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Édition: Kosmopolis Rotterdam, numero 3, décembre 2012

PHOTOS

OTTO SNOEK

W W W . R U E D U M A R O C . N E T

RUE MAROC DU

Un project de Kosmopolis Rotterdam


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YESSIN RAHMOUNI

SAID ELAMRAOUI

ABDELBASSET ZAGHDOUD

LE PREMIER CAVALIER DE DRESSAGE AFRICAIN AUX JEUX OLYMPIQUES

JE VEUX DEVENIR L’AMSTELLODAMOIS DE L’ANNÉE

JE VENDS D’ABORD LE PAYS, PUIS LES OPPORTUNITÉS

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12 SAMIR BANTAL LES FRONTIÈRES SONT FAÇONNABLES

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13 BORRELNOOTJEZ

DES TRACES DANS LE LANGAGE DES JEUNES, À LA TÉLÉVISION ET SUR INTERNET

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LET’S GO URBAN À ANVERS, À BRUXELLES ET AU QATAR

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HAKIM JOUAHRI

SIHAM TIB

HODA HAMDAOUI

EXPERTISE NÉERLANDAISE ET OPPORTUNITÉS MAROCAINES

OBLIGÉ DE VOIR GRAND

DES HISTOIRES POSITIVES SUR LES MAROCAINS À L’INTÉRIEUR DU PAYS ET À L’ÉTRANGER

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SOUHAIB EL MOUSSAOUI DES MAROCAINS NÉERLANDOPHONES À TANGER

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ILHAME CHARIF

JE DEMANDERAIS AU ROI SI JE PEUX ENCORE LUI ÊTRE UTILE

25 KHALIL AITBLAL JE NE ME FIXERAIS NULLE PART AILLEURS

MOHAMED SAADOUNI LINGUISTE À TRAVERS LE MONDE

COLOPHON Rue du Maroc est une exposition photo d’Otto Snoek pour le compte de Kosmopolis Rotterdam. Photographie : Otto Snoek Conception exposition : Studio AZIZ, Aziz Bekkaoui Montage exposition : Klief / Rob den Dulk Conception presse et site Internet : Studio Beige Interviews : Abdelkarim el Fassi

SIHAME EL KAOUAKIBI

Impression : Jeroen Noordhoek, Fotovakprint Concept et production : Kosmopolis Rotterdam Conseil et collaboration : Atlas Bridges, Said Elamraoui Remerciement particulier aux personnes photographiées : Khalil Aitblal, Khalid Akouzdame, Said Elamraoui, Samir Bantal, Hamza Benmira, Ilhame Charif, Yassine Hajdaoui, Hoda Hamdaoui, Hakim Jouahri, Sihame el Kaouakibi, Souhaib el Moussaoui, Yessin Rahmouni, Mohamed Saadouni, Siham Tib, Yahia Yousfi, Abdelbasset Zaghdoud.

Merci aussi à : Kareem Ghazouni (Borrelnootjez), Rachid Atia (Atlas), Lieve Willekens (MAS) Rue du Maroc a été mis sur pied en collaboration avec : Le service Art et Culture de Rotterdam, le Fonds pour la Participation culturelle, l’Ambassade des Pays-Bas au Maroc, l’Ambassade de Belgique au Maroc, l’ONCF (réseau ferroviaire marocain), le Ministère chargé des Marocains résident à l’étranger, l’ONDA (aéroports marocains) Museum Aan de Stroom (MAS Anvers)

AtlasBridges

YAHIA YOUSFI

SI VOUS RÉUSSISSEZ AU MAROC, VOUS POURREZ RÉUSSIR DANS TOUTE L’AFRIQUE DU NORD


RUE MAROC DU

Ce sont des chefs d’entreprise, des créateurs de mode, des sportifs, des artistes et des scientifiques, nés de parents marocains et réels citoyens du monde. Dans Rue du Maroc, Otto Snoek braque son appareil photo sur 14 Marocains nés ou élevés aux Pays-Bas ou en Belgique. Grâce à leur plurilinguisme et à la connaissance de plusieurs cultures, ils voyagent tout naturellement entre différents pays, différentes cultures et différents mondes. Par conviction, ils troquent la sécurité des Pays-Bas contre l’aventure et les opportunités que représentent Casablanca, Anvers ou le Qatar. Avec la structure et le bon sens néerlandais, ils voient de grandes opportunités dans le business florissant de l’immobilier, de la mode, du divertissement et du sport au Maroc. Le plus remarquable est leur implication sociale : ils se sentent impliqués dans la communauté tant aux Pays-Bas ou en Belgique qu’au Maroc. Grâce à leur talent, ils veulent apporter quelque chose à la société dans laquelle ils ont grandi ou à laquelle ils se sentent liés.

C’est la raison pour laquelle ils organisent des programmes de débat tant aux PaysBas qu’au Maroc ; ils souhaitent attirer un nouveau public dans les théâtres grâce à une offre plus vaste ou encore remporter des médailles olympiques pour le Maroc. De plus, le Maroc n’est pas seulement le pays de leurs parents. Il est important pour leur identité et leur vision de l’avenir. « B. Obama ne nie pas être noir ! », exprime une des participantes. Rue du Maroc est la troisième exposition d’une série reprenant des photos d’Otto Snoek sur le transnationalisme. Tout comme Turkishconnections et SuriNedwerk, Rue du Maroc représente en image les histoires des jeunes générations de Néerlandais avec un passé migratoire. Otto Snoek fait un zoom sur le côté communautaire de leur vie, ce qui les égratigne, leurs carrières bien tracées, l’aventure inattendue et les obligations autoimposées. Ses séries de photos donnent un aperçu du monde dynamique fait de grandes villes, comme un échantillon de demain. À partir du 15 septembre, Rue du Maroc sera visible sur Schouwburgplein à Rotterdam. Puis, l’exposition voyagera dans plusieurs villes du Maroc. Elle s’achèvera en septembre 2013 au MAS à Anvers.

OTTO SNOEK

« LES MAROCAINS SONT OUVERTS À TOUT » Le photographe Otto Snoek a un faible pour le Maroc. Il est né quand il a travaillé à divers reportages sur le Maroc avec le correspondant NRC, Steven Adolf. Le Maroc lui est revenu en image lorsqu’il a mis sur pied, pour Kosmopolis, les expositions photo Turkishconnections et SuriNedwerk. Pour la troisième exposition de cette série, Rue du Maroc, Otto a commencé à Amsterdam, est passé par Amersfoort, Rotterdam, Anvers et Tanger pour finir à Casablanca. Il a demandé à Aziz Bekkaoui de devenir le directeur artistique de l’exposition. « Aziz présente l’enthousiasme que je souhaite refléter dans la forme de l’exposition. Il représente tout le tempérament que j’associe au Maroc. Grâce à ma collaboration avec Aziz, nous avons laissé de côté l’aspect formel pour nous concentrer sur l’émotionnel. » Otto préfère considérer ses portraits comme des projets indépendants, mais, lorsqu’il a comparé les jeunes générations de Turcs, Surinamiens et Marocains, il a remarqué certaines choses. Ainsi, pour les participants à Rue du Maroc, la région d’origine de leurs parents ne joue presque aucun rôle, contrairement aux Turcs et aux Surinamiens. De même, aucun participant ne semblait voir d’inconvénient à être photographié. Ils n’ont pas du tout été dans la retenue suite à la présence du photographe ; ils se sont laissé photographier très simplement. Ainsi, les plus de 100 photos de Rue du Maroc présentent les activités actuelles des participants ; les histoires illustrent la volonté et le potentiel des jeunes générations à réussir partout. Et c’est le cas notamment des personnes photographiées dans le cadre de Rue du Maroc. Preuve en est, par exemple, avec Souhaib qui, pendant des vacances au Maroc, a décidé de rester travailler à Tanger. Mais aussi avec Samir, qui a quasiment parcouru le monde entier et qui, actuellement, crée une maison dans les montagnes du Brésil pour un ami photographe. Et que dire de Siham qui fournit ses créations de mode à la maison royale d’Oman et à la femme du président de l’Indonésie. Rue du Maroc présente toutes sortes d’histoires particulières de Marocains qui mènent une vie transnationale ne se limitant plus au pays d’origine, à un seul lieu de travail ou une seule résidence. « Chaque candidat avait ses propres rêves, son propre ‘moteur’. Les uns voient grand, les autres sont grands. Ils sont ouverts à tout et sont de véritables cosmopolites qui voient le monde comme un terrain de jeu. »

WERELDWIJDWERKEN.NET Si lieu de naissance et lieu de résidence ne se confondent plus et si études, emploi et loisirs nous emmènent vers des lieux différents, les notions de culture et d’identité prennent un autre sens et une autre dimension. Les participants à trois projets photo sur le transnationalisme changent avec aisance de pays, de culture et de langue. Ils se dépassent eux-mêmes et dépassent les frontières terrestres pour faire du monde leur terrain de jeu. Le site Internet wwww.wereldwijdwerken.net emmène discrètement le visiteur à travers les histoires des origines surinamiennes, turques et marocaines. Il est question d’émigration (retour au pays), de réseaux professionnels, de liens familiaux et d’amour des voyages. Ainsi, chacun a ses propres raisons et motivations pour vivre et travailler à travers le monde. Les histoires de Rue du Maroc, SuriNedWerk et Turkishconnections sont la base du site Internet, incluant un programme pédagogique, composé par Nora Kasrioui. Elle aborde le thème du transnationalisme à

l’aide de missions, d’exemples de sa propre expérience, d’une étude actuelle et d’une visite de l’exposition Rue du Maroc. Le programme pédagogique établit également une relation avec la vie des étudiants. Dans quelle mesure sont-ils transnationaux et en ont-ils conscience ? Le programme pédagogique « travailler dans le monde » est destiné aux élèves du secondaire professionnel préparatoire (vmbo – dès la 3e année), du secondaire professionnel (mbo) et de l’enseignement professionnel supérieur (hbo). Le module pédagogique est téléchargeable gratuitement sur www.wereldwijdwerken.net . Les établissements scolaires de Rotterdam peuvent demander des conférences de présentation. Ces présentations sont réalisées par Nora Kasrioui entre septembre et décembre 2012. Si vous désirez faire appel à ce service, veuillez prendre contact avec Kosmopolis Rotterdam via a.azzouzi@kosmopolisrotterdam.nl


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YESSIN RAHMOUNI

LE PREMIER CAVALIER DE DRESSAGE AFRICAIN AUX JEUX OLYMPIQUES Il qualifie l’étalon Floresco de char d’assaut, de bodybuildeur et de Ferrari des chevaux. Yessin Rahmouni (27 ans) a reçu ce cheval de la part de la princesse Lalla Amina, après avoir rencontré le roi du Maroc lors d’une ballade en jet-ski en eau libre. Yessin a attiré son attention, engagé la conversation et raconté ses trois rêves : représenter le Maroc, participer à un grand tournoi et remporter une médaille. Dix minutes plus tard, il recevait un appel lui demandant s’il pouvait se rendre au palais avec son CV dans les plus brefs délais. Un an plus tard, ses deux premiers rêves sont devenus réalité. Yessin : « lorsque vous avez la chance de pouvoir représenter votre pays de cette manière, vous vous devez de le faire. Sinon nous n’arriverons jamais à rien. » La passion de Yessin pour le sport équestre a débuté lorsqu’il a accompagné sa petite sœur à l’âge de

sept ans. Dans la rue, une petite fille lui avait proposé de monter à cheval avec elle. Yessin a été immédiatement conquis. Véritable fan, il s’est découvert un hobby qui ne le quittera plus jamais. À quatorze ans, Tommie Visser, dernier vainqueur du Grand Prix, a accueilli Yassin à bras ouvert en lui permettant d’utiliser tout son équipement. Peu de temps après, il pouvait également participer aux compétitions. Yessin : « le sport équestre est un sport presque inabordable pour quelqu’un

issu d’une famille ordinaire, mais les parents de Tommies m’ont offert les mêmes chances qu’à leur propre fils. Je leur dois beaucoup. » Bien que Yessin, né à Harlem, vive et s’entraîne aux Pays-Bas, il est toujours resté fidèle à son rêve de représenter le Maroc. Selon Yessin, certains ne le comprennent pas. « Mon choix pour le Maroc n’est pas un jugement de valeur. Je vis, je m’entraîne et je suis heureux aux Pays-Bas. Mais il est important

que le talent marocain soit reconnu et que le Maroc soit mis en avant. »

« Je vis, je m’entraîne et je suis heureux aux Pays-Bas. » Aussi imperturbable Yessin soit-il dans le cadre du dressage, il aime montrer une autre image à l’extérieur. Il affiche une opinion marquée et est socialement impliqué. Lorsque, suite à son contact avec la famille royale marocaine, Yessin s’est retrouvé dans l’émission « Pauw & Witteman », le présentateur Jeroen Pauw lui a laissé entendre qu’il avait volé la vedette avec son immense enthousiasme. « J’ai toujours eu ma propre opinion et, si j’en ai la chance, je la partage. Je ne sais pas si j’ai raison, mais au moins j’ose être honnête. » Un fait semble incontestable, quand Yessin fait quelque chose, c’est avec passion. Il vit pour le sport équestre et cela porte de plus en plus ses fruits. Cette année, son frère et sa grandmère le verront, pour la première fois, poursuivre son troisième rêve. Dans tous les cas, il a été le premier dresseur africain à se qualifier pour les Jeux olympiques.


SAID ELAMRAOUI MA MISSION C’EST DE PROMOUVOIR LE MAROC Avec son entreprise Atlas Bridges, Said Elamraoui (38 ans) est passé, en huit ans, du statut de biologiste sans emploi à celui de chef d’entreprise international couronné de succès. Un chef d’entreprise qui a récemment acquis, avec fierté, la nationalité néerlandaise et qui ne cache pas son ambition de devenir l’Amstellodamois de l’année. Pourquoi ? « Car je veux montrer que l’on peut, en grande partie, se construire une carrière soimême. Ce n’est pas pour la récompense, mais pour le processus qui m’y a mené. » Avant que Said ne décide, à trente ans, d’aller étudier la physiothérapie aux Pays-Bas, il avait déjà parcouru pas mal de kilomètres. Un migrant dans son propre pays : c’est ainsi que Said décrit son choix d’aller étudier pendant quatre ans dans la petite ville de Mohammedia. Il y a obtenu son diplôme, est revenu dans la maison parentale, mais n’a pas pu y trouver d’emploi. Vu que son frère vivait aux Pays-Bas, il a pu obtenir un visa d’étudiant.

Très rapidement, il a appris le néerlandais et a subvenu à ses propres besoins pendant ses études. Conformément à la loi, il ne pouvait pas travailler plus de dix heures par semaine. Il a donc commencé à organiser des voyages d’études pour ses condisciples. Par intérêt et par nécessité, les groupes cibles et les activités sont devenus de plus en plus vastes. Actuellement, en tant qu’accompagnateur diplômé, il se rend sept à huit fois par an au Maroc. En outre, il organise des voyages familiaux et individuels ainsi que des circuits pédestres et

cyclotouristes. À l’avenir, il souhaiterait également accompagner des sportifs de haut niveau. Le Maroc est, par exemple, connu pour ses parcs de marathon, notamment à Ifrane. Le marché néerlandais ne le sait pas encore et cela doit changer rapidement. Grâce à ses études en biologie, Said a également développé un intérêt hors du commun pour la thérapie orientale. Il organise des voyages au Sahara où les clients, accompagnés d’un médecin, sont enterrés dans le sable chaud. « Les personnes souffrant de rhumatismes

ressentent notamment un soulagement et un regain d’énergie après la thérapie. » Les amateurs de médecine alternative réservent souvent un voyage auprès de Said. Même si, pendant quinze ans, Said a déjà énormément voyagé au Maroc, il n’a pas encore découvert le pays dans son ensemble. Le Maroc est le pays par excellence pour découvrir toutes les saisons. Le Maroc offre également une grande variation de paysages. On y retrouve des plages, des déserts, des montagnes, des bois, des rivières, de la neige et des vallées. En outre, le Maroc est riche au niveau gastronomique et culturel. Les chefs d’entreprise peuvent trouver de nombreuses opportunités dans ces secteurs. Said – personnage introverti de prime abord – est un initiateur qui, avec ses multiples projets, peut être qualifié de constructeur de ponts. Il construit des ponts innovants, touristiques et médicaux entre les Pays-Bas et le Maroc. Said : « Naturellement, il doit y avoir une interaction entre le Maroc et les PaysBas, des ponts avec une circulation dans les deux sens. » Ce que j’entreprends encore ? « J’ai, par exemple, créé un circuit cyclotouriste vers les Pays-Bas avec les habitants de Marrakech. » Ce serait vraiment magnifique.

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ABDELBASSET ZAGHDOUD JE VENDS D’ABORD LE PAYS, PUIS LES OPPORTUNITÉS

Qu’il s’agisse de l’irrigation des terrains désertiques ou de la construction d’un tunnel entre le Maroc et l’Espagne, Abdelbasset Zaghdoud (40 ans) est au courant et est un véritable expert du Maroc et des Marocains. Il veut apprendre à connaître les gens, les rassembler et les informer. Abdelbasset est un réseauteur pur sang et, à cet effet, il utilise de manière optimale tant les plateformes en ligne que hors ligne. Sur Linkedin, sur Facebook, dans les réunions de réseau ou dans les représentations de charité, son visage est connu. Il y partage ses connaissances et sa curiosité avec toutes les personnes intéressées. Selon lui, la population marocaine des Pays-Bas compte de nombreux génies. « Ensemble, nous ne sommes pas encore assez forts, mais quand ce sera le cas, nous poserons de belles fondations tant aux Pays-Bas qu’au Maroc. » Son attention se porte actuellement sur le Maroc, un pays qu’il n’a étrangement découvert que récemment.

Il n’a jamais ressenti de lien avec le Maroc. C’était surtout le pays de ses parents et il se sentait davantage Néerlandais. « J’avais peu de raisons de faire des recherches. J’ai grandi avec des amis néerlandais qui m’appelaient tous Bas. Mais en vieillissant, on se rapproche de ses racines. En 2000, j’ai découvert sur place que le Maroc avait beaucoup de potentiel. » On y entreprenait, construisait et innovait en abondance. Bas a vu croître le nombre d’investisseurs marocains et étranger au Maroc et a décidé de structurer ces développements. Entretemps, il a conseillé diverses parties

en matière d’immobilier et de tourisme ainsi qu’au sujet de l’entreprise durable. Avec un certain nombre de labels de son entreprise AZ Mediair, comme Casamoro, Promo Rocco et Lion Invest, il tente d’amener les investisseurs au Maroc. « Le premier boom s’est fait sentir dans l’industrie et le secteur agraire ; l’entreprise responsable au niveau de l’immobilier et de l’écologie a suivi. » Pour de plus en plus de jeunes de la deuxième génération aux Pays-Bas et en Belgique, le Maroc représente plus que « le pays de leurs parents ».

Abdelbasset l’a remarqué et a donc conseillé d’amener le salon de l’immobilier marocain aux Pays-Bas en 2012. Ce fut un succès retentissant. « De nombreux jeunes sont très qualifiés, ont les moyens et osent penser en dehors du cadre de leurs parents. Ils achètent une maison dans une zone lucrative et espèrent - outre une adresse de vacances idyllique – conserver pas mal d’argent de poche. » « Je suis actif au Maroc depuis une dizaine d’années et les choses avancent bien. » On voit apparaître de plus en plus de réglementations transparentes qui rendent les investissements et les entreprises plus simples et plus compréhensibles pour les sociétés. Pour les gens qui ne connaissent pas le Maroc et qui se laissent influencer par l’image des Marocains dans les médias, Bas vend d’abord le pays, puis les opportunités. « Le climat, les prix, les développements des dernières années et toutes les opportunités qui se présentent pour quelqu’un qui veut et peut investir : voilà ce dont il est question. » Réaliser, découvrir et envisager. Mais surtout, il faut porter un regard neuf, s’ouvrir aux opportunités et ne pas avoir peur de faire des choix. C’est la mentalité que « Bas » souhaite inculquer.


SAMIR BANTAL LES FRONTIÈRES SONT FAÇONNABLES

Sa fascination pour le monde de l’architecture a débuté en 6e VWO (enseignement secondaire du second degré), lorsqu’il a vu une photo du chantier colossal de la Grande Arche. Le projet qui, selon Samir Bantal (35 ans), a dû débuter un jour par le dessin d’une simple ligne. Avec sa notion d’espace et son talent pour le dessin, son choix pour la construction était logique. « Mon père me taquinait en me demandant si j’allais maçonner des murs. Je l’ai rassuré en lui annonçant que je voulais devenir architecte. » Au cours de sa troisième année à l’Université technique de Delft, Samir a voulu savoir pourquoi il étudiait concrètement. Il en a parlé à un de ces professeurs qui avait son propre bureau et, avant de s’en rendre compte, il avait un emploi à temps plein en tant qu’étudiant de troisième année. « J’étais soudain indépendant alors que mes 500 condisciples se demandaient s’ils allaient trouver un emploi après avoir obtenu leur diplôme. »

une machine bien huilée ; tout y est réellement réfléchi. On retrouve une réelle vision derrière chaque chose, même les corbeilles à papier. On voit rarement cela ailleurs. Si vous pouvez représenter cela, de manière créative, dans des pays qui en ont besoin, c’est magnifique. Samir aimerait réaliser davantage de projets au Maroc. « Aux Pays-Bas, je sais qu’il faut frapper à un certain nombre de portes bureaucratiques, mais, au Maroc, les choses sont moins claires. Je cherche encore la clé qui ouvre la bonne porte. »

Dès ce moment, tout est allé très vite. Samir a travaillé pour un bureau d’architectes japonnais renommé et a été personnellement contacté, peu après, pour travailler pour l’architecte Rem Koolhaas. Le bureau s’est, entre autres, penché sur le projet européen. Il a participé à une exposition interpellante sur l’identité de l’Europe. À une autre occasion, Samir a participé à l’aménagement d’une présentation pour l’Exposition universelle de Shanghai. Il trouve que les gens pensent souvent à des répartitions urbanistiques et aménagent donc

les expositions sur base des pays. « Je trouve beaucoup plus intéressant de travailler sur base de thèmes comme la paix, la démocratie, l’émancipation des femmes et le bonheur. Si vous regardez le monde de cette façon, vous voyez des choses que vous n’auriez pas remarquées autrement. Les frontières sont façonnables, c’est toujours mon point de départ. » Un de ses derniers projets était une exposition sur l’architecture néerlandaise au Maroc. « Les Pays-Bas sont

Il a monté son propre bureau à Amsterdam, Studio Oblique. Il y travaille, dans un décor créatif, à un quartier de villas à Kampen et à une villa dans un quartier périphérique de São Paulo. D’où viennent l’inspiration et la vision de Samir ? « Ce que je fais n’est rien à côté des prestations de mes parents. Ils sont venus, ont vu et ont vaincu. Mon père a travaillé dans une usine, ma mère a fait des ménages et je voulais poursuivre mes études. Ensemble, ils ont élevé cinq enfants à Ijsselstein et tous ont bénéficié d’une formation universitaire. Réfléchissez-y, ça c’est une véritable vision. »

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BORRELNOOTJEZ

DES TRACES DANS LE LANGAGE DES JEUNES, À LA TÉLÉVISION ET SUR INTERNET Déjà pour les tournages du « Turkije Journaal », le très réfléchi Hamza Benmira (29) en était sûr : ce serait un succès. Le moulin à paroles Khalid Akouzdame (24 ans) était un peu plus sceptique jusqu’à ce que les petits films réalisés dans leur salon avec les personnages Farük Servhet et Bullent Bum Bum attirent une énorme audience sur YouTube. Hamza et Khalid se consacrent corps et âme à la comédie. Depuis un an, ils forment avec la force tranquille Yassine Hajdaoui (27 ans), la troupe de théâtre Borrelnootjez. Ils laissent une trace contagieuse sur Internet, à la télévision et au théâtre, mais aussi dans le langage des jeunes.

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Khalid est né et a grandi à Oss, Hamza vient de Veghel et Yassine est originaire de Gemert. Après leur « Turkije Journaal », le Mocro Late Night Show a également connu un succès immédiat. Depuis lors, le terme « gunning » en

et abordables. C’est pourquoi Borrelnootjez porte un regard respectueux sur Najib Amhali et Koefnoen. Ils s’inspirent également de l’exagération totale de « TV Kantine ». En ce qui concerne la croissance, Borrelnootjez a de grands projets. Avec Yassine, le plus fort en arabe, ils perçoivent de nombreuses opportunités, outre leurs représentations aux Pays-Bas et au Maroc. Mais la transition vers un large public international ne se fait pas comme ça. Ils ont un manager qui veille à ce qu’ils puissent se consacrer totalement au côté créatif. Khalid : « Nous n’avons pas une mentalité de travail 9h-17h, mais plutôt 21h5h. C’est la nuit que nous imaginons les sketches les plus drôles. »

néerlandais (accorder quelque chose à quelqu’un, soit « gunnen ») est devenu une des nombreuses altérations de langage reprises par leurs fans. Les fans apprécient Borrelnootjez à cause des détails dans leur humour et de la possibilité d’identification. Le secret de cette identification réside, selon Khalid, dans le caractère anthropologique de leurs sketches et dans leur capacité d’observation en tant qu’« étrangers » dans une grande ville. Khalid : « en rue ou sur une terrasse, nous étudions tout

simplement. Comment les gens parlent, ce qu’ils font ; nous trouvons cela fascinant et nous essayons de les imiter. » Dans un avenir proche, Borrelnootjez souhaite faire découvrir au public qu’ils peuvent faire bien plus que se moquer des Turcs, des Surinamais, des Néerlandais et des Marocains. Ces gars ne cherchent pas l’auto-dérision ou la critique sociale en soi. Ils voient l’humour comme une arme sérieuse pour rendre les oppositions compréhensibles

Actuellement, les membres de Borrelnootjez apprennent encore chaque jour et commencent à s’habituer à leur statut de modèle. À l’avenir, ils espèrent pouvoir utiliser cela pour aider d’autres Néerlandais-Marocains à percer dans le milieu créatif. Il est tellement important d’avoir de la valeur et de savoir que vous pouvez briller quelque part. Hamza : « J’entends dire les personnes qui viennent voir le spectacle ou qui regardent les films que je suis « totalement malade ». C’est génial. »


SIHAME EL KAOUAKIBI LET’S GO URBAN À ANVERS, À BRUXELLES ET AU QATAR

Elle était une ballerine talentueuse, une chorégraphe prometteuse et une étudiante irréprochable. Une fille modèle, selon ses parents. Pourtant, Sihame El Kaouakibi (26 ans) aspirait à davantage et a décidé de se plonger, à Anvers, dans la culture des jeunes, dans la ville et ses défis. Tout a commencé quand Sihame a introduit le phénomène Urban Culture en Belgique. Un terme avec lequel elle pare aux préjugés de la culture de la rue et met une politique innovatrice à l’ordre du jour. Très vite, le Prince Philippe et Fadila Laanan (ministre de la Culture) se libèrent pour discuter avec Sihame de sa formule durable Let’s Go Urban. LGU ressemble à une école de danse traditionnelle, mais l’objectif de Sihame n’a jamais été de simplement former des danseurs. Les jeunes doivent avant tout être autonomes, car une carrière dans le monde de la danse n’est possible que pour quelques-uns. Urban culture englobe non seulement la danse, mais aussi la musique urbaine, le sport, les médias et le graphisme. Inspirée par l’échec de carrière de son petit frère et le manque d’accompa-

gnement adéquat, Let’s Go Urban lui a permis de transformer, en trois ans, des gamins en hommes. Son premier grand succès est venu en 2010, lorsque neuf participants ont intégré une production pour l’opéra. Aujourd’hui, Sihame s’occupe de Cinderella, une production de danse qui a déjà réuni 12 000 spectateurs.

sous-estimé ces jeunes. Pour les moins scolarisés, l’intérêt de la langue est terriblement négligé. Lorsqu’ils envisagent un changement de carrière, ils sont confrontés à un retard au niveau de la langue et tombent rapidement dans un cercle vicieux. Ils ne sont pas pris au sérieux par la société et ne se prennent donc pas au sérieux eux-mêmes. »

Avec Let’s Go Urban, Sihame montre explicitement les capacités et les talents des jeunes. « Les politiciens et les fonctionnaires ont longtemps

Sihame ne met pas uniquement les jeunes et les autorités face à leurs obligations, l’élite est également impliquée dans son projet. « Si les classes supé-

rieures peuvent exiger certaines choses des personnes qui dépendent des subventions de l’État, alors les opéras subventionnés doivent, en retour, être accessibles aux personnes des classes inférieures. » Dans la vision de Sihame, les opérateurs commerciaux ont également un rôle à jouer. « Ils ont également une obligation sociale. Ce sont les futurs employeurs, ils connaissent bien le marché et ont un intérêt à ce que les jeunes tournent bien. Nous devons agir ensemble. » Après Anvers et sa périphérie, elle s’est attaquée à son nouveau grand défi : Bruxelles. Et ensuite ? Peut-être le Qatar, un pays avec d’autres défis. L’objectif de Sihame est de se retirer de Let’s Go Urban et de le laisser aux jeunes eux-mêmes. Elle a également été élue Anversoise de l’année, a reçu le Prix de la culture en Flandre et a récemment été désignée l’oratrice la plus intéressante d’une conférence TEDx. À la question de savoir comment elle réagit à toute cette attention des médias : « Lorsque je tape mon nom sur Google, je lis que Sihame est une bulle médiatique. Mais une bulle disparaît vite. Moi, je reste. Et c’est aussi valable pour mes projets, même si je n’y suis plus active personnellement. »

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HAKIM JOUAHRI

EXPERTISE NÉERLANDAISE ET OPPORTUNITÉS MAROCAINES Pendant des mois, Hakim Jouahri (34 ans) a exploré les rues de Casablanca à la recherche du lieu parfait pour développer sa propre affaire dans le cœur même de la mode au Maroc. Il a appris à mieux connaître la ville et a vu tous ses soupçons se confirmer. Le Maroc a beaucoup d’ambition et il y vit beaucoup de consommateurs friands des costumes sur mesure classiques et abordables de H. Jouahri. Il y a deux ans, quand Hakim a fait part à sa famille et ses amis de son projet d’entreprendre à l’étranger, ils s’attendaient à ce qu’il revienne au bout de trois mois. « Personne, y compris moi, n’avait osé prédire que je réussirais au Maroc. J’étais déjà venu étant enfant et, à l’époque, j’avais un autre regard. Je voyais alors un pays où il fallait surtout débourser de l’argent. » Hakim s’est toujours plu aux Pays-Bas, mais ne voulait pas y passer toute l’année. À Casablanca, il a découvert que la qualité de vie y était bien meilleure.

« Au début, il faut s’habituer. Il est difficile de vous faire une place dans les réseaux existants. De plus, tout se fait en français. Mais, petit à petit, les gens commencent à vous connaître et vous perdez même le sentiment d’être un expatrié. » Sa boutique de mode, Club Costume, est désormais bien établie : elle se compose pour moitié de ses propres créations qu’il distribue à partir de l’Italie et du Portugal. Sa collection,

qu’il décrit comme « classic with a twist », a fait ses débuts à l’automne 2012 à la Fashion Week de Casablanca. « Dès l’instant où vous apparaissez dans les magazines, le succès vient à vous. Toutefois, je dois avouer que je suis extrêmement fier lorsque je croise quelqu’un qui porte un de mes costumes ou blazer à une fête. »

a entraîné une saturation du marché néerlandais. La saturation, associée à la crise économique, rend presque impossible de se lancer, en tant que débutant, dans une entreprise durable. Au Maroc, par contre, Hakim a trouvé une société d’investissement qui a cru à son concept. Il est même prévu d’ouvrir une autre boutique dans la capitale Rabat.

Selon Hakim, aux Pays-Bas, le niveau de la mode, de la confection et des formations est très élevé, ce qui

« Soyez un expert et dirigez une entreprise avec un caractère propre. C’est ce dont le Maroc a besoin. » Tout d’abord, Hakim essaie de se distinguer à Casablanca grâce à l’expertise acquise aux Pays-Bas. Il a l’œil pour les détails, comme les boutons de manchette, la doublure et les initiales du client. Hakim fournit du sur mesure, au sens propre et figuré, jour après jour. Quoi qu’il arrive, Hakim reste conscient des pièges. « Il y a tant à faire ici. Mon conseil à tous ceux qui souhaitent entreprendre au Maroc est de faire ce en quoi vous êtes bon. Le développement d’une marque commerciale est important, soyez un expert et dirigez une entreprise avec un caractère propre. C’est ce dont le Maroc a besoin. »


SIHAM TIB

OBLIGÉ DE VOIR GRAND Siham Tib (30 ans) pouvait toujours admirer les passants à la mode sur les Champs Élysées. Elle ne se serait jamais imaginé que, quelques années plus tard, la femme du Président de l’Indonésie, la styliste de la princesse Maxima et la maison royale d’Oman seraient charmées par son travail. Avec ses créations, Siham a suivi les traces de sa grand-mère, qui, à 77 ans, dessine encore des vêtements. « Ma grand-mère fait encore mes robes. Elle ne s’est jamais préoccupée de ce que l’on pensait de son travail. Si elle trouvait que quelque chose était beau, elle fonçait. » Siham a étudié l’économie d’entreprise et a ensuite trouvé du travail dans une agence immobilière, mais une chose était sûre : elle voulait travailler dans le monde de la mode. Et ça a marché, elle est rapidement passée du statut de directrice de clientèle qui dessine des robes en soirée au statut de femme d’affaires créative qui gère un atelier à plein temps au bord du Keizersgracht à Amsterdam. Siham propose du travail sur mesure et conçoit des produits authentiques.

Récemment, les princesses marocaines Salma et Soukaina ont été élues les invitées les plus élégantes des fêtes de mariage du prince Albert II et du prince William. Ma clientèle se compose à quarante pour cent d’autochtones. Cela veut tout dire. » L’intérêt pour son travail dépasse les frontières néerlandaises. Récemment, elle a été invitée par la maison royale d’Oman à organiser une représentation à Muscat. Sans aucun doute l’apogée de sa carrière naissante. Entre plusieurs petites représentations, le plus grand défi professionnel de Siham l’attend en janvier 2013 : un défilé de mode à Jakarta et une ligne complète pour diverses chaînes de magasins.

Depuis peu, l’étranger lui fait de l’œil. « Je suis encore nerveuse chaque semaine quand on vient retirer une robe. Mais si une occasion se présente pour amener mon travail aux femmes à l’étranger, je la saisirai immédiatement. » Lorsque cette chance s’est présentée, le processus de production a été en grande partie déplacé à Casablanca. Vu la demande croissante, Siham a été obligée de voir grand. Toutes les deux

semaines, elle s’envole pour le Maroc pour contrôler le processus et régler la distribution à l’intérieur du pays ainsi qu’à l’étranger. « Dans ma branche, la communication, le souci du détail et le soin sont d’un intérêt évident. Au Maroc, ils restent assez flegmatiques à cet égard. » Siham est convaincue qu’une ligne inspirée par le Maroc a le potentiel de conquérir le marché occidental. « La mode n’est pas statique.

C’est donc un miracle si Siham a encore le temps de recevoir un prix. « Récemment, j’ai reçu un prix des mains du bourgmestre Aboutaleb. Dans son discours, il a parlé d’une formation en première, deuxième et troisième positions. J’ai pensé : en un, on retrouve la persévérance, ensuite, la persévérance et, enfin, la persévérance. »

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HODA HAMDAOUI

DES HISTOIRES POSITIVES SUR LES MAROCAINS À L’INTÉRIEUR DU PAYS ET À L’ÉTRANGER nombre de contretemps. En effet, les deux principaux distributeurs de revue refusaient de publier le magazine, car ils n’y croyaient pas. « J’en ai alors parlé très intelligemment à la radio et, par la suite, plusieurs éditeurs se sont manifestés. Tous les contretemps mènent quelque part, ou, comme le dirait ma mère : il y a du bon à tirer de chaque obstacle. » Cette expression marocaine est devenue son mot d’ordre et serait, selon elle, un enrichissement pour la langue néerlandaise.

Hoda Hamdaoui (38) se qualifie elle-même d’anxieuse qui anticipe et se sent chargée d’une mission : elle souhaite laisser une trace marocaine positive sur la population néerlandaise. C’est dans ce but qu’elle a fondé HODA Magazine, une revue lifestyle qui n’est pas pour les Marocaines, mais sur les Marocaines et qui est publiée tous les trimestres aux Pays-Bas et en Belgique.

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Hoda est née dans la ville marocaine d’Al Hoceima et a déménagé aux PaysBas avec sa famille à l’âge de cinq ans. Avec ses connaissances actuelles, elle estime avoir été trop faiblement évaluée après l’école primaire. Elle a achevé une formation de mode dans le secondaire (MBO), puis une formation sociale et culturelle dans l’enseignement professionnel supérieur (HBO) et a terminé son parcours avec un Master en communication appliquée. Elle n’émet absolument aucun regret au sujet de son très long parcours scolaire, car, via un détour riche en connaissances, elle est finalement devenue ce qu’elle souhaitait : journaliste de mode. Actuellement, elle

dirige une rédaction variée d’une dizaine d’auteurs et stylistes talentueux. À une époque où l’on parle tant des Marocains, Hoda souhaite présenter une image qui reflète la réalité. Elle se sent obligée de souligner son identité marocaine. « Tous les Marocains qui ont réussi devraient mettre en avant leurs origines. Particulièrement aujourd’hui. Je suis déçue par les gens qui refusent délibérément de le faire. Est-ce que B. Obama nie être noir ? » Au départ, Hoda a eu l’idée d’un bureau

où les annonceurs pourraient engager des personnes « de couleur » pour donner une image représentative des PaysBas. Le projet d’une agence de mannequins a vite laissé place à un guide de style halal et a finalement mené à la création d’une revue avec des histoires positives sur les Marocains à l’intérieur du pays et à l’étranger. En un an, HODA Magazine est passé de 3 à 34 points de vente aux Pays-Bas et en Belgique. Avant que le magazine n’arrive sur le marché, Hoda a rencontré un certain

Hoda déborde d’ambition. D’abord, elle souhaite acquérir une position forte sur le marché pour son magazine en Belgique et aux Pays-Bas. L’Allemagne manifeste déjà son intérêt et des bloggers renommés du monde de la mode au Maroc envoient régulièrement des photos et des tweets sur la page. Les jeunes filles du Maroc, raconte Hoda, s’intéressent surtout aux tendances occidentales, alors qu’aux Pays-Bas, l’intérêt se porte sur la mode traditionnelle marocaine. « J’aimerai jouer un rôle à ce niveau et organiser des évènements de mode au Maroc. Nous verrons bien comment les choses progressent. D’abord, je veux conquérir les Pays-Bas et la Belgique. »


SOUHAIB EL MOUSSAOUI DES MAROCAINS NÉERLANDOPHONES À TANGER

Pas du tout préparé et guidé par la curiosité, Souhaib El Moussaoui (26 ans) a décidé d’émigrer vers un lieu où le soleil brille en permanence. Souhaib est d’abord parti deux semaines en vacances à Tanger, mais ses projets ont pris une autre tournure lorsqu’il a rencontré un ami. « J’ai été invité à apporter mon aide à Tanger pour un évènement comique. Et ça tombait plutôt bien que je puisse travailler au Maroc. » Le hasard a voulu qu’un chef d’entreprise à la recherche de Marocains néerlandophones pour un nouveau centre d’appel à Tanger participait à ce même évènement. Souhaib a reçu une offre et l’a accepté immédiatement. Étant donné qu’il craignait ne plus pouvoir repartir s’il revenait aux PaysBas, il a démissionné directement et a annoncé à l’état civil son départ des Pays-Bas par téléphone. Jusqu’à l’ouverture du centre d’appel, il a travaillé comme homme à tout faire pendant trois mois. « Je me suis, par exemple, demandé ce que pouvait

gagner un vendeur de jus d’orange et j’ai donc travaillé à ce poste un moment. C’est coûteux un verre de jus d’orange. »

« Et ça tombait plutôt bien que je puisse travailler au Maroc. » Ceux qui connaissent Souhaib ne seront pas surpris par sa carrière impulsive. Il a toujours été un aventurier. Ainsi, il a discuté l’année dernière avec un

chauffeur de car de tourisme turc qui était sur le point de partir en Suède. Cette discussion a amené Souhaib à réfléchir au cadre de vie en Suède et il a décidé, le soir même, d’acheter un ticket et d’accompagner le chauffeur du bus pendant un voyage qui, selon Souhaib, ressemblait beaucoup à un voyage au Maroc. À la question de savoir où il a trouvé le courage de quitter si soudainement son foyer, Souhaib répond : « Ça fait un peu partie de la nature de la bête et je suis les

traces de mon grand-père et de mon père. Le premier est parti longtemps en Algérie et mon père vit toujours aux Pays-Bas. » Aux Pays-Bas, Souhaib a également fait un peu de tout. Ainsi, il a dirigé, pendant six mois, à Hoogvliet, une pièce de théâtre dans laquelle il faisait endosser une autre nationalité à des jeunes de diverses origines culturelles. Il voulait savoir dans quelle mesure une personne pouvait se mettre dans la peau d’une autre. Ce fut un succès. Souhaib : « les jeunes se fréquentent dans la rue et s’apportent mutuellement des choses. Ils sont tout à fait capables d’oublier les coutumes qui leur ont été enseignées et d’adopter d’autres codes culturels. » À Tanger, Souhaib s’est senti chez lui au bout d’un an. Il a une vie sociale riche, profite du trafic agité et peut pratiquer ses croyances plus facilement. Quand on lui demande s’il a atteint sa dernière destination, il sourit. « Le Maroc veille bien sur moi. Et je ne trouverais pas malin de partir à nouveau. Ma future épouse n’aimerait pas ça. Oui, vous avez bien entendu. Je vais me marier »

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ILHAME CHARIF

JE DEMANDERAIS AU ROI SI JE PEUX ENCORE LUI ÊTRE UTILE Elle était demandeuse d’emploi depuis cinq mois et sur le point de présenter sa candidature en tant qu’assistante de direction dans un supermarché. Quand Ilhame Charif (28 ans) a pris contact avec son employeur actuel et a pu trouver un poste dans la ville de ses rêves : Casablanca. Si elle avait la chance de pouvoir travailler au Maroc, elle n’hésiterait pas. C’était très clair pour Ilhame et tout le monde le savait. Tout dans le pays l’attirait : la tradition, la culture et même le smog. Elle est enfin là où elle voulait être : dans le cœur économique du Maroc, juste à côté des plus grands ports d’Afrique. Après avoir travaillé trois ans en tant que gestionnaire de projet au Handels & Investerings Centrum, où elle a rencontré des chefs d’entreprise et des décideurs politiques du Maroc, elle est revenue aux Pays-Bas. « C’était une période difficile professionnellement. Le plus difficile est que vous avez acquis

une expérience professionnelle et que vous voudriez la mettre à profit. Vous voudriez vous développer et, quand ce n’est pas possible, c’est frustrant. » Entre-temps, elle a travaillé chez MENA Transport et Consult en tant qu’encyclopédie vivante et filet de sécurité pour les personnes souhaitant entreprendre au Maroc. La vie au Maroc est différente de la vie aux Pays-Bas, mais pas dans le sens ennuyeux. Ilhame s’est adaptée et n’a pas le sentiment d’être perçue comme

une « Marocaine des Pays-Bas ». « J’ai grandi ici et j’ai été élevée avec deux règles : marchander et soutirer. » Le fait que les choses se passent bien a, selon Ilhame, un rapport avec sa mentalité. Elle compare le monde des affaires à un séjour au Consulat marocain des PaysBas. « Là aussi c’est parfois le chaos, mais j’ai l’habitude d’être sûre de moi, ouverte, aimable et rigoureuse. Vous faites une blague, vous êtes positif et les gens sont totalement différents avec vous. C’est comme ça que je fais mon travail ici.

C’est aussi comme ça que je crée mes réseaux. » L’important, c’est l’effet de surprise. « J’essaie d’être naturellement différente. Quand les gens me voient, ils pensent que je suis timide. Je remarque qu’en ayant une attitude affirmée, vous ‘marquez l’esprit’ des gens. » S’il n’en tient qu’à Ilhame, elle travaillera encore longtemps au Maroc. Ce qui la marque le plus, c’est la diversité de la population. Elle l’explique en parlant des divers types de chauffeurs de taxi. L’un jurera toute la journée, tandis que l’autre récitera le Coran. L’un racontera des blagues sans cesse et l’autre sifflera toutes les belles femmes. Les réactions de son entourage aux Pays-Bas sont positives et c’est généralement le cas au Maroc également. Toutefois, certaines personnes ne comprennent pas ses choix : « une réceptionniste au Maroc m’a déclaré folle. » Ilhame a réalisé beaucoup de belles choses au Maroc, avec pour apogée sa rencontre avec la sœur du roi. Est-ce qu’elle a d’autres rêves ? « Naturellement, j’aimerais rencontrer le roi luimême. Si je le vois, je lui demanderais si je peux encore lui être utile. »


YAHIA YOUSFI

SI VOUS RÉUSSISSEZ AU MAROC, VOUS POURREZ RÉUSSIR DANS TOUTE L’AFRIQUE DU NORD Avec un large sourire, il raconte les étapes de sa carrière. Dans un Carré comble, il a pu se produire en première partie du chanteur légendaire Cheb Khalid et assurer la présentation. « Le calme sur la scène, le fait d’être le régisseur de la soirée et d’être en contact avec une salle qui, à ce moment-là, vous tend un miroir. Cette combinaison fait du théâtre mon grand favori. » Grâce à FunX, une station de radio pour les jeunes, Yahia Yousfi (30 ans) a eu la chance de développer, en tant que producteur, le format Pezpaq TV. En tant que présentateur, Yahia aborde des questions sociales sensibles et n’hésite pas à frôler les limites de l’admissible. « Seuls les morts, les dieux et les enfants sont à l’abri de mon champ de vision. Je veux pouvoir être impitoyable. Mon intention est bonne et je reste ouvert à la discussion à propos de Pezpaq TV. » Il restera probablement actif encore longtemps dans le monde de la télévision. Mais le théâtre garde sa préférence.

en plus de réservations proviennent également du Maroc. « J’ai participé à l’évènement Mawazine et je serai bientôt présent au Tremplin Festival. Je ne renierai jamais mon lien avec le Maroc. Ce pays reste ma deuxième maison. Si vous réussissez au Maroc, vous pourrez réussir dans toute l’Afrique du Nord. » Ses représentations le ramènent près de chez lui : La Belgique, par exemple, qui est son port d’attache depuis sept ans. « Je voyage chaque jour, entre Anvers et Rotterdam, c’est agréable, mais ma voiture ressemble à un bureau chaotique. »

« Je ne renierai jamais mon lien avec le Maroc. Ce pays reste ma deuxième maison. » Yahia se souvient encore très bien qu’il a été abordé par une association d’étudiants pour se produire sur scène la première fois. Peu de temps plus tard, il apparaissait tremblant dans « Haagse Paard van Troje » devant 1200 étudiants. Non préparé, au hasard et sans la moindre structure, il débute au théâtre. « Est-ce que j’étais content de ma prestation ? C’était très mauvais. Terriblement mauvais. Mais j’ai pu jouer avec le public et cela m’a donné envie de plus. »

Pour Yahia, ce fut une révélation. Il a découvert ce en quoi il était bon, ce qu’il aimait, mais aussi, et ce n’est pas rien : dans quel domaine il pouvait gagner de l’argent. Poussé par son amour du théâtre, Yahia a suivi des ateliers, travaillé ses techniques et fait appel à un agent. Aujourd’hui, dix ans plus tard, il n’est pas uniquement une référence sur la scène. De plus en plus d’opportunités s’offrent aussi à lui en termes de lieux. Il sera bientôt l’hôte de Uitmarkt à Amsterdam et de plus

Yahia a également développé un amour secret pour la musique. Notamment pour la darbouka (instrument à percussion). Dans quelques années, la musique sera son nouveau défi, après une saison théâtrale comble. C’est ce qu’il projette. « La musique est comme une sucette dans ma poche, un dessert que je me réserve pour plus tard. D’abord, le plat principal. »

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KHALIL AITBLAL JE NE ME FIXERAIS NULLE PART AILLEURS

Khalil Aitblal est le fondateur du bureau d’évènements Refresh Events. Il est actif actuellement aux Pays-Bas, au Maroc et au Qatar et se tourne vers le marché du divertissement belge. Il y a plusieurs années, il a organisé un évènement et, sachant qu’un des invités était juif, il a veillé à ce que l’ensemble du buffet soit kasher. « Pour nous, musulmans, la nourriture kasher est autorisée et les Néerlandais mangent tout à condition que ce soit gratuit », dit-il en riant. Cette histoire est représentative de Khalil. Un homme sociable, un homme d’action, quelqu’un qui rassemble et qui veut mettre sur pieds des « choses » sociales.

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Khalil (33 ans) est né aux Pays-Bas et a vécu presque toute sa vie à Amsterdam. Ses parents ont émigré de la ville marocaine d’Ouarzazate, qui, vu les célèbres studios de cinéma, est appelée l’Hollywood du Maroc. Khalil se considère comme un véritable Amstellodamois,

divertissement en général, à savoir les musulmans. Ses débuts ont été interpellants, mais surtout innovants. Il a très vite eu l’idée d’amener aux Pays-Bas les comédiens américains critiques d’Allah Made Me Funny. Les cinq représentations ont fait salle comble et Refresh Events s’est officiellement lancé.

mais avec un lien solide avec le Maroc. Khalil trouve que le Maroc se développe de manière positive. « Le Maroc a tellement à raconter, il y a énormément de possibilités, je m’y sens chez moi et le pays respire l’authenticité. Il y a une progression. De plus, je pense qu’avec ma mentalité néerlandaise, je peux apporter beaucoup. » Après ses études, Khalil a été actif dans le monde de l’entreprise. Toutefois, en dehors des heures de bureau, il s’occupait de l’organisation d’évènements.

« À une époque, je restais là à attendre impatiemment qu’il soit cinq heures. » L’idée de créer ma propre affaire est devenue de plus en plus concrète. Après le décès de sa femme, un mois après la naissance de leur fils, il a décidé d’en faire réellement son emploi. « J’ai vu les évidences autrement. » Un an plus tard, Khalil abandonnait son salaire fixe pour l’incertitude de sa propre entreprise. En 2005, Khalil organisait son premier évènement officiel pour un groupe cible qui n’est pas touché par l’industrie du

Même si les premiers projets de Khalil avaient une teinte islamique, il ne s’est pas laissé coller une étiquette. Ainsi, il dirige actuellement un programme d’échange entre des étudiants d’une haute école de journalisme et le Qatar. Outre diverses activités aux Pays-Bas, il s’occupe aussi de l’organisation d’une journée officielle du débat au Maroc. Il garde aussi un œil sur les pays voisins, comme la Belgique. Selon lui, le secteur des évènements pour les musulmans y est encore peu développé. Quand on lui demande quel pays a sa préférence, il ne doit pas réfléchir longtemps. « Le Maroc ! C’est là que je voudrais aller vivre. » Il garde aussi un œil sur le Qatar, un pays en pleine expansion, et la Belgique. Cependant, les Pays-Bas restent mon port d’attache pour l’instant et je ne me fixerais nulle part ailleurs. »


MOHAMED SAADOUNI LINGUISTE À TRAVERS LE MONDE En tant que linguiste, il a parcouru le monde pour percer le mystère de la langue. Sa quête l’a mené aux Pays-Bas où il a obtenu une maîtrise à l’Université d’Amsterdam. Il est un expert de l’histoire berbère, un arabisant et, selon ses amis, un bibliophile. « Le bruit serein d’une page qui se tourne m’apporte calme et inspiration. » Les livres intriguent Mohamed Saadouni (48 ans) et guident sa quête de connaissance.

Entre 2002 et 2005, Mohamed a collaboré avec le Tropenmuseum à un projet de grande échelle sur l’Afrique du Nord. Ses activités incluaient l’inventorisation, la documentation et la description de la collection. En outre, il a fait partie d’un comité consultatif qui voulait porter l’art à l’attention des migrants. À l’heure actuelle, il travaille en tant que bibliothécaire à l’Université de Leiden. Pendant son temps libre, il souhaite préparer une thèse portant

sur une monographie de la tradition écrite de sa région natale au Maroc. Il est également impliqué dans diverses activités culturelles. Il fait notamment partie du comité consultatif de la bibliothèque berbère et collabore avec l’institut berbère de Rabat. Mohamed est un touche-à-tout qui dispose d’un vaste réseau de connaissances. Il a de nombreux contacts avec des artistes du Maroc, de France, des Pays-Bas et de Belgique. Toutes ces activités n’empêchent

pas Mohamed de s’abandonner à ses auteurs favoris, comme des écrivains franco-libanais et marocains. Selon Mohamed, lire est essentiel pour entretenir la langue maternelle. La pratique de l’arabe et du berbère entre les Maroccains des Pays-Bas est, selon lui, susceptible de s’améliorer. « Il est question d’une érosion de la langue, car l’arabe et le berbère ne sont pas beaucoup parlés. En terme technique, il est question de « code switching »

: les gens ne parlent pas une langue, mais deux langues dans le même contexte. Ainsi, une structure confuse de la langue maternelle se crée et cela peut influencer une nouvelle langue que l’on souhaite apprendre. Survient alors la schizophrénie linguistique : vous confondez les langues, car vous n’en parlez aucune correctement. »

« Le plurilinguisme apporte beaucoup de richesse dans le développement de l’identité. » Selon Mohamed, ce sont surtout les enfants qui éprouveront des difficultés à apprendre les langues suite à ces facteurs. Étant donné que les parents ne maîtrisent ni la langue maternelle ni la langue du pays d’établissement, ils enseignent des principes linguistiques erronés à leurs enfants. Il est donc préférable de faire un choix. Ce qui n’élimine pas ce plurilinguisme apporte beaucoup de richesse : tant dans le développement de l’identité que dans le sens pratique.

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RUE DU MAROC Rue du Maroc présente 14 Néerlandais et Belges originaires du Maroc qui vivent en Belgique, aux Pays-Bas ou au Maroc et qui, dans le cadre de leur travail, d’une étude, d’un sport ou d’un loisir, sont actifs dans le monde entier. L’exposition Rue du Maroc est visible en 2012 et 2013 à Rotterdam, à Anvers, à Marrakech, à Casablanca, à Fes, à Rabat, à Tanger, à Alhoceima et à Oujda.

À partir de 1 Décembre, Rue du Maroc sera visible sur la gare de Marrakech. Puis, l’exposition voyagera dans plusieurs villes du Maroc. Elle s’achèvera en septembre 2013 au MAS à Anvers.


Rue du Maroc