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EDITO

Concessions Onze ans, l’âge ingrat, le moment où le nez grossit au milieu de la figure, où on arrête d’être considéré comme des enfants en bas âge, où l’argent de poche ne suffit plus pour acheter les fleurs et les bonbons. On choisit alors les bonbons, parce qu’il l’a dit avant nous, les fleurs, c’est périssable, et que les bonbons, c’est tellement bon… même si ça fait mal aux dents. Nous sommes en 2009 et l’Boulevard a 11 ans. Sa vérité lui saute en pleine face, comme le nez au milieu de la figure. L’Boulevard serre les dents, oublie les fleurs pour le moment, les Rockstars et les têtes d’affiche, parce qu’il y a mieux à faire, plus important à faire. Et que l’argent ne suit pas. Cette année, l’Boulevard revoit ses ambitions à la hausse, et pour ça, il faut des concessions. Pour ça, il faut dire désolé, sorry, semhou lina, cette année, pas de stade, pas de Hemri, pas d’invités mirobolants. On vous offre un grand tremplin, aux Abattoirs, avec de la bonne musique, de bons groupes, et un rêve à réaliser. Prenez ça en attendant de pouvoir venir, tout au long de l’année, enregistrer vos sons au Boultek, centre de musiques actuelles installé au Technopark, en attendant de participer aux ateliers, aux Workshops, aux concerts acoustiques, d’envoyer vos productions à Radio L’Boulevard, la Webradio conçue pour vous. Au Ground Zero, une vingtaine de fourmis, de bénévoles, s’activent pour

vous préparer le terrain, vous aménager les lieux, vous fournir une vraie structure, un véritable lieu de vie culturel, un cocon de créativité, d’interactivité et de projets à long terme. Bien sûr, on aurait voulu maintenir les deux, avoir le beurre et l’argent du beurre, mais puisqu’il faut choisir, autant garder l’essentiel. Autant garder le tremplin. Pérenniser ce qui a nourri notre âme, ce qui a fait votre succès. Les grands noms, les gros cachets, on peut s’en passer cette année, d’autres festivals ont désormais l’argent et les compétences pour. On la joue cash, cette année, on n’a ni cash ni chèque ni compte en banque en Suisse. On revient aux sources, back to the roots, on réinvente yamate la F.O.L. On ne veut plus fermer boutique une fois le festival l’Boulevard passé. On ne veut plus vivoter. L’EACBoulvart, notre asso, veut être présente en continu, faire bouger les choses pendant toute l’année. Alors on prend notre mal en patience, on économise comme on peut, on cherche des fonds là où il y en a. Histoire d’avoir le beurre, l’argent du beurre, et même les fleurs, les Rockstars et tout et tout. Et surtout, surtout, un centre de musiques actuelles décent, fait par Wlidate l’Boulevard, pour Wlidate l’Boulevard. L’équipe L’BOULEVARD


somm aire

3 EDITo: Concessions

JUIN 2009 // ESPRITS LIBRES & CREATION URBAINE

33. Moonfest, Le détour 34. C’est de la bombe ! 35. Le son du Metal

6 Tremplin 2009

8. L’boulvart 10 ans d’archives iconographiques 12. La Speed Caravan passe 13. La Psykatra 13. Krash 14. Another one bites the drum 14. I rap muslim ! 16. Casser le mur 18. Boucler la boucle !

20 Hip-Hop:

OLD SCHOOL, TRUE ScHOOL 23. Chuck D : “Au Maroc aussi vous aimez le bling-bling ?” 26. Rap : Les 7 péchés capitaux

28 L’3am zine

35. Vidéo Wanted 36. MMA Jamais 2 sans 3 36. Good FCC 37. Bachnika, soon 38. Radio L’boulevard Du son dans les idées 38. In metal we trust 39. Shofokan 40. Transculturelles. La vache !... C’était bon ! 44. Ana Casawi

48 Woodstock:

We aint got that spirit since 1969 55. Moulay Drix & the Space Telecom… 56-40. Les 40 citations qui ont fait l’esprit peace and love, avant, pendant et après le woodstock 69. 60. Bande de Freaks 61. Que reste-t-il de nos raves ?

30. OB, un label qui tamponne 30. Fun fun fun in America 31. Kayne j’did

31. Ratatouille speaks Tachelhite 32. Ta rial, l’EP qui vaut de l’or 32. Ana M’derrej 32. La Korsa roule bien

L’Kounache dl L’boulevard 2009

Et aussi ...

62. Henri Belolo, Mister Boogie Man 68. Youtoubate, la sélection 2009 70. Brouj Tahlaal 72. LA POST GENERATION

Rédactrice en chef : Chadwane Bensalmia. Rédaction : Reda zine, Amale Samie, Stéphanie mollé, Ayla Mrabet, Meryem Saadi, Mehdi Laaboudi, Omar Mrani, Najib Tadili, Maria Daif, Younes Lazrak, Mafalda, Salma Oulad, Mehdi Metallica, Khalid Haoussa, Indira Valo, Alma Lotfi. Direction artistique : Achraf El Kouhen. Graphisme : Zakaria Latouri. Illustrations : Tarik Nadimi, Adil Hanine. Crédits Photo : Jif, Jean Berry, Reda Bahou, Eric Lagarde, Mohamed Smyej, Aicha El Beloui, Hans Quageber. Crédits graphisme : Karim Rafi, Mohamed slaoui, Abdelmalek Rafi.


Juin 2009 //// P 8

Expo l’boulvart

10 ans d’archives iconographiques 1999-2001

2002


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2003

2004


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2005

2006


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2007

2008


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Electro

Speed Caravan La

passe...

Ceux qui se moquaient de Simo Zetlet, notre petit violoniste-guitariste-oudiste-ila akhirihi, lorsqu’il reprenait, son Oud estampillé AC/DC, Metallica et autres riffs ravageurs, vont pouvoir ravaler leur bêtise. Parce que les plus grands le font aussi. Speed Caravan, roulotte électro, est conduite par Mehdi Haddab. Le musicien algérien vient transporter l’auditoire du tremplin vers des contrées sableuses, où son Oud amplifié répond à la basse aérienne de Pascal Teillet, aux douces machineries de Lalla Hermione Franck et à la voix pare-balles de Bruno. Ça donne Kalashnik Love, album éthéré et électrique. Des mélodies orientales, voluptueuses et inventives, qui se fondent dans le rock ou l’électro de ces faiseurs de songes. Sur la scène du festival de Dakhla, Speed Caravan a soufflé son univers aux oreilles du public, passant de la reprise de Galvanize ( Chemical Brothers feat. Najat Atabou à son insu) aux musiques traditionnelles arabes, bulgares et arméniennes. Ils remettent ça aux Abattoirs, remplaçant feu les vaches par des étoiles électriques. Ayla Mrabet


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Rap

La psykatra A Casa, la Psykatra est presque à la maison. Non seulement parce que Marseille, la cité phocéenne dont elle est issue, c’est un peu le Maroc de l’hexagone, mais parce que les Psy4 de la Rime kiffent vraiment le « plus beau pays du monde ». C’est qu’ils sont déjà venus jouer ici (en 2006, à la deuxième édition du festival de Casablanca), et que leur DJ, Sya Style, (Rachid pour les intimes) est originaire du Maroc. Les Toubib du Hip hop français débarquent, pour le plus grand plaisir de notre public Rap, déverser leurs rimes

acérées sur la scène dial l’Battoir, soigner les mots et prescrire la bonne vieille tolérance. Sya Style donc, Segnor Alonzo, Don Vincezo et Soprano, les cousins comoriens, viennent semer les bons flows pour cette 11ème édition du Tremplin. Avec trois opus à son actif (Enfants de la Lune, Block Party et Les Cités D’or), la Psykatra risque de mettre le feu aux Abattoirs. Au sens figuré, bien sûr.

Metal

Krash Ils nous viennent droit de Californie, lla, pas le quartier huppé de Casa, Californie dial Miricane. Ils ont les cheveux longs, des noms de Rockstars, une fille qui joue de la batterie, et un bassiste Marocain, connu des services secrets du Metal Casablancais. Saïd, dit Gemha, l’un des pionniers du Metal marocain, parmi ceux qui creusaient sans forcément chercher de trésor, qui jouaient pour l’amour de la musique, entre au Maroc par la grande porte, celle de la scène. Le «Fuckin’ Rude Rocker», comme l’appelle Amin Hamma, son compagnon de l’aventure I.S, Immortal Spirit pour les novices, Saïd, Weld CIL, qui a écumé les soirées à la Terrasse, a remplacé la gratte par la basse. Celui qui est parti, son rêve en tête, découvrir la Mecque du Rock’n’Roll en laissant un fœtus de nouvelle scène à Casa, qui envoyait des K7 vidéos à ses potes, revient jouer en invité à la 11ème édition du tremplin avec Krash Karma. Ça, c’est de la succes story à la sauce Underground. Applauses on L’Batwar. A.L.

A.L.


Juin 2009 //// P 14

Electro

Another one bites the drum Nobody beats the drum est un groupe à voir en live, indéniablement. Et c’est eux qui le disent. La musique névrotique du trio déjanté venu droit des Pays-Bas, est un pur combo électro. Ça transpire les assauts de breaks/ beats saupoudrés de Hip Hop, de visuels impressionnants et de gros son comme on l’aime. Pas de risque qu’ils nous refilent la grippe porcine, ils sont signés chez 100% Halal. Sjam, Jori et Rogier vous conseillent, à leur écoute, de quitter votre boulot (en référence à Quit your job, titre explosif), ou du moins de prendre un jour de congé pour vous remettre de leur démence sonore. Puis d’acheter «Beats Work», leur album, et de faire la fête comme de joyeux barjots. Bien évidemment. Pas de doute, ils vous feront suer lors du tremplin, et les Abattoirs vibreront au rythme effréné de ses super-héros venus du futur. De toute manière, «resistance is futile – Nobody beats the drum». Et c’est encore eux qui le disent. A.M.

Salahdine & Cilvaring

I rap muslim ! Attention va y avoir du lourd sur la scène du tremplin ! Invité à balancer leur flow made in Holland, le duo Salahedine & Cilvaringz vient apporter un souffle de nouveauté à la scène Hip Hop locale. Un registre totalement contemporain. Les deux rappeurs puisent aussi bien dans la culture Mrikane, que dans les standards de la musique arabe, avec des clins d’œil appuyés aux grands, comme Abdel Halim ou Fayrouz, of course ! Il n’y a qu’à écouter leurs titres «Biy Albak» ou «Insani ya habibi » pour reconnaître immédiatement les classiques. Côté scène, le duo maîtrise l’espace et se l’accapare facilement. Il faut dire que des années de Lives au Pays Bas ont forgé leur style. Et pour fédérer le public, rien ne vaut la darija, que les deux gaillards déversent énergiquement pour exciter les foules. Dès l’intro, la couleur est annoncée : hommage à Salahedine Al Ayoubi et à l’époque glorieuse des musulmans, rappels religieux, textes engagés, un chouia moralisateur… en bref, Islam en force et Intifada en avant ! Les morceaux revendiquent clairement une identité arabo-musulmane musclée et surfent parfois sur la vague populiste. Mais adhérant ou n’adhérant pas au message, le flow ne laisse pas indifférent et la musique accroche. Après tout, il y a bien du rock chrétien, pourquoi pas du rap musulman… On peut ouvrir le débat. Mafalda


Juin 2009 //// P 16

Résidence

casser le mur Samedi 23 mai, cinq heures au ground zéro du Technopark de Casa, le petit peuple du Boulevard œuvrait à boucler la boucle du Tremplin, entre deux questions logistiques et un café maison. Et… apparition de deux revenants Hicham Bajjou et Oum, tous justes débarqués d’Espagne pour «Casser le mur», résidence de création musicale, organisée par L’Boulevard et le festival de Las Culturas Pirineos Sur, avec une super nouvelle sous le bras : le Premier Prix du MAEM’09 d’Alcaniz en Espagne ! Une compétition, grand rassemblement des arts scéniques et de la musique destiné à un public de pros du spectacle, a été la première scène et le premier succès de la résidence. Remontons le temps: cinq de nos meilleurs musicos se sont déplacés à Saragosse du 15 au 22 mai dernier, pour taffer avec les musiciens aragonais de Biella Nuei.

Hicham Bajjou à la voix unique, Foulane Bouhcine au violon, Khalid Berkaoui et ses percussions, Dj Mood pour les sons électro et la chanteuse groovy Oum, ont révisé les bases communes qui les liaient aux cinq musiciens espagnols, pour ensuite revisiter leurs univers diversifiés. Résultat : sur les morceaux spanish des biella Nuej se sont faufilés des solos de Hajhouj, Ribab, Outar, Djumbé, bien de chez nous et des compositions rassemblant leurs univers world teintés de melhoune, reggada ou hassani, ont vu le jour. Revenue à Casa, le Big Band de la résidence s’est enfermé pour 6 jours supplémentaires. La première clôturera les quatre jours de concerts du L’Tremplin. Ne la ratez surtout pas. A moins d’avoir les moyens de leur courir après. Le 18 juillet à Saragosse, sur la scène du Pirineos Sur, vous l’aurez compris. S.M.


Juin 2009 //// P 18

Boucler la boucle ! L’objectif du boulevard n’a jamais été d’organiser un simple festival de musique de 3 ou 4 jours chaque année, mais d’actualiser continuellement ce moyen d’expression qu’est la musique a travers la jeunesse Marocaine et par là même de défendre un principe : la liberté d’expression. Car les deux sont liés, la musique est non seulement un moyen d’expression, mais aussi une activité culturelle qui y véhicule son identité, son message et sa participation a la société. Les différentes Organisations internationale ont toujours mis ce combat au centre de leurs préoccupation : L’UNESCO (26 Novembre 1976) incite chaque peuple du monde à participer à la vie culturelle et à y offrir sa propre contribution. La déclaration universelle des droits de l’homme (article 27) établie que l’accès au jeu d’un d’instrument de musique est considéré comme un droit intrinsèque de l’homme. La Convention des Nations Unies inclus le droit à la participation à la vie culturelle. Les droits sociaux et économiques ont aussi une convention internationale sur le droit de participer librement à la vie culturelle de la communauté (Article 5). On dirait bien donc que sur ce point, il y a unanimité. C’est en ce sens que le Boulevard a atteint son premier objectif en réussissant le pari d’exister, de subsister, de bousculer certaines mentalités et de faire évoluer les comportements et les habitudes. Aujourd’hui festivals et radios fleurissent dans tout le royaume. Mais maintenant

le Boulevard veut regarder plus loin. Donc cette année, le Boulevard des jeunes musiciens est de retour ! Ce n’est pas celui qui aura lieu aux abattoirs de Casablanca qui est de retour, mais celui de son esprit initial, qui encouragé par la démocratisation des scènes et des groupes de musiques actuelles s’apprête à finir la mission qu’il s’était fixé à ses débuts. Car même si les groupes ont maintenant une vitrine, un écho qui leur permet de s’exprimer, il est facile de constater que cet outil est encore insuffisant et incomplet. Le Boulevard a donc fait le choix de finaliser son projet car les fondations semblent plus solides qu’il y a 10 ans et le message passe déjà mieux aussi. C’est pour cette raison que le Boulevard met depuis 1 an déjà toute son énergie et ses ressources dans la création de moyen de production (salle de répétition, studio d’enregistrement, web radio….). Voilà ce qui est devenu aujourd’hui la priorité du Boulevard. C’est pourquoi le défi le plus important reste à venir : boucler la boucle en donnant un outil à chacun pour travailler sa musique, l’enregistrer, puis de la diffuser librement…c’est ce qu’on appelle une activité culturelle. Brahim Bihi Président de L’EAC-L’BOULVART


Juin 2009 //// P 22

Qui l’eut cru. Un Noir ! Président des Etats Unis d’Amérique. Après black is beautifull, black is powerfull, black is président. Il en a fallu du temps, depuis les lynchages, les luttes et les chansons. En 1986 Les Public Enemy chantaient «Fight the Power», le power WASP * blanc aux yeux bleus. Un pouvoir qui a pour mythes Elvis Presley et John Wayne, les GI’s et les drogues dures. Ce même pouvoir blanc qui inscrivait Negro sur la carte d’identité de ces citoyens du tiers-Etat. A cette époque, Chuck-D scandait dans l’album Fear of A Black Planet «Elvis was a hero to most / But he never meant ---- to me you see / Straight up racist that sucker was / Simple and plain Mother-- him and John Wayne». Le ton était donné. Le Sound System des Blacks Panthers était lâché. Le Bling Bling n’avait pas encore fait son invasion. Et même sous censure ( MTV ne passait guère leur clips, à cause des prétendus «explicit lyrics»), les héritiers des Run DMC en beaucoup plus politisé, étaient une vraie comète. Un son indomptable surligné d’un graphisme et d’une présence scénique hors du commun, Flavore Flave et son horloge qui rappelle «toujours l’heure qu’il est» et l’impressionnante présence des S1W ( Security of the 1st World). Ma première rencontre avec les Public Enemy, c’était au début des 90’s avec une cassette achetée au Mâarif, où on trouvait des titres comme : «Shut Em Down», «A Letter To The New York Post», ou le furieux «Bring Tha Noize» (avec Anthrax). C’était l’album Apocalypse 91… «The Enemy strikes Black», avec en couverture Chuck-D qui tient le crâne d’un soldat. Flavor Flave, Terminator X et les S1W de blancs vêtus. A Casa, il y avait à peine un ou deux groupes de Rap, et pas encore de frime. Reda Zine


Juin 2009 //// P 23

Interview

Chuck D

“au maroc aussi vous aimez le bling-bling ?” Après 25 ans de carrière, Public Enemy, dignes héritiers des Zooloo Nation ou Africanbambata, revendiquent toujours leur africanité et leur négritude... Rencontre avec leur fondateur, Chuck-D, un des rappeurs afro-américains les plus respectés dans le sound system mondial, au lendemain de l’élection historique du Président Obama.

Reda Z. : Commençons par «l’Amérique d’Obama , y vois-tu déjà des changements ? Chuck-D : Tout a changé… Les Etats-Unis d’Amérique ont réalisé qu’ils devaient s’adapter au reste du monde et cesser de penser qu’ils sont les n°1, tout le temps, sans raison concrète. Les autres pays ne peuvent plus supporter cette arrogance. Je pense que B. Obama réalise qu’on fait tous partie de la même planète. Ca a été l’erreur des autres administrations avant lui, avec les conséquences que l’on connaît et le fameux «terrorisme islamiste». Il y a beaucoup d’espoir dans ce que pense le nouveau Président et ce qu’il veut pour le peuple. Un pays n’appartient pas à son gouvernement, il appartient à sa population. Ça, il l’a compris. Est-ce que tu as félicité personnellement Obama après sa victoire aux élections ? Je l’ai fait sur notre site publicenemy.com et sur le blog de mon myspace. PE est resté très proche des gens malgré sa place incontestable dans le Rap Business. Comment fait-on pour résister aux sirènes du ShowBiz et rester fidèle à ses idéaux ? Nous chantons parce que nous avons quelque chose à dire aux gens. Ça ne vient pas du rap, mais d’une

tradition de la musique Black américaine. D’Aretha Franklin à Bob Marley en passant par Curtis Mayfield ou James Brown, les textes parlent d’amour, de respect et de protection des uns envers les autres. La musique Black a toujours mis en avant le respect comme thème central. Bob Marley qui a été capable de réunir le monde avec la parole «One Love». C’est de ça qu’il s’agit. Aujourd’hui, les maisons de disques se font la course pour dénicher l’Artiste qui fait la différence, car au final, c’est elles qui ramassent le plus d’argent. Public Enemy essaye de créer l’équilibre entre le succès et l’honnêteté. Après, il y a aussi l’esprit de groupe et les individus qui le composent. La géopolitique du monde a changé depuis vos débuts, il y a 25 ans. La question de l’immigration se pose en force. Et devant la «forteresse Europe», on parle désormais du fascisme bling-bling, personnalisé dans des figures comme N. Sarkozy ou S. Berlusconi. Qu’en penses-tu ? Lors de nos premières tournées mondiales au début des années 80, l’apartheid régnait toujours en Afrique du Sud, Nelson Mandella était en prison, l’Europe restait divisée par le mur de Berlin, Margaret Tatcher dirigeait l’Angleterre et aux USA on avait George Bush père… Tenant compte de tout cela, je veux être optimiste ! Je crois dans le changement que provoque la rencontre des personnes venant d’horizons différents.


Juin 2009 //// P 24

Avec P.E., vous avez été précurseurs : vos morceaux ont été mis en téléchargement gratuit sur le web et vous avez même lancé des collaborations avec vos fans dans l’album Revolverlution (2002). Penses-tu que les artistes du Sud peuvent vraiment percer grâce à cet outil ? Oui, bien sûr ! Ils peuvent mettre leur musique en ligne, toucher un maximum d’individus, proposer les téléchargements de morceaux, de clips, de flows. Tout ça fonctionne c’est sûr. Mais il reste l’essentiel : la scène! Le live permet de voir ce dont un artiste est capable. Les réseaux sociaux genre myspace, youtube, facebook, ça te dit quoi ? Si tu veux jouer au Basket Ball, il te faut des chaussures ! Je pense que myspace, ça aide à communiquer, et pour certains à se faire connaître, mais c’est juste un instrument. C’est comme ça que je le vois. Venir jouer en Afrique, vous y avez pensé ? Oui, mais on attend que quelqu’un nous appelle! Sérieux, l’Afrique du Sud, l’Afrique de l’Ouest, le Kenya, l’Ethiopie, la Somalie… ce sont des pays qui nous intéressent. Je sais qu’il se passe des choses très intéressantes au Maroc, et j’aimerais bien que PE s’y produisent. Mais il me semble que vous avez déjà avez invité Puff Dady au Maroc… Là-bas aussi vous aimez le bling-bling ? (sourire ironique) Un dernier mot aux lecteurs du L’Kounache Mag et au public marocain? Keep doing what you do and Fight the power ! Propos recueillis par Reda Zine

Discographie The Def Jam years

SLAMJamz

1987 Yo ! Bum Rush the Show

1999 There’s a Poison Goin’On

1988 It Takes a Nation of Millions to Hold Us Back

2002 Revolverlution

1990 Fear of a Black Planet 1991 Apocalyspe ’91…The Enemy Strikes Black 1992 Greatest Misses

2003 The Millennium Edition 2004 Power to the People and the Beats 2005 New Whirl Odor

1994 Muse Sick-n-Hour Mess Age

2006 Rebirth of a Nation

1998 He got Game

2006 Bring Taht Beat Back

2006 Beat and Places 2006 Fight the Power…Live ! 2007 How You Sell Soul to a Soulless People Who Sold their Soul ?: 2008 Sortie de la biographie officielle «Don’t Rhyme For The Sake Of Riddlin’»


Juin 2009 //// P 26

Rappeurs

Les 7 peches capitaux Un jour, un grand rappeur (KRS-One) a sorti la meilleure définition qui soit du Hip Hop : «Le HipHop c’est quelque chose qu’on vit, pas quelque chose qu’on fait»… Chez nous, la scène rap est pré pubère, encore en construction de son identité - ses origines, ses valeurs, ses mots, ses actes . Passage en revue de ses «erreurs de jeunesse».

Ana’nisme.

D’abord, il y a les « ananistes», ceux qui n’admirent rien de plus que… eux-mêmes ! Trop narcissiques pour se souvenir qu’il y a quelques années de ça, les espaces d’expression se faisaient aussi rares que les cheveux sur la tête de Kojak. Pour eux, monter sur la scène du Tremplin est un dû ! Les gars, le Tremplin, c’est pas l’école des fans. C’est une opportunité, pour ceux qui travaillent, de connaître les frissons du live.

Miricanisme.

Il y a ceux qui voudraient devenir américains à la place des américains. Qui a dit que le Rap Marocain devait ressembler au rap made in U.S ? Pourquoi devrait-on avoir les mêmes références, les mêmes gestuelles et les mêmes pendentifs ? Mais oui, c’est vrai ça, pourquoi ?


Juin 2009 //// P 27

Watanounisme. Il y a les spécialistes de la surenchère patriotique. Le genre de gars qui fait dans la nouvelle niche du “Rap Néo Nationaliste”. Tout d’un coup, comme s’il venait d’être naturalisé marroqui, il se met à crier son amour du Pays, sans que personne ne lui ait rien demandé.

3iakisme.

Et il y a aussi les pseudos pionniers… Ceux qui clament haut et fort qu’ils étaient là avant tout le monde et dont, bizarrement, personne n’a jamais entendu parler. Ceux-là gagnent tout simplement à être méconnus !

Zmagrisme.

Faudrait pas oublier les «stars» de l’étranger… Ceux qui, n’ayant pas trouvé leur public dans leurs pays d’adoption, s’inventent un statut de star pour revenir «apprendre aux gens du bled comment chanter». A eux non plus on leur a rien demandé !

Caméléonisme.

Ceux qui font dans le copier coller, qui surfent sur la vague, qui changent de styles, de rythmes, de flows, comme ils changent de baggys. Ceux-là sont dans la tendance, mais jamais dans la bonne direction.

Likanisme.

Et puis, il y a les autres. Ceux qui se voient déjà en haut de l’affiche. Tous ceux qui pondent trois couplets, deux pauvres rimes et qui s’y croient. Ceux qui font tout à l’envers, qui se prennent un manager avant le moindre concert, et qui demandent des cachets à la hauteur d’un PIB. A tous ces «ismes», un seul conseil : le kif, bordel ! Kader Mabqach


Juin 2009 //// P 30

Street wear

OB, un label qui tamponne «La amlikou wa la oumlak». Si la formule (soufie) vous parle, vous ne l’avez jamais vue estampillée sur un T-shirt... Premier d’une série de délires pensés du label OB Wear, créé par Mohamed Smyej et Achraf El Kouhen. Le duo infernal a enterré l’aventure Stounami, à l’origine du célèbre Hmar ou bikheer, pour lancer une nouvelle marque 100% maghribiya et toujours aussi décalée. En stock, des tee-shirts qui détournent slogans, logos, marques, personnages de BD, expressions en darija, et élèvent la pratique du second degré au rang de discipline artistique pour pondre des signatures comme Tayb’O Harry, ou encore, 3a ta ja. Pour les deux gaillards, l’objectif est on ne peut plus sérieux. Créer une marque de Street-wear- vintagemade-by-moroccans où le graphisme, l’originalité et l’humour sont les fils conducteurs. Pas vraiment de

moyens, mais une volonté de fer et une expérience chaotique dont ils ont tiré les bonnes leçons. «On ne veut pas répéter les erreurs du passé, réaliser un buzz marketing, et ne pas pouvoir fournir derrière», explique Mohamed Smyej. Promis, juré, dans quelques semaines tout le monde pourra toper leurs créations, mais en attendant quelques exemplaires seront exposés au tremplin cette année. Y.Z.

Concert

Fun fun fun

in America

«Chez nous, fel Blad…» C’est comme ça que Saâd Bouidi, bassiste des Hoba, commence à raconter l’épopée de son groupe à Washington. Avec humour, comme toujours, et une fierté bien placée d’être allé jouer chez l’oncle Sam. Le 8 mars, c’était Hoba Hoba Spirit live in DC, c’est pas une blague, vérifiez si vous voulez le programme du festival Arabesque. Ça s’est passé au Kennedy Center à guichet fermé, devant un public Miricani, avec quelques Marocains bien sûr, qui ont kiffé comme pas possible de voir les cinq Casablancais répandre leur Hayha Music sur la côte Est. And last but not least, les Hoba ont même investi les colonnes du Washington Post. Si c’est pas la classe, ça… A.L.


Juin 2009 //// P 31

Album

Kayne j’did

Les H-Kayne posent la touche finale à leur troisième album. Attendu depuis déjà plus de 3 ans, Jil Jdid, à découvrir cet été, promet d’être aussi élaboré que le premier, 1426, sorti en 2005. Tendez l’oreille vers le poste radio. Le premier single de l’opus, l’3arboun, fait déjà des siennes, en rotation sur les ondes depuis quelques semaines.

Un track franchement Old School et digne de son école. Les pionniers du Hip hop marocain sont de retour. Et vu le travail, ils ne se sont pas endormis sur leurs lauriers. Sur le tas, les MC’s from Meknès ont eu le temps de mettre en boîte deux vidéos-clips de choc, signés DJ Key. Itoub ! M.S.

Tarjama

Ratatouille speaks Tachelhite Après la télénovela en Darija, voici le film d’animation doublé en Amazigh : Ratatouille, le rat de Pixar, parle désormais Tachelhite. Les huit jeunes gadiris, qui se sont donnés pour mission de berbériser le rongeur passionné de cuisine, ne se sont pas contentés de traduire les dialogues du film. Ils se sont appliqués à changer la bande sonore et ont refait de A à Zigh le bruitage du long-métrage… ça donne Agherda N’Bariz, traduisez par le Rat de Paris. Le tout en dix mois de travail acharné, dans un studio improvisé, de cds gravés et de bouche à oreille, désormais disponible chez n’importe quel Moul DVD made in Agadir. Sauf que voilà, la reconnaissance ne suit pas, et les sous encore moins. C’en est peu pour décourager les doubleurs gadiris, musiciens de vocation, qui pensent déjà à réitérer l’expérience avec des films nationaux et internationaux. Bien sûr, la consécration serait d’entrer par la grande porte dans le monde du cinéma, travailler avec nos professionnels locaux et transformer leur passion en travail dial bessah. Voilà, l’appel est lancé. Avis aux intéressés… Mafalda


Juin 2009 //// P 32

Featuring

Ta rial, l’EP qui vaut de l’or Hé, les gars… Lâchez un peu votre poste radio, foutez-le par-dessus bord même, y a de la musique, de la vraie, sur le myspace d’un de nos rappeurs les plus talentueux. Chez Mobydick, un monde nouveau vous appelle. Un univers où se sont mariés Jazz et Hip Hop, où les notes du Trio suisse Plaistow ont apprivoisé le flow éraillé du Rbati Mobydick. La rencontre des deux pôles s’est faite lors du festival Slam&Klam, organisé à Fez en juillet dernier. Une résidence, un rappeur qui joue pour la première fois avec de vrais musiciens, et ça donne Mobystow, right dans ta face. Quatre morceaux enregistrés entre la Suisse et le Maroc, un coup d’état sonore nommé Ta Rial. Dedans, image vraie et ma clique et moi sauce Jazzy, histoire de redécouvrir, dans un autre contexte, le talent et la plume de Mobydick. C’est online depuis avril (http://www.myspace.com/m0bydick), ah bon, eh ouais, crame ta radio on a dit. Et un LP sous le sceau Mobystow est même envisageable, dans ta face encore une fois. La preuve que qualité ne rime pas toujours avec médiatisation… et c’est tant mieux. A.M.

Tarjama Bis

Ana M’dErRej Hbiba, kanbghik. Ta ana, Raphael ! Non non, ce ne sont pas des déclarations mour ssour, mais bien des dialogues d’amour sur petit écran. Chaque jour sur 2M, à 18h45, les bouches mexicaines de Raphaël et autres acteurs de la Télénovela Ana speak arabic, ou mashi l’arabic des bouquins et du parlement… Pour la première fois, une série étrangère est doublée en Darija, et c’est signé Plug In, la boîte de prod’ qui prend des risques. C’est que c’est un peu dur à digérer, au début, un musclor au teint hâlé qui pleurniche en marocain, une bomba latina qui parle au téléphone comme toi et moi f’téléboutique, un proverbe marocain qui serpente et pond un sourire sur le visage du téléspectateur… « C’est juste une question d’habitude », répètent souvent Jérôme Boukobza et Hicham Chraïbi, moualine la boîte. Et ils ont raison. Sérieux, manquerait plus qu’un Sla ou Slam pour enfoncer le clou. En même temps, avec 120 épisodes, 3ta llah mayeddar. Darija Rules ! I.V.

2M

LA Korsa roule bien

Il court il court, le Younes… Mister Lazrak, animateur sur Radio 2M, investit aussi le petit écran pour une course musicale qui détonne : oubliées, les émissions poussiéreuses où la culture a un arrière-goût administratif, le Van fleuri de Korsa redonne des couleurs au paysage audiovisuel Marocain. On accepte désormais ces stars locales hirsutes, ces styles de musique longtemps mis sous mute et on les traite intelligemment… Younes, dans son émission hebdomadaire, jongle entre vedettes internationales de passage au Maroc (Keziah Jones et Amazigh Kateb) et groupes marocains prometteurs : Mahmoud Bassou de Ganga Vibes, Fez City Clan et Mayara Band, qu’il embarque en vadrouille pendant 26 minutes, faisant voyager le spectateur dans l’univers artistique de son invité. Et ce n’est que le début : bientôt, Korsa se transformera en nid de live inédits donnés par nos groupes locaux et leurs guests… C’est frais, spécialisé, juste. Bref, on adhère. A.M.


Juin 2009 //// P 33

Moonfest

le DEtour Si vous avez raté la deuxième édition du Moonfest, on va vous la raconter. De la musique en plein air et surtout en pleine nature, au pied du lac Lalla Takerkoust, à une trentaine de kilomètres de Marrakech. Pendant que le Maroc entier baillait devant les défilés de Caftan 2009 ou cramait lors du Grand Prix, le Moonfêtard lambda, à l’ombre d’un arbre ou sous une tente, écoutait pousser ses cheveux. Il profitait du calme pendant que le staff, sur des charbons ardents, courait dans tous les sens et suait sang et eau, veillant à ce qu’il ne manque rien pour les concerts nocturnes. On a eu le droit, en exclusivité,

à Amazigh Kateb, émouvant lorsqu’il chante son père, drôle lorsqu’il se pavane sur scène en perruque blonde. A Tachinwite (qui a même tenu Bedo !) et ses acolytes, grasses et gracieuses, mélange parfait entre rockstars et piles duracel. A Mayara Band, Hoba, Ganga Vibes, et à plein d’autres groupes plus talentueux les uns que les autres. On a aussi eu des cours de Yoga, des séances de massage, des Jams à la pelle et des toilettes presque propres. C’est le prix à payer, pour un festival délocalisé, loin de la pollution et tout et tout. Et ça vaut le coup. A.L.


Juin 2009 //// P 34

Tag

C’est de

la bombe ! Les «snobeurs» du graff et autres intégristes de l’art qui regardent de haut tags et graffitis peuvent aller se rhabiller dare dare. Les travaux de Mohamed Morran (marrakchi de 27 ans, autodidacte et alors), belle découverte des Transculturelles d’El Batoir, ont définitivement leur place dans les galeries d’art qui se veulent hype et avant-gardistes (même si lui n’ira pas les chercher). Ses graffitis, précis, soignés et sophistiqués sont la preuve irréfutable qu’un garçon comme lui, c’est du talent à l’état brut et tant pis pour ceux qui l’ignorent. Pro comme il y en a peu dans l’art de manier bombes de peinture, aérosol et marqueurs, ses graffs sur les murs des Abattoirs sont tout juste à couper le souffle. Lui, jusque-là, graffait tranquillement pour son plaisir (Salavador Dali, Marylin Monroe…) ou pour les quelques fous éclairés qui lui commandaient ici et là un dessin ou une déco. Son portrait de Momo est un époustouflant exploit, comme ses autres portraits d’ailleurs. Ses dessins ont une âme et on s’y tromperait presque : heu… photo ou graff ? tellement son travail a la précision des figuratifs les plus chevronnés. C’est dit ! Maria Daïf


Juin 2009 //// P 35

Web

le son du Metal

Ce n’est un secret pour personne, les métalleux n’ont pas beaucoup de chance avec les radios locales. Les programmateurs jugent le Metal too much pour des auditeurs aux oreilles “délicates”. Bien évidemment, ils s’en défendent en balançant des titres plus rock que hard. Blah blah blah. Eh bien, Fuck ! Depuis novembre 2008, les headbangers ont leur émission sur la toile, Radio Chaos, animée par Rqiq Moul’mdader, Ghlid Moul’guitara et Rouh Dial’metal. Du heavy, du trash, du hard, du death. Bref du bon gros son à fond les décibels. Pour le moment, l’équipe compte une dizaine d’émissions, disponibles sur leur Facebook et sur Radiochaosleblog.blogspot. com. A écouter sans modération. M.S.

Vidéo

wanted

Si vous avez le temps de délirer, faîtes-en profiter les autres, sur videofayz.com, bien sûr ! Le site est ouvert depuis février dernier, à toutes les vidéos décalées. Le principe est simple. On tripe, on filme, on envoie, et on attend que le jury aime. Chaque mois, la vidéo la plus créative est récompensée, par un chèque de 1.000 dirhams et un bon coup de promo pour ceux qui osent. Au pire, fou rire garanti et gratuit. I.V.


Juin 2009 //// P 36

MMA

Jamais 2 sans 3 A ceux qui ce seraient posés la question, non, les M’ghrib Music Awards ne sont pas morts et enterrés. Aucune annulation à l’horizon, la troisième édition aura lieu, mais un peu plus tard que d’habitude. La cérémonie de remise des prix a simplement été décalée vers la fin de l’année, pour récompenser les productions et les artistes qui ont été sur le devant de la scène les 16 derniers mois. Une façon de s’éloigner de la période estivale (pleine de festivals et d’événements musicaux en tous genres), et de donner plus de matière au jury de présélection. Ce n’est un secret pour personne, la deuxième partie de l’année 2008 n’a pas été très riche en albums, et encore moins en vidéos-clips. Heureusement, l’accalmie n’a pas duré, et nos artistes sont sortis de leur hibernation. Pour le plus grand bonheur du public marocain, mais aussi celui des MMA ! Stay connected sur www. mmawards.ma pour plus d’infos. M.S.

Reggae

Premiere piste Juin 2006, Wailers Maroc - ouais, ouais, ils ont osé - arrachaient haut les mains le premier prix Fusion du Tremplin l’Boulevard. Avant de disparaître. Manifestement, le temps de se remettre en question, pour devenir les WachM’n-Hit, et pondre un album, produit par la toute nouvelle boite AB-Sawt. La couleur annoncée : roots & reggae. Le premier single «Taâlim», a déjà trouvé son public. La bande de Kénitra est parée pour la scène. L’album lui est attendu pour la fin du mois. I.V.

Garorock

good fcc Depuis leur victoire sur la scène du Tremplin au Boulevard 2005, les «Mgharba F’Lbeat» enchainent concerts, festivals, tubes à la radio, et s’exportent même à l’étranger ! Leur dernière sortie au grand rassemblement de musiques alternatives en France, Garorock, leur a valu une jolie ovation. Jusqu’ici les marmandais

avaient découvert les Darga, Hoba et autres Haoussa dans le cadre du jumelage avec le Boulevard, autant vous dire que la barre était haute, et pourtant… Ceux qui ont suivi l’évolution scénique des Mcs leur reconnaîtront le mérite du travail fait. Formation allégée après le départ de L-Tzak, chorégraphies rodées, titres efficaces - qui ont fait leurs preuves en radio. Les prochaines dates au Maroc et à l’étranger présagent encore quelques mois de bonne santé pour la formation. Côté studio : pas de disque prévu, juste des singles en haute rotation, compilés le moment voulu pour donner un album qui sera déjà connu par cœur à sa sortie. Ils font tourner leur petite affaire à leur manière les FCC, et ça fonctionne… Y.L.


Juin 2009 //// P 37

Punk

Bachnika, soon La patience paye, le talent aussi. Haoussa se sont envolés, en mars dernier, vers la capitale de l’hexagone pour enregistrer leur tout premier album. Le groupe hybride a investi le studio Davout, dans le vingtième arrondissement s’il vous plait, où sont passés tous les plus grands noms de la musique : les Rolling Stones, U2, Red Hot Chili Peppers, Miles Davis, AC/DC, Herbie Hancock et les autres ont cédé leur place aux cinq casablancais les plus excentriques de la sphère musicale Marocaine. Une dizaine de chansons plus originales les unes que les autres, produites par Basaata Prod’ et L’Boulevard. A Paris, Khalid, Zack, Ali, Azzedine et Nadir ont débridé leur art, donné le meilleur d’euxmêmes pour mettre Bachnika au monde, mot d’ordre de la Human Insanity qu’ils chantent et portent sur scène, déguisement, Punk et poésie urbaine collés à la peau. Vous allez pouvoir feel the noise chez vous, fredonner l’ftikhabate sous votre douche, éteindre la lumière et vous recueillir sur les mélopées obscures de Mousiqa Kehla… en attendant, venez vous imbiber de l’énergie de Haoussa, live f’el Batwar ! A.M


Juin 2009 //// P 38

Radio L’boulevard

Du son dans les idEes A peine installé dans ses nouveaux locaux, L’Boulevard veut donner de la voix: Quoi de mieux qu’une Webradio pour commencer à émettre musique, culture alternative et bon goût? Welcome to Radio L’Boulevard, campée dans les sous-sols du Technopark. Une vitrine alternative, associative et culturelle, qui retransmet, en live et en différé, les folies colorées dial L’Boultek. Du rêve sur les ondes pour les casseurs de norme, bulle sonore d’énergies et de talents. Le choix de diffusion sur la Toile ne s’est pas fait par hasard.

C’est, pour l’instant wa l’hamdollilah, le Média le plus libre et le plus accessible à tous, l’outil même de notre Urban Generation, celle des Metalleux oubliés par nos bienpensantes chaînes radios, des rappeurs en manque de mots crus, de S’hab l’Fusion en quête d’ouverture sur le monde, World Music oblige. En gros, Radio L’Boulevard est décidée, elle veut apporter de la fraîcheur culturelle, osée par une équipe de passionnés et de spécialistes, qui s’égosille depuis dix ans déjà. Musique, chroniques, lives et indépendance seront au service de vos tympans. Et ce à partir de janvier 2010. Enfin... A.M

Chronique

in metal we trust

Bon, c’est sûr, c’est ni le Waken, ni l’Ozzfest, c’est pas non plus le Desert Rock Festival, ni le Hellfest. Mais à Casa aussi, on a du bon gros Metal, un samedi par an, à l’Boulevard. On a eu Kreator en 2005, Moonspell en 2006, Gojira et Paradise Lost en 2007, Psykup et The Exploited en 2008. Le tout, sur la même scène que nos groupes de Metal locaux. De quoi régaler les rockeurs made in Morocco, coincés toute l’année dans les oreillettes de leurs écouteurs, des clips et des albums en téléchargement devant leur écran. Notre Metal à nous a été scindé en deux : l’ère de l’avant 16 février 2003, et celle de l’après. S’hab l’Hard ont été accusés de satanisme, quatorze des nôtres menés devant les tribunaux, un procès aberrant sur le dos. Et dire que même après ce marasme culturel, après cette confusion sociale, certains ignares osent encore traiter un type fringué en T-Shirt noir, à l’effigie d’un groupe de Metal, de «satanék». Il en faudra du temps, pour dégrossir les oreilles du peuple. Heureusement, ça ne décourage pas nos groupes. Même si former un groupe, créer des morceaux, se produire sur une scène relève encore de l’exploit, le

Metal est là. Depuis une vingtaine d’année, il est présent. Anesthesia, Hellbender, Necros, Reborn, Total Eclypse, Immortal Spirit, ça ne vous rappelle rien ? Pas de soucis, la liste actuelle est encore plus longue. Vicious Vision, Atmosphear, Chemical Bliss, Sakadoya, Heavy Duty, etcaetra, etcaetera. Tous ces gars-là sont animés, motivés par la même passion. Et ça ne relève pas du démon. Nos musiciens, depuis le temps, galèrent toujours autant. Pour trouver un local où répéter, se débrouiller un ampli qui marche, jouer sur une scène, enregistrer leurs morceaux. Tout ça est presque utopique. Et c’est pourtant le quotidien de ces groupes-là, qui ont, et je pèse mes mots, bien plus de mérite que n’importe quel groupe issu d’un pays occidental. On créé notre musique tant bien que mal, sans réseau de distribution, sans concerts, tout juste une fois par an, à se croire en Europe, juste en prenant le taxi, le train, le bus, bref, en se déplaçant jusqu’à l’Boulevard. Petit détail de taille : la journée Metal est LA journée la plus remplie du festival. Alors, pour ceux qui ont l’illusion que le Metal disparaîtra au Maroc… Réveillez-vous, vous n’avez rien compris !

Mehdi Metallica


‫ال�شوفوكان‬ ‫ُّ‬ ‫كاين اللي عينيه يكويو‪ ،‬كاين اللي عينيه ي�شويو‬ ‫كاين اللي عينيه ما يغنيو ما يبيعو ما ي�رشيو‪ .‬و‬ ‫حنا داويني على العني و فبالدنا �شال عيون ‪ ،‬بنادم‬ ‫يتقا�س بالعني من عني دياب لعني ا�رسدون‪.‬‬ ‫بنادم يتقا�س بالعني ‪ ،‬ما�شي كات�رضبو العني‪،‬‬ ‫كيتعرب بالعني و العبار كيبدا من اللون و الوجه و‬ ‫كي�سايل عند ال�صباط و الپورتابل و بيناتهوم قيامة‬ ‫ديال احلوايج ايل كتبدل ح�سب م�ستوى الالعب‪.‬‬ ‫فكاين مثال القامة‪ ،‬امل�شية‪ ،‬ا له�رضة‪ ،‬احلركات‪،‬‬ ‫ال�ضحكة و زيد و زيد‪ ،‬و ال�شوف‪ ،‬ما�شي ال�شوفينية‪،‬‬ ‫عندو بزاف ديال اال�سباب‪:‬حب �إ�ستطالع ـ املقارنة‬ ‫ـ ال�سخرية ـ الت�سجيل ( للتاريخ) ـ التحليل ـ التحقق‬ ‫و �إ�ضاعة الوقت‪ .‬و هو نوعان ال�شوفوكان الهجومي‬ ‫و فيه تخراج العينينو ال�شوفوكان الهجومي و فيه‬ ‫‪ Tir‬و الن�ضا�رض و ما �شابه‪.‬‬ ‫و كايبقى عن�رص الت�شوي�ش اللي هوا ال�شوفة الناق�صة‪.‬‬ ‫مع العلم �أن ال�شوفوكان فالأ�صل كانت فل�سفتو‬ ‫هي “�شوف كي دير” اللي كتزرع روح الت�آزر‬ ‫و الت�ضامن بني ا ملعتَدي و املعتدى عليه و لكن‬ ‫تبدالت الوقت !!‬ ‫دبا فكل مدينة كاين ملعب ر�سمي لل�شوفوكان و‬ ‫كايت�سما �شارع �شوفوين‪ ،‬متا ت�شوف لعجب‪ ،‬ت�شوف‬ ‫بنادم‪ ،‬ت�شوف الكارطة‪ ،‬ت�شوف الطا�س ‪ ،‬ت�شوف‬ ‫الزهر‪ ،‬ت�شوف بعيد و �شوف قدامك!‬ ‫و هذا عينوه مدير و هذا عينوه و هو مير�ض!‬

‫و �شوف �آ�شنو ؟ جاللة على عينيك‪ .‬عليك‬ ‫بال�شوفوكان اللي فحال ال�شوطوكان فاملنافع‬ ‫ديالو و منها ‪ :‬تقوية ‪( Réflexe‬على م�ستوى‬ ‫العينني �أكرث) حيث بنادم عَ كي�شوف‪,‬تربية الدم‬ ‫البارد �أو ‪ ,Sang Froid‬تو�ضيح الأفكار (كتجيب‬ ‫الدو�صي) و تزايد الثقة فالنف�س حيث �شايف كل�شي‬ ‫�أو �شايف بزاف د احلوايج‬ ‫و ال�شوف فيه واحد الت�سطية عجيبة حيث كاين‬ ‫اللي كي�شوف الفلو�س كيت�سطا و كاين اللي كيت�سطا‬ ‫مني كي�شوف لعياالت و كاين اللي ت�شوف مان�ضتو‬ ‫ت�سطا و كاين بزاف كيت�سطاو مني كاي�شوفو �شي‬ ‫نا�س �أو �شي حوايج ‪.‬‬ ‫ال�شوف من العني و انت فا�ش عينيك ؟‬ ‫العياالت يكحلوا عينيهم و �صحاب البالكات‬ ‫كيديروا النظارات با�ش ما يبانو�ش عينهم حيث‬ ‫فالعني كيبانوا بزاف د لعيبات‪ ،‬عيني فعينيك ! و‬ ‫لكن ما�شي غ بالعني با�ش غنفهموا كاع اللعيبات‪.‬‬ ‫و العني يا العني و فني العينني اللي عاطيني العني‬ ‫؟ و العيب ما�شي فالعني‪ ،‬العيب فالقلب ! راه القلب‬ ‫ا للي ي�شوف و العني تخطب ‪ ،‬هذا ي�شوف و بال�شوف‬ ‫يهوف ‪ ،‬عل ا ل�شوف ملهوف لهفة القتالة عل‬ ‫ال�سيوف و ها انت ت�شوف‪ ،‬النا�س فالنا�س ت�شوف‪،‬‬ ‫النا�س عمات فال�شوف وا�ش تربى؟‬ ‫�شوف ت�شوف‬


les

Transculturelles des abattoirs 11-12 avril 2009

La vache !... C’Êtait bon !


Textes Meryem Saâdi Photos Aïcha El Beloui


Juin 2009 //// P 42

Résurrection.

Les 11 et 12 avril 2009, des centaines de personnes envahissent les abattoirs de Casablanca. Le lieu laissé à l’abandon depuis 2002 n’a jamais vu ça. Dans tous les coins, la foule se faufile, observe, s’arrête, s’interroge. Pour la première fois, un bâtiment industriel s’est métamorphosé en espace culturel. Photos géantes, vidéo projections, installations plastiques, pièces de théâtre, danseurs, musiciens, se relaient pour captiver l’attention des visiteurs. Un espace unique d’échange est né. Le vieux rêve de nombreux Casaouis voit le jour. Le bâtiment, construit en 1922 par l’architecte parisien Georges-Ernest Desmarest, est devenu une fabrique culturelle, à l’initiative de la ville de Casablanca, et à l’appui de la ville d’Amsterdam. Et surtout grâce au travail de plusieurs hommes et femmes, qui ont cru en ce projet.

Urban Invasion.

Pendant 48 heures, les 20.000 mètres carrés des abattoirs abritent un véritable laboratoire multidisciplinaire. Le Street Art trouve son terrain de jeu. Les murs fatigués accueillent les graffs d’artistes marocains et étrangers. Les cours intérieures se transforment en pistes de skate. Les façades de l’ancienne bâtisse industrielle se recouvrent d’affiches. Le public découvre et observe.

Hip Hop fever.

Pour le plaisir des oreilles urbaines, la Funky Noise DJ Crew, dirigée par DJ Key, se lance dans des mix musclés. Les platines volent et les enceintes crachent, loin du silence habituel des lieux. Les Breakers en profitent, les Style Salé Breakers et les Halla KingZoo entrent en scène. Tête en haut, tête en bas, ça bouge, ça saute, ça glisse. La battle s’engage.


Juin 2009 //// P 43

Exposition.

Dans les bâtiments néo-mauresques, dix-sept plasticiens ont pris possession des lieux. Chacun a choisi une de ses œuvres pour coller à l’esprit de l’événement. Premier contact du public avec l’art plastique et premières réactions encourageantes : on s’arrête, on sourit, on touche, on photographie, on grimace aussi. Hors galeries, les artistes se mettent à nu et récoltent un nouveau regard.

Musique by night.

Place à la musique. La nuit tombe, le son monte. Hoba Hoba Spirit, Haoussa, Mazagan, Barry, Casa Crew, Azul, Africa Style font l’extase des milliers de leur public de baggy, de jeans et djellabas.

And next.

Un dernier regard aux projections vidéo qui habillent les murs de lumières et aux photos géantes de Casablanca, toujours surprenante. Voilà, les Transculturelles se terminent. Une belle réussite et la preuve que la réhabilitation de cet espace en fabrique culturelle est possible. Prochaine étape ? La mise en place d’une structure gestion de l’avenir de la Fabrique. En attendant, Casamemoire, l’EAC-l’Boulvart et d’autres associations partenaires ont des projets pleins la tête.


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Ana Casawi Et si tu faisais, une fois dans ta vie, connaissance avec ta ville? Casablanca, la ville blanche, n’est grise que lorsque tu marches tête baissée, occupé à regarder tes pieds. Tu sais ce que tu vas faire? Dimanche matin, hezz 3inik l’ssma. Balade toi dans le centre-ville, en faisant attention à ne pas te cogner, balaye de tes yeux ses hauteurs. Des bâtiments historiques, une architecture subtile, des souvenirs art-déco, loin des nouvelles constructions grossières, des blocs de béton sans âme. Tu risques le torticolis, c’est sûr, mais j’te jure, ça vaut le cou, sans mauvais jeu de mot. Imprègnes-toi de l’urbanisme qui te fait, de l’histoire de l’Bayda ton amour, de sa coquetterie d’antan. Ça te foutra peut-être la haine, de te dire qu’on laisse s’effondrer les murs de ton patrimoine, tu veux que j’te dise, ça me fout la haine aussi. Et en même temps, lèves-la tête, tu verras, tu seras fier, comme moi, du monstre urbain, fier d’être son gamin. Tu pourras dire, et avec la banane: Ana Casawi. Aicha El Belaoui

BD MOHAMMED V

ASSAYAG BD HASSAN SGHIR par MARIUS BOYER 1929

BCM BD DRISS LAHRIZI par MARIUS BOYER 1930

CITE DES JEUNES QUARTIER CIL par AROUCHEFF ET JEAN 1952 ABATTOIRS DE CASABLANCA HAY MOHAMMEDI par DESMARET 1922


Juin 2009 //// P 45

GARE ROUTIERE DE LA CTM RUE LEON L’AFRICAIN par ALEXANDRE COURTOIS 1955

GARAGE VOLVO RAHAL MESKINI 1955 IMMEUBLE DU GRAND SOCCO BD MOHAMMED V par CADET ET BRION 1932

IMMEUBLE LIBERTE PLACE LEMAIGRE DUBREUIL par MORANDI 1950

IMMEUBLE MARET BD MOHAMMED V 1932

BMCI PLACE DES NATIONS UNIES par ALEXANDRE COURTOIS 1947


Juin 2009 //// P 46

IMMEUBLE POUR LE GROUPEMENT FONCIER MAROCAIN SIDI OTHMANE 2 par HENTSCH ET STUDEUR 1955

IMMEUBLE SHELL BD MOHAMMED V par MARIUS BOYER 1934

IMMEUBLE TAZI AV LALLA YAKOUT par LES FRERES PERTUZIO 1930

IMMEUBLE TIMSIT BD MOULAY SMAÏL par JEAN FRANCOIS ZEVACO

NIDS D’ABEILLES CARRIERES CENTRALES par CANDILIS 1952


Juin 2009 //// P 47

IMMEULE DU GRAND SOCCO BD MOHAMMED 5

IMMEUBLE POUR LE GROUPEMENT FONCIER MAROCAIN SIDI OTHMANE par HENTSCH ET STUDEUR 1955

IMMEUBLE SOCIFRANCE PLACE DES NATIONSUNIES par HERWIN HINNEN 1934

IMMEUBLE MARIGNAN PLACE PAQUET par LEV Y ET ZELIGSON 1954

IMMEUBLE MARET BD MOHAMMED V par DELAPORTE 1932

Photos A誰cha El Beloui


Juin 2009 //// P 50

C’est parti pour la «ma7foda» : Jimi Hendrix, Janis Joplin, Joan Baez, Joe Cocker, Santana, Ravi Shankar, The Who, Crosby, Stills & Nash (&Young), Jefferson Airplane, Canned Heat, Sly and the Family Stone, Blood, Sweat and Tears, Ten Years After, et j’en passe et des terribles, à l’époque... Laquelle d’époque ? Laisse-moi souffler un brin, et je te le dis, même si je sais pertinemment que tu me fais marcher ! Tu peux pas avoir entre tes mains Lkounache et ne pas savoir de quelle époque je cause ! Voyons ! Et puis y a le titre, merde ! L’EPOQUE ! Celle où le monde a failli prendre, pour une fois, le bon virage, celui de la contre-culture. L’époque où entre 350.000 et 500.000 idéalistes (selon qu’on se réfère aux chiffres de la police ou des organisateurs) ont donné toute sa signification au leitmotiv «Peace & Love!»... Larbi Batman


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Moulay Drix & the Space Telecom… Sonnerie du téléphone. Quand je regarde le cadran, je me dis en Tamazight : mince alors, qui c’est qui m’appelle encore de Seattle ? Je décroche le téléphone et je sais qui c’est avant même de regarder par les trous de l’écouteur. C’est l’emmerdeur à l’accent négro-cherokee qui me dit «Hey Baby, where you try to go to?». Putain c’est encore le guitariste inabouti qui veut me traîner à son spectacle où on est des tas de gens, au moins une dizaine, à se presser. Ce mec il veut pas piger qu’on va le voir juste par amitié. Et allez, on va encore avoir droit à Room full of mirrors. Il me donne rendez-vous sur Skype parce que selon lui Space Telecom c’est la ruine. Et là, il m’explique qu’il va sortir un nouvel album et qu’il vient au Maroc et qu’il aimerait bien que je l’accueille à l’aéroport de Casablanca-Essaouira. Ça y est, il a encore fumé. On va se faire repérer à l’aéroport, avec sa dégaine de clodo céleste shooté au Ketama-cobalt. Je lui demande s’il est sûr qu’il faut faire une chose comme ça, et qu’il va falloir qu’il travaille ses paroles et que l’auditeur n’est pas censé répondre à des questions oiseuses du type « Have you ever been experienced ?». Surtout si c’est pour recevoir aussitôt une réponse du type « Well, I have, let me proove it to you….. » juste avant de se faire envoyer à la façade un labyrinthe guitarique peuplé de fantômes. L’expérience mon frère, y en a pas pour les cafards qui vont pointer au bureau tous les matins. Alors continue de désaccorder ta guitare en murmurant Well I wish I was a catfish dès « les premiers rayons du nouveau s o l e i l levant»…

Finalement l’album The First rays of the New rising sun, ne sortira jamais, le black mâtiné de Sitting Bull est parti avant son deuxième séjour à Essaouira, et la jeunesse marocaine est restée saine, sauf les fois où de drôles d’énergumènes te sortent des phrasés de guitare complètement décalés-saturés de kafer b Llah même avec des guitares accordées. Et ces jeunes-là, on les retrouve en rade à Benguerir en train de hurler à la gare : Well I hear my train comin’…… Take me from this lonesome town…. Ou en nous faisant le bruit de fornication des dieux, voire en le disant carrément, « And the gods made love »… Et puis quoi encore ? Tu veux m’expliquer la création du monde avec une fender stratocaster qui ne pond que des fausses notes ? … Déjà que le contrôleur nous demande de montrer nos billets tous les 30 kilomètres. Pourtant on est normaux, hein, blancs quoi. Bien sûr qu’il y a des jeunes bien, polis, calmes, qui écoutent des musiques civilisées, comme Elton John, tiens, la meringue à double menton affaissée devant le piano. Mais il y en a tout de même quelques uns qui ont franchi les limites en scannant tout ce que le nègre-rouge a créé après sa reprise de Hey Joe. Ils savent que la grande perche habillée comme une cantatrice sur le retour n’a pas fait qu’Electric Ladyland, Axis : Bold as love, Band of Gypsies ou The Jimi Hendrix Experience. A ceux-là je pose une question : dans quel morceau le peau-rouge foncé exécute trois intros à la file… Vous connaissez, vous des musiciens qui vous donnent trois intros pour le prix d’une ? Non ? Ecoutez Catfish blues, alors. Vous connaissez, vous des guitaristes qui font la guitare, la basse, la flûte et le piano dans le même morceau ? Ecoutez And the moon turns the tide gently away, ou demandez à Nguyen Lê ou Adil Rizqi. J’attends encore à l’aéroport, mais je sais que le Cherokee grimé en Chuck Berry psychédélique ne viendra, pas, j’ai ce sale pressentiment depuis 1971. Va falloir lui trouver un remplaçant, et ça, à Casa, à la dernière minute, ça va être dur. Mais le Tremplin peut le faire. Fall mountains, just don’t fall on me…. And now, if you excuse me I must be ooooooon my waaaaaaaay…. Tonton


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40 citations

qui ont fait l’esprit peace and love, avant, pendant et apres le woodstock 69. l’un des plus célèbres slogans du mouvement anti-guerre mené par le couple John Lennon et sa compagne Yoko Ono. Millions of mind guerrillas... Raising the spirit of peace and love, not war. Des millions de guerrillas mentales… Nourrissent l’esprit peace and love, Pas celui de la guerre. Tirée de «Mind Games», nom du morceau et de l’album sorti en 1973 de John Lennon. We all want to change the world. On veut tous changer le monde

John Lennon Imagine no possesions, I wonder if you can, No need for greed or hunger, A brotherhood of man, Imagine all the people Sharing all the world. Imaginez un monde sans propriété, Je me demande si vous pouvez, Nul besoin, ni avidité ni faim, Tous dans la fraternité, Imaginez tous les hommes, Partageant le monde entier.

Tirée de «Revolution» la première chanson politiquement engagée que les Beatles aient écrite. War is over if you want La guerre est finie, si vous le voulez. «Happy Xmas», une protestation contre la guerre du Viet Nam. Cette chanson est devenue au fil des ans un classique des standards de noël.

Bob Dylan

How many years can a people exist before they’re allowed to be free?

De l’indétrônable «Imagine» de l’album du même titre, sorti en 1971. Hymne à l’utopie, à un monde meilleur, un monde parfait.

Combien d’années un peuple doit-il exister avant d’avoir le droit d’être libre ?

Love is all you need.

All we are saying is give peace a chance.

Extraite de «Blowin’ in the Wind» (1962), l’un des premiers et plus célèbres morceaux teintés d’activisme de Bob Dylan, adopté en slogan et chanté par les étudiants dans les campus. Who is not busy borning is busy dying.

Tout ce qu’on dit c’est de donner une chance à la paix.

Celui qui n’est pas occupé à naître est occupé à mourir.

«Give Peace a Chance» est un appel à la paix, écrit pendant la guerre du Viet Nam. Le titre du morceau est

Que dire de plus sinon que la devise de Bob Dylan reste un

L’amour est tout ce dont tu as besoin. Extraite de la chanson «all you need is love», sortie en 1967. Elle était presque prédestinée pour devenir un mot d’ordre hippie.


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mode de vie suivi par des millions de personnes à travers le monde. You don’t need a weatherman to know which way the wind blows Pas besoin d’un météorologue pour savoir dans quelle direction souffle le vent. Lire entre les lignes : Tout le monde le voit. La révolution est imminente.

Jim Morrison

The most important kind of freedom is to be what you really are. You trade in your reality for a role. ...You give up your ability to feel, and in exchange, put on a mask.

La plus importante des libertés, c’est d’être ce que tu es vraiment. Si tu acceptes de jouer un rôle, tu renonces à ce que tu ressens et portes un masque en échange. Tirée d’une interview de Jim Morrison, l’homme sans masque. There can’t be any large-scale revolution until there’s a personal revolution, on an individual level. It’s got to happen inside first. Jim Morrison Il ne peut pas y avoir de grande révolution avant une révolution personnelle, à un niveau individuel. Cela doit d’abord se passer intérieurement. Tirée de l’interview de Jim Morrison, (Ten Years Gone par la journaliste Lizze James pour Creem Magazine - 1981). L’homme révolté.

James Brown Get Up, Get Involved, Get Into It

Lève-toi, implique-toi, entre dans le mouvement. Titre d’une chanson de James Brown sortie en 1971. But I say we won’t quit moving, Until we get what we deserve, […] We’d rather die on our feet than keep living on our knees

Nous ne cesserons d’agir que lorsque nous obtiendrons ce que nous méritons. […] Nous préférons mourir debout plutôt que continuer à vivre à genoux. 1968, James Brown balance son slogan. Tagué sur les murs des ghettos, imprimé sur les T-shirts et repris dans la presse, le message est passé. Le black power est né.

Jimi Hendrix

Purple Haze all in my brain, lately things don’t seem the same. Actin’ funny but I don’t know why. ‘Scuse me while I kiss the sky. La purple Haze (une variété de cannabis de couleur pourpre) inonde mon esprit, dernièrement les choses ne semblent plus les mêmes. C’est drôle, mais je ne sais plus pourquoi. Excusez-moi quand j’embrasse le ciel. «Purple Haze» de l’album Are You Experienced (1967), considéré comme une apologie des drogues par certains. Jimi Hendrix s’en était pourtant défendu lors d’une interview. Music doesn’t lie. If there is something to be changed in this world, then it can only happen through music. La musique ne ment pas. Si quelque chose doit changer dans ce monde, ça n’arrivera qu’à travers la musique. I try to use my music to move these people to act J’essaie d’utiliser ma musique pour pousser ces gens à agir. Music makes me high on stage, and that’s the truth. It’s like being almost addicted to music. La musique me fait planer sur scène et ça, c’est la vérité. C’est presque une dépendance.

Timothy Leary

Women who seek to be equal with men lack ambition Les femmes qui cherchent l’égalité avec les hommes manquent d’ambition. Turn on, tune in, drop out Intéressez-vous à ce qui se passe, faites-vous une opinion et laissez tout tomber après. Slogan créé et popularisé par Timothy Leary qui encourage la contestation et la libération.


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Think for yourself and question authority

Ken Kesey

You’re either on the bus or off the bus. Pensez par vous-même, et remettez en cause l’autorité.

Tu es soit dans le bus, soit en dehors du bus

Tirée de “Sound Bites from the Counter Culture” (1989) un livre écrit par le psychologue Timothy Leary spécialiste des drogues et de leurs diverses utilisations.

Reprise dans le livre “The Electric Kool-Aid Acid Test” de Tom Wolfe. Une longue chronique qui marque le commencement des années 70. Elle décrit les aventures et mésaventures du premier groupe psychédélique américain dans un long voyage à travers les états.

Bob Marley

Get up, stand up ! Stand up for your right ! Don’t give up the fight ! Levez vous, Luttez ! Luttez pour vos droits ! Ne laissez pas tomber le combat ! Tirée de «Get Up, Stand Up !», un appel à la population noire pour qu’elle se batte pour ses droits et ne se laisse pas faire. Ça sera la dernière chanson interprétée par Bob Marley le 23 septembre 1980 au Stanley Theater à Pittsburgh, Pennsylvania. Emancipate yourselves from mental slavery, None but ourselves can free our minds. Emancipez-vous de l’esclavage mental, Nous seuls pouvons libérer nos esprits.

Tirée de «Redemption song», considérée comme l’une des œuvres majeures de Bob Marley, que dire de plus…

The Moody Blues

I’m frightened for your children, that the life that we are living is in vain. And the sunshine we’ve been waiting for Will turn to rain J’ai peur pour vos enfants que nous ne menions cette vie (ce combat) en vain. Et que le soleil tant attendu se transforme en pluie. Tirée du single «The Story in Your Eyes» des rockeurs anglais The Moody Blues. Somebody exploded an H-bomb today, but it wasn’t anybody I knew. Quelqu’un a fait exploser une bombe-H aujourd’hui, mais ce n’était personne que j’aurais pu connaître. Tirée de la chanson «Dear Diary».

Joseph Gallivan

Old hippies don’t die, they just lie low until the laughter stops and their time comes round again. Les vieux hippies ne meurent pas, ils attendent juste que les rires cessent pour que leur temps revienne. Extraite d’une chronique de Joseph Gallivan, journaliste anglais de The Independent.

Mark Twain

Whenever you find yourself on the side of the majority, it’s time to pause and reflect. A chaque fois que tu te retrouves du côté de la majorité, c’est le moment pour toi de prendre une pause et réfléchir. Une citation de l’écrivain Mark Twain qui a été reprise dans les 70’s par les yippies.

Chet Powers/Youngbloods C’mon people, now smile on your brother, ev’ry-body get together, try to love one another right now. Chet Powers/Youngbloods

Venez tous, maintenant Souriez à vos frères, Soyez unis, Et essayez de vous aimer. Maintenant. Tirée de la chanson «Get Together», un appel à la paix et la fraternité à travers le monde, sortie en 1960. Elle traite de la dualité amour versus peur et des choix que chacun doit faire.

Abbie Hoffman

Avoid all needle drugs. The only dope worth shooting is Richard Nixon. Évitez toutes les drogues qui s’injectent. La seule dobe qui mérite le shoot est Richard Nixon. Cette phrase contient un jeu de mot. Shooter signifie se droguer mais aussi tirer, tuer.


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Paul Kantner

Stevie Wonder

Si tu peux te souvenir des 60’s, c’est que tu n’y étais pas.

Vous causerez la chute de votre propre pays.

If you can remember the ‘60s, then you weren’t there.

Paul Kantner est l’un des membres fondateurs du Jefferson Airplane et une icône du mouvement hippie en Californie dans les années 70. Lui est toujours en vie…

Eldridge Cleaver

If you’re not part of the solution, you’re part of the problem. Si tu ne fais pas partie de la solution, tu fais partie du problème Extraite du livre «Soul on ice» (1978), de Eldridge Cleaver membre des black panthers. Catégorique mais vraie !

Janis Joplin

Don’t compromise yourself. You are all you’ve got. N’acceptez aucun compromis. Vous êtes tout ce que vous avez. Janis Joplin, chanteuse rock hors du commun, égérie des sixties. Première femme de l’histoire du rock.

Curtis Mayfield We’re Rolling On On avance ! Elle fait partie des chansons qui ont donné à beaucoup de gens et d’organisations de droits civils, l’espoir et la force d’y croire.

Nina Simone

You’ll cause your own country to fall Prophétie de Stevie Wonder dans la chanson «Big Brother» (1972), qui prêche un militantisme certain mais pacifiste.

Jerry Rubbin Do it

Fais-le Titre du livre de Jerry Rubbin à la fois le manifeste, l’épopée, le manuel et la BD du mouvement yippie. Do it est une synthèse entre le courant ‘yippie” et le gauchisme des jeunes révolutionnaires blancs américains. L’expression a été récupérée à des fins commerciales pour devenir «Just do it» et vendre...des baskets. Le secret du mythe yippie, c’est qu’il est absurde. Son préambule officiel est une feuille de papier vierge. Tirée de “Do it” de Jerry Rubbin.

Freewheelin’ Franklin

Dope will get you through times of no money better than money will get you through times of no dope. La dope vous fera dépasser les moments sans argent, mais l’argent ne vous fera pas dépasser les moments sans dope. Une réplique de Freewheelin’ Franklin dans Les Fabuleux Freak Brothers (titre original : The Fabulous Furry Freak Brothers), l’un des trois personnages hippies principaux de la BD underground, créée par l’artiste américain Gilbert Shelton en 1968.

Do things gradually, and bring more tragedy.

auteurs Inconnus

Agissez graduellement et vous provoquerez d’autres tragédies.

Faites l’amour, pas la guerre

Extraite du titre «Mississippi Gottham» (1964).

Willie Hightower

Time Has Brought About A Change. Le temps a amené du changement. Premier single de Willie Hightower sorti en 1970.

Make Love, Not War

Sans doute le plus universel des slogans pacifistes, repris à volonté dans toutes les révolutions soixante huit’ ardes que ce soit aux USA ou en France. L’auteur en est inconnu.


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Bande de Freaks The Fabulous Freak Brothers, ou quand le comic books se transforme en manifeste idéologique. Ces personnages de bande dessinée underground créés par Gilbert Shelton en 1968 représentent tout l’esprit de Woodstock : frondeurs, satiriques et irrévérencieux. Hier subversive, aujourd’hui culte, la BD narre les péripéties des Freak Brothers, trois frangins en quête perpétuelle de drogues et jouant à cache cache avec la police. Les histoires, qui débutent normalement, finissent dans la folie et le surréalisme les plus complets. Satiriques au possible, ses planches made in US se moquent de l’establishment conservateur et des politiciens républicains, présentés comme corrompus, incompétents, ou les deux à la fois. Omar Mrani


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Que reste-t-il de nos raves ? 1969. Jimi Hendrix chante «The Star spangled Banner». L’Amérique vacille. C’est la grosse pagaille. Viet-Nam, Moyen Orient, Afrique… tout le monde tape sur tout le monde. Pendant ce temps-là, 500.000 personnes convergent vers Woodstock. Des vagabonds célestes prennent la tangente et réinventent un autre monde. Un monde sous acide. Un monde où tout le monde est kif kif. C’est l’euphorie, les fumées opaques et les envies d’ailleurs. Les potes rappliquent en masse. Jefferson Airplane, Joe Cooker, Zappa, Dylan, Hendrix, Grateful Dead, The Doors… ils sont tous là. Entre Woodstock et l’île de Wight, le chemin est court. Alors, bras dessus, bras dessous, on jette les bases d’une nouvelle manière de voir les choses, on parle de pacifisme, d’écologie, de libération sexuelle, de féminisme. C’est l’ère de l’insouciance et de la spontanéité. On veut tout et tout de suite, paix, justice, amour, nature, liberté… Et puis, les années passent. Et tout s’estompe, comme par magie. On se met à douter. On passe des hippies au rock, du rock au mélange des genres. Les années passent, et ceux qui tiennent le coup durcissent le ton, deviennent plus destroy. La contre-culture se la joue rétro, les babas cools se tondent les tifs et donnent le ton. Désormais, c’est No Future. Fini les douces nuits sous acide, l’époque des dealers rois, les squats délabrés. Le rideau est peut-être déjà tombé sur nos rêves. Les chantres de la contre-culture sont sommés de rentrer dans les rangs. Les héritiers du flower power ont changé de look. On nous tient un autre langage. On nous parle

de croissance, de PIB, de FMI. Des experts au cœur froid nous expliquent le réchauffement de la planète. Les ayants-droits de Woodstock n’ont plus rien à voir avec les ainés. L’insouciance a disparu. On a érigé de nouvelles règles. On a inventé le confort à crédit et intronisé le pouvoir d’achat. On a tout simplement changé de siècle. Et c’est une nouvelle ère qui commence. Celle des années fric et de l’entrepreneur héros, des années strass et des stars kitsch. Le langage pub, relayé par des médias envahissants, tient lieu de vision du monde. Le système récupère ce qu’il peut, éradique votre identité et vous prive de votre être. On s’adapte ou l’on meurt. Rien de bien grave. Mais voilà, c’est fini les cônes d’encens, les senteurs d’ambre et de patchouli. Le système avale et digère tout. Rangez vos shiloms ! Goa et recyclée, Katmandou est détruite. Les privilégiés continuent de vivre de la misère du monde. Et, aujourd’hui encore, tout le monde tape sur tout le monde. Au fait, les sixties, c’était un début ou une fin ? Et Woodstock ? Un simple effet de mode ? Une folie passagère ? Najib Tadli


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Portrait

Henri Belolo

Mister Boogie Man Par Omar Mrani

L’épopée fantastique d’un Casablancais, «weld derbna», qui a marqué de son empreinte l’industrie mondiale du disque. Henri Belolo a littéralement inventé la Dance Music.


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Qui pourrait se douter que derrière les plus grands titres diffusés sur les ondes de la planète, se cache un natif de Casablanca ? Et pourtant, c’est bien à Henri Belolo, de l’arabe «fils de perle», Juif marocain de Dar Beida, parti à la fin des années cinquante tenter sa chance en Europe, que l’on doit Y.M.C.A», «Brazil», «I love to love», «la Bomba», «Freed from desire»… Etonnant et surprenant ! Ce génie des tendances musicales a construit en l’espace d’un demi-siècle, un empire de l’industrie du disque avec plusieurs centaines de millions d’albums vendus de par le monde. Le secret de sa réussite ? Une oreille affûtée et la constance avec laquelle, cinquante ans durant, il a décelé les nouveaux courants musicaux et inscrit ses découvertes dans les «charts» du monde entier, au point que rares sont ceux qui ne connaissent au moins une de ses productions.

De Casablanca à Broadway Los Angeles, mai 2009. Dans un grand auditorium, Jamie King, le chorégraphe star de Madonna, Britney Spears, Céline Dion et autres grosses pointures de la pop musique passe des auditions pour comédie musicale, prévue pour 2010 à Broadway: «Go WestAn American Disco dream». Pour Henri Belolo, ce spectacle représente l’aboutissement d’une carrière. Tous les groupes et artistes qu’il aura produit seront réunis sur la même scène pour raconter une histoire : son histoire ! Les Ritchie Family, Village People, Eartha King, Patrick Juvet, Break machine, Cher et autres têtes d’affiche, seront là pour interpréter les titres qui ont fait leur gloire. Tous ont un point commun : ils doivent beaucoup à Mister Belolo. Assis dans l’auditorium, Henri suit discrètement les répétitions. Aujourd’hui, ses souvenirs prennent le dessus sur sa concentration. Et ils le conduisent ailleurs, à Casablanca : là où tout a commencé…

Les années Barclays Nous sommes en 1950, à Casablanca, dans la demeure des Belolo au 4, rue Branly. Le jeune Henri, 14 ans, rentre de cours. Après le goûter, sa mère lui demande d’aller faire ses devoirs. Sauf qu’Henri préfère s’adonner à son passe-temps favori : écouter à la radio les disques que passe Wolfman Jack, célèbre animateur de la chaîne émettant de la base navale américaine de Port Lyautey. «Ces radios américaines ont été l’élément déclencheur de ma vocation» se souvient Belolo. «Dès le milieu des années 40, avant la France, on découvrait la soul noire américaine». Les Marocains ont très vite été réceptifs à cette musique pétrie d’âmes et de rythmes, faisant écho à leur propre tradition musicale. Le phénomène prendra de l’ampleur et les années 50 verront éclore toute une scène de jeunes musiciens épris de Jazz et de Rock&Roll. Une kyrielle de «

Dancing» et de boîtes de nuit ouvrent -«Le Zoom Zoom», «L’abreuvoir», «Le Deauville », «le Village»...et la jeunesse se met au diapason des dernières tendances culturelles venues d’outre-Atlantique. Casablanca prend des airs de ville américaine avec son style art-déco et son aspect de nouvel eldorado. C’est la Dolce Vita, un vent de liberté qui souffle sur la ville et une activité trépidante qui s’en empare tous les week-ends. «Dès le milieu des 50’s, des artistes de renommée internationale viennent se produire à Casa. Je me souviens d’un concert de James Brown aux Arènes à la fin des années 50. Le stade était plein à craquer», raconte Belolo. C’est dans cette ambiance d’effervescence que le jeune Henri, 20 ans et une énorme soif de vie, s’installe à Paris. Un des trucs qui lui plait le plus pendant ces années d’étudiant, c’est d’aller faire un tour au Juke Box de l’avenue Friedland. Un jour qu’il vient de glisser une pièce pour jouer un morceau d’Otis Redding, quelqu’un lui tape sur l’épaule. Henry se retourne. C’est Eddie Barclay. «Dis donc petit gars, ça fait un moment que je t’entends jouer des morceaux du jukebox et chaque fois c’est des super choix de musique». Henry ne sait pas qui est Eddie Barclay, mais très vite les deux hommes sympathisent. Ils partagent tous deux la même passion : la soul music. «Eddie est à l’époque le représentant exclusif des meilleurs labels américains de Jazz et de Rock&Roll. Six mois après l’avoir rencontré, j’étais de retour à Casablanca pour ouvrir un bureau de représentant Barclays Records. Nous sommes en 1959 et ma carrière débute». Le bureau s’appelle «Camera 10» et se situe en face d’un petit lycée non loin de la place Verdun. Très vite, Henri comprend que la meilleure pub pour un disque est d’être entendue par le plus grand nombre. Il décide alors d’alimenter en disques la chaîne Radio Maroc et fournit les animateurs les plus en vue. Il fait aussi le


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tour des boîtes de nuit et offre les disques qu’il juge être des tubes potentiels. Henri fait aussi le tour des grandes villes du Maroc pour placer ses petits bijoux. Comme les bandes vidéo promotionnelles n’existent pas encore, il faut trouver des dates pour les artistes afin de faire connaître leurs chansons. C’est ainsi qu’Henri devient manager de tournées pour les artistes qui viennent se produire au Maroc : Eddy Mitchell, Charles Aznavour, Lionel Hampton, Jacques Brel... Durant les années 50, il est le représentant des principaux majors de l’époque : Barclay, bien entendu, mais aussi Bel Air, Atlantic, Motown... Il produit pour Polydor deux albums de Randy Weston qui vient de découvrir le Maroc, le son des gnawas, et qui ne quittera plus le pays. C’est aussi à cette époque qu’un jeune artiste fraîchement signé par Barclays vient faire son tout premier récital au Maroc : Hugo Frey. Sa chanson «Santiago» deviendra par la suite un des plus grands tubes de l’histoire du disque en France. Hugo se lie d’amitié avec Henri et, une fois rentré à Paris, Hugo Frey n’en finit pas de faire l’éloge de ce jeune promoteur marocain auprès de la maison de disque Polydor. D’autres artistes tels qu’Aznavour et Nicoletta lui emboîtent le pas. Belolo est alors débauché par Polydor pour venir prendre en charge la fonction de Directeur artistique à Paris.

Paname, paname, paname A peine débarqué chez Polydor, Henri déniche un jeune talent : Georges Moustaki. Il s’occupe de la production

de son album «Le métèque». Résultat des courses : deux millions d’exemplaires vendus et 4 millions de 45 tours. C’est un carton. «Les gens de Polydor n’en revenaient pas !» s’esclaffe Henri. La même année, Henri produit un autre inconnu : Serge Regianni. Deux millions et demi d’albums de l’artiste sont vendus. Le petit Marocain commence à se faire connaître sur la place. Avec Serge, il fait la rencontre de Jacques Prévert. Tous deux lui demandent des poèmes qu’ils mettront en musique pour les chansons de Reggiani mais aussi pour une certaine Jeanne Moreau pour qui Henri produit «J’ai la mémoire qui flanche». On s’en souvient très bien… Belolo signe, à tour de bras, des jeunes talents pour Polydor. En même temps, il s’occupe des Bee Gees, amène James Brown pour la première fois en concert à l’Olympia, s’occupe aussi d’artistes venus des mêmes horizons que lui : Salim Halali, l’auteur à succès de «Dour biha Chibani»et de «Sidi hbibi». Belolo est de plein pied dans la frénésie musicale de la France d’après-guerre. A 30 ans, il est nommé président de Polydor, et à 32 ans, il est le plus jeune directeur de Major en France. Mai 68, Henri est à Paris lorsque les pavés commencent à voler au-dessus des têtes. Il sent que le vent tourne. Un vent contestataire qui souffle fort et emporte tout sur son passage. S’en est fini de la jeunesse bien propre sur elle qui écoutait du twist en buvant de la limonade. C’est à une véritable révolution culturelle que l’on a à faire. En 72, la direction de Polydor lui


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propose de devenir président de l’antenne en Amérique du sud. Il refuse, démissionne, et monte son propre label: Carabine Music. Ce sera la première société indépendante de production en France. Aznavour, avec lequel il se lie d’amitié, lui offre ses propres bureaux rue de la Boétie. Un constat vient s’imposer à lui: en matière de musique, les gens aiment ce qui les fait danser. C’est décidé, Henri fera de la «Dance Music».

I love America En 1973, Henri commence à placer ses disques aux Etats-Unis. Jacques Morali, un jeune compositeur lui rend souvent visite. Henri perçoit en lui un mélodiste hors pair. Morali a une idée fixe en tête : réussir en Amérique. Henri lui propose un marché : «Composemoi un tube et je fais de toi une star aux Etats-Unis». Entre-temps Belolo fais des allers-retours entre Paris et New York afin d’y placer ses disques. Il y entend un nouveau son, frais et entraînant : le son de Philadelphie, plus communément appelé «The philly sound», toute une pépinière de jeunes musiciens afro-américains qui révolutionne les standards de la musique, avec à leur tête, Kenny Gamble and Leon Huff. Henri revient à Paris avec une idée de chanson pour Morali : revisiter un vieux standard de la chanson brésilienne. Ils s’envolent pour Philadelphie où Henri crée une société de prod: «Can’t stop productions». Belolo s’entoure des meilleurs musiciens, déniche un bon ingé son, passe un casting pour les chanteuses et loue le mythique studio «Sigma sound». Tout est en place pour que le génie de

Belolo opère. Ne lui manque que le nom du groupe : ce sera «The Richie family» en hommage à l’ingénieur du son Richie Rome. Le morceau de Morali est fin prêt. Il a pour titre «Brazil», une mélodie sud-américaine avec pour refrain : «Brazil, la la la la la la la la» sur des rythmes afroaméricains rehaussés de congas et de sons de pédales wah wah. Disco is born ! Belolo décide de faire le tour des radios new-yorkaises. Les résultats ne se font pas attendre. Les gens réclament la chanson et les ventes s’envolent. Cinq millions d’exemplaires écoulés dans les semaines qui suivent son lancement : c’est un carton ! Le Bilboard et le Record World, systèmes de classement des meilleurs titres musicaux, ajoutent dans leurs charts une section «disco» et naturellement, «Brazil» en est le premier numéro 1. Un deuxième titre est mis sur le marché, «Best Disco in Town» : 15 millions d’exemplaires. L’Amérique entière danse sur la disco de Belolo. Henri a tenu ses promesses : Morali est une star en Amérique. Suivront quatre albums des Richie Family. Rien que ça.


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My name is Belolo and I am from Casablanca

Belolo et Morali vivent maintenant à New York. Un jour qu’ils marchent dans Greenwich Village, le quartier «artistico-bohême» de la ville, ils remarquent un indien habillé en costume traditionnel de sioux. L’homme entre dans un bar. Henri et Jacques le suivent. A l’intérieur, l’indien, barman des lieux, discute avec un autre type, habillé en Cow-boy. Henri et Jacques se concertent. Une autre idée de génie émerge : pourquoi ne pas former un groupe composé de tout les modèles de l’Américain type ? Un Indien, un Cow-boy, un biker, un ouvrier de chantier et un policier. «Puisqu’on est au village, pourquoi ne pas les appeler les Village People?» Belolo organise un casting, choisit les membres du futur groupe tandis que Morali esquisse la mélodie d’un titre qui deviendra : «YMCA». Conscient de l’aspect quelque peu «original» et underground de ce nouveau groupe, Belolo décide, cette fois-ci, de ne pas passer par les radios. Il a repéré une boîte de prod’ de la côte ouest au nom très évocateur pour un marocain : «Casablanca Records». Ni une ni deux, il s’envole pour Los Angeles et prend rendez-vous avec le boss de la boîte. La veille de la rencontre, il décide de demander au Dj d’un des plus gros clubs de L.A. de jouer «YMCA». Quelques instants de flottements sur la piste, et le titre déchaîne la foule et le DJ le rejoue deux fois d’affilée. Belolo tient un hit. Après ce premier test concluant, Henri va voir Neil Bogard. Neil, de son vrai nom «Bogarovivtch» a changé son patronyme en hommage à «Casablanca», son film préféré. C’est aussi le nom qu’il a donné à sa boite de production, «Casablanca Records». Il a plusieurs artistes à succès à son actif, les fameux Kiss et Donna Summer. Il reçoit Belolo, ce jeune producteur étranger qui lui a promit qu’il ne sera pas déçu de la visite. La première chose que Belolo fait en entrant dans le bureau de Bogard est de lui montrer sa pièce d’identité. Dessus, à la mention «lieu de naissance : Casablanca», Bogard n’en revient pas. Il fait appeler tout son staff pour leur montrer «quelqu’un qui vient de Casablanca, la ville». Le staff est aussi éberlué que son patron. C’est là que Belolo joue «YMCA». Ils adorent : Casablanca Records représentera les Village People. Le disque est envoyé à tous les clubs et fait sensation. Les radios

relayent le buzz et mettent le titre en rotative sur leurs ondes. Le succès est au rendez vous. Et quel succès ! Aujourd’hui, le titre est inscrit au World Guiness book of records en tant qu’œuvre ayant été vendu à plus de 100 millions d’exemplaires, certifié par la société des auteurs américains en tant qu’œuvre ayant été jouée plus d’un million de fois sur les ondes américaines; VH1, la chaîne télé musicale classe le titre 7ème parmi les 100 meilleures chansons de dance du XXème siècle. Le reste fait partie de l’histoire. Etrange que les millions de disques vendus là-bas l’aient été sous le label «Casablanca records». Le destin ? «Sûrement» conclut, méditatif, Henri. Mais les 80’s annoncent une nouvelle ère. S’en est fini de l’insouciance de la période post-vietnam, de la relative croissance économique et de l’épanouissement des mœurs. Les temps changent et Belolo le sait. De nouvelles tendances musicales apparaissent. Une musique née au South Bronx, dans le ghetto newyorkais attire son oreille : le Hip hop. Henri signe «Les break machine» et sort leur titre «Street dance». La chanson fait un carton en France. Jacques Morali, le mélodiste magicien, est diagnostiqué positif au Sida. Il décide de rentrer en France où il décède peu de temps après. Henri le suit et se réinstalle à Paris. Il monte le label Scorpio Music et commence à prendre sous licence tous les disques de dance anglaise et italienne en commençant par le «High energy» d’Evelyne Thomas. Les 90’s le verront produire tous les morceaux en tête des charts : «What is love»,«Freed from desire», «No limit», «Plastic dreams», «Samba de janeiro», «la Bomba», «Suavemente», «I love Rock&roll», «Enamorame», «It’s like that», «Groove jet»… L’homme met en place une véritable usine à tube. La pâte du maître est identifiable. Aujourd’hui encore, on parle en France du «son Belolo». A ce jour, Scorpio Records continue son rythme de production, sortant chaque année de nouvelles pépites pour les clubs. L’entreprise est familiale. Aux cotés de Henri, ses deux fils et sa sœur. La relève est assurée. Les sessions de casting pour la comédie musicale à Broadway touchent à leurs fins. Henri les a suivi avec assiduité. Pourtant, il ne s’est pas rendu compte du temps qui s’est écoulé. Le souvenir est intact. Il est à nouveau chez lui, à Casablanca, rue Branly. Tout ouïe, devant son poste radiophonique, écoutant son émission préférée, émise de la base américaine du port Lyautey.


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YouTubate

la sElection 2009 H-Kayne

– Jil Jdid

http://www.youtube.com/watch?v=VVKKVuH9ns0&feature=related

On ne change pas une équipe qui gagne. H-Kayne ont, pour la 3ème fois, eu recours au talent de Khalid Douache, aka DJ Key, pour réaliser leur clip. L’homme à tout faire les a déguisés en médecins pour chanter Jil Jdid. Le thème ? Traiter avec humour et ironie de la nouvelle génération, celle de la Toile, MSN et autres technologies utilisées à toute fin abrutissante… C’est pro, innovant, original. A vos souris !

Darga

– Resisdance

http://www.youtube.com/watch?v=dkB6chBYc5U

«R’gadda Fox PITCURES présente R’ggada Crew in VCD Style». Non non, vous ne vous trompez pas d’adresse, c’est bien Darga qui s’éclate à tourner le clip de Resis’dance ! Avec leurs fausses moustaches et leur danse de l’épaule, on les croirait tout droit sortis de la cambrousse Marocaine ! Six minutes très drôles et très rythmées, où la Resisdance prend tout son sens.

Mayara Band

– Hali Gnawi

http://www.youtube.com/watch?v=rdXKcq5iAZ0&feature=related

Le premier single de Mayara Band est désormais en mouvement: les sept musiciens chantent et dansent Hali Gnawi, se prêtent avec spontanéité aux mouvements de caméra, balancent leur tignasse comme ils peuvent sur les rythmes des Krakeb pendant que leurs visages sont projetés sur les murs de la Medina… Stoon !


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Bizz2Risk feat. Hoba Hoba Khalid Haoussa Spirit – WCN

Style Booa

http://www.youtube.com/watch?v=NGyDLgME3k&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=-P9Z8Qns9Zc

Devant la caméra de Michelle Medina, Khalid, le chanteur de nos vénérés Haoussa et David, le Hoofer des Bizz2Risk, se prêtent à un joli échange verbal et musical. Style Booa, avec deux «o» parce qu’on prononce à la Marocaine, parle de ces gens qui changent de veste au moindre coup de vent, jonglant entre hypocrisie et schizophrénie… Ah et puis, précisons-le, aucun caméléon n’a été maltraité durant le tournage.

Mazagan

Les Hoba ont frappé fort. Le clip de Wakel Chareb Na3ess est un joli Western Mghribi. Réalisée par Hicham Lasri, la vidéo de la chanson en featuring avec Stati, le Master Of Kamanja, se passe dans le Far West of Ben Hmed… On y voit Rawyia, l’actrice la plus rock’n’roll du pays, repartir au bras du très bariolé Nike Chrajem… ça ne se raconte pas, ces choses-là, ça se regarde.

– Ya Labass

http://www.youtube.com/watch?v=oiSod8-qyRE&feature=related

Ce n’est ni une pub pour Knorr, ni pour Lesieur, ce n’est pas non plus un spot promotionnel pour les mille et une nuits… Ya Labass, clip décalé et Kitsch de Mazagan, reflète bien le mix Chaâbi-Groove du groupe… Tantôt habillés en rouge entre les nuages, tantôt armés de leurs instruments dans ce qui semble être un grand réfectoire, Mazagan et leur danseuse orientale s’éclatent. Un point c’est tout.


‫‪Juin 2009 //// P 70‬‬

‫برج ال�صوطة ‪ :‬اللي عندو مع حلمام و لفراخ‬

‫الفال‪ :‬غ حت�س �شوية بال�ضيم و لكن ‪ C’est Normal‬النجمة ديالك‬ ‫م�شات تنع�س ميعادنا العام اجلاي‬ ‫اخلدمة‪ :‬عوتاين؟‬ ‫! الفورمة‪ :‬ما تبقا�ش تنع�س بحوايجك‬

‫برج الربّاح ‪ :‬اللي زايد بني الع�رص و املغرب‬

‫الفال‪� :‬صايف طوي ال�صفحة‪ .‬باقي ليك بزاف د ال�صفاحي‬ ‫اخلدمة‪ :‬ما حدها تقاقي و هي تزيد فالبي�ض‪ .‬قلي ‪ ،‬طيب‪� ،‬صلق‬ ‫لفورمة‪ DAMA :‬ما�شي ريا�ضة‪� ،‬إال يْال كانت ‪ 10Kg‬فالبيدق‪.‬‬

‫برج املهراز‪ :‬اللي عندو مع الدواز‬

‫الفال‪� :‬سري راك غادي‪............‬ت�سطا‬ ‫اخلدمة‪ :‬ما والو ‪ ،‬غ قلّب على �شي خدمة خرى‬ ‫الفورمة‪ :‬طالعة هابطة‪ .‬احلاجة اللي ما ت�شبه موالها حرام‬

‫برج ال�سمن ‪ :‬اللي معقول‬

‫الفال‪ :‬غادي طيح ليك واحد خلامت فقادو�س‪ ،‬ما حتاول�ش تبعو‬ ‫اخلدمة‪ :‬عندك الزهر ل ‪ Patron‬غادي يخلي ليك �سوارت الدار و‬ ‫الطوموبيل (‪)Souvenir‬‬ ‫الفورمة‪ :‬حترك �شوية! لعب لْبي‬

‫برج ال�رشجم ‪ :‬اللي كيت�سلط على البحر‬

‫الفال‪ :‬جاياك �شي بركة‪ ،‬يا ديال الفلو�س يا ديال الع�صا‬ ‫اخلدمة‪ :‬باملهل كيتكال لْ (عَ ‪( Frite‬‬ ‫الفورمة‪ :‬وا تّا كول �آ �صاحبي‬

‫برج زعلوك ‪ :‬اللي زايد فال�صداع و الهرج‬ ‫الفال‪ :‬حاول تهرب هاد ال�شهر �إال بغيتي تبقى بخري‬ ‫اخلدمة‪ :‬خمدوم و احلمد هلل !‬ ‫الفورمة‪ :‬بَعّ د من لنب العبار و فرماج الدراري ال�صغار‬


‫‪Juin 2009 //// P 71‬‬

‫الت ْهالل‬ ‫روج َّ‬ ‫بْ ْ‬ ‫برج البري‪ :‬اللي زايد ف�سميقلي‬

‫الفال‪ :‬هذا وقتك! كوكب مار�س داخل ف كوكب رايبي‪ ،‬كاع حلالوة‪،‬‬ ‫ح�ضي مع �سنانك‬ ‫اخلدمة‪ :‬هائلة غري �سري طل على العائلة‬ ‫الفورمة‪ :‬ما فيها با�س �إال نع�ست مرة فال�سيمانة‬

‫برج املهبول ‪ :‬اللي زايد بالزغاريت‬

‫الفال‪ :‬غَ َّد َّو ْز ويكاند مْ ه َلّلْ فمراك�ش ‪ ،‬خا�صك‬ ‫غ ت�سيفط ل‪ 10000‬ل�شي واحد‬ ‫اخلدمة‪ :‬ما كينا�ش! اهلل يجيب‬ ‫الفورمة‪ :‬ما يبقا�شفيك احلال‪ ،‬غزز خيزو‬

‫برج النون ‪ :‬اللي عندو مع حلالقي و َحلالّقة‬ ‫‪.‬الفال‪ :‬الهم �إال كرث كي�ضحك و �أنت هاد ال�شهر غت�شبع �ضحك‬

‫اخلدمة‪ :‬وجد را�سك لواحد الإجتماع مع واحد ال�سيد عمرك ما‬ ‫�شفتيه ( فايق‬ ‫الفورمة‪ :‬نق�ص من بيبي و ح�ضي جنابك‬

‫‪Texte : Khalid Haoussa‬‬ ‫‪Illustration : Tarik Nadimi‬‬

‫برج امليدة ‪ :‬اللي زايد فيه‬

‫الفال‪ :‬ما تدير�ش ما تخاف�ش‪ ،‬و اللي خاف �شفنجة‬ ‫اخلدمة‪ :‬يا مْ غَ يزة يا خا�صها نغيزة‬ ‫الفورمة‪ :‬مطرطقة‪ ،‬ح�ضي مع العني‬

‫برج البزطام ‪ :‬اللي زايد فحالو‬

‫الفال‪ :‬هاد ال�شهر غادي تربع‪ !...‬بالدم‬ ‫اخلدمة‪ :‬غ حت�س ب�شي حاجة جاية و تقدر ما حت�س ب والو‪ ،‬املهم‬ ‫اخلدمة كاينة!‬ ‫الفورمة‪ :‬امل�سمن و الريجيم ما�شي ‪ Sûr‬بدّل‬

‫برج الطبل ‪ :‬اللي ما كيحمل�ش ال�شيبا‬

‫الفال‪ :‬غات�شوف واحد ال�سيد عزيز عليك و غادي يطلب‬ ‫منك ترد ليه فلو�سو اللي كيت�سالك‬ ‫اخلدمة‪ :‬جاياك خدمية زينة خ�سارة ما�شي فنف�س املدينة‬ ‫الفورمة‪ :‬ما تكرت�ش ال ِدّير الكر�ش‬


Juin 2009 //// P 72

POST GENERATION rim khalil

MALIH BENNANI

ADAM MOUTCHOU

En route Chez YASSIR et GHIZLÈNE

Né 01-03-2009 Chez HICHAM et OLIVIA

Né 05-09-2008 Chez RACHID et SAÂDIA

iness bella

aya hanine

NOHAM HAJJI

Née 14-06-2008 Chez SAID et WAFAA

Née 29-09-2008 Chez ADIL et SVETIE

Né 23-01-2009 Chez NADIR et YASMINE

SARA SLAOUI

NORA alLali

Saad LarakI

Née 24-11-2008 Chez SLAPS et SONIA

Tout juste née. Un 1er juin Chez REDA et LEILA

Née 01-04-2008 Chez DRISS et HELèNE


MERCI nus de nous avoir soute

S

LES

BE

LE

BI

UP A TO

US

G

N E VO

Merci à la préfecture de Hay Mohammadi, la Sureté Nationale, les Forces Auxiliaires, la Protection Civile, Lydec, Tecmed. Merci à tous les artistes qui ont gracieusement contribué à la réussite de cette édition. Merci à tous ceux qui ont prêtés argent, voitures, appartements...


JIF Tremplin L’Boulevard, 11ème édition Dimanche 31 Mai 2009, Abattoirs de Casablanca



lkounach