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leportrait

La Tribune de Bruxelles

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du 19 au 25 janvier 2010

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Alex Vizorek, entre délire, belgitude et décalage M Encore peu connu en Belgique, l’humoriste Alex Vizorek cartonne pourtant en dehors de nos

frontières. Rencontre avec ce Bruxellois au parcours atypique, qui compte bien conquérir le cœur des Belges et venir gonfler la liste des comiques que la France nous envie. cv express a Solvay Business School, l’école peu traité, parce que choisir de parler des

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de gestion de l’Université libre de Bruxelles, est réputée pour for­ mer de futurs grands responsables et décideurs. Et pourtant, certains diplô­ més décident sciemment de prendre un tout autre chemin. C’est le cas d’Alexandre Vizorek qui, une fois son diplôme en poche, a décidé de tenter sa chance à Paris pour laisser libre cours à sa fibre comique. Après trois ans de formation au célèbre Cours Florent, le tour des scènes ouvertes parisiennes – où les jeunes humoristes en devenir ont droit à leurs trois minutes de gloire – et deux prix prestigieux en France et en Suisse, il débarque main­ tenant sur ses terres natales avec la ferme intention de marquer les esprits avec son humour ciselé, subtil mé­ lange de jeux de mots et de comique de situation. Féru de belgitude, il tentera de répondre aux questions existentiel­ les que chacun de nous se pose forcé­ ment à un moment donné de sa vie, telles que “Y a­t­il de meilleurs cymba­ listes que d’autres ?” ou “Quelle est la véritable histoire de Manneken Pis ?” Oui, oui, des questions existentielles, qu’on a dit !

l 1981. Alexandre Vizorek naît le 21 septembre à Bruxelles.

l 1998­2005. Université Libre de Bruxelles : Solvay Business School, puis journalisme.

l 2005­2008. Cours Florent à Paris.

l 2008. Mai. Premières scènes ouvertes à Paris.

l 2009. Mai. Festival du rire de Rochefort 2009. Juin. “Kings of Comedy Show, Vol. 1” au Teatro, à Boitsfort. Septembre. “Coach” à la Kings of Comedy Academy. Septembre. “Kings of Comedy Show (Las Vegas Version)” au Théâtre Varia, à Ixelles.

De l’élégance et du faire­savoir Dans un one­man­show qui fait la part belle à l’art et à la culture, ce Maître Cappello des temps modernes, bercé à la littérature et à la musique classique, s’écarte des autoroutes de l’humour tra­ ditionnel et emprunte des chemins de traverse sur lesquels on croise Margue­ rite Duras, Carlos, Jean Renoir, Msits­ lav Rostropovitch, Salvador Dalí, Yasu­ nari Kawabata, Rainer Maria Rilke, no­ tre famille royale ou Lara Fabian. Kawaba… qui ? Certes, certains noms pourraient faire peur ou laisser croire à une “masturbation” intellectuelle plus qu’à un véritable moment de pur dé­ lire. Mais n’ayez crainte, sous des airs faussement intello, Alex Vizorek n’a pas la grosse tête et ne tente pas de jouer au professeur. Au contraire, il prouve que tous les thèmes, même les plus “sérieux”, peuvent être tournés en dérision. Car comme il le souligne, il “ne prend pas grand­chose au sérieux”. De plus, il “voulait partir sur un thème

7 novembre. Lauréat du Prix François Silvant (Suisse). 13 novembre. Lauréat du Grand Tremplin de l’humour des Tanzmatten, catégorie Grand Saut (Alsace).

l 2010. One­man show “Alex Vizorek est une œuvre d’art” au Petit Chapeau Rond Rouge, à Etterbeek. Dès janvier. “Radio Delà”, avec Kody, sur Fou Rire FM.

EN PRATIQUE “Alex Vizorek est une œuvre d’art” Du 29 janvier au 2 février 2010 au Petit Chapeau Rond Rouge, rue Père Eudore Devroye, 12 1040 Etterbeek. www.lepetitchapeau rondrouge.be Rés. : 0498 51 35 63.

relations homme­femme, c’est comme tremper sa plume dans un encrier où beaucoup de gens sont déjà passés. Non, je voulais autre chose, et je me suis rendu compte que l’art serait un très bon fil con­ ducteur. Mon but est donc d’être drôle et de surprendre le public sans qu’il n’ait rien vu venir, en abordant plein de trucs déca­ lés. Mon spectacle est vraiment comme la cuisine moléculaire, j’y mets plein d’ingré­ dients et les gens prennent ce qu’ils veulent, il y en a pour tous les goûts.”

Paris, un passage obligé Partant du constat qu’il n’existe que très peu de structures et de tremplins pour les jeunes humoristes en Belgi­ que, Alex Vizorek, à l’instar de bon nombre de ses compatriotes aujourd’hui reconnus, a décidé de pas­ ser par Paris pour se faire un nom. Car là­bas, contrairement à ici, il existe de nombreuses scènes ouvertes permet­ tant aux jeunes artistes de se produire en public. Ils ne sont pas payés, mais en contrepartie, ils reçoivent l’avis du public, ce qui est un luxe quand on sait que c’est cet avis qui leur permet de peaufiner l’écriture. Et de l’écriture, il en est question, car “être humoriste est un métier à part en­ tière, il ne suffit pas d’être juste comique, il y a tout un travail d’orfèvrerie et de préci­ sion derrière”, comme le précise Alex. “Mais au­delà de l’aspect pratique de la chose et contrairement au public belge qui se montre extrêmement frileux avec ses propres talents, les Français s’arrachent l’humour belge et son décalage. C’est comme si notre belgitude (humour entre humilité et provocation) nous permettait d’être moins politiquement corrects et cau­ tionnait le fait de dire des crasses.” Toujours est­il qu’Alex Vizorek avoue avoir énormément appris à Paris et sou­ haite s’y faire connaître prochainement avec son spectacle, car il est convaincu que si ça marche là­bas, ça marchera forcément ici, comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs. En attendant, c’est sur les planches bruxelloises qu’il ro­ dera son spectacle, qui s’annonce d’ores et déjà très surprenant. Un événement à ne pas rater. STEPHANIE BOURGEOIS

Son Bruxelles, c’est Montmartre !

Un faux air de Hugh Grant pour ce grand bosseur qu’est Alex Vizorek. Son diplôme de Solvay en poche, il a préféré partir à Paris, avec de l’humour à revendre... (Ph. Mathieu Buyse)

Le Café Montmartre (à Ixelles) : “Pendant mes études à l’ULB, on avait une équipe de fléchettes, enfin de darts, parce que fléchettes ça fait un peu foire, et ce café était notre repaire. Le vendredi soir, on prenait l’apéro, histoire d’être bien dans le match, et puis on affrontait une équipe de fous furieux venus d’un peu partout de Bruxelles. La semaine suivante, c’est nous qui allions en déplacement. Et ça donnait à chaque fois des soirées de fous. Je ne dis pas qu’on montait sur les tables pour déclamer Rimbaud, mais il y avait des fulgurances intéressantes qui en ressortaient. Ce que j’aime dans ce café, c’est son éclectisme, il y a des étudiants, des éboueurs qui terminent leur journée et qui viennent boire leur première bière, des hommes d’affaires qui arrivent vers 18h30 après leur journée de boulot, et personne ne juge personne, c’est vraiment sympa.”

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Alex Vizorek, entre délire, belgitude et décalage - La Tribune de Bruxelles (janvier 2010)  

Encore peu connu en Belgique, l’humoriste Alex Vizorek cartonne pourtant en dehors de nosfrontières. Rencontre avec ce Bruxellois au parcour...

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