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L’implacable justice sud-africaine

bakchich

N° 31 | du sameDI 3 au vendredi 9 JUIllet 2010 | informations, enquêtes et mauvais esprit

marseille

bettencourt

la saga continue

Trois caïds du milieu tombent à l’eau bédéreportage

Petit tour par les îles Caïmans

page 5

dossier

Les banques suisses en pleine déconfiture livres

La Palestine racontée par ceux qui la vivent héritier

Arthur de Villepin, son père, ce héros

L 13723 - 31 - F: 1,50 �

football

Bel : 2€ - CH : 2,90FS

Jean-Pierre Escalettes raccroche les crampons Et sur Internet


Apéro sommaire

de la farce au scandale d'etat

apéro

Les faits saillants de l’actualité P.3 Le parcours d’un enfant (pourri) gâté nommé Éric Woerth. P.3 Alain Finkielkraut tape sur les Bleus et vos nerfs ? Bakchich le tacle. P.3 Chuuut, Jean-Marie ! Quand Le Pen perturbe les débats de la région Paca… en ronflant. P.4 Bandits. Les relations troubles entre le roi des yachts de luxe et trois caïds marseillais.

J

usqu’à l’emballement de ces derniers jours, l’affaire Bettencourt ressemblait à une tragédie œdipienne. Les extraits des conversations entre l’actionnaire de L’Oréal et son avocat, Georges Kiejman (lire page 5), telles qu’elles ont été enregistrées par le fameux maître d’hôtel, témoignent du climat qui régnait dans le « nœud de vipères » des Bettencourt. Les appréciations portées sur la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez, préoccupée par son « brushing », et ses « débiles » d’assesseurs, ne devraient pas contribuer à la sérénité des débats qui devaient débuter le 1er juillet, avant un probable renvoi. Mais voici qu’avec les révélations sur l’évasion fiscale de Liliane Bettencourt, la farce devient affaire d’État. Ministre du Budget, Éric Woerth prétendait rapatrier l’argent des riches, quitte à faire imploser le système bancaire suisse. Ce qui ne lui vaut pas que des amis au sein de l’UMP helvète (lire notre dossier pages 6 et 7, « Les petits Suisses ne se sucrent plus »). Le scandale, le voici : Florence Woerth entre au service de Liliane Bettencourt à la fin 2007, au moment même où, comme l’a révélé Bakchich, le fisc apprend l’existence, au Liechtenstein, d’un compte appartenant au photographe François-Marie Banier alimenté par les comptes suisses de Mme Bettencourt. Comment Éric Woerth peut-il prétendre avoir découvert le compte Banier seulement « courant 2009 » ? Pourquoi ses services n’ont-ils pas, en trente mois d’enquête, déposé plainte ? Par quel hasard le gestionnaire de fortune Patrice de Maistre est-il l’invité des chasses présidentielles (lire page 3) ? Voici un joli teasing pour le feuilleton de l’été, « la milliardaire, sa fille et le ministre » ✹   nicolas beau

Mon rêve est de faire aimer la TVA aux Français Alain Juppé, dans une interview pour Lexpress.fr, le 28 juin.

coup de boule

super sarko (s’)épargne U

n œil rivé sur les médias, un autre sur les sondages, Super Sarko s’est rendu compte que les libertés prises par certains ministres (les cigares de Blanc, l’hôtel de luxe sud-africain de Yade, les appartements de fonction d’Amara et d’Estrosi…) commençaient à agacer les Français. Pour quelqu’un qui est associé au bling-bling et qui ne pense qu’à sa réélection en 2012, il y a urgence à communiquer sur le sujet. Super Sarko, donc, qui ne recule jamais devant les grandes envolées, évoque, dans une lettre à Fillon, un devoir « d’exemplarité », et même un « impératif moral », pour exiger des coupes (pas trop) claires dans les dépenses des ministères. « Ceux qui incarnent l’intérêt général ne peuvent être exonérés de l’effort demandé à la nation », écrit-il. Ben, justement, celui qui est au sommet de l’État oublie de mentionner ce qu’il pourrait faire pour réduire ses dépenses. Il supprime, certes, la gardenparty du 14 Juillet, mais il oublie de revenir sur l’augmentation de

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170 % de son salaire (20 000 euros mensuels), et il oublie de restituer la carte de crédit qui lui permet de rincer ses amis au restaurant du Bristol.

Un avion à 176 millions

Surtout, il ne renonce pas à son « Sarko One », l’Airbus A330 qu’il a réclamé dès son élection pour faire la nique au président américain et à son Air Force One. L’A319 qui trimballait les précédents présidents était jugé indigne de sa personne. Allons donc pour un nouvel appareil doté d’une chambre, de salles de réunion, et permettant de transporter une soixantaine d’invités. Certains font remarquer que l’achat et le réaménagement de ce coucou ont coûté 176 millions d’euros. Ces manants ne comprennent rien à la grandeur de Super Sarko. Lui sait que, contrairement à ce que disent la Commission européenne et le FMI, la France n’a pas de problèmes financiers et n’a pas à réduire le train de vie de son chef ✹  alceste

Bakchich Hebdo N°31 | du samedi 3 au vendredi 9 juillet 2010

filouteries Nos enquêtes et nos dossiers

les trophéEs Le retour de la semaine

Nous n’avions pas eu le plaisir d’entendre Frédéric Lefebvre depuis des semaines. Le frétillant porte-parole de l’UMP n’a rien trouvé de plus important que de lancer une pétition pour l’arbitrage vidéo dans le football. Et « ce n’est pas une diversion par rapport à l’affaire Bettencourt », a-t-il osé préciser. Lancé, il a ensuite justifié les dépenses du gouvernement. « Le Président, il est exigeant avec (...) lui-même. Quand il fait un voyage avec l’avion de la République française, il paye lui-même son dentifrice ! » Pour la brosse à reluire, c’est gratuit.

P.5 Affaire Bettencourt. Bakchich publie des enregistrements inédits des écoutes réalisées à l’insu du plein gré de l’actionnaire principal de L’Oréal. Où son avocat, Me Georges Kiejman, se lâche… P.6-7 Le dossier de la semaine. Pauvres Suisses : c’est la fin de leur si cher secret bancaire, et leurs établissements financiers vivent de bien sombres heures. Y a pas le feu au lac, mais presque. P.8 Le secrétariat d’État aux Transports est au point mort.

Bazar

environnement, médias, conso, sport, pipoles…

La règle de la semaine

L’an dernier, Mirko Fischer s’était fait traiter tel un pédophile en puissance par la compagnie British Airways lors d’un vol. Ce trentenaire luxembourgeois avait changé de place avec sa femme enceinte, qui désirait s’asseoir côté couloir. Fischer s’est retrouvé à côté d’un garçon de 12 ans, ce qui a fait accourir le personnel. Sur British Airways, il est en effet interdit aux adultes masculins de s’asseoir à côté d’un enfant voyageant seul. Une règle qui pourrait changer puisque Fischer vient de se faire verser 3 000 euros pour « discrimination sexuelle ». En 2006, le maire de Londres, Boris Johnson, avait même dû prouver devant les autres passagers de British Airways que les gamins assis à côté de lui étaient… ses propres enfants !

P.9 Afrique du Sud. Rien que pour la Coupe du monde, une « fast justice » a été instaurée. Bonjour les dégâts. P.10-11 Petit tour en bédéreportage sur les îles Caïmans où il fait bon s’évader. P.12 Mondanités. C’est moche, une soirée rien que pour les beaux.

Culture

La promesse de la semaine

La baisse de la TVA à 5,5 % pour les restaurateurs est très critiquée par les consommateurs, qui n’ont pas vu les prix diminuer. Didier Chenet, président de Synhorcat, le deuxième syndicat de la profession, n’imagine pourtant pas « qu’on puisse changer les règles » et explique cette désillusion « dans la mesure où nous avons mal expliqué les limites de la baisse des prix ». Les amateurs de farce peuvent consulter sur le Web une archive du Parisien (28 avril 2009) où le même Chenet s’enflammait : « Nous allons renvoyer du pouvoir d’achat aux Français », qui signait à l’occasion un « contrat d’avenir ». Aucune sanction pour ceux qui ne le respectaient pas. Ce n’était certainement pas assez expliqué ✹

Mot à Mot

Il y a eu un style pour chaque Louis après Louis XIII, un style Empire, un style Second Empire, un modern style, et presque un style Pompidou, à cause des tuyaux du Centre. Mais pas de style Mitterrand ou Chirac : la République, même monarchique, ne mange pas de ce pain-là. Hélas, il risque de rester un style Sarkozy, voire plusieurs. La première année fut paillettes-bling-bling, avec yachts et Rolex, conférences de presse olé-olé

et intermittences du cœur qui faisaient de Closer un supplément illustré du Journal officiel. L’an II fut plus sévère : passant du Fouquet’s au Salon de l’agriculture, le boss découvrit que le peuple ne l’aimait pas forcément, et décida de le rabrouer. « Casse-toi, pov’ con ! » restera dans les annales comme le crachat d’un ex-hussard chahuté dans les ports bretons et les usines où des paltoquets avaient l’audace de le dominer de 20 centimètres sans finir pendus à des crocs de boucher. L’an III sera défensif : et d’une, aidé par deux laquais obséquieux, dont l’un se flattait jadis d’être l’impertinent apôtre de l’esprit bête et méchant, l’Élysée a balayé deux comiques pas assez troupiers pour marcher au pas. Secundo, la justice a flingué en vol et en comparu-

bouquin, cinéma, musique, bédé…

P.14 Jean-Jacques Bourdin fait honneur au métier de journaliste. Si, si ! P.15 Une autre garden-party est possible, nous dit Alain Riou. P.16 Après le fiasco des Bleus au Mondial, Jean-Pierre Escalettes, le boss de la FFF, rentre au vestiaire. tion quasi immédiate un gus qui avait mal parlé de not’ Président, si bien que tout le monde a su qu’il était venu incognito visiter la banlieue en pleine nuit. Normal, les mots anodins « Sarkozy, je te vois ! » avaient déjà causé des pépins à un naïf. Notez que Bernadette Soubirous avait dit la même chose à une dame sans être inquiétée. Comme quoi, n’est pas vierge qui veut. Finalement, les Bleus donnent le ton du jour : bling-blingueurs mijotant dans des rumeurs de débauche, caïds plutôt mégalos qui font vibrer Bachelot, massacreurs de syntaxe n’ayant jamais lu la Princesse de Clèves, cracheurs d’insanités à l’occasion, ils se sont ramassés comme de vrais bouffons au premier tour. Qui a dit : « Eux aussi » ? ✹



jacques gaillard


Apéro

finkielkraut aussi est une racaille

foot Alain Finkielkraut n’a eu de cesse de critiquer les joueurs de l’équipe de France, les traitant de « voyous » et de « caïds arrogants ». Le philosophe préfère jouer avec des Blancs pur jus.

L

es insultes de Nicolas Anelka contre son entraîneur Raymond Domenech s’expliquent par les mœurs des « encapuchonnés » des cités. Ainsi pense le philosophe Alain Finkielkraut, même pas rond comme un ballon. « L’équipe de France est une bande de voyous qui ne connaît qu’une seule morale, celle de la mafia », clamait-il sur Europe 1, le 20 juin. « On voit l’esprit de la cité se laisser dévorer par l’esprit des cités », surenchérissait Finkielkraut sur France Inter, oubliant que les joueurs ont depuis longtemps quitté la cité de leur jeunesse et qu’ils gagnent, au bas mot, 100 000 euros par mois. N’empêche, pour l’intellectuel, « il est temps de ne plus confier le destin d’une équipe à des voyous arrogants et inintelligents et de sélectionner des gentlemen ». Or, en matière de gentleman, Finkie est un modèle. Au début du mois de juin 1991, il participe, avec des écrivains et des journalistes, à un match de foot organisé par Patrick Poivre d’Arvor. Pour jouer cette partie, PPDA avait obtenu le Parc des Princes en le demandant à… Jacques Chirac. Contre l’avis du gestionnaire du stade, Michel Jazy : « Il [PPDA] ne m’a pas demandé, à moi. Moi, personnellement, je ne le lui aurais pas accordé : pourquoi PPDA et pas d’autres ? » confiait Jazy à

Pierre Carles, dans son film Pas vu, pas pris. À l’époque, Finkielkraut trouvait sûrement « gentlemen » et n’ayant rien à voir avec une « morale de la mafia » le fait qu’un particulier (PPDA) puisse inviter ses copains à jouer au foot dans le stade du PSG✹ anaëlle verzaux

Parcours d’une girouette nommée Éric Woerth

Lors des élections régionales du 15 mars 1998, socialistes et communistes obtiennent davantage de sièges que l’UDF et le RPR en Picardie. Charles Baur, président du conseil régional depuis 1985, est donné perdant. Alors que Philippe Séguin, patron du mouvement gaulliste, s’oppose à tout accord avec le Front national, Baur conserve son siège grâce à onze élus d’extrême droite. Parmi ceux qui n’ont pas hésité à copiner avec eux, un « jeune » élu de l’Oise de 42 ans, Éric Woerth. Le 31 août 1998, il se justifie dans le Figaro, arguant que l’objectif est d’« éviter que cette région ne soit donnée au Parti communiste ». L’actuel ministre du Travail n’a jamais été très regardant. Son mentor en politique n’est-il pas Jean-François Mancel, président du conseil général de l’Oise pendant près de vingt ans et condamné pour prise illégale d’intérêts, en 2005, par la cour d’appel de Paris ? Conseiller parlementaire d’Alain Juppé à Matignon, Woerth crée ensuite le Club de la boussole, qui soutient Jean-Pierre Raffarin. Il est remercié en devenant, en 2004, secrétaire d’État de la Réforme de l’État. Financier du RPR sous Jacques Chirac, il retourne rapidement sa veste en 2007, en prenant la présidence de l’Association de financement pour la campagne de Nicolas Sarkozy. Enfin, Mediapart vient de publier les comptes de l’Association de soutien à l’action d’Éric Woerth, sorte de mini parti dont le ministre ne parle jamais en public, et qui touche de grosses subventions de l’UMP. Qui dit mieux ? ✹

Larcher accro à sa garçonnière

Charon chasse le Maistre

a La partie de foot d’Alain Finkielkraut, en juin 1991, ici avec le comédien André Dussolier. En haut, les journalistes et écrivains participant au match organisé par PPDA posent. Tiens, que des Blancs ! C’était une autre époque… Pour Finkielkraut, aujourd’hui, les Bleus ne sont plus black-blanc-beur, mais black-black-black.

le gros roupillon du petit jean-marie

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a Jean-Marie Le Pen en plein débat du conseil régional

Réduites récemment à peau de chagrin par la volonté de coupe et de rigueur de Sarko Ier, les chasses du « domaine de Chambord », présidé par son conseiller Pierre Charon, auront tout de même connu un riche début d’année. À la première battue en février dernier, Patrice de Maistre, le désormais célèbre gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, a ainsi été convié. Et si Charon l’appelait pour que Liliane fasse une donation ? Histoire de pouvoir réorganiser de petites sauteries ? Ou, à défaut, qu’il en touche un mot au couple Woerth…

La clé Deschamps à l’OM

paca

de Paca, dans la matinée du 28 juin.

chef scoop

ien ne saurait troubler la quiétude du menhir du Front national. Ni la divulgation par Bakchich Hebdo du manuscrit jamais paru de son ex-femme, Pierrette Le Pen. Ni les guerres de succession au FN, où les longs couteaux s’affûtent autour de sa fille Marine et de Bruno Gollnisch. Et encore moins une séance plénière du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, où il exerce son dernier mandat d’élu. Dans une salle climatisée, quand la Provence commence à atteindre ses brûlantes températures, Jean-Marie a piqué un long et paisible roupillon, le matin du 28 juin. Il faut dire que les débats ne volaient pas très haut et ne risquaient pas de sortir des bras de Morphée l’ex-député poujadiste. Deux délibérations étaient mises au vote par le président du conseil régional, le socialiste Michel Vauzelle. L’une pour accorder 3 millions d’euros d’aide aux sinistrés du Var, frappé par de fortes intempéries le 14 juin. L’autre pour entrer en rébellion contre l’État. Un gel « par principe » des crédits non encore engagés dans le cadre du contrat de plan État-région. Rien de moins qu’une déclaration de guerre au gouvernement. Bien trop insuffisant pour réveiller le menhir endormi ✹ xavier monnier

Joli micmac à l’Olympique de Marseille en début de semaine. Dragué par le club anglais de Liverpool, l’entraîneur Didier Deschamps a finalement prolongé son contrat sur le Vieux Port. Non sans une petite montée en pression du côté de son agent, Jean-Pierre Bernès, qui a cru que le président du conseil de surveillance du club, Vincent Labrune, bloquait les négociations. Après un coup de fil entre les deux hommes, lundi 28 juin au soir, tout est rentré dans l’ordre. Pas au courant des négociations en cours et franchement pro-Deschamps, Vincent Labrune ne s’est jamais opposé à sa prolongation. « Les dirigeants ont dû évoquer son nom pour bloquer une demande contractuelle de Deschamps », décrypte une gentille souris de la Commanderie, le centre d’entraînement de l’OM. Raté

Des flics villepinistes

Les flics de France sont de moins en moins sarkozystes. La preuve, lors du meeting fondateur du parti de Villepin, le 19 juin à Paris, un certain nombre de policiers – en civil – étaient venus bénévolement gonfler les rangs du service d’ordre. Au risque de se faire ficher par leurs collègues en faction ?

En mai 2009, les révélations de Bakchich avaient fait capoter le projet de Gérard Larcher de s’attribuer un pied à terre de 340 mètres carrés, rue Bonaparte, dans le VIe arrondissement de Paris. Rebelote, cet été, le président du Sénat va emménager dans un appartement de fonction de 140 mètres carrés, toujours rue Bonaparte. Les temps sont durs…

Marseille en scène

Travail de précision à la communauté urbaine de Marseille (CUM) pour les élus de droite. Tout à leur envie de dézinguer le socialiste Eugène Caselli et son mentor, le président du conseil général tout aussi rose, Jean-Noël Guérini, les politiques locaux doivent se garder de sortir trop de dossiers. Et surtout vérifier la période sur lesquelles ils courent. Jusqu’en 2008, la CUM était en effet présidée par Jean-Claude Gaudin… Des fois que des affaires louches auraient survécu à l’alternance. De l’art de doser la mauresque.

TF1 mise juste

Toute nouvelle sur le marché des jeux en ligne, la chaîne de Bouygues va-telle faire un carton avec… la nomination du patron de France Télévisions ? Depuis plusieurs mois, des hauts pontes de TF1 avaient misé, en privé, sur l’arrivée de Rémy Pfimlin, le patron de Presstalis (ex-NMPP), à la tête du service public. Sur le mode « quelqu’un va réussir à convaincre Sarko que nommer Bompard est une connerie énorme ». Bonne intuition.

La diplomatie inaudible

Malgré les élections en Guinée-Conakry, le dimanche 27 juin, la politique africaine de la France ne dévie pas de sa route… à plusieurs voix. Quand le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, n’a qu’un but, faire élire son ami Alpha Condé, le patron de la cellule Afrique de l’Élysée, André Parant, a un autre chouchou, Sidya Touré. « De toute façon, plus personne ne les écoute », décrit un ministre africain. Notre coq chante dans le vide ✹

du samedi 3 au vendredi 9 juillet 2010 | Bakchich Hebdo N°31

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Apéro marseille

trois bandits sont dans un bateau

L

’extorsion de fonds, le braquage et les machines à sous peuvent rapporter gros. Inconvénient, il faut blanchir l’argent gagné. Bernard Barresi, en cavale depuis un braquage à Mulhouse en 1990, Michel Campanella, condamné à quatre ans pour « recel en bande organisée », et son petit frère Gérald, suspecté d’être impliqué dans de multiples règlements de compte, ont été serrés, début juin, à bord de l’Atlas, un magnifique yacht appartenant à Alexandre Rodriguez, 39 ans. Ce sympathique garçon est alors patron de Rodriguez Group, une société cannoise leader mondial du yachting de luxe spécialisée dans les jolis bateaux à 20 millions pièce. Alexandre Rodriguez avait apparemment suffisamment d’affection pour les trois caïds pour partager leurs sorties en mer, faisant même de Gérald Campanella son chauffeur personnel… Les magistrats se demandent donc si certaines filiales de Rodriguez Group, notamment aux États-Unis, en Suisse, en Tunisie et dans les

Émirats arabes unis, n’auraient rogatoire internationale. D’autant pas servi à recycler de l’argent que le domicile, au moins fiscal, sale. La commission rogatoire d’Alexandre et de son papa est à du juge d’instruction Philippe Corsier, une commune à côté de Dorcet parle de « blanchiment, Genève. Toutefois, des proches du extorsion de fonds, infractions à la dossier évitent de trop accabler le champion du yachting de luxe. législation sur les jeux et associaIls le décrivent comme un fêtard tion de malfaiteurs ». Rodriguez sans envergure, excité de s’ena aussitôt démissionné de l’encanailler avec semble de ses des voyous. En mandats au sein Les filiales du leader des clair, ce millionde Rodrigue z naire n’aurait Group, laissant yachts de luxe auraient pas tiré profit la présidence servi au blanchiment. de ce mariage à Gérard, son avec Ber nard père, fondateur Barresi et les frères Campanella. de la boîte en 1972. « D’ailleurs, dans les interrogaEn revanche, la semaine dernière, toires, les voyous ne cessent de Alexandre était toujours adminiscouvrir Alexandre Rodriguez », trateur de Service de navigation assure un témoin. Malheureude plaisance (SNP) Boat Service. sement pour lui, l’association de Une discrète société installée à malfaiteurs est punie de dix ans Genève, au troisième étage du 9, rue du commerce. Si l’avocat de prison. Auxquels s’ajoutent dix suisse Edmond Tavernier, fondaans si le blanchiment est commis teur de cette entreprise, n’a pas en bande organisée. La demande de mise en liberté d’Alexandre a trouvé le temps de nous répondre, été rejetée la semaine dernière ✹ une employée a expliqué à Bakchich que « ce sont surtout les fac Amédée Sonpipet tures qui passent par la Suisse. L’activité est ailleurs ». L’activité www.bakchich.info de SNP Boat Service ? « L’achat, la location, la vente de bateaux neufs Le contrat qui lie Barresi au conseil et d’occasion », ainsi que l’acquisigénéral des Bouches-du-Rhône : tion de places dans les ports… La justice helvétique devrait rapihttp://minu.me/2irf dement recevoir une commission

bab’ el web Dati Danielle

Sur Rachida-dati.eu, son blog truffé habituellement de photos bling-bling, Rachida Dati a commenté le petit déj’ organisé le 28 juin pour parler de l’immigration avec des parlementaires européens. « Alors que les populations ”à intégrer” ont changé, nous constatons que les politiques d’intégration ont quant à elles peu ou pas évolué », a-telle rapporté, parlant d’« échec » de la politique d’immigration. Éric Besson et son prédécesseur, Brice Hortefeux, qui ont eu le culot de lui ôter voitures et gardes du corps en avril, apprécieront l’analyse.

Équatueur

On trouve vraiment les offres les plus insolites sur le Web. Voici la dernière à la mode en Équateur : « Recherches, captures ou meurtres… Nous éliminons ceux qui vous incommodent. » Ces tueurs à gage recrutés sur Internet proposent leurs services pour un prix compris entre 300 et 2 500 euros, selon les ressources de la victime. Ces propositions ne sont, hélas, pas des canulars, d’après les autorités de la ville de Guayaquil, qui imputent à ces commandes 11 % des 212 homicides de ces six derniers mois.

Combien a coûté le nouvel avion de Nicolas Sarkozy? A. 58 concerts de Johnny pour le 14 Juillet. B. 251 garden-parties à l’Élysée. C. 18 526 mensualités de mission de Christine Boutin. D. 146 600 mois de cigares pour Christian Blanc.   E. 298 811 nuits d’hôtel des Bleus en Afrique du Sud. Réponse :Toutes. Le nouvel avion présidentiel A330200 disponible en automne coûtera 176 millions d’euros, d’après le Parisien (27/06).

Début juin, la Brigade de recherche et d’intervention de Marseille arrêtait trois figures du grand banditisme et Alexandre Rodriguez, le numéro un mondial du yachting de luxe. Explications.

Lâche ta com

En pleine période d’austérité, le gouvernement britannique vient d’annoncer un audit pour fermer certains sites peu efficaces et dispendieux créés par les ministères. En France, malgré les appels répétés du député UMP Lionel Tardy, ils sont peu nombreux à avoir précisé le coût de leur communication sur le Net. Le site PCinpact.com a publié les quelques réponses. On apprend que le ministère de l’Éducation nationale a dépensé la bagatelle de 1,244 million d’euros en 2009, uniquement pour sa cyber-com. Ou encore que les services du Premier ministre ont investi 242 000 euros pour le référencement du site sur la grippe A toujours en activité :  pandemie-grippale.gouv.fr. Pour l’efficacité que l’on sait ✹

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Bakchich Hebdo N°31 | du samedi 3 au vendredi 9 juillet 2010

Parce qu’il le vaut bien

Pflimlin en campagne

L’info. « De Bompard à Pflimlin, la valse des favoris », le Monde, 1er juillet. Le décryptage. Le quotidien du soir revient sur le sprint final qui voit s’opposer Alexandre Bompard, actuel président d’Europe 1, et Rémy Pflimlin, patron de Presstalis, pour le poste de président de France Télévisions. En filigrane de l’article, le lancement de la campagne de Pflimlin. Dans le papier, un mot pour l’actionnaire : il est pour la suppression de la pub. Un mot pour les amis du Président (Stéphane Courbit et Alain Minc) : il est pour la vente de la régie pub. Un mot pour les producteurs : il critique le « centralisme » de la direction actuelle. Et un mot pour l’opinion : il veut nommer le numéro deux. Un bel exercice réalisé par Pflimlin avec l’aide du Monde. Prochain coup pour Bompard ?

Fisc à papa

L’info. « Affaire Bettencourt : le patron du fisc s’explique », le Figaro, 29 juin. Le décryptage. Interviewé dans le quotidien de Serge Dassault, Philippe Parini, le directeur général des finances publiques, prend la défense d’Éric Woerth, son ancien ministre de tutelle. Un soutien pas vraiment surprenant. En effet, Parini connaît Nicolas Sarkozy depuis 1993, date à laquelle ce dernier, alors secrétaire d’État au Budget, le nomme directeur du personnel. L’indépendance chevillée au corps, il le suivra dans les Hauts-de-Seine, comme trésorier payeur général, de 1998 à 2002. Plus tard, il prendra part à la rédaction du programme présidentiel de l’actuel locataire de l’Élysée. Un parcours qui n’enlève rien à la sincérité de son soutien à un ministre en difficulté.

L’info. « Éric Woerth est un homme intègre, honnête, sans doute le ministre du Budget qui a le plus été impliqué dans la lutte contre la fraude fiscale et les paradis fiscaux », Luc Chatel, i-Télé, 27 juin. Le décryptage. Tout à sa mission de porte-parole du gouvernement, celui qui est aussi ministre de l’Éducation n’a pas lésiné dans le soutien à son collègue en délicatesse. Une solidarité tout aussi sincère que celle de Philippe Parini, qui ne doit bien sûr rien au fait qu’avant d’entrer en religion sarkozyste Luc Chatel a été pendant douze ans l’un des hauts cadres de L’Oréal.

France Télé, c’est raté

L’info. « Bompard à la tête de France TV », Europe1.fr, 28 juin. Le décryptage. Le site de la radio Europe 1, dirigée – jusqu’à preuve du contraire – par Alexandre Bompard, s’est fendu, lundi matin, d’une brève reprenant le quotidien Libération. Las, alors que rien n’est officiel, que Lagardère, par la voix de Didier Quillot, a démenti qu’Alexandre Bompard avait négocié son départ, et que Rémy Pflim  lin serait sur le point d’emporter le fauteuil de patron de la télé publique. Du coup, le site d’Europe 1 a retiré l’article. Après une gueulante de Bompard ?

Coup bas

L’info. « Moi, je suis toujours là. Je n’ai pas disparu après les élections [régionales] comme d’autres têtes de liste l’ont fait dans le passé », Valérie Pécresse, le Figaro, 30 juin. Le décryptage. Un tacle directement adressé à Jean-François Copé, qui, en 2004, avait déserté le conseil régional d’Ile-de-France suite à sa défaite en tant que tête de liste UMP. Et qui a décidé, avec des élus du Val-d’Oise (Claude Bodin, Francis Delattre) et Roger Karoutchi, que ce serait à lui de se présenter aux élections régionales de 2014 en Ile-de-France contre Valérie Pécresse. Un test avant la présidentielle de 2017 ✹


Filouteries écoutes Bakchich publie des enregistrements inédits de Liliane Bettencourt, de son avocat, Georges Kiejman, et de Patrice de Maistre, son gestionnaire de fortune, datés de juillet 2009. La conversation porte sur le futur procès de François-Marie Banier. Instructif.

L’affaire Bettencourt toujours

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e procès de François(…) C’était mon adversaire dans Marie Banier, accusé une affaire qui s’est plaidée en Lituanie [l’affaire Marie Trinti« d’abus de faiblesse » gnant, où Olivier Metzner défenpar Françoise Betdait Bertrand Cantat, et Kiejman, tencourt, la fille de la famille Trintignant, ndlr]. Liliane Bettencourt, devait s’ouvrir jeudi au tribunal (…) J’en ai encore parlé avec Mme correctionnel de Nanterre. Au Daubigney ce matin, qui est le moment où nous mettons sous procureur adjoint de Nanterre, presse, il paraît fort probable, et qui est, elle, à l’audience. Parce compte tenu du climat explosif que je voulais me faire confirmer autour des écoutes pirates de la la date de classement de l’affaire. femme la plus riche de France, Elle m’a dit le 22 septembre. que cette audience soit reportée. (…) J’ai eu une conversation Aujourd’hui, Bakchich publie très libre avec elle. Je lui ai dit : d e s e n re g i s « Écoutez, vous trements inésavez bien que Les écoutes révèlent une dits, datés du ce qui complique certaine fébrilité des 21 juillet 2009, cette histoire, qui révèlent une défenseurs de Bettencourt. hein, on est entre nous deux, on ne certaine fébripeut pas dire lité du côté des ça à la presse, (…) c’est que Mme défenseurs de Mme Bettencourt. L’avocat de celle-ci, Georges Prevost-Desprez [présidente du triKiejman, ancien ministre de la bunal, ndlr] ne veut pas renoncer Justice de François Mitterrand, parce qu’elle considère cela comme dévoile à sa cliente et à Patrice un beau procès, parce que c’est de Maistre, son gestionnaire de beau pour son ego, sa vanité et son fortune, les enjeux du procès brushing. » qui s’annonce. Cinq jours avant Plus tard, dans la conversation, cet entretien, la fille de Liliane Georges Kiejman revient sur le Bettencourt a assigné en correccas de Mme Daubigney. Mme Bettionnelle François-Marie Banier, tencourt ne se souvient plus de qui sans attendre les conclusions de il parle. l’enquête préliminaire lancée L.B. : Qui c’est, elle ? quelques mois plus tôt par le P. de M. : Elle, c’est la femme qui parquet. est le procureur adjoint de Nanterre. Georges Kiejman : Mme BettenG.K. : C’est le numéro deux du court me demandait ce qu’elle parquet de Nanterre. C’est une pourrait faire, elle [Françoise, sa femme très bien, très pondérée, fille, ndlr]. Ben, elle, elle pourrait avec beaucoup d’autorité, très se retirer, purement et simplement. Il y a peu de chance qu’elle calme. Ce n’est pas toujours le cas le fasse. (…) Et puis, elle a un – il y a certaines femmes un peu avocat qui ne l’y incitera pas. hystériques, mais ce n’est pas son Liliane Bettencourt : Vous cas. (…) Elle n’a pas l’intention connaissez son avocat ? d’aborder le fond. (…) Quand j’en G.K. : Oui, je le connais très bien. parlais avec [Mme Daubigney],

je lui disais : « Mais, enfin, vous savez bien, Mme le procureur, c’est quelque chose qui devrait se discuter, non pas devant un tribunal, mais uniquement comme un cas entre psychanalystes », et elle riait ! Et elle disait : « C’est exactement ça. » Si, durant tout l’entretien, Liliane Bettencourt s’exprime peu et semble dépassée par la conversation entre son avocat et son gestionnaire de fortune, elle semble plus présente dès lors que le cas de sa fille est évoqué. Comme si elle cherchait à comprendre les intentions de sa fille dans ce procès. Évacuant les questions financières gênantes, Kiejman et de Maistre ne lésinent pas sur les longues digressions d’ordre psychologique. Quitte à manier la brosse à reluire.

scoop raté pour « le monde » et « l’obs »

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’affaire Bettencourt, devenue l’affaire Woerth, est aussi une affaire de presse. Depuis la mimai, en effet, l’entourage de la fille de Liliane Bettencourt, Françoise, en possession des fameuses écoutes, s’agite pour rendre ce document public. Selon nos informations, le Monde puis le Nouvel Observateur ont été approchés aux fins de publier les écoutes réalisées au domicile de la patronne de L’Oréal. Les documents ont été proposés aux deux publications. Et ce sont finalement Mediapart puis le Point qui en diffuseront de larges extraits.

couacs et déontologie

Il est pour le moins étonnant que les deux médias approchés dans un premier temps soient passés à

côté d’un scoop pareil, qui, en période de crise, leur aurait assuré un regain des ventes certain (comme en témoigne le boom récent des abonnements à Mediapart). Plusieurs raisons à cela. La première, c’est que les rédactions concernées n’avaient pas conscience qu’un ministre était mis en cause de manière aussi directe dans les enregistrements. Ensuite, pour le Monde, il semblerait que l’argument juridique – c’est-à-dire une possible atteinte à la vie privée – ait pesé lourd. Quant au Nouvel Obs, des couacs de communication interne entre les différents services ont laissé échapper le scoop. Pour le plus grand plaisir de Mediapart ✹



simon piel

P. de M. : Françoise a été écrasée par sa mère. Parce que vous, c’est… Voilà, c’est toute la lumière. L.B. : (inaudible). P. de M. : Vous, c’est la lumière et, elle, c’est l’ombre. (…) G.K. : C’est ce que j’appelle le syndrome de la fille de Nefertiti. (…) Nefertiti était très belle, mais sa fille était un peu moins belle. Un visage intéressant, mais un peu triste. Et on voit toute la tristesse qu’il y a à avoir une mère trop lumineuse. De Maistre interroge Kiejman sur le calendrier judiciaire, sur l’éventualité que le jugement aborde le fond, ce qu’ils craignent manifestement. G.K. : (…) Ça dépend du compte rendu du jugement, parce que ce n’est pas parce que cette juge veut être devant une télévision qu’elle ne rendra pas un jugement de non-lieu. P. de M. : (...) On ne peut rien faire. G.K. : Non, d’autant plus que, vraiment, je ne les connais pas, mais les deux assesseurs que (inaudible) – un homme et une femme –, ils ont l’air de débiles légers. P. de M. : Ils feront ce qu’elle leur dira. Puis Kiejman choisit de revenir, à nouveau, sur le cas d’Olivier Metzner. Une obsession. G.K. : On parlait de Metzner. Ça aurait été Jean Veil, ça aurait été

Jean-François Prat, ça aurait été Brodin, ça aurait été, enfin, les quelques grands avocats civils qui existent, j’aurais immédiatement pris mon téléphone. P. de M. : Oui, c’est ça. G.K. : Et j’aurais dit (inaudible) : « Explique-moi pourquoi ce procès idiot doit se dérouler. » P. de M. : C’est ça. G.K. : Mais, lui, c’est difficile d’expliquer… Metzner, c’est un type pas bête, qui a commencé comme avocat de voyous, en trouvant des vices de procédure qui ont permis de les mettre en liberté. (…) Il a conquis sa gloire comme ça. Comme un type assez besogneux qui traitait le problème des procédures. Et, petit à petit, les gens fortunés l’ont amené à faire du droit pénal financier. (…) C’est un type qui travaille tout le temps, qui n’a de satisfaction, lui, que narcissique. L.B. : Vous parlez de qui, là ? P. de M. : De l’avocat de votre fille, Me Metzner. L.B. : Il paraît que c’est un crac. G.K. : C’est un crac de la procédure. Non, je vous assure, ce n’est pas un vrai crac ✹



lucie delaporte

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Les fortunées mésaventures de Liliane Bettencourt, alias Lady “Gaga” : http://minu.me/2lsy

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les petits suisses

suisse Tout fout le camp ! Le Parlement vient de valider la fin d’un trésor national : le secret bancaire. Comme si les banques avaient besoin de ça, entre les fichiers de clients HSBC perdus dans la nature, un comptoir fantôme, un établissement qu’on dépouille… et Sarko qui leur fait la morale !

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’affaire remonte à l’année dernière, mais ce n’est qu’en juin 2010 que la Suisse a officialisé la fin de ce qui a fait sa fortune et sa renommée : le fameux secret bancaire. À cette fin, le Conseil fédéral a demandé aux parlementaires d’entériner, par un traité international, la trahison de l’UBS. La principale banque du pays est officiellement autorisée à dénoncer ses clients américains. On peut se demander pourquoi la France, voisine de la Suisse, n’a pas réclamé le même traité.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les banques helD’autant plus que, l’an passé, Nicolas Sarkozy s’était vètes connaissent bien des malheurs, d’où l’idée de leur montré très virulent pour exiger la fin des paradis fiscaux. consacrer un dossier. Il serait inapproprié de parler de Il était soutenu par l’un de ses principaux lieutenants, Éric gaffes, car il s’agit davantage de pratiques inavouables Woerth, alors ministre du Budget et des Comptes publics. qui, pendant longtemps, ont été tolérées et qui, mainteLe 20 avril 2009, ce dernier créait une « cellule de régularinant, ne le sont plus. sation des avoirs non déclarés ». En clair, le fraudeur avait Outre l’UBS, Bakchich met l’accent sur HSBC Suisse. dorénavant la possibilité d’envoyer un avocat en éclaireur. Par l’intermédiaire d’Hervé Falciani, un informaticien Le contribuable distrait ne se dévoilait que s’il acceptait le français, 127 000 comptes sont tombés entre les mains de compromis proposé par le ministère du Budget. la justice niçoise. Depuis, la France a transmis une liste Quelles sanctions pour le mauvais payeur ? Le patrimoine de 5 728 contribuables italiens au procureur de Turin, et rapatrié fait l’objet d’une taxation au titre de l’impôt sur le revenu (et éventuellement sur la fortune) sur les trois ders’apprête à livrer 3 000 autres comptes à l’Espagne (lire nières années, parfois sur six ans. En contrepartie, Éric « Falciani, l’homme qui fait trembler HSBC »). Dans un tout autre genre, nous racontons comment la Woerth oublie d’appliquer les pénalités et, surtout, n’enpetite banque Syz, installée à Genève, gage pas de poursuites. Un contriréalise un chiffre d’affaires de près de buable qui aurait dissimulé par La banque UBS a été inadvertance 5 millions d’euros 1 milliard d’euros en France, sans même autorisée à dénoncer en Suisse peut s’en tirer avec déclarer ses salariés et ses bénéfices une amende de 500 000 à (lire « Va voir à Paris Syz j’y suis »). ses clients américains. 1 million d’euros, soit 10 à Puis, pour vous éclairer sur les mœurs 20 % du bas de laine. des banquiers helvètes, Bakchich raconte comment la société financière Norinvest HolEn 2009, Bakchich posait déjà une quesding a acheté la Banque de patrimoines privés Genève tion : cette cellule de régularisation ne s’applique-t-elle pas seulement aux en mars 2009, l’a dépecée et ne l’a pas payée (lire « Un ban« petits cachottiers », à ceux qui ne quier Rouge de colère »). Enfin, nous nous attardons sur Éric Woerth, ministre planquent que quelques millions et qui du Travail, qui occupe, parmi ses importantes fonctions, ont ouvert des comptes à leur nom, du temps où la Suisse était un vrai paradis celle de trésorier de l’UMP. Ce qui le conduit à se rendre en fiscal ? Les « gros cachottiers », en Suisse (lire « L’UMP Suisse remet les pendules à l’heure »), revanche, comme Liliane Bettencourt, où le parti du président de la République française recrute se dissimulent derrière des trusts ou principalement ses adhérents chez les banquiers et les des fondations, où leurs identités, théogestionnaires de fortune… ✹ riquement, n’apparaissent pas. Dossier réalisé par Amédée Sonpipet

l’UMP Suisse remet les pendules à l’heure

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e 23 mars 2007, Éric Woer th, trésorier de l’UMP et de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, et Patrick Devedjian, député des Hauts-de-Seine, débarquent à Genève. Leur mission ? Recevoir les oboles de généreux donateurs. Entre 200 000 et 250 000 Français, travaillent en Suisse, souvent dans les banques et la gestion de fortune L’une des principales figures de l’UMP Suisse est Serge Vinet, longtemps délégué au Conseil supérieur des Français de l’étranger. Le Monde a révélé qu’il gérait la fortune de Christian Poncelet, l’ex-président du Sénat. Pas étonnant que les attaques de Sarkozy contre le secret bancaire et la place financière suisses soient restées en travers de la gorge de Vinet et de ses amis. « Non seulement il n’a pas la reconnaissance du ventre, mais sa mémoire flanche. Nicolas Sarkozy devrait se souvenir qu’à l’époque où il était avocat d’affaires il fréquentait assidûment les bureaux d’He yer Management à Genève », raconte un ancien responsable de l’UMP Suisse. Heyer Management appartenait

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à Jacques Heyer, un gestionnaire de fortune genevois exilé à SaintTropez. En délicatesse avec la justice de son pays, Heyer est notamment soupçonné d’avoir dilapidé la fortune de Didier Schuller, ancien conseiller général des Hauts-de-Seine, proche de Patrick Balkany, lui-même meilleur pote du locataire de l’Élysée.

Avertissement à Sarko

L’UMP Suisse a profité du passage de Pierre Lellouche, secrétaire d’État aux Affaires européennes, le 28 mars, pour rappeler que, lors des élections législatives de 2012, 11 députés représenteront les Français de l’étranger. Les élus de Suisse pourraient alors rejoindre

une autre bannière que celle déployée par Nicolas Sarkozy. « Nous avons aussi mis à contribution les élus de la région RhôneAlpes, Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale et député de Haute-Savoie, Étienne Blanc, député de l’Ain, et Pierre Hérisson, sénateur de Haute-Savoie. Ils ont tous fait passer le message à l’Élysée : arrêter de taper sur la Suisse. Près de 60 000 habitants de ces départements travaillent dans les cantons de Genève et de Vaud », raconte encore un dirigeant UMP Suisse qui préfère se montrer prudent. Un responsable local du parti qui avait menacé de faire des révélations à la presse a été dégagé sans ménagement ✹

Va voir à Paris Syz j’y suis La banque privée suisse Syz & Co se porte très bien. Pour 2009, son bénéfice annoncé est de 51 millions d’euros. Ce n’est pas pour la féliciter que la brigade financière de Paris compte la convoquer. Elle soupçonne l’établissement de travail au noir à grande échelle. La Syz est accusée de vendre des fonds communs de placement (des « oyster funds » luxembourgeois) à des clients institutionnels français, à des banques… sans même être déclarée dans l’Hexagone ! L’établissement réaliserait un chiffre d’affaires annuel de près de 1 milliard d’euros en France, sans y posséder ni filiale, ni bureau, ni salarié. En octobre 2009, un Français de 37 ans a déposé une plainte au pénal. Il affirme avoir travaillé à la banque Syz de septembre 2004 jusqu’à son licenciement, le 17 juillet 2009, comme « vendeur sur la France », sans avoir été déclaré. En février 2010, Bakchich révélait l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris. Depuis, l’ancien employé de Syz a été entendu par la brigade financière. Son ex-employeur doit être convoqué à son tour ✹


ne se sucrent plus falciani, l’homme qui fait trembler hsbc

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e 24 août 2007, Hervé Falciani, informaticien à la banque HSBC, à Genève, rentre à pied chez lui. Un fourgon surgit. Il est embarqué sans ménagement et se retrouve dans un sous-sol, une arme braquée sur la tempe. Deux hommes qui se disent du Mossad lui apprennent qu’une organisation islamiste libanaise, le Hezbollah, tente de pirater sa banque. Les services secrets israéliens lui demandent de les aider. Pourquoi lui ? Hervé Falciani est d’origine juive. C’est un informaticien de talent. Il a débuté sa carrière bancaire à Monaco, chez Edmond Safra. Né en 1932, issu d’une famille de banquiers juifs syriens, Edmond Safra est une légende. À 16 ans, il gère déjà le département des métaux précieux de la banque de son père au Liban. Puis il fait du négoce en Italie, crée un établissement financier au Brésil, avant de s’établir à Genève. Il y fonde la Republic National Bank of New York (RNB), qu’il vend au géant HSBC en 1999. La même année, Safra décède dans des conditions mystérieuses à Monaco.

Liban

Hervé Falciani accepte de collaborer. Il suit au Liban, en février 2008, une autre informaticienne recrutée par HSBC, Georgina Mikhael. Cette FrancoLibanaise fournit à Hervé Falciani un faux passeport au nom de Ruben al-Chidiack. Que fait le couple à Beyrouth ? Proposer ses talents dans l’analyse informatique des données ? Ou vendre des informations subtilisées dans les ordinateurs de HSBC, à savoir 127 000 comptes, comme l’affirme la justice suisse ? Une

banque libanaise alerte alors le ministère public de la Confédération, qui ouvre une enquête le 29 mai 2008. Le 21 décembre 2008, Georgina Mikhael est arrêtée à son bureau, interrogée et relâchée. Le lendemain, c’est au tour d’Hervé Falciani. Il est menotté, son appartement est perquisitionné. L’informaticien est questionné par Laurence Boillat, procureur fédéral suppléant. Curieusement, il sort libre du commissariat de police. Le lendemain matin, Falciani quitte la Suisse pour le sud de la France. De son côté, Mikhael disparaît et se réfugie au Liban.

bavure

Comment expliquer que la justice suisse laisse s’échapper un couple soupçonné d’avoir volé des milliers de données à la Hong Kong & Shanghai Banking Corporation (HSBC) ? N’est-ce pas porter un terrible coup au secret bancaire, qui fait la fortune de la Confédération ? Quand HSBC découvre la bavure, il est trop tard. Hervé Falciani, franco-italien, ne peut pas être extradé de France. Nouvelle gaffe pour rattraper la première : la justice suisse transmet une demande d’entraide judiciaire au parquet de Nice. Le 20 janvier 2009, l’informaticien est interpellé dans les Alpes-Maritimes et interrogé en présence de Laurence Boillat. Mais, ce que la Suisse n’a pas prévu, c’est qu’Éric de Montgolfier, le procureur de Nice, ouvre à son tour une enquête préliminaire et garde l’unité centrale de l’ordinateur d’Hervé Falciani. La fuite se transforme en chutes du Niagara. La justice française se retrouve en possession des 127 000 comptes de HSBC Suisse.

Or la RNB d’Edmond Safra accueillait une clientèle sensible. Des sociétés et des hommes d’affaires israéliens et du MoyenOrient. Le 9 décembre 2009, le Parisien évoque « La liste secrète volée à la Suisse » et révèle que « ces documents sont entre les mains du ministère des Finances ». Éric Woerth a effectivement récupéré les données de l’ordinateur de Falciani. Il annonce fièrement qu’il détient une liste de 3 000 mauvais contribuables tricolores. Pourquoi seulement 3 000 ?

De 7… à 24 000 noms

De son côté, Montgolfier évoque assez rapidement « une vingtaine de noms qui nous inquiètent ». Interrogé par Bakchich, le procureur ajoute : « Je me garderai encore de parler de blanchiment. Toutefois, certains mouvements de fonds nous intriguent. » Quant à HSBC, elle tente de minimiser et assure, en décembre 2009, qu’Hervé Falciani ne serait parti qu’avec… sept noms. En mars 2010, Alexandre Zeller, le patron de HSBC Suisse, reconnaît que « ce vol pourrait concerner quelque 15 000 clients existants ». À quoi il faut ajouter 9 000 autres clients qui avaient clos leurs comptes. Soit 24 000 personnes. Le 11 mars 2010, HSBC adresse une lettre à tous les clients de l’établissement financier, évoquant « l’ampleur très importante » des informations dispersées dans la nature. Ce qui laisse à penser qu’il y aurait bien plus de 24 000 clients concernés. En fait, les 127 000 comptes intéressent 180 pays. En mai, la France a transmis 5 728 noms à l’Italie, et, en juin, 3 000 comptes environ détenus par 1 500 Espagnols. Et ce n’est que le début… ✹

Un banquier Rouge de colère

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ort aux faibles ! Genève a un petit air de Dallas. Du temps de sa splendeur, quand il circulait en jet privé, François Rouge n’avait que des amis sur les bords du lac Léman. Depuis qu’il est tombé, mis en examen pour blanchiment d’argent et association de malfaiteurs dans l’affaire du Cercle Concorde, l’ancien banquier compte ses copains sur les doigts d’une main. Résultat, peu après sa sortie des Baumettes, il doit brader son établissement financier, la Banque de patrimoines privés Genève (BPG). Une petite banque prospère, avec filiale aux Bahamas, spécialisée dans la gestion de fortune. Les bonnes années, la BPG dégage entre 3,5 et 4 millions d’euros de bénéfices. Sans ses ennuis, François Rouge aurait pu en tirer entre 60 et 90 millions. Pis, en 2008-2009 s’ajoute la dégradation du secteur bancaire. En mars 2009, la société d’investissement genevoise Norinvest annonce le rachat de la BPG. Aucun prix n’est avancé, mais les spécialistes de la finance helvétique estiment que la BPG a été bradée autour de 40 millions d’euros. Massimo Esposito, le patron de Norinvest Holding, affirme assez cyniquement dans le quotidien financier l’Agefi : « On ne choisit pas nécessairement le

moment d’une acquisition, mais on exploite plutôt des opportunités lorsqu’elles se présentent. Le cataclysme a aussi un bon côté, en rétablissant des multiples raisonnables. »

bradée à 22 millions

Norinvest possède la Banque Cramer, un établissement comparable à la BPG, riche d’une filiale à Lugano, en Suisse italienne. Mais, depuis plus d’un an, le repreneur tarde à payer. « Sous prétexte d’avoir trouvé des squelettes dans les placards, Norinvest ne cesse de provoquer des conflits, bloquant les versements », constate un proche du dossier. En gagnant des mois, sinon des années, Norinvest espère pouvoir étrangler l’ancien banquier François Rouge et le contraindre à céder la BPG pour une bouchée de pain. Le 7 juin dernier, dans une demande d’arbitrage déposée à Genève, Massimo Esposito entendait s’approprier la BPG pour 22 petits millions… ✹ www.bakchich.info

La folle saga du Cercle Concorde : http://minu.me/2lwt

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Filouteries confidences France Télécom relativise

Le patron de France Télécom, Stéphane Richard, est un grand sage. En pleine crise financière et sociale, il a affirmé, lors du forum Génération France animé par Jean-François Copé, lundi 28 juin : « J’ai le sentiment qu’on a toujours dramatisé la question du chômage en France. Dans beaucoup d’entreprises, il y a un phénomène d’attachement excessif au travail dans nos vies. » Chez France Télécom, on préfère être pendu au bout du fil…

La rigueur s’insinue partout

La réduction du train de vie de l’État imposée par Sarkozy a trouvé un étrange écho à l’Assemblée. Quatre cas de licenciement de collaborateurs parlementaires en vingt-quatre heures et sept sur une semaine. Droite, gauche et extrême gauche confondues. Dont un après une collaboration de treize années. Un amendement est dans les tuyaux pour leur permettre d’accéder à la profession d’avocat en cas de reconversion. Histoire de mettre le parquet !

Des idées de reconversion

l’hommage du vice au versa L’HUMEUR DE PROBST Jean-François Probst, ex-conseiller de Jacques Chirac, de Charles Pasqua ou de Jean Tiberi, commente l’actualité. C’est la semaine des farces. Un véritable mardi gras d’été. Un 1 er avril en pleine chaleur où tous se découvrent d’un fil. Et se vautrent dans la galéjade, le burlesque. Merci les Bleus, cocorico, vive la France, banzaï ! Vous avez tout déclenché. Pour ridicule qu’elle soit, la commission parlementaire mise sur pied pour comprendre la débâcle sudafricaine du foot français a au moins permis à Tapie de s’amuser. Nanard se met à clamer sur les ondes qu’il ne faut pas « confondre foot et politique » et que les députés ont mieux à faire. Lui, l’ancien ministre de la Ville, le président de l’OM condamné pour corruption, a décidé de se transformer en Père la morale. Un peu comme si Julien Dray prenait la défense d’Éric Woerth, empêtré désormais dans l’affaire Bettencourt. Ou si Dominique Paillé, le conseiller de Sarko, pris les doigts dans le pot de confiture du financement de l’UDF, s’y mettait. Ou si le casinotier Bernard Laporte volait au secours de la curée. Ah, tiens, ils l’ont fait. L’hommage du vice au vice, et vice versa. Que de blagues pour aller à la plage !

saisir la commission des finances du Sénat ? L’Euro 2016 arrive, une rivière de grisbi public va se mettre à couler et mieux vaudra surveiller où mènera son cours.

Revenons à la fameuse commission sur le Waterloo du ballon rond français. Après tout, c’est l’argent du contribuable qui nourrit en grande partie le monde du foot. Alors pourquoi ne pas

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Si Tapie tient à séparer les gens, il faudra en toucher un mot à son ami Bernard Kouchner. Toujours ministre des Affaires étrangères quand sa femme, Christine Ockrent, dirige la voix et l’image de la France à l’étranger avec l’audiovisuel extérieur français. Le sinistre « AEF ». Même Borloo et DSK avaient compris que leurs compagnes ne pouvaient décemment continuer à présenter les infos quand leur coquin de mari se retrouvait avec un maroquin. Et puisque l’heure est à l’économie, à la fin des gardenparties et presque au bol de riz, le Kaiser Sarkoko devrait penser à remanier et à dissoudre. Gouvernement réduit, Conseil économique et social détruit. Vingt millions d’euros économisés, au bas mot, pour des machins à utilité réduite. Arrachons la chienlit !✹

Jean-François Probst vous stimule ? Dégustez ses chroniques Web : http://minu.me/1vbh

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Laurent de Sarnez, frère de Marielle, la muse du Modem, a mieux réussi sa reconversion que sa sœurette. Exmercenaire passé par le continent noir, beaucoup, et dans les équipes de Bob Dénard, un peu, Laurent s’est assagi. Pour s’occuper de l’intendance du président équatoguinéen Obiang-Nguema, nouveau roi pétrolier d’Afrique équatoriale. Peut-être un exemple à suivre pour François Bayrou…

L’Éducation se met au régime

gouvernement

les transports en roue libre

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ormalement, c’est pour la monde en animant, sur le terrain, rentrée, après la réforme la Journée mondiale de la sécurité des retraites. Mais qu’il au passage à niveau (sic) ! est long à venir, ce remaniement En toute logique, plusieurs préministériel ! Usés jusqu’à la corde, tendants briguent la place de Buscertains membres du gouvernesereau. Comme le député UMP du ment sont en roue libre depuis Val-d’Oise Yannick Paternotte, des mois. Y a-t-il encore un pilote encouragé par certains groupes pour gérer les Transports, s’incomme Veolia, et qui, avec son terrogent, par exemple, nombre club Hermes, tente de se rendre d’acteurs du secteur ? « C’est vrai incontournable sur les transports. qu’on passe de plus en plus de Mais il paraît bien poussif face au temps à s’occuper des affaires de sprint du sénateur UMP des AlpesCharente-Maritime », avoue-t-on Maritimes Louis Nègre, qui disau cabinet du sous-ministre aux pose de deux atouts : ancien prof Transports, Dominique Bussede gym, Nègre est le poulain d’Esreau, présent au gouvernement trosi, le ministre de l’Industrie. depuis… 2002 ! Mis sur orbite, Nègre a raflé en En bon cumuLes prétendants sont peu de temps la lard, Bussereau présidence de s’est fait élire à l’affût d’un poste lobbies – la président du abandonné par Bussereau. deux Fédération des conseil général industries ferrode Charenteviaires et un think-tank financé Maritime en 2008. Depuis la tempar les autoroutiers – en sus de pête Xynthia, il choie son fief, où son mandat de maire de Cagnesil passe chaque fin de semaine. sur-Mer, de vice-président de la Le si scolaire Bubusse a même communauté Nice-Côte d’Azur été jusqu’à protester contre la et de président de deux ou trois décision de Sarko et de Fillon de autres babioles. faire détruire les maisons sur les Hasard ou pas, ces derniers côtes dangereuses. C’est qu’il faut temps, le Medef Transports a bien veiller à ses arrières, des fois lancé des messages d’amour à que la promesse élyséenne d’une Estrosi sur le mode : on aimerait promotion ministérielle – pour beaucoup que le secrétariat aux avoir accepté de se faire battre par Transports soit rattaché, dans Ségolène Royal aux régionales en le prochain gouvernement, au Poitou-Charentes – ne se concrétiministère de l’Industrie plutôt serait pas. Quoi qu’il en soit, Busqu’à celui de l’Écologie, qui nous sereau, placé sous la tutelle parabrime et nous traite de pollueur. lysante de Borloo, ne se risque Ça sent le coup monté ✹ plus sur les dossiers sensibles. Fin juin, il a fait marrer tout le  émile borne

bettencourt, le ps démissionne

Les révélations sur les notes de frais un peu trop salées de l’un de ses jeunes conseillers, Alexandre Gelbard, ont fait réagir Luc Chatel. Le ministre de l’Éducation nationale a demandé aux membres de son cabinet de ne plus aller à l’Arpège. Restaurant renommé et fort cher d’Alain Passard, situé à deux pas de l’hôtel Matignon, où Alexandre Gelbard avait son rond de serviette.

À la pêche aux voix

L’UMP aura, dimanche 4 juillet, les yeux rivés vers le sud des Yvelines : à Rambouillet, où se rejoue une législative partielle serrée entre le parti majoritaire et Europe Écologie. Le précédent scrutin, entaché d’irrégularités, s’était conclu sur un écart d’une seule voix en faveur de l’UMP Jean-Frédéric Poisson. La Verte Anny Poursinoff, entre-temps réélue conseillère régionale, postule à nouveau, soutenue par David Fischer, suppléant PS. Un Fischer pour un Poisson, ça ne s’invente pas ✹

Une enquête parlementaire plutôt qu’une demande de démission. Voilà la ligne du Parti socialiste dans l’affaire Woerth-Bettencourt. Lors de la réunion de groupe des députés PS, mardi 29 juin, la question du départ du ministre du Travail, Éric Woerth, ne s’est même pas posée. Étonnant, quand on sait que, pour Frédéric Mitterrand et l’affaire Polanski, Hortefeux et celle des « Auvergnats », ou encore Marie-Luce Penchard et le délit de favoritisme, le mot ne faisait pas peur à ces roses oreilles. « Nous avons convenu avec Martine Aubry d’une approche, non pas dans l’incantation, mais au plus près de la vérité », pondère Jean-Marc Ayrault, président des élus socialistes. Et d’ajouter : « Il ne faut pas descendre une personne en tant que telle, mais poser des questions précises. » Seul Arnaud Montebourg avait exigé la démission de Woerth, avant d’être ramené dans le rang. « Il ne faut pas nous tromper, le texte principal, c’est les retraites ! » clame un député bien calé sur la ligne du parti. À cela, une autre solution de repli a été évoquée : une proposition de loi, à la mi-juillet, sur le non-cumul entre la fonction de ministre et celle de trésorier d’un parti politique. Tremble, Éric Woerth ! Faut-il rappeler que François Mitterrand était un grand ami d’André Bettencourt, défunt époux de Liliane ? Que les deux hommes se sont rencontrés avant la guerre, dans l’organisation d’extrême droite la Cagoule ? Que c’est là également que Mitterrand fit la rencontre du fondateur de L’Oréal, Eugène Schueller, alors financier du groupuscule ? Faut-il rappeler, enfin, que ce dernier, grâce à un témoignage de Tonton, évita l’épuration d’après-guerre ? Heureusement, il y a prescription. Pas démission ✹ louis cabanes


Bazar afrique du sud À événement exceptionnel, mesures exceptionnelles. Pour la Coupe du monde de foot, l’Afrique du Sud a créé des tribunaux spéciaux. Du 28 mai au 25 juillet, c’est une justice pour le moins expéditive et on ne peut plus sévère qui est appliquée au pays de Mandela.

Les juges sont devenus foot

E

n s’aventurant, en semble agir sous stéroïdes », pleine Coupe du ricane le Mail and Guardian, monde, en Afrique du l’un des journaux les plus fouineurs du pays. Quinze ans de Sud, Bakchich s’est prison ferme pour les braqueurs exposé à bien des de deux journalistes portugais, dangers. Pas à celui arrêtés et condamnés en quade l’insécurité, dans un pays où rante-huit heures à Johannesla moyenne des homicides s’établit à 50 par jour, pour 18 000 camburg. Trois ans de taule pour un Nigérian qui a recelé 30 tickets briolages et 15 000 braquages de volés à Pretoria. Deux ans au voitures par an. Bakchich a bravé un péril bien plus grand, qui peut trou pour un jeune de 21 ans qui a vous donner, au piqué une couverture, trois moindre contrôle Trois ans de prison pour un bouteilles de de police, l’envie b i è re e t u n d’uriner dans un Sud-Africain qui a volé le tourisendroit inapprotéléphone d’un supporteur. guide tique à un fan prié. Il s’agit de la dernière trouallemand perdu vaille de la justice sud-africaine : à Rustenburg. Cas réglés en les tribunaux spéciaux Coupe du moins d’un jour. Une « fast jusmonde. tice » qui commence à inquiéter les pontes des tribunaux arc-enDes cours de justice spécialement ciel. Particulièrement après le créées par le gouvernement de cas emblématique d’un jeune de Jacob Zuma – pourtant peu à 22 ans, condamné à Johannesl’aise avec la justice – pour parer burg, en vingt minutes, à trois à toutes les infractions pénales en ans de cabane pour avoir volé lien avec le Mondial de foot. Du le téléphone portable d’un fan recel de tickets au non-respect des argentin. Le tout sans arme… et sponsors de la Fifa, en passant par avec un casier vierge. le vol à la tire. Le décret, paru au « On a 400 000 vols chaque année journal officiel local le 21 mai derdans le pays. Que va-t-il se passer nier, est fort explicite sur la nature si on continue d’infliger d’aussi de cette justice aussi ronde que lourdes peines pour un délit ballonnée : « Des mesures excepaussi mineur ? » pointe, dans les tionnelles pour s’assurer que les effractions contre la multitude de colonnes du Mail and Guardian, Barbara Holtmann, une huile fans de foot et des équipes présentes de la criminologie locale. « Je ne soient rapidement traitées. » Cinquante-six tribunaux pour vois pas quel bénéfice cette sorte les neuf villes hôtes de la compéde justice va avoir sur le pays. » tition, avec 260 procureurs et 93 Jugement de plus en plus partagé traducteurs, ouverts du 28 mai par les ONG locales et la presse au 25 juillet, et un budget de anglo-saxonne, qui commence à 45 millions de rands (5 millions tirer à boulets rouges. Car l’un d’euros). Pour une justice expédes siens a été touché ! Un journaditive. « Malgré l’interdiction du liste britannique a été condamné, dopage, la justice sud-africaine le 28 juin, à 3 000 rands (320 euros)

Quand la Fifa dit non, c’est nom Pas à une entorse près avec la législation d’un pays ou son histoire, la Fifa a gentiment mis les pieds dans le plat en Afrique du Sud. Fin d’apartheid oblige, les noms afrikaners des villes sud-africaines ont certes été conservés, mais les dénominations africaines des municipalités leur ont été accolées. Depuis 1994, Pretoria s’appelle donc aussi Tshwane, Bloemfontein peut être nommée Mangaung, Pietersburg se dit Polokwane… Mais après que de pauvres fans paumés se sont plaints d’être troublés par la double dénomination des villes hôtes des matchs sur les tickets et divers papiers officiels, l’instance internationale a pris la décision la plus diplomatique du monde : abandonner les dénominations africaines. Sage et saine approche. Et tant pis pour les siècles de lutte des Noirs en Afrique du Sud. Après tout, seuls les Blancs ont les moyens d’assister en masse aux matchs de la Coupe du monde ✹ x.M.

d’amende pour ne pas avoir donné sa bonne adresse de logement au Cap… Il est soupçonné d’avoir voulu critiquer le tout-sécuritaire mis en place par l’Afrique du Sud pendant le tournoi. Bref, un pisse-copie doublé d’un pissefroid. Rien qu’un malfaisant qui voulait embêter la Fifa, pourtant protégée depuis le 1er septembre 2006 (!) par le « 2010 Fifa World Cup South Africa Special Measures Act », un texte qui portait déjà les germes de la « fast justice » censée préserver la Fédé et ses sponsors des désagréments de la compétition (lire, ci-dessous, l’encadré « Mini-jupes interdites »). Des terres occupées, une justice mise au pas… Seize ans après la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud retrouve les joies de l’état d’exception ✹  xavier monnier www.bakchich.info

Road Trip, le carnet de bord de nos envoyés très spéciaux en Afrique du Sud : http://minu.me/2lrq

Mini-jupes interdites Depuis le scandale des mini-jupes lors du match Pays-Bas - Danemark, le 15 juin, les journaux sud-africains se déchaînent contre la Fifa. Pour rappel, 36 charmantes jeunes filles en courtes tenues oranges sont arrêtées dans l’enceinte du stade Soccer City, à Johannesburg. Motif : entorse à la législation sur le marketing. Les jeunes femmes sont soupçonnées d’avoir fait de la pub pour Bavaria, une bière hollandaise non autorisée dans les stades du Mondial, le partenaire officiel de la Fifa étant Budweiser. Aucun logo de la marque Bavaria n’est apposé sur les jupes, qui ont cependant bien été offertes, au même titre que les tickets d’entrée, par le brasseur néerlandais. Après un déferrement express de deux meneuses de revue hollandaises devant les tribunaux spéciaux et une tempête diplomatique, les charges ont été abandonnées. Et les mères sud-africaines de râler. Les jeunes recrues locales n’ont même pas été payées, quand le scandale a assuré une super pub à Bavaria. Un peu batave sur ce coup-là… ✹ x.M.

Le merveilleux royaume migrant la mauvaise foi de monnier l est un royaume invisible et Iapparaît migrant, qui, tous les quatre ans, un mois durant. S’impose

au monde en général et à un pays en particulier. Voire le colonise pendant six semaines, focalise les yeux de la planète sur lui, avant de le laisser exsangue, ivre et heureux. Quand il le peut… Ou qui affiche un souverain mépris pour ladite nation où il a daigné faire halte. Et, à la tête de ce merveilleux royaume qui a inventé la colonisation migrante, trône un roi dont nul n’ose saper l’autorité. Pas même les États des G8, G20 ou autres puissances émergentes de la scène internationale. Pas même l’ONU qui

compte moins d’adhérents que la tentaculaire Fifa. L’association et son patron, Sepp Blatter, ont bloqué les principales villes d’Afrique du Sud, imposé les stades à rénover et n’ont guère bourse déliée. Se sont goinfrés sur les revenus télé, marketing, sponsoring. Et ont vu l’Afrique du Sud leur tailler des lois sur mesure. Du jamais vu encore, et surtout pas dans les Coupes du monde française ou allemande. Une coupe réglée mais pas encore pleine pour Blatter. Qui souhaite se représenter à la présidence de la Fifa en 2011. Sepp ne se lasse pas de ses cueillettes ✹

Goinfre

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reportage Parmi le chapelet d’îles qui font les Caraïbes, entre la Jamaïque et Cuba, flottent les minuscules îles Caïmans, petits morceaux de terre spécialisés dans l’évasion fiscale. Un paradis que notre dessinatrice Essi a visité, sans doute pour ouvrir quelques comptes au nom de Bakchich…

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Bazar bruits de la ville

mondanités

la moche soirée des beaux

L

a der des ders avant l’Aposesse et une Slovaque s’invitent, calypse. Une nuit pour alléchées par la bouteille. Sourires sauver la patrie en danger. aux lèvres et papilles en extase. Contre la chienlit des gueules en L’Helvète (guère underground) biais et des corps grassouillets. se targue de rouler en BMW, Ce havre de reproduction entre bosse dans la finance et a fait le gens parfaits, c’était la soirée déplacement depuis Berne. Bien organisée à Paris, tout près modeste à côté des stars annondes Champs-Élysées, par le site cées : Jessica Simpson, blonde américaine qui chante comme Tres-select.com, le 25 juin. Soirée Anelka pense, et « FX », de Secret à laquelle Bakchich était convié. Story 3, sont attendus. Jamais Rendez-vous était donné au Grand venus. Tout comme des joailliers Palais. Tapis rouge, limousines, et des DJ reconnus. Une minette champagne, vitres teintées. Le à la triste mine : tralala du freluquet vernis. « La « L’ambiance est Une heure du mat’, la beauté sera votre moyenne. Les entrée », avait boîte se vide, les « stars » mecs, il y en a plein de moches d’abord écrit le ne sont jamais venues. et il y a des site. Avant de filles en robe de le changer en « Les votes seront votre entrée ». plage. » Berezina des bas résilles ! Délit de belle gueule ! Six cents Et de conclure : « Tout ça m’a coûté marmousets sélectionnés à la 350 euros pour venir de Narbonne, forme des abdos et à la taille du sans une seule star ! » Une autre bonnet pour que, le temps d’une déchante : « J’ai une copine qui a été au-delà de la 1 000e place sur soirée, la citrouille se transforme Facebook et qui a été prise. » Une en carrosse. heure du mat’, la salle se vide. Mais le concours de beauté a un Des mâles en rut titubent de soliprix : 40 euros l’entrée, 10 euros le tude. Des filles déchaussent leurs demi de bière, 8 euros la bouteille talons hauts. Le retour sera dur. d’eau et jusqu’à 500 euros celle de La limousine devient Noctilien. whisky. Bénis des dieux, les rois Pause au Pizza Pino. Dodo. Sans de la presse ne sont jamais maubig bang du bling-bling ✹ dits. Vodka offerte, table à l’étage  et vue sur le dancefloor. Une Suisfrancesca gasse

Le joli temps de l’Agent orange écolo façon nicolino Auteur, entre autres, d’un ouvrage sur les pesticides, Fabrice Nicolino tient un blog sans concessions sur l’environnement, Planète sans visa. llons-y gaiement, ou presque. A Les barbares ont souvent la belle vie. Ils pillent, violent, assassinent et

Femme à lunettes sur la sellette

Recrue star du dernier mercato télé, Audrey Pulvar n’a pas réussi son passage de France 3 à i-Télé. Malgré les lunettes de Pulvar, i-Télé a stagné face à l’ennemi BFM. Pis, le franc caractère de la dame indispose autant les boss de la chaîne d’info que les grands patrons de Canal +. Pulvar animera donc, à partir de septembre prochain, la matinale de France Inter. Avec ou sans ses légendaires binocles ?

Bern en route pour Europe 1

Un poil défrisé de voir son chroniqueur Didier Porte viré, Stéphane Bern négocie son départ de France Inter vers Europe 1. Le « fou du roi » vise la place de Michel Drucker, dont l’émission de fin d’aprèsmidi reste le boulet de la grille de la station. Lagardère plutôt que Sarkozy, Fogiel plutôt que Val. La radio française a les dilemmes qu’elle mérite.

repartent le sourire aux lèvres vers de nouvelles aventures. Notons ensemble l’existence d’une sous-espèce remarquable, celle des soudards bigots. Ceuxlà peuvent aisément faire deux choses en même temps. Par exemple, étriper tout en lisant à haute voix d’admirables passages de la Bible. On en a connu. Il y en a encore. Le cas étasunien au Vietnam est, pour tout dire, fascinant. Dans le même temps que les Américains pressaient la France de donner son indépendance à l’Algérie, invoquant entre autres de hautes raisons morales, ils préparaient avec ardeur la plus vaste guerre chimique de l’histoire du monde. Dans un livre en tout point remarquable, André Bouny (Agent orange, éd. DemiLune, 23 euros) revient en détail sur la démence d’un plan de destruction de la forêt tropicale vietnamienne. D’abord appelé « Trail Dust » (« traînée de poussière »), puis « Hadès » (le dieu grec des Enfers), enfin « Ranch Hand » (« ouvrier agricole »), celui-ci a consisté, pendant dix ans, à partir de janvier 1962, à épandre par avions un défoliant appelé « agent orange ». Un extraordinaire poison censé tuer les

arbres sous lesquels se protégeaient les combattants vietnamiens, et, au passage, les récoltes. En ce temps-là, oublié depuis des lustres, un officier américain pouvait déclarer sans gêne : « Trees are our enemy. » Les arbres étaient donc des ennemis. Et les buffles, et les rizières, et les villages en paille, et les petits vieux, et les petits jeunes, et les bambins, et leurs mamans. Sans compter les guérilleros, qui, plus mobiles, évitaient pour l’essentiel ces frappes qu’on n’appelait pas encore chirurgicales. L’« agent orange » contenait de la dioxine, qui est d’une stabilité chimique redoutable. Elle passe dans les tissus vivants, sans se dégrader. Ce qui explique qu’environ 3 millions de Vietnamiens souffrent encore de ces épandages. Et, parmi eux, à peu près 300 000 enfants, car les effets se font sentir aussi sur la descendance. Tous ne sont pas tordus comme des acrobates tristes. Tous ne sont pas cancéreux. Tous ne sont pas fatigués à l’extrême. Mais tous ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Ou déjà plantée dans le creux des reins. « So what ? » comme devaient dire les présidents Kennedy, Johnson puis Nixon en regardant l’énigmatique carte du Vietnam sous les bombes. Oui, quoi ? Et puis Bush. Et puis l’Irak. Et puis Guantanamo. Et notre totale indifférence ✹

Damoclès

Mon père, ce Hérault

Malgré une grève des aiguilleurs du ciel à Orly, le 19 juin, et malgré des béquilles, Gérard Depardieu a pris l’avion pour rejoindre le Cap-d’Agde et son festival des Hérault du cinéma. Fendant foule et contrôles, à la grande aigreur de passagers peu compréhensifs. En même temps que le festival, présidé par le réalisateur visionnaire de Camping, s’est tenu le salon régional du vin Vinocap. Et quand il s’agit de jaja, Gégé n’attend pas ✹

bakchich c’est aussi sur internet !

Militants, ya basta ! les petites fables d’angelina ela pourrait être une histoire de C bruit et de fureur racontée par un idiot : un syndicat a été envahi. Pour se

défendre des trublions qui ont renversé ses pots de fleurs, il n’a eu d’autre choix que d’assigner devant un tribunal les deux seuls zigotos qui ont pu être identifiés : l’un, Michel Roger, fondateur de la compagnie de théâtre Jolie Môme, pour avoir parlé dans un mégaphone ; l’autre, Ludovic Prieur, animateur du site d’actualités alternatives Hns-info.net, pour avoir raconté la scène sur Internet. C’est néanmoins ce qui est arrivé à la CFDT, qui attaque des

travailleurs, qu’elle est censée défendre, pour « violation de domicile ». Et cela, au risque de créer une jurisprudence et de rendre l’occupation de locaux, l’une des armes favorites de la lutte syndicale, délictueuse à l’avenir. Mais la CFDT s’en est prise à la compagnie Jolie Môme, qui joue, mais aussi milite, et dont le fief à Saint-Denis ne désemplit pas chaque fois qu’il s’agit d’y lever le poing pour saluer la mémoire de la Commune ou pour fredonner Ya Basta. De cette affaire est né Wanted, un spectacle qui se veut le procès du militantisme.

Procès

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Loin de moi l’idée de caricaturer la CFDT, même si elle tient aujourd’hui le mauvais rôle de la fable. Mais le fait qu’elle ait opté pour la confrontation avec des intermittents mécontents rappelle des méthodes que l’on s’attend à trouver plutôt du côté du patronat que de celui d’un syndicat de travailleurs. Le symbole de ces deux militants que patronat, syndicat, mais aussi médias, opportunément absents, veulent faire taire en dit long sur le rapport de force qui s’établit aujourd’hui entre les « puissants » et les « faibles ». Le jugement est attendu le 17 septembre ✹

bakchich info informations, enquêtes et mauvais esprit


Un peu de culture LITTÉRATURE Le journaliste Karim Lebhour publie Jours tranquilles à Gaza, immersion totale là où l’existence n’est pas aussi misérable que les médias, simplificateurs, le laissent croire. De son côté, Elias Sambar nous convie au voyage avec son Dictionnaire amoureux de la Palestine.

Si la palestine m’était contée

L

es « jours tranquilles », on les a connus à Clichy avec Henry Miller, et ce n’est pas l’expression qui saute aux yeux pour parler de la survie à Gaza. C’est pourtant le titre du livre, et il n’est pas innocent. Drôle de tranquillité avec la lutte entre frères, Hamas contre Fatah, l’islamisation forcée, le blocus, l’opération « Plomb durci » et autres drones qui continuent de bombarder, la tragédie de la flottille attaquée par les commandos israéliens : ce coin de Méditerranée n’apparaît pas comme la mer de la Tranquillité ! Les jours décrits dans ce livre nous sont donc inconnus…

débrouille art

En puzzle, ils sont des moments d’une histoire qualifiée de petite, celle qui reste dans l’ombre de la grande. C’est elle, cette inconnue, que raconte Karim Lebhour, journaliste correspondant de RFI et de la Croix. À Gaza, 40 kilomètres de long sur 10 de large, il se sent chez lui. Ses chroniques débutent en mai 2007. Pour lui, c’est l’angoisse des balles perdues, celle de la guerre invisible entre le Fatah et le Hamas. Mais le blocus aura le mot de la fin. De la faim ? Le journal de cet homme tranquille s’arrête après le drame sanglant de la flottille, qui, dit-on, pourrait entraîner un poil de souplesse dans le lien qui étrangle Gaza. Entre les deux, le lecteur suit de bout en bout une succession d’expériences singulières, parfois cocasses, sur une terre désormais réglée sur la pendule du Hamas : des prisonniers obtenant des

décès, des trousseaux de clés. Sanbar est trop bien élevé pour glisser dans ses pages une analyse de type « historique ». À 60 ans, il a retrouvé les images cachées au fond de ses yeux comme sur une pellicule oubliée.

exigence noble

réductions de peine contre la lecture du Coran, des femmes « méduses » dans les eaux de Gaza, le jilbab ayant remplacé le maillot de bain… Ou, plus sérieusement, cette scène qui résume à elle seule les tensions gazaouites : la carriole d’une « famille » érafle la jeep d’une autre. Résultat : une vendetta et neuf morts. Mais le Gaza de la seule misère, d’« hommesfourmis » décrits par les médias, n’entre pas dans ce livre. Ici, c’est une immersion totale dans une bande de terre qui est aussi autre chose qu’une victime, et où l’art de la débrouille est un pied de nez au blocus. Où l’immense gâchis de l’après-retrait israélien, en 2005, s’explique aussi par cette guerre entre frères et une corruption ravageuses. Heureusement, comme il n’est pas instituteur, Karim Lebhour ne distribue pas de bons ou de mau-

vais points. Ses chroniques entre palmiers ensoleillés, kalachnikov et maisons en ruine montrent la vérité ordinaire d’un « fiasco politique parmi les plus flagrants de ce début de siècle » ✹  Gabrielle Prudhon Jours tranquilles à Gaza, par Karim Lebhour, éd. Riveneuve, 162 pages, 15 euros.

les jeunes pousses au révélateur

A

Enfin parce que la richesse des œuvres, la diversité d’angles innovants, de regards neufs comme la beauté ici dévoilée sous des instantanés bien surprenants ne peuvent nous laisser en douter : certains grands noms de la photographie de demain sont là. Qu’ils s’inspirent de quelques grands maîtres, qu’ils s’en détachent, les évitent ou les ignorent, cette génération d’artistes porte un regard sur le monde d’aujourd’hui dont on se souviendra. Leurs travaux sont exposés au Musée de l’Élysée de Lausanne jusqu’au 26 septembre 2010 puis parcourront le monde pour finir à New York, du 20 janvier au 17 mars 2011. Excellente raison, pour beaucoup d’entre nous qui ne peuvent se permettre de tels voyages, de se procurer ce livre. Comme un coup de cœur, un flash… ✹  Renaud Santa Maria reGeneration², Photographes de demain, par William A. Ewing et Nathalie Herschdorfer, éd. Thames and Hudson, 224 pages, 208 photographies dont 194 en couleurs, 34,95 euros.

Dictionnaire amoureux de la Palestine, par Elias Sanbar, éd. Plon, 481 pages, 24,50 euros.

Bédé

C

eux qui aiment la littérature sont trop peu à le savoir, mais le Bien des absents, le roman d’Elias Sanbar publié il y a dix ans, compte parmi les plus grands livres. Sanbar cumule deux inconvénients, son immense modestie et sa qualité de Palestinien. Deux réalités qui riment mal avec la reconnaissance. Le Bien des absents, c’est, vu avec les yeux et entre les larmes d’un gosse,

photo

l’heure où les discours semblent monocordes, les visages trop tristement familiers, puisque ce sont toujours les mêmes qui hantent la presse, le cinéma et les médias en règle générale, reGeneration² revigore notre désir de sang neuf. En découvrant ici les travaux de 80 photographes qui sèment le si rare parfum de la nouveauté, l’on ne peut qu’être comblé. Tout d’abord parce que ces artistes ont été sélectionnés parmi 700 autres appartenant à plus de 100 écoles d’art et de photographie. Ensuite parce que le concours avait été lancé par le Musée de l’Élysée de Lausanne, qui reste l’une des institutions les plus reconnues sur la scène photographique mondiale.

l’exil de 1947, de la Palestine vers Beyrouth. Avec, pour seul viatique, un meuble à petits tiroirs. Ils contiennent toute la vie d’une famille et résument celle d’un peuple chassé vers l’exode : les titres de propriété, les photos, les certificats de naissance et de

Le même Elias Sambar a publié en avril dernier un Dictionnaire amoureux de la Palestine. Pas grand-chose de Tsahal, du « Plomb durci », du Hamas ou du mur… La plume d’Elias se fixe une exigence plus noble, perpétuer la Palestine, dire son histoire millénaire et sa culture. Sanbar parle plus, et tant mieux, de Mahmoud Darwich, de Stefan Zweig, de Jean-Luc Godard et de Jean Genet que d’Ariel Sharon. Ce dico nous parachute en Palestine, pays qui n’existe plus, sans mettre un pied dans l’avion ✹  jacques-marie bourget

manuel d’absurdité l vaut mieux mobiliser son I intelligence sur des conneries que sa connerie sur des choses

«

intelligentes. » Un principe Shadock qui devrait en faire méditer plus d’un par les temps qui courent. Mais c’est en un grand dessinateur, Manu Larcenet, que la vertu sur pieds a trouvé son plus noble prêcheur. Son dernier livre fixe de nouvelles Tables de la loi céleste et séculière. Peu de gens savent : 169 révélations fondamentales permettant aux imbéciles d’appréhender le monde avec un minimum de sérieux. Vaste programme, qui demande une instruction méthodique et rigoureuse. À chaque double page, un psaume trempé à l’eau bénite de l’absurdité et du surréalisme, illustré d’une icône loufoque. Ce qui donne : « Peu de gens savent que Gaston Lagaffe ne s’est jamais vraiment remis de la mort de Franquin. » Accompagné d’un dessin du héros gaffeur, clope au bec, usé et dépressif. Ou bien : « Peu de gens savent que mon oncle Jean-Jacques était le sosie de l’inoubliable Raymond Devos. Mais quand il nous tapait, mon frère et moi, avec sa ceinture, il était beaucoup moins drôle. » Je vous laisse imaginer le ton du psaume. Larcenet immole son génie au feu du meilleur bois : l’humour noir, la poésie, la folie, gorgés d’une humanité tactile et humide. Comme les yeux de tous ses personnages, un rond semblable à une goutte de lune. Un grand bol d’air ✹



Louis Cabanes

Peu de gens savent : 169 révélations fondamentales permettant aux imbéciles d’appréhender le monde avec un minimum de sérieux, par Manu Larcenet, éd. Les Rêveurs, 332 pages, 28 euros.

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Un peu de culture Musique calvi on the rocks Festival

Un décor idyllique, l’île de Beauté, et une affiche paradisiaque… Pour sa huitième édition, Calvi on the Rocks investit les environs de la citadelle de Calvi pour cinq jours de musique non-stop. Et pas des moindres : les meilleurs artistes électroniques de l’année 2010 seront réunis sur la plage, au théâtre de la Verdure et dans les clubs des environs, de midi à l’aurore. Débuté vendredi 2 juillet, le festival présente des concerts azimutés des New-Yorkais post-punk LCD Soundsystem, des Australiens disco Midnight Juggernauts, des Anglais synth-pop Hot Chip et du Français électro-krautrock Joakim & the Disco (qui célèbre également le 10e anniversaire de son label, Tigersushi). Une kyrielle de DJ’s et de producteurs de tous bords seront également des festivités, aux platines ou en live. On pourra découvrir One in Other, le nouvel album ultraémotionnel de l’ex-égérie du Pulp, Chloé, lever les bras au bon souvenir de la techno old school du père de Detroit, Carl Craig, se dandiner sur le groove ténébreux de l’Argentin Matias Aguayo, avant de s’achever sur les tueries dancefloor de Busy P. (alias Pedro Winter, le boss du label Ed Banger). C’est en bikini et les pieds dans l’eau que cette grand-messe dédiée aux musiques émergentes s’achèvera, le 7 juillet. La soirée finale, Calvi on the Beach, fera alors la part belle à la fine fleur du label de Cologne Kompakt (Superpitcher et DJ Koze) et aux folies psychédéliques du Parisien Étienne Jaumet. Bonheur. Du 2 au 7 juillet. Tarifs : 25 euros (1 jour), 110 euros (5 jours). how i get over The Roots

Ras la casquette à l’envers du rap bling-bling ? Excellente nouvelle : The Roots sortent leur neuvième album studio, How I Get Over. Onze ans après le chef-d’œuvre Things Fall Appart, le collectif de Philadelphie façonne une savoureuse mixture hip-hop mâtinée de jazz, de soul et de rock indé. Ce disque élégant, produit par Black Thought et Questlove, revient sur les présidences Bush et Obama et regorge de guest stars. On y retrouvera notamment le crooner John Legend et un sample de la folkeuse californienne Joanna Newsom. Un grand cru. Americana 3 Roch Voisine

Tabernacle, Roch Voisine se prend pour Johnny Cash ! Après Memphis et Nashville, le Québécois au blouson de cuir file en Californie revisiter les Beach Boys (God Only Knows), Joni Mitchell (Both Sides Now) ou les Monkees (I’m a Believer). Si la sélection d’Americana 3 s’avère exquise, difficile de ne pas ricaner. Charismatique comme une boîte de sardines, l’ex-hockeyeur interprète les originaux à la note près avec le timbre fadasse qu’on lui connaît… Cerise (pourrie) sur le gâteau : une version de California Dreamin’ en français ✹ 

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splice et alice creed le choc des séries B ciné Deux scientifiques donnent vie à une créature mutante et sexy. Deux truands kidnappent une jeune fille pleine de ressources. Deux séries B d’été explosives.

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’été est enfin arrivé, avec son cortège de nanars, de séries B, voire de séries Z. En attendant la rentrée, voici deux séries B passionnantes qui jouent avec les codes du genre et les nerfs du spectateur. Splice est un petit film d’épouvante sous l’influence de David Cronenberg. Deux scientifiques parviennent, en mixant l’ADN d’êtres humains et d’animaux, à créer une créature mutante, mystérieuse et sexy. Le cinéaste canadien Vincenzo Natali (Cube) joue sur la peur des manipulations génétiques et s’engage sur des sentiers peu fréquentés avec des scènes de sexe, de mutilation, d’inceste. Dommage qu’il se fourvoie avec une dernière partie Shrek 4  ? À 33 ans, le réalisateur qui évoque des navets comme la Mutante, quand le monstre se britannique J. Blakeson imagine met à boulotter tout ce qui bouge. une histoire de kidnapping, ce Plus grave, Splice dégage une qui sous-entend unité de lieu et morale asse z peu de persondouteuse – la nages. Soit La disparition : un même que dans deux hommes le Frankenstein qui enlèvent scénario malin et des de 1930 ou dans jeune fille, acteurs en état de grâce. une la Mouche de Alice Creed. Cronenberg –, à Bâillonnée, déshabillée, Alice est menottée sur savoir : le scientifique qui se prend un lit, en attendant la rançon du pour Dieu doit être puni de mort à papa. Pourtant, rien ne va se la fin. Beuuurk ! passer comme prévu… S’il n’a La Disparition d’Alice Creed est pas de budget, J. Blakeson a des nettement plus passionnante. À l’origine, une contrainte : comidées. Il imagine donc un scénario ment réaliser son premier longà tiroirs, avec un rebondissement métrage avec le budget café de tous les quarts d’heure. L’écriture

ça envoie du bourdin ! LA ZApPETTE de bourget rielle Dombasle, la plus vieille A jeune fille de France, vous le confirmera : en prenant de l’âge, on se

réveille plus tôt le matin. Et c’est ainsi que, sur BFM TV, il m’est maintenant loisible de regarder l’émission de JeanJacques Bourdin sans avoir à mettre mon réveil. ça tombe bien puisque, dans le PAF, ce journaliste est le seul qui fasse une émission d’entretien sans pratiquer cet art exigeant en se mettant à quatre pattes, la position favorite d’Elkabbach. Notre cher JeanPierre ne vient-il pas, une fois encore, de se faire coincer les doigts dans l’étau de la déontologie : il a interrogé un banquier de Goldman Sachs après lui avoir transmis ses terribles questions à l’avance. Ce qui fait que l’ami

des traders a eu le temps d’écrire ses réponses, lues au micro. Le dialogue était aussi spontané qu’au temps de l’ORTF, le monstre qui, justement, a accouché d’Elkabbach. Pour réussir dans son entreprise, Bourdin utilise une recette très compliquée. Cela s’appelle le journalisme. Ne pas faire de compromis, bien travailler son dossier et ne pas lâcher le mollet du type d’en face tant qu’il n’a pas répondu à la question. Incroyable, dans nos médias engraissés en batterie au tourteau de la connivence. Et l’émission de Bourdin, même s’ils y vont équipés d’un gilet pare-balles, les hommes politiques se battent pour y figurer. Je pose donc la question : ces élus et autres puissants sont-ils maso-

Déontologie

Éléonore Colin

Bakchich Hebdo N°31 | du samedi 3 au vendredi 9 juillet 2010

en salles Carlos d’Olivier Assayas

Mini-série de Canal + de 5 h 30, Carlos n’avait pu concourir à Cannes à cause de son origine télévisuelle, ce qui n’avait pas empêché Elephant, téléfilm HBO, de gagner la Palme en 2003. Conçue pour l’étranger, une version courte de 2 h 30 percute aujourd’hui nos écrans et, d’après Olivier Assayas : « Elle est bonne. Mais si vous avez vu la version longue, vous êtes perdant. » Vous voilà prévenus… Du silence et des ombres (reprise) de Robert Mulligan

Un classique, un des plus beaux rôles de Gregory Peck, incroyable en avocat progressiste qui défend des Noirs dans l’Amérique de la Grande Dépression. Une œuvre délicate et mystérieuse. Intégrale Pierre Etaix (reprise) de Pierre Etaix

est virtuose, et Blakeson vous cloue à votre fauteuil avec une réalisation sèche, très seventies. Si on reconnaît un bon réalisateur à sa capacité à goupiller un bon casting, on notera que Blakeson a du nez avec son formidable trio : Eddie Marsan (Miami Vice), Martin Compston (Sweet Sixteen) et Gemma Arterton (Prince of Persia). Un scénario malin et retors, une mise en scène au cordeau, des acteurs en état de grâce : vous pourriez rater ça ? ✹  marc godin Splice, de Vincenzo Natali et la Disparition d’Alice Creed, de J. Blakeson. En salles le 30 juin.

chistes ? Non, ils veulent seulement, en catalogue de La Redoute de leur propre salade, débiter leur langue de bois à tout prix. Chez Bourdin, l’enchère est élevée. Celui qui arrive au bout de l’émission sans être nu ou ridicule a gagné. Notre excellent confrère a compris que l’esprit de sel était le bon ingrédient pour captiver le public. Comme quoi le vieux journalisme peut être moderne. Mercredi, celui qui était sur la planche à débiter s’appelait Tron – je n’invente rien –, secrétaire d’État à la Fonction publique. Outre ses cheveux transplantés, qui donnent un effet laque dont on croyait Bernadette Chirac seule détentrice, Georges Tron a vite été nu sur le billard de Bourdin. La veille, c’est Mélenchon qui a chanté « Tiens, voilà du Bourdin ». Jean-Luc nous a joué son opéra de quat’ sous au petit poil : compétent, convaincant, rigolo. Plutôt que de gâcher son talent avec son Parti de gauche, Mélenchon ferait mieux de donner des cours à des baratineurs comme Tron ou Copé. L’égoïne de la télé aurait du meilleur bois à scier ✹

Pendant des années, les films de Pierre Etaix (le Soupirant, Yoyo, Tant qu’on a la santé…) ont été invisibles, suite à de sombres histoires de sous. Après le come-back de Tati il y a un mois, Etaix revient nous faire coucou. Et si 2010 n’était pas si pourrie ? Twilight chapitre 3 : hésitation de David Slade

Hésitation ? Non, en fait, je n’hésite pas, je n’irai pas voir le troisième volet de cette série pathétique. Centurion De Neil Marshall

J’avais été bluffé par The Descent, petit film d’horreur spéléologique. Depuis, Neil Marshall torche nanar sur nanar, des trucs catastrophiques. Après un Doomsday apocalyptique, notre homme revient avec Centurion, décalque nullos du Gladiator de Ridley Scott. Passez votre chemin ✹ m. g.

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Un peu de culture réinventer la garden-party le billet d’alain riou Journaliste au Nouvel Obs et invité du Masque et la plume, Alain Riou fait aussi du cinéma. Son cinéma. our montrer sa volonté de réduire P le train de vie de l’État, notre rigoureux président de la République vient

d’annuler, purement et simplement, l’annuelle garden-party de l’Élysée. Il s’agit là d’un signal fort, au point qu’on peut se demander s’il n’est pas trop radical. Le 14 juillet, date rassembleuse, est associé à l’idée de fête. Plutôt que de congédier les violons du bal, on pourrait rapprocher le sommet de l’État des citoyens de base en appliquant au plus haut niveau la rigueur imposée aux Français. Plutôt que de tout détruire, on pourrait réduire drastiquement les frais en faisant appel à cette débrouillardise qui caractérise notre peuple. En s’inspirant des apéros Facebook, qui font fureur, on demanderait par exemple aux invités d’apporter leurs bouteilles. Ou, pour resserrer les liens avec la communauté musulmane, mis à mal par la controverse sur la burqa, on ferait appel aux boucheries halal, nettement moins chères que les autres (on me signale qu’on trouve, à Belleville, des merguez pour 2 euros les dix). Une fête est réussie quand elle permet aux participants de renouer avec leur

enfance. Or, dans cet ordre d’idées, M. Ali, épicier au Kremlin-Bicêtre, propose justement des crocodiles en sucre de gélatine à des prix réellement bradés. Et qui dit réjouissances dit champagne. L’Élysée connaît-il le Champomy ? Un poste assez coûteux, c’est la location de marquises et d’auvents démontables, pour abriter les invités. La belle saison rend plus disponibles les tentes Quechua dont dispose l’association Don Quichotte. Son animateur, Augustin Legrand, serait certainement heureux de mettre ce parc de toiles, destiné aux SDF, à la disposition de ceux qui en ont vraiment besoin. Concernant les toilettes de la « Présidente », qui représente l’élégance française, on ne peut que la diriger vers les « aubaines » (sic) de La Redoute, proposées, sur Internet, avec des réductions allant jusqu’à 70 %. Mais la maîtrise des dépenses est plus saine quand elle s’accompagne d’une hausse des recettes. C’est l’occasion de créer une taxe sur les rosettes, dont s’acquitteraient gaiement les nouveaux promus dans l’ordre de la Légion d’honneur, au prorata, bien sûr, de la hauteur de leur grade ✹

Champomy

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Le pipole de la semaine Arthur galoupiot de Villepin Le lancement de République solidaire, le parti de Dominique de Villepin, samedi 19 juin, aura vu l’émergence d’un (presque) novice des sorties politico-médiatiques : Arthur de Villepin, fils du meilleur ennemi de Nicolas Sarkozy. Talkie-walkie vissé à l’oreille, orchestrant le bon enchaînement des musiques qui accompagnent le meeting, le jeune homme de 22 ans n’en est pas à ses premières gammes au côté de papa. Nourrissant les plus grandes ambitions pour son fils, « DDV », successivement ministre des Affaires étrangères et Premier ministre, a l’habitude d’emmener Arthur avec lui au cours de ses voyages officiels. À tel point que la devise du prince Arthur pourrait être : « Mon père, ce héros. » Au siège de l’ONU, à New York, Arthur, encore gamin, s’assied dans la salle du Conseil de sécurité, où son père prononce son discours du 14 janvier 2003 sur l’Irak. L’extase. Mais, à cette époque, sa vocation n’est pas encore sûre. À 16 ans, en mars 2004, le fils du patron du Quai d’Orsay hésite. Son physique avantageux (les mauvaises langues disent la fonction prestigieuse de son papa) le conduit à dévoiler son agréable personne dans une double page du magazine pipole Oh La ! Il est choisi par une marque de mode italienne (Krizia) pour sa campagne de pub. Arthur est salué pour sa « beauté aristocratique », tandis que son père est présenté comme « le plus séduisant ministre des Affaires étrangères de la planète ».

prince-moi

En 2005, Arthur Galouzeau de Villepin passe des pages pipoles à celles des faits divers. L’adolescent est mêlé à une bagarre dans le XVIe arrondissement de Paris, boulevard Émile-Augier. La police intervient, mais le fils du Premier ministre évite de justesse un séjour au commissariat en tendant son téléphone portable à l’un des policiers, qui se retrouve en ligne avec Dominique de Villepin… Noblesse oblige, Papa le met en garde et, deux ans après, en mars 2007, devant les étudiants de Harvard, Villepin père s’exclame : « Je dis à mon fils : “Engage-toi dans la Légion étrangère, fais du parachutisme… Ma génération est allée au Népal, en Inde, avec quelques sous en poche…” » Son Népal à lui, Arthur va le chercher, toujours en 2007 et toujours au côté de son père, au cours d’un voyage officiel au Tchad. Il y fait la connaissance du colonel Brahim Déby, fils du président tchadien. On le verra arborer fièrement un treillis couleur sable et un foulard de baroudeur. Une vocation est née. Jean Sarkozy, son éternel rival (inconscient et non encore déclaré), a du souci à se faire pour la présidentielle de 2022 !✹  simon solal

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du samedi 3 au vendredi 9 juillet 2010 | Bakchich Hebdo N°31

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Ben la der

escalettes

Strauss sans stress

mis sur la touche hors jeu Super-notable du glorieux ballon tricolore, le président de la Fédération française de football est donc tombé. Un exorcisme plutôt qu’une thérapie...

D

es professionnels de la profession, qui le savent têtu, le voyaient se maintenir quelques semaines encore. Et vider les lieux plus tard, pour sauver la face. Erreur. Le patron de la Fédération française de foot (FFF), JeanPierre Escalettes, pourtant soutenu par la Fédération internationale, a donc, dès lundi, donné raison à sa ministre, Bachelot, qui jugeait sa démission « inéluctable ». Pour cause de soutien mordicus à l’entraîneur honni Domenech, un homme de la maison FFF. Et donc pour le Waterloo qui s’est ensuivi : matchs perdus, injures (présumées) d’Anelka, grève de l’entraînement, etc. Simple rappel : officiellement pape en son royaume, l’apparatchik en chef JPE avait été réélu pour quatre ans, fin 2008, au taux soviétique de 93,50 % des voix, un chouia mieux qu’en 2004 (92,60 %). L’appareil et la réalité du foot sont peut-être des choses différentes.

désolation impuissante

Tout avait cependant martialement commencé. À peine intronisé, Escalettes, 75 ans aujourd’hui (l’âge de départ en retraite des évêques), ex-prof d’anglais à Ribérac (Dordogne), blanchi sous le harnois du foot amateur, le clamait : « Je veux remettre l’église (sic) au centre du village et m’accrocherai à la rigueur morale et économique. » Cinq ans plus tard, au plus fort des frasques sud-africaines des Bleus, le même nous jouait le grand air de la désolation impuissante : « Le foot français (dirigé par qui, au fait ?) a fait honte à son pays. » Est-ce possible ?

« Il [JPE] a été dépassé (par les événements, les joueurs, etc.) », plaident ses défenseurs. Ah bon ? Ce n’est pas plutôt pour maîtriser les événements qu’on devient patron de la Fédé ? Un prospère « machin », aurait dit de Gaulle, où la démocratie se pratique à l’indirecte ? Et où, dans un grand jeu d’influences compliqué, le débonnaire foot du dimanche voisine avec des clubs pros en argent massif. « Des associations loi 1901 contre le CAC 40 », blague un supporteur.

repoussoir

« Ce n’est pas dans ma nature d’abandonner le navire », avait encore lancé, d’Afrique du Sud, le grandiloquent JeanPierre, repoussoir, ou à peu près, de quelques Bleus de 98. Exact : c’est « le navire » qui l’a « abandonné ». La semaine dernière, dans la galaxie footeuse, la moindre de ses heureuses décisions passées était à tout coup attribuée à tel ou tel autre membre du presidium du foot français, lequel n’avait pas tant désavoué Escalettes dans son soutien à Raymond. Tout le problème des apparatchiks, au fond : on cause très fort instances, droits télé, bâtiments de prestige, et on se retrouve piégé par des embrouilles d’ego et des sales coups vieux comme le monde… ✹  patrice lestrohan www.bakchich.info

L’intrigant parcours de Jean-Pierre Escalettes : http://minu.me/2liu

passe-temps renvoyé de l’émission fort-boyard

Au Quai pour Juppé

Autant commencer par une nouvelle gaie. Pour le Nouvel Obs (24 juin), c’est fait. Le jovial Juppé sera du remaniement ministériel de l’automne et au maroquin des Affaires étrangères, qu’il avait déjà occupé sous Balladur. Le tout histoire de le faire taire, de rassembler la droite parlementaire, d’embêter Villepin, mais aussi, selon un conseiller élyséen, parce que le maire de Bordeaux est de ces « poids lourds » de la politique « dont les propos impriment dans l’opinion » (sic). Ils « impriment » surtout à rebrousse-poil, comme l’a prouvé la dissolution ratée de 1997.

Sénat et scénarios

Éventuel « candidat républicain » nanti d’un « programme de salut public » pour « redresser la France » à la prochaine présidentielle, le toujours entreprenant Chevènement tient un autre fer au feu, croit savoir le Monde (27-28 juin) : « Peut-être obtenir la présidence du Sénat en septembre 2011. » À cette date, et compte tenu du changement d’orientation politique des grands électeurs, la Haute Assemblée sera en effet à la portée de la gauche. « “Il ferait un bon candidat de compromis“, glisse son entourage. » On est heureux d’apprendre que le « salut public » passe par des « compromis » avec d’accommodants notables locaux.

« Match » hoche le ton

La disparition de Bigeard, le Bigeard de Dien Bien Phu et de la guerre d’Algérie, enflamme Match (24 juin) : « C’est un soldat de l’an II. Comme Murat, aubergiste devenu maréchal et prince. Hoche, palefrenier, qui fit trembler les monarchies coalisées, Lefebvre, saute-ruisseau comme lui, qui sera maréchal et duc de Dantzig… » En fait d’« an II », Marcel, lui, était plutôt des dernières heures (de la décolonisation). Et puis il semble que tous ces prestigieux prédécesseurs se soient aussi fait connaître par des victoires.

Louvrier qualifié

L’idée ne vient pas spontanément à l’esprit, mais il faut sûrement y accorder crédit, puisqu’elle inspire un titre politique à Paris-Match (24 juin) : « Nicolas Sarkozy, de l’hyperprésidence à l’hypersobriété. » En d’autres termes, « l’hyperprésident veut se faire rare… et désirable ». Confirmation apportée par son conseiller com, Franck Louvrier : « Le Président ne veut pas être sur tous les sujets à la fois. » Sur les retraites, la « rigueur » et le choix du repreneur du Monde, par exemple ?

Le détail biographique est peu connu, mais vaut pour l’anecdote : étudiant à HEC au début des années 70, StraussKahn avait adhéré à l’Union des étudiants communistes, rappelle l’Express (24 juin), qui cite dans la foulée la biographie du même, publiée en 2000 par les confrères Vincent Giresse et Véronique Le Billon : « Ses actes militants se cantonnent au strict registre de la symbolique. Une petite grève contre les frais d’études. » Cependant qu’il « sèche ostensiblement les cours de marketing, pour cause d’incompatibilité idéologique ». Le grand capital a sûrement accusé le coup. Déjà…

L’acmé de la jupe

En virée en Irak pour le Point (24 juin), à deux mois du départ des « troupes américaines », notre consœur Anne Nivat a rencontré deux autochtones qui parlent, sans surprise, de « retour au Moyen Âge ». Une jeune architecte : « Après trente-cinq ans d’oppression, on est redevenus des primitifs. Dans les années 60, les femmes portaient des jolies jupes et allaient au cinéma, c’était un autre monde. » Sa tante Fatima, 65 ans, ex-enseignante en français et en anglais, « célibataire et non voilée » : « [Saddam], c’était un homme cruel, c’était un tueur, mais nous étions un pays respectable. » En tout cas, c’était un pays auquel la France, et même à l’occasion les ÉtatsUnis, présentaient leurs « respects ».

Ségolène et les garçons

« Ségolène ne pense qu’à ça », titre le Point (24 juin), « ça » étant, bien sûr, la primaire socialiste. Mais, attention, confie l’intéressée : « Je ne veux pas revivre la primaire de 2006. Je n’oublie rien. Je ne vis pas dans le passé, mais je sais ce qu’ils m’ont fait. » À savoir : la diffusion de la vidéo pirate où elle s’en prenait aux enseignants fautifs de donner d’onéreux cours particuliers dans le privé, « la trahison d’Éric Besson », l’absence « de soutien du premier secrétaire [Hollande] contre Lionel Jospin et deux anciens ministres des Finances [Fabius et DSK] », « l’abandon de Strauss-Kahn », encore lui, « qui part en vacances », etc. Royal aura perdu pour avoir trop fédéré.

Vengeur mosquée

Libération (29 juin) rappelle avec àpropos que l’immense mosquée de 8 000 mètres carrés, inaugurée par Fillon lundi dernier à Argenteuil, se situe « à quelques encablures de la fameuse dalle » où, en octobre 2005, le premier flic de France Sarkozy avait lancé : « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien, on va vous en débarrasser ! » À la vérité, le seul dont « on » se soit « débarrassé », à Argenteuil, c’est de son successeur à l’Intérieur, Hortefeux, officiellement retenu à Paris par « l’examen » de la réforme des collectivités territoriales. Plus sûrement interdit, de facto, d’inauguration après sa condamnation pour « injure raciale ». La banlieue ne réussit qu’à moitié au régime ✹ p. l.

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Bakchich Hebdo N°31 | du samedi 3 au vendredi 9 juillet 2010

Bakchich N° 31  

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