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Air France bat de l’aile | P. 3

bakchich

N° 5 | 21 octobre 2009 | Informations, enquêtes et mauvais esprit

La gauche tombe dans la gueule d’Hulot

E

n vert et contre tous. Tous ensemble ! Tous ensemble ! Ouai ! Traquons le CO2. S’il est bien vrai que la planète est une poubelle dégoûtante, la mort lente que nous annoncent les boutiquiers du commerce de la nature, comme Nicolas Hulot ou Yann Arthus-Bertrand, n’est qu’un argument de vente, du marketing électoral. Pas difficile de comprendre que le désir écolo est une arme de destruction massive entre les mains de Sarkozy. Qu’il agit avec le vert comme François Mitterrand le faisait avec le brun, quand il jouait des marionnettes avec le Front National. Le scrutin européen l’a montré, l’option écolo est le meilleur moyen de flinguer une gauche extatique. Agitateurs de spectres pour le

compte de la droite, Hulot et Arthus-Bertrand sont à Nicolas Sarkozy ce qu’était SOSRacisme à Tonton. Vous aurez noté que ces deux peoples n’ont eu aucune difficulté à financer leurs films de terreur, dont l’un opportunément sorti à la télé avant les élections européennes. Leur but : nous rendre verts de peur.

Les écolos sont à Nicolas Sarkozy ce qu’était le Front National à Tonton. Voilà une analyse bien réac. Et alors, la planète, elle ne se réchauffe pas ? Si. Mais réfléchissons au calme, loin des écolos qui campent à

l’Élysée, soutenus par EDF, L’Oréal ou TF1, tous amis connus de la nature. Avezvous entendu un quelconque tapage, justement sur TF1, à propos des découvertes de Thomas Stocker et de ses équipes ? Ce scientifique suisse, qui a obtenu le prix Nobel collectivement avec le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Pourtant, en septembre, il a publié dans Nature, la grande revue savante, les résultats passionnants d’une étude qu’il a conduite sur nos calottes glaciaires. Thomas Stocker et sa bande sont allés chercher des carottes à trois ­k ilomètres de profondeur, remontant ainsi les échantillons des atmosphères de

11 000 ans d’âge. Avant que Stocker s’en aille aux carottes, le monde croyait aux théories de William Ruddiman, qui nous affirmait que c’était l’homme, il y a 8 000 ans qui, dans sa grande sottise, avait commencé à bousiller notre planète. Nos ancêtres, ces imbéciles, à force de brûlis et de défrichages, auraient lâché trop de CO2. Voilà que l’inattaquable Stocker, ses amis et leurs carottes viennent casser l’ambiance, nous mettre le vieux monde sous le nez avec leur étude de la composition intime du CO2 piégé dans les glaces. Et làdedans, aucune trace d’un gaz pouvant provenir d’une déforestation. Alors, c’est quoi ce bazar ? Selon Stocker, ce surplus de carbone d’alors est dû à la prolifération d’une biosphère exubérante, en bagarre avec la composition chimique de l’eau des océans, l’un venant équilibrer l’autre. Un truc naturel. Alors, depuis, Stocker s’est-il acheté deux 4 x 4 ? Non. Lui roule à vélo et son groupe combat le réchauffement de la planète dans tous les colloques du monde. Le scientifique constate que l’Arctique « fond plus vite que le prévoyaient les modèles. Mais des études ont montré que cela restait attribuable, au moins partiellement, à des variations naturelles ». Stocker dit quand il sait mais, contrairement à Allègre, qui a Les Verts dans le nez, ne sait pas tout. Alors, il fait gaffe. Et prêche le retour à un développement très raisonnable. Sans arguments électoraux, sans film d’horreur à vendre ✹ jacques-marie bourget

mohammed VI mate la presse P. 9 Notre collaborateur, Khalid Gueddar, fait les frais d’une reprise en main des médias.

Delarue était sur écoutes | P. 8 les ferries corses cocaïnés | P. 4 Les promos, c’est du pipeau | P. 10 bédéreportage

Le blues de l’artisan | P. 11

Les meilleures infos du net La boulette de Diam’s, le chien de Sarkozy… Une sélection d’articles réalisée par vendredi.info | P. 12

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| Apéro

Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

coulisses et coupssemaine tordus dans bakchich hebdo n° 0 cette

Brice Haltofeux daniel carton

O

n imagine, fin de semaine dernière, Sarkozy gueulant dans les coursives : « Trouvez-moi un truc, trouvez-moi un truc !!! Marre que le gamin en prenne plein la tronche, faut leur donner un autre os à ronger à ces chacals de journalistes ! » Quand il est dans cet état, un ministre n’a que deux solutions : se planquer ou faire du zèle. Comme on ne peut pas sans cesse tirer sur le Besson, c’est l’ami Brice qui s’y est collé, et a choisi la deuxième stratégie. On pense que la politique relève de la science politique or, c’est beaucoup plus bête que ça ! Vendredi, jour de la Sainte Edwige, si ce n’est pas l’Hortefeux en personne, en tout cas un de ses sbires a cette touchante illumination. « Edwige… Edvige. Eh chef, si on ressortait nos projets de fichiers d’il y a un an ? Pas besoin ce coup-ci de leur donner un nom à la con ni de se prendre la tête avec les députés. On pond un décret, on l’annonce dimanche matin, on occupe la presse toute la semaine avant qu’elle s’excite sur le retour de la grippe, on calme votre pote trois jours et nous, ça nous fait des vacances ! » Depuis le séjour de Sarkozy à l’Intérieur, chacun sait qu’une bonne politique de droite, ce n’est pas simplement prévoir, c’est aussi faire peur. La patrie en danger ! Les Arabes, les gamins de 13 ans, les syndicalistes, on va s’en occuper ! Dormez tranquille, braves gens, regardez votre foot à la télé et les Chiffres et les lettres, on s’occupe de tout. Ça a marché comme sur des roulettes. Un titre dans le JDD et, dès 13 heures, toutes les télés ont embrayé. Des fichiers, des policiers, des micros-trottoirs de la trouille, de quoi assaisonner son plat préféré ! L’Institut national de l’audiovisuel a sorti cette statistique : 630 faits divers traités en 1999 par les principaux journaux télés, 1 710 l’an dernier. C’est tout un art de savoir alimenter la Bête ! ✹

On ne vous cache rien Sarkozy exaspéré par les critiques…

Les collaborateurs du président de la République l’affirment sans rire : Nicolas Sarkozy, exaspéré par les critiques, notamment celles qui touchent son fils Jean, répète de plus en plus souvent que, si ça continue, il pourrait ne pas être candidat à la présidence de 2012… Pas grave le fiston le remplacera !

… Et poignardé par les Anglais

Le célèbre magazine anglais The Economist s’est fendu d’une belle enquête sur « Sarkozy et la moralité ». Scandales Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy, dérapages de Brice Hortefeux… Autant de coups d’éclat passés en revue. « Une série de scandales ayant trait au sexe et à l’argent […] laissent la préoccupante impression d’un exécutif arrogant, déconnecté des députés et méprisant l’humeur populaire. » Perfide Albion !

La FNSEA prend le tracteur en marche

Depuis des semaines, les producteurs de lait manifestaient bruyamment, mais sans le soutien des bureaucrates de la FNSEA, le plus gros syndicat agricole, dont le patron, JeanMichel Le Métayer, s’entend fort bien avec Sarko. Et puis, voilà que les paysans mécontents mettent le turbo et menacent de déchirer leurs cartes du « syndicat ». Du coup, les dirigeants de la FNSEA ont fissa rallié la tête du cortège du vendredi 16 octobre. « Quand un événement nous surprend, feignons de le précéder. »

Rébellion à l’UMP suisse

En forme après la polémique Mitterrand (Frédéric), Marine Le Pen assurait dans le talk du Figaro (du 14 octobre) que, contrairement au prince Jean (Sarkozy), elle n’avait, elle, « jamais bénéficié d’aucune faveur », de son Jean-Marie de père. C’est oublier que c’est papa luimême qui l’a faite entrer au forceps au comité central du parti, puis l’a faite nommer vice-présidente du Front National.

Un article du quotidien suisse Le Matin, repris par Le Canard, avait évoqué le déplacement d’Éric Woerth à Genève, le 23 mars 2007, pour collecter des fonds pour la présidentielle. Et ce, sans s’inquiéter de l’origine des fonds, indiquait le journal helvète, qui s’étonnait de la campagne menée aujourd’hui par le même Woerth contre les 3 000 Français titulaires de comptes, notamment au Crédit Suisse. En fait, cette offensive est organisée par l’UMP Suisse, une délégation locale présidée par Pierre Gerbier, un ancien banquier du Crédit Suisse reconverti dans la gestion de fortunes privées, très critique à l’encontre d’Éric Woerth. Une fronde qui ne plaît pas du tout au siège de l’UMP, à Paris.

Comptes sociaux, la fuite en avant

Frégates : Bacchus se fait attendre

Marine Le Pen a la mémoire courte

Louable intention que d’introduire, l’année dernière, l’obligation d’équilibre des comptes sociaux dans la constitution. Hélas, le projet de loi de financement de la Sécu, adopté le 14 octobre en conseil des ministres, ne va guère en ce sens : 23,5 milliards d’euros en 2009, 30 pour l’an prochain. Discrètement glissé dans le projet, l’article 28 autorise le régime général de la Sécurité sociale à 65 milliards de « ressources non permanentes couvrant leurs besoins de trésorerie » – à savoir de l’emprunt ! Aux oubliettes les recommandations de la Cour des comptes d’augmenter la CSG pour arrêter la fuite en avant. En 2011, année préélectorale, on ne voit pas comment Sarkozy et Fillon pourront éviter un relèvement des impôts (CSG et CRDS) pour arriver enfin au fameux équilibre constitutionnel.

Roselyne Bachelot succombe à la grippe A

Désignée tête de liste aux régionales de 2010 par les adhérents de l’UMP de la région des Pays-de-Loire, Roselyne Bachelot vient de déclarer forfait. Officiellement, la ministre de la Santé serait trop occupée à lutter contre la pandémie annoncée de Grippe A pour mener bataille électorale. Un joli placebo pour masquer la fronde des élus locaux. Aussi bien le vicomte de Villiers, nouvel associé de l’UMP, que les chefs UMP locaux eux-mêmes, ont fait barrage à son investiture. Quant aux adhérents, il ne leur reste qu’à se faire vacciner contre cette fièvre anti-Bachelot.

Grand manitou de la répartition des commissions des grands contrats de la Direction des chantiers navals (DCN) (Pakistan, frégates de Taïwan), Jean-Marie Boivin, alias Bacchus, a séché sa convocation chez les juges d’instruction, le 15 octobre dernier, comme l’a révélé Libération (17/10). Reprenant les révélations de Bakchich, le quotidien note que s’il est encore inconnu de la justice, Boivin ne l’est pas de l’Élysée, qui lui a promis quelques rendezvous. À suivre.

Double peine requise pour notre caricaturiste

Notre ami et dessinateur Khalid Gueddar étant souffrant, il n’a pas pu se rendre, lundi 19 octobre, au tribunal de Casablanca, au Maroc. Il devait y être jugé « pour outrage à l’emblème national », suite à un dessin publié dans un quotidien marocain représentant le prince Moulay Ismaïl sur fond de drapeau marocain. Khalid Gueddar comparaîtra de nouveau devant la justice le 23 octobre pour « manquement au respect dû à la famille royale ». Moulay Ismaïl a porté plainte et lui réclame 270 000 euros...

Rectificatif 

Suite à un raccourci malheureux dans une brève du précédent numéro sur les barreaux d’avocats, la somme de 2 à 3 millions d’euros du compte Carpa de Paris est devenue le montant des intérêts produits par celui-ci. Ça faisait beaucoup et même trop ! ✹

Réseaux France Télécom avait un coach à domicile

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acrifié à la place du p-dg, Didier Lombard, pour avoir fait de France Télécom le désastre social qu’on sait, Louis-Pierre Wenes n’a aucune excuse. En matière de « coaching » – l’art de rendre les salariés et cadres d’autant plus performants qu’ils sont heureux dans leur vie – l’ancien directeur général de l’opérateur historique aurait dû en connaître un rayon. En effet, à la ville, LouisPierre Wenes est l’époux d’une des grandes prêtresses de cette discipline, Catherine Caillard. Cette psychologue de formation a fondé, en 1995, la Société française de coaching. En 2002, elle est montée en puissance, et crée le GRAAM (Groupe de recherche appliquée sur l’accompagnement des managers). Ce machin a tenu, en juin dernier, au domicile du couple, son premier séminaire annuel sur « Les ratés du travail ». Au fil du temps, Caillard, spécialiste « des situations professionnelles complexes à gérer », a accumulé les interventions : L’Oréal, Apple, Cegetel, etc. Autant de boîtes – y a-t-il un rapport de cause à effet ? – au mode de gestion, apparemment moins sacrificiel. Mais nulle référence dans le CV de la coach à des interventions sur le management de France Télécom Orange. Voulant éviter le conflit d’intérêts, le couple a établi une stricte frontière entre ménage et management. Stéphane Richard, le nouveau numéro 2 de France Télécom, sait ce qu’il lui reste à faire. Mettre un GRAAM de coaching dans un management de brutes ✹ émile borne


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Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

trou d’air bourrasques La compagnie aérienne française, leader mondial par le chiffre d’affaires, rencontre des turbulences. Le crash du Rio-Paris a fait remonter à la surface un certain nombre de dysfonctionnements. L’occasion d’un examen de conscience.

Bord’ailes dans le ciel gris d’Air France M

auvaise météo pour Air France. Après le crash de Rio, la compagnie nationale a atteint le taux de 0,9 accident par million d’heures de vol. Ainsi, constate un pilote, « si l’on applique mécaniquement ce taux, un autre drame pourrait survenir dans les 18 mois qui viennent ». Bigre ! Ces performances n’ont guère amélioré la position du champion français, qui n’était déjà, avant le drame, qu’à la 21e position sur 24 dans le hit-parade de la sécurité des compagnies européennes. Au point que l’actuel directeur général exécutif, Pierre-Henri Gourgeon, pourrait bien être paré pour un prochain décollage… vers d’autres fonctions. Et les problèmes que la direction d’Air France devrait aborder sont nombreux : déficit de formation, déficience des procédures, possible renforcement des contrôles. Le plus urgent est aujourd’hui de gérer les dégâts collatéraux du crash Rio-Paris. Ainsi, les experts du cabinet d’avocats londonien Stewartslaw, qui assiste les familles des victimes, ont souligné que plusieurs éléments avaient joué dans l’accident : « Le facteur météorologique », « la défaillance des sondes Pitot », « le dysfonctionnement du système d’aide à la navigation Adiru ». Autant de déficiences qui mettent en cause, d’abord, la conception des Airbus. Mais Air France n’est pas épargnée par le même cabinet d’experts, qui évoque le défaut d’entraînement des pilotes « qui n’ont pu avoir la réaction adéquate ». De quoi chatouiller désagréablement notre orgueil national ! ✹

Certains pilotes seraient carrément des manches

Le système mis en place par notre compagnie pour sélectionner ses as n’est pas totalement performant. Dans le passé, les pilotes étaient essentiellement formés à l’Enac (école nationale de l’aviation civile), et venaient parfois de l’armée. Puis, l’art du

publiques Air France et Air Inter. Subitement, des types passés captains après trois années de vol sur des Nantes-Paris se sont retrouvés patrons sur des longs courriers avec, pour seul bagage, quelques trajets effectués avec un instructeur. Quand Air France rachète une boîte d’aviation, elle prend les pilotes avec. Et des commandants qui ont été refusés une première fois se retrouvent pilotes pour la compagnie tricolore. Air France a même intégré dans son giron la petite compagnie Proteus Airlines, respon-

plan de vol pour ne pas se jeter dans la gueule d’un orage. Et pour se dégager des trajets préférés des compagnies : ligne droite et vents porteurs pour arriver au plus vite sans trop consommer… Aujourd’hui, les photos restent à la disposition des pilotes, mais sur des écrans au sol, consultables avant le décollage. À bord, face aux intempéries, le commandant se reporte au radar. Mais celui-ci ne permet de visualiser que les cellules orageuses, sans grande capacité d’anticipation ✹

Le champ de vision limité du Bureau enquêtes analyses

Le Bureau Enquêtes Analyses (BEA), chargé de faire la lumière sur les accidents aériens, dont le directeur est nommé par le ministère des Transports, sera-t-il une victime collatérale du crash de Rio ? Possible, compte tenu du rapport parlementaire en préparation qui préconise une structure plus indépendante. Histoire de se conformer à une directive européenne de 1994. « Concernant l’accident de Rio, nous ne saurons que ce que l’on veut bien nous dire », tranche la députée socialiste Odile Saugues, rapporteur de la commission sur la sécurité aérienne à l’Assemblée nationale, devant laquelle les patrons d’Air France devraient s’expliquer. Pour qui se prennent les élus de la nation à vouloir ainsi être informés ? ✹

Des Hôtesses piquées, mais pas protégées

looping se démocratisant, les compagnies aériennes ont recruté sur simple présentation des diplômes. Des embauches low cost, baptisées dans le jargon des pilotes, la « filière cadet ». « Des jeunots que l’on met en ligne avec trop peu d’heures de vol. Si j’ai une crise cardiaque en vol, que se passe-t-il ? », s’inquiète un commandant proche de la retraite… « Certains se croient GO au Club Med et ne pilotent qu’avec les automatismes », renchérit un autre galonné suspendu de vol pour avoir osé donner une interview à un quotidien. Le bazar dans la sélection des pilotes a commencé par la fusion entre les deux compagnies

sable du crash de Quiberon en 1988. Les pilotes avaient dévié de leur trajectoire pour aller admirer le paquebot Norway. À bord, ils écoutaient bien la radio… Mais pas celle du contrôle aérien : c’était plutôt Sardou et Mike Brandt qui hurlaient dans les écouteurs ! ✹

Des photos satellites clouées au sol

Au moment de décoller, un commandant d’Air France n’est pas obligé d’avoir à son bord les photos satellites lui indiquant l’état du ciel. Longtemps, les pilotes les plus prudents se sont battus pour obtenir ces photos avec lesquelles ils pouvaient exiger la modification de leur

Cauchemar sur le Paris-Singapour

Le 6 octobre dernier, le vol ParisSingapour s’est transformé en véritable cauchemar pour les 307 passagers. Avant le départ, le système électrique a connu quelques ratés, provoquant une panne de l’air conditionné. Du coup, un passager âgé est victime d’un malaise. L’avion décolle enfin, mais l’homme s’écroule, mort. Escale forcée à Bucarest. Un malheur n’arrivant jamais seul, l’avion refuse de repartir. Six heures d’attente à l’aéroport, puis deux autres à l’hôtel, avant qu’Air France ramène les passagers à Paris. Vingt-quatre heures plus tard, les voyageurs, épuisés, arrivaient enfin à Singapour ✹

Le personnel naviguant ne plane pas toujours. Début 2008, une hôtesse est décédée des suites du paludisme, après avoir assuré des vols dans des zones infectées. Un an plus tôt, une de ses collègues avait été hospitalisée dans un état grave pour les mêmes raisons. Les syndicats ont déposé plainte, dénonçant l’utilisation trop rare de produits répulsifs lors de vols dans des régions à risque. Depuis, la direction d’Air France a fait quelques efforts et la plainte s’est perdue dans les ­sables ✹ françois nénin


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Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

poudre et cabinet Boxe

Stupéfiant Les ferries de la compagnie qui relie la Corse au continent transportaient de bien lucratives cargaisons. Près de 800 kg de drogue et des passeurs inattendus.

Coke en stock à la SNCM

À

peine achevée leur semaine de grève, le 14 octobre, les syndicalistes de la SNCM (Société Nationale Corse Méditerranée) vont devoir se remobiliser. Le procès des quatre marins qui avaient détourné le navire Pascal Paoli en 2005 va, en effet, se tenir les 19 et 20 novembre. Une façon comme une autre de compenser la baisse d’activité inexorable qui s’annonce à l’approche de l’hiver. Indispensable pour les soutiers hyperactifs de la plus connue des compagnies (dont Veolia et l’État sont les deux plus gros actionnaires), qui assure le trafic entre le continent et la Corse. Un trafic continu et parfois stupéfiant… Le 13 janvier dernier, les flics de Bastia ont en effet serré tout un réseau qu’ils suivaient depuis avril 2008, dont le job principal consistait, selon leur enquête, à faire transiter dans les soutes des ferries de la SNCM quantité de shit et de coke. Près de 800 kg, selon les limiers, acheminés par des professionnels. « Du grossiste à l’échelon local, une structure efficace semble s’organiser afin de faire parvenir des stupéfiants en grande quantité vers la Corse depuis le continent », écrivent, impressionnés, les enquêteurs corses. Dans le rôle du grossiste présumé, un marchand de bagnoles marseillais, Christian Giomi, alias « le gros », comme l’a révélé l’écoute de ses conversations téléphoniques avec ses comparses, déjà

condamné pour trafic de bagnoles et… « Fiché par erreur au grand banditisme », peste son avocat. Lequel nie toute implication de son client dans cette affaire. Les policiers bastiais ont aussi mis la main sur Éric Carboni, dit « les Yeux verts », un ajaccien en charge d’écouler la dope, et JeanFrançois Mouren, une des têtes du réseau, qui navigue entre la Corse et le continent. Un garçon décidément incorrigible : on venait de lui enlever un bracelet électronique (déjà une vieille affaire de stups…) au moment où on lui a passé les menottes. Mais c’est « l’associé » principal de Mouren qui a demandé le plus de boulot aux limiers : Michel

Vadi, dit « Manu », incarcéré à Borgo depuis janvier, en charge « des filières d’écoulements en Corse, de l’acheminement de la marchandise et de l’encaissement du produit des ventes ». Le marin a profité de ses relations au sein du transporteur Un marin de la SNCM bon pied bon œil, âgé de 39 ans, dont l’ancienneté au sein de la compagnie lui a fait profiter « d’un réseau de connaissances et d’amitiés lui permettant d’être de bon conseil pour les membres du réseau désirant effectuer un passage anonyme dans le cadre d’une traversée via sa compagnie ». Taquins, les flics notent que Manu, représentant syndical, a l’avantage d’être « un homme en place » au sein de la SNCM, « malgré les nombreuses fluctuations que cette dernière avait traversées ». Depuis son arrestation, nul mouvement de soutien n’est venu perturber la marche de la compagnie. Alain Mosconi, le très bagarreur patron du STC (syndicat des travailleurs corses) nous a expliqué ce désintérêt : « Michel Vadi a quitté notre syndicat il y a plusieurs années et, au moment des faits reprochés, il était délégué du SAMMM [syndicat concurrent du STC, Ndlr] ». Quant à la SNCM, contactée à de nombreuses reprises par Bakchich, elle ne juge pas utile de communiquer sur cette affaire. Une rupture de trafic, ce n’est jamais bon pour l’image d’un transporteur… ✹ xavier monnier

retraite à l’ombre

Jeannot trois doigts a perdu la main

S

i certains retraités du grand banditisme se recyclent dans l’écriture de leurs mémoires, d’autres galèrent sévère. C’est le cas de l’ex-braqueur Jean Beneyton, alias Jeannot trois doigts, aujourd’hui âgé de 79 ans, qui prend sa retraite derrière les barreaux de La Farlède (Var), après avoir été condamné à deux ans de prison ferme. L’affaire remonte au 7 octobre 2008. Jeannot revient de son marché et, sur sa route, il croise les policiers. Dans son cabas, il transporte des fruits de saison, des légumes frais, mais aussi un kilo de cocaïne qu’il convoie pour le compte de trafiquants toulonnais. Cet ancien gamin des rues de Grenoble, qui a pourtant roulé sa bosse dans le grand banditisme d’après-guerre, s’est donc fait prendre bêtement

alors qu’il faisait la « mule » pour arrondir ses fins de mois. Ancien du gang des coffres-forts, il a ensuite « travaillé » avec son ami Pier re Rémond, alias Nonœil, abattu en 1969 par la police. Ils étaient tous deux les piliers du premier gang des Lyonnais, redoutable équipe de braqueurs et de trafiquants qui a marqué le banditisme hexagonal des années 60. C’est d’ailleurs en protégeant

Nonœil qu’il perdra deux doigts et gagnera son surnom. À la fin des années 90, le lascar se décide à cesser ses activités pour couler une retraite paisible dans l’arrière-pays toulonnais. Mais Jeannot tire la langue. Ses 400 euros de pension ne suffisent pas à payer son appartement. « Il savait qu’il allait se faire choper », explique son petit-fils. À son arrivée en prison, son voisin de cellule l’accueille en lui plantant un couteau fabriqué avec un peigne. Fort de ses 30 années passées à l’ombre, Jeannot a ses contacts et le petit jeune se fait remettre en place. Malgré tout, son état de santé se dégrade. Il doit être opéré pour un anévrisme le 9 novembre. En attendant une possible remise en liberté début 2010 ✹ amédée sonpipet

L’avocat de Sarko face à son maître

I

l le dit lui-même : il a la pression. Et ça se voit. Depuis le début du procès Clearstream, l’œil noir et le pas lourd, Me Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy, traîne sa peine dans le prétoire de la 11e chambre correctionnelle de Paris. L’ancien conseil des Tiberi se demande bien comment il va réussir à remplir sa lourde tâche : suspendre le Galouzeau au croc de boucher. D’abord, parce que le boxeur ­Herzog a, jusqu’à présent, raté tous les crochets et uppercuts envoyés sur le punching-ball Villepin. Un jour, il croit avoir trouvé dans le dossier la preuve de la conjuration de Galouzeau et du Général Philippe « OSS 117 » Rondot. Une note, ignorée pendant l’instruction, fait en effet état d’un rendez-vous compromettant entre les deux hommes. Villepin accroché ? « Il s’agissait d’une réunion sur le cas Ingrid Betancourt », prouve alors Rondot. Manqué. Le reste est à l’avenant. Herzog, qui s’était privé de vacances cet été pour mieux potasser le dossier Clearstream, n’a finalement rien trouvé d’intéressant dans l’enquête-gruyère des juges. Et en est rapidement réduit à se contenter de lire les procès­verbaux les plus gênants pour l’ancien Premier ministre de Chirac, plutôt qu’à chercher à le piéger par de savantes trouvailles. Décevant. Reste les passes d’armes haineuses, en marge des débats, avec Villepin qui passe les audiences à le fusiller du regard. « Mais pourquoi me regardez-vous ainsi », ose un jour Herzog. « Parce que je vous adm i re , M a î t re  » , i ro n i s e l e meilleur ennemi de Sarko. « Moi aussi, et si je ne vous voyais pas

que de dos, vous verriez la profondeur de mon admiration », rétorque Herzog. Ce n’est plus un procès, mais une querelle de bac à sable. Les deux hommes se détestent d’autant plus aujourd’hui, qu’ils ont longtemps comploté ensemble. C’était au temps du cabinet noir de l’Élysée, quand la Chiraquie, cernée par les affaires de la mairie de Paris, tentait d’organiser la riposte. Dans le bureau du secrétaire général Villepin, ­ Herzog, alors chargé du dossier Tiberi, et son confrère Francis Szpiner, mettaient au point la stratégie anti-juges.

En marge des débats, les passes d’armes haineuses entre Dominique de Villepin et Thierry Herzog se sont multipliées. Le passé affleure parfois au procès Clearstream. « Je vous ai connu moins agressif  », n’a pu s’empêcher de persifler Villepin en pleine audience. « Moi aussi, mais le secret d’avocat m’empêche d’en dire plus », répond Her­ zog. « Oh, mais vous ne faisiez pas œuvre d’avocat, à l’époque ! », insiste l’ancien bras droit de Chirac. L’échange s’est malheureusement arrêté là. Dommage. Des révélations sur les méthodes du fameux cabinet noir de l’Élysée auraient quand même été plus sexy que la fastidieuse chasse aux falsificateurs de listings bancaires ✹ Olivier Broussel-Lambert Retrouvez nos articles sur l’affaire Clearstream sur www.bakchich.info


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Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

crimes et bannissements le doc de la semaine

Une fiche très drôlement fichue

Pour reconnaître un fugitif qui campe dans les bois, façon Jean-Pierre Treiber, flicaille et gendarmes disposent du fichier des personnes recherchées (le FPR, voir le document cidessus). Sexe, signes particuliers (tic, moustache, tatouage), couleur des cheveux… Du très banal. On ne se gêne pas non plus pour y préciser le

« type » de la personne signalée : « blanc, noir, asiatique, mulâtre ou métis, etc. » Rien à voir, bien entendu, avec un fichage « ethnique ». Enfin, que la personne soit circoncise ou porte un stérilet, semble une information de la plus haute importance pour ne pas rater une personne en fuite... ✹

vite fait Quand France Télécom déterre les vieux dossiers

Alors que la direction de France Télécom se répand en discours lénifiants appelant à l’apaisement social, en coulisses elle déterre la hache de guerre contre certains syndicalistes jugés trop remuants. Lundi 28 septembre, deux élus du Syndicat des travailleurs corses ont ainsi été entendus, à leur grande surprise, par la police judiciaire. Motif : lors d’un conflit social très dur sur un site de l’entreprise sur l’île de Beauté, il y a deux ans, certains salariés avaient retenu deux heures durant un membre de la direction dans son bureau. Depuis, et même si la direction avait porté plainte pour séquestration, pas de nouvelles. L’affaire semblait bel et bien enterrée. « Je ne peux pas croire que le parquet d’Ajaccio, qui a depuis le début d’année une douzaine de meurtres non élucidés, soit d’un coup intéressé uniquement par cette petite affaire », a commenté Ange Filippi, délégué du STC ✹

Les petites gâteries de l’ami Dédé Santini

homonymie

tunisie : Ben Ali avait une Leïla de trop

A

lerte à la farce électorale : des élections présidentielles se tiendront en Tunisie, le dimanche 25 octobre. Hélas, le résultat est couru d’avance, tant le général Zine el Abidine Ben Ali a pris l’habitude de se faire élire avec des scores supérieurs à 90 %. Mais il fatigue, le Ben Ali, du haut de ses 73 ans, miné par une santé flageolante… Dans l’ombre de Carthage, son ambitieuse épouse, Leïla Trabelsi (de son nom de jeune fille), veille. Héritière d’un féminisme d’État unique dans le monde arabe, décrété par feu le président Bourguiba et cultivé par Ben Ali, elle ne cache plus son ambition : régenter la Tunisie. La femme du président a su s’émanciper de sa rivale Qu’il est loin le temps où cette belle femme de 53 ans débutait dans la coiffure. Si elle doit, bien sûr, son ascension sociale à son président de mari, épousé en 1992 (mais fréquenté depuis le milieu des années 80), son arrivisme bien trempé s’est révélé une aubaine. L’épisode est largement méconnu. Dans les années 80, Leïla Trabelsi, future épouse Ben Ali, a été victime d’une redoutable homonymie. Elle a pâti de la vie légère

d’une seconde Leïla Trabelsi qui, elle aussi, était coiffeuse et possédait ses entrées au ministère de l’Intérieur. Parcours parallèles, destins croisés. D’où les amalgames et confusions qui pollueront la biographie tenue secrète de la première dame qui se rêve régente. Les bons bourgeois tunisiens ne moquent-ils pas une fille facile, voire une ancienne prostituée ? Mais la « vraie » Leïla saura s’émanciper de son encombrante rivale devenue, comble de l’ironie, la maîtresse du premier directeur de la Sûreté du Président Ben Ali. En 1990, cet homme, passé secrétaire d’État à la Sécurité, et sa douce, sont arrêtés, jetés en prison et condamnés pour « intelligence avec Israël » ! Les services secrets tunisiens demanderont avec insistance aux Français de cautionner ces allégations. En vain : le dossier était vide. Si son amant a été libéré par Ben Ali après deux ans de prison, la seconde Leïla a disparu dans les sables du désert. Personne à Tunis n’a plus de nouvelles d’elle. La triste vie de l’homonyme de Leïla y est devenue un sujet tabou ✹ Catherine Graciet auteur, avec Nicolas Beau, de La Régente de Carthage, main basse sur la Tunisie, éditions La Découverte.

André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), ne peut s’empêcher de placer ses proches à la tête d’associations influentes de sa ville. Et de les arroser généreusement. Ainsi, son adjointe au tourisme préside deux associations loi 1901 de loisirs et de voyage : l’Imcal et l’office de tourisme. Des pratiques révélées par Bakchich.info en juillet, documents à l’appui. Ce qui nous a valu une convocation à la police judiciaire, et surtout, à une source présumée de Bakchich de passer 12 heures en garde à vue, le 14 octobre. L’avertissement aurait-il été entendu ? Jeudi 15 octobre, lors du dernier conseil municipal, les deux associations ont été regroupées en une : la Maison du tourisme et des loisirs d’Issy-les-Moulineaux ✹

la réforme de la taxe pro plombée par des amateurs

Dans le projet de loi de finances, l’article concernant la réforme de la taxe professionnelle a déclenché, la semaine dernière, un tel tollé, que c’est le député UMP Gilles Carrez qui a dû se coller, en extrême urgence, à sa réécriture intégrale. « Le texte initial avait été concocté à Bercy par de jeunes technos, sans aucune concertation », raconte un haut fonctionnaire. Résultat, beaucoup de mécontents : les très grandes entreprises sortaient grandes gagnantes, alors que les régions étaient lourdement pénalisées. Les soixante pages de cet article fleuve sont donc parties à la poubelle. « C’est là qu’on voit que ce ne sont pas des politiques. De vrais stratèges auraient pris le soin de saucissonner leur projet en plusieurs articles, pour en sauver des parties » ✹

Business park

L’argent des expulsions expliqué à mon beauf’

B

runo, mon beauf ’, est vraiment embêté. Les expulsions de sans-papiers – relancées par la riche idée du ministre desdites expulsions, Éric Besson, de remplir des charters vers l’Afghanistan –, il ne sait pas bien quoi en penser. D’un côté, renvoyer dans leur pays d’origine des pauvres gars qui vivent et travaillent en France depuis des années, il ne trouve pas ça très sympa. « Et en même temps », me dit-il, « si on le fait pas, ça crée un appel d’air, et toute l’Afrique débarque demain matin ». Et ça, ça lui fout les jetons. Pour t’éclairer, Bruno, tu ferais bien de jeter un œil sur les dessous de ce qu’on appelle pudiquement les « procédures d’éloignement ». Tu vas voir, ça déplace les perspectives. D’abord, chaque expulsion coûte en moyenne – selon un rapport du sénateur UMP, Pier re Ber nard-Reymond – 20 970 euros. En plus des billets d’avion – c’est la compagnie spécialiste du voyage d’affaires Carlson Wagonlit qui a décroché ce joli marché –, il faut compter deux à trois « escortes » policières qui font l’aller-retour, le séjour en centre de rétention (et pourtant, c’est pas des quatre étoiles !), à quoi s’ajoute la mobilisation des services des préfectures, des tribunaux administratifs, etc. Je te vois venir, Bruno. Tu es déjà en train de multiplier ce chiffre par les 30 000 expulsions annoncées en 2009. En fait, c’est un peu plus compliqué que ça. Comme le gouvernement gonfle les chiffres de ces reconduites, c’est en fait beaucoup moins. Enfin bref, au final, selon les calculs de notre sénateur UMP, notre politique « d’éloignement » coûte 415,2 millions d’euros. Près d’un demimilliard chaque année pour renvoyer des types qui, en général, reviennent dès qu’ils le peuvent. Est-ce bien raisonnable ?

D’autant que cette somme ne recouvre pas la totalité des frais engagés. Tu ne sais sans doute pas, Bruno, que depuis un an, les consulats des pays d’émigration traînent des pieds pour délivrer des laissez-passer à leurs ressortissants, indispensables aux expulsions. Il faut dire que pour certains pays, comme le Mali, l’argent des migrants est vital pour l’économie (jusqu’à trois fois l’aide au développement). Le deal proposé par la France – un peu d’aide au développement et vous acceptez sans broncher les expulsions – leur paraît un poil déséquilibré.

En moyenne, chaque « procédure d’éloignement » coûte 20 970 euros. Du coup, un petit système bien opaque s’est mis en place. Un certain nombre de services consulaires ont fait comprendre au gouvernement français qu’il devait mettre un peu d’huile dans les rouages pour que la machine à expulser ne se bloque pas. « Ça se monnaye souvent en dessous-de-table », raconte JeanClaude Amara, porte-parole de Droits devant !!, l’association de défense des sans-papiers. Selon les pays, chaque laissez-passer se négocie en « frais de dossiers » et « taxes » diverses, de quelques dizaines à quelques centaines d’euros. « Pour tenir un chiffre, on est prêt à faire n’importe quoi », commente l’avocat spécialiste du droit des étrangers, Sohil Boudjellal. Tu vois, Bruno, les expulsions c’est un vrai business. Et pas des plus reluisants ✹ lucie delaporte Retrouvez « Pas de surbooking pour les charters » sur www.bakchich.info


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| Gamberge

Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

(d)ébats mot pour mot

big bizness

le prix du Nobel d’économie matthieu adenil Professeur éconoclaste d’une grande école de commerce.

T

ous les commentateurs avertis de la saison des prix Nobel mettent un point d’honneur à rappeler que celui d’économie n’en est pas vraiment un. C’est un prix de la Banque de Suède, un prix blabla… Nobel, qui n’aimait pas les mathématiciens, soi-disant parce que sa femme les aimait trop, avait décidé de les écarter. Quant aux économistes, il n’y avait même pas pensé. C’est seulement il y a quarante ans, à l’issue d’un coup de force, qu’ils ont pu obtenir d’être récompensés comme les ­physiciens (couronnés, eux, depuis 1901) ; ces physiciens qui sont leur modèle, leur envie, leur frustration. Cette année, la Banque de Suède a joué son rôle à plein : s’inscrivant dans le politiquement correct ambiant, elle a jugé bon de choisir une femme, Elinor Ostrom. Une

première. Que la femme en question ne soit pas économiste, ait enseigné toute sa vie la politique et la sociologie n’a guère d’importance. En outre, elle offre l’avantage d’avoir remis à l’ordre du jour des théories qui courent depuis le XVIIIe siècle sur la possibilité de substituer des modes coopératifs aux échanges fondés sur le droit de propriété. Bref, en donnant une version plus ou moins mathématisée d’un cocktail de défense de la nature et de dénonciation du marché, elle a construit un remake moins sentimental et plus formalisé du rousseauisme qui est très dans l’air du temps. Dans les couloirs de la Banque de Suède, il y a encore un mois, tout le monde misait sur Eugène Fama, un théoricien de la finance, qui a popularisé dans le monde universitaire américain les idées et les

modèles mathématiques du français Mandelbrot. Comme le commun des mortels n’est guère sensible aux charmes de la géométrie fractale et de son application à la détermination de la valeur financière d’une entreprise, il paraissait assez neutre de faire de Fama, son théoricien moderne, un prix Nobel. Qui ne comprend vénère, pourvu que l’onction mathématique recouvre le mystère. Avec la crise, Le mot « finance » est devenu une grossièreté Mais rapidement, il est apparu que le mot « finance » était devenu comme une sorte de grossièreté et que mieux valait s’abstenir. Fama attendra. L’économie cognitive, l’application de la psychologie à l’économie, les nouvelles théories du commerce international fournissaient des stocks de

professeurs américains présentables aux yeux du grand public et identifiables par le jury de la Banque de Suède, dont la connaissance du monde des économistes ne dépasse guère l’organigramme de cinq ou six universités américaines. Mais un nouveau courant est apparu au début du mois : le choix d’Obama comme prix Nobel de la paix a fait comprendre aux Suédois qu’il fallait changer leur fusil d’épaule, quitte à prendre de front le petit monde des économistes. L’opinion publique compte plus que les susceptibilités de quelques divas des colloques qui enfilent équations sur équations. Et puisque l’opinion publique, depuis la crise, semble considérer les économistes comme de modernes Diafoirus incapables de maîtriser ce qui se passe, autant donner le prix Nobel à quelqu’un que personne ne pourra franchement critiquer. À ceux qui s’interrogent sur les limites de l’exercice, le gouverneur de la Banque de Suède a répondu que le choix de cette année est particulièrement pertinent. À ceux qui réclamaient des précisions, il a opposé un mutisme sans concession. Nous en resterons donc là, en laissant aux économistes le soin de théoriser les raisons pour lesquelles leur prix Nobel a été attribué à quelqu’un qui n’est pas des leurs ✹

et la justice bordel !

France, paradis judiciaire ? Maud Perdriel-vaissière Membre de l’ONG Sherpa, association de juristes spécialisée dans la défense des droits de l’Homme et de l’environnement.

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u G20 de Londres comme à celui de Pittsburgh, pas un mot n’a été dit de la lutte contre les paradis judiciaires ; ces espaces font pourtant preuve d’une complaisance toute particulière envers les délinquants financiers, et constituent, par là même, de véritables havres de paix pour les justiciables. Car si, très souvent, un paradis fiscal est dans le même temps un paradis judiciaire, tout paradis judiciaire n’est pas forcément un paradis fiscal. Prenons l’exemple de la France : sur la base des critères établis par l’OCDE, la France ne constitue évidemment pas un paradis fiscal… Ne seraitce pas pour autant un paradis judiciaire ? Le 29 septembre dernier, le parquet de Paris a requis un non-

lieu général dans l’enquête sur les chargés de mission de la Ville de Paris, dans laquelle Jacques Chirac ainsi qu’une vingtaine de personnes sont mises en examen. Pour mémoire, l’ancien président de la République, redevenu un justiciable ordinaire après son départ de l’Élysée, a été mis en examen en novembre 2007 par la juge Xavière Simeoni, pour détournements de fonds publics dans cette affaire d’emplois fictifs payés par la mairie de Paris entre 1983 et 1998. l’affaire des emplois fictifs a révélé les limites du système Suivant les réquisitions du procureur de Paris, les infractions reprochées à Jacques Chirac ne ­seraient pas « suffisamment caractérisées » ; la formule n’est pas sans rappeler celle invoquée au

soutien du classement de l’affaire dite « des biens mal acquis ». Les Présidents gabonais, congolais, équato-guinéen, angolais et burkinabé, sont visés par une plainte d’associations pour avoir utilisé les fonds publics de leurs pays afin d’acquérir de fastueuses maisonnées dans Paris. Deux affaires éminemment politiques qui sont aujourd’hui entre les mains de juges d’instruction libres de suivre les réquisitions du parquet… Ou de s’en écarter. La position défendue par le parquet dans l’affaire des emplois fictifs est quelque peu passée inaperçue. Elle est pourtant grave, puisqu’elle illustre une nouvelle fois le risque d’impunité lié au statut hybride des membres du parquet : mi-magistrats – puisque chargés de veiller

à l’application de la loi pénale et au maintien de l’ordre public –, mi-fonctionnaires – du fait de leur étroite subordination au pouvoir exécutif. Le débat relatif au statut des membres du parquet a été récemment relancé avec la remise du « rapport » du comité Léger qui, prenant acte de la volonté du chef de l’État de supprimer le juge d’instruction, a proposé de transférer au parquet la direction des enquêtes pénales. Le lien entre le parquet et le pouvoir exécutif n’est pas rompu Or, contrairement aux recommandations formulées par la commission justice pénale et droits de l’Homme – travaux sur lesquels le comité Léger prend appui –, les auteurs du rapport n’ont pas jugé utile de rompre « le lien existant entre le parquet et le pouvoir exécutif  ». Faut-il rappeler que c’est uniquement grâce à la ténacité de juges d’instruction indépendants instruisant à charge et à décharge que la vérité a pu aboutir dans de nombreuses affaires politico-­financières ? La volonté d’en finir avec les flux financiers illicites est louable, mais restera vaine si, à la lutte contre les paradis fiscaux, n’est pas associée la lutte contre les paradis judiciaires ✹

E

n voyant la courageuse attitude de la justice suisse et l’opiniâtreté des juges californiens, j’ai failli craindre de vivre dans un pays souillé par une clique d’intellectuels créatifs capables, à l’instar des flics, des employés du gaz ou, pourquoi pas, des magistrats, de soutenir sans réfléchir un type sous prétexte qu’il est de la corpo. Un pays où l’obscénité serait soluble dans les beaux-arts. Pourquoi pas ? On s’accommode bien de l’antisémitisme de Céline pour en faire une gloire nationale, et les Allemands font de même pour Wagner – l’un et l’autre se jouent ou se lisent dans nos lycées, il suffit, comme au petit coin, de choisir les pages propres. Que dites-vous ? Il y a prescription ? Le mot est malheureux… Heureusement, les égarés qui avaient loupé la queue du Mickey au premier tour ont, ensuite, fait écho sans beaucoup de nuances à l’opinion publique, qui a, chacun le sait, une haute conception de la justice : elle réclame périodiquement le retour de la peine de mort ou la castration pour les détraqués que des juges indulgents envoient se prélasser en prison ou à l’hosto. Paradoxale intransigeance : s’il est un endroit où non seulement les violeurs, mais aussi les voleurs de poules et les gamins délinquants sont violés à tire-larigot, c’est bien, justement, la zonzon. L’indécence précède-t-elle l’essence ? Les premiers touristes sexuels ayant toujours été les soldats en campagne, on se demande comment des journalistes embedded, qui opposaient évidemment aux jeunes hétaïres et aux boys tarifés une résistance héroïque, ont pu relativiser si longtemps cet aspect de Tanger, Phnom Penh ou Saigon. Ni comment les films du pervers lapidé à la une ont pu être applaudis, pendant trente ans, en page culture, par des corrompus qui, en les recommandant, ont aidé le fuyard à s’offrir un passeport français et un chalet en Suisse. « Rattrapés par leur passé » : que de tartuffes suçotent la formule comme un succulent caramel ! Il y a dans l’air une brise d’ordre moral : après la repentance, c’est l’heure de la pénitence. Avis à tous ceux qui salivent en matant des mangas, les ultimes majorettes ou les minimiss du camping, et dévorent ces magazines qui farfouillent dans la culotte des stars et n’y trouvent que du strass ! Les foules vertueuses se gavent de cette presse sale qui procure, par la célébrité pipolisée, tous les privilèges qu’aujourd’hui l’on dénonce à l’envi. On voit où mène l’obscénité : mais où commence-t-elle ? ✹ jacques gaillard


Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

Au bazar des pipoles | 7 trident

dancefloor De Saint-Tropez à Hollywood en passant par les geôles indonésiennes, le détonnant parcours d’un « jet setter » qui veut mettre le feu au Club Med en s’alliant à Bernard Tapie. Les deux feraient une belle paire…

Audigier, le business mal L

e très aimable Henri Giscard d’Estaing, fils de et gentil patron des gentils organisateurs, s’inquiète. Le Club Med, qu’il préside, attire d’infernales convoitises. Après Bernard Tapie, qui a mis un pied dans la maison grâce aux euros des contribuables. Argent tiré d’un procès fait au Crédit Lyonnais dans l’affaire Adidas, voilà qu’un autre franc-tireur du business vient rôder autour de la marque au trident. L’arrivée de l’inénarrable Nanard – sur laquelle enquête depuis le printemps la brigade financière suite à une plainte déposée par le Club Med (lire encadré ci-dessous), pour « manipulation de cours » – semble susciter des vocations. Dans une rafale d’interviews télévisées, Christian Audigier, jetsetter français émigré de l’autre côté de l’Atlantique, fait connaître son souhait d’investir entre 5 et 15 millions d’euros dans le groupe. Avec un objectif assez flou : internationaliser l’affaire, créer l’événement autour des discothèques du Club en y faisant tourner les plus grands DJ de la planète, etc. Et d’assurer qu’il le ferait – pourquoi pas ? – en association avec… Bernard Tapie ! Les deux hommes se sont téléphonés. L’ex-ministre devenu acteur et qui n’a peur de rien (lire Bakchich Hebdo n° 4), reste pourtant sur la réserve. Le gamin, pas très doué à l’école, se passionne pour l’amérique Il faut dire qu’en France, le nom d’Audigier n’est pas vraiment le meilleur sésame pour ouvrir les portes de l’Establishment. Sa réussite, très « self made man à la sauce bling-bling », plaît aux Américains. Au point que le « frenchy », qui vient d’acheter, dit-il, la dernière demeure de Michael Jackson à Los Angeles, est ­devenu, dit-il encore, la coqueluche d’Hollywood. Mais ici, l’homme et ses méthodes éveillent la méfiance. Côté face, l’histoire du petit français est pourtant attendrissante. Élève par sa maman à Avignon, le gamin, pas très doué pour l’école, se passionne pour James Dean et le rêve américain. Débrouillard, il finit par s’infiltrer dans le monde de la nuit tropézienne et devient l’ami indéfectible de Johnny Hallyday, pour qui il organise alors des soirées clés en main dans sa villa, la Lorada. Des années plus tard, on le retrouve à Los Angeles, où il re-

le reste : une pub gratuite en or. En 2004, après la chute de Von Dutch et un malaise cardiaque, il récidive avec la marque Ed Hardy, grand maître du tatouage californien. Cinq ans plus tard, Christian Audigier affirme réaliser quelque 300 millions de dollars de chiffre d’affaires dans le monde entier. Côté pile, son parcours comporte un trou béant. Après s’être évadé d’une prison asiatique du côté de Bali – une région où nombre de touristes se font incarcérer pour le moindre trafic illicite – la légende raconte que pour s’enfuir de sa geôle indonésienne, il aurait « acheté » ses gardiens… Bref, il atterrit aux États-Unis où il va vivre longtemps clandestinement.

Le styliste avignonnais émigré aux États-Unis affirme vouloir investir entre 5 et 15 millions d’euros dans le Club.

a Christian Audigier a bâti sa fortune en utilisant les stars pour faire la promotion de ses vêtements.

Tapie, un G0 pas gentil du tout C’est en juin dernier que Bernard Tapie a amorcé son offensive contre Henri Giscard d’Estaing, le patron du Club Med. Lesté des 130 millions d’euros qui devraient lui rester de l’indemnité accordée après son litige avec le Crédit Lyonnais, Nanard annonçait avoir acquis 260 000 actions, soit un peu plus de 1 % du capital. Il remettait surtout publiquement en cause la gestion de l’entreprise, insistant sur le fait que, depuis huit ans, le Club perdait de l’argent, et que la capitalisation boursière avait fondu de près de 80 %. « Il est urgent

d’agir », ajoutait-il dans un discours destiné à séduire les actionnaires et à mettre la pression sur des dirigeants, dont il critique la stratégie commerciale. La direction du Club réplique en déposant plainte pour « diffusion d’informations trompeuses » et « manipulation de cours ». Une enquête préliminaire est ouverte par le Parquet de Paris. La bataille devrait reprendre début décembre avec la publication des comptes du Club. S’ils sont mauvais, Henri Giscard d’Estaing n’échappera pas à une nouvelle offensive de Tapie ✹

lance la marque Von Dutch. Et on s’interroge encore sur la façon dont il a écoulé des casquettes et des T-shirts à des prix tellement exorbitants que le marché a été submergé de contrefaçons. Les stars hollywoodiennes s’arrachent les créations un tantinet destroy du styliste avignonnais. Dans sa petite boutique de Melrose Avenue, il attire les plus grandes vedettes, de Britney Spears à Mickey Rourke en passant par Pamela Anderson, Paris Hilton, Madonna, etc. Il leur offre des tenues et accessoires à son effigie puis paie des paparazzis pour les piéger quand elles sont griffées Audigier de pied en cape. Les magazines people font

Pendant longtemps, Audigier a dû ruser pour venir en France participer aux salons de la mode. Pour ne pas se faire prendre à son retour aux États-Unis, sans la fameuse carte verte de résident permanent. Désormais millionnaire, créateur d’emplois et généreux donateurs de plusieurs fondations, Audigier semble bénéficier de l’indulgence du FBI sur son passé de sanspapiers. Mais Christian Audigier l’aventureux ne s’occupe pas seulement de mode. Il est également entré dans le monde de la nuit à Las Vegas, pour y ouvrir une boîte de nuit à son nom au Treasure Island Palace. Et dans le même temps, à Dubaï, c’est dans un hôtel de 36 étages et 380 chambres que le roi de la fripe a investi, aux côtés d’un groupe saoudien. Que vient donc faire le franchouillard Club Med dans les projets de ce franchouillardlà, toujours déguisé en sapin de Noël ? En tout cas, c’est un important coup de pub gratuit. En attendant pire, le jour où Paris Hilton viendra présider les colloques sur Kant dans les Club Med de Las Vegas et de Dubaï ✹  gérard olmeta Retrouvez notre article sur Tapie et le Club Med sur www.bakchich.info


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| Au bazar des pipoles

Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

petits papiers et grandes oreilles Lobbying L’ancien animateur du Droit de savoir s’est reconverti en consultant international. Sa spécialité : conseiller les chefs d’État peu fréquentables pour améliorer leur communication, et accessoirement l’image de leur pays.

Villeneuve, de TF1 à SAS T ous ceux qui ont suivi le Paris Saint-Germain lors de son éphémère présidence peuvent en témoigner. Charles Villeneuve est une machine à créer du bonheur. Les téléspectateurs qui se tapaient ses raffinées émissions sur TF1 en avaient, eux aussi, fait l’expérience. Dans un autre registre, Paul Lantieri, l’ancien patron du cercle de jeux Concorde, pourrait lui aussi rappeler que Charly a été, à sa table, un fort gai invité. Hélas, il est en cavale depuis bientôt deux ans. Reconverti dans le conseil international en communication, Charles entend faire profiter de sa science les grands de ce monde. En juin dernier, il est parti à l’assaut de l’Afghanistan. Escorté de l’expert ès terrorisme, Jean-Charles ­Brisard (l’ancien attaché parlementaire du médiatique ex-juge ­Marsaud), et du directeur des rédactions du Figaro, Étienne Mougeotte, il a proposé un plan média béton au candidat à la présidentielle, l’excellent docteur Abdullah Abdullah. Et dans la besace de ce trio de choc, il y avait, paraît-il, une sélection d’une quinzaine de journalistes européens et américains, prêts à interviewer Abdullah et à répandre sa bonne parole à travers le monde… L’équipe assurait même le SAV, notamment le suivi des journalistes après leur visite. Prix catalogue de l’opération,

raient, estiment nos amis, à débloquer les 2 milliards de dollars gelés par la communauté internationale, en raison de la situation politique qui règne sur l’île. Las ! Le premier ministre malgache a sauté le 6 octobre… Tout est à refaire.

a Charly vend des plans média bétons aux dirigeants en mal de crédibilité. 250 000 euros. Pour emporter le morceau, ils étaient prêts à une ristourne de 50 000 euros hors frais de déplacement. Ça n’a malheureusement pas suffi. Brisard, dit « Marie », ce qui n’est pas très rigolo, et Villeneuve ont retenté leur chance, fin septembre, cette fois à Madagascar. Ils rencontrent le Premier ministre, Roindefo Monja, le 28 septembre der-

nier. Et de se pousser du col en déclarant à la presse locale : « Nous pensons à des actions visant à mettre en valeur ces potentiels économiques [ceux de Madagascar, Ndlr] et redorer ainsi la bonne image du pays auprès de la communauté internationale. C’est dans ce sens que nous prévoyons une interview du Premier ministre. » La retape et leur joli carnet d’adresses suffi-

Le sanguinaire dictateur congolais a droit à d’élogieux articles Plutôt qu’à Brisard, mieux vaut faire confiance à des amis de la Grande Loge Nationale de France. On y trouve quelques « frères » mal éclairés prêts à recevoir la lumière du frangin Charles. Ainsi, Denis Sassou Nguesso, le sanguinaire dictateur congolais, meurtri par l’offensive de l’avocat William Bourdon et de son association Sherpa, qui exigent que les tyrans rendent les biens volés à leur peuple. Pour redorer son blason, Sassou a fait pondre un bouquin cire pompes inimaginable, édité chez Michel Lafon. Puis, via Villeneuve et une certaine agence CK Consulting, basée a Paris, il a fait paraître dans la presse française des articles trop beaux pour être vrais. Les journaux qui ont accepté cette mauvaise manière nous jurent que les magnifiques pages sont arrivées chez eux par le truchement de Charly. Pourtant, CK Consulting assure à Bakchich : « Monsieur Villeneuve n’a pas travaillé avec nous. » Ah ! Entre les frères, il y a parfois des fantômes ✹ x. m. et j-m. b.

le pipole de la semaine

jean-Luc Delarue n’aime pas qu’on l’écoute

C

es derniers mois, l’actu de Jean-Luc Delarue (JLD) n’était ni sur un plateau télé, ni sur le petit écran. Mais plutôt dans les salles d’audience… Et dans les locaux des flics. Petite nouveauté cependant, l’homme à qui l’on parle avec une oreillette a troqué le costume de l’agresseur (qui s’attaque à trois hôtesses et un steward dans un avion), contre celui de la victime. Si, si. En décembre 2008, fort discrètement, JLD a porté plainte pour « violation du secret des correspondances ». En clair, Delarue et sa société, Réservoir Prod, se sont fait pirater leurs mails pro et perso. Sont visées, la société LNE, gestionnaire du service informatique de Réservoir Prod et, surtout, l’ex-directrice générale de Delarue, Corinne Morin, par ailleurs copine du patron de LNE. Entendue par les enquêteurs, dame Morin n’a pas fait forte impression. Son système de défense – expliquer que c’est à la demande de Delarue qu’elle vérifiait les mails – n’a pas convaincu. « Compte

tenu […] de la suspicion permanente dont fait preuve Corinne Morin (y compris à l’égard de l’enquêteur), de la mainmise qu’elle semblait avoir sur tous les secteurs d’activité de Réservoir Prod, notent les enquêteurs dans un rapport daté du 14 septembre dernier, il semble peu crédible qu’elle ait accepté d’exécuter des soi-disant instructions de Jean-Luc Delarue. » On ne peut être plus clair. D’autant que Corinne Morin reconnaît une bonne partie des faits, notamment la mise sous surveillance de boîtes mails ou le chapardage de documents, juste avant son licenciement, « dans le cadre de la procédure devant le conseil des prud’hommes qui l’oppose à Jean-Luc Delarue ». Détail amusant. La pirate amatrice a attaqué Delarue pour « harcèlement moral » et « licenciement sans cause réelle et sérieuse ». Lors de l’audience, le 1er octobre, les juges ont sagement préféré botter en touche et renvoyer la décision à plus tard… Une telle affaire, ça se discute ! ✹ X. M.

a Jean-Luc, le roi de l’oreillette, s’est fait voler ses mails.

bruits de la ville

À 81 ans, Papa Sarkozy a encore bonne mémoire Tandis que le fiston Jean défraie la chronique du côté du quartier de La Défense, le papa du petit Nicolas, Pal Sarkozy, fait, lui, la tournée des grands ducs en Hongrie. Âgé de 81 ans, le père du chef de l’État s’est rendu, il y a 10 jours, à Alattyan, village qui abrite l’ancien château familial, à 100 km de la capitale. En général plutôt discret, papa Sarkozy qui s’exprime rarement devant les journalistes, a révélé au quotidien hongrois Blikk que son autobiographie devrait sortir bientôt à Paris et que sa visite sur les terres de son enfance participe à ce projet. Pal Sarkozy a encore démenti la rumeur d’une brouille avec son fils et assurait « qu’avant midi, ils s’étaient déjà parlé trois fois au téléphone » ✹ Des taxis parisiens « fashion victimes » Grosse mobilisation de la section des boers de la Préfecture de police de Paris, pour « la semaine de la mode », qui s’est tenue à Paris la première semaine d’octobre. Les boers, ce sont ces 40 policiers spécialisés dans le contrôle des taxis. Les vrais comme les faux. Avec tous ces bataillons de jolies filles débarquant, insouciantes, dans la ville lumière, la Préfecture a jugé sage de prendre quelques précautions… Au bilan, rien de bien méchant et guère plus de 95 infractions sur 1 385 véhicules contrôlés ✹ Frédéric Mitterrand : le mauvais mot de l’élu UMP Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, ne pouvait pas échapper à un déplacement à la foire de Francfort, la plus grande foire mondiale du livre. La presse a toutefois pris le parti d’éviter d’aborder la récente polémique autour de son ouvrage, La Mauvaise Vie, dans lequel Frédéric Mitterrand narre quelques souvenirs de vacances. Mais en coulisse, c’est une autre affaire. La mauvaise blague d’un député UMP fait particulièrement recette dans les ­allées du salon. Ce député de l’ouest de la France aurait ainsi déclaré : « C’est peut-être son premier portefeuille, mais ce n’est pas son premier maroquin. » Et vous trouvez ça drôle ? ✹


Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

Au bazar des médias | 9 années sombres et coupes franches

mise au pas

La presse marocaine était devenue trop libre…

A

près le temps des sécuritaires qui tenaient le Maroc depuis les sinistres attentats de Casablanca en 2003, est venu celui des bailloneurs. Même si les premiers interdisaient parfois certaines parutions, le combat de la presse libre était rude, mais loyal. Des titres comme Tel Quel, Le Journal Hebdomadaire, ou encore El Massae et Akhbar al Youm avaient créé un ­espace réel de pluralisme. Au j o u r d ’ h u i , Mounir Majidi, le porte-monnaie du Palais et financier du roi Mohammed VI, achète les titres, les émascule par la pub, et quand les plus courageux résistent, il met les scellés et fait surveiller les bâtiments par deux cents flics, comme cela a été le cas ce mois-ci pour le titre arabophone Akhbar al Youm. Quant aux journalistes les plus récalcitrants, ils sont traduits devant les tribunaux avec, à la clé, d’énormes amendes et des condamnations, comme ce fut le cas pour quelques dizaines de confrères ces derniers mois. En octobre, Quinze journalistes ont été placés en garde à vue Certains communicants français, comme Olivier Le Picquard, l’inventeur du conce pt de « Royaume en mouvement », ont conseillé au pouvoir marocain de cultiver une image moderne, forcément moderne. La « culture de la diffamation », expliquaient ces beaux parleurs, devait se substituer à une « culture de l’interdiction ». Seul souci, la justice n’est pas libre au Maroc.

Les procès intentés aux journaux indépendants ont toujours tourné au désavantage de la presse libre. Depuis le début du mois d’octobre, quinze journalistes ont été placés en garde à vue. L’un d’entre eux a été condamné, le 15 octobre, à un an de prison ferme pour avoir tenté de décrypter un communiqué du Palais sur l’état de santé du monarque. Notre ami et collaborateur, Khalid Gueddar est appelé à comparaître, les lundi 19 et jeudi 22 octobre, devant le tribunal de Casablanca pour atteinte au drapeau national et à la famille royale. Il encourt une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison ferme. Le crime de ce dessinateur courageux ? Au printemps dernier, Khalid avait dessiné de superbes planches de BD sur Mohammed VI, le Roi qui ne voulait plus être Roi. Un M6 épicurien, amateur de jet ski, de plages et de boîtes de nuit, mais rien dans ces dessins de vraiment insultant. Cela avait déplu en haut lieu. Le pouvoir marocain a mis en avant un dessin insignifiant sur un cousin du Roi pour l’interpeller et le renvoyer devant le tribunal. Durant sa garde à vue qu’il a racontée au Journal Hebdomadaire, le titre phare de la presse francophone, Khalid Gueddar a été interrogé essentiellement sur Bakchich, que la DST marocaine croit inspiré par la Sécurité militaire algérienne. Triste « benalisation » du régime marocain après une tentative de transition démocratique réelle ✹ nicolas beau

vite fait France Télévisions, maison mère

ratures

UN BOUQUIN très AU POINT

Après la polémique sur les liens contractuels qu’ont toujours deux membres du CSA, Rachid Arhab et Françoise Laborde, avec leur ancien employeur France Télévisions, deux autres cas pourraient finir par laisser penser que le groupe audiovisuel a du mal à laisser partir ses ouailles. En effet, Gilles Leclerc et Gérard Leclerc, respectivement patrons de Public Sénat et de La chaîne parlementaire sont toujours liés au groupe audiovisuel public dirigé par Patrick de Carolis, qui leur refuse une mise en disponibilité. C’est ça, la fidélité ! ✹

Frédéric Lefèvre pour l’indépendance de l’AFP

La pétition pour la sauvegarde du statut de l’Agence France-Presse est en passe d’atteindre 20 000 signatures. Autant de voix dont le PDG de l’Agence, Pierre Louette, devra tenir compte lorsqu’il présentera les détails de son plan pour réformer l’AFP. Même Frédéric Lefèvre a accepté de signer. C’est dire ! Sauf qu’il s’agit d’un ingénieur de recherche et non pas du porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, toujours en première ligne pour tirer à boulets rouges sur l’AFP ✹

En direct de

Veinards, Bakchich vous en met décidément plein la vue ! Chaque semaine, rendez-vous sur www.bakchich.tv pour une enquête vidéo fouillée, des sujets d’actualité caustiques, un micro-trottoir impertinent, des zappings vidéo qui exhument le meilleur du Web. Et bien sûr, l’édito politique filmé de Jean-François Probst.

les vidéos de la semaine :

• Enquête : Norbert Jacquet, un pilote en chute libre. • Perrin fait signer une pétition pour Jean Sarkozy. • Probst : Jean dans l’Épad de son père. • À venir : des marchands de sommeil toujours en éveil ✹

a Les liens du journaliste de l’hebdo avec le patron des RG ? Gommés.

L

es Carnets noirs de la République, le livre que Patrick Rougelet publie chez Albin Michel, est un très bon ouvrage dont Le Point a divulgué les bonnes feuilles. Il aurait été excellent s’il n’avait été amputé de ses passages sur Hervé Gattegno qui, justement, gagne sa vie au Point. Dommage que les lecteurs de Rougelet soient privés de la description de ce journaliste, enfin mis au Point après avoir été très utile au Méridional et au Monde, s’agitant dans le bureau d’Yves Bertrand, le patron des Renseignements généraux, pour y prendre les consignes du piquet d’incendie, au moment où les journaux s’excitaient autour de la fameuse « cassette Méry » (on y dégustait l’interview d’un promoteur décrivant une pluie de pots-de-vin tombant autour de Chirac). Comment faire pour éteindre le feu avant qu’il ne brûle trop le mari de Bernadette ? Dommage aussi que les confidences faites par notre confrère au chef des RG et transcrites sur ses carnets, par exemple sur ses employeurs, aient été, elles aussi, zappées… En revanche, on peut s’étonner que l’on n’ait pas demandé à Rou-

gelet de gommer les allusions à Armel Mehani, collaboratrice de l’hebdomadaire et spécialiste du people qui, se trompant et prenant Yves Bertrand pour un vrai flic, l’a rencontré, elle, en toute innocence.

Les Carnets noirs de la République sont pourtant une bible pour tous les amis de la liberté. Car l’homme est capable de tendresse. Ainsi, dans un livre publié en 2007, il explique : « Je voudrais exprimer une pensée toute particulière pour Hervé Gattegno et Pascal Ceaux qui, au fil des ans, sont devenus des amis » (Pascal Ceaux est un journaliste du Monde)… Il n’empêche. Même amputé, le travail de Rougelet est admirable. Son livre est une bible pour tous les amis de la liberté. Au microscope, il détaille trois années passées dans l’arrière-cuisine d’une Stasi à la française qui passait au crible d’un totalitarisme secret la vie des autres ✹ jacques-marie bourget


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| Au bazar du Bazar

Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

rayons et étals trompe-l’œil

vernis Le bio fait vendre, mais est coûteux à produire. Pour gagner des clients sans se ruiner, les industriels se contentent de repeindre leurs emballages.

Les marques passent au faux vert

U

n zoli zoizeau qui fait cui-cui, quelques touffes d’herbes ici et là et, surtout, un gros logo « Nature’s pleasure » qui barre le paquet. Pas de doute, l’emballage du dernier muesli de Kellogg’s respire bon la nature. Du moins, c’est ce que cette multinationale de l’agroalimentaire aimerait vous faire croire. La recette, elle, n’est pas plus écolo qu’un 4 x 4 avec Noël Mamère au volant. Pas un gramme de bio, zéro éco-conception, juste un logo vert pour être plus présentable. Et booster les ventes de muesli qui stagnent depuis des années, alors que les ventes de bio connaissent une croissance à tout casser. En 2008, selon l’Agence Bio, elles ont bondi de 25 %, pour atteindre 2,6 milliards d’euros. « Les industriels ont bien compris qu’il y a un filon à exploiter », reconnaît un expert de l’agroalimentaire.

Seulement voilà, le bio est contraignant. Au moins 95 % des ingrédients doivent provenir de l’agriculture biologique pour qu’un aliment affiche le label AB sur son paquet (au rayon cosmétique, le seuil est fixé à 10 %). Une contrainte qui a pour conséquence des rendements moindres, des coûts de fabrication majorés… Et un prix final plus élevé. Si 40 % des Français sont prêts à dépenser plus pour acheter bio, Kellogg’s, Nestlé et Danone ont compris que les 60 % restants apprécient quand même qu’on leur chatouille la fibre végétale. À défaut d’être réellement écolo, donnons au moins l’impression d’avoir l’air naturel. Au hit-parade des symboles du « green washing » – le terme consacré des publicitaires pour qualifier cet habillage –, la vache fermière est en bonne place. Rondouillarde et rigolarde, elle n’a pas son pareil pour rappe-

ler la campagne du bon vieux temps. Pour preuve, les créateurs des jus de fruits smoothies, Michel & Augustin, ont fait un carton avec leur yaourt en bouteille rebaptisé « Vache à boire ». 71 % des clients citent l’origine française comme critère d’achat Mais les plus filous sont sans doute les rois de la cosmétique. Chez Yves Rocher, on ne parle que de « la cosmétique végétale ». Si ce terme vous paraît abscons, rendezvous sur le site de la marque où le végétal est roi. Il est la seule source d’inspiration, maîtrisé, protégé, et, surtout, bénéfique pour toutes les femmes… Garnier (L’Oréal) ne jure que par « la science de la nature ». Là, le vert pomme est de rigueur pour l’emballage de ses produits, ici, c’est un ingrédient naturel qui est mis en avant. La caféine pour tel soin du visage, l’eau de raisin (sic) pour un autre. « Plusieurs marques se sont positionnées sur le créneau du naturel très tôt, mais sans aller au bout de la démarche, avec une certification bio », grince-t-on chez Léa Nature, une des références des cosmétiques bio. Plus récemment, le made in France est devenu un argument écolo (lire Bakchich n° 2). La raison : moins un produit voyage, meilleur est son bilan carbone. D’après une étude du Crédoc, un centre de recherche qui scrute nos habitudes, 71 % des consommateurs citent l’origine française comme critère d’achat, après la sécurité alimentaire et le prix. Alors chez Mousline, quand ils ont lu ça, ils ont collé un « origine française » sur les paquets de purée. Et tant pis si les patates carburent au pesticide ✹ Perla Rebourt

trous de mémoire

La belle histoire du tour défonce

I

narrêtable, la caravane du Tour de France va encore encombrer les routes en juillet prochain. Trois semaines d’antenne, des ministres dans les voitures suiveuses et un bon million de spectateurs pour incarner la France éternelle, amoureuse du vélo. Avant le grand barnum, il s’agit de faire saliver. Le 14 octobre dernier, le tracé de la Grande Boucle 2010 a été dévoilé. Les plus jolis morceaux ont été réservés aux Pyrénées, avec deux ascen-

sions du col du Tourmalet. Batailles homériques en vue. Grosses chaleurs, pentes vertigineuses, hommes en danseuse… et limites de l’humain repoussées, comme chaque année, par tous ceux qui ont promis de remettre le couvert : les frères Schleck, Luxembourgeois sans compte Clearstream, l’Espagnol Alberto Contador, le lauréat 2009, ou encore Lance Armstrong, qui n’en finit plus de ressusciter des morts. Et après l’été, un petit soupçon viendra

inévitablement troubler le rêve. Cette année, cela a été la mort d’un grand espoir du cyclisme, le Belge Frank Vandenbroucke. Et de troublantes révélations, comme le 5 octobre dernier, quand Le Monde a écrit qu’Astana, l’équipe d’Armstrong et Contador, avait été privilégiée lors des contrôles antidopage. Heureusement, tout de suite après, viendra le moment de dévoiler le tracé 2011 du Tour. Et d’octobre à juillet, la caravane a le temps d’oublier… ✹ x. M.

Les grosses promos, c’est rien que du pipeau

P

romotions, piège à cons. Ce n’est pas Bakchich qui le dit. C’est, en substance évidemment, Serge Papin, le tout puissant patron de Système U, numéro 4 des marchands de boîtes de raviolis et autres paquets de nouilles en France, derrière Leclerc, Carrefour et Intermarché. Un tel langage de vérité, de la part d’un distributeur, est suffisamment rare pour être signalé et commenté. Cette « papinade » s’est déroulée il y a quinze jours, lors d’une intervention devant un parterre de professionnels (de la profession, comme dirait l’autre) réunis par LSA, un journal spécialisé dans la grande consommation. Son sujet de grand oral, ce jour-là : les prix bas… et leur meilleur ennemi, les promotions. « Il est aberrant de voir le kilo de côtes de porc à 3 euros en promotion et, trois jours plus tard, le même à 7 euros, expliquet-il. J’en ai assez de ces effets yoyo en permanence. Les clients ne comprennent pas, et nous avons tous intérêt à miser sur des prix bas permanents. » on vend sans marge un mois   et on se rattrape les onze autres Jouons donc, avec Serge Papin, au jeu du juste prix. Trois euros ? Sept euros ? Non, vous n’y êtes pas du tout. Écoutons le boss de Système U : « D’un côté, des prix abusivement bas, de l’autre, des prix abusivement hauts, résumet-il brutalement. Nous avons besoin de trouver un équilibre. » Le bon tarif serait donc de… Roulements de tambours… 4,90 euros. Par quel prodige ? Simple. Un ma-

gasin, un mois dans l’année, va vendre sa côte de porc à 3 euros le kilo. C’est-à-dire, franchement pas chère. En prévision de ces quelques semaines difficiles où il ne va pas gagner beaucoup d’argent et peut-être même en perdre, le gentil patron de la grande surface va donc prévoir, les onze autres mois, de se rattraper en boostant ses marges au maximum.

Les prix pratiqués par la grande distribution sont soit abusivement bas,   soit abusivement hauts. D’où un ahurissant 7 euros, complètement déconnecté du prix de revient réel. Moralité, et aveu en bonne et due forme du repenti Serge Papin : les promotions et autres rabais spectaculaires représentent dans bien des cas de fausses bonnes affaires. De quoi méditer en cette période où, partout, sur les panneaux publicitaires, à la radio ou à la télé, on ne voit et n’entend que des publicités vantant les prix soi-disant cassés de Carrefour, qui fête cette année ses 50 ans, ou d’Intermarché, joyeux quadra breton quant à lui. Tout le monde le sait bien : c’est souvent ceux qui en parlent le plus qui en font le moins ✹ Hugo Hélette Retrouvez tous nos articles de la rubrique consommation  sur www.bakchich.info


Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

Bédéreportage | 11 boulons

cols bleus La crise, c’est fini ! Vues d’une usine de mécanique générale de Saint-Étienne, les déclarations enthousiastes de notre ministre de l’Économie font grincer des dents. De licenciements en licenciements, la petite entreprise Faure peine à s’adapter et, aujourd’hui, tourne à vide.


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| Un peu de culture

Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

effeuillages prose-combat

L’Amérique taillée dans le Roth louis cabanes

L

’habitude du retrait ne fait pas de Philip Roth un retraité. Bien au contraire. « J’écris tous les jours de la semaine, à part ça, je me tais », dit-il dans son dernier roman, Exit le fantôme. Un goût de la discrétion qui tranche avec la démangeaison d’écrivains qui parlent tous les jours de la semaine et, à part ça, n’écrivent pas grand-chose. Le martyr médiatique est à ce prix. S’attacher au poteau de son ego, face caméra, et ainsi vendre… Non pas son âme, mais ses états d’âme.

Crainte de la mort, troubles de la sexualité masculine, identité juive, poids de l’Histoire… Exit le fantôme approfondit les thèmes chers au romancier, replongé dans l’agitation new-yorkaise. maintenant 71 ans. Son dernier bébé, Exit le fantôme, aurait pu s’appeler « l’homme qui porte des couches ». C’est dire l’intime. Le héros vit les premiers signes d’un écroulement physique qui l’amène à quitter sa campagne du Massachussets pour se soigner en ville, à New York qu’il avait quittée il y a onze ans. Il souffle alors sur les braises de son ancienne vie : Manhattan et ses sarcophages de verre, ses avenues à perte de vue, son cor-

tège de boutiques, de librairies et de gens pressés. « Tout ce que New York viendrait ajouter, ce serait ce dont j’avais décidé de me séparer dorénavant : l’ici et le maintenant. » Zuckerman n’a plus qu’une idée en tête, se laisser absorber dans ce présent qu’il avait tenu à l’écart et vivre tant bien que mal avec la corde de l’âge au cou. C’est le temps de la réélection de Bush, en 2004, de la guerre en Irak, et plus près de lui, de ren-

C’est le temps de réélection de Bush, de la guerre en Irak Pour parler de son siècle américain, Philip Roth n’a cessé de démolir la maison de sa vie, et de construire, briques après briques, années après années, celle de ses romans. Une œuvre qui coule comme un fleuve, bâtie autour de son personnage principal et alter ego, Nathan Zuckerman, dont le cycle débute en 1979 avec L’Écrivain des ombres, et continue de vieillir de conserve avec le fantôme qui lui prête vie. De la prose a coulé sous le pont de Brooklyn, Zucker man a

contres qui troublent cette nouvelle existence. Un jeune couple d’écrivains dont la donzelle l’a fait craquer, une ancienne amie mourante et un étudiant frondeur qui souhaite percer le secret d’un ami d’enfance de Zuckerman, le nouvelliste Lonoff. Ces trois personnages constituent le fil blanc du roman par lequel l’auteur de La tâche gratte l’écorce de l’Amérique. La magie de Roth provient de cette façon de peindre la vie, avec une montre qui est toujours à l’heure de celle de ses lecteurs. Un sens du temps de fiction qui semble être en parfait accord avec le sablier des secondes, minutes et heures d’une journée. Tout bat au rythme du cœur. Les personnages qui se meuvent pourraient défiler au son du « tic-tac ». Cette impression d’une écriture aiguisée à la lame de l’instant, offre l’illusion fascinante de posséder un monde qui s’ouvre, page après page, nonchalamment. Il se fixe à soi jusqu’à ce qu’on s’anéantisse en lui par une lente et progressive accoutumance à la narration. La lecture est une immersion. C’est en cela que Philip Roth est un géant de

radical

A

Le héros, Nathan Zuckerman, a maintenant 71 ans et vit les premiers signes d’un écroulement physique. Il y a donc dans cette entreprise quelque chose de merveilleux, en contradiction avec notre quotidien. Un éclairage lent et perpétuel d’une existence qui survit par sa propre dynamique, comme un paquebot lancé vers les quais. Même la rapidité avec laquelle l’information circule s’apaise pour laisser une vision simple de la vie. L’œuvre de Philip Roth est de pousser à son ter me une douleur exquise, celle de la complexité, et son roman obéit à l’escalade du golgotha : « Un livre sur un homme qui sait où il pourra trouver son calvaire, et qui y va. » ✹ Exit le fantôme, de Philip Roth, éditions Gallimard, 21 euros.

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Que faut-il négocier avec l’Iran ? Rien près des siècles de monarchie brouillonne que passionnée, mais absolue, cinquante ans dont le mérite est de bousculer une d’autocratie prétendue certaine doxa journalistique, qui constitutionnelle, une révolution oublie parfois que le véritable pouislamique et trente années de thévoir demeure entre les mains du ocratie totalitaire, l’Iran successeur de Khomeibouge encore. Trop, au ny, Ali Khamenei. Degoût de la communauté vant ce guide suprême, internationale, qui soules ennemis d’un soir haite la démocratie au d’élection, Moussavi et peuple iranien et un acAhmadinejad, ne sont cès stable aux réserves que d’utiles alibis à un de pétrole, de gaz et pouvoir non élu, et Ahd’uranium. « Que faimadinejad lui-même, re ? », se demande l’occirévocable à tout instant dental moyen à qui on a par le Guide, un simple déjà fait le coup du pays figurant. Quant au partrès méchant à démo- Ne négociez pas avec le ré- lement, c’est peu de dire cratiser d’urgence. gime iranien, de Chahdortt qu’il est décoratif. « Surtout, ne pas négo- Djavann, Éd. Flammarion, Chahdortt Djavann rapcier », répond la roman- 60 pages, 8 euros. pelle les responsabilités cière francophone d’orihistoriques du bloc angine iranienne, Chahdortt ticommuniste dans « l’invention » Djavann, dans une « lettre ouverte de Khomeiny, ainsi que l’alliance aux dirigeants occidentaux », aussi objective existant entre la Russie,

la littérature. Il est de notre taille, marche de notre pas, écrit avec nos doigts. Il a réussi à imposer un temps universel, le sien, qui devient ce lui de tout le monde. Exit le fantôme ne fait que découvrir un peu mieux ce que Roth a tenté de révéler le long de ses romans précédents. Les troubles de la sexualité masculine, de l’identité juive américaine, le poids de l’Histoire sur nos sociétés, la crainte de la mort et la place des États-Unis dans le monde. Comme si finalement chaque livre n’était qu’une réponse au précédent.

la Chine et les mollahs. Moins bien informée que nos lecteurs sur la realpolitik nucléaire française (lire Bakchich n° 2), elle félicite Sarkozy pour la fermeté de sa rhétorique anti-mollahs avant d’exhorter une nouvelle fois les dirigeants occidentaux à ne pas dialoguer, même avec les prétendus « réformateurs ». « Que faire ? », se demande à son tour le lecteur. Récusant l’option guerrière et le boycott, l’auteur évoque une alliance des grandes puissances intéressées par le gâteau iranien pour contraindre à la démission le régime des mollahs et rendre aux Iraniens un symbole fort de leur identité : « Peut-être un roi […] qui régnerait mais ne gouvernerait pas. » On l’aura compris, ce petit essai, en forme de cri de désarroi sincère, est tout sauf un guide pratique de géopolitique ✹ Pascal Fioretto

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Bakchich Hebdo | mercredi 21 octobre 2009

Un peu de culture | 5

technicolor on s’fait une toile ?

Le Ruban blanc : Haneke, père sévère marc godin

En 1913, une série d’actes barbares trouble la vie d’un village allemand. Michael Haneke l’entomologiste explore les racines du mal, mais peine à convaincre. Palme d’or à Cannes.

A

lors, cette Palme d’or ? - Huuuum… - Dis donc, tu ne vas pas faire la fine bouche ? Haneke fait partie des grands, quand même. - J’adore Haneke, même si son cinéma est glaçant et austère. Avec lui, il faut être en forme : la moitié des critiques ronflait lors de la projo du matin à Cannes… Une seule certitude pour le spectateur : toi qui entres dans le cinéma, abandonne tout espoir ! - Ça se confirme une nouvelle fois avec Le Ruban blanc. Nous sommes en Allemagne, à la veille de la Première Guerre mondiale. Un câble tendu entre deux arbres provoque la chute du médecin du village. Des actes mystérieux, barbares, vont éclabousser le baron et sa famille, les paysans, le pasteur, l’instituteur, la sagefemme et, bien sûr, les enfants. - C’est du lourd. Mais Monsieur le professeur Haneke va nous faire la leçon et tout nous expliquer. - Mais j’ai rien demandé, moi ! - Silence ! Encore un mot et je t’envoie au coin. C’est le maître Haneke qui parle. Et il va enfin déterrer les racines du mal, t’éclairer sur la soumission religieuse, sur le joug du patriarcat,

du puritanisme, la hantise du péché et d’une sexualité mortifère. - Un peu roboratif, non ? - Peut-être, mais ce qui me gêne surtout, c’est le message de papy Haneke. Pour lui, les enfants soumis, battus, humiliés, violés par des parents constipés et infirmes de la braguette formeront, vingt ans plus tard, le gros des troupes hitlériennes et des partisans du nazisme. Les voilà les racines du mal ! Avec ses gros sabots, Haneke filme ces enfants aryens comme les extraterrestres flippants du Village des damnés. Étonnant, non ? Leurs victimes : le médecin juif, un enfant handicapé… Ça te rappelle quelque chose ? Les enfants

Groupe Bakchich, SAS au capital de 51 430 euros • Siège social : 121 rue de Charonne 75011 Paris. CPPAP : en cours • ISSN : en cours • Dépôt légal : à parution • Impression : Print France Offset Gestion des Ventes au numéro : A.M.E | Otto Borscha | Tél. 01 40 27 00 18 | oborscha@ame-press. com | N° Vert : 0800 590 593 réservé uniquement au réseau de vente. Bakchich Hebdo près de chez vous : www.trouverlapresse.com Tous les textes et dessins sont © Bakchich et/ou leurs auteurs respectifs.

La première scène place le film sous le signe du faux - La meilleure scène du film. Haneke a du talent, c’est un maître de l’ellipse, du hors-champ, mais la scène d’ouverture du film, où le médecin tombe de son cheval, – un trucage numérique complètement raté – place ce Ruban sous le signe de la fabrication, du faux. Ce qui est bien dommage pour un film censé dire enfin toute la vérité. - Et la Palme d’or ? - La récompense suprême pour l’instituteur Haneke ? Il y avait des propositions de cinéma autrement plus excitantes, je pense à Antichrist, mais je suis un peu seul sur ce coup-là, ou le terrassant Kinatay, du philippin Brillante Mendoza. Moi, j’aurais donné la Palme à Haneke, il y a longtemps, pour Benny’s Video ou Funny Games. - Je n’aime pas Funny Games. - Tant pis pour toi. - Autre chose à ajouter ? - Ah oui, l’acteur qui interprète le pasteur autoritaire et coincé, Burghart Klaussner, est le parfait sosie de Denis Olivennes. Et ça, ça fout vraiment les jetons ✹ Le Ruban blanc, de Michael Haneke, avec Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesch, Ulricj Tukur. En salles le 21 octobre.

la bakchich team Directeurs de la rédaction : Nicolas Beau, Xavier Monnier • Conseiller éditorial : Jacques-Marie Bourget • Chroniqueurs : Angelo Rinaldi, Matthieu Adenil, Daniel Carton, Jacques Gaillard, Marc Godin, Doug Ireland, Eric Laurent • Rédacteurs en chef édition : Eric Walther, Cyril Da • Maquette : Rampazzo et associés (conception), Émilie Parrod • Secrétaire de rédaction : Sarah Zegel • Rédaction : Monsieur B, Sacha Bignon, Émile Borne, Louis Cabanes, Renaud Chenu, Gaëlle Corvest, Éric de Saint-Léger, Lucie Delaporte, Marion Gay, Catherine Graciet, Eric Laffitte (rubrique people), Anthony Lesme, Laurent Macabies, Simon Piel, Enrico Porsia, Bertrand Rothé (rubrique conso), Grégory Salomonovitch, Anaëlle Verzaux• Dessinateurs : Baroug, Ray Clid, Khalid, Kerleroux, Mor, Morvandiau, Nardo, Oliv’, Pakman, PieR Gajewski • Directeur de la publication : Xavier Monnier.

sont des monstres, des créatures étranges, c’est son postulat, et c’est à cause d’eux que l’Allemagne plongera tête baissée dans la folie du nazisme. Mais Haneke ne dit rien sur le traité de Versailles, les faiblesses de la République de Weimar ou la crise de 1929… - Sa mise en scène évoque Ingmar Bergman. - Oui, mais il est trahi par sa vision d’entomologiste, dans ce « film rigoureux sur les dangers de la rigueur ». Haneke regarde ses personnages comme des cloportes, à travers son beau microscope noir et blanc. Je me suis senti mal à l’aise pendant toute la projection, à cause de son côté protestant chiant, son manque

d’empathie pour ses personnages, et sûrement pour ses contemporains. Et par son côté sadique : avait-il vraiment besoin de 2 h 25 pour nous infliger cette leçon d’histoire bancale ? - Il y a quand même de grands moments, notamment cette scène où le médecin veuf agonit d’injures sa maîtresse, la sage-femme : « Tu es laide, négligée, la peau flasque, l’haleine fétide… »

Sin Nombre de Cary Fukunaga

Au Mexique, un ado membre d’un gang cherche à gagner les États-Unis avec une jeune fille du Honduras. Primé au festival de Sundance, un premier long-métrage qui épouse la forme d’une tragédie antique et d’un film d’action. Vraiment puissant. Il était une fois la révolution (reprise) de Sergio Leone

La rencontre, forcément explosive, d’un voleur mexicain (Rod Steiger) et d’un ex-révolutionnaire irlandais (James Coburn). Un des meilleurs Sergio Leone, copie neuve ! Jennifer’s Body de Karyn Kusama

Scénariste de Juno, Diablo Cody a vendu son âme à Hollywood pour ce teen movie horrifique, stupide et vain, avec un insupportable second degré pour faire marrer les branchés. Megan Fox a de belles canines, mais aucun talent. WhiteOut de Dominic Sena

Dans une base de l’Antarctique, une fliquette recherche un tueur qui usine ses victimes au piolet. Un nanar tourné avec des moufles, avec Kate Beckinsale qui prend des douches sur la banquise. Lucky Luke de James Huth

La catastrophe industrielle. Il y a quelqu’un qui lit les scénarios chez UGC ? Après les adaptations calamiteuses des BD cultes Blueberry, avec Vincent Cassel, et Les Dalton, avec Éric et Ramzy, voici aujourd’hui cette chose. Du pognon, plein d’acteurs, dont Jean Dujardin dans le rôle du cow-boy solitaire, et pas d’histoire. Un non-film. J’tai ca-ssé ! ✹

zappette

koh lanta, c’est plus fort que moi

L

e difficile à gérer, pendant deux heures de Koh Lanta, l’émission culte de téléréalité sur TF1, c’est le stock de Kronenbourg et les livres de BHL pour l’after. La boisson, parce que cette émission mortelle exige une sérieuse mise en bière ; les bouquins pour, le temps de la sottise achevé, se laver le cerveau avec de la grande pensée (Montaigne peut aussi faire usage). Soyez prévenus : le scénario de Koh Lanta tient, au choix, sur la face d’un confetti ou dans le cerveau d’un Patrick Le Lay. Un grand jeune homme frisé règne sur une section de dingos, hommes et femmes, claquemurés entre les cocotiers d’une île du Pacifique où ils jouent les Robinson. Ce frisouillé est la statue de Commandeur, l’homme référent, le prince et le dieu de ce Radeau de la Méduse. Ayant pris le naufrage en marche, il ne restait que sept survivants vendredi soir. Pour la « diversité », TF1 fait mieux que l’As-

semblée nationale, puisque Kader et Christina, une expressive fille des Caraïbes, sont encore les hôtes de la grotte platonique. Bien sûr, leur vie est une suite d’épreuves. Le frisé l’a dit : il faut aller chercher des cordes au fond de l’eau, puis les lacer entre des piquets pour décrocher une étoile en carton. Patrick gagne. Et offre le steak, prix de son succès, au reste de la troupe formée de « jaunes » et de « rouges ». Koh Lanta est le seul espace, sur TF1, où l’on peut dire du bien des rouges. les campeurs traînent toujours un poignard dans le dos

Je digresse ? Oui. En victime du syndrome Koh Lanta : dire et montrer en deux heures ce qui pourrait l’être en un plan, en une phrase. Le flot de Kro, face à ces êtres sans feu ni flammes, nourris à la coco, finit par se tarir. Tellement que l’on attend le dieu Sarkolanta ou le Raid, tombés du ciel, pour

délivrer ces Français des pièges de TF1 ! Toujours est-il que l’on pleure beaucoup quand on est une ménagère, un ménager de moins de 50 ans et qu’on fait le con sur une île. Même le viril Rodolphe, ici redresseur de torts et de tôles dans sa ville, Marseille, pleure sur son poil et son destin. Fort heureusement, la haine les occupe. La règle de cette société est de voter régulièrement pour éliminer l’un d’eux de la compagnie. Ce système de solidarité vu par TF1 flanque une drôle d’ambiance chez les campeurs qui, dans le dos, traînent toujours un poignard. Si, vendredi, vous étiez au concert de Xenakis, j’espère que vous

avez bien enregistré l’épisode. Non ? Alors, je vous préviens : Rodolphe a été viré. Incompréhensible, un type qui aime l’OM. Regardez le prochain épisode, je vois pointer le cannibalisme. Cette vieille manière d’aimer son prochain ✹ j.-M. b.


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chaud, chaud, chaud

France

coup de coude

planètes politiques

L’horoscope d’Élisabeth Feissier

bon débarras !

VERSEAU, 20 JANVIER - 18 FÉVRIER Vous entreprenez, Nicolas Sarkozy, d’aller au bout de la réforme des collectivités territoriales. De quoi irriter encore un peu plus votre majorité, après la polémique Polanski, l’affaire Mitterrand, le scandale Jean Sarkozy, la suppression de la taxe professionnelle, le creusement des déficits publics, la création de la taxe carbone et d’une prime aux élèves présents. Entraînez-vous à ramer. Retour probable de migraines.

’est écrit. C’est le destin. C’est ce que pensent des clercs et des puissants qui ne veulent pas croire à la capacité de l’Homme à peser sur son avenir. Pourtant, il suffisait d’être clairvoyant, chers Gaulois, pour comprendre que tant en Guinée Conakry que chez France Télécom, il fallait, et depuis longtemps, qu’un grand changement s’opère, par la volonté de ceux qui recherchent le progrès : que Dadis Camara s’en aille ! Et même chez les

POISSONS, 19 FÉVRIER - 20 MARS Belle semaine grâce à Neptune, François Fillon. Alors que Nicolas Sarkozy est l’objet de critiques, votre discrétion séduit. Vitalité. BÉLIER, 21 MARS - 21 AVRIL Mars vous emmène au plus loin, Xavier Bertrand. Cinq jours en Chine, tout seul comme un grand, pour renouer les liens du dialogue avec cette gigantesque puissance économique. De quoi oublier les tensions à droite et les mails de colère qui arrivent à l’UMP. Gare à la gourmandise ! TAUREAU, 22 AVRIL - 20 MAI Avec Mercure, les Taureaux reviennent en force. Après votre congé maternité, Nathalie Kosciusko-Morizet, vous multipliez les apparitions. Tout comme votre congénère de zodiaque, Dominique StraussKahn, passé à Paris pour le mariage d’un ami. Vous craigniez l’oubli. Rassurés ?

GÉMEAUX, 21 MAI - 21 JUIN Problèmes de communication et d’harmonie au travail, François Bayrou. Vous enregistrez de nouveaux départs des instances dirigeantes du MoDem, dont celui de Corinne Lepage. Dans le même temps, les Verts refusent de s’allier avec vous pour le premier tour des régionales. Restez couché cette semaine, c’est plus sûr. CANCER, 22 JUIN - 22 JUILLET Mercure le messager entre dans votre signe, Chantal Jouanno, et annonce une période faste sur le plan social. Nicolas Sarkozy vous fait toute confiance à l’Écologie et vous encourage à vous lancer dans la bataille des régionales face à Ségolène Royal. Bien-être. LION, 23 JUILLET - 22 AOÛT Vous reprenez des forces, Frédéric Mitterrand. Progressivement avec Vénus, vous remontez la pente. Mangez de l’ail pour favoriser vos défenses immunitaires. VIERGE, 23 AOÛT -22 SEPTEMBRE Bravo, Jean Sarkozy, vous intégrez l’horoscope des politiques et prenez – au moins cette semaine – la place de Ségolène Royal. Votre papa va pouvoir être fier de vous. Tsunami à prévoir pour votre nomination, pardon, votre élection, à la tête de l’Epad. Dépôt des candidatures fixé ce vendredi. D’ici là, pensez à faire vos devoirs pour obtenir votre licence de droit. Énergie fluctuante.

BALANCE, 23 SEPTEMBRE - 22 OCTOBRE Vos apparitions se comptent sur les doigts d’une main, Frédéric Lefebvre. Vous raréfiez votre parole pour qu’elle retrouve un peu de poids. Attention, vous vous mitterrandisez. Cheveux secs. SCORPION, 23 OCTOBRE - 21 NOVEMBRE Semaine chargée, Dominique de Villepin, avec les plaidoiries des avocats dans le procès Clearstream et la présence de Saturne dans votre signe. Gardez espoir : pour vous, la bataille médiatique est déjà gagnée. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy a reconnu la semaine dernière dans Le Figaro qu’il aurait mieux fait de ne pas publiquement commenter l’affaire. Attention à la fatigue.

C

Balkany à Levallois si cela les enchante ! Que Lombard, celui des « suicides à la mode » chez France Télécom, soit débarqué aussi. Même Jean Sarkozy dirigerait mieux, sans doute, cette pauvre boîte aux tragédies répétées ! En ce qui concerne l’Epad, rien n’est écrit. Pourquoi ne pas vouloir mettre cet établissement sous tutelle, celle du non fataliste, honnête et expérimenté, président de la Cour des comptes, Philippe Séguin ? ✹ s.a.r. le prince pokou

coup de griffe

SAGITTAIRE, 22 NOVEMBRE 20 DÉCEMBRE Tensions à prévoir, Rama Yade. Vous êtes l’une des rares à avoir fait entendre une voix discordante sur l’affaire Jean Sarkozy. Aujourd’hui, vous ramez pour expliquer que l’AFP s’est mélangé les pinceaux. Certaines de vos responsabilités risquent d’être remises en question. Mauvaise alimentation. CAPRICORNE, 21 DÉCEMBRE - 19 JANVIER Le zodiaque est avec vous, Christine Lagarde. Un dernier sondage vous place en tête des Premiers ministres souhaités par les Français, après François Fillon. Vous savourez l’instant. Tonus ✹

coup de boule

les successeurs d’edvige sont arrivés

grosse Panique, la grippe A est grippée

A

lors, elle arrive, cette grippe ? Depuis des mois que le gouvernement et les industriels de la santé ont, dans un touchant ensemble, entonné le chant de la menace imminente, on l’attend toujours, la grande offensive de la pandémie du siècle. Ça commence à nous rappeler l’un des plus gros bluffs de l’histoire récente, lorsque Bush père et ses alliés nous avaient présenté l’armée de Saddam comme « la troisième du monde ». On connaît la suite. La pétoche doit prospérer chez nos puissants. Vous imaginez qu’on ne puisse pas en découdre, qu’on ne lui montre pas ce qu’on a dans le ventre, au H1N1 ? Elle aurait l’air de quoi, la maréchale Bachelot avec son stock de munitions en rade sur ses Crocs roses : pas moins de 98 millions de doses de vaccin. Grâce au constitutionnel principe de précaution et à la vigilante pression du complexe médico-industriel, ça, on est parés. Oubliée, la crise des finances pu-

bliques, l’État a signé sans rechigner un chèque de plus de 800 millions d’euros aux labos. Heureux, les GlaxoSmithKline, Sanofi-Aventis et autres Novartis ! Et ce n’est pas tout. Quoi qu’il arrive, ces maudits vaccins, on en a beaucoup trop. Le dernier état de la science nous apprend qu’on en aurait commandé deux fois trop. Une dose suffirait pour protéger le citoyen inquiet, au lieu des deux prévues. Soyons sport, la France n’est pas la seule a s’être montrée fort précautionneuse. Du coup, tous les pays overdosés font don de leur surplus aux pays du Sud, via l’OMS. Ils risquent d’ailleurs de crouler sous les seringues. Au moment où la campagne de piqûres doit débuter dans tout le pays, il apparaît qu’une bonne partie de la population est déjà vaccinée contre… l’intox. À en croire les sondages, un Français sur deux n’a aucune envie d’aller se faire trouer l’épiderme. Grippé, on vous dit, le H1N1✹ Émile borne


Bakchich N°5