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Je me dis Au revoir ; Franรงoise Sagan - Toxique

kultorama KULTE UNLIMITED Centre GVIO - Bât. A3 1, bd de l’Océan 13009 Marseille - France ph. 00 33 4 91 91 91 95 fax 00 33 4 91 73 21 54 kulte.fr CEO Matthieu Gamet / mat@kulte.fr STYLE José Lamali / contact@joselamali.com Jeanne Morel / jeanne@kulte.fr KULTORAMA concept & LAYOUT Happy Mess Studio / happymess.fr CREATIVE DIRECTOR Mothi Limbu / mothi@happymess.fr GRAPHIC DEPARTMENT Frédéric Grazzini (aka Yak) / yak@kulte.fr PROJECTS / EVENTS Benjamin Clement (aka Junior) / benjamin@kulte.fr SALES DEPARTMENT Michel Vuillermoz / mitch@kulte.fr CUSTOMER SERVICE Elsa Leonardi / elsaleo@vex-gallery.com Roland Amasso-Mattea / roland@vex-gallery.com PRODUCTION DEPARTMENT Elsa Gamet / elsa@kulte.fr Olivier Leclair / olive@kulte.fr Aurore Laurent / aurore@kulte.fr CONSULTANT Nicolas Grasset / nggrasset@gmail.com MANY THANKS TO... Michel Gamet, Fabien Pendel, Hui Pisani, Anne Belleville, Xavier Gauthier, Melanie Rebillaud, Latifa, Judith, Guillaume, Arnaud, Olivier, Charly, Brice, Eddie, Laurent, Val, Napoleon, Corezone shop, France, Irina, Elena, Stéphane... and all our friends and family.

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ÉDITORIAL P a r HE R V É L U C IE N

Je vous prends au mot. Ça me semble clair : pour signer cet édito, on a fait appel au seul “intello” formellement identifié dans l’entourage de la marque. Ouvrez plus de deux bouquins dans l’année et on vous surnomme “BHL” (c’est vrai, mes initiales poussent au crime). Merci les gars ! Dans l’inventaire frénétique que Kulte effectue des mouvements esthétiques marquants, celui de la pensée et des lettres est paradoxalement le plus cool de tous. Sans plaisanter. Comparé à la Nouvelle Vague ou à la sousculture américaine, où la faute de goût est sévèrement sanctionnée (clients mécontents, prescripteurs dubitatifs), ici on joue sur du velours, on se situe obligatoirement dans le décalage. Vous connaissez quelqu’un qui voudrait être habillé comme François Nourissier, vous ? Oui, allez voir dans Wikipedia... Apostrophes, c’est donc “du pain bénit”, comme on dirait dans les studios d’Antenne 2 entre 1975 et 1990. On ne craint pas le second degré, on le cherche, on le pousse dans ses derniers retranchements, on arrose à tout va. Et pour la dernière édition papier de Kultorama avant la version iPad, ce thème iconoclaste s’imposait noir sur blanc. Mis dans la perspective de notre irrépressible pop culture, Apostrophes fut un sympathique simulacre qui entretenait l’illusion qu’en ouvrant un livre, on s’ouvre l’esprit. Ceci est malheureusement rarement vrai. En bon post-moderne, on s’est résigné à ce que les livres et le savoir se révèlent d’abord des armes de domination sociale dans une société au déterminisme grandissant. Et puis, votre bibliothèque, aujourd’hui, elle est dans iTunes, non ? Elle nous met la larme à l’œil, mais notre intransigeant regard critique (retour à l’envoyeur !) ne se laisse plus prendre à la nostalgie Apostrophes : entre la lettre et l’esprit, on choisit l’esprit. Pourtant, c’est juré, on n’a jamais autant lu. Juste avant de “liker” comme des malades. Bon, je vous laisse, j’ai un colloque Bouillon de culture à préparer. ✗

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T-shirt Balthazar, visuel PRESSE LIVRE. ≥

APOSTROPHE

SOMMAIRE BONNES NOUVELLES 06 — 07

INTERVIEW Apollo 44 — 46

THEMA

JEUX

Apostrophes contre Code Quantum

Le To urne di s que

08 — 11

48 — 50

LE VESTIAIRE

FOCUS

C o lle c t i o n A u t o m n e / H i ve r

Le s É di ti o ns Pé ri phé ri que

12 — 19

52 — 53

COLLABORATION

LIVRE Toxic Francoise Sagan 54 — 56

L a c h e m i s e Ya n W agn e r

20 — 21 PORTRAIT

MOTS EN L'AIR

“ B u k o w s k i , t a gu e u le ”

Le s É di ti o ns Pé ri phé ri que

22 — 27

58 — 61

L'ESTHÉTIQUE

ADRESSES

de A à Z

Dre s s i ng Ro o m B o uti que s

28 — 39

62 — 64

PODCAST

Ku lt e s o u n d s y s t e m

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≤ T-shirt Balthazar, visuel FUMÉE.

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BONNES NOUVELLES

1953 —

LE LIVRE SE DÉMOCRATISE Le concept de livre au format de poche existe déjà depuis près de vingt ans en Angleterre et aux États-Unis, mais les éditeurs français n’y croient pas. C’est finalement Hachette, avec l’accord de Gallimard notamment, qui tente l’aventure avec sa collection “Le Livre de Poche”. Succès immédiat. Les lecteurs profitent de livres bon marché, petits et légers. Parfaits pour le voyage. Ce nouveau mode d’édition fera, entre autres, les beaux jours du polar.

1956 —

LA CONTRACEPTION FÉMININE BOULEVERSE LES ESPRITS ET LES MŒURS Sexualité et procréation sont désormais séparées. Le biologiste américain Gregory Pincus met au point le premier contraceptif oral : la pilule. Une découverte fondamentale pour la libération des femmes, même si les débuts sont marqués par des problèmes de dosage. Une phase de sensibilisation de l’opinion publique, à laquelle la publicité prête main forte, est nécessaire, tant les mentalités doivent progressivement s’habituer à cette révolution des mœurs.

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1963 —

PHILIPS INVENTE LA MUSICASSETTE Depuis déjà deux ans, le constructeur néerlandais a mis au point une cassette audio qui tient dans une main : la musicassette. Mais c’est en 1963 que les premiers magnétophones adaptés sont commercialisés. Pour décupler le succès de son invention, Philips cède son brevet à tous les constructeurs intéressés. Si bien que ces cassettes, si faciles à manipuler et à emporter partout, vont se répandre à grande vitesse, et bientôt compléter les autoradios.

BONNES NOUVELLES

Source : LES ECHOS 1908-2008 - Le Siècle des Échos - Cent ans de creations Images DR

1964 —

BREL CÉLÈBRE LE PORT D’AMSTERDAM Belge en conflit permanent avec son pays d’origine, Jacques Brel triomphe cette année-là avec “Amsterdam”. Qu’il chante son plat pays, ses peines de cœur ou ses coups de colère, chaque fois sa sincérité touche le public. Grande gueule, chanteur populaire, et doux rêveur, sa popularité est au zénith. Partout ses concerts affichent complet.

1967 —

LA TÉLÉ DÉCOUVRE LES CHARMES DE LA COULEUR Oh ! Les débuts sont encore modestes et réservés à la seule deuxième chaîne. Mais c’est une révolution qui fait rêver dans les foyers. Rêver seulement. Car les téléviseurs sont chers et pour l’heure réservés à une élite. Sauf à rester devant la vitrine des marchands de téléviseurs qui laissent les écrans allumés en soirée.

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1975 —

BERNARD PIVOT RÉINVENTE À LA TÉLÉ LE SALON LITTÉRAIRE DU XVIIIe SIÈCLE La toute première émission télévisée de Bernard Pivot – Ouvrez les guillemets – consacrée aux livres date d’avril 1973. Elle est diffusée sur la Une. Mais le mythique Apostrophes apparaît en janvier 1975, sur la Deux, et s’y installe jusqu’en 1990. Salon littéraire hebdomadaire, Pivot y reçoit tout les écrivains en vogue du moment et conclut rituellement par un questionnaire “à la manière de Marcel Proust”. Périodiquement, il consacre un “grand entretien” à un auteur d’exception. Vladimir Nabokov inaugure la formule cette année-là.

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APOSTROPHES CONTRE CODE QUANTUM

Texte HERVÉ LUCIEN

— Re-lis tes ratures. Mater, des décennies après, une émission constitutive de l’humeur d’une époque est forcément déceptif. Le style, le rythme, les décors d’Apostrophes : tout semble sorti de l’ère jurassique, et pas des années 70. Revoir Twin Peaks est déjà compliqué, alors la causerie littéraire de Bernard Pivot… 8

THEMA

Que subsiste-t-il de ce noble monde englouti où l’élite intellectuelle se définissait par ses ventes en librairie ? Pas grand-chose. On se demande même s’il a réellement existé. Ou s’il annonçait juste, avec ses opérations promo menées à la baguette par Grasset, Gallimard ou Seuil, notre sphère média remplie jusqu’à la gueule d’auteurs pipolisées comme Yann Moix ou Marc Levy (“Et si c’était vrai ?” : sans blague, si c’était vrai, mec, c’est ton fantôme qui aurait écrit ton livre !) ? Alors que le monde de l’édition, après avoir un temps bien résisté à la crise, voit ses ventes s’effondrer, cette émission qui fut longtemps un des symboles de “l’exception culturelle française” demeure un marqueur insubmersible d’une ère où même les présidents de la République étaient pétris de lettres (eh ouais). À Apostrophes, on pénétrait dans le grand monde des livres et des idées par le petit bout de la lorgnette, après la page de pub avec la pomme qui se transformait en fleur (“adoubdoubdoub”). Pour l’avoir vécue, on vous l’affirme, l’époque était reloue : trois chaînes de télé, un public captif s’extasiant sur la nouvelle coiffure d’Évelyne Leclerc, des programmes qui commencent à 11h du mat’ (19h pour FR3 !)... Oubliez la libération sexuelle, les fringues cool, les drogues que la maréchaussée ne savait pas encore reconnaître : on voulait nous faire croire que notre grande nation littéraire avait un besoin IMPÉRATIF de s’abreuver de livres. En réalité, le public attendait les animatrices en bikini, les séries nazes et les jeux à la con que lui offrirait Berlusconi en 1986 : thank you, La Cinq ! Pendant quinze ans, toute l’actualité culturelle et littéraire tournait donc autour de Pivot, sans jeu de mots. Un vrai thermomètre dans le postérieur du monde de l’édition, Bernard. À Apostrophes, B.H.L. impose ses chemises immaculées, Lech Walesa et Alexandre Soljenitsyne exhibent leur capillarité made in “Rideau de Fer”, Régis Debray professe avec retenue des théories agaçantes, Paul-Loup Sulitzer parade en golden boy dans une tenue “nouveau riche” abusée... Bon, là, on vous la fait en accéléré : la controverse historique, l’événement qui tease n’interviennent dans Apostrophes que

tous les deux ans (en moyenne). Les “auteurs à succès” qui squattent le plateau s’appellent Régine Desforges, Madeleine Chapsal ou Nicole Avril : on ne lit plus leurs “œuvres” aujourd’hui que lorsqu’on est en rupture de Xanax. Ne nous y trompons pas : les grands moments de télévision sont donc largement moins nombreux que les pipes en bruyère

— OUBLIEZ LA LIBÉRATION SEXUELLE — et les blazers élimés. C’est qu’il faut prendre garde aux pulsations cardiaques de nos vieux. On est là au cœur du poulet : à Apostrophes, on n’apostrophe justement pas. On avance ses arguments à mots feutrés. C’est la France qui lit mais, surtout, qui baille avant d’aller se coucher. À la limite, l’exception confirmant la règle, on ouvre un œil quand Cavanna insulte Bukowski (le “Bukowski, ta gueule” d’un fameux 22 septembre 1978) : c’est une acrobatie que les réalisateurs ne tolèrent plus aujourd’hui qu’en l’orchestrant au millimètre. Généralement, à Apostrophes, tout est débat poli, sourires entendus, obséquiosité latente... Une bonne inertie à la française, réconfortante et inoffensive. À l’image de Jean d’Ormesson qui, avant de se transformer en papy malicieux, fut l’écrivain aux airs supérieurs qu’on aurait voulu se farcir en cas de nouveau Mai 68. Cette saison dans votre théâtre préféré (faites un effort, choisissez-en un, on ne vous force pas à souscrire un abonnement), le cinéaste et metteur en scène Christophe Honoré (Les Chansons d’amour, Les Bien-Aimés) se ➡

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penche sur les auteurs du “Nouveau Roman”. On a envie de dire : comme Kulte se penche aujourd’hui sur l’esprit rétro/naphtaline/collier de barbe d’Apostrophes. En connaisseur mais aussi par bravade envers des icônes intouchables, il ficelle une pièce ressuscitant les écrivains des mythiques Éditions de Minuit, en s’inspirant d’une photo de groupe. En 1959, les poulains de Jérôme Lindon posaient en effet sur le trottoir de la rue Bernard-Palissy, comme les Beatles sur le passage piéton d’Abbey Road : Samuel Beckett, Claude Simon, Robert Pinget (qui s’allume une clope), Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute... auxquels on doit ajouter Marguerite Duras et Michel Butor. Cette redoutable bande donnera deux Prix Nobel, quand même. En survolant son sujet mais en effectuant des incursions,

— LES COUCHERIES DE SA FEMME CATHERINE, L’ORGUEIL DE DURAS, LE DÉSIR DE COMING OUT DE PINGET… — souvent triviales, dans la personnalité de ses héros, Honoré modèle une pièce pop, recyclant les figures de ces auteurs légendaires, dont luimême reconnaît qu’on “les lit peu” aujourd’hui, en artistes “normaux”, laborieux, furtifs qu’on confond aisément avec son voisin de palier. En effet, que retient-on de cette grande aventure littéraire du Nouveau Roman ? Leur humanité, d’abord : la mégalomanie d’Alain Robbe-Grillet, les coucheries de sa femme Catherine, l’orgueil de Duras, le désir de coming out de Pinget... Toutefois, le metteur en scène ne s’est pas risqué à incarner Samuel Beckett. Monstre de littérature, le grand Sam est absent de toute représentation sur le plateau. En renonçant à cette figure centrale, Christophe Honoré est manifestement victime de son background Antenne 2. Il admet implicitement son impuissance d’enfant des années 70 à représenter cet auteur d’un autre temps, d’une autre trempe, dont l’art dompte

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THEMA

insolemment la vie. Vous vous souvenez de Code Quantum ? Oui, cette série américaine dans laquelle le héros est un physicien qui effectue des sauts dans le temps et sauve des gens des méandres d’un destin trop sévère. Vous allez vite comprendre. Peut-être vous rappelez-vous le nom du héros incarné par l’acteur Scott Bakula ? Samuel Beckett. Par une sorte d’ironie naïve, les studios américains osent s’emparer du nom d’un artiste, donner corps à un univers, certes très différent, mais qui reflète dans une certaine mesure les thèmes d’un auteur. Ça vaut pour ce que ça vaut mais, à son niveau, Donald P. Bellisario (le producteur, aujourd’hui on appelle ça un “show runner”) est fidèle à la latence temporelle et au rapport à l’absurde, à la fatalité, de l’auteur de Malone Meurt ou Fin de partie. Sur 91 épisodes, son personnage perdu dans le temps se confronte à l’absurdité de l’histoire, à la mort, dans un ballet existentiel aussi grave que la fiction télévisuelle s’avère légère.

La dernière péripétie de la série voit même Sam Beckett coincé dans un “dinner” hors du temps, attendant un éventuel sauveur, qui ne vient pas : Godot ?... Cette audace impose un contraste saisissant avec le manque de témérité du pourtant talentueux Christophe Honoré. Nouveau Roman est pourvu de cette image si atténuée, si affectée des écrivains comme on les conçoit dans les studios de la deuxième chaîne (où Bukowski fait figure d’alien avec son comportement de clochard céleste), leurs vestes aux couleurs aussi lavasses que leurs ambitions littéraires : Apostrophes est passé par là. Mesdames et messieurs, bonsoir. ✗ Images extraites de l'émission APOSTROPHES du 17/11/1978 et de la serie CODE QUANTUM p10 SAMUEL BECKETT Photo DR

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LE VESTIAIRE COLLECTION AUTOMNE-HIVER 2012 Sélection, stylisme & photo JEANNE MOREL, JOSÉ LAMALI & HAPPYMESS STUDIO

— Apostrophe est une collection chic et simple, au style classique et efficace. Elle se décline en une garde robe intemporelle qui n'en est pas moins actuelle. La palette de couleurs est composée de tons chauds et automnaux, les matières sont nobles et qualitatives. Des vêtements confortables, aux coupes impeccables, faciles à coordonner, pour un style raffiné et décontracté. p19 cardigan Mélancolie pantalon Paco chemise Réunion gants Métaphore pull Opinion femme veste Nouvelle surchemise Césure bonnet Mélancolie

p21 denim Jean Luc wash echarpe Mélancolie t-shirt vee Dicton bonnet Mélancolie t-shirt Crew Note mc chemise Apostrophe pull Opinion col rond chemise Histoire pantalon Josiane velours

p23 ceinture Bicolore 40 gilet Troquet gants Henri pull René pantalon Jean Paul velours manteau Sartres cardigan Air écharpe Copains

p20 veste Préface chemise Phrase denim Jean Paul selvage veste Examen t-shirt crew Dicton pantalon Jean Paul velours pull Opinion col roulé chemise Discours

p22 ceinture Bicolore 25 veste Xavier pantalon Jean Paul velours pantalon Hoza t-shirt Con sac Camille tshirt Crew Note mc bonnet Mélancolie

p24 veste Préface bonnet Corpo pantalon Flechettes ceinture Tressée 40 gants Mito veste Belleville veste Grammaire sac Bart grand modèle t-shirt Étoile ml

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p25 pantalon Paco série Blaise cardigan Blaise écharpe Mélancolie pull Vers pull Francis veste Belleville

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YAN WAGNER

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— A l'occasion de la sortie de son album Forty Eight Hours début Octobre, Kulte s'associe une fois de plus avec le jeune homme moderne qu'est Yan Wagner (Compil Kulte music #10, Kulte Sound Sytem podcast #11) sur la création d'une chemise exclusive répondant aux goûts de l'artiste et reprenant les codes de la marque.

Confectionnée dans une popeline de coton rayée, elle se démarque par un col officier, une broderie reprenant le logo de l'artiste, et une découpe en V dans le dos. Pour Yan, L'idée était d'obtenir quelque chose qu'il puisse porter en concert, afin d'être à l'aise sur scène, mais également hors de la scène "J’affectionne tout particulièrement ce type de chemise qui me fait penser à la Chine et à Kraftwerk."

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La chemise YW, co-dessinée par José Lamali et Yan Wagner, sera disponible dans les boutiques Kulte dès le 1er Octobre. Edition limitée à 100 pièces. soundcloud.com/yanwagnersyrup Sortie Digitale EP Forty Eight Hours le 4 juin 2012 Sortie Album Forty Eight Hours le 1 Octobre 2012

COLLABORATION

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“BUKOWSKI,

TA GUEULE” Texte ROMAIN DIDELOT

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PORTRAIT

— Lorsque l’on parle de Charles Bukowski, l’esprit fantasme un “Céline punk” - comme le proclamait un bandeau apposé sur les Contes de la folie ordinaire parus au Sagittaire - qui aurait mangé Alain Pacadis et Cacahuètes, le clochard de la croix de Chavaux. En fait, il n’en est rien. Raconteur de génie, Bukowski n’avait pourtant rien du dandy grandiloquent et n’a jamais formulé ou poursuivi d’idéal. Un air de rebelle sans cause qui fait de lui l’ennemi intime des ÉtatsUnis, miroir au plomb écaillé reflétant la société qu’il vomissait. Dans le cimetière d’une rectiligne agglomération au sud de Los Angeles, une stèle, affublée de l’épitaphe : “DON’T TRY”. Dernier cri d’un nihiliste convaincu ou ultime pirouette d’un provocateur par essence, ce sont en tout cas les mots d’Henry Charles Bukowski, auteur et poète américain glorieusement misérable, né en 1920 à Andernach en Allemagne et mort d’une leucémie le 9 mars 1994 à San Pedro, Californie. L’homme qui a fait de sa vie une lutte pour la marginalité conseille finalement de ne pas essayer. Comme conscient d’avoir pissé ses innombrables litres de bière contre le vent. Hank, Buk, ou encore Henry Chinaski (son alter ego dans ses romans autobiographiques) embarque pour Los Angeles avec ses parents à l’âge de deux ans. Élevé par un père boxeur domestique dans un pays en pleine dépression économique, Charles est un adolescent solitaire. Isolé par une acné sévère, il se

plonge dans les livres et l’écriture, jusqu’à la rupture avec sa famille. Il navigue alors entre jobs crasses, appartements miteux et cuites mémorables, tout en tentant vainement de se faire éditer. C’est à 35 ans, après le conseil d’un médecin de cesser de boire sous peine de mort, qu’il change de vie. Il prend un travail régulier de postier, écrit frénétiquement. Peu à peu, ses poèmes et ses nouvelles paraissent dans la presse underground, puis chez d’obscurs éditeurs. À partir des années 70, il se consacre uniquement à l’écriture, au sexe et à l’alcool : triangle équilatéral. Souvent assimilé à la Beat Géneration (ce qu’il nie férocement), Bukowski était bien éloigné d’un Jack Kerouac à l’instantanéité non dégraissée. Il dépouille, parle la vie, le cul et l’éthylisme avec une plume ultra moderne et épurée. Vif, cru, froid, presque télégraphique, Buk aurait plus l’âme d’un Bret Easton Ellis ➡ p. 12 Photo LINDA BUKOWSKI p. 14-15 Photo D.R.

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crapuleux, sans fantasmes ni apparats, et avec vingt ans d’avance. C’est tout du moins l’image que l’on aime brosser. Car, brillant derrière une machine à écrire, Bukowski dégageait dans la vraie vie l’aura pathétique, la “belle laideur”, que véhiculaient les personnages de ses romans. Homme ivre, balloté entre rires toussés et rabâchage marmonné dans la barbe qu’il n’a pas, il est souvent la caricature de lui-même, comme lors de son apparition dans l’émission de Bernard Pivot Apostrophes en 1978, qui le fait accéder en France au statut d’écrivain culte. En direct sur le plateau, Bukowski siffle trois bouteilles de vin blanc au goulot (fournies par les assistants de Bernard Pivot, qui prétendra

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pourtant que Buk était venu avec) puis, mort saoul, tient des propos incohérents, rejette brutalement la comparaison de son œuvre avec celle d’Henry Miller tandis que François Cavanna - qui défendait pourtant l’œuvre et le personnage sur le plateau - tente vivement de le faire taire (“Bukowski, ta gueule !”). Il caresse le genou de Catherine Paysan, puis, las de la discussion qu’il trouve trop guindée, finit par arracher son oreillette et quitter tout compte fait le plateau sans que Bernard Pivot ne cherche à le retenir. Son succès en Europe devient alors colossal, Marco Ferreri adapte Les Contes de la folie ordinaire au cinéma et, plus tard, Barbet Schroeder adapte un script de Bukowski

PORTRAIT

dans Barfly avec Mickey Rourke dans le rôle d’Henry Chinaski. À l’orée des années 80, Bukowski roule en BMW pour aller aux courses, épouse Linda Lee en 1985 et publie ses derniers romans et poèmes. “Elle se jeta sur moi, et j’étais écrasé sous cent dix kilos de quelque chose qui était un peu moins qu’un ange. Sa bouche était au-dessus de moi et elle dégouttait de la bave et sentait l’oignon et le vin fermenté et le sperme de quatre cents mâles. Je lui ai fermé le bec et je l’ai virée. Avant que je bouge, elle était à nouveau sur moi. Elle m’agrippait les couilles avec les deux mains. Sa bouche s’ouvrait, sa tête descendait, elle me l’avait prise. [...] D’énormes bruits de succion résonnaient sur les murs et on entendait Mahler à la radio. Ma queue grossissait, s’empourprait, se couvrait de bave. Je pensais : si j’éjacule, je ne me le pardonnerai jamais...” Grand sensible, Charles Bukowski a voulu passer sa vie sur le bord. Mais l’autoproclamé “clochard à qui on a demandé d’écrire” porte pourtant de nombreux stigmates de cette Amérique qu’il rejette. Son nihilisme profond

ne l’empêche pas de prendre perpétuellement dieu à témoin, sa haine du groupe n’altère en rien sa capacité à percevoir les cachets des lectures et son style tranchant, véritable enfilade de punchlines réclamant leurs packshots, plaît énormément dans une société

— BIEN ÉLOIGNÉ D’UN JACK KEROUAC — d’hypercommunication encore embryonnaire. Sa figure burinée devient image de marque et Charles, lui, devient business, sacralisé par les gens qu’il détestait. En février 2008, sa maison est classée comme musée par la ville de Los Angeles. ✗

p. 16 Photo JOAN LEVINE GANNIJ p. 17 Photo MICHAEL MONTFORT

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Photographie MOTHI LIMBU HAPPYMESS STUDIO Stylisme JEANNE MOREL JOSÉ LAMALI Modèles THIBAULT PATTIEU ANNE BELLEVILLE MATTHIEU GAMET FRÉDERIC GRAZZINI ÈVE LE CARDONNEL HAI-PHONG DONOVAN LE JAMES REEVE

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PODCAST

KULTE SOUNDSYSTEM Texte NICOLAS GRASSET & BENJAMIN CLÉMENT

Le Kulte Soundsystem est un collectif musical protéiforme accompagnant la marque lors de nombreux événements musicaux tout au long de l’année. Garant d’une certaine qualité musicale, ce crew sans œillères aime la musique avant tout. De la soul des 60’s à l’electro pop, du old school hip-hop à la nu disco, en passant par le rock psyché ou encore le funk, il diffuse le plus largement possible ses bonnes vibrations au travers de ses sélections musicales pointues. Le podcast du Kulte Soundsystem souhaite ainsi rassembler et faire partager ses goûts et ses coups de cœur au plus grand nombre, grâce à une pléiade de Dj’s et d’artistes passionnés qui influencent la marque au jour le jour. Comme si chaque invité nous ouvrait les portes de sa discothèque pour offrir une sélection éclectique et personnelle de ses meilleurs morceaux. Un podcast par mois et déja douze épisodes en compagnie des activistes de la musique électronique d’aujourd’hui et de demain. En plein essor de l’ère numérique et du téléchargement, nous avons fait le choix de nous tourner vers ce média simple et gratuit, qui nous permet de partager, d’échanger, mais aussi d’ouvrir nos horizons musicaux.

Au programme pour cette fin d’année : Remain (Meant Record), Tsugi magazine 5ans , Phred (La Dame Noir), Radio Chantier, et bien d’autres... Vous pouvez suivre le Kulte Soundsystem podcast en vous abonnant gratuitement sur iTunes Store, ou l’écouter directement sur kultesoundsystem.podomatic.com.

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NICOLAS GRASSET N° 1 / Août 2011

Membre fondateur du Kulte Soundsystem, cet épicurien grand collectionneur de vinyles (environ 3 000 d’après nos sources) est aussi le programmateur des compilations Kulte Music depuis près de six ans. Formées chez les grands majors, BMG Entertainment entre autres, ses oreilles fines et attentives ne manquent pas de dénicher les dernières pépites sonores du moment aux quatre coins du globe pour en faire profiter le plus grand nombre. Ses sélections musicales éclectiques triées sur le volet ont dévoilé de nombreux artistes montants de la scène électronique française tels que Slove, Tristesse Contemporaine, GRS Club ou encore Hypnolove.

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fait ses débuts comme photographe, il s’attèle à la direction artistique de nombreux lieux de la capitale comme le Paris-Paris ou le Social Club et réalise des clips, notamment pour Superpitcher et, dernièrement, Hypnolove. On le croise derrière les platines du Baron, de la Dame Noir à Marseille et jusqu’aux apéros de Calvi on the Rocks. Texte : www.madmoisellejulie.fr www.marcodosantos.com

ALEX MIMIKAKI

N° 2 / Septembre 2011

C’est au premier abord quelqu’un comme vous ou moi. Mais ce trentenaire d’origine poitevine installé à Paris n’a pas attendu l’apparition de l’iPod pour devenir DJ, du salon de ses amis au festival de Benicassim en passant par les bars de Berlin. Fétichiste, il adore pourtant, via le magazine Magic ou son blog, faire partager ses découvertes musicales. “Rave on Dude!”

N° 5 / Décembre 2011

En 2008, Lucas Nedellec se met à composer dans sa chambre. Une recherche perpétuelle de nouveaux sons, de nouvelles images qui nourissent sa création. Le jeune Toulousain considère sa musique comme une invitation au voyage, “qui s’écoute en regardant le paysage défiler”. Il travaille actuellement sur un deuxième EP et une représentation scénique pour 2012.

alexmimikaki.blogspot.com

NUMINOTS N° 4 / Novembre 2011

Il y a une dizaine d’années, Maximinot et Miniminot se sont connus sur des skates à Aix-enProvence. Mais en abandonnant leurs boards pour se laisser happer par les influences de la techno berlinoise, ils décident d’en viser d’autres. Les minots quittent alors l’univers fast & dark de leur premier amour (la techno) pour la chaleur, l’obsession et la retenue de la nu-disco qui imposera désormais leur nom et celui de leur blog : Numinots.

MARCO DOS SANTOS N° 3 / Octobre 2011

Rien n’arrête Marco Dos Santos. Le barbu le plus décadent de la scène parisienne cumule les passions autant qu’il les déchaîne. Après avoir

LES FILLES ET LES GARCONS

cargocollective.com/lovetomingle soundcloud.com/numinots

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soundcloud.com/lesfillesetlesgarcons

RUBIN STEINER N° 6 / Janvier 2012

Rubin Steiner, de son vrai nom Frédérick Landier, est un musicien (guitare, basse, clavier) et un disc

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jockey français touche-à-tout à tendance électronique originaire de Tours. En plus de son travail de programmateur de la salle Le Temps Machine, il travaille actuellement sur un nouvel album dans une veine disco-synth-noise-wave-punk, dont la sortie est prévue fin 2012.

Serafim Tsotsonis est un producteur et compositeur de musique électronique originaire d’Athènes, en Grèce. Il compose les bandes musicales de nombreux films, reportages et autres documentaires artistisques. En plus de son implication dans le milieu cinématographique, il conçoit également des remix pour une pléiade d’artistes locaux, tels que notre amie Olga Kouklaki. Il a récement sorti son troisième album, Beautiful People.

www.rubinsteiner.com

123MRK N° 8 / Mars 2012

PIERRE AVIAT N° 7 / Février 2012

Pierre Aviat est un musicien hors pair aux multiples facettes, musique mais aussi vidéo clips. Il signe en 1999 sur le label Catalogue avec Telepopmusic et Sporto Kantès l’EP “All My Jazz”. En 2002, il participe à l’album I See That Now produit avec Alpha à Bristol, en plein essor de l’époque “french touch”. Il est la figure marquante de nombreuses compilations, et son "Why should I Cry" a été choisi par Lee Jeans pour leur dernière campagne aux USA.

123Mrk est un jeune prodige marseillais découvert en 2011 sur la Toile par le label Squelch & Clap. Il se fait repérer en quelques mois seulement par la scène électronique internationale, notamment lors de son passage remarqué au Social Club en décembre dernier. Il distille sans prétention aucune son style bien particulier, évoluant entre post dubstep, UK garage et electronic groove, pour un savant mélange auditif qui laisse sans voix. Il fait partie des précurseurs de cette musique à la fois futuriste et envoûtante. soundcloud.com/123mrk

www.pierreaviat.com

• SERAFIM TSOTSONIS Hors-Série / GRÈCE

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soundcloud.com/serafim-tsotsonis

DAVID SHAW AND THE BEAT N° 9 / Avril 2012

Originaire de Manchester, David Shaw arrive en France à l’âge où l’on monte son premier groupe de rock. De cette dualité culturelle découle l’essence même de sa musique, lui qui n’a jamais voulu choisir entre le rock et la techno, entre la guitare et les machines. À la fois producteur, auteur/compositeur et interprète, il s’illustre sur la scène indépendante grâce à ses différents projets, Siskid (Initial Cuts et Meant Records) et Animal Machine (Meant Records), et à sa collaboration avec Blackstrobe aux côtés d’Arnaud Rebotini et Ivan Smagghe (Beggars Banquet). soundcloud.com/davidshawmusic

MUSIQUE

LE TOURNEDISQUE N° 10 / Mai 2012

Le Tournedisque est un tout jeune collectif musical francais qui partage ses découvertes sonores au jour le jour. Un concept simple, se faire plaisir et rendre les gens heureux grâce à la musique. Après plus d’un an d’activité et une présence sur de nombreux événements, le Tournedisque a su se faire des adeptes, et ce notamment grâce à une sélection musicale fine, pas de critiques endiablées, pas de fioritures, que du bon en gros ! Suivez le mouvement !

Yan Wagner s’est révélé, en 2010, aux critiques et au public par un single dont le titre entrait en pleine résonance avec la crise économique (“Recession Song”, entêtante ritournelle pop aux motifs électroniques). Le Parisien autodidacte compose, entre deux jobs alimentaires, une quinzaine de titres qui dessinent un univers (éclectique) et affirment une voix (blanche). Car toute la singularité de Yan Wagner tient dans sa posture d’électronicien qui chante et qui refuse de se cacher derrière ses machines. Autrement dit, un chanteur de pop électronique.

BALÉAPOP N° 13 / Aôut 2012

HOOSKY N° 12 / Juillet 2012

N° 11 / Juin 2012

Avec un tel patronyme, Yan pouvait-il échapper à une carrière de musicien ?

soundcloud.com/hoosky www.nowadaysrecords.com

soundcloud.com/yanwagnersyrup

www.letournedisque.com

YAN WAGNER

Équipe et préparent un nouvel EP pour la rentrée.

Hoosky est un duo marseillo-parisien de beatmakers composé de oOgo et Chomsky, membres de La Fine Équipe (Albums : La Boulangerie 1 / 2 & Fantastic Planet) et fondateurs du label Nowadays Records. Ils lancent aujourd’hui Just a Lil’ Beat Vol1, premier volet d’une série d’albums instrumentaux dédiés au beatmaking, en partenariat avec radio Nova. Un paysage musical riche influencé par la scène psyché, électro, hip hop instrumentale de Los Angeles (Stones Throw, Brainfeeder). Ils sont actuellement en tournée avec La Fine

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BALÉAPOP est certainement le festival du Sud-Ouest de la France à ne pas manquer. Depuis trois ans, Baléapop prône un évèvenement éphémère sonore et plastique, festif et convivial, motivé par la création actuelle et son exploration. Les organisateurs tentent une programmation à la fois pointue et accessible, originale et ouverte avec des concerts sauvages, expositions et installations. Pour l’occasion, SanPanTzar aka Pierre Lafitte, activiste de Moï Moï Records et programmateur de Baléapop, a réalisé une mixtape aux couleurs du festival regroupant ses principaux activistes musicaux. www.moimoifestibala.com

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INTERVIEW

Texte NICOLAS PLOMMÉE

Première partie parisienne de Theophilus London et de SebastiAn, adoubé par Mirwais, l’ex-Taxi Girl producteur de Madonna, distingué par la boutique Colette pour sortir Soft Lines, premier 3 titres (composé de “For Those We Leave”, tout simplement élégiaque, “Can’t Remember Last Dance”, avec ses échos du “Little Fluffy Clouds” de The Orb, et “Release An Ideal”, épopée rock hip hop incontrôlée, digne de B.A.D., le groupe de l’ancien guitariste de The Clash plutôt que de l’album fatal à Michael Jackson), le duo Apollo a déjà amorcé sa mise en orbite. Dans notre belle France pleine de bonne conscience, est-ce vraiment un hasard si Apollo, en digne héritier du James Brown héraut de la légendaire salle de concerts d’Harlem, ressuscite musicalement le “Blanc et Noir” de NTM où “La différence ne se voit que dans les yeux des bâtards” ? Ivan et Mattias partagent un amour originel du rap au-delà du goût de l’enfant du Cameroun pour Led Zeppelin, Depeche Mode ou Pearl Jam, mais à l’écoute de leur son “new wave” concassé, électro rétro-futuriste, dénudé jusqu’à l’âme, bien malin qui pourrait deviner la couleur de peau du chanteur bassiste grandi en banlieue. Son alter ego grandi un peu plus au sud, à Montargis dans le Loiret (45), berceau de Gaëtan Roussel (la voix de Louise Attaque), bénéficie de ses années de piano au conservatoire comme de ses expériences successives avec les groupes Scenario Rock et The Shoppings pour jouer à plein le rôle d’architecte sonore. Apollo, par son style irréductible, s’amuse à danser autour de ses contemporains, et chacun de ses nouveaux titres touche au cœur pour venger le personnage le plus élégant de la série des Rocky, adversaire devenu allié, feu Apollo Rocky, Creed. Tel un tatouage à même la peau, Apollo est beau parce que sa musique donne chaud : cet hiver s’annonce brûlant...

AP OL LO Itw JULIEN CHASTIN / RADIO CHANTIER

Photo ELISA LE MONNIER

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RC :

Pouvez-vous nous parler de la genèse du projet Apollo ?

A:

Le projet a été pensé en 2010 mais il a commencé à se matérialiser vraiment en 2011. J’ai toujours pensé qu’il y avait une alchimie forte et singulière entre Mattias et moi dès lors qu’on se mettait a faire de la musique ensemble. C’est un titre composé par mon partenaire, “Love Is The Weapon”, qui a été le vrai déclencheur. À peine Mattias m’a-t-il fait écouter la musique que je me suis mis à chanter automatiquement dessus. Et ça l’a fait direct !!! Là, je me suis dit : “Bon, cette fois faut vraiment y aller ! »

RC :

Comment décririez vous le son Apollo ?

A:

Comme un espace-temps fédérateur et fantasmagorique coincé entre Massive Attack, Depeche Mode et Public Enemy.

RC :

Vous êtes un duo, vous avez donc des influences partagées mais qui peuvent aussi être divergentes, comment gérez-vous ces télescopages ?

A:

Nous sommes complémentaires de par nos expériences musicales propres, notre background et notre manière d’aborder la création musicale. Je dirais que Mattias est plus cérébral quand je suis plus physique, qu’il est très attaché à un certain classicisme dû à sa formation de pianiste, quand je suis totalement spontané et ne suis aucune règle, du fait que je sois un autodidacte complet. Du coup, Apollo est un subtil équilibre entre attraction et opposition – le ying et le yang version moderne ?

RC :

Vous avez déjà plusieurs concerts à vôtre actif. Comment avez-vous appréhendé le passage d’une musique essentiellement composée en studio sur machines à un set live ?

A:

Pour nous, il n’y a pas vraiment d’appréhension à ce niveau-là. Le live et les concerts sont juste une manière de développer encore plus les “visions musicales” que nous avons en studio. Il y a un vrai prolongement ; les titres joués live permettent à la musique de se déployer totalement, de trouver une intensité émotionnelle et sonore poussée à son maximum avec l’utilisation d’instruments comme des guitares et, bientôt j’espère, une vraie batterie. ✗

— COINCÉ ENTRE MASSIVE ATTACK, DEPECHE MODE ET PUBLIC ENEMY — RC :

Le nom Apollo est un hommage à la mission spatiale ou plutôt à la mythique salle de Harlem?

A:

Le nom Apollo est effectivement en référence à la célèbre salle de concerts de Harlem. C’est une dédicace à mes parents qui, étudiants africains dans les années 70, sont allés aux États-Unis pour la première et unique fois de leur vie voir leur idole, James Brown, en concert là-bas. C’est complètement dingue de savoir que mes parents étaient à ces mythiques shows du Godfather of Soul qui ont donné naissance à l’un des plus grands albums live de la pop music : Live At The Apollo.

www.facebook.com/apolloparis soundcloud.com/apolloparis twitter.com/ApolloParis75

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QUEL CHANTEUR DES ANNÉES “APOSTROPHES” ES-TU ? Par LE TOURNEDISQUE, maison close pour beats. www.letournedisque.com

Tous les matins, c’est la même rengaine, tu te lèves péniblement et tu as une irrémédiable envie de : ♦ — Retourner t’asseoir sur un banc public avec cette fille. ♣ — Retourner ta veste (en un seul geste). ♠ — Retourner dans ce petit bar de Pigalle, à la décoration si charmante et aux hôtesses si accueillantes. ♥ — Retourner composer avec ton synthétiseur analogique Eminent 310 U. Ce soir, c’est soir de fête ! Chouette ! Tu te fais tout beau et tu sors ton accessoire de mode préféré :

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♠ — Ton cigare. ♦ — Ta moustache si finement taillée. ♣ — Tes Ray-Ban fumées. ♥ — Ton synthétiseur analogique Eminent 310 U porté autour du cou. La fête bat son plein et maintenant, c’est l’heure du quart d’heure américain : tous les couples s’agglutinent autour de toi pour danser le slow. ♦ — Tu vas jouer aux cartes avec tes potes en te disant que ce “quart d’heure” est vraiment une invention de fillettes. ♥ — Tu attends le quart d’heure allemand pour pouvoir rouler des épaules au son de Kraftwerk, et regrettes que la piste de danse ne soit pas rétro-éclairée. ♣ — Tu soupires en réalisant que toutes les femmes rêvent, une fois de plus, d’être ta partenaire pour les quinze prochaines minutes. ♠ — Tu te diriges vers le bar pour commander un nouveau Bloody Mary.

JEUX

Au-dessus de ton lit, pour t’aider à t’endormir et faire de jolis rêves, tu as encadré un portrait sur lequel on peut admirer : ♠ — Whitney Houston ♥ — Isabelle Adjani ♣ — Françoise Hardy ♦ — La Mère Denis

C’est l’été, tu décides de prendre des vacances bien méritées. Sur la plage, vêtu de ton t-shirt Kulte, tu tournes délicatement les pages de ton livre :

Tu pars pour un long voyage au Tibet qui s’annonce rude et éprouvant. Tu te dis que, quand même, ce serait bien d’emporter un petit souvenir en cas de coup de blues, alors tu ajoutes dans ton sac à dos : ♦ — Une photo des copains. ♣ — Une photo des copines. ♦ — La Ruralité, entre passion et raison, ♠ — Une photo du bambou de ton jardin. de Raymond Depardon. ♥ — Une photo de ton synthétiseur analogique Eminent 310 U. ♥ — Le Voyage musical spatio-temporel, d’Igor et Grichka Bogdanov. Invité sur une émission TV de variété ♣ — Séduction, mode d’emploi, musicale, tu choisis d’interpréter ta du Dr. Ross. chanson du moment : ♠ — Art majeur, Art mineur, ♦ — “Tourner les serviettes” Arts singuliers, de B. Spinoza. de P. Sébastien, parce qu’ “on n’est pas payé cher, mais qu’est-ce qu’on Ta dernière pirouette verbale : rigole !” ♣ — “Il ne faut pas croire, en Corse aussi ♣ — “You Really Got Me” les coqs chantent. Tous les jours. Vers des Kinks, parce que les chansons seize heures.” simples et efficaces, y a que ça de vrai. ♥ — “Si Vivaldi était vivant, il ferait partie de ♠ — “Alabama Song” Metallica.” ♦ — “Un anarchiste est un homme qui des Doors, parce que c’est le moment de faire la tournée des bars. traverse scrupuleusement entre les ♥ — “One Day” clous, parce qu’il a horreur de discuter de Wankelmut, parce que ce remix avec les agents.” d’Asaf Avidan est la chanson du futur, ♠ — “J’ai retourné ma veste le jour où je me mais personne ne l’a encore compris. suis aperçu qu’elle était doublée de vison.”

MAINTENANT, COMPTE LE NOMBRE DE SYMBOLES CORRESPONDANT AUX RÉPONSES COCHÉES ➡

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RÉSULTATS Si tu as un maximum de ♦ :

YEAAAAH !  Tu es Georges Brassens,   le rebelle champêtre. Georges, À toi seul, tu es la preuve que l’on peut très bien faire rimer poésie avec pâté de campagne, et jazz avec gros rouge qui tache. Véritable paradoxe au quotidien, tu navigues entre humour pataud mais jamais méchant (traiter une jolie fille de vache, c’est quand même vachement pas trop méchant), et rébellion anarchiste à tendance libertaire. Tu refuses cette société qui met à l’honneur le confort des uns et l’opulence des autres, et tu n’hésites jamais à sortir ta guitare pour t’attaquer à tous les sujets : la peine de mort, la guerre, le patriotisme, les bourgeois, le mariage... En tout cas bravo, parce que faire réfléchir en faisant sourire, c’est clairement pas donné à tout le monde. Chapeau, l’artiste ! L’album indispensable : Misogynie à part, 1969.

Si tu as un maximum de ♥ :

WAHOOUW !  Tu es Jean-Michel Jarre,   le papi maxi-cool. Ah, Jean-Michel, Tu es quand même le meilleur des potes. Toute ta vie, tu l’as passée à organiser des petits shows et à rendre des services aux copains. En 1973, tu commences d’ailleurs

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par aider ton pote Christophe qui fait de la variété sympatoche et tu lui écris les paroles de la chanson “Les Mots bleus”. Bilan : un tube qui devient un hit générationnel et qui lance les 45 ans de carrière de l’ami Chris. Cool. Quelques années plus tard, tu te lances dans l’événementiel et tu décides d’organiser un petit concert électro pour tes potes place de la Concorde le 14 juillet 1979. Ils sont tous là : ça fait 1 million de personnes. Cool, cool. Mais bon, tu peux mieux faire. Par la suite, tu enchaînes les concerts intimistes un peu partout dans le monde : à Houston (130 000 personnes, écran géant de 120 x 65 m, lasers et fumée), à Lyon (800 000 personnes) et enfin à Paris sur la Grande Arche de la Défense (2 millions de personnes réparties sur 2 km aux alentours). Cool, cool, cool. Mais bon, faudrait passer à autre chose. L’an dernier, tu décides de t’attaquer au marché des petits amplis pour iPod. Résultat : tu lances une petite enceinte de 10 000 watts et de 395 kg, pour 1 m de diamètre : l’AéroDreamOne. Tu nous prépares quoi, maintenant ? L’album indispensable : Oxygène, 1976.

Si tu as un maximum de ♠ :

WOAOW !  Tu es Serge Gainsbourg,   le provocateur désespéré. Sergio, Tu es l’esprit terrible des années Apostrophes. Tout le monde te connaît donc ce n’est pas évident de raconter du nouveau sur toi, mais on peut quand même se dire que tu es le premier à avoir su ériger le mauvais goût et la débauche au rang d’œuvres d’art

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cathodiques. Depuis le billet de 500 francs brûlé en guise de dénonciation du “socialisme” ambiant jusqu’au “I want to fuck you” adressé à une Whitney Houston en pleine gloire, tu nous as rappelé à quel point tout ce cirque n’était finalement pas si important (aujourd’hui, ça fait même marrer Whitney). Et que finalement, si peu de choses ont changé aujourd’hui ! L’album indispensable : L’Homme à la tête de chou, 1976.

Si tu as un maximum de ♣ :

QUELLE CLASSE !  Tu es Jacques Dutronc,   le beau gosse insolent. Jacques, Playboy devant l’éternel et pur Parigot, tu te moques de tout et traverses les époques avec un sens aigu de la dérision. Tu travailles ton look de rebelle à papa – petites Ray-Ban fumées, petite mèche tombante, petit costume cintré, petit cigare de La Havane – et chantes avec insolence ton quotidien d’artiste désabusé. En fait, tu te fous de tout : des politiques qui “retournent leur veste toujours du bon côté”, de ton public devant lequel tu fais le clown assis sur les WC, de l’armée, des soixante-huitards... Et ça marche : les gens en redemandent. Tu te payes même le luxe de partager la vie de la plus belle femme de l’époque : Françoise Hardy, et tu formes avec elle le couple que tout le monde envie. Encore aujourd’hui, tu continues d’appliquer à la lettre ta devise “Faut tout lire. Faut tout voir. Faut tout boire.” Beau programme. L’album indispensable : Et moi, et moi, et moi, 1966.

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Les "livres à deux pages" sont des recueils de phrases innocentes et spontanées, notées au gré des rencontres. Le principe est très simple: deux pages, une photo et une citation. D’abord diffusée sur Internet, une sélection des meilleurs "Livres à deux pages" est éditée aujourd’hui en version papier, sérigraphiée à Montréal et imprimée à Paris, plusieurs éditions limitées seront disponibles tous les ans.

LES LIVRES A DEUX PAGES EDITIONS PERIPHERIQUE Les Editions Périphérique ont été fondées en 2010 pour la publication des "Livre à deux pages", par Laurent Salles et José Lamali, en collaboration avec Emilie Salles. Ces éditions ont la volonté de produire des projets sous forme de livres objets en séries limitées, réalisés en étroite collaboration avec leurs auteurs.

www.editions-peripherique.com www.livreadeuxpages.com

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FOCUS

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TOXIQUE

FRANÇOISE SAGAN — Publié pour la première fois en 1964, le petit journal de cure de désintoxication de Françoise Sagan, Toxique, est réédité aux éditions Stock. Après avoir sombré des décennies dans l’oubli, il nous donne l’occasion de découvrir Françoise et surtout de mieux comprendre Sagan.

“En été 1957, après un accident de voiture, je fus, durant trois mois, la proie de douleurs suffisamment désagréables pour que l’on me donnât quotidiennement un succédané de la morphine appelé le ‘875’ (palfium). Au bout de ces trois mois, j’étais suffisamment intoxiquée pour qu’un séjour dans une clinique spécialisée s’imposât. Ce fut un séjour rapide, mais au cours duquel j’écrivis ce journal que j’ai retrouvé l’autre jour.” Françoise Sagan. Dans ce texte inédit, Françoise Sagan raconte sa désintoxication. Sous la forme d’un journal, on sent qu’elle s’adresse encore à un lecteur potentiel. Elle y décrit sa souffrance et son angoisse de la déchéance. Elle s’observe, s’ausculte, nous fait partager ses pensées, ses lectures et sa peur immense de la mort, du vide, de la solitude. Ses amis pourtant ne l’oublient pas et passent la voir, l’odeur de l’herbe dans le jardin la remplit de sérénité. Ses souvenirs de la vie des cafés, de l’alcool et des cigarettes lui semblent si lointains qu’elle nous donne le sentiment qu’elle n’y reviendra jamais.

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Photo GEORGES DUDOGNON Référence livre Françoise Sagan, Toxique, Editions Stock, 2009, 15€.

LIVRE

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LIBE RTÉ

n.f. (lat. libertas).

1/9. État d’une personne qui n’est pas soumise à la servitude.

APOSTROPHE n.f. (gr. apostrophê, action de se retourner).

1/2. Interpellation brusque et peu courtoise. 58

MOTS EN L'AIR

OPINION n.f. (lat. opinio).

1/2. Jugement, avis émis sur un sujet. Se forger une opinion après un débat. ◊ Avoir bonne opinion de : estimer, apprécier. – DR. Partage d’opinions : situation d’un tribunal au sein duquel aucune majorité ne se dégage au cours du délibéré. 59

1/2. Ensemble des règles et des usages qui régissent la manière d’écrire les mots d’une langue ; maîtrise qu’on en a. Réforme de l’orthographe. Avoir une bonne orthographe.

n.f. (gr. orthos, droit, et graphein, écrire).

ORTHOG RAPHE

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OPPOSITION n.f. (bas lat. oppositio).

2/3. Différence extrême, contradiction ; situation de choses ou de personnes qui s’affrontent. Opposition de caractères.

MOTS EN L'AIR

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BONNES ADRESSES BOUTIQUES & DRESSING ROOMS

DRESSING ROOMS AIX-EN-PROVENCE — COREZONE

MARSEILLE — COREZONE

TOULOUSE — COREZONE

Mathieu : 04 42 09 52 60

Paulo : 04 91 33 93 56

Steph : 05 61 55 04 83

CANNES — MAMATORO

PARIS — CITADIUM

VALENCE — PEOPLE’S PARADISE

Caro : 04 97 06 30 40

Standard : 01 55 31 74 00

Standard : 04 75 44 36 40

GRENOBLE — COREZONE

ST-TROPEZ — VE-X GALLERY

HOSSEGOR — COREZONE

Stéphane : 04 76 12 91 92

Réjane : 04 94 49 35 87

Arnaud : 05 58 43 98 01

20, rue Granet

35, rue Hoche

6, rue Jay

8, rue Montgrand, 6e

50, rue de Caumartin, 9e

43, rue du Général-Allard

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9, rue du Coq-d’Inde

65, avenue Victor-Hugo

8, av Paul Lahary

ADRESSES

BOUTIQUES

OLIVIER

ARNAUD

PARIS - BASTILLE

PARIS - LE MARAIS

LATIFA

LYON

35, rue de Charonne, 11e

76, rue Vieille-du-Temple, 3e

16, rue Paul-Chenevard, 1er

01 48 05 68 35

01 42 21 05 09

04 78 28 08 52

GU I L L A U M E

LAURENT

EDDIE

MARSEILLE

AIX-EN-PROVENCE 32, cours Mirabeau

AVIGNON

1, rue Folco-de-Baroncelli

04 91 33 53 46

04 42 27 04 67

04 90 87 41 55

BRICE

MAEVA

ROMAIN

46, rue Francis-Davso, 1er

MONTPELLIER

LOURMARIN

BORDEAUX

8, rue de la Croix-d’Or

36, rue Henri-de-Savornin

65, rue du Pas-Saint-Georges

09 71 55 93 77

04 90 68 22 14

09 64 25 47 59

NA P O L E O N

ATHÈNES

Mitropoleos 40/10563 (0030) 210 33 12 311

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www.kulte.fr

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Je me dis Au revoir ; Franรงoise Sagan - Toxique


Kultorama #11