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Printemps 2005, vol. 1 no 2

Entrevue avec Gaétan

Desjardins Convention de la poste-publications No 41122591

Le travail, la détermination et la persévérance finissent toujours par porter fruit

Le CTTEP, la sentinelle des nouvelles technologies en eau potable

Santé publique Le spectre de Walkerton www.maya.cc


Printemps 2005, vol. 1 no 2

tête-à-tête

sommaire

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CHRONIQUES

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PETIT À PETIT

NOSTRADAMOI

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INFRASTRUCTURE URBAINE

Révision de 2004 des Devis normalisés techniques « Je n'ai pas lancé les clés sur la table en disant à la banque : ‘‘Débrouillez-vous avec le problème’’. Je ne pouvais me résigner à déclarer faillite. J'ai plutôt retroussé mes manches et j'ai continué à travailler encore plus fort. »

ASSURANCE

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LE JURIDIQUE

27

LE S B O N S C O NTA CTS

28

L’ E N V E R S D U D É C O R

30

16

SANTÉ PUBLIQUE

17

NOUVELLES TECHNOLOGIES

19

LE MUNICIPAL

20

EAUX USÉES

21

ASSAINISSEMENT DÉCENTRALISÉ

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EAU, TOUR DU MONDE

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TARIFICATION

Le spectre de Walkerton Le CTTE P, la sentinelle des nouvelles technologies en eau potable L’ é t a b l i s s e m e n t d ’ i n d i c a t e u r s d e p e r f o r m a n c e m u n i c i p a u x N o u v e a u t é s e t t e n d a n c e s d u m a rc h é d u t ra i t e m e n t d e s e a u x u s é e s Court-circuitage hydraulique dans les fosses septiques Les contrastes chinois P o u r o u c o n t re l e s c o m p t e u rs d ’ e a u ? P o u r r é p o n d re à l a q u e s t i o n , i l f a u t s a v o i r c o m p t e r.

Éditeur et rédacteur en chef : André Dumouchel adumouchel@maya.cc Chroniqueurs : François Bédard, Hélène Lauzon, François Lalande, François Lecomte, Janick Lemay, Benoit Payette, Pierre Payment, Martin Petit, Christian Sauvageau, François Séguin et Christian Vézina.

Direction artistique : MAYA communication et marketing Designer graphique : S’AMI graphie Photo de la page couverture : Studio Œil pour Œil Révision linguistique : Annie Talbot Impression : TransGraphique

© Tous droits réservés. Droits d’auteur et droits de reproduction :

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Le magazine de l’eau au Québec SOURCE VOL. 1 NO 2 PRINTEMPS 2005

Coordination des ventes : André Dumouchel Tél. : 514 808-2368 adumouchel@maya.cc Abonnement et administration : MAYA communication et marketing 457, montée Lesage, Rosemère Qc. J7A 4S2 Téléphone : 514 808-2368 Télécopieur : 450 621-2337 info@maya.cc www.maya.cc

toute demande de reproduction doit être acheminée à MAYA communication et marketing aux coordonnées figurant ci-dessus. Les opinions et les idées contenues dans les articles n’engagent la responsabilité que de leurs auteurs. La publication d’annonces et de publicités ne signifie pas que le magazine SOURCE recommande ces produits et services. Convention de la poste-publications no 41122591. Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada aux coordonnées figurant ci-dessus. Dépôt légal : 1e trimestre 2005. ISSN 1712-9125. Le magazine SOURCE est publié 3 fois l’an.


« Votre argent et mon temps s’écoulent par les fuites de votre réseau. » Le fait qu’ils soient à l’épreuve des fuites n’est seulement qu’une des raisons pour lesquelles les tuyaux de polyéthylène haute densité (PEHD) sont la solution idéale pour les réseaux de distribution d’eau potable et l’évacuation des eaux usées partout au monde. Joints étanches à l’eau, léger, résistant à la corrosion et à l’abrasion en plus de sa flexibilité qui lui permet d’ovaliser au lieu de fendre sous pression ne sont que quelques-uns des nombreux avantages qui ont fait des tuyaux de PEHD la norme en ce qui concerne les réseaux de distribution d’eau potable. Ne laissez pas fuir votre temps et votre argent. Choisissez les tuyaux de polyéthylène haute densité pour tous vos projets de tuyauterie. Distribué par :

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É D I TO R I A L

Il était une fois Walkerton...

Il y a déjà cinq ans, la petite ville de Walkerton, en Ontario, était frappée de la pire épidémie à la bactérie E. coli de l’histoire canadienne. Des 5000 âmes y résidant, 7 personnes meurent et 2300 tombent malades après avoir consommé de l’eau contaminée. Quelques semaines plus tard, le ministère du Procureur général de l’Ontario constitue une commission d’enquête chargée de révéler les imperfections du système de contrôle de l’eau potable ontarien et de faire ressortir les conséquences des décisions du gouvernement Harris. Déjà cinq ans ont passé, mais la population de Walkerton n’a pas encore oublié. Elle n’oubliera jamais. Mais qu’en est-il de la population canadienne ? Avant de répondre à cette question, revenons un peu sur les événements. Tel que l’écrit dans son rapport le président de la commission d’enquête sur Walkerton, l’honorable Denis R. O’connor : « Avant mai 2000, peu de choses distinguaient Walkerton de douzaines d’autres petites villes du sud de l’Ontario. » En fait, il s’agit d’une petite municipalité comme on en retrouve partout au Canada, où les citoyens gagnent principalement leur croûte grâce à l’agriculture. Depuis le triste événement, Walkerton est synonyme de contamination de l’eau potable et ses citoyens ne peuvent plus boire un verre d’eau sans que d’affreux souvenirs ne surgissent. Voici la séquence des événements marquants :

André Dumouchel

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adumouchel@maya.cc

■ 1996 : le gouvernement Harris décrète d’importantes réductions budgétaires, entraînant la cessation des services d’analyse de laboratoire assurés par le gouvernement pour les municipalités. ■ Pendant plusieurs années, les opérateurs de la Commission des services publics (CSP) n’ont pas respecté les règles de p r o cédures normales et ont bâclé leur travail, en plus de produire de faux rapports.

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■ 1998 : les commissaires de la CSP omettent de donner suite à un rapport d’inspection du ministère de l’Environnement de l’Ontario (MEO) qui s’inquiétait de la qualité de l’eau et soulevait, au passage, plusieurs lacunes dans le fonctionnement de la CSP. ■ 12 mai 2000 : du fumier épandu sur les terres d’une exploitation agricole située à proximité du puits 5 s’infiltre dans le réseau. Le contaminant était porteur des bactéries E. coli 0157:H7 et Campylobacter jejuni. ■ 18 mai 2000 : les premières répercussions se font sentir. Vingt enfants sont absents de l’école Mother Teresa pendant que deux autres sont admis à l’hôpital d’Owen Sound pour diarrhée sanglante. ■ 19 mai 2000 : une épidémie de maladies entériques fait rage dans un foyer pour personnes âgées. ■ 19 mai 2000 : le directeur général de la CSP dissimule les résultats d’analyse insatisfaisants d’échantillons d’eau prélevés quatre jours plus tôt. Il omet également de mentionner aux différentes circonscriptions sanitaires que le puits 7 fonctionne sans chlorateur depuis plus d’une semaine. ■ 21 mai 2000 : la circonscription sanitaire Bruce–Grey–Owen Sound émet un avis d’ébullition suite à l’épidémie. ■ 22 mai 2000 : le premier décès survient suite à l’épidémie. À la lecture de cette chronologie, le mot « hommerie » me revient sans cesse en tête. Car, indéniablement, l’homme et son raisonnement tordu sont les grands responsables de ce funeste événement. La technologie permettant d’éviter de telles catastrophes était existante et performante. Elle était même en place et opérationnelle; elle n’était tout simplement pas utilisée conformément aux protocoles. En fait, ce qui a fait défaut, c’est tout simplement le sens des responsabilités des hommes. Nous pouvons même inclure le gouvernement Harris dans le lot puisqu’il a agi de manière arbitraire et non raisonnable. Dans son empressement à vouloir imiter le régime minceur albertain de Ralph Klein, le gouvernement ontarien a coupé un peu partout en minimisant l’impact des répercussions possibles. Les coupes draconiennes ont résulté en un retranchement de 750 fonctionnaires du MEO (plus de 30 % des effectifs). Tel que le rapport de la Commission le souligne : « Les réductions ont été prescrites par les organismes centraux du gouvernement plutôt que d’être décidées par le MEO lui-même et ne se fondaient pas sur une évaluation des ressources dont le MEO avait besoin pour s’acquitter de ses obligations législatives. » Il est clair qu’il est plus facile pour un gouvernement de sabrer dans le budget en environnement que dans celui de la santé lorsqu’il est question d’assainir les finances publiques. La population est beaucoup moins encline à sortir dans la rue pour y

manifester son mécontentement dans ces cas-là. Le résultat n’est cependant pas toujours heureux et Walkerton en est la preuve la plus flagrante. Qu’il s’agisse des frères Stan et Frank Koebel (respectivement directeur général et contremaître de la CSP), des commissaires de la CSP, du gouvernement Harris ou de toute autre personne impliquée dans ce dossier, bon nombre ont manqué à leur devoir de faire tout en leur pouvoir pour assurer la sécurité des citoyens et ont leur part de responsabilité. La paresse, la manipulation et l’aveuglement de certains ont fait en sorte que d’autres en ont payé de leur vie. Ce qui est triste dans cette histoire, c’est que, malgré toute la bonne volonté de l’industrie, malgré tous les comités techniques et malgré toute la R et D, nous ne pouvons pas être assurés qu’une telle tragédie ne se reproduise, ni ici, ni en Ontario, ni ailleurs, puisqu’il y aura toujours la possibilité que quelqu’un manque de jugement ou faille à ses tâches dans le cadre de ses fonctions. À l’instar de la plupart des enquêtes publiques, la commission d’enquête sur Walkerton fut instituée à la suite d’une tragédie. Elle a bien sûr posé plusieurs questions, dont certaines sont demeurées sans réponses. Cette catastrophe, comme bien d’autres, aurait pu être évitée. Elle aura cependant eu au moins le mérite de sonner l’alarme sur nos façons de faire et sur les implications d’une mauvaise gestion de cette ressource vitale. Reste à savoir si l’effet de la tragédie restera longtemps dans la mémoire collective de notre société. Afin de le vérifier, j’ai fait un sondage non scientifique dans mon entourage en demandant ce qui s’était passé à Walkerton. Dix-huit personnes sur vingt n’ont pu identifier la cause du problème, mais elles m’ont toutes fait part de leur récente réticence à boire l’eau du robinet. La confiance des citoyens dans le réseau de production d’eau potable est généralement fragile. En ce cinquième anniversaire de ce drame, assurons-nous de ne pas oublier les événements de Walkerton afin qu’une telle tragédie ne se reproduise jamais plus. ■ Quel enthousiasme ! Vous avez été très nombreux à nous faire part de vos commentaires positifs et de vos félicitations pour la première édition du magazine SOURCE. À en juger par vos réactions, la venue d’un magazine spécialisé traitant des différents enjeux inhérents au secteur de l’eau était un besoin bien réel. Au nom de toute l’équipe de SOURCE, permettez-moi de vous remercier de l’intérêt que vous portez à notre magazine et soyez assuré de nos efforts pour continuer à vous offrir un magazine au contenu riche et varié sur les problématiques qui vous concernent.


Petit à petit NOSTRADAMOI

Martin Petit, humoriste.

On dit que les choses ne changent pas, que tout est pareil mais, pourtant, peu de gens sont capables de prédire l’avenir. Ceux qui ont ce talent sont appelés « visionnaires » et deviennent des stars, comme la madame Pop-corn, cette Américaine qui avait prédit le cocooning. Ou encore comme ma grand-mère qui m’avait prédit tout jeune que je souffrirais de calvitie plus vieux. Il y a aussi Jojo Savard qui…, mais ça, c’est une autre histoire ! Les gens qui peuvent voir dans le futur nous fascinent. Moi le premier, je suis impressionné par ces gens capables de lire dans les brumes du temps. Comment savoir cependant si je n’ai pas, moi aussi, ce talent tant prisé ? Si je possède ce don, je deviendrai alors un incontournable, une figure respectable, un homme important. Cela me permettra sûrement de me faire inviter dans les paddocks du Grand Prix de Formule 1. Pour le savoir, suffit de se mouiller, et c’est ce que je vous propose. Pour bien m’évaluer, vous devez savoir que les énoncés qui suivent ont été écrits précisément le 15 avril dernier. Pour vous remettre dans le bain, à cette date, le pape Jean-Paul II est mort, mais son successeur n’est pas encore connu; l’ami de Jean Chrétien, M. Corriveau, témoigne d’étonnantes pertes de mémoire à la commission Gomery. Pour en arriver à bien prédire, il faut aussi un rituel, un intermédiaire qui permet d’avoir des visions. Certains lisent dans les lignes de la main, d’autres lisent avec des cartes, dans des boules de cristal et d’autres encore dans le sang de carcasses d’animaux. N’ayant pas d’abattoir près de chez moi, je me suis rabattu sur des techniques plus accessibles. Puisqu’une prédiction peut se réaliser à moitié, je vous propose de les évaluer selon vos connaissances en leur donnant un score de 1 à 10. Vous pourrez m’envoyez le résultat sur mon site Internet à www.martinpetit.com Voici huit prédictions obtenues par le biais de huit techniques différentes, faites devant témoin, en l’occurrence ma blonde. Prédiction 1, en lisant entre les lignes des journaux. Je vois qu’il y aura des élections fédérales en novembre. (Je me réchauffe.) Prédiction 2, en regardant dans les nuages. Le nouveau pape sera d’origine sud-américaine.

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Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble que ce serait bien d’avoir un pape qui sait chanter La cucaracha et Besame mucho. Prédiction 3, en lisant mon agenda. Le film de Claudine Mercier battra des records au box-office. (Je ne dis pas ça parce que je joue dedans…) Prédiction 4, en lisant dans le nuage de lait de ma tasse de café. Tiens, une vision. Michèle Richard se remariera avec un vétérinaire. Je vois que son chien tente en vain de s’y opposer. Le reste est flou… Prédiction 5, en regardant dans mon frigidaire. Je vois que les nutritionnistes nous suggéreront d’incorporer du gras dans notre alimentation parce qu’on vient de découvrir que c’est bon, finalement. Prédiction 6, en fermant les yeux. Tout le monde en parle remplacera la Soirée du hockey, ce qui suscitera de vives réactions. Prédiction 7, en lisant dans le bordel de mon garage. Je vois que le camp d’entraînement du Canadien aura lieu, mais vous ne pourrez nommer aucun joueur en faisant partie, à part José Théodore. Prédiction 8, en lisant dans l’herbe brune de mon gazon printanier. Ça brassera plus que jamais dans les réserves amérindiennes du Québec et le gouvernement Charest ne saura pas quoi faire. (Surprise ?) Si mon score est de 7 ou 8 bonnes prédictions sur 8, on peut sans nul doute voir du génie dans mon œuvre; de 4 à 6, un talent à développer; 2 ou 3, alors là, j’avoue que c’est un désastre; mais si j’ai obtenu 0 ou 1, je suis heureux. Oui, j’aime être surpris par la vie et je ne voudrais pas vraiment être capable de prévoir correctement l’avenir, car ce qui m’a inspiré mes meilleures blagues, ce sont justement ces bizarreries imprévisibles qui font de l’homme l’animal le plus doué et aussi le plus stupide de la planète. De toute façon, si j’avais ce talent, je saurais au moment même où j’écris ces mots combien j’aurais réussi de prédictions, non ? Tiens, un mal de tête… ■


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tête-à-tête

Gaétan Entrevue réalisée par

André Dumouchel

m’a permis d’enrichir mes connaissances pratiques sur le traitement de l’eau. J’ai par la suite été de nouveau transféré, mais cette fois à Montréal à titre de représentant. Le fait de représenter une grande entreprise m’a ouvert bien des portes au Québec, et j’ai eu ainsi la chance de r e n contrer de nombreux consultants et intervenants du milieu de l’eau.

Rose à Laval, à l’emplacement exact de l’autoroute 15 aujourd’hui. Par la suite, j’ai toujours énormément travaillé et, à la fin de 1977, lorsque j’ai annoncé à ma conjointe mon désir de fonder ma propre entreprise, elle ne m’a pas découragé. Elle voyait bien que j’étais un travailleur acharné. Elle a donc dit : « Au moins, tu vas dorénavant travailler pour nous. »

À quel moment avez-vous cessé de travailler pour eux ? — J’ai cessé de travailler pour Ecodyne à la fin de décembre 1977. Dès le 1er janvier 1978, je fondais ma propre entreprise en partenariat avec une entreprise

Comment se sont déroulés les débuts de votre entreprise ? — Nous avons débuté modestement en travaillant dans le soussol de ma résidence de l’époque, à Ville d’Anjou. Mon équipe comptait une secrétaire et deux autres employés. Nous y avons poursuivi nos activités durant cinq ans. Par la suite, nous sommes déménagés dans le parc industriel de Ville d’Anjou où nous sommes demeurés 15 ans avant de venir s’installer à Terrebonne. Je suis d’ailleurs très fier d’avoir commencé modestement. J’ai la satisfaction d’avoir démarré l’entreprise avec mon propre argent. Je n’ai jamais eu d’aide financière externe, ni au début ni au moment où j’ai dû relever l’entreprise.

Desjardins

ÊTRE ENTREPRENEUR N’EST PAS DE TOUT REPOS. ASSUMER LES HAUTS ET LES BAS ÉCONOMIQUES PEUT S’AVÉRER UN VÉRITABLE CASSE-TÊTE. ON DOIT ÊTRE TRAVAILLANT, PASSIONNÉ ET, SURTOUT, PERSÉVÉRANT. CES QUALITÉS, GAÉTAN DESJARDINS LES POSSÈDE PUISQU’IL A SU DÉVELOPPER UNE ENTREPRISE DE TECHNOLOGIE MALGRÉ LES MONTAGNES RUSSES FINANCIÈRES DES MARCHÉS DE L’EAU QUÉBÉCOIS ET INTERNATIONAUX. IL A RÉUSSI À RELEVER SON ENTREPRISE AU CREUX DE LA VAGUE ALORS QUE LES GENS N’Y CROYAIENT PAS. L’ENTREPRISE EST MAINTENANT SOLIDE ET PROSPÈRE. QUELLES ONT ÉTÉ SES MOTIVATIONS ? COMMENT S’Y EST-IL PRIS ? LE MAGAZINE SOURCE L’A RENCONTRÉ POUR VOUS. Quel a été votre cheminement professionnel ? — J’ai tout d’abord obtenu un D.E.C. de l’Institut de Technologie de Vaudreuil en 1968, soit tout juste avant l’arrivée des cégeps. J’ai par la suite travaillé comme opérateur durant environ six mois à Deschênes, près de Gatineau, mais je n’aimais vraiment pas ce que je faisais. J’aurais aimé poursuivre mes études et devenir ingénieur, mais tout juste après m’être marié, j’ai rencontré Antoine Dionne de Smith & Loveless, une division d’Ecodyne Limited, un manufacturier américain de stations de pompage et de stations d’épuration préfabriquées. Ce dernier inaugurait un bureau à Montréal sur la rue Sainte-Catherine et avait besoin de nouveaux employés. Il m’a donc engagé. Trois ou quatre 10

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mois plus tard, il m’a transféré dans la région de Toronto, plus précisément à Oakville. Il s’agissait d’un bon emploi, ce qui fait que je ne suis jamais retourné à l’école. Combien de temps y êtes-vous resté et en quoi consistaient vos tâches ? — J’y suis resté quatre ans. Initialement, je ne devais remplacer le gérant de service que pour une période de six mois. Mais je suis rapidement devenu responsable du département de service et des mises en route pour tout le Canada. De plus, de concert avec le département d’ingénierie, je devais identifier les problèmes et trouver les solutions adéquates à tous les problèmes qui survenaient à l’occasion des mises en route. J’ai donc sillonné le pays, ce qui

spécialisée en mécanique. En 1981, j’ai racheté les actions de mes partenaires. J’avais travaillé très fort et j’étais déjà un peu workoholic. De plus, j’avais le sentiment d’avoir beaucoup appris de mes années passées à l’emploi d’Ecodyne. Je croyais donc posséder suffisamment de connaissances pour pouvoir me débrouiller et créer ma propre entreprise. Avez-vous toujours su que vous aviez l’âme d’un entrepreneur ? — Oui, je crois avoir toujours eu cette flamme en moi. Lorsque j’étais plus jeune, mon père était fermier et je travaillais avec lui. Il s’agit, en fait, de la première notion d’entreprise privée que j’ai reçue. N’eût été de l’expropriation, j’aurais probablement pris la relève de mon père. Jusqu’alors, notre ferme était située sur le boulevard Sainte-

Le nom a-t-il changé au fifill des ans ? — Oui. Au départ, c’était EcoEquipement F.E.P. inc., nous avons par la suite opté pour un nom plus moderne lorsque nous avons ouvert un bureau à Toronto en 1987. Nous sommes donc devenus Eco-Process & Equipments inc. Finalement, nous avons encore légèrement modifié le nom en 1998 en devenant Eco-Process Equipments International. Quelle a été la nature des premiers mandats ? — Nous avons évidemment débuté dans le créneau que je connaissais bien, c’est-à-dire les stations d’épuration et de pompage préfabriquées. Rapidement, nous sommes devenus distributeurs de plusieurs produits étrangers afin de compléter notre propre gamme de produits. Nos premières stations furent installées dès 1978, dont celle de la Ville de Deauville, de concert avec la f i r m e Le m i e u x , R o y e r e t Donaldson de Sherbrooke. Plus


tête-à-tête

adapté à nos besoins de l’époque. La construction à elle seule a nécessité un investissement de plus d’un million de dollars. Avec les coûts rattachés à l’équipement, il s’agissait d’un investissement total d’environ 1,5 million de dollars.

tard, nous avons réalisé celle de la Ville de Sutton. Ce n’étaient pas de grandes stations, mais nous réalisions le projet au complet, un véritable clé en main. Les mandats ont-ils afflué dès le début ? — Il faut avouer que le timing était très bon. Environ deux ans suivant la création de mon entreprise, le gouvernement péquiste de l’époque annonçait le Programme d’assainissement des eaux du Québec. Nous avons donc eu de très bonnes a n n é e s j u s q u ’ e n 1 9 9 7. L’entre-prise a rapidement pris de l’expansion. À quel moment avez-vous déménagé l’entreprise à Terrebonne ? — En 1992. Nous nous sommes fait construire un bâtiment

Pourquoi les coûts de l’équipement étaient-ils si élevés ? — Parce que mon rêve était que mon entreprise en soit une de technologie. Pour ce faire, il fallait qu’elle soit axée sur la recherche et le développement. Nous en faisions déjà dans nos anciennes installations, mais nous n’étions pas vraiment bien organisés pour le faire correctement. Le nouvel édifice remédiait à ce problème. Il était pourvu entre autres d’un bassin intérieur de 6 m par 12 m par 7 m de profondeur, avec des hublots et tout l’équipement nécessaire. Le tout était opéré par une équipe permanente de 10 personnes. Nos budgets annuels de R&D variaient entre 300 000 $ et 500 000 $. Vous avez donc toujours eu un souci technologique ? — Oui. De plus, j’ai toujours été très manuel et porté sur la mécanique. Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours été très bricoleur et débrouillard. Côté professionnel, je me rappelle de quelques mises en route mémorables lorsque j’étais à

l’emploi d’Ecodyne, pour laquelle j’ai passé quatre ou cinq semaines à Timmins dans le nord de l’Ontario. On m’a envoyé chez Ectal Minings qui était, à l’époque, la plus grosse mine de cuivre du monde. Ecodyne leur avait fourni la station de traitement d’eau dans le cadre d’un projet clé en main. Il s’agissait d’un système complet d’alimentation d’eau de chaudières et je n’étais vraiment pas expert en la matière à ce moment-là. Mais j’ai néanmoins réussi à mettre cette usine en route malgré de multiples embûches et une énorme armoire de contrôle non vérifiée et contenant plein d’erreurs ! Ce genre de projet fut f o r m a teur pour moi; j’y ai vraiment parfait mes connaissances en mécanique, en électricité, en contrôle et, bien sûr, en traitement des eaux. Certaines tâches étaient par contre extrêmement dangereuses et j’ai failli m’électrocuter plus d’une fois dans des stations de pompage. Et en ce qui concerne les règles de sécurité au travail, disons simplement que les inspecteurs de la C.S.S.T. d’aujourd’hui s’en arracheraient les cheveux. Avez-vous regretté de n’être pas devenu ingénieur ? — Non, pas vraiment, sauf peut- être sur le plan p e r s o n nel. Au point de vue professionnel, j’ai vraiment eu de beaux défis, donc j’ai été comblé. Je crois que l’habit de fait pas le moine et que les connaissances techniques peuvent s’acquérir de différentes manières. J’avais, pour ma part, une bonne base de connaissances et j’ai toujours voulu apprendre davantage. De plus, j’ai toujours été entouré de personnes hautement qualifiées dans mon entreprise. Par la suite, je me suis beaucoup impliqué dans les procédés biologiques et le développement d’équipement spécialisé. Quel rôle le Programme d’assainissement des eaux québécois a-t-il joué dans entreprise ?

— C’était pour ainsi dire notre vache à lait. Notre marché local finançait, pratiquement, tous nos investissements de R&D et de marketing. En 1988, nous avons ouvert un bureau à Toronto qui faisait à peine un peu plus que ses frais. Nous avions donc un représentant pour l’Ontario et un autre pour le reste du Canada anglais et pour les États-Unis où ce n’était pas très facile en raison d’une forme de protectionnisme. Mais tout cela était lourd, cette structure nécessitait six ou sept ingénieurs de procédés seulement pour préparer les soumissions. Et, bien honnêtement, les résultats n’étaient pas aussi intéressants qu’au Québec. Mais comme tout roulait à un train d’enfer ici, nous continuions. Nous étions capables de payer notre nouvel édifice et nos 50 employés, dont les salaires combinés dépassaient le million de dollars. Vous avez donc diversififiéé vos marchés ? — Oui. En plus du marché nordaméricain, je me suis lancé dans l’international en 1996, plus particulièrement dans la région du Sud-Est asiatique. Je m’étais joint au consortium canadien Canora, présent principalement en Indonésie, pour par la suite p e r c e r l e s m a r ch é s d e s Philippines, de Taiwan et de Malaisie. Les résultats étaient fort encourageants. En peu de temps, nous avons réussi à obtenir quelques commandes. Mais en 1997, la fin du Programme d’assainissement et la crise monétaire asiatique sont venues brouiller les cartes. Vous ne vous y attendiez pas ? — Oui, mais j’ai été surpris par la rapidité à laquelle le marché s’est effondré. Les commandes provenant du marché québécois ont chuté de manière on ne peut plus draconienne. Du jour au lendemain, dans la même année, les commandes québécoises ont chuté de 80 %. Nous nous étions préparés à l’aprèsprogramme dès 19 87 en faisant de la recherche et du développement pour pouvoir exporter, mais l’ampleur de la

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chute fut trop grande et, surtout, trop rapide. Je crois qu’on ne pouvait pas prévoir une si forte baisse. Et vos autres marchés ? — En raison de la précarité de notre marché principal, nous étions plutôt fragiles à l’étranger pour des raisons économiques évidentes. Aux Philippines, où nous avions investi beaucoup d’efforts, notre partenaire local nous a joué dans le dos. Nous avions trois importants contrats sur le point d’être signés. Mais comme je m’étais quelque peu confié à lui, il savait que nous vivions une période de transition et que nos ventes québécoises étaient au point mort. Il connaissait donc notre v u l n é r a bilité et, plutôt que de nous aider, il nous a fait croire que nous avions perdu les contrats. J’ai su par la suite par

un de ses employés que c’était faux et qu’il était en train de les réaliser pour son propre compte. Il a imité nos signatures, s’est servi de nos factures et a fait une panoplie d’actes frauduleux pour arriver à ses fins ! Il croyait qu’en nous privant de ces trois contrats, en plus de notre situation au Québec, nous ne pourrions survivre bien longtemps et qu’il aurait ensuite le champ libre pour copier nos technologies. L’avez-vous poursuivi ? — Bien sûr, et ça a duré dix-huit mois. Il a été condamné une première fois et a même fait quelques jours de prison. Nous avons dû retourner en cour en deuxième instance. Mais disons qu’aux Philippines, le système judiciaire n’est pas tout à fait le même que le nôtre. Même si les preuves étaient accablantes, le

second juge a dit qu’elles étaient tout simplement insuffisantes. Il s’agit en fait tout simplement et malheureusement d’un système de pots de vin. Dans ce pays, l’argent achète tout... Le plus troublant de l’histoire est que ce triste personnage voulait vraiment ma mort. Il a même fait organiser une séance de sortilège vaudou à cette fin. Ces projets étaient-ils vitaux pour l’entreprise ? — Dans le contexte, on peut dire que oui puisque nous y avions consacré énormément d’efforts, de temps et d’argent. Nous y avions même envoyé un ingénieur en conception et un technicien de service pendant plusieurs mois. Le fait que nos contrats en Amérique du Nord étaient peu nombreux n’avait rien pour arranger les choses.

Comment les banques ont-elles réagi ? — C’est à ce moment que notre cauchemar a débuté. À midi, le 23 décembre, un huissier est entré et ma remis une lettre. Je m’en rappelle bien puisque tous les employés venaient me saluer avant les vacances de Noël. Que disait cette lettre ? — Elle disait qu’ils m’aimaient bien, mais que je leur devais près d’un million de dollars et que, selon eux, leur créance pouvait être en danger. Ils me donnaient quelques jours pour les rembourser. Croyez-vous que c’était justififiéé ? — Non, ils n’ont pas bien fait leur travail. Ils ne connaissaient pas bien le dossier et ont paniqué. Mises à part les deux dernières années, l’entreprise faisait des profits année après année

On le cuisine pour vous! Avez-vous une clause de nonconcurrence dans votre contrat avec Premier Tech ? — Oui, c’est standard. Avez-vous encore la fifibbre « entrepreneur » ? — Non. Je me sens très en forme physiquement et moralement, mais j’aimerais bien prendre ma retraite dans un avenir pas si lointain. Après avoir travaillé durant plusieurs années 12 heures par jour et 7 jours par semaine, je crois qu’il sera bientôt temps de penser à moi, à ma femme Nicole et à nos deux filles, Chantal et Marie-Hélène. C’est certain que ma famille a souffert de mon absence. Avez-vous des regrets à ce niveau ? — Évidemment, c’est une question de valeur. Avec le recul, on doit se demander ce qu’on va léguer après notre passage sur terre. En ce sens, je suis très fier que ce à quoi j’ai mis tant d’efforts se poursuive par le biais de Premier Tech. Si c’était à refaire, feriez-vous le

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même parcours ? — Je crois que oui. Je le ferais peut-être un peu différemment, c’est certain. Mais l’expérience ne s’achète pas et, quand on débute, on commet tous des erreurs. Mettriez-vous autant d’efforts dans votre entreprise ? — Oui. À mon sens, il est impossible pour une PME dans notre domaine de réussir sans la présence de véritables company men, à moins d’acheter une entreprise déjà existante. Par contre, si on démarre à zéro, avec nos propres moyens, je crois qu’il est impensable que quelqu’un ne travaille que 40 heures par semaine et réussisse. Vous avez dit avoir eu des problèmes de santé… — E f fe c t i v e m e n t . J ’ a v a i s développé des problèmes de sommeil lorsque je voyageais. C’était complètement fou ! Je partais de Montréal à 21 h 30 pour arriver à Manille à 6 h 50. Je devais ensuite effectuer ma journée de travail normalement. Le résultat ne s’est pas fait attendre. J’ai été suivi durant près de trois ans à la Clinique du sommeil de l’Hôpital Sacré-Cœur après avoir complètement perdu

le sommeil. Cela s’est produit au même moment où je devais relever mon entreprise. Vos problèmes fifinnanciers vous ont-ils en quelque sorte rendu malade ? — Non, j’ai une santé de fer. Mais disons que ce fut extrêmement difficile de redresser l’entreprise au moment où mon horloge biologique était complètement détraquée. Avez-vous réglé vos problèmes de sommeil ? — Mon sommeil est toujours fragile, je fais donc très attention. Je dirais que c’est réglé à 80 %. J’ai cependant appris à récupérer vite. Quelquefois je ne dors que trois ou quatre heures par nuit pour ensuite faire mes journées de travail. Ça fait bien longtemps que je n’ai pas dormi pendant huit heures… Avec le recul, croyez-vous que la construction de votre édifificce de Terrebonne était une bonne décision ? — En fait, nous n’avons eu aucun problème à effectuer les paiements au fil des ans. Mais la fin du programme, jumelée à la chute des marchés économiques

asiatiques, a changé la donne. Il aurait donc fallu que nous puissions prévoir la perte de 80 % de notre chiffre d’affaires d’un seul coup. Croyez-vous avoir manqué d’expérience ? — Habituellement, la situation d’une entreprise décline doucement. Dans ce cas-ci, je crois qu’effectivement nous avons été pris par surprise. Avez-vous encore des contacts avec le fameux Philippin ? — Non, pas avec lui, mais nous avons toujours un partenariat avec D.M.C.I. à Manille, qui était un de nos meilleurs clients à l’époque. Quel conseil donneriez-vous à un jeune entrepreneur ? — Outre d’avoir une bonne somme d’argent en banque au départ, je dirais qu’il est essentiel de pouvoir compter sur une conjointe compréhensive. Il faut qu’elle puisse travailler et s’occuper des enfants, car son conjoint ne sera pas souvent à la maison. Mais, surtout, elle doit partager le même rêve, sinon il y aura toute sorte de tiraillements et beaucoup de problèmes.


tête-à-tête depuis 18 ans et l’avenir était très prometteur. D’ailleurs, les pertes de la première années étaient dues à nos investissements massifs. Nous n’avions simplement pas eu la chance de récolter le fruit de nos efforts. Pour ce qui est de la deuxième année, le bilan négatif était attribuable à la chute du marché québécois. Donc, pour pallier cette deuxième année déficitaire, il aurait fallu qu’après la première année de pertes je restructure l’entreprise et ferme mon département de R&D qui, dans les faits, était ma planche de salut. C’était donc une sorte de cercle vicieux. Comment avez-vous réagi ? — Je n’ai pas lancé les clés sur la table en disant à la banque : « Débrouillez-vous avec le problème ». Je ne pouvais me résigner à déclarer faillite. J’ai plutôt retroussé mes manches et j’ai continué à travailler encore plus fort. La compagnie n’a jamais vraiment fermé. Nous avons par contre diminué notre nombre d’employés à cinq ou six à un certain moment. Quel type d’entente avez-vous pris avec la banque ? — D’entrée de jeu, je tiens à préciser que la banque n’a pas perdu un seul sou. Il nous restait quelques contrats à finaliser en Ontario et dans les Maritimes; nous avons utilisé cet argent pour rembourser la banque. Par la suite, nous avons fait une proposition de rachat à la BDC qui était la dernière créancière de l’entreprise. Nous n’avons malheureusement pas pu récupérer le bâtiment. Du reste, les nouveaux propriétaires ont

rasé le bassin et ont coulé du béton dans la partie creusée. C’est un peu comme si on mettait fin à un vieux rêve. Comment vous y êtes-vous pris pour relever l’entreprise ? — Nos travaux effectués en recherche et développement n’étaient complétés qu’à 60 %, mais nous pouvions tout de même soumissionner sur des projets très fonctionnels. Dans le fond, nous n’avons tout simplement fait que continuer de miser sur nos technologies développées au cours des 10 dernières années. Puis nous avons poursuivi notre program-me de recherche et développement au niveau des réacteurs biologiques séquentiels (RBS), qui sont notre spécialité à l’étranger. Était-il nécessaire de poursuivre un programme de recherche et développement important ? — Oui, puisque le RBS est un procédé complexe et entièrement automatisé dans lequel il n’y a pas place à l’erreur. Peu importe ce qui arrive, même si l’opérateur n’est pas présent, l’automate doit traiter l’eau en prenant sur le champ la bonne décision. Je dirais que nous faisons autant de R et D qu’avant et nous avons maintenant des R BS pouvant faire de la déphosphoration biologique ou encore pouvant traiter du lixiviat comportant des charges ammoniacales de plus de 2000 mg/l. D’autres procédés RBS peuvent littéralement inhiber la n i t r i f i c a tion. Nous récoltons présentement les bénéfices de n o s i n v e s t i s s e m e n t s . Pa r exemple, nous avons obtenu dernièrement le contrat du site d’enfouissement de Sainte-

Sophie d’Intersan au Québec. Au niveau international, les choses se passent aussi très bien. Je reviens justement d’un voyage en Chine pour défendre une proposition technique pour laquelle nous sommes en c o m pétition avec le géant Véolia et nos chances d’obtenir le contrat en raison de notre avancement technologique sont excellentes. Quelle est la situation pour votre entreprise au Québec ? — Le marché québécois des eaux usées a tourné au ralenti jusqu’en 2003. Mais, depuis, on sent qu’il y a un regain. De notre côté, nous sommes bien positionnés depuis notre rachat par Premier Tech. À quel moment la vente fut-elle officialisée ? — La vente a été effective le 1er juin 2004. Ça fera bientôt un an. Pourquoi avoir vendu l ’ e n treprise après l’avoir si brillamment relevée ? — J’ai relevé un énorme défi en redonnant à la compagnie l’essor et la valeur qu’elle avait avant ses problèmes financiers. Cela fut très exigeant en termes d’efforts et de temps, sans oublier que j’ai eu quelques problèmes de santé. Et puis je vais avoir 59 cet été et ma conjointe, depuis fort longtemps, aimerait que je lève le pied quelque peu. Le prix de vente était-il satisfaisant ? — L’ e n t r e p r i s e c o n n a î t actuellement une croissance fulgurante. À titre d’exemple, suite aux efforts des dernières années et à notre passage aux

mains de Premier Tech, nous avons plus que doublé notre chiffre d’affaires cette année. Donc lorsque j’analyse la transaction avec un peu de recul, je me dis que j’aurais dû attendre pour obtenir un meilleur prix ! (Rires.) Mais, plus sérieusement, ce serait trop facile à dire et, de toute façon, je suis bien heureux de la transaction, elle me satisfait pleinement. Je peux prendre une retraite en continuant mon train de vie, en voyageant et en jouant au golf tous les jours ! Devez-vous demeurer à l’emploi de l’entreprise pendant un c e r tain temps ? — Oui. Je vais bientôt terminer la première année d’un contrat de trois ans. Mon rôle est d’assurer le transfert technologique et le développement des marchés internationaux, principalement en Chine, en Corée du Sud et au Moyen-Orient. Avez-vous de bonnes relations avec Premier Tech ? — Excellentes ! Il s’agit d’un groupe bien structuré avec une direction éclairée et un plan d’action très dynamique. Tous les employés d’Éco-Process Équipements ont été très bien traités. Il n’y a que du positif. Croyez-vous que les dirigeants de Premier Tech aimeraient vous garder à leur emploi à l ’ e x piration de votre contrat ? — Il est certain que le 1er juin 2007 approche rapidement et que mon départ les préoccupe. Nous en parlons souvent. Il est possible qu’une nouvelle entente pourrait m’intéresser à ce moment-là, mais une chose est certaine, je veux toutefois pouvoir ralentir la cadence et pouvoir me retirer lorsque je le voudrai. Monsieur Desjardins, merci beaucoup !

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INFRASTRUCTURE URBAINE

RÉV I S I O N D E 2 004 D E S

Devis normalisés techniques

François Lalande Ingénieur Président, AQEEA aqeea@qc.aira.com

articles ont subi une refonte complète et que de nombreux ajouts et précisions ont été apportés.

Propos recueillis par André Dumouchel, article rédigé par Annie Talbot.

Le 300 est un ouvrage de référence utilisé dans le domaine des infrastructures municipales au Québec. Il fait état de normes de qualité et de conformité à respecter relatives à la fabrication des matériaux, à leur installation et aux matières premières entrant dans la construction de systèmes d’égouts et d’aqueduc. L’ensemble de ces normes, qui tient compte des connaissances techniques actuelles, a pour objectif de s’assurer de la performance des ouvrages en visant une durée de vie d’au moins 50 ans.

Le document Devis normalisés techniques : travaux de construction – clauses techniques générales – conduites d’eau potable et d’égouts, plus communément appelé dans le milieu le « 300 » en référence au numéro de catalogue du Bureau de normalisation du Québec (BNQ), a été l’objet d’une révision en profondeur au cours des dernières années. La dernière édition datait de 1987 et comportait quelque 80 pages. Cette troisième édition compte environ 325 pages, en plus des annexes, des références et de l’imposante bibliographie. C’est donc dire que certains

Le 300 et ses objectifs

En établissant des normes, le 300 oblige les entrepreneurs à faire effectuer des tests de conformité et contrôler les travaux d’excavation par des laboratoires spécialisés. Peu d’entrepreneurs font effectuer ces tests sur le chantier, ce qui

constitue d’ailleurs le maillon faible des travaux. Un matériau doit obligatoirement respecter toutes les normes prévues par le 300. Or, sans tests d’un laboratoire indépendant, comment savoir que les matériaux livrés au chantier respectent les normes requises au devis ? Prenons l’exemple d’un tuyau de plastique, lequel a la caractéristique de n’être jamais parfaitement circulaire. Les normes de fabrication stipulent que la déformation de la circonférence d’un tel tuyau ne doit pas excéder 2 %. Au chantier, ce sont au plus 5 % de déformation qui peuvent être acceptés. Un an après la mise en terre de la conduite, cette dernière ne doit pas présenter de déformation supérieure à 7,5 %. Ces normes permettent d’assurer la performance du tuyau pendant 50 ans malgré l’action constante exercée sur lui par le poids de la terre. C’est ainsi que le 300 contribue à ce que soient évités des problèmes

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RÉVISION DE 2004 DES DEVIS NORMALISÉS TECHNIQUES

découlant notamment de défauts de fabrication et qui entraînent des dépenses imprévues souvent astronomiques. Combien coûte, par exemple, la fermeture d’une autoroute due à l’éclatement d’un tuyau ? En plus des travaux de réfection proprement dits, des coûts indirects s’ajoutent à la facture : la mobilisation d’une patrouille, le détournement de la circulation sur les routes secondaires pendant la durée des travaux, routes non conçues pour supporter une importante circulation de poids lourds et qui devront être réparées à court terme, etc.

et des Régions du Québec oblige les municipalités à exécuter leurs travaux conformément aux normes du 300, sans quoi elles risquent de voir leur financement refusé par le gouvernement du Québec. En outre, une municipalité doit faire la preuve – émission d’un certificat de conformité par l’ingénieur responsable – que les travaux réalisés antérieurement sans subvention respectent les normes édictées dans le

300. Certes, les municipalités peuvent toujours choisir de suivre leurs propres normes, mais elles hypothèquent alors leur accessibilité au financement. Il est possible de se procurer les Devis normalisés 1809-300/2004 auprès du BNQ au coût de 250 $. ■ Site Web du BNQ : w w w. b n q . q c . c a .

Les travaux de révision Les travaux du comité de révision, comité chapeauté par le B NQ et constitué de 14 représentants d’organismes tels l’Ordre des ingénieurs, l’Union des municipalités, les ministères du Transport, de l’Environnement, des Affaires municipales et des Régions du Québec, ont nécessité près de six ans de discussions et de recherches, soit de 1997 à 2003. Parallèlement, des souscomités, composés de 18 représentants de divers fabricants de matériaux, ont contribué aux travaux par leur apport technique. Le projet de révision a connu quelques ratés à ses débuts. Commencés et interrompus en 1992 en raison de la difficulté à trouver une orientation commune, les travaux ont repris en 1997. Pour ma part, je me suis joint au comité en 1998 à titre de représentant de l’Association québécoise des entrepreneurs en égout aqueduc. Les textes devant constituer le 300 ont finalement été présentés à un comité de 12 ingénieurs pour approbation. De plus, toute personne intéressée à commenter cette édition revue, corrigée et augmentée pouvait se procurer un exemplaire du document. En somme, ce sont près de 600 pages de commen-taires qui ont été émis et dont le comité de révision a tenu compte pour mettre au point la version finale de cet imposant document. Finalement, c’est en juillet 2004 que la troisième édition du 300 a vu le jour. Le 300 se veut évolutif, en ce sens que le comité prévoit le réviser une ou deux fois par année suivant les commentaires émis par les ingénieurs et l’évolution des techniques.

Des travaux conformes au 300 : une obligation Le ministère des Affaires municipales Le magazine de l’eau au Québec SOURCE VOL. 1 NO 2 PRINTEMPS 2005

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SANTÉ PUBLIQUE

LE SPECTRE DE

Walkerton

Pierre Payment Ph.D., professeur, INRS-Institut Armand-Frappier pierre.payment@ inrs-iaf.uquebec.ca

Ma plus grande crainte relativement à l’eau potable est la qualité de l’eau du robinet chez les gens approvisionnés par un puits. Combien d’entre eux font a n a l y s e r l e u r e a u c h a q u e j o u r, chaque semaine, voire chaque mois, comme le font les villes ? Des événements comme ceux de Walkerton au printemps 2000 nous ont rappelé la valeur d’une eau potable de qualité. En ce cinquième anniversaire de ce triste événement, il est opportun de se poser quelques questions. L’épidémie de gastroentérite causée par des E. coli O157:H7 a fait plusieurs morts et de nombreux malades, dont certains portent encore des séquelles. Pourtant, partout au Canada et aux États-Unis, nous n’hésitons pas à ouvrir le robinet et à boire un verre d’eau. Ce geste est

eau souterraine dont la qualité reste inconnue. La qualité de l’eau souterraine peut être très variable, surtout lorsqu’il s’agit de puits peu profonds. Or, la majorité des propriétaires ne se préoccupent guère de la qualité de l’eau qui sort de leur robinet. Ils ne connaissent pas non plus l’état de leur fosse septique, ne l’ont jamais fait vider et, dans certains cas, ne savent même pas où elle se trouve. Les fosses septiques sont une source importante de microorganismes pathogènes qui polluent parfois la nappe d’eau souterraine sur de longues distances, contaminant l’eau potable des voisins. Sur l’île d’Orléans, une épidémie d’hépatite virale a affecté de nombreux habitants. La cause ? Une fosse septique mal entretenue, qui a contaminé les puits de plusieurs résidences voisines. Le virus était encore présent dans l’eau souterraine après plusieurs mois ! Les petits réseaux et les puits privés sont devenus un enjeu de santé publique. On connaît mal leurs effets sur la santé humaine, car peu d’individus sont affectés en même temps. De plus, il est fréquent que ceux qui habitent la maison ou qui sont desservis par un petit réseau développent une certaine résistance aux microbes présents dans les fosses

Nous sommes bien protégés, dans nos villes, par des opérateurs compétents qui assurent l’alimentation en eau potable 24 heures par jour

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devenu naturel depuis notre enfance et très rares sont ceux ayant eu des p r o blèmes de santé associés à la consommation d’eau du robinet. Nous avons généralement confiance en cette eau même si les médias nous inondent d’informations souvent contradictoires.

septiques ou dans les fumiers épandus aux environs. Malheur à eux quand un nouveau microbe apparaît ! Mais ce sont surtout les visiteurs et les touristes qui seront les plus à risque. Nous connaissons d’ailleurs bien l’effet de la consommation d’eau au Mexique...

Suite aux événements de Walkerton, la réglementation sur l’eau potable a été mise à jour à peu près partout au Canada et je suis convaincu que l’eau distribuée par la majorité des villes et municipalités est potable et sécuritaire. Il reste cependant un grand nombre de petites municipalités, d’entreprises saisonnières comme les campings, de parcs de maisons mobiles et des milliers de résidences qui sont approvisionnés en

La réglementation sur l’eau potable telle qu’elle existe peut difficilement s’appliquer aux tout petits réseaux et il serait certainement illusoire d’essayer d’en faire l’application au niveau résidentiel. Il y a bien une obligation, lors de la vente d’une résidence, d’assurer au nouveau propriétaire une eau potable en quantité suffisante et d’une qualité telle qu’elle ne représente pas de risques pour la santé. Si nous voulons atteindre

Le magazine de l’eau au Québec SOURCE VOL. 1 NO 2 PRINTEMPS 2005

l ’ o b jectif de protéger la population contre ces risques, nos meilleurs outils au niveau résidentiel demeurent l’information et l’éducation. Dans le cas des microréseaux, l’exploitant a aussi des responsabilités : il doit s’assurer que l’eau qu’il distribue satisfait aux normes de potabilité chimique et microbiologique. Dans les deux cas, il faudra non seulement offrir des solutions technologiques pour traiter les eaux qui ne satisfont pas aux normes, mais également évaluer le rapport coûtbénéfice de ces traitements. Quel est le niveau de protection que nous devrions atteindre pour ces petites populations ? Doit-il être le même que celui visé dans les grandes villes ? Est-il possible de traiter l’eau distribuée par un petit réseau à chaque résidence (point d’entrée) ou encore de n’avoir qu’un seul robinet où l’eau soit potable (point d’utilisation) ? Nous sommes bien protégés, dans nos villes, par des opérateurs compétents qui assurent l’alimentation en eau potable 24 heures par jour. Plus nous nous éloignons des grands centres urbains, plus le risque augmente. La plus grande source de risques vient alors de ce robinet approvisionné par un puits dont personne ne vérifie la qualité de l’eau. Je reste donc méfiant vis-à-vis ces gens qui m’assurent que leur eau est potable parce qu’ils ne sont pas malades; on m’a déjà affirmé la même chose dans un pays en voie de développement qui présentait un taux très élevé de maladies gastro-intestinales... ■


NOUVELLES TECHNOLOGIES

Janick Lemay ingénieur janick.lemay@sympatico.ca

En juin 2001, le Québec adoptait le Règlement sur la qualité de l’eau potable (RQEP), qui nous plaçait alors dans le peloton de tête au niveau des réglementations sur l’eau potable. Paral-lèlement, le Guide de conception des ins-tallations de production d’eau potable ( Guide de conception ) a été réalisé afin de présenter la description ainsi que les critères de conception des différentes technologies de traitement qui satisfont aux exigences du RQEP. Dans les cas où une technologie de traitement ou son application est considérée nouvelle, le Comité sur les technologies de traitement en eau potable (CTTEP) évalue et

LE CT TE P, L A S E NTI N E LLE D E S N O UV E LLE S TE C H N O LO G I E S E N E A U P OTA B LE

statue sur son niveau de développement au regard de l’application du RQEP. Le Comité est formé de représentants du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) et du ministère des Affaires municipales et des Régions (MAMR) ainsi que d’un expert issu du milieu universitaire. Les membres du Comité sont : Donald Ellis, MDDEP Benoît Barbeau, École Polytechnique de Montréal Tony Di Fruscia, MAMR Janick Lemay, MAMR Hiep Trinh Viet, MDDEP Thien Tu Tran, MAMR Essentiellement, le Comité recueille les renseignements auprès des promoteurs, analyse les technologies par rapport aux critères entendus, détermine le niveau de développement et les conditions d’application et, finalement, produit une fiche d’évaluation technique et de classement.

Chaque technologie est assujettie à une procédure d’analyse caractérisée par quatre étapes d’avancement distinctes, soit : 1. niveau expérimental : technologie qui doit faire l’objet d’essais en laboratoire ou sur un prototype afin d’en parfaire le développement et d’acquérir des données de performance à court terme (pas d e p r o duction d’eau potable pour consommation humaine et pas de fiche technique); 2. démonstration à l’échelle pilote : technologie qui doit faire l’objet d’essais pilotes afin d’en parfaire le développement et d’acquérir des données de performance sur une période de trois mois dans des conditions de fonctionnement stable (pas de production d’eau potable pour consommation humaine et pas de fiche technique); 3 . v a l i d a t i o n à l ’ é ch e l l e r é e l l e : technologie qui doit faire l’objet

Le magazine de l’eau au Québec SOURCE VOL. 1 NO 2 PRINTEMPS 2005

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L E C T T E P, L A S E N T I N E L L E D E S N O U V E L L E S T E C H N O L O G I E S E N E A U P O T A B L E

d’un projet de validation avec l’implantation d’une station de traitement d’eau potable à pleine échelle pour l’alimentation d’un système de distribution d’eau potable et qui nécessite la réalisation d’un suivi sur une période d’au moins 12 mois (production d’une fiche technique). Un maximum de cinq installations peuvent être réalisées; 4. éprouvée : technologie qui est traitée de la même façon qu’une technologie reconnue dans le Guide de conception (production d’une fiche technique). En cas de non-respect des performances décrites dans la fiche technique d’une ou de plusieurs installations autorisées, la technologie sera déclassée et aucune nouvelle autorisation pour cette technologie ne sera émise à moins que des correctifs aient été apportés et aient démontré à la satisfaction du Comité que les problèmes ont été résolus. L’ensemble des procédures de même que les détails relativement au rapport d’ingénierie et aux différents suivis exigés sont présentés sur le site Web du MDDEP. Il en est de même pour la liste des promoteurs, les fiches d’évaluation techniques produites et la liste des projets réalisés lorsque la technologie est en validation à l’échelle réelle. Actuellement, plus de 20 promoteurs ont soumis une demande de fiche d’évaluation technique :

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Le magazine de l’eau au Québec SOURCE VOL. 1 NO 2 PRINTEMPS 2005

TECHNOLOGIE

NOMBRE TOTAL DE DEMANDES

FICHES PRODUITES

7 2 1 3 2 6

3

Filtration membranaire Ozone – filtration lente Enlèvement du fer et manganèse Traitement physico-chimique Filtration Désinfection Les fiches produites sont : DaguaFlo-UF (Dagua); DaguaFlo-UMF (Dagua); NanH2Ofiltration (H2O Innovation), dont une fiche pour les crédits d’enlèvement et le suivi d’intégrité; Aquadaf (Degrémont); Aquaplast (Consultants LBCD); DaguaFlo (Dagua); Hallettmc (UV Pure); SPV Series Platinum (R-Can); Trojan UV Pro séries, UVSwiftSC, UVSwift; UV Wedeco, séries A, B, K et LBA.

Par ailleurs, il est important de souligner que certains manufacturiers ayant présenté une demande ont complété leurs essais pilotes ou leur certification (UV) et sont en attente des recommandations du Comité relativement à leur fiche technique. Chacune des fiches techniques présente : ■ le niveau de développement; ■ les données générales (coordonnées du promoteur ou de son représentant au Québec); ■ une description de la technologie

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(généralités, schéma d’écoulement, critères de conception); ■ le niveau de développement. Le CTTEP a maintenant près de cinq ans de travail derrière lui. Il est certain que les exigences du Comité ont nécessité pour plusieurs promoteurs la réalisation d’essais pilotes souvent très coûteux. Toutefois, il ne faut pas oublier que le RQEP est très sévère et, à ce chapitre, il a été nécessaire pour plusieurs promoteurs de documenter la performance de leurs équipements même si, dans certains cas, ces équipements assuraient la production d’eau potable depuis plusieurs années. Le CTTEP exige les mêmes renseignements de chacun des promoteurs. Donc, si un promoteur a déjà des installations en opération ou s’il a des certifications (UV), il peut les utiliser pour préparer son rapport d’ingénierie qu’il soumettra au CTTEP; à l’inverse, s’il n’a pas d’installation ou de certification, il devra réaliser des essais. L’avantage majeur que représente le CTTEP, c’est que les promoteurs n’ont recours qu’à une seule instance pour faire reconnaître leur technologie et que les procédures du Comité sont très explicites sur les renseignements requis pour obtenir un classement et une fiche technique. ■


LE MUNICIPAL

L’ÉTAB LI SS E M E NT D’I N D I CATE U R S

de performance municipaux

Christian Sauvageau directeur, Service de l’hygiène du milieu Ville de L’Assomption u s i n e f i l t ra t i o n @ v i l l e . lassomption.qc.ca

Le ministère des Affaires municipales et des Régions, anciennement le ministère des Affaires municipales, du Sport et des Loisirs, s’est doté d’outils de gestion visant à soutenir les municipalités dans leur prise de décision afin d’améliorer leur prestation de services. L’objectif de l’implantation d’indicateurs de performance est de permettre à ces municipalités de disposer de données basées sur des critères identiques, que leurs citoyens consulteront pour obtenir un portrait global de la gestion de leurs infrastructures et services. Le processus de sélection des indicateurs a débuté en 1999 avec la concertation de plusieurs partenaires, dont bien sûr les élus municipaux, mais aussi l’UMQ, la FQM, divers représentants municipaux et des associations profes-sionnelles issues du domaine de la comptabilité. Une liste de 120 indicateurs de gestion a été dressée. Leur implantation se fera graduellement et c’est pour cette raison que, pour la mise en route de cette démarche, la liste a été réduite à 19 indicateurs obligatoires. Parmi ceux-ci, 7 indicateurs réfèrent à l’hygiène du milieu. Ils sont détaillés dans le tableau 1. La date limite pour la transmission des résultats de l’exercice financier 2003, soit le point de départ de la démarche, a été fixée au 30 septembre 2004. Au moment de la rédaction de cet article, les résultats pour FONCTION ET ACTIVITÉ HYGIÈNE DU MILIEU Approvisionnement en eau, traitement et réseau de distribution

Traitement des eaux usées et réseaux d’égout

l’exercice 2003 n’étaient pas encore connus, mais déjà des discussions « animées » étaient en cours. En effet, le premier réflexe pour un conseil de ville, ses fonctionnaires municipaux ou ses citoyens eux-mêmes sera de regarder les résultats des voisins immédiats ou ceux des municipalités de même envergure. Ainsi, une « saine compétitivité » s’enclenchera…

Pour obtenir plus de renseignements, visitez le site du ministère à l’adresse suivante : www.mamr.gouv.qc.ca

Par contre, il faudra mettre un véritable bémol aux résultats reflétés par ces indicateurs, car il incombe à chacune des municipalités d’assumer la responsabilité de l’analyse de ses résultats. Et c’est probablement à ce moment qu’elles commenteront leurs facteurs d’influence. En effet, chacune des municipalités pourra mentionner des facteurs d’influence afin de justifier ses résultats. À titre d’exemple, pour l’indicateur de gestion « approvisionnement en eau, traitement et réseau de distribution », il est évident qu’une municipalité qui vient d’investir dans la mise aux normes de ses installations, comparativement à une autre qui ne l’a pas fait, aura un résultat différent en raison de l’amortissement de la dette qu’elle a contractée pour procéder à un tel investissement. (Les autres facteurs susceptibles d’influencer les résultats sont aussi mentionnés ci-contre.)

■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■

L’autre inquiétude des décideurs municipaux est de savoir si le ministère compte utiliser cet outil avant d’accorder des subventions sans, justement, tenir compte de ces « facteurs d’influence », ce qui favoriserait certaines municipalités et en léserait d’autres. En d’autres mots, les villes qui seront performantes pourront compter sur l’appui financier du ministère alors que les autres continueront d’opérer en « eaux troubles ». Pourtant, c’est justement le manque de financement qui, quelquefois, est responsable de la piètre qualité de services.

INDICATEUR

FACTEURS D’INFLUENCE PRÉDÉTERMINÉS : HYGIÈNE DU MILIEU - Approvisionnement en eau, traitement et réseau de distribution Politique d’économie de l’eau Immobilisations amorties Programme de détection des fuites État du réseau Vétusté de l’équipement Type de traitement Capacité des usines Population en transit Modalités des ententes intermunicipales ■ Topographie

HYGIÈNE DU MILIEU - Traitement des eaux usées et réseaux d’égout ■ ■ ■ ■ ■

■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■

DÉFINITION

Nombre de citoyens (densité) Industrie Population en transit Degré de pollution Existence d’un programme d’entretien préventif Existence d’un programme de détection des fuites État du réseau Profil du territoire Type de traitement Capacité de l’usine Nombre de débordements Nombre de mm de pluie Existence d’une réglementation sur les clapets Type de réseau (pluvial, sanitaire, combiné) FORMULE

Respect des normes provinciales

Nombre de fois où les tests ont révélé que les normes provinciales n’étaient pas respectées

Nombre d’avis d’ébullition : a) pour l’ensemble du territoire desservi par le système de distribution d’eau b) pour une partie du territoire desservi par le système de distribution d’eau

Bris par kilomètre de conduite

Nombre de bris d’aqueduc par kilomètre de conduite d’eau

Nombre de bris d’aqueduc Nombre de km de conduite d’eau

Coût de distribution par kilomètre de conduite

Coût de l’activité de distribution de l’eau potable par rapport au nombre de kilomètres de conduite d’eau dont l’organisme municipal est propriétaire

Coût de l’activité de distribution de l’eau potable Nombre de km de conduite d’eau

Coût de traitement et d’approvisionnement par mètre cube

Coût pris en charge par l’organisme municipal pour traiter un mètre cube d’eau et s’en approvisionner

Coût de l’activité d’approvisionnement et de traitement de l’eau potable + services rendus Nombre de m3 d’eau circulant dans le réseau

Coût de distribution par mètre cube

Coût pris en charge par l’organisme municipal pour distribuer un mètre cube d’eau potable

Coût de l’activité de distribution de l’eau potable Nombre de m3 d’eau circulant dans le réseau

Coût du traitement par mètre cube

Prix de revient du traitement d’un mètre cube d’eaux usées

Coût de l’activité de traitement des eaux usées + services rendus Nombre de m3 d’eaux usées traitées

Coût du réseau par kilomètre

Coût du maintien du réseau d’égout par kilomètre d’égout

Coût de l’activité réseaux d’égout Nombre de km de conduite d’égout

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N O UV E AUTÉS E T TE N DA N C E S D U M A R C HÉ D U TR AITE M E NT D E S E AUX U SÉE S (suite)

EAUX USÉES

François Séguin ing., M. Ing. Vice-président, Mabarex fseguin@mabarex.com

Les tendances mondiales se confirment. Il y a : ■ moins de consommation de produits

chimiques;

■ diminution des volumes de boues

produites; ■ sensibilisation face à la réduction d’azote; et ■ adaptabilité des filières en fonction de la réutilisation des eaux. Et, bonne nouvelle, le Québec n’est pas distinct en matière de traitement des eaux usées. Lors de la chronique précédente, nous avons identifié deux types de technologies récentes qui répondent aux tendances actuelles. Présentées sous les noms de « bioréacteurs à membranes » (MBR : Membrane BioReactor) et de « bioréacteurs à cultures fixes fluidisées » (SMBR : Suspended Media BioReactor ou IFAS : Integrated Fixed Film Activated Sludge), ces technologies ont la cote des revues scientifiques les plus prestigieuses.

réduire considérablement la taille des bassins (de deux à cinq fois). Quant à la séparation membranaire, elle élimine les problèmes liés au foisonnement des boues et n’est aucunement perturbée par l’apparition de bactéries filamenteuses. De plus, la qualité de l’effluent clarifié par les membranes d’ultrafiltration (0,01 à 0,1 micron) est supérieure à celle d’une filière conventionnelle utilisant une filtration tertiaire sur sable (20 à 30 microns).

Le premier bioréacteur à membranes (MBR) au Québec La toute nouvelle usine de production de gélatine Progel à Terrebonne, très soucieuse de son image corporative, s’est imposé des critères de rejet beaucoup plus sévères que ceux attribués normalement aux rejets industriels et vise même à moyen terme la réutilisation complète de ses eaux usées issues de la production de gélatine. À court terme, la qualité des effluents traités de Progel sera conforme aux normes de rejet pluvial. Ces normes sont plus strictes que les normes imposées à la majorité des usines d’épuration municipales.

La filière de traitement comprend plusieurs étapes. Le traitement primaire consiste en une séparation grossière des solides, suivie d’une séparation très fine, d’un ajustement de pH, d’une coagulationfloculation et d’une clarification par flottation à air dissout. Le traitement secondaire est assuré par un système MBR composé principalement d’un bioréacteur à très haute concentration de microorganismes, suivi d’une unité de filtration membranaire permettant la séparation des solides biologiques et autres à un niveau d’ultrafiltration (0,01 à 0,1 micron). Enfin, la désinfection de l’effluent est assurée par une unité de rayonnement ultraviolet. Le tableau suivant présente les différents paramètres, tirés du règlement municipal, relatifs à la qualité exigée des effluents industriels rejetés dans l’égout pluvial, comparés aux valeurs propres de Progel avant et après les principales étapes de traitement. Le très haut niveau de traitement, associé à la filière de traitement retenue, représente une première au Québec et permettra à Progel de boucler la boucle hydrique. ■

En effet, le numéro de mars 2005 de la revue scientifique américaine WE&T ( Water Environment & Technology ), associée à la WEF (Water Environment Federation), réservait quatre de ses six articles scientifiques à ces deux types de technologies, en plus de présenter en page frontispice une installation de type MBR. Nous vous proposons donc un bref rappel de la technologie (M B R) et vous présentons sa première installation en sol québécois.

Les bioréacteurs à membranes (MBR) La technologie des bioréacteurs à membranes correspond tout simplement à l’adaptation d’une boue activée conventionnelle pour laquelle la clarification secondaire est assurée par une séparation membranaire. Cette technologie permet de concentrer la liqueur mixte des bioréacteurs à des valeurs pouvant atteindre les 12 000 à 15 000 mg/l en MLSS. Ces fortes concentrations permettent de

Concentration et pourcentage d’enlèvement des paramètres contrôlés Paramètres Eau Flotatteur à Bioréacteur Normes à traiter air dissout à membrane relatives à l’égout Conc. % d’enlèv. Conc. % d’enlèv. pluvial DBO5 (mg/l) MES (mg/l)

2000

500

75

<5

99

15

1200

500

58

<5

99

30

H & G (mg/l)

1200

100

92

<5

95

15

15

5

67

<1

99

1

3–8

6–8

NA*

6 – 9,5

NA*

5,5 – 9,5

Pt (mg/l) pH * non applicable

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ASSAINISSEMENT DÉCENTRALISÉ

COURT-CIRCUITAGE HYDRAULIQUE

dans les fosses septiques1

Christian Vézina ingénieur Bioprocess bioprocess@sympatico.ca

Dimensionnée pour la performance La fabrication d’une fosse septique conventionnelle nécessite que l’on prévoit une zone d’air libre au-dessus du niveau d’eau pour « l’entreposage des écumes flottantes » et, à l’occasion, pour le « stockage temporaire des surcharges » (Baumann 1978). Mais, en pratique, quelles sont les véritables fonctions de cette zone d’air et est-ce vraiment une bonne chose ? Dans son livre publié en 1984, The Septic Tank , Winneberger questionne l’usage d’un espace libre, concluant que « ça n’a sûrement pas de fonction utile ». Il suggère également que « la configuration actuelle des fosses septiques est dictée depuis longtemps par la commodité d’une

fabrication simple » et que « plusieurs autorités accueilleraient volontiers de nouveaux concepts de fosses septiques, mais la réglementation suggère les fosses préfabriquées telles qu’elles le sont », et que « malheureusement, des normes minimales deviennent une pratique courante ». Pe u t - o n p r o j e t e r l a v i s i o n d e Winneberger plus loin, réétudier la fosse septique actuelle, et suggérer des façons d’améliorer ses fonctions de base qui sont (a) de séparer les solides des eaux usées et (b) d’optimiser la fermentation et les réactions d’hydrolyse, avec la prémisse de faciliter son entretien.

Plus de boues, moins d’écumes L’entreposage des écumes flottantes peut sembler logique au départ, mais l’expérience nous démontre que l’entretien se fait plus facilement lorsqu’il y a moins d’écumes et plus de boues. Toujours selon Winneberger, « c’est une conception erronée de croire que […] les solides légers […] remontent en surface et f o r ment une couche d’écumes ». Au contraire, les écumes ont un rapport avec la quantité de gaz de fermentation libérée, car les particules de boues remontent en

s’attachant aux bulles de gaz pour décanter à nouveau lorsqu’elles se libèrent. La zone d’air favorise la croissance de moisissures qui captent et accélèrent l’interception de boues remontantes, s’agglomérant pour former une masse consistante flottante. Évidemment, cette écume croûtée est beaucoup plus difficile à pomper. Étant en fait plus dense que l’eau, les écumes peuvent se renverser et couler, obligeant à un relargage des solides de la fosse.

Capter les écumes et les boues La norme CSA B66 spécifie un réservoir quasi-cubique relativement court (1 200 mm ou plus) et profond (1 200 mm ou plus) – voir fig. 1. Est-ce là un design optimal du point de vue de la performance ? Pour enlever de plus petites particules, la longueur de décantation devrait être plus grande, spécialement pour les réservoirs profonds où le différentiel de vitesses favorise le développement de panaches de haute vitesse. Dans les réservoirs cubiques, seules les grosses particules sont enlevées, tandis que ceux de forme longitudinale et peu profonde captent davantage de fines particules de boues.

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C O U RT-C I R C U ITA G E HYD R A U L I Q U E D A N S L E S F O S S E S S E P TI Q U E S 1

Court-circuitage versus écoulement laminaire Afin d’optimiser la séparation des solides et de maximiser le temps de rétention sans court-circuitage, le design du réservoir devrait favoriser un écoulement stable en régime laminaire. La zone de mélange, carac-térisée par des courants turbulents et des différentiels de pressions caracté-ristiques de la zone d’entrée, doit être amortie le plus tôt possible dans le processus d’écoulement des eaux usées. Un design de réservoir d’aspect longitudinal, étroit et peu profond (fig. 2) réduit la zone de mélange dans la section d’entrée et favorise l’établis-sement d’un écoulement laminaire tout au long du parcours et bien avant d’atteindre la zone de sortie du réser-voir. Seules les vieilles eaux ayant complété le processus de fermentation et décanté les particules de boues entraînées quitteront le réser-voir. Les eaux usées non traitées – ou les nouvelles eaux – ne circonvien-dront pas les vieilles eaux par l’intermédiaire d’un panache de haute vitesse.

Essais comparatifs d’écoulement hydraulique Des essais hydrauliques ont été réalisés sur quatre fosses différentes : fosse A : 1800 l, sans muret, un compartiment; fosse B : 4500 l, avec muret, compartimentée 2:1 (fig. 1); fosse C : 4500 l, laminaire submergée, compartimentée 2:1; fosse D : 4500 l, laminaire submergée, compartimentée 1:1 (fig. 2). Le design laminaire possède une entrée et une sortie sur le dessus de la fosse (dans la cheminée) et une forme longitudinale peu profonde, étroite et complètement submergée, sans espace d’air sur le dessus du niveau d’eau. La petite fosse A, sans la compartimentation et avec seulement 1 200 mm entre l’entrée et la sortie, s’est avérée la pire lors des essais d’injection d’argile expansée. Des doses respectives de 90 et 180 l ont résulté en un relargage presque complet de particules injectées. Dans la fosse B, une zone visiblement distincte, présentant un panache de vitesse plus élevée, s’est 22

Le magazine de l’eau au Québec SOURCE VOL. 1 NO 2 PRINTEMPS 2005

développée dans la section courte à 790 mm du deuxième compartiment (fig.1). Ce panache émanait des deux ouvertures du muret séparateur et se joignait en un seul courant qui se dirigeait directement vers la sortie, avec un relargage de particules. Les fosses laminaires C et D n’ont relargué aucun solide, ceci étant possiblement dû à l’écoulement laminaire en piston gardant la jeune eau près de l’entrée et permettant seulement à la vieille eau de sortir. En conclusion, lorsque le but ultime est de capter et de retenir les particules de boues dans la fosse septique pour une période suffisamment longue permettant la fermentation, une configuration longitudinale, peu profonde et sans espace d’air, semble être préférable aux réservoirs plutôt carrés et profonds. ■

Figure 1. La fosse B pendant les essais de pompage, démontrant la remontée vers la zone d’air et le panache visible d’eau non traitée qui se forme entre le muret séparateur et la sortie.

F i g u r e 2 . La fosse D (laminaire) pendant l’essai de pompage, démontrant la rétention des eaux non traitées près de l’entrée et ne laissant s’échapper que les vieilles eaux traitées.

Inspiré de OnSite Wastewater News, vol.5, no 3 par Richard LAY, Max WEISS, Kris PATAKY et Craig JOWETT.

1


EAU, TOUR DU MONDE

LES C O N T R A S T E S

chinois

François Bédard ing., M.B.A. président, Fontaine International francois.bedard@ hfont aine.com

Mon travail me donne l’opportunité de parcourir le monde et de constater les besoins de différentes régions en matière de traitement des eaux. Tout récemment, j’ai pu découvrir un pays qui m’était encore inconnu, à savoir la République populaire de Chine. Comme plusieurs, en voyant le titre, vous avez dû vous dire : « Pas encore la Chine ! » Il ne se passe pas une semaine sans que les médias n’évoquent ce pays. Industrialisation rapide, croissance économique de 9,4 % en moyenne par année depuis les 20 dernières années, une population de 1,3 milliard d’habitants dont 38 % demeurent en zone urbaine, des besoins énergétiques et en matières premières affectant la vie quotidienne… Ces éléments ne constituent que quelques-uns des sujets couramment traités par les médias. Mais qu’en est-il des éléments clefs reliés à l’environnement en Chine, et plus particulièrement en ce qui a trait au secteur de l’eau ? J’ai été à même de remarquer le développement rapide de l’industrie c h i noise. Le nombre d’édifices en construction, de zones industrielles, de routes, de lignes de métro, d’infrastructures urbaines, d’usines de traitement d’eau potable n’a absolument aucun égal dans le monde. On pourrait croire que ce genre de chantiers ne foisonne que dans la région de Beijing qui accueillera les Jeux olympiques en 2008. Ce n’est pourtant pas le cas. L’ensemble des régions du pays est en effervescence. À titre indicatif, un décompte non scientifique et avancé par plusieurs visiteurs dans ce pays révèle que 50 % des grues de construction du monde se trouvent en Chine et que le pays utilise à lui seul 50 % de la production mondiale de ciment. Incidemment, la croissance économique rapide de la Chine est accompagnée d’une croissance substan-

tielle de la demande en eau. Lors d’une présentation faite par M. Mark Worrell, économiste à Exportation et Développement Canada (EDC), j’ai pu apprendre que, depuis 1978, la demande en eau industrielle et urbaine a augmenté de 500 %. De plus, selon la Banque mondiale, la Chine génère les émissions de polluants aquatiques organiques les plus importants du monde. Ses émissions représentent celles combinées des ÉtatsUnis, du Japon et de l’Inde. Les écoulements d’eaux usées de source municipale dépassent maintenant ceux d’origine industrielle. La Banque mondiale estime que la capacité de traitement installée devra être multipliée par 6 ou 7 au cours des 20 prochaines années pour correspondre aux standards internationaux.

Les échanges réalisables entre la Chine et l’industrie environnementale québécoise peuvent paraître alléchants à première vue si l’on ne considère que les données statistiques de développement de ce géant. Reste néanmoins de nombreux obstacles à considérer avant de s’y aventurer. D’abord, le système législatif est extrêmement différent du nôtre, d’autant qu’il demeure toujours des risques associés à l’investissement étranger. De plus, la conversion de la devise du pays (RMB) en devises fortes comme le dollar demeure un frein à l’investissement et rend très complexe le rapatriement des profits. Enfin, les risques émanent souvent des investisseurs euxmêmes. L’enthousiasme exagéré face à la taille du marché et à la promesse de profits élevés font oublier aux inves-

50 % des grues de construction du monde se trouvent en Chine De son côté, la Rand Corporation (2004) indique : « Les pertes associées au potentiel industriel et agricole non exploité, causées par le manque criant d’eau, dans certaines régions du pays, dépassent déjà les 100 milliards de yuans (1 % du produit intérieur brut de l’an 2000), et ce, sans même prendre en considération les pertes associées à l’absentéisme au travail relatif aux effets de la piètre qualité de l’eau sur la santé. » L’évolution démographique du pays ne laisse pas indifférent. La population urbaine passera de 43 0 millions actuellement à 850 millions en 2015. Le nombre de villes de plus de 100 000 habitants passera de 630 en 2001 à plus de 1 000 en 2015. Ces tendances lourdes d’impacts en matière de développement urbain apportent leur lot de possibilités commerciales dans le secteur de l’eau et des matières résiduelles. La Banque mondiale a octroyé en 2004 plus de 1,2 milliard $US de nouveau financement à la Chine et y compte plus de 90 projets actifs. De nombreux projets internationaux visent particulièrement des secteurs pour lesquels l’expertise québécoise et canadienne est reconnue et recherchée, notamment en ce qui concerne l’eau, l’assainissement et l’énergie.

tisseurs de faire correctement leurs devoirs et d’effectuer une analyse de risques adéquate relativement à la protection de l’investissement, au choix de partenaires ou encore à la propriété intellectuelle. Pour réussir, les entreprises doivent être compétitives au niveau de la qualité et des prix, être prêtes à entamer d’interminables négociations, à investir à long terme dans ce marché et avoir au préalable une solide expérience des marchés internationaux. La Chine est un pays de contrastes. Développement économique fulgurant associé à des niveaux de pollution importants. Zones urbaines ultramodernes au centre de cultures maraîchères d’un autre temps. Désertification et inondations importantes et fréquentes. Richesse et pauvreté. Autant de contrastes qui nous permettent d’apprécier notre propre environnement québécois tout en nous obligeant à considérer le dével o p p e m e n t d e s é ch a n g e s liés à l’environnement avec cette locomotive qu’est la Chine. ■

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P O U R O U C O NTR E LE S C O M P TE U R S D’E AU ? P O U R RÉP O N D R E À L A Q U E STI O N, I L FAUT S AV O I R

TA R I F I CATI O N

compter

François Lecomte président de l’entreprise Les compteurs Lecomte flecomte@lecomte.ca

En 1995, un représentant sonnait à ma porte, désireux de me vendre un nouvel économiseur de carburant pour ma voiture. Le produit était vendu 1000 $ et sa durée de vie était de 5 ans. Considérant la moyenne de kilométrage que j’effectuais et le prix du litre d’essence ces années-là, mon calcul m’amenait à une économie totale, au terme des 5 années, de 750 $. Je n’ai donc pas acheté ce nouvel économiseur. Aujourd’hui, avec mon nouveau kilométrage annuel et le prix du litre d’essence, j’aimerais bien que ce représentant sonne de nouveau à ma porte.

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Pour les compteurs d’eau, le raisonnement est le même. Ces derniers sont trop onéreux si le jeu n’en vaut pas la chandelle, mais économiques si la situation s’y prête. En d’autres mots, pour savoir si les compteurs d’eau seraient utiles, il faut savoir compter. Afin d’évaluer votre situation, voici les actions que tout bon gestionnaire de réseau d’aqueducs devrait réaliser à très court terme, avant même que les autorités provinciales ne s’en mêlent. ■ Assurez-vous d’avoir des compteurs maîtres aux sorties de vos sites de production et de distribution afin de connaître avec précision le volume total d’eau que vous pensez distribuer. ■ Mettez en place un programme efficace de détection des fuites afin de réparer

ces dernières et d’évaluer le plus précisément possible les volumes qui s’échappent de votre réseau. ■ Votez un nouveau règlement afin d’installer des compteurs d’eau dans les secteurs industriel, commercial et institutionnel (ICI). ■ Lorsque le volume d’eau distribué réel est connu et lorsque le volume total d’eau consommé par les secteurs ICI est lui aussi connu, évaluez la pertinence d’installer des compteurs à l’ensemble des résidences. Engagez un bon comptable externe afin qu’il corrobore votre évaluation et, peu importe le résultat, n’hésitez pas à en informer vos contribuables.

il est réaliste de penser qu’un jour, cette façon de tarifer sera plus populaire


POUR OU CONTRE LES COMPTEUR D’EAU ? POUR RÉPONDRE À LA QUESTION, IL FAUT SAVOIR COMPTER

COMPTEURS D’EAU – LA PRÉPARATION DU TERRAIN : UN BON INVESTISSEMENT Bien qu’actuellement, l’idée des compteurs d’eau ne fasse pas l’unanimité, il est réaliste de penser qu’un jour, cette façon de tarifer sera plus populaire. Incidemment, pourquoi ne pas préparer le terrain afin que l’installation future de cet outil de gestion devienne un jeu d’enfant ? Pour ce faire, je recommande aux gestionnaires de réseau d’aqueducs d’établir un nouveau règlement qui imposerait aux entrepreneurs de constructions neuves une façon bien précise de concevoir les entrées d’eau. Par cette simple initiative, l’installation future des compteurs deviendrait facile et tous les intervenants en sortiraient gagnants. ■

Le saviez-vous ■ Selon une enquête menée par Environnement Canada en 2001, le Québec était la province présentant le plus faible pourcent age de clients résidentiels équipés de compteurs d’eau avec seulement 17 %. Voici les résultats obtenus par quelques autres provinces : Colombie-Britannique : 25 %; Alberta : 80 %; Saskatchewan, Ontario et Manitoba : 90 %. Quant à la moyenne canadiene, elle s’élevait à 60 %. Pour obtenir plus de renseignements, vous pouvez visiter le site Internet www.ec.gc.ca/eau.

?

■ Les compresseurs refroidis à l’eau sont une source importante de gaspillage dans les secteurs ICI. À titre d’exemple, un petit appareil q u i re q u i e r t u n d é b i t d e 2 0 litres/minute pour être refroidi consommera annuellement audelà de 10 millions de litres. Imaginez la consommation des gros modèles… ■ L’abréviation « m3 » signifie « mètre cube » et est utilisée pour identifier un volume. Dans le domaine de l’eau, 1 m3 est égal à 1000 litres. Pour les personnes plus f a m i l i è re s a v e c l e s y s t è m e britannique, 1 m3 est égal à 220 gallons impériaux.

une division de FILTRUM inc.

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ISO 9001 (2000) Le magazine de l’eau au Québec SOURCE VOL. 1 NO 2 PRINTEMPS 2005

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L A RÉC L A M ATI O N E N R E S P O N S AB I LITÉ C IV I LE : Q UA N D D O IT-O N LA R A P P O RTE R À S O N A S S U R E U R ?

ASSURANCE

Benoit Payette FPAA, Cim Associé MP2B inc., entreprise en gestion de risque bpayette@mp2b.ca

À QUEL MOMENT DOIT-ON SIGNALER UN INCIDENT ? Personne n’aime déclarer un sinistre à son assureur. Comme bon nombre d’assurés, vous croyez que vous devrez répondre à une tonne de questions et remplir des tas de formulaires. Vous craignez également que l’incident en question ait un impact négatif sur votre dossier de réclamation et que le fait de le déclarer se traduise par une hausse de vos primes ou de votre franchise ou même par le refus de votre assureur de renouveler votre police. C’est justement cette crainte de vivre tous ces problèmes qui met en lumière l’importance d’aviser promptement votre assureur. En outre, la nature même des sinistres ou incidents pouvant affecter l’environnement n’exige-t-elle pas qu’on les signale dans les plus brefs délais ? L’attitude qui consiste à balayer le problème sous le tapis et

Il est à votre avantage d’être proactif et de ne pas attendre de recevoir un avis formel de réclamation de la part d’une autre partie. Un tel avis peut parvenir plusieurs mois après l’incident, ce qui ne permet pas d’effectuer une enquête appropriée. L’assureur ouvrira alors un dossier d’incident – qui ne devrait pas avoir d’incidence sur votre dossier de réclamation – afin de gérer le cas. Toute mesure ultérieure qu’il prendra sera fonction des renseignements que vous lui aurez fournis. Si l’on vous signifie un incident par voie d’avis ou de correspondance d’un demandeur ou d’un avocat, avisez sans tarder votre assureur et remettez-lui des copies de toute la correspondance pertinente de façon à ce qu’il puisse agir et amorcer une enquête dans les plus brefs délais.

Il est à votre avantage d’être proactif et de ne pas attendre de recevoir un avis formel de réclamation de la part d’une autre partie.

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à espérer que les parties ayant subi des dommages matériels ou même des blessures corporelles ne fassent pas appel à leur assureur constitue un plan « d’inaction » très imprudent.

N’acceptez ou n’admettez jamais d’être tenu responsable de blessures ou de dommages, car vous pourriez compromettre votre défense par votre assureur.

LES ENJEUX DU RÈGLEMENT D’UN SINISTRE

VOTRE INTÉRET DANS UNE BONNE DÉFENSE

Votre police d’assurance est un contrat détaillé établi entre votre entreprise et votre assureur, qui renferme des clauses détaillant la nature des sinistres pour lesquels vous êtes assuré ainsi que les conditions qui s’appliquent à la garantie. Outre la condition que l’on retrouve invariablement dans toutes les polices et qui stipule que l’on doit obligatoirement déclarer promptement tout sinistre à son assureur dès que l’assuré ou ses représentants en ont connaissance, il existe d’autres raisons précises pour lesquelles on devrait prévenir sans délai son assureur en cas de sinistre. Le sinistre déclaré, il s’agit pour votre assureur de déterminer comment s’applique la police. Il doit alors établir la cause du sinistre et déterminer quelle partie en est responsable. En tardant à porter le sinistre à l’attention de l’assureur, on risque de ne pas pouvoir compter sur des faits importants, des photographies, des preuves et des témoins oculaires récents. Il s’agit là d’éléments importants qui constituent la clé de voûte d’une bonne défense. De plus, afin d’éviter des dommages additionnels, l’assureur doit prendre des mesures pour atténuer les pertes subséquentes à la première perte, pour récupérer des sommes auprès d’autres parties et prévoir des mesures destinées à éviter un sinistre ultérieur.

Votre entreprise assume ses responsabilités à l’égard de l’environnement et de l’ensemble de la société dans le cadre d’une politique de développement durable. Votre assureur est responsable de votre défense. En l’aidant, vous vous aidez vous-même. Vous évitez de payer la franchise. Vous réduisez l’impact de l’incident sur votre dossier de réclamation ainsi que le temps, les efforts et les ressources que doit consacrer votre assureur pour régler votre dossier. Vous atténuez l’incertitude et les risques pour vos clients qui sont souvent nommément désignés conjointement avec votre entreprise dans une poursuite. Vous réduisez au minimum le risque d’entache à la réputation de votre entreprise.

Le magazine de l’eau au Québec SOURCE VOL. 1 NO 2 PRINTEMPS 2005

Bref, votre police d’assurance exige que vous rapportiez à votre assureur tout incident qui pourrait donner lieu à une réclamation. Les réclamations pour ce genre de responsabilité peuvent survenir des mois ou des années suivant l’évènement lui-même. Le défaut d’aviser sans délai l’assureur d’un incident peut mettre en péril son enquête et sa défense dans une action judiciaire subséquente, d’autant que votre réclamation pourrait être refusée en raison d’avis tardif. ■


LE JURIDIQUE

LES AUTORISATIONS DE CAPTAGE D’EAU : Me Hélène Lauzon avocate en droit de l'environnement Lavery, de Billy hlauzon@lavery.qc.ca

L’établissement d’une prise d’eau d’alimentation, le captage d’eaux de surface, le captage d’eaux souterraines… Comment s’y retrouver lorsque vient le moment d’obtenir les autorisations appropriées ? Le Règlement sur le captage des eaux souterraines1 a passablement modifié le régime juridique applicable et l’auteure a pensé jeter un éclairage sur les questions qui lui sont régulièrement soumises. D’abord, le vocabulaire ! La Loi ne définit pas la notion de prise d’eau d’alimentation.

cela ne coule pas de source ! On pourrait aussi croire que la notion de prise d’eau d’alimentation vise aussi bien l’eau destinée à la consommation humaine que celle destinée par exemple à la production industrielle, comme les eaux de procédés, ou celles destinées à l’exploitation agricole. Tel est effectivement le cas. Ainsi, toute personne ou municipalité qui désire établir une prise d’eaux de surface, dans un cours d’eau, à des fins de consommation humaine, de production industrielle ou d’exploitation agricole doit préalablement obtenir une autorisation en vertu de l’article 32. Faute d’avoir adopté un règlement spécifique applicable aux prises d’eaux de surface situées dans un cours d’eau, le ministre bénéficie d’une discrétion pour imposer des critères relatifs au traitement des eaux, par exemple.

on peut aisément affirmer qu’un ouvrage de captage constitue une prise d’eau d’alimentation Quant au Règlement sur le captage des eaux souterraines, il utilise les expressions « ouvrage de captage », « lieu de captage » et « projet de captage » sans les définir ni les distinguer. Néanmoins, on peut aisément affirmer qu’un ouvrage de captage constitue une prise d’eau d’alimentation2.

La prise d’eau d’alimentation La Loi sur la qualité de l’environnement3 exige à l’article 32 que l’établissement d’une prise d’eau d’alimentation soit préalablement autorisé par le ministre. On peut se demander si un certificat d’autorisation est en plus requis pour exploiter la prise d’eau d’alimentation, c’est-à-dire pour capter l’eau, puisque l’article 32 ne vise que l’installation de la prise d’eau. La réponse à cette question est négative puisque le Règlement relatif à l’application de la Loi édicte qu’un certificat d’autorisation de l’article 22 n’est pas requis lorsqu’une demande d’autorisation est formulée en vertu de l’article 32. L’autorisation délivrée en vertu de l’article 32 vise donc aussi bien l’établissement que l’exploitation de la prise d’eau d’alimentation. La notion de prise d’eau d’alimentation n’étant pas définie, on pourrait penser qu’elle vise à la fois les eaux souterraines et les eaux de surface. Tel n’est pas le cas. La notion de prise d’eau d’alimentation ne vise que les eaux de surface dans un cours d’eau, car le captage d’eaux souterraines et le captage d’un puits d’eaux de surface sont des activités désormais réglementées exclusivement par le Règlement sur le captage des eaux souterraines.

Les ouvrages de captage et les projets de captage Le Règlement sur le captage des eaux souterraines vise aussi bien le captage d’eaux souterraines destinées à la consommation humaine que celles qui n’y sont pas destinées. Malgré son titre, le Règlement établit aussi des normes à respecter pour la personne qui aménage un puits de surface4. Deux régimes d’autorisation distincts existent dorénavant pour les projets de captage d’eaux souterraines et les puits de surface. Les plus petits projets doivent faire l’objet d’une autorisation par la municipalité et les plus grands projets sont assujettis à l’autorisation du ministre. Dans l’un et l’autre cas, les projets sont soustraits de l’application de l’article 32 de la Loi qui requiert normalement une autorisation pour l’établissement d’une prise d’eau d’alimentation5. i) Les autorisations municipales La municipalité autorise les projets de captage qui ne sont pas soumis à l’autorisation du ministre et qui sont situés ailleurs qu’aux Îles-de-la-Madeleine ou dans la région de Ville Mercier6. Donc, la municipalité, a contrario, autorise les projets suivants :

■ les projets de captage d’eaux souterraines d’une capacité inférieure à 75 m3 par jour ou qui porteront la capacité existante à 75 m3 par jour ou moins; ■ les travaux d’aménagement d’un puits de surface, d’un puits tubulaire, d’un ouvrage de captage de source, d’une pointe filtrante et d’un ouvrage de captage en condition artésienne. Nous croyons que l’autorisation municipale constitue dans ces cas la seule autorisation requise. ii)

Les autorisations du ministre

En vertu de l’article 31 du Règlement, le ministre, quant à lui, autorise les projets de captage d’eaux souterraines suivants : ■ les projets de captage d’eaux souterraines, d’une capacité moindre que 75 m3 par jour, destinés à alimenter plus de 20 personnes; ■ le s p r o j e t s d e c a p t a g e d ’ e a u x s o u t e r raines destinées à être distribuées ou vendues comme eau de source ou eau minérale ou à être un ingrédient de fabrication, de conservation ou de traitement annoncé comme eau de source ou eau minérale; ■ les projets de captage d’eaux souterraines d’une capacité de 75 m3 ou plus par jour ou qui porteront la capacité existante à plus de 75 m3 par jour. Nous croyons là aussi que l’autorisation du ministre, émise en vertu de l’article 31 du Règlement, constitue dans ces cas la seule autorisation requise. Les demandeurs d’autorisation en vertu du Règlement savent beaucoup plus à quoi s’attendre dès le départ en termes d ’ ex i - gences à respecter puisque le Règlement énumère les renseignements et documents à transmettre. Toute initiative du ministère qui viserait à réglementer le captage d’eaux de surface dans un cours d’eau serait la bienvenue dans les circonstances afin que les entreprises et municipalités connaissent dès le départ les règles du jeu. ■

1 2

■ les projets de captage d’eaux souterraines, d’une capacité moindre que 75 m3 par jour, destinés à alimenter moins de 20 personnes;

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R.R.Q., c. Q-2, r. 1.3. Articles 2 (2) et 31 (2) du Règlement sur le captage des eaux souterraines qui favorisent une telle interprétation. L.R.Q., c. Q-2. Article 11 du Règlement. Articles 2 (2) et 31 (2) du Règlement. Article 2 (1) du Règlement.

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V OTR E TE R R AI N E ST C O NTAM I NÉ ? AV EZ-V O U S FAIT PA R V E N I R A U M I N I STR E

LE JURIDIQUE

Me Hélène Lauzon avocate en droit de l'environnement Lavery, de Billy hlauzon@lavery.qc.ca

Les nouvelles dispositions de la Loi sur la qualité de l’environnement portant sur la protection et la réhabilitation des terrains1, entrées en vigueur le 1er mars 2003, imposent certaines obligations lorsque le propriétaire, le locataire ou le gardien d’un terrain apprend que celui-ci est contaminé. Ainsi, dans certaines circonstances, un avis de conta-mination doit être transmis au ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, mais doit aussi être inscrit au registre foncier. Il existe trois situations où un avis de contamination doit être inscrit au registre foncier et transmis au ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs.

votre avis de contamination ?

1. Lorsque le propriétaire, le locataire ou le gardien d’un terrain reçoit une ordonnance du ministre qui requiert de lui soumettre un plan de réhabilitation parce que ce dernier constate la présence dans ce terrain de contaminants dont la concentration excède les valeurs limites réglementaires. 2. Lorsque le propriétaire, le locataire ou le gardien du terrain reçoit une ordonnance du ministre exigeant qu’on lui soumette un plan de réhabilitation parce que ce dernier constate la présence dans un terrain de contaminants susceptibles de porter atteinte à la vie, à la santé, à la sécurité, au bienêtre ou au confort de l’être humain, aux autres espèces vivantes ou à l’environnement en général ou encore aux biens. Dans ce cas,

l’avis de contamination est requis et vise des contaminants autres que ceux couverts par les normes réglementaires. 3. La troisième situation qui commande qu’un avis de contamination soit inscrit au registre foncier et transmis au ministre est celle qui découle des résultats d’une étude de caractérisation effectuée en vertu de la loi. En effet, le propriétaire, le locataire ou le gardien d’un terrain qui réalise une étude de caractérisation en vertu de la loi et qui apprend par cette étude que la présence de contaminants dans son terrain excède les valeurs limites réglementaires doit transmettre un avis de contamination au registre foncier ainsi qu’au ministre. Dans ce cas, il s’agit de toute étude de caractérisation effectuée en vertu de la loi et non seulement d’une étude de caractérisation effectuée en vertu du chapitre relatif à la protection et à la réhabilitation des terrains. Une étude de caractérisation « effectuée en vertu de la loi » qui n’est pas celle prévue au chapitre portant sur la protection et la réhabilitation du terrain est par exemple une étude de caractérisation réalisée en vertu de l’article 21 de la Loi à la suite d’un déversement accidentel ou encore une étude de caractérisation réalisée à la demande du ministre dans le cadre d’une demande de certificat d’autorisation ou d’une attestation d’assainissement. Par conséquent, toute étude de caractérisation réalisée dans le cadre de la vente d’un immeuble, de sa location ou de son financement ne constitue pas une étude de caractérisation effectuée en vertu de la loi et n’entraîne pas l’obligation d’inscrire un avis de contamination au registre foncier, même lorsque l’étude de caractérisation effectuée dans ce contexte révèle la présence de contaminants qui excèdent les valeurs limites réglementaires. Il en serait ainsi de toute étude de caractérisation réalisée par une entreprise en vertu de ses règles

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de conduite interne, en vertu des règles de diligence raisonnable ou encore dans le cadre de travaux d’infrastructures qui nécessitent le déplacement de sols contaminés et la réalisation d’une étude de caractérisation. La découverte d’une contamination réalisée dans le cadre d’une telle étude de caractérisation n’exempte pas pour autant le propriétaire, le locataire ou le gardien d’un terrain à agir selon les normes de prudence normalement applicables puisque les autres dispositions de la Loi continuent de s’appliquer. Ajoutons que le corollaire à l’obligation d’inscrire un avis de contamination au registre foncier est la possibilité d’inscrire un avis de décontamination lorsque le terrain fait l’objet de travaux de décontamination et qu’une étude de caractérisation réalisée subséquemment révèle l’absence de contaminants ou la présence de contaminants dont la concentration n’excède pas les valeurs limites réglementaires. Depuis l’entrée en vigueur des dispositions relatives aux avis de contamination le 1er mars 2003, 62 avis de contamination, 13 avis de restriction 2 et 10 avis de décontamination ont été inscrits au registre foncier et transmis au ministre3. Notons enfin que lorsqu’un avis de contamination est inscrit au registre foncier et transmis au ministre, ce dernier a l’obligation de transmettre une copie de cet avis à la municipalité où se trouve le terrain contaminé de façon à ce que la municipalité constitue et tienne à jour une liste des terrains contaminés situés sur son territoire. ■ 1

L.R.Q., c. Q-2.

2

L’avis de restriction est un avis à inscrire au registre foncier et à transmettre au ministre lorsqu’un plan de réhabilitation approuvé par le ministre prévoit des restrictions à l’utilisation du terrain.

3

Cette information est à jour en date du 25 avril 2005.


LE S B O N S C O NTA CTS

VOX P0P Exceptionnellement, la chronique Vox Pop fait relâche. Pour participer à la prochaine question Vox Pop, visitez notre site Internet au www.maya.cc Le magazine des matières résiduelles au Québec 3Rve VOL. 1 NO 2 PRINTEMPS 2005

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L’ E N V E R S D U D É C O R

Sources : Agence InterEurope News, recyclagemag.com, La Nouvelle de Victoriaville, De l’insolite au très sérieux et l’équipe de 3Rve.

les, des l e v u o n z des érêt Vous ave u des sujets d’int o enir anecdotes part ? Faites parv ire à nous fa o @ m a y a . c c inf le tout à

Oubliez les bargains sur la ferraille à court ou moyen terme Selon Peter Marcus, l’un des experts mondiaux les plus respectés dans le domaine de l’acier, le taux de croissance de la collecte de ferraille à l’échelle mondiale sera approximativement de 1,6 % par an jusqu’en 2015. Parallèlement, les besoins en ferraille des aciéries électriques croîtront de manière importante durant les prochaines années. De 388 millions de tonnes (MT) en 2001, ces besoins sont passés à 453 MT en 2004 et devraient être de l’ordre de 564 MT d’ici 2010. Si l’on tient compte de l’effervescence industrielle de la Chine, il faut s’attendre à une hausse importante du prix de l’acier.

LE PAPE DES MATIÈRES RÉSIDUELLES Réunis en conclave au début avril, certains acteurs du milieu des matières résiduelles ont élu leur représentant spirituel. Alors qu’on lui demandait de choisir son nom, Robert Roberge a déclaré vouloir porter désormais le nom de Sly Fox 1er.

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DES TULIPES ET DES JONQUILLES POUR PROTÉGER UN AÉROPORT AMSTERDAM (Reuters) - Les tulipes et jonquilles plantées autour de l’aéroport de Schiphol, près d’Amsterdam, n’apporteront pas seulement une touche de couleur, mais rendront l’approche des pistes plus sécuritaire pour les avions, ont déclaré dernièrement les autorités de l’aéroport. Les fleurs joueraient un rôle dissuasif sur les rapaces et les plus gros oiseaux, ces derniers représentant un danger pour les avions puisqu’ils peuvent être aspirés par les réacteurs ou s’écraser sur le pare-brise du poste de pilotage lors d’un atterrissage ou d’un décollage. « Le parfum des tulipes et des jonquilles possède un effet répulsif sur les petits rongeurs qui composent le régime alimentaire des oiseaux de proie » a affirmé un porte-parole de l’aéroport. En l’absence de leurs proies favorites, les rapaces n’ont aucune raison de fréquenter les abords d’un aéroport. La question est de savoir si l’effet est le même sur les goélands. Si tel est le cas, les sites d’enfouissement pourraient utiliser cette technique et devenir en quelque sorte de très beaux jardins…

PRIX DU BÂTISSEUR La Chambre de commerce et d’industrie des BoisFrancs honorera du prix du bâtisseur la famille Gaudreau à l’occasion de son 22e Panthéon de la performance le 25 mai prochain. Daniel Gaudreau s’est dit très fier d e l’hommage qui sera rendu à sa famille.

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FORE ! Votre entreprise ou votre municipalité organise un tournoi de golf cet été ? Le magazine 3Rve fera une rétrospective des différents tournois en texte et image dans son édition d’octobre. Communiquez avec nous sans tarder afin de savoir comment votre tournoi peut être couvert par 3Rve . Le nombre de couvertures étant limité, faites vite pour ne pas laisser passer cette belle opportunité de visibilité !



SOURCE_Printemps_2005