Adresses Notes

L'ESTHÉTIQUE Décalage horaire

58 — 64

34 — 39

≤ T-shirt Balthazar, visuel AUTO-STOP.

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NOUVELLES

1970 —

MORT DE JANIS JOPLIN Dans sa nécro, Lester Bangs écrit : «  Ce qui est dérangeant n’est pas seulement le fait que ce genre de mort prématurée soit devenu un fait de la vie, mais qu’on l’a accepté en tant que donnée tellement rapidement. » «  Ce qu’ont amené toutes ces disparitions prématurées (Brian Jones, Hendrix, Morrison, Lennon, etc.), c’est un conservatisme primaire chez les rock stars. Ça pourrait expliquer la séparation brutale de Led Zeppelin après le décès de Bonham, tout comme le fait que les Stones continuent de tourner. Comme ils refusaient de vieillir jadis, nos idoles ont fini par oublier de crever. C’est triste à dire, mais quand je vois des photos promo de John Cale ou Dylan aujourd’hui, je trouve ça presque choquant d’imaginer que ces gens étaient déjà là en 1965. »

1972

1976

VICTOIRE DE NIXON FACE À MCGOVERN

“ACTUEL” CESSE DE PARAÎTRE

La défaite la plus cuisante jamais enregistrée à la présidentielle américaine. Mais aussi la défaite des idéaux hippie et du pouvoir freak.

Le journal se saborde, estimant ne pas se renouveler et ne rien avoir à dire dans l’immédiat  ; c’était pourtant la première année où Actuel était bénéficiaire.

« Cela me fait penser à la citation d’un ami : “Les gens se plaignent, mais ce n’est jamais Ralph Nader qui gagne à la fin. Même quand les gens ont le choix.” McGovern et Nixon, c’est finalement un peu comme l’oppo­ sition Anvil vs AC/DC ou The Zombies vs The Beach Boys : l’important n’est pas de savoir de quoi tu vas parler à ton public, mais plutôt ­COMMENT. Les années 1960 étaient déjà loin et l’Amérique déjà vieillissante. Nixon a su séduire l’électorat avec des idées simplistes et rassurantes. Ce fut ici un peu la même chose avec Jacques Chirac... »

« C’est un bel acte de bravoure de la part de Jean-François Bizot. Il faudrait demander aux experts si d’autres raisons n’expliquent pas ce sabordage, toujours est-il que savoir partir au bon moment reste une épineuse question qu’on se pose tous, sans jamais savoir vraiment y répondre à temps. Lui a su tirer sa révérence avant de tourner en rond et de recycler les mêmes vieilles idées par tous les bouts. Philippe Manœuvre devrait s’inspirer de ce cas d’école... »

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BONNES NOUVELLES

Propos de BESTER LANGS Recueillis par ROMAIN DIDELOT Images DR

1978 —

LE PALACE Fabrice Emaer ouvre dans un ancien théâtre de la rue du Faubourg-Montmartre une nouvelle boîte de nuit, le Palace. « Un des grands mythes fondateurs de cet instant où Paris fut le centre du monde, du moins dans la tête des Français. Les témoins de l’époque parlent d’une grande mixité sociale, mais n’oublions pas ce qui précipita la chute du Palace  : pendant la présidentielle de 1981, Emaer lança un soir à la foule du Palace qu’il fallait voter Mitterrand. Dès le lendemain, la boîte était déserte. De quoi rappeler à tout le monde que si le Palace était ouvert à tous, il n’en restait pas moins financé par les plus riches. La faune du Social Club semble se poser beaucoup moins de questions. »

1989 —

CHUTE DU MUR DE BERLIN La jeunesse s’approprie les usines désaffectés de Berlin-Est. Berlin devient la nouvelle capitale de la contre-culture. « Certes, la chute du mur a permis une formidable explosion culturelle. Mais de l’autre côté, 1989 marque la fin de la guerre froide. Je reste persuadé que l’équilibre des forces donnait à la scène artistique un ennemi à combattre. Dès lors que le mur est tombé, le rock s’est retrouvé vidé de sa sève. Quelque part, on doit le succès de Bon Jovi ou Bryan Adams à la fin du rock comme mouvement contestataire. La chute du mur, c’est aussi la mort du mainstream et donc d’une culture commune qui fédère ; le grunge de Cobain, 1993, est le dernier mouvement à rejeter la culture à papa. »

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2004 —

TOM WOLFE ANNONCE QU’IL VOTERA POUR GEORGE W. BUSH La figure tutélaire du nouveau journalisme, qui avait dépeint sous de nombreux angles les problèmes sociologiques des États-Unis, révèle finalement ses opinions, réactionnaires. « On a souvent tort de croire que l’image publique d’un artiste, son aura symbolique, doit forcément coller à ses opinions privées. On pourrait tout aussi bien citer des types comme Alice Cooper ou Tom Selleck, tous deux anti-démocrates, qu’on n’aurait pas mieux décrit la dichotomie qui existe chez la popstar vieillissante qui tourne sa veste pour  : 1/  payer moins d’impôts, et 2/  se démarquer de la pensée des jeunes avec qui elle n’est plus en phase. En France, on a Brigitte Bardot et le Front national ou Doc Gynéco et l’UMP... »


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GONZO GUILT

Texte THÉOPHILE PILLAULT

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THEMA

— Hunter S.  Thompson. Pour la jeune génération, Terry Gilliam lui a donné un visage dans “Las Vegas Parano” en 1998. Pour les autres, l’écrivain constitue - plus de huit ans après sa mort par suicide - un des auteurs les plus subversifs de cette dernière moitié de siècle. Méconnu pour sa romance, honoré à outrance pour ses articles sauvages, l’écrivain aura porté la malédiction gonzo jusqu’à sa mort. Gonzo ? Une hybridation journalistique, dont ce père malgré lui disait : “La fiction est un pont vers la vérité que le journalisme ne peut atteindre.” Un fil rouge dans lequel le gentleman sudiste enfilera outrance, partialité, emphases, illusions et démesure. Un reportage d’Hunter S. Thompson, c’est l’histoire de la lutte pour écrire ledit reportage. 

Le parti pris de cette subjectivité honnête, extrêmement osée pour l’époque et encore trop incandescente dans bon nombre de rédactions actuelles, repose sur la bonne intelligence du lecteur. L’insolence et la superbe grossièreté, Hunter Stockton Thompson les réservait à ses meilleurs ennemis. Mais il respectait son public et savait ses lecteurs suffisamment futés pour saisir la vérité des faits, même lorsqu’ils étaient contés par le prisme déformant de la haine, de la paranoïa ou de la déxérine. Ces textes hallucinés, il faut les lire – entre autres – dans les Gonzo Papers, dont l’éditeur Tristram distille les tomes en France... Buy the ticket, take the ride, welcome to the Proud Highway!

Beaucoup de jugements et de présages ont été émis sur le compte d’H.S.T. Pas mal de conneries aussi. Côté certitudes, on sait que l’auteur de The Rum Diary – livre de « flagellation, de castagne et de baise » – est né à Louisville en 1937. Aussi qu’il s’est mis un pruneau dans le citron début 2005, à l’âge de 67 ans. Qu’avec Hell’s Angels ou Las Vegas Parano, il était devenu un mythe de son vivant, comme Hemingway, qu’il honorait, au point de lui voler un trophée en bois d’élans accroché à l’entrée de sa maison... Mais à la différence de papi Ernest, l’écrivain n’a jamais été dûment canonisé pour ses romans. Comme l’explique si bien le biographe William McKeen : « Thompson ➝

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plus que littéraires. Son rapport à la dope participait d’une mise en scène, à la dimension spectaculaire de son écriture. L’homme était avant tout un bourreau du texte, une véritable machine à écrire qui pouvait passer un an sur un article avant de le remettre à sa rédaction. S’il se droguait, c’était – entre autres – au speed, qui lui permettait de tenir ce rythme de stakhano’. Las Vegas Parano n’a pas été pondu en pleine poussée de LSD. Las Vegas Parano est né parce son auteur a charbonné pendant tout l’été 1971, huit à douze heures d’affilée. Désolé les mecs. Accepter que la puissance créative d’Hunter S. Thompson réside avant tout dans le labeur plus que dans la prise vorace de came va évidement à l’encontre de l’image de rock star que beaucoup – lui le premier – avaient construite. Et pourtant : « Je n’ai pas encore trouvé de dope qui puisse vous faire monter aussi haut qu’être assis à un bureau à écrire », confiait-il. Thompson rédigeait beaucoup. Ego bien monté, il archivait également toutes ses saillies. Correspondances, premières parutions, mots doux et amicaux ou chapelets d’insultes à l’attention de l’armée de rédacteurs en chef ou d’éditeurs qui ne le comprenaient pas ou

avait toujours voulu être connu pour sa fiction, mais son journalisme devint littérature – et pour finir, l’épopée de sa vie devint le roman qu’il n’avait pas écrit. » Une carrière duelle, irrégulière et jonchée de paradoxes, à l’image de son auteur, passionné d’armes à feu – surtout de leurs détonations – profondément pacifiste, membre de la National Rifle Association mais dévasté par l’assassinat de Kennedy... jusqu’à sa haine envers Nixon, dans laquelle on pouvait deviner une certaine forme d’inspiration amoureuse. Si H.S.T. a été célébré pour sa mise en lumière sous mescaline de la contre-culture américaine, il était rompu aussi et surtout à l’actualité sportive comme à la géopolitique. Beaucoup l’ont imaginé lancé à fond de cinquième sur la Gonzo Highway, saturé par toutes les drogues de la création... Hunter était certes un camé – « avoué » comme il s’amusait à le faire entendre –, mais c’était je pense avant tout pour des raisons personnelles,

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— LAS VEGAS PARANO N’A PAS ÉTÉ PONDU EN PLEINE POUSSÉE DE LSD. —


THEMA

lui devaient des notes de frais... Malgré le chaos qui s’est beaucoup invité dans sa vie, les œuvres de Thompson sont plutôt complètes, car méticuleusement classées. Et éditées. Aux ÉtatsUnis sous le label The Gonzo Papers, en France partiellement, il y a près de trente piges, sous l’impulsion de Philippe Garnier et Manœuvre. Depuis deux-trois ans, l’excellente maison d’édition indépendante Tristram – à qui l’on doit certaines publications de J.G. Ballard, Lester Bangs, Patti Smith ou Vollmann – rallume la mèche dans cette biblio hautement inflammable d’Hunter S. Thompson, en redonnant vie à ces anciens et nouveaux testaments du journalisme gonzo. Aussi, jette-toi sur le tryptique : Dernier tango à Las Vegas, Parano dans le bunker et Nouveaux Commentaires sur la mort du rêve américain. D’ailleurs, ces Nouveaux Commentaires, troisième volet des tables de la loi gonzo qu’on n’enseigne pas en école de journalisme, constituent le taquet d’introduction idéal à l’œuvre de Thompson. L’ouvrage consiste en un collage autobiographique qui cavale sur cinq décennies, entre extraits de romans, lettres au vitriol et reportages au long cours.

Pour les 50’s figurent des souvenirs new-yorkais ou des extraits du roman Prince Jellyfish, les 60’s vibrent avec des fragments de The Rum Diary (honteusement porté à l’écran il y a peu), l’assassinat de Kennedy ou une nuit de teuf avec les Hell’s Angels débarquant chez Ken Kesey, auteur entre autres de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Les 70’s cavalent dans la furie de Las Vegas Parano, de l’effondrement éditorial de Rolling Stone Magazine, les 80’s avec des extraits de son roman inachevé The Silk Road, son aversion pour George Bush père ou une sémillante lettre à un ami, l’illustrateur anglais Ralph Steadman. Les 90’s ferment la marche sur le parvis du tribunal, avec un procès ubuesque à l’encontre du Dr Thompson, inculpé (puis évidement relaxé) pour six motifs différents, dont agression sexuelle. Quatre-vingt-dix-neuf jours de mélasse judiciaire dont H.S.T. nourrira copieusement sa littérature. (Més)aventure du réel devenue romance et vérité. Gonzo proved innoncent! ✗ p. 8 Photo MAGNOLIA PICTURES p. 10 Photo AL SATTERWHITE p. 11 Photo D.R.

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LE p. 12 t-shirt Agence p. 13 débardeur Crédit

COLLECTION PRINTEMPS-ÉTÉ 2013

VESTIAIRE 12


VESTIAIRE

Légère mais soutenue, décalée mais dans l’air du temps, douce mais intense... La collection Kulte PE2013 est une invitation au voyage. Time-lapse, rythme biologique à la bourre, jetlag persistant, Kulte scénographie avec cette 29e collection l’univers coloré d’un globe-trotteur insatiable, élégant et subversif. Dandy ou baroudeur, il possède l’élégance nonchalante de celui qui ne calcule plus. DaKar, MUmbai, BerLin, IsTanbul, MExico... sa personnalité porte les couleurs, les imprimés et les matières de ceux qui parcourent la Terre ; de ceux qui vivent en plein « Décalage Horaire ».

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VESTIAIRE

p. 14 veste Reportage dĂŠbardeur Arado short Colchique velours p. 15 casquette Reportage t-shirt Bronco short Paco

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p. 16 chemise Déclencheur denim Josiane bleach ceinture Tressée 25 p. 16 chemise Connecteur

p. 17 t-shirt Canard denim Jean Luc bleach

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VESTIAIRE

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VESTIAIRE

p. 19 chemise Viseur ml

p. 18 casquette Patch pull Echo pantalon Paco

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p. 20 t-shirt Reportage short Colchique velours ceinture Bicolore 25 p. 20 t-shirt AlizĂŠ col rond pantalon Jean Paul velours

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DOSSIER

p. 21 chemise Clay cardigan Claviste pantalon Paco ceinture Bicolore 40

p. 20 sac Bart Reportage pm

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p. 22 chemise Scoop pantalon Paco ceinture Double Ardillon p. 23 chemise Clic-clac short Josiane ceinture TressĂŠe 40

p. 22 veste Prairie

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VESTIAIRE

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VESTIAIRE

p. 24 crew Cible maillot Diapo p. 25 chemise Clay pull Tribune

Photographie HAPPY MESS STUDIO Stylisme JEANNE MOREL JOSÉ LAMALI Modèles THIBAULT PATTIEU CLÉMENCE DEVOS

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GRANDE ARMÉE — Grande Armée est une marque de maroquinerie de luxe, 100 % made in France, créée par Tania Bruna-Rosso et François Audiffren. C’est leur première collection et leur histoire est aussi un voyage.

Par TANIA BRUNA-ROSSO Photo PIERRE ANDREOTTI

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FOCUS

Nous avions fui Paris. Los Angeles étalait devant nous ses jardins de succulentes et son opulence verdoyante. Du point de vue magistral qu’offrait le Griffith Observatory, on ne voyait pas la mer, mais une écume voilée, la pollution des grosses Américaines arpentant les avenues, et un aperçu de ce que la vie avait encore à nous offrir. Au cours de nos dernières balades, l’architecture vive et minimale nous avait frappé par sa légèreté teintée de rigorisme. En extase devant la moindre brique de Frank Lloyd Wright, nous avions décidé de construire à notre tour quelque chose de solide et de beau. Nous avons commencé à dessiner sur nos carnets – des sacs. C’est venu comme ça, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. Peut-être à cause du contenu/contenant, comme pour une maison. Les volumes s’esquissaient vite, épaississant à chaque trait notre envie de passer à l’acte. En employés du tertiaire branché, nous étions arrivés à cette conclusion risquée dans un monde de réseaux : paraître is so passé. Nous voulions faire. Nous devions fabriquer.

Les hommes et les femmes qui œuvrent pour nos sacs ont de l’or entre les mains et une histoire à respecter. Alors que le monde achète, exhibe et jette, nous voulions proposer de beaux objets, chic et discrets, qui puissent rester et être, eux aussi, transmis – comme cet artisanat héroïque. À force de marcher sur les bords de route comme une troupe vaillante aux désirs de conquête, à mesure que nous prenions conscience du combat qu’impliquait la haute qualité, le nom de Grande Armée s’est imposé. Noble cause et matières nobles, nom de guerre et luxe spartiate, c’est notre odyssée à nous. Celle de Grande Armée. ✗

Le retour fut plus rude que prévu ; nos envies d’ailleurs et d’autre chose étaient réunies là, dans ces pages griffonnées, et leur donner vie parut d’un coup bien abstrait. Des heures de voyages immobiles plus tard, à surfer sur Internet pour comprendre par où commencer, ce dont nous avions besoin et comment procéder, un rendez-vous fut pris dans une tannerie, perdue dans la Drôme. Sans permis, ni expérience, nous avons marché sur des bords de départementales et c’est en total amateurs que nous nous sommes présentés. On nous a fait confiance. On nous a offert l’étrange spectacle de la sélection de peaux, le rituel du tannage méticuleux, on nous a saoulés à l’odeur des teintures, on nous a parlé de grain et fait caresser la finesse. Nous avons vu le labeur, le vrai ; celui qu’on nomme « savoir-faire » quand on est bien éduqué. Et nous avons décidé, malgré nos rêves californiens, de rester français et de soutenir coûte que coûte ce travail-là, celui qui fait déplacer des cars de Chinois, vibrer les Japonais et envier les Anglais.

www.grande-armee-paris.com

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LESTER

BANGS Texte ROMAIN DIDELOT

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PORTRAIT

— Il rêvait d’être écrivain, mais n’a pas eu le temps de ses ambitions. Mort de ses excès à 35 ans, Lester Bangs aura par contre pu adapter le “gonzo journalisme”, reportage par le “je”, à son champ d’action : le rock. De 1968 à 1982, il a imposé sa patte sur le monde de la critique musicale, et fait de son style direct, acide et acerbe un canon qui a envahi toutes les publications. Amoureux du brut, il a participé à l’émancipation du “garage” et prétend même avoir inventé le mot “punk”. Lester Bangs est la preuve que le rock peut aussi se lire. — NOTAMMENT LED ZEPPELIN QU’IL TRAITA DE « PÉDALES ÉMACIÉES  ». —

« Les chroniqueurs de rock sont des gens incapables d’écrire, interrogeant des gens incapables de parler, pour des gens incapables de lire.» Si Lester Bangs avait eu vent de cette petite phrase de Frank Zappa, il aurait à n’en pas douter entrepris de lui faire passer sa guitare à gauche, étranglant Frank avec les cordes de celle-ci. La raison pour laquelle Lester Bangs aurait agi de la sorte, c’est qu’il était tout sauf un illettré, et rien sinon un chroniqueur de rock. Un jouisseur excessif aux envies prohibées, corps grassouillet à bedaine Kronenbourg, visage dodu tranché par une épaisse moustache ; si Pablo Escobar avait on ne sait pourquoi fait de la sexualité avec Ron Jeremy, le fruit de cette

écœurante union aurait la tronche de Lester. Ce n’est évidemment pas pour son physique que Lester Bangs est une légende du genre. Critique prolifique pour Rolling Stone où il écrivit dès ses 20 ans, et rédacteur en chef adjoint de l’illustre magazine Creem, Lester Bangs a vécu sa vie pour le rock et par le rock, incarnant finalement l’essence même de ce terme aujourd’hui galvaudé. Figure de proue du pendant musical du « gonzo journalisme », Bangs avait, mise à part une passion nourrie pour la musique, l’écriture comme respiration. Au total, plus de 150 critiques pour Rolling Stone et 240 articles pour Creem, dont certains dépassent la trentaine de pages. ➝

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“ T H E Y ’ R E EVENTS YOU REMEM

Y O U R F I RST REAL ORGASM. A O F T H E ABSURD, P E RSISTENT R E C O R D ED MUSIC T H A T P RICELESS N O T E X A CTLY THAT U N H I N G E THE MIND,

IF A N Y T HING IS GOING TO DR

MIGHT AS WELL B 30


PORTRAIT

MEMB E R A L L Y O UR LIFE, LIKE

M. AN D T H E W H OLE PURPOSE M E C HANICALLY I N V O LVEMENT WITH I S T HE PURSUIT OF M O M ENT. SO IT’S R E C ORDS MIGHT B U T RATHER THAT

O DRI V E Y O U U P THE WALL IT L BE A R E C O R D .”

Lester Bangs, Psychotic Reactions and Carburetor Dung

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Mais ce joyeux intoxiqué ne se contentait pas de pisser du texte. Au-delà de la simple critique musicale, Bangs inventa surtout un style qui fit école pour les deux décennies lui succédant. Il suit les Clash en tournée pour NME, décrivant les coulisses comme ses rapports avec les membres du groupe, interviewe Lou Reed, son idole, faisant part au lecteur des joints qu’ils échangent et décrivant l’étrange créature qui les écoute, allongée sur un lit, comptant les heures à haute voix, les yeux dans le vide. Il multiplie les manifestes en faveur du rock garage, conchie les groupes marketés et surproduits, et n’hésite pas à cracher dialectiquement à la gueule de certains artistes, notamment Led Zeppelin qu’il traita de « pédales émaciées ». Ce traitement très personnel de la musique que formulait Bangs, figurant son écoute dans un contexte déterminé, a forgé les critiques musicales post-70. Postulant que la critique est de toute façon subjective, le style Bangs se veut honnête, tranchant et férocement véhément.

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Si l’animal est peu connu du grand public, c’est surement par ce que ses admirateurs l’ont gardé caché pour mieux en copier les codes. De Libération aux Inrockuptibles, le style Bangs est devenu un standard, et les critiques rock un tas de « gonzo reporters » mêlant avis tranchés et expériences personnelles réelles ou simulées. Si Bangs n’était pas mort en 1982, ce timide égocentrique viré de Rolling Stone pour manque de respect envers les musiciens se serait caressé en lisant ses émules. Lester Bangs avait peut-être raison d’être imbus de lui-même. « L’œuvre de Bangs est une production esthétique à part entière, explique Anthony Manicki, professeur de philosophie à l’École normale supérieure de Lyon, elle a pour but de produire les mêmes effets que les productions musicales sur lesquelles elle s’appuie ». Les articles de Lester Bangs sont donc une œuvre artistique à part entière, et les amas de contextes que l’on retrouve dans ses papiers témoignent d’une réalité et s’interrogent également sur les problèmes intrinsèques à


PORTRAIT

une culture, comme lorsqu’il dépeint le racisme latent de la scène punk dans The White Noise Supremacists. Si Lester Bangs était un modèle, peu continuent à s’inscrire dans sa lignée. Car s’il était le chroniqueur d’une époque, aujourd’hui la réalité d’un critique musical est bien différente, oscillant entre articles de complaisance pour labels affamés et crises de nerf sous piles de disques. Même Lester, qui rêvait de pouvoir posséder tous les disques du monde dans sa cave, se serait sans doute concentré sur la musique. Lester Bangs laisse derrière lui une œuvre disparate (une biographie et des articles non traduits trouvables sur le Net). Un bémol qu’ont décidé de résoudre les éditions Tristram, en ressortant en collection souple (très souple) Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués, recueil de textes choisis et ordonnés par l’encyclopédie vivante de la critique rock Greil Marcus. ✗

— LESTER BANGS AVAIT PEUT-ÊTRE RAISON D’ÊTRE IMBUS DE LUI-MÊME. —

p. 28 / p.30 Photos D.R. p. 32 Photo CHRIS STEIN p. 33 Photo ROBERTA BAYLEY

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DÉCALAGE HORAIRE Par HAPPY MESS STUDIO


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— Alors que je lui demandais s’il ne souffrait pas trop du décalage horaire, Andre 3000 du groupe Outkast, fraîchement débarqué à Paris pour la promotion d’un album, me répondit un jour : “U know what ? I’m life lag man !”

L’HOMME Itw NICOLAS GRASSET

PRESSÉ Or, il semble en effet qu’un certain décalage avec une large majorité de la société touche les intervenants du monde la musique, pris dans la tourmente des fuseaux horaires et des déplacements incessants. Il convenait donc d’approfondir un peu le sujet avec l’interview de l’un de ses acteurs en France, Harald Lundell. 40


INTERVIEW

Harald Lundell est une figure incontournable de la scène électronique française depuis de longues années maintenant, alors même qu’il n’est que trentenaire. Ce Suédois, parisien d’adoption, que l’on surnomme le « loup blond », a fait ses classes au sein du label F-Com de Laurent Garnier, au moment du boom de la techno et de la french touch dans les années 1990. Depuis, il a monté plusieurs structures spécialisées dans le management et le booking d’artistes ainsi que l’organisation de concerts ou d’évènements musicaux. Il est désormais seul maître à bord de la société Gigs Productions qui gère entre autres les carrières de Mr. Oizo, Kavinsky ou Breakbot, à l’heure de la globalisation. On le retrouve également, aux côtés de Lars Krueger (La Clique, Calvi on the rocks), derrière des évènements pointus et fédérateurs comme Soulwaxmas ou Rêverie. Une personnalité atypique qui passe son temps à parcourir le globe au gré des festivals et des concerts de ses artistes.

— JE FAIS NG : Tu arrives d’où ?

LE COACH COMME

HL : Là, tout de suite, j’arrive de Biarritz :-)

AU FOOTBALL.

NG : Tu évolues au sein d’une profession qui travaille 24h/24 tout au long de l’année, où les horaires sont pour le moins flexibles, comment vis-tu ce décalage dans ton quotidien par rapport à l’immense majorité de la population active ?

NG : Les voyages, les changements d’heure... on s’habitue ou on subit ?

HL : Le challenge, c’est qu’il faut être connecté en permanence. Quand les Australiens se couchent, on se lève, et inversement avec les Américains. On bosse avec tous les territoires à la fois, il n’y a donc jamais vraiment de coupure, c’est du flux tendu, et je pense que c’est valable pour la  plupart des patrons de petites structures de nos jours.

HL : Je pars rarement plus de 15 jours consécutifs. Vu qu’on vit surtout la nuit, on se recale en principe assez vite au retour. L’Australie reste quand même le plus costaud à gérer en termes de décalage, surtout à l’arrivée à Sydney. ➝

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NG : J’imagine que cela doit donner lieu à quelques situations cocasses ?

NG : Être sur la route avec eux, ça renforce tes liens avec les artistes ?

HL : Oui. Quand le départ est juste après le dernier show de la tournée, qu’il faut se taper plus de 20 h d’avion, c’est la douloureuse en revenant. Surtout s’il faut ensuite enchaîner une journée de meetings à Paris en rentrant. C’est assez rock’n’roll.

HL : Complètement. Tu tisses des liens forts et c’est important pour le moral de l’équipe pendant une tournée. NG : Entre les concerts, les festivals, les soirées, tu vis plutôt la nuit comme tu le disais, tu vois encore le jour ?

NG : Ton meilleur souvenir en presque 20 ans de carrière ?

HL : J’ai toujours été un curieux de la nuit, mon père m’a donné la permission de sortir à 15 ans (la honte...), à cette l’epoque je traînais déjà dans les discomobiles en province et boîtes en tout genre. Ça a toujours été mon monde. Aujourd’hui, j’essaie de doser un peu le truc, sinon tu ne gères plus le boulot au quotidien, et j’ai une équipe avec des horaires de bureau que je dois encadrer dès que je ne suis pas sur la route.

HL : Je crois que ça reste ma première vraie production d’évènement, quand tu te retrouves à tout gérer de A à Z et qu’il y a 7 000 personnes dans une salle sold out. C’était en 2004 au Zénith de Nice.

NG : Tu réussis à avoir une vie familiale « normale » au milieu de tout ça ?

— J’AI TOUJOURS

HL : J’essaie, c’est sportif. Surtout depuis que je suis père de famille.

ÉTÉ UN CURIEUX

NG : J’imagine qu’Internet a énormément facilité la tâche de ta profession ? tu as connu un « avant » ?

DE LA NUIT. —

HL : Oui, le bon vieux fax à impression thermique. J’aimais beaucoup la mécanique de la télétransmission. Je me rappelle du bip pour annoncer l’arrivée d’une télécopie, je me précipitais pour voir qui m’ecrivait.

NG : La vie des artistes en tournée c’est « strass et paillettes » ?

NG : Planning chargé pour 2013 ? HL : Une tournée mondiale pour Breakbot, sortie d’album et tournée pour Kavinsky, des gros évènements en préparation. ✗

HL : C’est exaltant, en tout cas. Tu voyages tous les jours, tu es sur un nuage durant la tournée, tu n’as pas trop le temps de cogiter. Moi, de mon côté, je motive les troupes, je fais le coach comme au football.

www.gigsprod.com.

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05:55 Les yeux encore engourdis par une courte nuit, nous voilà arrivés à l’aéroport de Marignane pour récupérer notre amie Nikita, une jeune étudiante en arts, tout droit arrivée de Boston après 11 h de vol.

INSIDER TRAVEL avec NICOLAS DEFONTAINE, ALFRED DURET JUNIOR, ADRIEN PIU et NIKITA LICHINE

— Latourex est un laboratoire de tourisme expérimental basé et imaginé à Strasbourg par le journaliste français Joël Henry, dans le but de créer un guide touristique décalé et dans l’air du temps.

07:15 Le café de l’Abbaye nous reçoit chaudement autour d’un thé et de viennoiseries sucrées dans une ambiance sincère pour un réveil gustatif.

www.latourex.org

08:33 Arrivée en bas de la Canebière, Nikita veut à tout prix découvrir les secrets de la bouillabaisse... direction le marché aux poissons du Vieux-Port.

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JEUX

Latourex.org fait aujourd’hui un pied de nez aux guides touristiques standard proposés par les agences de voyages et autres web-tour operators, en mettant gratuitement à disposition des internautes un lexique composé d’idées saugrenues et de thématiques excentriques permettant d’appréhender différemment sa propre manière de voyager. Souvent au travers d’une expérience personnelle insolite, la démarche se veut avant tout intellectuelle et spirituelle. C’est donc dans cette optique que nous avons décidé de profiter, le temps d’une journée, de l’escale impromptue d’une nos amies arrivant des ÉtatsUnis, pour revisiter à son goût la capitale européenne de la culture. Carte et calepin à la main, pleine de bons conseils, elle n’avait pas manqué de nous préciser que son passage à Marseille serait bref mais intense. En bonne backpacker, elle avait bien préparé son itinéraire et nous n’avons pas manqué de nous y tenir pour combler au mieux cette expérience de voyage intra muros, et pourquoi pas découvrir ou redécouvrir la cité phocéenne à notre tour. ✗

09:15 Petite balade digestive sur le Edmond Dantès direction Le Frioul. Le vent bien zélé remue de bons souvenirs et dégage les sinus. Deux touristes chinoises manquent de passer par-dessus bord...

11:56 Nikita nous emmène dans un resto dont elle a entendu parler, Le Boucher. Reçus dans une boucherie artisanale, c’est dans l’arrière-boutique qu’on vous sert la viande vue en entrant...

10:30 Arrivés au Frioul après 40 minutes de traversée, la mer nous a enivrés, nous sommes trop engourdis pour espérer visiter quoi que ce soit, le temps presse et nous décidons de remonter à bord.

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13:20 Envie de voyage... prenons le train !

14:06 Notre route croise celle d’une galerie intimiste qui laisse transparaître quelques œuvres, pause culturelle !

16:09 De toutes les cités de Marseille, la plus lumineuse reste la Cité Radieuse, édifiée entre 1945 et 1952 par Le Corbusier. Photo de groupe !

15:05 Free golf sur les rochers de Malmousque, un brin de sport ne fait pas de mal.

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JEUX

18:37 Une petite balade en voiture avant de rentrer en ville, un crochet par la route de Cassis s’impose. 17:30 Un coucher de soleil institutionnel aux bunkers des Goudes.

22:10 Dernière étape de cette journée chargée, le Carry Nation, un bar ambigu sur le thème de la prohibition. Vous entrez dans un tout petit magasin de souvenirs... on vous laisse découvrir la suite. Santé !

20:30 Resto sénégalais, on se réchauffe autour de manioc, de thiéboudienne, de yassa de poulet, sans oublier le délicieux maffé.

00:00 Nous terminons notre journée chez des amis de Nikita, dans une grande chambre accueillante à la J’irai dormir chez vous. Nous voilà touristes dans notre propre ville !

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THE WORST HOTEL IN THE WORLD THE HANS BRINKER BUDGET HOTEL Kerkstraat 136-138, 1017 GR Amsterdam, Holland +31 20 6220687

par BENJAMIN CLEMENT

The Worst Hotel in the World Booth-Clibborn Editions, 2009, 26 €.

— Édité en 2009 aux éditions Booth-Clibborn par Erik Kessels et Rob Penris, les directeurs créatifs décalés de l’agence de communication hollandaise KesselsKramer, ce livre de 224 pages avec sa tranche dorée et sa couverture aux aspects de vieux bouquin de bibliothèque n’en reste pas moins un ouvrage artistique à part entière. Les détournements typographiques, photographiques et visuels sont au programme pour vous plonger au plus profond dans le quotidien de ce NOTEL* unique en son genre.

www.hans-brinker.com www.kesselskramerpublishing.com

* Notel : un hôtel dont la réponse la plus fréquente à vos questions sera « NON ».

48


ÉDITION

« Le Hans Brinker Budget Hotel à Amsterdam se targue de décevoir les voyageurs depuis quarante ans. » Bienvenue dans le pire hôtel du monde. C’est de cette façon que vous serez accueilli sans aucun scrupule au Hans Brinker Hotel d’Amsterdam. Un hôtel discount, qui vante la qualité plus que bas de gamme (médiocre) de ses services pour nourrir sa notoriété mondiale. Vous l’aurez compris, un service minimum pour ne pas décevoir les attentes des voyageurs venus du monde entier, dans leur quête d’un toit et d’un lit à moindre frais. Par le biais d’un livre aux allures de « Vis ma vie de backpacker », réalisé par la remarquable agence de communication KesselsKramer Publishing, le Hans Brinker Budget Hotel a laissé

déborder sa créativité et son imagination pour vous mettre à l’aise dans vos baskets avant même d’avoir pris l’avion. N’ayez crainte, tout est vrai. Détourner le quotidien d’un petit hôtel miteux pour en faire sa marque de fabrique, le pari était osé, mais le résultat reste inattendu. Prenant à contre-pied les standards des hôtels classiques, ce livre nous permet entre autres de découvrir la taille lilliputienne de ses chambres, son service d’étage inexistant, la vétusté de son matériel ou encore sa cuisine façon cantine scolaire, le tout en passant par un bain d’acariens et de boules de poils entremêlés de poussière. The Worst Hotel, c’est vraiment la grande « crasse » ! ✗

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ÉDITION

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DOSSIER

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T-shirt Balthazar, visuel BLOG TROTTER. ≥


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ANS ÉTIENNE LIBRE D’ORANGE

DE VOYAGE TEMPOREL Ma douce Constance tu me demandes d'où je viens, mais je suis l'homme de ton passé et de ton avenir, ton enfant et ton père celui qui rassure, pleure, rit, tremble en fonction des nuages et des étapes. Une grande contraction, des pantalons patte d'eph, de l'orange partout la voilà ma machine temporelle : 42 ans d'accélération, de superficiel, full frontal / full speed / Ô que j'aille à la mère !

www.etatlibredorange.com

54


ESSAI

J’ai longtemps voyagé avec Tolkien, Frank Herbert, Ray Bradbury, Dan Simmons, Retour vers le futur... Dans une galaxie lointaine, j’ai espéré être l’élu mais rien ne bouge de près comme de loin. Pas de midi-chlorien dans mon monde à moi... L’enseignement du Vé dans le Cycle de Cyann est valable puisque l’ « on ne se retrouve jamais que là où l’on est, tout est dit ». Eh oui ma douce Aaricia, ma belle vacuité, les aubes sont navrantes, j’ai vu le sublime Rock Hudson vieillir, pourrir, j’ai vu au-delà des vanités, au-delà des narcissismes pour comprendre que chaque règne prend fin dans le grand maelström des tombeaux du temps. Prometheus & Hypérion quoi ! J’ai cru la possibilité d’une île, j’ai rêvé la sirène, l’héroïsme triomphant la Tulipe en Avant à braver l’acheron enfant du 19e, des frissons romantiques et du goût des salives. Do not fold space, il n’y a rien en face, juste toimême un peu plus adulte, un peu plus tremblant, ténébreux et indolent. Et puisqu’il n’est jamais trop tard pour être adulte, j’ai appris depuis peu la patience, l’allégeance et le sens du sacré dans le plus futile.

55


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issue n° 12

J’ai compris la procuration, l’esthétisme, le regard, la patience, le sens du contentement et de la contemplation. J’ai appris à freiner et cela m’a rendu meilleur, apostolique, curieux, consciencieux, le sens du travail bien fait. Je suis toujours un combattant mais ma croisade a fait un pas de côté, le temps d’une pause dans l’interligne de Revel & Ricard et de Tree of Life. J’ai vu des tsunamis et des cancers emporter les plus beaux marchands du temple. Je sais maintenant la distance à la jouissance même si toujours fils de la Ve République, de Spielberg et du consumérisme. J’ai pas renoncé à la tentation, pas encore abdiqué ; j’aime toujours autant nouvelles fringues et nouveaux parfums ; mais je sais que rien ne dure alors je saisis, j’avale, j’engloutis comme un ogre tous ces petits moments merveilleux du canif dans la poche à la première gorgée de bière. Les petits plaisirs ils ne te brûlent pas, ne te laissent pas de marque ; les grands ils sont dangereux sans retour. Alors je vis dans le superficiel, du non-engagement à la non-pénétration virale mais en surface je suis sublime, clean, aseptisé, caïd de pacotille. Tout est écrit sur l’eau ainsi mais rien n’est figé c’est là notre chance. 56


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ANNEXE

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LONGUEURS

SURFACES

1 pouce = 1 inch (in) = 2,54 centimètres 1 pied = 1 foot (ft) = 30,48 centimètres 1 verge = 1 yard (yd) = 0,9144 mètre 1 mile (mi) = 1,6093 kilomètre 1 kilomètre = 0,6214 mile 1 mille marin = 1 nautical mile (nm) = 1,852 kilomètre

1 pouce carré = 1 square inch (sq. in.) = 6,45 cm2 1 pied carré = 1 square foot (sq. Ft.) = 929 cm2 1 verge carrée = 1 square yard (sq. Yd.) = 0,8 m2 1 acre (a) = 4 840 verges carrées = 0,4047 hectare (ha) 1 mille carré = 1 square mile (sq.mi) = 2,590 km2

MASSES

VOLUMES

1 ounce = 1 ounce solide (oz) = 28,35 grammes 1 livre (UK) = 1 pound (lb) = 453,59 grammes 1 tonne courte (US) = 1 short ton (tn) = 0,9072 tonne 1 tonne forte (UK) = 1 long ton (tn) = 1,0160 tonne

1 pouce cube = 1 cubic inch (cu.in) = 16,3872 cm3 1 pied cube = 1 cubic foot (cu.ft) = 28317 cm3 1 verge cube = 1 cubic yard (cu.yd) = 0,7646 m3 1 baril de pétrole = 0,1590 m3

TEMPÉRATURES Conversion de Fahrenheit en Celsius : °C = 5/9 (°F - 32)

°C

-25 ¦ -13

°F

-20 ¦ -4

-15 ¦ 5

-10 ¦ 14

-5 ¦ 23

0 ¦ 32

5 ¦ 41

10 ¦ 50

15 ¦ 59

20 ¦ 68

25 ¦ 77

30 ¦ 86

35 ¦ 95

Conversion de Celsius en Fahrenheit : °F = (9/5)°C + 32

ÉQUIVALENCES DES TAILLES — FEMMES

— HOMMES

Prêt-à-porter

Chaussures

Costumes

Chaussures

F

GB

USA

J

F

I

GB

USA

J

F

GB

USA

J

F

I

GB

USA

J

34

6

4

-

34

33

1

3 1/2

22

44

34

34

88

39

38

5

6 1/2

24 1/2

36

8

6

7

35

34

2

4

22 1/2

46

36

36

92

40

39

6

7

25

38

10

8

9

36

35

3

5

23

48

38

38

96

41

40

7

8

25 1/2

40

12

10

11

37

36

4

6

23 1/2

50

40

40

100

42

41

8

9

26

42

14

12

13

38

37

5

6 1/2

24

52

42

42

104

43

42

9

10

26 1/2

44

16

14

15

39

38

6

7 1/2

24 1/2

54

44

44

108

44

43

9 1/2

10 1/2

27

46

18

16

-

40

39

7

8

25

55

46

46

112

45

44

10 1/2

11 1/2

27 1/2

48

20

18

-

41

40

8

9

25 1/2

58

48

48

116

46

45

11

12

28

60


ANNEXE

Préfixe de sortie du pays

Pays

09 00

00

00

0011

Indicatif d’entrée dans le pays

Indicatif ville ou zone

Afrique du Sud

27

Algérie

Alger 2

49

Berlin 30 Cologne 221 Düsseldorf 211 Frankfort 69 Hambourg 40 Hannovre 511 Munich 89 Stuttgart 711

Allemagne

Arabie Saoudite

Australie

Décalage horaire Paris

Préfixe de sortie du pays

Pays

Indicatif d’entrée dans le pays

Indicatif ville ou zone

Décalage horaire Paris

Johannesburg 11

1

00

Islande

354

N° de l’abonné

-1

Alger 2

0

00

Israël

972

Jérusalem 2 Tel Aviv 3

1

39

Milan 02 Rome 06 Venise 041

0

00

Italie

0

966

Buenos Aires 11

-4

61

Adelaïde 8 Brisbane 7 Banberra 2 Melbourne 3 Perth 8 Sydney 2a

8.30 9 9 9 7 9

00

Autriche

43

Vienne 1

0

00

Belgique

32

Bruxelles 2

0

00

Bénin

229

N° de l’abonné

0

00

Bosnie Herzég.

387

Sarajevo 71

0

00

Brésil

55

Rio de Janeiro 21 Sao Paulo 11

-4

00

Bulgarie

359

Sofia 2

1

00

Burkina Faso

226

N° de l’abonné

-1

00

Cameroun

237

N° de l’abonné

0 -6    -9

001

Japon

81

Tokyo 3

8

00

Kenya

254

Nairobi 2

2

00

Koweït

965

N° de l’abonné

2

00

Lettonie

371

Riga - N° de l’abonné

1

00

Liban

961

Beyrouth 1

1

810

Lituanie

370

Vilnius 2

1

00

Luxembourg

352

N° de l’abonné

0

00

Malaisie

60

Kuala Lumpur 3

7

00

Mali

223

N° de l’abonné

-1

00

Maroc

212

Casablanca 2 Marrakech 4

-1

00

Mauritanie

222

N° de l’abonné

-1

00

Mexique

52

Mexico 5

-7

99

Monténégro

381

Podgorica 81

0

00

Népal

977

Katmandou 1

4.45

00

Niger

227

N° de l’abonné

0

00

France

33

N° de l’abonné

0

009

Nigéria

234

Lagos 1

0

00

Norvège

47

N° de l’abonné

0

00

Nouvelle-Zélande

64

Auckland 9 Wellington 4

11 4

011

Canada

1

Montréal 450-514 Ottawa 613 Québec 418 Toronto 416-647-905 Vancouver 250-604

00

Rép. centrafricaine

236

N° de l’abonné

0

00

Chili

56

Santiago 2

-5

00

Pakistan

92

Karachi 21

009

Colombie

57

Bogota 1

-6

00

Pays-Bas

31

0

00

Congo

242

N° de l’abonné

0

Amsterdam 20 La Haye 70

00

Pérou

51

Lima 1

-6

00

Philippines

63

Manille 2

7

00

Pologne

48

Varsovie 22

0

00

Portugal

351

Lisbonne 21

-1

00

Congo Démocr.

243

Kinshasa 12

0/1

001

Corée du Sud

82

Séoul 2

8

00

Corée Rp.Pop.Démocr.

850

Pyongyang 2-19

8

00

Côte d’Ivoire

225

N° de l’abonné

-1

00

Croatie

385

Zagreb 1

0

00

Danemark

45

N° de l’abonné

0

00

Djibouti

253

N° de l’abonné

2

00

Égypte

20

Le Caire 2

1 0

00

Roumanie

40

Bucarest 1

1

00

Royaume-Uni

44

Birmingham 121 Londres 207-208

-1

810

Russie

7

Moscou 095 St-Pétersbourg 812

2

00

Sénégal

221

N° de l’abonné

-1

00

Espagne

34

Barcelone 93 Madrid 91

99

Serbie

381

Belgrade 11

0

00

Estonie

372

Tallinn - N° de l’abonné

1

001

Singapour

65

N° de l’abonné

7

-6  -6 -7  -11 -7  -9  -6  -6   -9  -6

00

Slovaquie

421

Bratislava 7

0

00

Slovénie

386

Ljubljana 61

0

00

Sri Lanka

94

Colombo 1

4.30

1

Atlanta 404/678 Boston 617 Chicago 312-773-872 Honolulu 808 Houston 281-713-832 Los Angeles 213-323 Miami 305-786 New York 212-347-646-718 San Francisco 415 Washington DC 202

00

Suède

46

Göteborg 31 Stockholm 8

0

41

Berne 31 Genève 22 Zürich 1

0 1

011

États-Unis

00

Suisse

00

Finlande

358

Helsinki 9

1

00

Syrie

963

Damas 11

00

France

33

N° de l’abonné

0

002

Taiwan

886

Taipei 2

7

00

Gabon

241

N° de l’abonné

0

00

Tchad

235

N° de l’abonné

0 0

00

Grèce

30

Athènes 1

1

00

République. tchèque

420

Prague 2

00

Guinée

224

N° de l’abonné

-1

001

Thaïlande

66

Bangkok 2

6

001

Hong Kong

852

N° de l’abonné

7

00

Togo

228

N° de l’abonné

-1

00

Hongrie

36

Budapest 1

0

00

Tunisie

216

Tunis 1

0

4.30

00

Turquie

90

Ankara 312 Istambul 212

1

810

Ukraine

380

Kiev 44

1

6

00

Uruguay

598

Montevideo 2

-4

00

Venezuela

58

Caracas 2

-5

00

Vietnam

84

Hanoï 4

6

00

Zimbabwe

263

Harare 4

1

00

Inde

91

Bombay / Mumbai 22 Calcutta 33 New Delhi 11

001

Indonésie

62

Jakarta 21

00

Irak

964

Bagdad 1

2

00

Iran

98

Téhéran 21

2.30

00

Irlande

353

Dublin 1

-1

00

Irlande du Nord

44

Belfast 28

-1

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kultorama

issue n° 12

BONNES ADRESSES BOUTIQUES & DRESSING ROOMS KULTE

DRESSING ROOMS AIX-EN-PROVENCE — COREZONE

MARSEILLE — COREZONE

VALENCE — PEOPLE’S PARADISE

Mathieu : 04 42 09 52 60

Paulo : 04 91 33 93 56

Standard : 04 75 44 36 40

CANNES — MAMATORO

PARIS — CITADIUM

Caro : 04 97 06 30 40

Standard : 01 55 31 74 00

GRENOBLE — COREZONE

TOULOUSE — COREZONE

Stéphane : 04 76 12 91 92

Steph : 05 61 55 04 83

20, rue Granet

35, rue Hoche

6, rue Jay

8, rue Montgrand, 6e

50, rue de Caumartin, 9e

65, avenue Victor-Hugo

HOSSEGOR — COREZONE

8, av Paul Lahary Arnaud : 05 58 43 98 01

9, rue du Coq-d’Inde

BOUTIQUES

OL I V I E R

PARIS - BASTILLE

ARNAUD

PARIS - LE MARAIS

LATIFA

LYON

35, rue de Charonne, 11e

76, rue Vieille-du-Temple, 3e

16, rue Paul-Chenavard, 1er

01 48 05 68 35

01 42 21 05 09

04 78 28 08 52

62


ANNEXE

GUI L L A U M E

BILLY

LAURENT

MARSEILLE

MARSEILLE / RIVE DROITE

AIX-EN-PROVENCE

04 91 33 53 46

04 91 88 63 03

04 42 27 04 67

BRICE

EDDIE

ROMAIN

46, rue Francis-Davso, 1er

MONTPELLIER

8, rue de la Loge, 2e

AVIGNON

32, cours Mirabeau

BORDEAUX

8, rue de la Croix-d’Or

1, rue Folco-de-Baroncelli

65, rue du Pas-Saint-Georges

09 71 55 93 77

04 90 87 41 55

09 64 25 47 59

MAEVA

REJANE

NAPOLEON

LOURMARIN

St-TROPEZ

ATHÈNES

36, rue Henri-de-Savornin

73, rue du Général-Allard

Mitropoleos 40/10563

04 90 68 22 14

04 94 49 35 87

(0030) 210 33 12 311

DIANE

CASSIS

16, quai des Baux 04 42 01 80 32

www.kulte.fr


kultorama

issue n째 12

NOTES

64


kultorama

D ÉCALAGE

HO

Bon voyage 

N° 12

IRE A R


Kultorama #12