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iPhone, un ver dans la pomme | P. 9

bakchich

N° 22 | du vendrEDI 30 avril au vendredi 7 mai 2010 | informations, enquêtes et mauvais esprit

voir ou conduire

il faut choisir suisse

L’UMP helvète secoue l’Élysée | P. 3 marseille

L’Opac se paie la villa du boss de FO | P. 5 expo universelle MAD IN CHINA | P. 6-7 Le 1er mai, la Chine lance en grande pompe l’Exposition universelle de Shanghai, avec Sarkozy sur la photo. Mais derrière les victoires de façade, le dragon toussote.

poker en ligne

La pub ramasse le tapis | P. 11

L 13723 - 22 - F: 1,00 

cinéma

Bel : 1,50€ - CH : 2,50FS

Rencontre avec Gaspar Noé | P. 14 Et sur Internet


Apéro mauvais payeur

thales fait suer dassault

du scandale au parfait vaudeville

L

L

’euro coule, se « dégrêce », et la France se passionne pour une grotesque histoire de burqa. Et notre Président de partir en amoureux pour Shanghai, inaugurer le pavillon français de l’Exposition universelle. Bâtiment de prestige dont les factures restent impayées. Nicolas Sarkozy étant le seul chef d’État occidental à perdre son temps là-bas. Ça le rassure d’être plus populaire là où l’herbe est rouge, à Pékin (lire pages 6 et 7). L’épisode de cette jeune femme voilée jusqu’aux pieds, verbalisée à Nantes pour piloter ainsi vêtue, déchire le voile de notre moi profond ? En tout cas celui de Copé, prêt à tout pour détourner nos yeux de là où ça fait mal, et chaluter les électeurs du FN. Qui aime la burqa, à part une poignée de sectaires mystico-masos ? Prenons l’avis d’experts, ceux de la Libre Pensée : « Nous sommes contre le port de la burqa, du niqab, de la soutane, de la cornette, du schtreimel et autres grigris religieux », disent-ils. Pour ces mécréants, comment peut-on laisser le volant à une sœur catho de Saint-Vincent-de-Paul et pas à une sœur islamo en niqab ? Le scandale devient vaudeville, le mari barbu de la pilote voilée ne serait pas polygame, mais un simple amateur de maîtresses. Sur le sujet, qui évoque Mayotte, île récemment sacrée « département » pour le grand bénéfice d’amis du Président, où la polygamie est culturelle ? Hortefeux, au boulot ! ✹



les trophéEs Les héros de la semaine

la rédaction

Des footballeurs de l’équipe de France vont peut-être sauver pas mal de prostituées mineures… Depuis que Ribéry et ses collègues ont été cités dans une affaire de proxénétisme, la Suisse s’empare timidement d’un débat autrement plus important que celui des minarets. Dans ce paisible pays, aucune loi n’interdit de se payer les charmes d’une adolescente de 16 ans, considérée comme « sexuellement majeure ». Après une bruyante affaire concernant une certaine Zahia D., le canton de Saint-Gall a donc interdit la prostitution des mineures. Et des associations tentent d’en profiter pour « durcir la loi » au niveau fédéral. Pour une fois, les Bleus auront fait une passe décisive.

Je suis monogame de temps en temps, mais je préfère la polygamie et la polyandrie

Carla Bruni, dans une interview au Figaro Madame, le 15 février 2007.

La pistonnée de la semaine

Depuis quelques mois, la présidente des Philippines, Gloria Arroyo, est accusée de promouvoir des personnes qui lui sont loyales, sans se soucier de leurs qualifications. Alors que le mandat présidentiel prend fin le 10 mai et que le parti de l’opposition est crédité d’une dizaine de points d’avance, Arroyo est passée à la vitesse supérieure en nommant… sa manucure à un poste clé ! La chanceuse Anita Carpon touchera deux fois plus que la présidente pour siéger au conseil d’administration d’une agence chargée de financer des logements pour les employés du gouvernement. Des résidences pourvues d’ascenseurs…

coup de boule

le joli mois de mai européen L

’Europe va affronter les élections britanniques le 6 mai, les élections rhénanes le 9 mai, la prochaine émission de dette grecque le 19 mai et le futur gouvernement belge en mai… 2011. À Bruxelles, les eurocrates n’en peuvent plus. Le président de l’Union, le Belge Herman Van Rompuy est présenté comme subtil et habile : il ne dit rien et c’est donc qu’il n’en pense pas moins (lire page 16). Sauf que, pour certains, les gouvernements qui cherchaient un personnage low profile se sont mal compris et l’ont choisi no profile. La présidence tournante est occupée par l’Espagne, mais personne à Bruxelles ne se souvient aujourd’hui du son de la voix de Zapatero ! Quant à Barroso, il évoque plus que jamais la formule de Churchill sur son successeur. Un taxi vide s’arrête tous les matins devant la Commission europénne et son président en descend… Le Parlement européen a les coudées franches pour mieux s’affirmer. Mais le volcan islandais l’avait privé d’une partie de ses membres en avril et personne ne s’en est vraiment aperçu. Rachida

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coulisses

Dati, qui ne fait rien, ne se sent pas isolée dans cette attitude. Bref, tout le monde se demande comment cela va se terminer. Et d’imaginer des scénarios trash, du style sortie de la Grèce de l’euro ou même de l’Union, entrée de l’Islande, histoire d’en rajouter dans la liste des pays européens en cessation de paiement. En fait, deux choses vont vraiment agiter l’Europe : la renégociation de la politique agricole commune (PAC) et la désignation du successeur de Trichet à la tête de la Banque centrale. Avec la PAC, on entre dans le sérieux car le paysan polonais est plus redoutable que son compatriote plombier ; et les Anglais, malgré leurs affirmations assassines sur l’agriculture, n’oublient pas qu’ils sont les premiers bénéficiaires du système. L’alliance historique entre Sarkozy et the Queen devrait conduire au résultat voulu par tous : que l’Allemagne paie ! Trichet donnera sa place à un Allemand et puis c’est tout. En attendant, à Athènes, on serre les fesses et au Panthéon, Jean Monnet n’en finit pas de faire des tours ✹  alceste

Les distraits de la semaine

De quoi avoir les boules. Pendant que l’économie américaine était en pleine débandade et entraînait dans sa chute le reste du monde, les gendarmes de Wall Street se remontaient le moral à l’aide… de vidéos pornos. L’inspection générale de la SEC, chargée de contrôler les marchés américains, a établi que 33 de ses employés, dont 17 cadres supérieurs, passaient des heures à surfer sur des sites libertins au lieu de surveiller les fluctuations financières. Entre 2007 et 2008, au début de la crise, le nombre d’adeptes de porno au boulot, au sein de la SEC, a été multiplié par huit. Un problème de bourse sans doute ✹

Mot à Mot

Dans l’arsenal des métaphores journalistiques, avec « chassé-croisé », « feu vert » et « retoquer », que mon Robert s’obstine à ignorer, nous trouvons « galère », avec, éventuellement, des « otages » à bord ou sur le quai. Une revue de presse de la mi-avril 2010 pourra, dans quelques siècles, laisser croire aux archéologues que la planète, faute de pouvoir voler, a sacrément navigué : n’en jetez plus, la galère était pleine d’ET qui criaient « maison, maison ».

Bakchich Hebdo N°22 | du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010

Pas si bêtes, les grandes compagnies (on appela ainsi, jadis, les mercenaires tombés dans le brigandage après la guerre de Cent Ans) ont, paraît-il, manœuvré les médias pour alarmer l’opinion et faire cracher les États. Et certains hôteliers ont augmenté leurs tarifs de 30 %, dit-on, à Paris : toute la racaille n’est pas dans nos banlieues. Ensuite, une tripotée de penseurs fumeux, adorateurs du dieu-volcan façon Papous de série B, se relayèrent sur les antennes pour nous expliquer que mère nature se vengeait de l’arrogance des humains en les clouant comme des cloportes sur les tarmacs. Enfin, une sorte particulière de cloportes : sur 7 milliards d’hommes, il y en a 400 à 500 millions qui volent, parmi lesquels Nicolas Hulot, Eva Joly, BHL et

uc Vigneron, le PDG de Thales, est-il trop nul pour tenir tout seul le manche à balai du marchand de bombes et d’aéronautique ? Les cadres sup de la boîte, qui pratiquent ce garçon depuis près d’un an, ne sont plus les seuls à se poser cette grave question. Aujourd’hui, elle fait sérieusement cogiter Dassault Aviation, actionnaire à environ 25 % de Thales, qui, c’est amusant, avait manigancé auprès de l’État, premier copropriétaire, pour faire éjecter l’ancien patron Denis Ranque. L’heure est si grave que l’industriel, en accord avec l’Élysée, songe au scénario suivant : nommer un copilote de 48 ans, Pascale Sourisse. À la tête d’un gros business dans le groupe et plutôt légitime « en interne », cette ancienne d’Alcatel Space pourrait être bombardée numéro un bis, et récupérer une partie du pouvoir exécutif de Vigneron. Donnée en début d’année comme possible patronne d’Areva, « Sourisse a la cote auprès d’Alain Minc », indiquait il y a dix jours un grand patron…

rafale

Las ! Thales a mis un deuxième gros caillou dans les vieilles godasses de Papy Serge Dassault. Une affaire annexe qui vient menacer la vente de ses avions Rafale au Brésil. « En effet, l’État brésilien est en conflit avec Thales. Il a récemment demandé à toutes ses agences de suspendre tout paiement à notre groupe », cafte un indiscret au sein de la maison. La cause de cette fâcherie ? Un satellite vendu par la division Thales Alenia Space qui ne tourne pas très rond. Du coup, on serre les fesses. Pourvu que le Brésil oublie que Thales fabrique des pièces du Rafale. Et pourvu que Dassault oublie que les affaires spatiales sont, au sein de Thales, du ressort de… Sourisse ! ✹



émile borne

le pape. Seuls 35 % des Français montent dans des avions, c’est pas lourd, à peine la popularité de Sarko. Les autres les regardent passer, sauf à Gonesse, où, en plus, ils les entendent. En fait, l’événement nous rappellerait plutôt que l’homme est vachement fort : d’une planète où tout était trop loin, par sa technique et ses savoirs, il a su faire un timbre-poste. Où est l’arrogance ? La panne, ne l’oublions pas, est aussi la preuve du moteur : le monde, pendant quelques jours, est redevenu bêtement immense, sombre, lointain comme il n’y a pas si longtemps. Louper son vol est contrariant, mais aller de Rome à Rio en douze heures, c’est merveilleux. En vraie galère, c’était trois mois de mer, et en ramant… ✹



jacques gaillard


Apéro

L’UMP suisse remet

chef scoop Se méfier de l’eau qui dort

les pendules à l’heure

infortune La fédé helvète du parti présidentiel appelle l’Élysée à cesser de taper sur la place financière genevoise. Sous peine de dévoiler quelques secrets bancaires.

L

e 23 mars 2007, Éric une certaine époque, quand il était Woerth, trésorier de avocat d’affaires, il fréquentait l’UMP et de la campagne assidûment les bureaux de Heyer Management à Genève », raconte présidentielle de Nicolas Sarkozy, accompagné de Patrick un ancien responsable de l’UMP Suisse. Diable ! La société Heyer Devedjian, député des Hautsde-Seine, débarquent à Genève. Management appartenait à JacVenus confortablement installés ques Heyer, un gestionnaire de à b o rd d ’ u n fortune genevois, avion apparteaujourd’hui exilé La visite de Rachida Dati nant à un Franà Saint-Tropez. à Genève a fait déborder çais expatrié En délicatesse sur les bords avec la justice la coupe de l’amertume. du lac Léman. suisse, Heyer Leur mission ? est soupçonné, Recevoir les oboles de généreux entre autres, d’avoir dilapidé la donateurs. La Suisse abrite la fortune de Didier Schuller, explus forte communauté tricolore conseiller général RPR des Hautsdu monde, et la plus fortunée, de-Seine et proche de Patrick 200 000 à 250 000 Français, traBalkany, le meilleur copain du vaillant souvent dans le secteur locataire de l’Élysée. bancaire et la gestion de fortune. Mais c’est la visite de Rachida Dati, le 15 mars à Genève, qui a L’une des principales figures de l’UMP Suisse, c’est Serge Vinet, fait déborder la coupe d’amerun ancien banquier, longtemps tume. « Nous avions demandé la délégué au Conseil supérieur des présence d’une pointure de Français de l’étranger. Le Monde l’UMP pour parler de la s’est intéressé à lui il y a quelques politique industrielle années, révélant qu’il était le geseuropéenne. Face à des tionnaire de fortune de Christian financiers, on ne peut Poncelet, l’ancien président UMP pas raconter n’importe du Sénat, et qu’il animait notamquoi. Nous envoyer Dati, ment l’Associated Business c’est nous prendre pour des cons », s’énerve Export Limited, une société installée dans les îles Caïmans. un militant. Les attaques récentes de Nicolas Sarkozy contre le secret bancaire et la place financière suisse sont donc restées en travers de la gorge de Serge Vinet et de ses amis : « Non seulement il n’a pas la reconnaissance du ventre, mais sa mémoire flanche. Nicolas Sarkozy devrait se souvenir qu’à

Non seulement Rachida Dati n’a guère fait illusion, mais la presse n’a retenu de son voyage que sa disgrâce et le fait que le parti du Président avait refusé de lui payer une chambre dans un palace… Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, a décommandé son habituel petit nid, Le Mandarin, un cinq étoiles avec vue sur le Rhône, pour la loger au NH Hôtel, donnant sur la piste de l’aéroport. De plus, l’ancienne ministre de la Justice a dû partager sa chambre avec son attachée parlementaire. Décidée à ouvrir les hostilités, l’UMP Suisse a profité du passage en Helvétie de Pierre Lellouche, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, le 28 mars, pour rappeler qu’aux prochaines élections législatives de 2012 onze députés représenteront les Français de l’étranger. Les élus du contingent suisse pourraient alors rejoindre une autre bannière que celle déployée par Nicolas Sarkozy. Et, par là, fermer leurs lourds coffres-forts. « Nous avons aussi mis à contribution des régions de France. Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée nationale et député de Haute-Savoie, Étienne Blanc, député de l’Ain, et Pierre Hérisson, sénateur de Haute-Savoie, ont tous fait passer le message à l’Élysée : arrêter de taper sur la Suisse. Près de 60 000 habitants de ces départements frontaliers travaillent dans les cantons de Genève et de Vaud », raconte encore un dirigeant UMP de Suisse, aussi anonyme qu’un compte. Un responsable local du parti, qui avait menacé de faire des révélations à la presse, a été dégagé sans ménagement. Mais une mauvaise récidive est possible ✹  amédée sonpipet

Un joli pavé. Le procureur de Nanterre a pondu pas moins de 61 pages pour une « simple » citation directe devant le tribunal correctionnel. Du cousu main contre un ponte de la Seine-Saint-Denis, l’ancien président de Sita France, Jacques Dauvin. Annoncée depuis bientôt trois ans et le départ de Dauvin de cette filiale du géant Suez Environnement, la bisbille porte tout de même sur un hiatus de plusieurs millions d’euros. Tout simplement du détournement de fonds et de l’abus de bien social dont aurait été victime la Sita, qui est à l’origine de la plainte. Tout en étant, depuis trente-six mois d’une discrétion rare sur le sujet. Fort influent et maqué avec bon nombre d’élus d’Ile-de-France et de Seine-SaintDenis, Dauvin œuvre, depuis, comme consultant pour la concurrence. Notamment l’espagnol Urbaser, qui a remporté les contrats de deux incinérateurs pourtant promis à Suez Environnement. À Romainville et bien plus au sud, à Fos-sur-Mer. Au moment où se renégocie le juteux contrat du Sedif (Syndicat des eaux d’Ilede-France), les grands pontes de Suez chercheraient-ils à mettre un peu d’eau dans leur Dauvin ? ✹



xavier Monnier

Enfin La Réunion !

Ça bouge à Radio France

Presque incognito, Jean-Luc Hees, le directeur de Radio France, fait tourner les têtes de la radio publique. Dernière nommée, Laurence Bloch, ancienne de France Culture, au poste de directrice adjointe de France Inter et responsable de l’antenne. Une béquille pour le dirlo Philippe Val, si chahuté par sa rédaction qu’il avait dû tonner qu’Inter « n’était pas une cour d’école » ? Le prédécesseur de Bloch, Jean Beghin, a, lui, été nommé directeur adjoint du réseau France Bleu, en charge des programmes. Peu emballé par ces nominations, le chansonnier Val pourrait se consoler en rapatriant de Culture son ami Raphaël Enthoven. Quoi de plus logique que la Maison ronde valse ?

Amara soigne ses copines

Fadela Amara, la secrétaire d’État chargée de la politique de la Ville, va renouveler une partie de son staff. Dont celui de la commission Images de la diversité, installée depuis 2007 et qui étudie les demandes d’aide à la production audiovisuelle. Bonne amie, Fadela s’apprête à y placer ses copines. La nouvelle présidente de Ni putes ni soumises, Sihem Habchi, la « diva » adjointe au maire de Paris Bertrand Delanoë, Yamina Benguigui, et la comédienne Nathalie Corré. Au moins, au cinéma, on ne portera pas de burqa.

Bouygues vise la Française

Actionnaire, avec François Pinault, de Serendepity, un fonds qui mise sur les jeux en ligne, Martin Bouygues a un objectif beaucoup plus louable. Se poser en partenaire incontournable quand la Française des jeux ouvrira son capital. Sans doute l’une des explications du petit nombre de salariés qui bossent sur un éventuel site de jeux. Cinq au dernier décompte.

Pulvar de retour à France 3

La présentatrice de Pulvar Soir, sur iTélé (un titre presque aussi humble que Morandini ! sur Direct 8) n’a toujours pas enlevé ses énormes lunettes. Ni remonté ses audiences. Au point qu’un rapatriement de la belle Antillaise vers France 3 est déjà annoncé.

Nouveau président du conseil régional de La Réunion, Didier Robert, a le vent en poupe auprès de Sarko et Fillon pour avoir mis fin au long règne du coco Paul Vergès. Au point qu’il se murmure que l’élu UMP pourrait entrer au gouvernement lors d’un éventuel remaniement de fin d’année. S’il suffit d’un coup de verge pour obtenir un maroquin…

Drucker dégaine

Michel Drucker est déchaîné contre… Nicolas Sarkozy. Parce que le Président entend placer Alexandre Bompard à la présidence de France Télévisions : « Le nommer, c’est ouvrir la porte au clan Minc, Courbit et compagnie. Ils vont faire main basse sur France Télévisions », enrage l’animateur préféré du troisième âge. Une subite crise de déontologie ? Que nenni ! L’animateur, qui rêve de mourir sous l’œil des caméras, est persuadé que Bompard, s’il est nommé, mettra à sa place Marc-Olivier Fogiel. Fogiel ou Drucker… Mof !

Canal+ mise sur Balkany

Alexandre Balkany, patron de Pokerstars.com, peut compter sur une alliée de poids, à quelques encablures de la légalisation des jeux en ligne : Canal+. La société Kawa, de Balka junior, coproduit avec la chaîne cryptée l’émission Stars of Poker. Une collaboration que le CSA a épinglée le 10 avril. Le Conseil n’a pas trop goûté que l’émission fasse « indirectement référence au site Internet de jeux d’argent en ligne Pokerstars », en méconnaissance de la loi. Du bluff ?

Le Club Med croit en l’Égypte

L’Égypte est au bord de la banqueroute, la corruption règne, le président est vieux et malade, et son héritier de fils, Gamal, est très contesté. Y compris par les militaires. Malgré cela, le Club Med garde toute sa confiance dans ce pays de 80 millions d’âmes. Et s’apprête à ouvrir dans le Sinaï un nouveau village. Inauguration prévue en novembre. Avec du soleil et des nanas ?

Imed Trabelsi en politique

Blanchi par la justice tunisienne dans l’affaire du yacht volé au banquier français Bruno Roger, Imed Trabelsi, le neveu préféré de l’épouse du président Ben Ali, se lance en politique. Carthage a validé sa candidature de tête de liste du RCD, le parti-État qui règne au pays du jasmin, dans la ville de La Goulette. Les Trabelsi sont toujours aussi goulus… ✹

du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010 | Bakchich Hebdo N°22

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Apéro la retraite à 57 ans !

scandale

ce niqab cache quelque chose

O

n connaissait Rezé, dans la banlieue de Nantes, pour son célèbre immeuble signé Le Corbusier. On va la connaître plus encore, cette jolie périphérie, grâce à Brice Hortefeux, qui, en dénonçant un islamiste local, et de choc, forme le projet de virer ce « polygame » de la liste de tous les Français, même si la mesure est impossible (lire page 15). De la Cité Radieuse, nous passons donc à ce cité-radié et l’actualité brûle comme un bâton d’encens.

ans et arrivé tout jeune à Nantes. S’il se rend au Pakistan c’est, diton, parce que c’est là-bas, comme l’équitation à Saumur, qu’on pratique le vrai islam, vert et dur. Encore plus peinard, l’innocent Lies, depuis qu’il a lâché son commerce de libraire. Remarquons que ses rayons contenaient beaucoup de livres peu indulgents pour

les « croisés » et que son échoppe était un centre de réunions un peu chaud pour d’autres barbus, assez nerveux sur le sujet du djihad et d’Allah. Aujourd’hui, Hebbadj ne gère plus qu’une boucherie halal (qui a été cambriolée le 27 avril) et un bureau de téléphonie en centreville. Banal. Tout cela, additionné, a poussé certains hommes pieux, qui fréquentent la mosquée de Nantes, à se poser cette question : « Lies est-il vraiment un ennemi de la police ? »

coup monté

prosélyte

Les mêmes religieux s’interrogent aussi sur le hasard qui a conduit un policier à verbaliser Anne, la femme totalement voilée de Liès, alors qu’elle était au volant dans les faubourgs de Nantes. Ces dévots croient en Dieu, mais moins au hasard. Ils évoquent, avec cette histoire de PV pour port du voile aveuglant, un « coup monté par le ministère de l’Intérieur », « pour créer un fort tapage » autour du niqab. Scandale « qui justifierait », d’urgence, le vote d’une loi. Hortefeux aurait donc lu un livre… de Machiavel ? ✹  jacques-marie bourget

Si l’affaire Lies Hebbadj, du nom de ce vilain barbu, est fraîche dans les colonnes des gazettes, elle est vieille et râpée dans les calepins des flics des RG et de la DST. Il y a bien longtemps que ces vigilants fonctionnaires, payés et entraînés pour dépister le terroriste en herbe et en barbe, connaissent tous les secrets de ce Lies, prosélyte si peu discret. Notamment ses voyages au Pakistan, douce patrie de l’islam fou, où encore à Londres, où ce n’était pas pour faire les soldes chez Burberry. Pourtant, rien d’illégal pour ce rude garçon né en Algérie il y a trente-quatre

Des anti-éoliens gonflés

Comment faire efficacement pression sur son député en se servant d’un e-mail ? À l’approche du débat sur la loi Grenelle II, qui se tiendra le 4 mai à l’Assemblée nationale, les anti-éoliens de la Fédération de l’environnement durable (FED) ont donné le mode d’emploi. Destiné aux militants, ce guide du lobbying s’est bêtement retrouvé sur le site Web de la FED. Le document, repéré par Rue89, conseille d’envoyer des mails « en masse » aux élus avec des témoignages tels que « notre vie a été brisée et nos familles se déchirent » ou « des spéculateurs harcèlent les communes ». En soufflant des réponses types, les antiéoliens brassent du vent.

PS : I hate you

« Brenda, cela ne marche pas. Tu le sais. Je le sais. J’ai déménagé. Au revoir. Mark. PS : Je prends le chien. Il te déteste. » Il y a mille et une façons pour un couple de rompre. On peut, comme le délicat Mark, laisser deux Post-it sur la porte de sa mal-aimée. Ou, comme Emily, utiliser les grands moyens, en affichant sur un immeuble une lettre géante se terminant par : « J’ai payé cette affiche avec l’argent de notre compte commun. » Plus ou moins sobres, mais toujours drôles, « Les douze lettres de rupture les plus absurdes de tous les temps » sont compilées par le site du Huffington Post (http://minu.me/2885).

Quel slogan a imaginé l’agence de location de véhicules Sixt pour les modèles Citroën ? A. « Faites comme Carla, prenez un petit Français » B. « Faites comme Carla, investissez dans le luxe » C. « Faites comme Carla, roulez sans polluer » D. « Faites comme Carla, misez sur la carrosserie »

Réponse : A. La société allemande a ainsi lancé sa nouvelle campagne pour ses petites autos.

bab’ el web

« Elle », pilier de Béart

L’info. « Je suis ravie de l’accueil que les journalistes lui ont réservé. C’est un film dont je suis très fière », Emmanuelle Béart, Elle, 23 avril. Le décryptage. Dans une longue interview au magazine Elle, propriété du groupe Lagardère, l’actrice revient sur l’accueil donné au film dont elle assure la promotion, ça commence par la fin, réalisé par son compagnon Michaël Cohen. Or, officiellement, au moment où Béart fait cette déclaration au magazine, il n’y a pas encore eu de projection de presse. La production espérait en effet réserver celle-ci au festival de Cannes. Mais le film n’a pas été retenu. Seuls quelques privilégiés ont pu voir l’opus, comme les journalistes de Elle. Pour n’en dire que du bien ?

L’onde des chiffres

faucheurs

Fou-time job

Vous pensez bosser avec des fous ? Faites donc un tour sur la page Twitter de Deadbycubicle. CJ, employé dans un centre d’appels de télémarketing qui embauche 80 % d’exdétenus et de toxicomanes, s’amuse à faire une chronique en 140 signes de sa vie au boulot. Apparemment loin d’être un long fleuve tranquille. « Dee ne s’est pas montrée depuis une semaine car son mari l’a poussée dans une baie vitrée. On ne sait pas quoi écrire sur la feuille de présence… », relate l’internaute. Mieux vaudrait la baie de Naples ✹

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L’AFP pas hyper Relax

Bakchich Hebdo N°22 | du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010

L’info. « Skyrock, le vrai carton ! Le morning de Difool, +136 000 auditeurs en un an ; le 6/9 de NRJ, -175 000 auditeurs en un an », publicité comparative dans le Monde, 28 avril. Le décryptage. Cette campagne de pub, fondée sur les derniers chiffres de Médiamétrie, répond à une offensive publicitaire lancée précédemment par NRJ, dans laquelle la radio se fondant elle aussi sur les chiffres de Médiamétrie, se targuait d’avoir « la matinale qui met une claque aux autres » et d’être le premier « morning » sur les moins de 50 ans. Les deux ont raison, mais se basent sur des périodes et/ ou des tranches d’âges différentes. De l’art de choisir le bon chiffre pour attirer les annonceurs. Ainsi, Bakchich est le premier journal d’informations satirique chez les Marseillais de 28 ans originaires du Cabot. ça donne envie, non ?

L’info. « Pour contourner la grève qui paralyse VSD depuis le 6 avril, la direction a fait appel à l’agence Relaxnews », Lepoint.fr, 23 avril. Le décryptage. Cette décision a agacé les salariés de l’hebdomadaire et surpris des employés de l’AFP. En effet, Relaxnews, une filiale de l’agence, a été créée par Pierre Louette, l’ancien PDG. Un projet que les syndicats avaient dénoncé sous l’ère Louette. Première agence de presse spécialisée dans les loisirs, celleci promet à ses clients d’être en phase avec « la loisiration de la société » (sic). Manifestement, en acceptant ce partenariat, Emmanuel Hoog, le nouveau patron, a décidé de marcher dans les pas de son prédécesseur.

Pasqua fouetter un chat

L’info. « “Les procédures, c’est du Picard, elles sont prêtes à être réchauffées“, clame son avocate, Me Jacqueline Laffont. Pasqua esquisse un sourire au rappel de cet extrait d’une interview du juge Philippe Courroye au site Mediapart », France-Soir, 20 avril. Le décryptage. Le quotidien s’est délecté des audiences du procès Pasqua. Ivre de bonheur, France-Soir a exhumé une interview du juge Courroye réalisée par le site Mediapart. De la belle ouvrage puisque l’interview en question n’a jamais été réalisée. Encore raté !

Démenti « Point » par point

L’info. « Le procès Allègre, les dessous de la polémique », le Point, 22 avril. Le décryptage. L’hebdomadaire a consacré un dossier de six pages aux débats sur le réchauffement climatique. Un dossier dans lequel le journaliste de Libération Sylvestre Huet a relevé de nombreuses imprécisions qu’il a rendues publiques sur son blog (http://sciences.blogs.liberation.fr). Au hasard, erreur sur les personnes et autres mensonges Allègre-doux passés sous silence. Un démontage en règle de l’enquête du Point. Et des relations réchauffées entre les deux journaux ? ✹


Filouteries bouillabaisse Dans la plus belle ville du monde, un vieux pacte unit le pouvoir à Force ouvrière, qui confère une immense autorité au syndicat. Gauche et droite sont donc à la botte du patron local de FO, Éli-Claude Argy. Auquel le département vient d’acheter – comptant – sa villa.

À Marseille il faut ce qu’il FO C

’est un secret jalousement gardé. Un secret marseillais, c’est-à-dire que tout le monde connaît, sans qu’aucun songe à trop l’épancher. Surtout dans les journaux. Vieille de cinquante ans, la grande entente entre Force ouvrière et la mairie a été révélée dans un livre, Gouverner Marseille (éd. La Découverte). Les deux malfaiteurs de plume, Michel Samson et Michel Peraldi, consacrent quatorze pages de leur ouvrage aux « liaisons dangereuses » entre le syndicat et le bastion qu’est l’hôtel de ville. L’histoire commence dans l’immédiat après-guerre par un accord entre la toute nouvelle FO, abreuvée d’argent par la CIA, qui a peur de la montée des rouges cocos, et l’élu numéro un de la ville, qui partage cette angoisse : entente béton, d’airain et Defferre. Avec cet accord d’exclusivité FO-Marseille, la vie est bien plus simple. Un seul représentant des salariés municipaux à recevoir, une paix sociale assurée et une armée de colleurs d’affiches mobilisable pour toute élection ou moment de crise. En échange, « le fini-parti », une spécificité marseillaise qui donne aux rues de la ville ses jolis atours : sitôt la ronde des poubelles terminée, les

éboueurs ont fini la journée. Et tombent dans la poche d’ÉliClaude les 370 000 euros pour tant pis si la rapidité prime sur l’efficacité. Ici, le ramassage des sa propriété bâtie, « consistant ordures peut avoir le rythme d’un en un immeuble élevé sur cave, Grand Prix de F1. d’un rez-de-chaussée, d’un étage Et que beaux sont ces accords qui et d’un deuxième étage mansardé avec garage ». La vente est une sont plus forts que la mort. Gasaubaine : Argy avait sur le dos un tounet Defferre rendu dans l’audelà, ses successeurs vaguement prêt bancaire pour l’achat d’une autre bâtisse valant 460 000 euros, roses (Vigouroux) ou pieusement bleus (Gaudin) ont prolongé le piscine incluse, dans le cossu traité. Voire l’ont étendu, depuis IXe arrondissement. que la tutelle des boueux est Une colossale écharde extirpée passée à la communauté urbaine du pied d’Argy par l’Office public de Marseille (CUM), au tournant d’aménagement et de construction des années 2000. sud (Opac sud), devenu Habitat 13 À gauche comme à droite, donc, mais dont l’objet perdure : faire du pas de bouillabaisse politique sans social. En somme, l’office HLM un bon fond de des Bouches-duFO, le surpuisRhône a acheté Argy, le boss de FO, tient le sant syndicat la maison du Dôme, le Palais des sports, des personnels plus important territoriaux de les buvettes du Vélodrome… leader syndical la ville et de la marseillais, qui CUM. Majorin’arrivait pas à la taire à la mairie, à la communauté vendre depuis trois ans. Le tout, d’agglo, chez les éboueurs, et aussi bien entendu, sans arrière-pensée à la Société des eaux de Marde la part de Nono Guérini, luiseille, à la Régie des transports même longtemps patron de l’Opac marseillais ou dans les hôpitaux et toujours prétendant à la direcpublics… À Marseille, la force est tion de la mairie marseillaise. À toujours ouvrière. Marseille, le loyer moyen d’un Un colosse aux pieds d’Argy ? logement social est d’environ 300 euros. Louée à moins de Éli-Claude Argy est l’heureux 1 000 euros, la maison Argy ne secrétaire général du syndicat. Déjà patron du Palais des sports, rapporte rien à l’Opac… du Dôme, des buvettes du StadeLors des précédentes élections Vélodrome, bien peu de grâces municipales, en 2008, FO avait sont refusées à ce vrai leader. ostensiblement œuvré en faveur Par Gaudin qui le choie, ou par de Renaud Muselier qui portait le président du conseil général, casaque UMP. C’est sa réélection Jean-Noël Guérini, dit « Nono », à la mairie des IVe et Ve arrondisqui le drague. sements, face à Jean-Noël GuéDernier avatar de ce ménage à rini, qui permit à la droite de trois, le rachat, l’été dernier, garder la mairie. Depuis, Nono de la maison du chef syna renoncé à supprimer les avandical. Le 30 juillet 2009, le tages « sociaux » accordés à FO comme la règle locale du « finisweet home d’Argy, tout au parti ». Histoire, sans doute, sommet de la Canebière, trouve enfin preneur. Après d’éviter les FO-pas lors du protrois années de recherches chain scrutin ✹ x. m.

Le PS craint la théorie des dominos Avec des dossiers qui touchent à toutes les structures politiques locales socialistes, une partie de dominos est en cours au palais de justice. Ouverte depuis 2008, l’instruction sur les subventions détournées des conseils régional et général se poursuit. Moins dans l’espoir de retrouver les 700 000 euros évaporés que de comprendre les grands secrets du clientélisme électoral. Étrangement, l’ancien directeur de cabinet du président de la région, Franck Dumonteil, a été transféré à la communauté urbaine de Marseille (CUM), toujours comme dir’ cab’ du président. Et sa dulcinée, la sénatrice Samia Ghali, citée dans l’enquête, a délaissé sa vice-présidence régionale pour celle d’une CUM au centre d’une instruction sur des appels d’offres truqués, notamment sur les marchés du ramassage des ordures… Et toute la ville d’attendre la poussette qui fera chuter les dominos ✹ x. m.

les vagues lettres du port

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abitué aux querelles de poissonniers, le Vieux-Port l’est moins des bisbilles de contrats trop compliqués. Pourtant la chiquaïa remonte jusqu’aux hautes sphères de la communauté urbaine de Marseille (CUM), elle qui gère les emplacements des bateaux. Et voilà qu’une plainte pour escroquerie se retrouve, depuis le 15 février, sur le bureau du procureur de Marseille, visant en personne le président de la CUM, le socialiste Eugène Caselli, un homme docile qui ne pas bouge pas une oreille sans l’aval du boss du conseil général, Jean-Noël Guérini.

petites pressions

L’affaire concerne la dizaine d’anneaux louée depuis des années par la société Benoît Pastureau Marseille Location, en face de la cossue brasserie La Samaritaine. Un bon business, 100 000 euros de chiffre d’affaires par mois, pour gérer et louer des bateaux de plaisance, de pêche et de plongée. Sauf qu’avec l’arrivée impromptue des socialistes à la CUM, en 2008, Alain Benarouche devient nouveau maître de port.

Un Benarouche qui ne fait guère secret de ses liens avec Caselli, Guérini et plus si affinités. Pas mystère non plus du peu d’estime qu’il a pour Marseille Location, à qui il préfère ses amis de Massilia Location. Tarification aléatoire, dépôts de main courante à la capitainerie sans qu’aucune plainte suive… Au final, le désarrimage pur et simple des bateaux de Pastureau est ordonné, le 22 juillet 2009, par un capitaine Benarouche agissant sans préavis. Évincé du port et mis en demeure par la CUM de régler une introuvable facture de seulement 3 000 euros, Benoît Pastureau a porté plainte. Malgré de petites pressions ou d’amicaux conseils l’enjoignant de la retirer, en échange de 80 000 euros. Alerté, Caselli n’a pas bougé une nageoire. Mais le clapot de la justice, lui, risque d’agiter les sardines ✹ x. m. www.bakchich.info

Quand la justice farfouille dans les déchets marseillais, le fumet monte à Paris : http://minu.me/1et1

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les impairs

chine Avec l’inauguration de l’Expo universelle de Shanghai (à laquelle se rend notre zen Président), la Chine entend à nouveau montrer sa force au monde. Mais derrière les victoires que l’usine du monde cumule, les problèmes s’accumulent : chômage, répression, spéculation, corruption… Mad in China !

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lions de visiteurs attendus par les organisateurs (dont plus de 90 % uand tout fout le camp chez soi, mieux vaut partir au loin. Nicolas Sarkozy le sait bien et profitera de l’inaugud’Asiatiques) fouleront les deux sites de Puxi et Pudong. Le seuil critique des 600 000 curieux par jour ne pourra être dépassé « pour raison ration de l’Exposition universelle de Shanghai, le 1er mai, de sécurité ». Faisons confiance à la police chinoise, plutôt efficace ces pour rendre visite, avec Carla, à d’autres patrons de parti dernières semaines en matière de « nettoyage » systématique des enviunique, ceux du PC chinois. Obama, Brown ou Merkel, eux, ont choisi de ne pas se rendre à la sauterie… rons de l’Expo, pour maintenir sa cadence. Une inauguration le jour du muguet, après trenteLe Pavillon de France, conçu par l’architecte Jacques Ferrier, reste un gros souci : nombre de factures de ce chef-d’œuvre sont trois mois de travaux intensifs impayées. Au départ, José Frèches, un « écrivain » qui pour construire une extenSarkozy s’en va rencontrer sion de l’aéroport intertient la plume avec ses pieds, avait pour mission de ses homologues chinois. national, sept lignes de taxer les entreprises françaises. Alors que les sponsors métro et cinq tunnels Entre chefs de parti unique… devaient donner 25 millions d’euros sur les 50 millions de budget, le don n’a été que de 5 millions ! Reste un trou afin que 70 % du trafic routier vers Pudong, de 20 millions. L’Expo risque donc de coûter une quaranle site principal de l’exposition, passe taine de millions à nos bons impôts. Compensation, Yves Jégo, qui jouit sous le Huang Pu, la Seine d’ici. Une d’un retour d’amour auprès du Président, sera intronisé là-bas Monsieur ville nouvelle est sortie de terre, sur Chine. Et on pourra chanter « Alain Delon vient nous servir à boire… » 5,28 km2, deux fois et demie la superpuisque le vétéran du ciné français sera la mascotte du pavillon. ficie de Monaco. Pour rester sur le mode ringard, la mise en scène extra-hexagonale Là, les prouesses architecturales et du couple roi sera orchestrée par Cyril Viguier, un ancien de La Cinq, technologiques réunies par la plala moribonde aventure cathodique de Berlusconi en France. Pour ce nète rivaliseront sous le signe d’« Une spécialiste de la brosse à reluire surnommé « Baranne », facile de meilleure ville, une meilleure redorer le blason délavé de notre imperator rex en mal de reconnaisvie », le thème principal sance dans l’opinion publique tricolore. Paris vaut bien une grandmesse en Chine ✹ de l’Expo. Du 1 er  mai au 31 octobre, les 70 à 100 mil Dossier réalisé par Henry de Saint-Clair et Richard Ducoind-Hubard

ombres chinoises

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rop occupés à sauver le monde capitaliste, les dirigeants chinois en auraient presque oublié leur légendaire humilité… Tous les spécialistes de la Chine, des sinologues aux sino-béats, ne manquent pas de noter que, depuis la formidable réussite des Jeux olympiques de Pékin à l’été 2008, la puissance chinoise est bien réveillée. Premier banquier du monde avec plus d’un tiers des réserves monétaires mondiales dans ses caisses (2 399,2 milliards de dollars, environ 1,8 milliard d’euros !), l’empire du Milieu pourrait davantage, à la simple lumière de chiffres souvent trompeurs, s’appeler l’empire du Sommet. Entre investissements tous azimuts (le récent rachat de Volvo), rencontres au plus haut pour assurer sa

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future place au soleil (sommet ChineÉtats-Unis, G20 et seconde réunion stratégique avec les États-Unis), et enfin le maintien de sa croissance à 8,7 % en 2009, nécessaire pour éviter les ornières de l’autoroute du développement accéléré qu’elle emprunte aujourd’hui, la Chine est de tous les combats ! Et nombre de nos diplomates et présidentiables de compter avec la puissance chinoise pour accélérer leur carrière…

qui va payer ?

Pour autant, derrière ces belles victoires, la situation intérieure n’est guère reluisante. Entre un renversement de la pyramide des âges qui rendra les Chinois vieux avant d’être riches et une part de la consommation des ménages dans le PIB en constante baisse (de 50 % au début des années 80 à 36 % en 2009), les hommes forts du pays ne savent plus que faire pour le relancer. Autre misère, le chômage (celui des urbains frôlait les 5 % à la fin 2009), dont celui des jeunes diplômés, qui atteint les 20 millions de personnes ! Sans compter les 226 millions de travailleurs migrants ruraux, les mingong. Si ces derniers étaient comptabilisés, « le taux de chômage atteindrait les 20 % », explique un universitaire de l’académie des sciences sociales de Shanghai. Des chiffres qui donnent le vertige et qui risquent de gripper le développement de l’usine mondiale. D’autant qu’avec l’épineuse question du passeport intérieur (le bien-aimé hukou), le retour à la campagne des ruraux – véritable armée de travailleurs asservis par les autorités locales pour la construction des fleurons immobiliers du pays – est un sujet ô combien délicat. Toutes ces problématiques pèsent de plus en plus lourd sur l’exécutif chinois et, cette année encore, la réunion de

l’Assemblée nationale populaire a été rugueuse. Deux clans s’y sont affrontés, qui entendent compter et placer leurs pions pour le remaniement prévu en 2012, lors du XVIIIe congrès national du Parti communiste chinois. D’un côté, les « vainqueurs », les provinces côtières, qui veulent conserver le modèle de développement économique actuel. Où s’applique le jargonneux « socialisme de marché » qui est, en réalité, un curieux mélange entre recours massif aux investissements étrangers et exportations de produits manufacturés peu coûteux. En face, les « perdants », soit la majorité de la population. Ceuxci sont désireux d’infléchir le modèle économique installé pour laisser une plus grande place au développement du marché intérieur… Qui va payer pour qui ? Les riches pour les pauvres ? Ou, comme c’est le cas aujourd’hui, les pauvres pour les riches ? 2010, l’année de la Chine ? Peut-être que, si elle arrive à passer un bon été, nous connaîtrons un meilleur automne à Pékin ✹


de l’empire L’immobilier fait des bulles

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elon le fier Premier ministre chinois, Wen Jiabao, la crise immobilière sera l’un des sujets brûlants de l’actualité nationale en 2010. Au vu des chiffres et de la collusion entre grands entrepreneurs et élites locales – et tout cela au détriment des Chinois urbains, véritable base de la légitimité du pouvoir –, on comprend d’où vient cette inquiétude… Les statistiques publiées en novembre 2009 montrent que le revenu des ventes de terres a doublé en l’espace d’un an, pour atteindre des sommes faramineuses. Ainsi, pour la seule municipalité de Shanghai, hôtesse de l’Exposition universelle, la vente de terrains a rapporté 8,21 milliards d’euros en 2009. Pékin, de son côté, n’est pas en reste puisqu’elle a empoché 6,39 milliards. On comprend que ce très gros trésor attise les convoitises. Depuis que la Chine a amorcé sa mue capitaliste, les fondations communistes de la société (logement, couverture sociale et sanitaire, éducation, etc.) – le fameux système de la danwei, orchestré par les entreprises d’État – se sont réduites comme un petit pain à la vapeur. L’heure est grave, pour reprendre les termes de Wen Jiabao lors de la dernière session de l’Assemblée nationale populaire.

les prix du logement ont connu une augmentation de plus de 5,7 % par rapport à l’année précédente. Désormais, à Pékin, selon les spécialistes de Beijing Weive Real Estate Agent, le prix du mètre carré se négocie aux alentours de 17 200 yuan (environ 1 885 euros), contre 10 500 yuan en novembre 2008, soit une augmentation de 64 %. Shanghai est soumise à la même tendance, où la moyenne des prix du mètre carré a augmenté de 47,47 % entre novembre 2008 et novembre 2009, pour atteindre 18 686 yuan, selon le Shanghai Uwin Real Estate

grogne

Pour les Chinois urbains, l’accès à la propriété est devenu une trop longue marche. Nombreux sont aujourd’hui les résidents shanghaiens, par exemple, qui manifestent ouvertement leur refus d’accueillir l’Exposition universelle du fait de la nouvelle augmentation des prix qu’elle provoque. La municipalité a pris acte de cette grogne en cadenassant les abords du site et en muselant les récalcitrants ✹

Spéculation et corruption font bon ménage

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in 2009, un article du magazine Forbes classe Mme Wu Yajun 232e fortune mondiale. Inconnue jusqu’alors, la voilà projetée en pleine lumière, à son corps défendant. La femme la plus riche de Chine s’était pourtant montrée fidèle au principe des trois « non » : non à la télévision, non aux interviews, non aux autographes. Née en 1964 à Chongqing, Wu Yajun poursuit des études d’ingénierie à l’université polytechnique du NordOuest, dont elle sort diplômée en 1984. Onze ans plus tard, elle crée la Chongqing Zhongjianke Real Estate Co. Ltd., société immobilière au capital de 1 million d’euros, qui deviendra Longfor Properties. En 1995, à Chongqing, sort de terre le premier projet immobilier d’envergure de Mme Wu, Longfor Nanyuan. Aujourd’hui, Longfor Properties est présente dans dix villes chinoises. La fortune – visible – de sa présidente est estimée à 2,74 milliards d’euros…

flambée

connivences

En effet, selon une enquête réalisée par l’académie des sciences sociales de Chine en 2009, 85 % des Chinois interrogés n’ont plus les moyens de s’acheter un logement. Dans la même veine, une étude réalisée en novembre 2009 dans 70 villes démontre que, sur les six derniers mois,

Des forces de l’ordre entre progrès et inertie

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Information Service Co. Devant cette flambée des prix à l’achat, et alors que les tarifs à la location s’envolent également, les agents immobiliers et les promoteurs sont, en principe, assis sur un vrai tas d’or. Mais la colère s’amplifie.

e 14 avril, un séisme d’une magnitude de 6,9 sur vail ? Il faudra sûrement attendre le dégel pour avoir les l’échelle de Richter a frappé la province du Qinchiffres… ghai. Il aurait fait 2 046 victimes parmi la population, Par ailleurs, les choses avancent – un peu. Ainsi, une des essentiellement tibétaine, de la région. C’est ce qu’affirme conséquences du procès-fleuve de Chongqing (lire « Spéle gouvernement chinois. culation et corruption font bon ménage ») a été l’autorisaCe qu’on ne dit pas ici, c’est que le Qinghai est surtout tion qu’ont reçue les policiers chinois de s’informer sur connu pour abriter une grande partie des principaux les organes de contrôle des polices d’autres pays, chose camps de travail forcé, les sinistres inexistante en Chine. laogai. Alors, quid de ces victimes ? Les Des contacts informels ont donc été D’un côté, des camps de laogai (l’abréviation de laodong gaizao, noués avec des consultants étrangers « la rééducation par le travail ») sont la en vue de recueillir des informations travail. De l’autre, une réminiscence d’un passé totalitaire, celui sur les fonctions et les modalités d’acéventuelle police des polices. de Mao. Nombreux en Chine, ils comption des bœuf-carottes. Quand l’emteraient de 4 à 6 millions de prisonniers, pire du Milieu se trouve gangrené par selon la Laogai Research Fondation de l’activiste Harry le milieu, l’inspection générale de la police française Wu. Plus de 50 millions de personnes y auraient séjourné intéresse l’administration centrale chinoise. depuis l’arrivée des communistes au pouvoir, en 1949. La lutte contre l’impunité des cadres et contre l’économie Si une localisation exacte de ces camps est très difficile, institutionnellement corrompue, cheval de bataille des il est connu que la province du Qinghai est le cœur du caciques de Pékin, s’incarnera peut-être un jour dans dispositif d’enfermement chinois, du fait de son relatif l’existence d’une police des polices. Un grand pas pour sous-peuplement et de la présence de zones semi-déserla démocratisation de la police chinoise, un petit pas tiques. Alors, combien de morts dans ces camps de trapour l’humanité souffrante de l’empire ✹

On comprend qu’elle se soit faite discrète : avec le gonflement de la bulle immobilière, mieux vaut faire profil bas au cas où tout exploserait ! D’autant que l’empire de Wu Yajun est né à Chongqing, cette gigantesque ville du Centre-Sud chinois qui vient de connaître un nettoyage anticorruption mené bâton au poing par le pouvoir central. Car, dans l’empire chinois, corruption locale et crise immobilière semblent aller de paire… Commencé dès l’été 2009 sous la houlette de Bo Xilai – ancien ministre de l’Économie directement envoyé par le bureau politique du comité central du PCC –, le nettoyage de l’immense municipalité de Chongqing (près de 36 millions d’habitants !) a révélé les nombreuses connivences entre immobilier, triades mafieuses et système politico-judiciaire. À l’heure où le pouvoir central veut mettre en avant la probité de ses cadres, un exemple devait être fait. Au terme de plusieurs mois d’enquêtes, quelque 3 000 arrestations et plus de 800 condamnations ont été opérées, s’accompagnant invariablement d’histoires croustillantes. Où l’on a vu Wang Qiang, chef du bureau de la justice de Chongqing et vice-chef de la sécurité publique, protéger sa belle-sœur, Xie Caiping, recherchée par la police pour sa gestion de casinos clandestins et de maisons closes peuplées d’anciennes détenues. Le tout sur fond de terres vendues illégalement, à des prix défiant toute concurrence, à des grands groupes immobiliers ✹

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La Chine en 2010, c’est l’année du business et du nationalisme (encore) : http://minu.me/28c4

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Filouteries confidences

balladur à la barre

Besson un brin gêné

À voir la mine décomposée qu’il affichait dans Mots croisés sur France 2, le 26 avril, face à Julien Dray, on aura compris qu’Éric Besson ne se sent pas très à l’aise depuis que Brice Hortefeux lui a refilé la patate chaude de l’affaire de Nantes. Le ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de tout ce qui s’en suit voulait justement parler de tout (de politique, par exemple) sauf des sujets qui concernent un ministère qu’il a envie de quitter au plus vite. Le samedi soir, Besson a même refusé d’être sur le plateau d’un 20 heures télévisé pour ne pas apparaître en première ligne. C’est dire !

Pasqua se venge

y a des fessées qui se perdent

Jugé par ses pairs au sein de la Cour de justice de la République et risquant gros, Charles Pasqua se venge dans des interviews. Sa principale victime ? Jacques Chirac, qu’il n’en finit pas de poursuivre de sa vindicte. Dans le Point, Charlie s’est carrément lâché en affirmant que l’ancien Président, qu’il a pourtant si longtemps soutenu, est « le plus grand menteur que j’aie vu ». Il ajoute quand même : « À part Mitterrand. » Ouf ! Chirac est en bonne compagnie.

Migaud comme Séguin

L’HUMEUR DE PROBST Jean-François Probst, ex-conseiller de Jacques Chirac, Charles Pasqua ou de Jean Tiberi, commente l’actualité. Niqab, hidjab… Voilà qui rime aussi bien avec kebab qu’avec nabab. Foutraque et fait du prince ! La digue qui menace de céder avec l’affaire de Nantes risque de dépasser Montaigu. Et d’éclabousser bien plus que le Kaiser Sarkoko, son empressé Hortefeux et son zélé Besson. En voulant légiférer sur la burqa quand un simple décret suffirait, Sarko Ier et le chef des parlementeurs UMP, Jean-François Copé, ne crachent pas seulement sur le Parlement, sa commission spécialement créée sur la question et les règles de la République. Ceux qui nous gouvernent pointent du doigt une population et continuent à monter les Français les uns contre les autres. Même Mélenchon s’y met. Qu’il se remette plutôt à fumer, ses nerfs y gagneront sans doute… Les pompiers pyromanes sont de retour. Et le squatteur de l’Élysée de ressembler de plus en plus au capricieux prince Abdallah, visible dans quelques albums de Tintin. Et le barouf n’est pas fini. À chaque semaine son tapage, son buzz, son rideau de fumée même pas islandais. Après Rachida Dati et la rumeur présidentielle, les éructactions de Pasqua durant son procès, voilà le retour de Ballamou. Sa Précieuse Suffisance revient sur les devants de l’actualité avec le scandale des sous-

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marins vendus au Pakistan sous son gouvernement. Et des suspicions de versements occultes pour financer sa campagne, alors dirigée par un certain Sarkozy Nicolas. Que le Sénat et l’Assemblée redorent leur blason et ouvrent une vraie mission d’enquête sur ce serpentin de mer. Cela les animera. Quant à la droite, privée de rivaux à gauche, elle retrouve ses vieilles lubies : des attaques permanentes et une gouvernance vacante. Que sonne le tocsin. Dans les campagnes, les « braves gens », comme les appelait De Gaulle, n’ont guère plus d’appétit pour avaler le charabia parisien. Chômage, retraites, niqab, le gouvernement ne ment même plus ! C’est la cacophonie à tous les étages. Et quand les voisins font du bruit, le tout-venant s’agace. Au point de virer tous les sortants lors des prochaines cantonales ? De Saint-Jean-de-Luz, où je me suis replié en vacancier, une odeur de poujadisme, lourde comme un verre d’Irouleguy à midi, plane. Comme une solide envie de fesser tous ces garnements… ✹ www.bakchich.info

Jean-François Probst vous stimule ? Dégustez ses chroniques vidéo : http://minu.me/1vbh

Feu Philippe Séguin avait pour habitude d’adresser les rapports de la Cour des comptes à de nombreuses personnalités et aux journalistes, avec un petit mot manuscrit pour chacun. Ce qui, au passage, lui prenait un temps fou. Didier Migaud, son successeur, a visiblement décidé de marcher sur ses traces. En envoyant à tous les bureaux le rapport de la Cour sur la Fondation pour l’enfance (présidée par Anne-Aymone Giscard d’Estaing), accompagné d’une lettre, d’un « très cordialement » écrit à la main et de la signature du nouveau premier président. On saura bientôt si Migaud a la dent aussi dure que Séguin quand il s’agit de juger de l’utilisation de l’argent public.

Anticor, même Paca !

En région Paca, le beau temps entre socialistes et Verts aux régionales a laissé place aux giboulées. Michel Vauzelle, président PS réélu, se retrouve attaqué en justice pour escroquerie par un candidat d’Europe Écologie éliminé des listes entre les deux tours. Le va-t-en-guerre n’est autre que le fondateur de l’association Anticor, Jean-Christophe Picard, un idéaliste qui lutte contre la corruption dans le milieu politique. « Il a mis à notre place certains de ses amis qui n’habitent même pas les Alpes-Maritimes », tempête-t-il. Fâcheux ! ✹

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affaires étrangères

le quai cacophonique

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on, Bernard Kouchner, ça bosse et, comme la Contrex, notre ministre des facça élimine. tures étrangères depuis Ainsi, Robert Bourgi, vestige des trois ans, ne sieste pas au Quai réseaux Foccart (Monsieur Afrid’Orsay. Au diapason du chantre que sous De Gaulle et Pompidou) de l’ouverture qui l’a fait petit et rescapé des années Chirac, a prince, Sarko Ier, Bernard n’a pas pris un coup de chaud. « Une petite déprime », ricanent quelques dormi à l’heure des nominations. En commençant par celle de rivaux du conseiller déchu. Lieu ses associés. Ceux qui, dans les de toutes les tambouilles, la celannées 2000, l’ont aidé à facturer à lule Afrique élyséenne, depuis nos amis africains ses « conseils » le départ de Bruno Joubert et la sur les systèmes de santé. Éric disgrâce de son ennemi Bourgi, Danon, grâce à qui transitèrent s’est endormie. Dans l’ombre de quelque 800 000 euros pour une Claude Guéant, vice-président de mission au Gabon ? Fait ambasla France, place désormais à Abasadeur de France à Monaco puis kar Manany, ex-conseiller spécial à Genève. Jacques Baudoin, autre du dictateur tchadien Idriss Déby, expert en rapce qui est tout ports africains ? dire. Manany Trois lignes diplomatiques n’a pas réussi De patron de la communication à réconcilier le s’affrontent et personne de son cabinet, nouveau présin’y comprend plus rien. il est devenu dent gabonais, directeur des Ali Bongo, et publications du ministère. sa sœur Pascaline, qui garde la Bienheureux, ses proches ont main sur l’argent du pétrole deégalement été servis. Conseiller puis la mort du patriarche Omar : spécial mais étranger à la car« Ne mets pas le doigt entre le bois et l’écorce », dit le proverbe de rière, Éric Chevallier a pris ses aises comme ambassadeur de brousse. Quant à Alain JoyanFrance à Damas ; Jean-Maurice det, l’homme qui ne vole qu’en Ripert est devenu ambassadeur jet privé, fidèle à la tradition du auprès de l’ONU à New York, et secrétariat d’État à la Coopérason directeur de cabinet, Philippe tion, le dispendieux ne dévie pas Étienne, a reçu le joli job de repréde la règle maçonnique. Avec une préférence pour ses « frères » : le sentant permanent à Bruxelles. Avec Kouchner, le Quai d’Orsay, Centrafricain Bozizé ou le tyran c’est le Loto. congolais Sassou Nguesso. En dehors de ce gros boulot ? Trois lignes diplomatiques sont Comme l’écrivait Louis XVI, le donc au feu et « les interlocuteurs n’y comprennent plus rien », 14 juillet 1789 : rien. Kouchner ne s’est agité que sur les sujets méconstate un authentique homme de l’art : « Au mieux, nos amis diatiques. Pas un mot sensé sur africains s’agacent, au pire ils se l’Afrique à part une brève incurdétournent de nous. » sion au Darfour et une discrétion proverbiale sur les élections, si Exemple en Centrafrique. En visilibres, du continent. Rien non te à Bangui, Joyandet s’est rangé plus sur l’Asie ou l’Amérique du derrière le président Bozizé, favoSud. Il devrait acheter une maprable au maintien des élections avant le 11 juin prochain. Tandis pemonde. À tous les Diogène à la recherche de la ligne de notre que, à l’Élysée et même au Quai politique étrangère, nul besoin – qui a ouvert un œil –, à l’Union de tambouriner à la porte du européenne, aux États-Unis et Quai, vous risquez de déranger dans l’opposition politique, tous le maître qui joue au tennis, il sont favorables à un report du sert si bien. Frappez plutôt à scrutin. Allô ? Il y a de la friture sur notre l’Élysée, qui jongle avec la Franligne diplomatique ✹ x. m. çafrique ou ce qu’il en reste. Ici,

matignon promis, matignon pas Dû Il paraît que Sarkozy a promis à Borloo qu’il succéderait à Fillon à l’automne. Si la parole n’est pas tenue, Borloo ne sera pas le premier à échouer aux portes de Matignon. Du temps de De Gaulle et de Pompidou, on parlait d’Olivier Guichard à chaque remaniement. Avec Giscard, Guichard y croyait encore. Comme Michel Poniatowski et Alain Peyrefitte. Sous Mitterrand, Pierre Bérégovoy finit par y arriver, mais in extremis, grâce aux échecs d’Édith Cresson. Jean-Louis Bianco aussi y a cru. Comme Pierre Joxe. Du temps de Chirac, entre les deux tours des législatives de 1997 (après la dissolution de l’Assemblée), Philippe Séguin se vit promettre Matignon. La droite perdit les élections et Séguin alla bouder à Épinal. En 2002, Sarkozy crut son heure venue, mais Chirac lui préféra Raffarin. Il faillit nommer Michèle Alliot-Marie en 2005, mais Villepin fit un tel forcing que c’est lui qui décrocha la timbale. Autant dire que Jean-Louis Borloo a du souci à se faire ✹ A. S.


Bazar technologie Localiser le propriétaire d’un iPhone ou effacer à distance les données personnelles contenues dans le célèbre téléphone, c’est désormais simple comme un clic. Les éventuelles conséquences de deux applications développées par Apple inquiètent la justice américaine.

iPhone il y a un mobile contre vous…

L

e 17 juin 2009, la section de la propriété intellectuelle et de la criminalité informatique du laboratoire de recherche sur la cybercriminalité (Cybercrime Lab), une officine technique chargée de prêter main-forte au ministère de la Justice américain, a fait des découvertes préoccupantes. Ce jour-là, Apple lançait la version actualisée 3.0 du système d’exploitation de son iPhone. Deux nouvelles applications ont immédiatement suscité la curiosité des laborantins œuvrant au service de la loi et de l’ordre. La première, Find My iPhone (« trouver mon iPhone »), ouvrait à leurs yeux d’intéressantes perspectives pour localiser des malfaisants, pour peu qu’ils soient équipés du petit bijou concocté par la marque à la pomme. Cette application permet à l’utilisateur qui a perdu son iPhone de le localiser à partir d’un ordinateur. Il suffit d’envoyer un message par Internet, celui-ci s’affiche directement sur le téléphone et un signal sonore de deux minutes retentit, ce qui permet de retrouver facilement l’engin enfoui, par exemple, au fin fond d’un sac à main. Une possibilité offerte dès que l’appa-

reil est en service et connecté à un réseau Edge, 3G ou Wifi, et ce même s’il est en mode « silence » ou « vibreur ». Si le téléphone n’est pas connecté à un réseau, le message et le signal sonore seront activés à la prochaine connexion. Selon une note confidentielle, un brin alarmiste, rédigée par les experts du cybercrime, « il devient donc possible de localiser l’utilisateur d’un iPhone possédant [ladite] application (dans un cadre strictement légal, bien entendu). » Barbouzes et services de renseignements de tous poils, habitués à se draper dans le voile de la légalité, ne manqueront pas de goûter aux charmes de cette application. Une aide précieuse qui pourrait toutefois se retourner contre la police, car, toujours selon la note : « Détournée, cette application peut permettre à des organisations criminelles de localiser les utilisateurs d’iPhone. Les policiers propriétaires d’iPhone ou ayant des informateurs équipés de cette application, seraient bien avisés de les désactiver jusqu’à ce que des analyses complémentaires aient été menées afin de vérifier que des organisations criminelles ne sont pas en mesure d’activer cette application à l’insu de l’utilisateur. »

En gros, une nouvelle règle du jeu qui va compliquer filatures, infiltrations et même travail avec les sources. De quoi pimenter un peu le traditionnel jeu du gendarme et du voleur. Pour les ingénieurs du laboratoire sur la cybercriminalité, une autre trouvaille technologique d’Apple pose encore plus de pro-

sont conservés dans un environneblèmes : « Pour les autorités judiciaires, la possibilité donnée à un ment protégé afin qu’ils ne puisutilisateur d’iPhone de détruire sent être connectés à des réseaux à distance toutes les informasusceptibles de déclencher la fonctions contenues dans le téléphone tion d’effacement à distance. » est encore plus inquiétante. Au Et la note de continuer sur ces moyen de cette application, il est conseils : « Entrez en contact en effet possible d’annuler toutes avec les techniciens d’Apple afin les données, et notamment les ede mieux comprendre comment mails, les informations relatives ces applications peuvent être au compte de l’abonné, les appliexploitées et de mieux connaître les mesures de protection de la cations installées, la musique vie privée mises en œuvre par le téléchargée et stockée (…). Une constructeur pour empêcher les fois activée, l’application d’effacement restaure l’appareil dans abus. sa configuration d’usine. (…) La Entrez en contact avec les technifacilité avec laquelle un iPhone ciens d’Apple afin de déterminer si l’application Trouver mon iPhone peut être restauré dans sa configuration d’origine peut contribuer pourrait inciter à la localisation Des nouvelles règles qui les utilisateurs, de personnes dont les téléséquestrées ou vont compliquer filatures portées dispaphones auraient et inflitrations policières. été temporairerues sans nuire à leur sécurité. ment saisis dans Assurez-vous que toutes les forces le cadre de procédures judiciaires, à les nettoyer afin d’en interdire de police sont informées des possil’accès aux autorités. Il est donc bilités d’effacement de données à recommandé à ceux qui procédedistance et équipez-les de sacs de Faraday. Assurez-vous enfin que raient à la saisie d’iPhone comme les forces de police sont informées éléments de preuve de les placer le qu’une sauvegarde de toutes les plus rapidement possible à l’abri informations contenues dans un des signaux en utilisant des sacs iPhone peut être réalisée sur un de Faraday (dont la propriété est ordinateur. Les forces de police d’isoler l’appareil des ondes élecdevraient envisager de requérir tromagnétiques, ndlr). » l’autorisation de saisir tout ordiPlus besoin de réaliser un fricnateur soupçonné d’être utilisé frac dans les caves d’un palais de aux fins de piloter un iPhone à justice, il suffirait d’un amateur éclairé d’iPhone pour chiper et distance. » effacer les preuves d’un dossier Malgré toutes ces consignes, pas judiciaire. Ce serait ballot… sûr que quelques godelureaux Aussi la note recommande-t-elle n’utilisent pas l’iPhone pour tout un ensemble de précautions : bazarder les enquêtes policières. « Les forces de police et les magisDepuis la Genèse, l’homme trats doivent être sensibilisés aux résiste rarement quand il s’agit exigences nouvelles créées par de croquer la pomme ✹ la possibilité d’effacement à dis WOODWARD ET NEWTON tance, qui exige une action rapide pour sauvegarder les données obtenues dans le cadre d’enquêtes www.bakchich.info criminelles, afin de ne pas perdre Trois minutes, 900 euros, et votre des preuves utiles. Les analystes téléphone portable devient un de la police scientifique qui reçoivent des iPhone dans un sac de micro : http://minu.me/28c7 Faraday doivent s’assurer qu’ils

Apple, trop big pour être cool Les Américains appellent ça une cash machine. Apple, l’entreprise « la plus cool du monde » a la santé d’un champion olympique d’athlétisme. Financière, s’entend. Un chiffre d’affaires en hausse de 49 % par rapport à celui de 2009 (qui n’était déjà pas dégueu), une rentabilité qui grimpe de 86 % et des ventes d’iPhone multipliées par deux, passant à 8,5 millions d’exemplaires entre janvier et mars 2010 (soit plus d’un téléphone vendu chaque seconde). Et encore, ces résultats ne prennent pas en compte le lancement tonitruant de l’iPad (450 000 exemplaires écoulés en une semaine aux États-Unis), cette tablette tactile qui serait au livre ce que le moteur à explosion a été à la diligence à la fin du XIXe siècle… Bref, nous vivons dans un monde « apple-isé » de haut en bas, de Sacramento à Shanghai en passant par Pretoria. Tout le monde s’en satisfait ? Pas vraiment. Les partenaires commerciaux d’Apple n’apprécient guère cette quasihégémonie de la marque. « Nous n’avons aucune marge de négociation avec eux, déplore le patron d’une enseigne qui distribue la marque. Ils nous imposent le prix, les quantités, le marketing en magasin… Et, évidemment, nos marges sont extrêmement faibles. »

Plus gênant encore, les positions dominantes d’Apple sur la distribution de certains contenus (musique, médias) inquiètent. Sur son App Store, qui fournit les contenus à télécharger, Apple agit en monarque absolu. Un peu comme si, dans la presse, Presstalis (ex-NMPP) décidait de façon arbitraire de publier tel journal et pas tel autre. Ainsi, Apple refuse catégoriquement les contenus érotiques sur son iPhone. Un auteur, David Carnoy, s’est vu interdire l’entrée de l’App Store pour son roman Knife Music au motif qu’il contenait des « obscénités ». Le caricaturiste américain Mark Fiore, créateur d’animations satiriques sur le Web, s’est vu à son tour refuser l’accès pour son NewsToon. Fiore a, entre-temps, reçu le prix Pulitzer. Interdit levé et excuses de Steve Jobs, big boss d’Apple… Mais tous ne vont pas bénéficier d’un tel coup de projecteur pour éviter la censure. D’autant qu’avec l’iPad Apple va se transformer en vendeur de livres numériques. Le monde de la culture est partagé entre optimisme (l’iPad va faire vendre livres et journaux) et inquiétude de ce petit monopole à la pomme. Et si la culture était trop importante pour être laissée aux mains d’un vendeur de téléphone portable ? ✹ Martin Kirsch

du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010 | Bakchich Hebdo N°22

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Bazar santé

des pouliches trop finement roulées

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ur le marché du mincir vite et sans effort, il n’y a pas que la pilule magique Alli, aux effets secondaires contraignants. Un petit nouveau est arrivé en pharmacie, le Ventipulmin, qui aurait pour faculté de brûler les graisses sans toucher à la masse musculaire. Bref de sculpter la silhouette en un temps record. Seul souci, ce médoc n’est pas à proprement parler destiné aux humains. Il s’agit d’un bronchio-dilatateur utilisé pour soigner l’asthme… du cheval. Mais qui ne tente rien n’a rien. Internet a donc vu fleurir, ces derniers mois, des forums de discussion de jeunes filles s’interrogeant sur le Ventipulmin, ou sa molécule le clenbutérol, avec des échanges surréalistes, voire effrayants. « Oui sa marche je lai tester et g perdu 7 kg en 1 moi » (sic), plaide l’une, quand l’autre s’enthousiasme sur le « produit (tous asthmatiques, c’est bien des stars de Hollywood » et y va de connu), puis chez les chevaux son petit conseil : « Ça va te donner de course, le clenbutérol version un petit coup de boost. » Les effets Ventipulmin s’est donc trouvé un secondaires ? Presque rien, pournouveau débouché avec les jeunes suit la pouliche : « Mal de crâne, anorexiques. tremblements… En gros, ton cœur Cet anabolisant vétérinaire étant bat plus vite, tu transpires, t’as classé sur la liste 1 des substances chaud comme si vénéneuses, la tu étais en actirépression des Le produit utilisé par vité, alors que tu fraudes s’est les anorexiques est un… restes allongée. » demandé comUn vrai miracle. ment de jeunes anabolisant pour cheval. Pour être tout à filles avaient fait complet, pu se procurer notons que les médecins préciune telle saloperie. Les enquêsent que la prise par l’homme teurs n’ont pas été déçus. « On l’a vu en libre-service dans certaines du Ventipulmin provoque de la pharmacies. Parfois carrément à tachychardie, de l’arythmie carcôté des cosmétiques », raconte un diaque, etc. Un bain de jouvence dont le cœur aura bien du mal à enquêteur. Des dizaines de procèsse remettre. Connu comme proverbaux ont été dressés, et la jusduit dopant chez les cyclistes tice devrait prochainement se pro-

écolo façon nicolino Auteur, entre autres, d’un ouvrage sur les pesticides, Fabrice Nicolino tient un blog sans concession sur l’environnement, Planète sans visa. ’art de conter des histoires n’est pas L le plus nouveau qui soit. En langage moderne – et donc d’entreprise –, on

noncer sur ce qui, dans certains cas, s’apparente à un véritable trafic organisé. Du côté du laboratoire qui fabrique le Ventipulmin, on décline toute responsabilité. « Nous ne pouvons contrôler ce qui se passe tout au long de la chaîne de commercialisation », se dédouane la direction des affaires scientifiques et réglementaires santé animale chez Boehringer. La répression des fraudes scrute donc à la loupe le nombre de boîtes vendues par la firme ✹  LUCIE DELAPORTE

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publicité

www.bakchich.info

Le Conseil d’État s’autoproclame pharmacien pour arranger les copains : http://minu.me/28c9

ces rayonnants parafoudres

L

appelle cela «storytelling». On peut aussi considérer que c’est une manière de raconter des salades. Des cabinets spécialisés planchent par exemple sur le passé de telle transnationale et découvrent – ô miracle – qu’un gentil lutin a posé les premières pierres de l’édifice. Que des fées ont accompagné l’irrésistible développement de la grandiose affaire. À l’arrivée, le client dispose d’une petite mythologie maison qui permet de croire ensemble au bel avenir. GFD Suez est un groupe qui pèse son poids, avec 83,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2008. Il va de soi que son éthique et sa « compliance » sont au-delà de tout reproche. Traduction accélérée, selon le groupe lui-même : « L’éthique a pour définition l’application concrète de ce qui est moralement acceptable, conforme aux valeurs, dans une situation donnée. La compliance regroupe l’ensemble des dispositifs à mettre en œuvre pour parvenir à l’objectif de conformité. » On en mangerait, non ? Eh bien, non, merci bien. Ce même groupe mène en réalité, loin des yeux

français, une politique dont la « compliance », restons poli, ne saute pas aux yeux. Parmi d’autres exemples, celui du barrage de Jirau, dans l’Amazonie brésilienne. L’ethnologue Jean-Patrick Razon, l’écrivain Jean-Marie Gustave Le Clézio rapportent des faits d’une extrême gravité. Le barrage de Jirau, dans le bassin de la rivière Madeira, fait partie d’un ensemble de quatre retenues qui menacent non seulement la diversité biologique exceptionnelle d’une zone à l’écart du fracas, mais aussi des peuples et une culture qu’on ne rencontre plus beaucoup sur Terre. Certaines des tribus indiennes de la région goûtent déjà les nombreuses joies de notre civilisation, comme le dirigeant indien Oceolio Munoz, qui a déclaré, apparemment peu sensible au storytelling : « GDF Suez ne tient pas compte de nos communautés et ne respecte pas la rivière. Nos vies sont détruites par un modèle de développement qui traite le fleuve et la terre comme des marchandises. » Il reste, pour Suez, d’excellents garçons, prêts à défendre l’éthique. L’association de Yann Arthus-Bertrand, Good Planet, s’honore de compter parmi les membres bienfaiteurs de la fondation Suez Environnement. On applaudit ✹

Lutin

environnement

es parafoudres protègent les appareils électriques ou électroniques des surtensions. Ils ont été utilisés en France jusqu’en 1978, date de leur interdiction. Selon l’enquête diligentée en 2002 par France Télécom, leur nombre varie de 700 000 à un million. D’après des sources syndicales, ce pourrait être le double. Les parafoudres ont été placés par France Télécom sur des répartiteurs, des poteaux, voire chez des abonnés. Une partie d’entre eux a été enlevée et stockée (quand ces bidules n’ont pas atterri dans des poubelles), une autre est toujours en place. En dépit de l’interdit, il n’y a pas eu de retrait systématique. Pis, une circulaire interne aurait suggéré de ne pas stocker ces encombrants gadgets pour éviter de tomber sous le coup de la réglementation des déchets radioactifs. Car il y a, dans ces parafoudres, des éléments rayonnants : radium 226, tritium, thorium 232. Sympa. Et il n’y a pas de seuil pour la dangerosité de l’exposition à ce type d’éléments.

il était une fois le storytelling

Et là, une rafale d’organismes aux sigles lourds se met au boulot. Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de France Télécom demande une expertise au Giscop (Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle) ; et le CHSCT de la région Auvergne fait jouer, en février 2009, son droit à l’expertise. Dans le même temps, la CGT sollicite la CRII-RAD, un organisme indépendant de mesure de la radioactivité. Lequel vient de confirmer que la manipulation de ces parafoudres présente bien un risque. Ces conclusions n’émeuvent guère la direction de France Télécom, qui n’oppose qu’un contre-rapport de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, que personne n’a pu se procurer… Quant aux dix cas de cancer relevés à Riom-ès-Montagnes, chez les salariés de France Télécom, la même direction nie que ces malins maux soient liés au travail. Sans doute un excès d’UV, dans le Cantal on bronze ✹  Patrick Herman

Bakchich Hebdo N°22 | du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010

bakchich c’est aussi sur internet !

bakchich info informations, enquêtes et mauvais esprit


Bazar

poker, le jackpot de la pub

bruits de la ville

jeux Depuis quatre ans, les publicités pour jouer au poker en ligne inondent la presse spécialisée. Une véritable manne financière pour ces magazines qui n’ont pas hésité pas à se gaver en incitant à parier sur le Net. En toute illégalité.

I

ls l’attendaient comme on guette un gros héritage. La mangeoire des jeux d’argent en ligne est désormais à portée de bec. Pour l’État, l’ouverture aux paris sportifs, hippiques et de poker sur Internet, votée le 8 avril, devrait rapporter entre 2 et 3 milliards d’euros. D’autres ont déjà croqué le fruit interdit. Comme l’Olympique Lyonnais, qui a arboré le logo de son sponsor BetClic, site de paris sportifs, face à Lille, le 11 avril. Avant même que les décrets d’application n’aient été promulgués. Côté médias, on s’embarrasse encore moins. Il n’y a qu’à voir les journaux spécialisés qui font leurs choux gras de la pub pour les sites illégaux de poker. Depuis 2006, pour les premiers servis…

sur le pactole en 2006, reconnaît avoir eu une « convocation deux ou trois fois par les flics, mais uniquement pour du renseignement car [il n’était] jamais sorti des clous ». Les ministères de l’Intérieur et des Finances font quant à eux

silence radio. Pour preuve, la question écrite du député PS Gaëtan Gorce, datée du 1 er décembre sur « la publication d’un magazine de poker gratuit exclusivement consacré à des publicités pour des jeux en ligne illégaux ». Il attend toujours une réponse.

Pendant ce temps, la manne publicitaire aiguise les appétits. À 6 500 euros brut la double page de pub et 4 000 la simple, la tentation est grande de créer un canard de poker. Si l’on applique ces tarifs à Poker magazine, avec 31 pages de pub au mois de mars, le mag aurait touché aux alentours de 99 000 euros brut par numéro. De belles sommes qui rentrent, de petites qui sortent : déclinaison française de son grand frère américain Cardplayer, Poker magazine est au trois quarts rempli par des articles traduits ; l’équipe est donc réduite.

ESPOIRS PERDUS

Mais dans cette ruée vers l’or, beaucoup se cassent les dents. « Des magazines se créent tout le temps, mais la plupart tiennent de trois mois à un an. Les annonceurs ne s’y trompent pas ! » assure le boss de Live poker. Au cimetière des espoirs perdus : Poker attitude, Poker world, Poker pro, Poker expert… Le petit dernier, That’s poker, semble promis au même avenir, avec seulement cinq petites pubs pour des sites illégaux dans le dernier numéro. Lot de consolation : Virginie Efira, ex-présentatrice sur M6 et de Canal+, y joue les égéries du site Poker770, exilé fiscal en Angleterre. Une belle reconversion pour star au chômedu ✹  louis cabanes

PACTOLE

Une situation de totale impunité ? Nathalia Bianchi, chef de pub au mensuel Poker magazine, l’explique par « une tolérance de la part de la police des jeux ». Au titre qu’« il n’y a pas d’incitation au jeu sur nos couvertures et que nous nous adressons à un public averti ». À regarder de près les pubs qui inondent le marché, on pouffe : « Partagerez-vous le bonus WPT de 1 000 000 $, une exclusivité Partypoker ? » Ou encore : « Pokerstars : un total garanti de 45 000 000 euros ». Georges Djen, patron de Live poker, le premier à avoir sauté

médias

stéphane courbit se rachète une réputation

U

grand qu’il veut bien le dire » ou n peu las de se voir reprocher moult ambitions, « une partie de l’establishment voit richesses et autres conflits d’un mauvais œil cet entrepreneur d’intérêts présumés, Stéphane qui ne répond pas aux codes en Courbit, patron du groupe Finanvigueur »… cière Lov et millionnaire de la Dans cette périlleuse entreprise télé-réalité, organise la contrede réhabilitation, Courbit peut offensive. Une réplique qui passe compter sur ses amis, qui ne principalement par des médias badinent pas quand il s’agit, jusqu’ici soigneusement évités. tel le journaliste-douanier, de lui demander : À la baguette, « Qu’avez-vous Image 7, la puisL’ex-roi de la télé-réalité à déclarer ? » sante boîte de peut compter com dirigée par Europe 1, par l’amie Anne sur ses amis journalistes. e x e m p l e, o ù Méaux. Tenir Courbit s’est à l’écar t les rendu en mars curieux, et distribuer quelques dernier pour calmer la polémique éléments de langage aux impésur la privatisation de la régie tueux scribouillards, voilà une pub de la télé publique. Être interlouable mission. « Stéphane est un viewé par un ami et ancien colhomme de gauche », « c’est France laborateur, Marc-Olivier Fogiel, Télévisions qui est venue le chersur une radio dirigée par un autre cher au sujet de sa régie pub », ami, Alexandre Bompard, pres« le rôle d’Alain Minc n’est pas si senti à France Télévisions, voilà

qui permet d’éviter les faux pas. L’ancien patron d’Endemol a pu aussi compter sur les Échos, qui, le 20 avril, ont offert une pleine page à l’entrepreneur incompris. Un sympathique portrait où l’on pouvait lire, sans rire, que ses hôtels de luxe à Saint-Tropez ou à Courchevel « résonnent comme un hommage à ses racines rurales. » « Le meilleur papier sur lui depuis longtemps », assure un proche. Propriété de Bernard Arnault, PDG de LVMH, le quotidien de l’économie s’est bien gardé de préciser que Courbit est en affaires avec le même Arnault comme dans les entreprises Rentabiliweb ou Banijay. Peu importe, seule la victoire est belle. Et pour l’occasion, Image 7, qui, ô hasard, gère aussi l’image de Bernard Arnault, a justifié ses émoluments ✹  simon piel

Durand, l’objet de la mandale

ça ne va pas fort pour Guillaume Durand. Son talk-show l’Objet du scandale a été envahi par des chômeurs grévistes, Acrimed a révélé comment les questions des participants étaient rédigées par la production, et, enfin, France Télévisions décidait de ne pas reconduire l’émission l’an prochain. Une difficile semaine qu’il a choisi d’oublier en allant se reposer, le week-end dernier, au Royal Barrière à Deauville, connu pour son jus d’orange à 9 euros ou ses suites à 3 000 euros.

Sophia Loren photoshopée

Dans son numéro du 22 au 29 avril, Paris-Match consacre deux pages tout à la gloire de Sophia Loren, avec photos glamour à donf  : « “La” Loren a toujours la silhouette de rêve, la crinière de lionne et les jambes de La Ciociara. » Pas une seule fois n’est mentionné l’âge de l’actrice italienne : normal, elle aura 76 ans le 20 septembre prochain, alors que, sur les photos, on lui en donnerait à peine 50. Merci Photoshop ?

Rue des paparazzi

La rue Bonaparte, dans le VIe arrondissement parisien, est très appréciée des paparazzi. Là, il y aura toujours une bonne photo à prendre. Par exemple, celle d’un Benjamin Biolay campant, à 2 heures du matin, devant la porte de son ex-femme, Chiara Mastroianni. Et si, par hasard, on a manqué Chiara, peut-être est-ce parce qu’elle est allée chez sa mère, Catherine Deneuve, qui loge dans la même rue ? Ou chez son petit ami, Vincent Lindon, qui habite, lui aussi, rue Bonaparte. Mais que faisait donc Biolay à cette heure tardive devant la porte de Chiara ? D’après un cliché publié dans Voici – qui vaut un énième procès au magazine –, le chanteur était dans les bras de Laura Smet. Qui habite… rue Bonaparte ! Une allée des plaisirs à l’ombre de l’église SaintSulpice ? Benoît XVI appréciera.

Copé la joue piano

Le 26 avril, Jean-François Copé a donné un concert exceptionnel au Petit journal, un club de jazz de Montparnasse, au profit d’une association caritative. Copé au piano, plutôt qu’au pipeau, ça valait bien une brève ✹

du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010 | Bakchich Hebdo N°22

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Bazar sans-papiers, marche ou crève

Message du ministère de l’Intérieur

les petites fables d’angelina Angelina chronique les grandes et les petites histoires du quotidien entre militance, humour et informations sérieuses. orsqu’ils construisent nos immeuL bles ou nettoient nos bureaux, nous ne les remarquons pas. Lorsqu’ils

s’installent sur un bout de trottoir, avec tentes et bagages, nous ne les entendons pas. Lorsqu’ils se mettent en grève, nous tournons la tête. Pour être vus, ils vont marcher. Le 1er mai, ils partiront de la place de la Nation, à Paris. Au programme, trente jours de marche pour parcourir 1 040 kilomètres, dont 659 à pied. Sous l’égide de l’autoproclamé ministère de la Régularisation de tous les sans-papiers, 80 travailleurs en situation irrégulière entourés d’une vingtaine de journalistes, infirmiers… se dirigeront vers Nice. Ils entendent y interpeller les chefs d’État africains venus fêter le 50e anniversaire de l’indépendance des anciennes colonies françaises. En souscrivant aux accords de réadmission, qui visent à faciliter

le retour dans leur pays des immigrés clandestins, nombre de ces États collaborent, sans états d’âme, à la politique de la répression. Une politique d’autant plus absurde qu’elle s’applique en dépit des besoins et de la réalité du marché du travail. Or cette manifestation est une demande de régularisation par le travail. Comme le clame le film du collectif des cinéastes pour les sanspapiers : ils bossent ici, ils vivent ici, ils restent ici. Des comités de soutien constitués dans chaque ville-étape accueilleront les marcheurs. Autant de haltes qui seront prétextes à des débats, concerts et happenings en tous genres. Les municipalités ont été sollicitées pour l’hébergement. Toutes n’ont pas répondu favorablement. Quand Le Pen disait « La France aux Français ! », l’abbé Pierre répondait « La Terre aux humains ! » ✹

Happenings

conso

franchisés jusqu’à l’os

C

’est beau comme du Laurence Parisot. À faire dresser les poils au plus dur des patrons du Medef. « Franchiseurs et franchisés, nous sommes avant tout des commerçants qui acceptons de partager un projet commun dont chacun doit retirer un substantiel profit », s’enthousiasme le sémillant Guy Gras, patron de la Fédération française de la franchise elle-même, mais ce n’est pas le sujet, et membre du Medef. Le sujet, en l’occurrence, c’est cette franchise.

saucissonnage

Le principe ? Pour faire simple, Carrefour (ça marche aussi avec Casino ou Intermarché), qui se comporte en grossiste, loue sa marque et livre ses produits à un entrepreneur indépendant qui va, lui, se charger de les vendre. Dans le premier cas, le franchiseur. Dans le second, le franchisé. Entre les deux, un contrat : un CDD, si l’on veut, et c’est là que le bât blesse. Le franchiseur n’aime pas, mais pas du tout, que la concurrence vienne piquer, au terme de ce contrat, le beau magasin sur lequel était apposée sa jolie enseigne. Question d’orgueil. Et d’argent : comptez sur plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires pour une supérette de centre-ville ; plusieurs dizaines pour un supermarché. Certes, on a tous vu un Intermarché devenir subitement un Leclerc. Mais tout est prévu pour que de tels changements soient compliqués à envisager. Démons-

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tration avec Jean-François Tessler, avocat spécialiste du secteur de la distribution : « Il y a tout un arsenal de techniques pour que, en pratique, le franchisé puisse difficilement sortir du réseau, expliquet-il. Certains mettent en place des clauses de non-concurrence qui obligent soit à devoir patienter un an avant de rouvrir son magasin sous une autre enseigne, soit à devoir s’éloigner de 15 kilomètres au moins. D’autres sont spécialisés dans le saucissonnage des contrats : un pour la franchise, un autre pour les approvisionnements, un troisième pour les services. Avec, à chaque fois, des dates de début et de fin différentes. » En clair, si tu peux ôter l’enseigne Intermarché (ou autre) de ton magasin, tu es encore obligé, par contrat, de t’approvisionner auprès de la centrale d’achat du groupe. Ubuesque. De quoi en refroidir plus d’un, et pousser, par peur de ne pouvoir rejouer un remake de David contre Goliath, à signer de nouveau, le couteau sous la gorge. Le franchiseur qui étrangle le franchisé qui essore le client. Ou un énième avatar de la chaîne de l’alimentation ✹  hugo hélette

gones with the wind la mauvaise foi de monnier es grandes équipes ne meurent L jamais. Encore faut-il qu’elles naissent. Ce qui n’est pas toujours pas le

cas, en France, depuis bientôt 17 ans. Énième avatar du rêve franchouillard, le si peu Olympique Lyonnais, meilleure équipe tricolore depuis le début du millénaire, a étalé son indigence dans le Bavarois. Et ce ne sont pas la une et les cinq pages de l’Équipe, le jour de sa demi-finale de Ligue des champions, qui l’ont sauvé. Et un, et deux, et trois zéro, le refrain

Bakchich Hebdo N°22 | du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010

préféré des footix français (ceux qui ont découvert le foot en 1998 ou ceux qui changent d’équipe préférée au gré des résultats) a été repris par les Munichois. Sans traité de paix. Après un match un peu olé Olic de la part des Lyonnais. Ni maîtrise, ni envie : le jour où la capitale des Gaules électrisera la France du ballon rond n’est pas venu. Et ce n’est pas la prose du président lyonnais Aulas, aussi subtile que le maquillage des filles du Zaman café où

Béchamel

ses joueurs réussissent leurs meilleurs passes, qui masquera le camouflet. Avant la défaite, le guignol du foot français a râlé contre la désignation d’un arbitre… pour un match de championnat qui ne le concerne que de loin. Un Méditerranéen a été choisi pour arbitrer, le 30 avril, le choc du championnat Auxerre-OM. Assez pour que l’habile expert-comptable s’en aille chouiner. Mais pas suffisant pour éviter ce triste constat. Ses quenelles, encore une fois, se sont noyées dans la béchamel européenne ✹


Un peu de culture LITTÉRATURE En Israël, l’écrivain français Henri Raczymow marche sur les traces de son frère qui, quarante ans plus tôt, partit en voyage pour tenter de contribuer à la création d’un État laïc et socialiste, où Juifs et Arabes vivraient ensemble. Récit d’une improbable utopie.

eretz, le paradis manqué

E

tienne, le père d’Henri Raczymow, était un héros. Celui que nous aurions envie d’être s’il n’y avait l’horreur des caves humides de la milice et de la Gestapo, avec les chaînes, les pinces, l’eau et le feu des tortures. Cet homme debout, dans une France à genoux, était membre des FTPMOI, la Résistance communiste essentiellement composée d’« étrangers », donc de Juifs.

militant du rêve

Petit-fils d’immigrés polonais venus en France en 1920, Henri Raczymow est, comme son père, un héros. Plus ordinaire. Sans autre crainte que d’être fusillé avec des mots. Ceux des adeptes les plus radicaux, ou les plus aveugles, c’est au choix, de la religion juive. Eretz, le dernier livre de l’écrivain, est le recueil d’un désenchantement, Raczymow le décrit avec une franchise qui lui semble assignée par sa culture familiale : chez les FTPMOI, on ne mentait pas. Quarante ans après avoir séjourné en Terre promise, il y revient. En particulier sur les traces de son frère, Alain qui, lui, a vécu quatre années en Israël, service militaire inclus, pour un retour, une alya avortée : « Il avait la prétention de contribuer à construire dans ce pays quelque chose comme un État “socialiste” et “laïc” où Arabes et Juifs vivraient ensemble, fraternellement. Ce rêve a fait long feu. Il est revenu en France plein d’une douloureuse désillusion. » Henri cherche à comprendre

ce désarroi d’un frère, mort en 1997 sans jamais avoir retrouvé la paix. Après Mai 68, avec la reprise en main d’un gaullisme aussi dur qu’affairiste, l’automne est bien plus triste que d’habitude. Alain – Ilan – Raczymow quitte la France et « l’Europe des anciens parapets » via Marseille, vers Haïfa : un kibboutz et l’armée l’attendent. Henri admire ce frère qui passait à l’acte : « Moi qui m’étais casé, lui s’était cassé. » Il lui rend régulièrement visite, là-bas, étonné par ce qu’il voit. « Les gens m’y semblèrent brutaux. Par exemple, ils se battaient pour monter dans un autobus, alors même que les places ne manquaient pas. » C’est cette brutalité, et l’obligation qu’on lui fait d’encercler des villages palestiniens avec des fils barbelés, qui transforme Ilan, mili-

tant du rêve, en un refuznik, en soldat qui dit « non ». Il rentre en France pour adhérer à « un groupuscule trotskiste qui prône la destruction d’Israël ».

panne d’identité

En avril 2009, pour trois mois, Henri Raczymow s’installe à Tel-Aviv, « ville athée », avec sa compagne, Anna Amzallag. L’écrivain s’étonne des gens qui vivent ici, le corps dans la mer. Il cite Amos Oz : « Qui avait jamais entendu parler de Juifs bronzés, qui savaient nager ? » Il n’y a pas de place pour une tendresse, une faiblesse qu’il pourrait ressentir envers ce pays pour lequel son frère était prêt à donner sa vie. Raczymow est trahi par son œil, dont la découpe au laser est guidée par le cœur et la raison. Toujours la ligne générale de l’intransigeance : il est incapable

musique

les âmes perdues de la soul

F

ous. Ils doivent être fous. De musique. Assurément, les gens du label En avant la zizique ! ont assez de passion pour se lancer dans pareil projet. Pensez donc : rééditer des artistes notoirement inconnus au bataillon, morts qui plus est. Et sur vinyle… « Tant pis pour les sous », disent-ils. Gloire à eux. Pour ouvrir sa collection « The Southern Sound Series », consacrée aux héros de la musique noire du sud des États-Unis, E.A.L.Z. ! s’est attaqué à un certain Alvin « Shine » Robinson. Né en 1937 à La Nouvelle-Orléans, Robinson sera le guitariste de nombre de cadors dont le nom aura laissé plus de traces que le sien. À la fin de sa vie, il jouera pour Ringo Starr, Dr John, Tom Waits… Pas des tocards, quoi. Mais c’est Alvin Robinson le chanteur qui nous intéresse ici. Sa carrière, entamée en 1962, frémit en 1964 avec Something You Got, une reprise de Chris Kerven qui se classe dans les charts amé-

ricains. Le décollage est de courte durée et la suite plus délicate pour Al. Il enregistre çà et là quelques singles, demeurés à jamais loin des oreilles. Mais pas toutes : en 1964 toujours, un groupe de jeunes Anglais découvre une pépite d’Al, Down Home Girl, et la lui pique. Qui ? Les Rolling Stones… E.A.L.Z ! a donc compilé sur une seule galette (tirée à 500 copies) huit morceaux enregistrés séparément par Al Robinson entre 1962 et 1966. À l’écoute des titres présentés ici, on s’étonne qu’aucune maison de disques de l’époque n’ait parié sur une voix pareille, qui n’est pas sans rappeler celle de Ray Charles. Malgré son talent indéniable, Robinson disparaît en 1989 sans jamais connaître le succès. Gageons qu’il aurait été scié d’apprendre que quelques doux dingues frenchies offrent à sa musique ce qui lui est dû : la reconnaissance ✹  PIERRE-GEORGES GRUNENWALD An Introduction to Alvin « Shine » Robinson, « The Southern Sound Series » (vol. 1), E.A.L.Z !

d’écrire autre chose que ce qu’il voit et ressent. Quand il se rend à Gilo, chez ses cousins colons « de droite ou d’extrême droite », Henri reprend l’argument qui leur arroge un titre de propriété : la Torah. Puis, destructeur de vérités molles, l’écrivain ajoute :

« Pour étayer ces certitudes, un petit coup de pouce : le fusil. » C’est en progressant ainsi, à l’aquarelle et au bazooka, qu’avance ce témoin qui ne trouve plus ses traces dans le paradis manqué. Le texte, aux images rapides d’un guide inspiré, est doux, écrit avec la conviction du désespoir. Finalement cet Henri Raczymow, qui ne pleure pas à la Marseillaise mais quand retentit Hatikva, ne se sent quand même pas très bien chez les juifs, moins mal chez les musulmans et mieux chez les chrétiens, veut bien être juif en France mais « pas chez les corbeaux de Jérusalem ». En panne d’identité, il se demande si ses vraies racines ne viennent pas du royaume des Khazars, ces TurcoMongols convertis au judaïsme, qui auraient donné naissance aux ashkénazes… Puisqu’en Israël il n’a pas retrouvé « cette improbable utopie qui aujourd’hui n’a plus cours » ✹ j.-m. b. Eretz, par Henri Raczymow, éd. Gallimard, 154 pages, 14 euros.

Bédé lulu, femme lue ne fleurit en Lulu que des Iqui,lcoquelicots. D’un bonheur pour éclore, se gonfle du

souffle de la solitude et du miel de la mélancolie. Le conteur de cet exil sauvage, Étienne Davodeau, déshabille un peu plus son héroïne dans ce deuxième album dessiné de Lulu, femme nue. L’artiste a toujours composé ses BD sur la partition de destins ordinaires. Il s’était fait connaître pour les Mauvaises gens en 1995, tableau d’une génération de militants syndicaux dans un bled de Mauges, en Anjou, où il est né. Jusqu’à devenir aujourd’hui ce chef d’orchestre qui bat toujours la mesure d’un cœur libre. Sa dernière pasionaria, un petit bout de femme au regard infini et légère comme une cendre, quitte enfants en crise d’ado et mari alcoolo en quête d’ailleurs et d’inconnu. Elle croise un brave type sur une plage, dont elle s’éprend quelque temps, avant de finir, de sable fin en marivaudage, dans les bras d’une vieille de 90 ans prête à l’accueillir tant qu’elle lui décrit ses nonchalantes journées. Lulu trouve donc la soupe et un toit contre son moi, le prix de son quotidien à raconter. Étienne Davodeau se sert de cette rencontre comme d’un métier à tisser sa fibre poétique. Chaque couleur, chaque trait de pinceau habille cet univers d’une passion en retenue. Tout n’y est que saveur ombragée d’amourette et d’espoir ruiné, de pudeur et d’empathie dans un capharnaüm de la misère. Donc de la vie ✹ L. C. Lulu, femme nue (tome II), par Étienne Davodeau, éd. Futuropolis, 80 pages, 16 euros.

du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010 | Bakchich Hebdo N°22

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Un peu de culture Musique Aéroplanes dDamage

Derrière dDmage se cachent deux frères : Fred et JB Hanak. Deux Franciliens biberonnés à la rage cradoc du punk, à la techno qui envoie du bois, au hip-hop qui déménage les méninges, mais qui affectionnent tout autant les nappes de synthés vintage et les harmonies pop. Créé en 2000, ce duo qui a collaboré avec TTC ou La Caution, livre Aéroplanes. Cet album foutraque, mais rudement efficace, convie des guests comme le producteur anglais Bomb The Bass ou l’électronicien français Krazy Baldhead. Havanization Raul Paz

La musique de Raul Paz, c’est un peu comme les mojitos. Mieux vaut ne pas en abuser, ça tape vite sur le système. Enregistré en dix jours, le nouvel album du chanteur cubain le plus parisien du monde est né de la rencontre entre le guitariste Sébastien Martel, des musiciens de Spleen (basse, batterie) et quelques Havanais de passage (cuivres, percus, piano). Havanization télescope les genres musicaux. Pop, rythm’n’blues, salsa, hip-hop, jazz… Las ! ce joyeux fourbi finira par filer un sacré tournis. Favorite Flavour Holiday for strings

Insuffler du groove dans la new-wave : c’est le pari gagnant de Holiday For Strings. Tirant son patronyme d’un show des années 30 composé par David Rose, cet excellent quintette suédois livre un deuxième album mi-polaire, mi-solaire. Favorite Flavour n’a pas son pareil pour coller des basses et des guitares dark héritées de New Order sur des synthés disco et autres rythmiques digitales en diable. Une chouette découverte. Raw Power Version Deluxe The Stooges

C’est l’album mal-aimé des Stooges : le dernier, composé en 1973, un an avant l’explosion du groupe d’Iggy Pop et de sa bande de junkies décérébrés. Raw Power troque la sauvagerie proto-punk des débuts (I Wanna Be Your Dog) contre un glamhard-rock bas du front. Qu’à cela ne tienne, ce disque reste mythique. Le voilà réédité dans un coffret de 3 CD (l’original décrassé par David Bowie, un live à Atlanta, des inédits), un DVD sur sa genèse et une réplique du 45 tours japonais de l’époque. Les fans, les purs, en seront babas… 3.0 Gotan Ptoject

Neuf ans après le carton de La Revancha del Tango, qui transposait la danse de Buenos Aires aux clubs lounge de la planète, Gotan Project revient avec 3.0. Derrière ce titre légèrement mégalo – la révolution 2.0 est encore en cours, si je ne m’abuse –, le trio franco-helvético-argentin repousse les frontières de son électrotango à la cumbia, au blues et au dub. Résultat : un album consensuel à souhait, parfait pour bercer les ascenseurs des palaces et siroter du champagne en business class ✹ 

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Gaspar Noé

« Facile d’épater le bourgeois » ciné Enter the Void est un film éblouissant, hanté par la drogue, le sexe et la mort. Rencontre avec le réalisateur, Gaspar Noé, le plus visionnaire des cinéastes français. Bakchich Hebdo : La première fois que je vous ai rencontré, il y a une vingtaine d’années, vous me parliez déjà de 2001, l’odyssée de l’espace, film matrice d’Enter the Void. Gaspar Noé : Oui, et, à l’époque, je voulais déjà faire ce film. Ça a juste un peu traîné (rires). 2001… est une odyssée très réaliste qui devient de plus en plus irréelle vers la fin. Mon film est irréel dès la 30e minute, c’est une odyssée psychédélique dans la tête du héros en train de mourir, une odyssée en forme d’impasse. B. H. : Enter the Void s’apparente à un mauvais trip, mais c’est également un film sous influence. G. N. : J’avais adoré 2001…, Stalker, Eraserhead, Vidéodrome l’alcool est une drogue, la cigaet Au-delà du réel de Ken Russell. rette est une drogue, l’oxygène Je m’étais dit que ce serait drôle est une drogue… L’absence de faire un film en vision subjecd’oxygène ou d’eau génère une tive – le plus bel artifice cinématocrise de manque. Pour répondre graphique – où à la question, l’on accompagne je connais bien « La condition de un personnage l’ecstasy, les dans ses percepl’espèce humaine : n’être boîtes techno… tions altérées et Pour la qu’un bout de viande. » B. H. : vers le tunnel de drogue, c’était lumière tel qu’il open bar sur le tournage ? est décrit dans tous ces livres sur la vie après la mort, notamment G. N. : Si tu te drogues sur un le Livre des morts tibétain. film, tu ne peux pas bosser corB. H. : C’est le fait d’être consomrectement. Sur le tournage, permateur de drogue qui vous a sonne ne se droguait, même pas donné envie de tourner ce film ? un joint. C’était la condition sine G. N. : Le sucre est une drogue, qua non.

Lumière sur une poignée de cons LA ZApPETTE de bourget es Infiltrés est une émission née L sous le signe de la balance. Pendant cinq mois, à Bordeaux, un type

équipé de caméras cachées a fréquenté un groupe de cinglés trouvant en Hitler un humaniste de gauche. D’une réalité marginale, qui relève de la psychiatrie, France 2 et Capa font une affaire d’État. Le groupuscule de givrés prépare un putsch contre la République – c’est ce que nous laisse entendre le feuilleton télé. Ces fous de Jésus se réunissent dans une crypte, sous une église de Bordeaux tenue par des intégristes. Ces gugus ont un nom : « Dies Irae », « Jour de Colère », un latin que Pujadas a du mal à prononcer. Ils ne peuvent pas s’appeler FN, comme tout le monde ?

Donc, nos fachos s’entraînent pour le grand matin, ils pratiquent le krav maga, lèvent des poids et quelques idées dégueulasses. Le corpus est simple : les Arabes, les Juifs et les Noirs ne sont que membres d’une sous-race à détruire. Une moelle épinière suffit pour comprendre ça. Tous les visages étant floutés, je pense que Capa ferait mieux de se lancer dans la radio, le son sans images. Au sein de ces abrutis, on devine l’inévitable militaire, sans doute un ancien sergent-chef fourrier, chargé de compter les godillots, qui se prend pour un nouvel Aussaresses de la Reconquista. On construit un parcours du combattant, on admire un pistolet Glock, on lit même un livre… Là, ça peut deve-

Pourquoi ?

Éléonore Colin

Bakchich Hebdo N°22 | du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010

B. H. : J’ai aperçu le cinéaste Jan Kounen lors de la projection de votre film. Êtes-vous, comme lui, adepte des trekkings-psychotropes en Amérique du Sud ? G. N. : Avant Irréversible, il m’a emmené au Pérou prendre de l’ayahuasca, une boisson « magique », faite à partir de lianes, qui contient du DMT. C’est la chose la plus hallucinogène et la plus dangereuse qui soit. B. H. : Comparé à des films-trips comme Blueberry ou Au-delà du réel, Enter the Void est beaucoup plus immersif. G. N. : Grâce à la technologie numérique, c’est maintenant beaucoup plus facile de proposer

nir grave. Le week-end, on aide une pépiniériste à défricher sa lande afin d’être, précepte de Mao, révolutionnaire comme poisson dans l’eau. Voilà ce 2e Choc qui veut mettre à bas la démocratie. Une poignée de cons sans intérêt, sauf à faire de l’Audimat. Et peut-être, via l’écran, convaincre quelques ados congelés qu’il n’y a d’avenir que dans la solution finale. Pour causer démocrate, tous ces mots orduriers, volés par un micro et une caméra, relèvent de la libre expression. C’est moche mais, une démocratie, ça marche comme ça. Au hasard, mettez une caméra n’importe où et vous entendrez Manuel Valls, du PS, trouver qu’il n’y a « pas assez de Blancs » un jour de brocante, ou Hortefeux, de chez Sarko, juger que, l’Arabe pas trop n’en faut… Que Capa place des micros aux comptoirs des bistros, il va en entendre de belles. Ou, tiens, qu’il s’infiltre dans une section UMP ! Sauf à être Pol Pot, il va falloir se résoudre à continuer de vivre dans une société qui contient un pourcentage de salauds. Inutile de les faire passer à la télé ✹

des visions hallucinogènes, des distorsions visuelles, du « flicker » (effets de clignotements, ndlr)… B. H. : Enter the Void dure 2 h 35. N’aurait-il pas gagné à être plus court ? G. N. : Le scénario d’Irréversible faisait trois pages ; celui-ci, plus de cent vingt ! Pour la durée, il y a ceux qui acceptent de monter dans le train fantôme et de « mal triper », mais aussi ceux qui n’aiment pas lâcher prise. Les effets stroboscopiques peuvent provoquer une fatigue psychique, rétinienne. Le film est épuisant. Une version courte va sortir aux USA et au Japon avec dix-sept minutes en moins. Elle sera peutêtre en bonus sur le DVD français. B. H. : Avec un tel sujet, les scènes de sexe et de drogue, c’est quand même un suicide commercial, non ? G. N. : (étonné) En tant que réalisateur, je me pose d’abord des questions quant à la réussite filmique et je suis content du résultat. B. H. : Pourquoi ces plans provoc, notamment le fœtus et le pénis vu de l’intérieur du vagin ? G. N. : Il n’y a rien de plus facile que d’épater le bourgeois, surtout à Cannes. Le fœtus dit bonjour à la caméra, c’est mignon (rires). Pourquoi ne pas montrer un avortement ? Au Japon, cela se passe exactement comme cela. B. H. : Et l’on revient au 2001, l’odyssée de l’espace, de Kubrick. G. N. : Oui et à un autre film que j’adore : 4 mois, 3 semaines, 2 jours (film roumain, Palme d’or à Cannes en 2007, ndlr). Comme Carne et Irréversible, Enter the Void renvoie à la condition de l’espèce humaine : nous ne sommes qu’un bout de viande ✹  marc godin Enter the Void, de Gaspar Noé, avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta. En salles le 5 mai.

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Un peu de culture location pas très académique

Le pipole de la semaine brice hortefeux, la barbe !

le billet d’alain riou

Le ministre de l’Intérieur s’y connaît en coups médiatiques. Le 13 avril, il piquait sa colère contre Nacer Meddah, l’ancien préfet de Seine-SaintDenis. Selon le Canard enchaîné, Meddah avait profité de son pot d’adieu pour dire « ce qu’il avait sur le cœur ». Depuis vendredi dernier et l’arrestation, à Nantes, d’une conductrice vêtue d’un niqab, Hortefeux s’est, davantage encore, laissé aller à un fracassant verbiage. Accusant sans preuve ce monsieur Lies Hebbadj. Cet islamiste radical serait marié à quatre femmes, fraudeur aux allocations familiales, et mériterait donc qu’on lui retire la nationalité française – obtenue en 1999. Las! le dossier qu’Éric Besson étudie depuis dimanche ne semble pas porter les fruits tant espérés par Brice. Ce jour-là, le ministre de l’Immigration a en effet reconnu qu’il serait bien délicat de prouver la polygamie de Lies Hebbadj. Mais Brice l’a dit, il ne « cèdera rien ». C’est vrai: « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. » Hortefeux plus fort que Besson avec ses reconduites à la frontière, il fallait le faire ! L’homme incriminé, qui reconnaît avoir des maîtresses – comme « beaucoup de Français », selon lui –, a fait savoir qu’il se réservait le droit de porter plainte contre le ministre pour diffamation. Encore une plainte ? Après celle déposée par le commandant de police Philippe Pichon (un ami de Bakchich), Brice Hortefeux ferait un sacré cumulard. Et pendant ce temps-là, la réforme des retraites peut passer en loucedé ✹  Anaëlle Verzaux

Journaliste au Nouvel Obs et invité du Masque et la plume, Alain Riou fait aussi du cinéma. Son cinéma. a réforme des collectivités territoL riales, la baisse des crédits du ministère et voilà le monde de la culture aux

abois. Des coupes dans les subventions s’annoncent, claires, draconiennes, et les associations devront compter sur leurs propres ressources. Pas facile. D’accord, certaines salles de théâtre, assez peu occupées, pourraient faire garde-meuble, un service très rentable. Mais ensuite ? Il suffit de bien chercher. Le hasard vient de me mettre sur la piste d’une petite mine d’or, que possède sans le savoir cette maison de la culture que le monde nous envie, l’Académie française. Invité à signer publiquement un ouvrage très secondaire dans une obscure ville de province, je m’inquiétai du peu de retentissement probable de cette manifestation et, cherchant un moyen de lui donner de l’éclat, je m’avisai de la beauté de l’habit vert, dont on vient de vérifier l’aspect seyant lors de la réception de Simone Veil. Je décidai donc de m’en vêtir lors de cette signature, considérant que, si la qualité de mes œuvres ne m’a pas positivement autorisé à le porter, les ayants droit ne le méritent souvent pas davantage (j’avoue que

je suis parfois assez prompt à me justifier). Bref, c’est l’œil gourmand que je me mis en chasse ; mais une consultation des maisons de farces, attrapes, cotillons et location de costumes m’ôta toute illusion. Chez eux, un habit d’académicien se loue 1 000 euros par jour, au motif que le vêtement en question est cousu de fils d’or et que, les académiciens se faisant enterrer avec, la chose est rare. Je suppose qu’on voit où je veux en venir. L’habit des académiciens coûte la peau des fesses. Leurs amis doivent se cotiser, eux s’endettent pour l’immortalité. Et quand cet habit leur sert-il ? Une seule fois par an, en moyenne, à l’occasion des réceptions. Je suggère donc aux sociétaires de mettre eux-mêmes en circulation leurs habits, épées, bicornes, lesquels donneraient de l’allure à tant de gens qui en manquent, et de gérer directement leur location. Il existe, quai Conti, à droite en regardant la Coupole, un bel édifice dont la conciergerie, très bien placée, pourrait abriter le magasin de location académique. L’enseigne est toute trouvée : Aca-loc ✹

Cotillons

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musique

tabachnik de nouveau à la baguette

P

our avoir été trop élevé si prompts à vous afficher à la dans la culture de Lourdes, une, ne vous accordent jamais « petite » communion faite la même place quand vous êtes reconnu blanc ? Dans l’univers à la Grotte, j’ai assez vite cessé de croire au miracle. Le 21 avril derde la musique (conservateur nier, la croyance m’est revenue. En parce qu’il a fait le conservatoire ?), Tabachnik doit retailler posture de Bernadette Soubirous, j’étais assis salle Pleyel quand est sa route. La pyramide d’une carapparu Michel Tabachnik à la tête rière annoncée « au sommet » par de l’Orchestre ces amis qui lui de Paris. Dixautrefois À cause de la justice, le chef ont fait confiance : sept ans que le maestro n’avait d’orchestre a perdu onze ans Karajan, Markeplus levé sa vitch, Ansermet, de sa vie. Pas son talent. baguette, ce couBoulez, Xenakis. drier révélateur C’est avec le des sources souterraines de la modeste orchestre du conservamusique, sur l’orchestre star. toire de Copenhague que le musiCette absence s’explique par un cien entame sa résurrection. fait divers, long et noir comme Le talent intact, c’est à la baguette un jour de décembre. Enquêtant qu’il regagne sa cause. Après le sur l’affaire du Temple solaire, petit boulot du Danemark, c’est un juge, sommé par le pouvoir de « monter un procès pédagogique », découvre des textes signés Tabachnik. Comme au temps de la sainte inquisition, le musicienphilosophe est mis en examen pour avoir noirci du papier sur base de Platon. Pendant onze années, la colonie judiciaire (Kafka disait « la colonie pénitentiaire ») tient Tabachnik à son piquet. Le maestro accumule relaxes et non-lieux… La magistrature s’acharne, le musicien doit être exécuté, alors que, dans son boulot, c’est plutôt lui qui exécute ! À bout d’arguments, la machine d’État doit reconnaître l’innocence de son otage. Le maestro a perdu onze ans de sa vie, sa réputation et un grand morceau d’un avenir qui, chez les mortels, ne dure pas assez longtemps. Avezvous remarqué que les médias,

le passage en Hollande, puis à Bruxelles comme chef permanent du Philarmonique, une excellente formation. Restait, pour ce citoyen titulaire d’un passeport tricolore, à reprendre pied en France. C’est d’abord Laurent Bayle, le courageux patron de la Cité de la musique, qui accueille le maestro comme une aubaine. Puis, pour ceux qui aiment le talent jusqu’au bout de la musique, c’est le sacre. Le sien est celui du printemps, que Tabachnik dirige, comme le flux de ses veines, à la tête d’un Orchestre de Paris qui entre dans le clan des sublimes. Avec Boulez, témoin toujours fidèle, dans la salle. A star is reborn : qui croyait Pleyel si proche de Lourdes ? ✹ j.-m. b.

du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010 | Bakchich Hebdo N°22

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Ben la der

VAN ROMPUY

Région d’honneur

c’est tout un poème bon élève Président du Conseil européen, l’effacé Belge Herman Van Rompuy publie des poésies japonaises et part en vacances dans un monastère. Excentrique.

L

’Europe est décidément mal faite. Il se dit en Belgique que la crise entre Flamands et francophones qui a emporté le dernier gouvernement aurait pu être évitée. Si, tout simplement, le précédent Premier ministre, Herman Van Rompuy (prononcer : « rom’peuille »), 62 piges, expert en « compromis linguistiques », était demeuré en fonction. Au lieu d’aller jouer, depuis novembre dernier, les présidents « stables » du Conseil européen, une nouveauté de l’infernal traité de Lisbonne. C’était possible. Van Rompuy n’était absolument pas candidat au poste, aux contours d’ailleurs flous. Le texte constitutionnel charge vaguement son titulaire, plus haute autorité européenne, « de donner à l’Union les impulsions nécessaires à son développement et d’en définir les orientations et priorités politiques ». Vaste programme…

consensus

« Il faut un [George] Washington pour l’Europe », avait en son temps clamé l’Européen Giscard. Estce bien le gabarit de notre homme, cacique de son parti (les chrétiens-démocrates flamands), dont il a occupé tous les postes comme il a occupé à peu près tous ceux du gouvernement et du Parlement belges ? À dire vrai, les 27 chefs d’État et de gouvernement l’ont surtout investi pour éviter un poids lourd encombrant. D’aucuns mettent à profit leurs cent jours pour prendre de grandes mesures. Méditant en coulisses, Herman, lui, a attendu cent jours pour esquisser quelques perspectives. Pas trop favorable,

à l’en croire, à l’intervention du FMI en Grèce, il s’est gardé de s’en insurger publiquement, à la différence du retraité Delors : « consensus » est son maître mot, avec « discrétion », physique et maintien de vicaire de province à l’appui.

camping-car

« Effacement » serait peut-être plus juste. En regard, Fillon tient du poète romantique halluciné. Herman part le plus souvent en vacances en camping-car avec Madame et s’offre chaque année quelques jours de « retraite » dans un monastère belge. L’autre semaine, il a aussi surpris son monde en convoquant la presse et une délégation nipponne pour présenter ses haïkus, rédigés en quatre langues européennes, le latin en prime. Tant de micmacs sur la Constitution européenne pour aboutir à une apologie de la poésie japonaise, est-ce bien raisonnable ? « Laissons-lui le temps de donner un contenu à ses fonctions, plaident ses défenseurs. C’est un homme d’apaisement, il l’a prouvé dans son pays. » À cet égard, Van Rompuy va bientôt se retrouver en terrain de connaissance : à partir du 1er juillet et jusqu’au 31 décembre, la fameuse « présidence tournante » (quel embrouillamini, l’Europe !) revient en effet au « plat pays », si celui-ci s’est entre-temps doté d’un gouvernement. Autrement dit, pour six mois, l’Union européenne va être (quasi exclusivement) dirigée par des Belges. Pour moins de pataquès, il vaudrait mieux qu’ils soient tous Flamands… ✹  Patrice Lestrohan

pause muguet

Ses ailes de Guéant

Signé de « l’un de ses anciens collaborateurs » (anonyme), ce portrait du tout-puissant secrétaire général de l’Élysée Claude Guéant, un rien secoué par l’affaire dite de « la rumeur » (le Point du 22 avril) : « C’est quelqu’un qui n’a pas de pulsions, très peu de passions. Il n’exprime rien (…). Il est équanime en tout et peut recevoir pendant des heures un con fini et ne jamais rien laisser transparaître. (…) Si Sarkozy lui demandait de fusiller un innocent, il le ferait. » Certainement pas « un innocent » ! On le sait, dès que Sarko se sent agressé, il n’existe que des « coupables ».

Pilule Homère

Dans ses immenses embrouilles, le Premier ministre socialiste grec, Georges Papandréou, garde l’âme lyrique : s’adressant à ses administrés (le Monde des 25-26 avril), il ne leur a pas promis « du sang, de la sueur, et des larmes », mais « une nouvelle Odyssée ». Ce qui annonce tout de même un maximum d’épreuves coriaces. Et des fins de mois modérément épiques.

Ministre à la question

Le gouvernement irakien s’est résolu, le 20 avril, à fermer fissa une « prison secrète » située sur un aéroport militaire de Bagdad (le Monde du 2526 avril). Deux jours plus tôt, le Los Angeles Times avait révélé que ses 431 détenus, suspectés d’«activisme », étaient « parfois » torturés à l’électricité ou par « asphyxie contrôlée » (!). Détail, la ministre des Droits humanitaires (sic) n’a pas nié les supplices mais le caractère « secret » de cet établissement : « Deux juges d’instruction et sept enquêteurs du ministère de la Justice y travaillaient. » Avec une formidable efficacité, apparemment.

Rachida sans frontières

L’eurodéputée et maire du VIIe arrondissement, Rachida Dati, n’en finit pas d’affirmer ses capacités internationales. En fin de semaine dernière (le Journal du dimanche du 25 avril), elle a reçu, à Paris, des mains de l’ambassadeur du Maroc, l’équivalent national de notre Légion d’honneur. Et seule l’éruption du volcan islandais l’a empêchée de rencontrer quelques jours plus tôt, à Washington, le procureur général, autrement dit le ministre de la Justice des États-Unis, Éric Holder : « Les Américains sont très intéressés par mon parcours. Ils me disent que je remplis toutes les rubriques. » Et en tout premier lieu la rubrique « cinéma » politique…

Cocorico, et tiens, voilà du boudin ! le Figaro (26 avril) le claironne en une et sur une pleine page : en Afghanistan, « les légionnaires du 2 e régiment étranger de parachutistes ont réussi, en moins de quatre mois, à reprendre le contrôle du Sud » et d’une « zone stratégique » située à 60 kilomètres de Kaboul. Une affaire « exemplaire » et vaguement inspirée des méthodes de « Lyautey », ce qui nous rajeunit : « La manœuvre (…) va surprendre tout le monde : les critiques, les Américains, et les insurgés. (...) Ne reste plus qu’à consolider les gains. » Eh, c’est peutêtre en Afghanistan que l’armée française va enfin prendre sa revanche sur les guerres coloniales perdues. Sinon de la débâcle de 40 !

Parade des clones

Une journaliste de Libération (2425 avril) a pu assister « dans un café chic du Ve arrondissement » à une réunion du mouvement national des jeunes sarkozystes. Une petite sphère qui ne cultive pas trop de doutes. Approuvant systématiquement, faut-il le préciser, toutes les initiatives de son Conducator, le président de cette association de masse, Mike Borowski, laisse néanmoins percer un certain accablement : « Nicolas Sarkozy n’a pas de chance car il bosse et, derrière, il y a des gens qui lui salopent la campagne. » Au point que certains aimeraient le voir prendre la clé des champs.

À crash-cache

À contre-courant des autres médias polonais, un quotidien de Varsovie, Rzeczpospolita – repris par Courrier international (22 avril) – rejette l’idée que la catastrophe du Tupolev présidentiel soit la conséquence d’une impitoyable fatalité. Ou la preuve d’une constante malédiction de la Pologne : « Les gens responsables de l’État se sont révélés être des dangers pour eux-mêmes. » Pourquoi ? « À cause d’une mauvaise compréhension des procédures et des consignes de sécurité. » (C’est une erreur de pilotage qui serait à l’origine de l’accident, due peut-être à une incompréhension linguistique entre les pilotes et la tour de contrôle.) « Ne confondons pas victimes et héros », conclut l’article. Et le moral de la nation alors ? Et Dieu dans tout ça ?

Alain et l’autre

Le Nouvel Obs (22 avril) le suggère et il est difficile de lui donner tort : toute l’agitation de Juppé à propos d’une éventuelle candidature à des primaires de la droite vise surtout « à contraindre le président de la République à compter avec » l’ancien Premier ministre. « Peut-être même à lui proposer un portefeuille ministériel important. » En effet : « Pour le moment, seulement 4 % des Français et 5 % des sympathisants UMP souhaitent sa candidature. » 4 % d’électeurs français juppéistes, ça ferait tout de même une belle manif. Et puis d’une gaieté surtout, d’un entrain ! ✹ P. L.

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Bakchich Hebdo N°22 | du vendredi 30 avril au vendredi 7 mai 2010

Bakchich N° 22  

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