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FLOWING LINKAGES AARAB YOUSRA BENYAHYA KHADIJA

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PROJET DE FIN D’ÉTUDEs - SESSION 2018 ARCHITECTURE, AMBIANCES ET CULTURE NUMÉRIQUE École nationale supérieure d`architecture de grenoble 2


LA MAISON DE LA CRÉATION ET DE L’INNOVATION YOUSRA AARAB ET KHADIJA BENYAHYA

Jury PFE : Directeur d’étude:

Philippe Liveneau Architecte/ Docteur liveneau.p@grenoble.archi.fr

Représentant UE 1:

Grégoire Chelkoff Architecte/ HDR gregoire.chelkoff@grenoble.archi.fr

Représentant UE 2:

Amal Abu Daya

Architecte/ Doctorante

abudaya.a@grenoble.archi.fr Magali Paris paris.m@grenoble.archi.fr Enseignant d’une autre UE: Nicolas Dubus

Ingénieur / Docteur Architecte/ Doctorant

dubus.n@grenoble.archi.fr Enseignant extérieur:

Hervé Lequay herve.lequay@lyon.archi.fr

Directeur MAP-Aria, UMR CNRS-MCC

Enseignant extérieur:

Sébastien Bourbonnais Architecte/ Docteur sebastien.bourbonnais@gmail.com

Personnalité extérieure:

Basile Cloquet

Architecte/ Docteur/ AMACO basile.cloquet@lesgrandsateliers.fr


REMERCIEMENTS

Nous adressons nos remerciements aux personnes qui nous ont aidées et soutenues dans la réalisation de ce travail de PFE. En premier lieu, nous souhaitons particulièrement remercier Philippe Liveneau, Grégoire Chelkoff et Amal Abu Daya pour leur soutien, leurs conseils, leur patience et leur confiance tout au long de cette année. Nous souhaitons remercier également Magali Paris pour ses retours et ses reflexions qui ont permis l’avancement et la construction de notre discours ainsi que l’évolution de la rédaction de ce mémoire. Nous sommes également reconnaissants à Olivier Baverel qui a participé à restructurer notre propos. Merci à Julien Alexandre pour le partage de ses connaissances et son savoir lors du prototypage. Finalement, nos remerciements vont également à nos collègues et nos familles pour leur soutien et leur support.


Sommaire

INTRODUCTION LA QUÊTE DE LA FLUIDITÉ

1- Complexité formelle comme expression. 2- Fluidité. 3- Les champs magnétiques, de la physique à l’architecture. 4- Émergence, des systèmes naturels à l’architecture.

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DU PROCESSUS COMPUTATIONNEL À LA FABRICATION 1-Processus génératif 2-De la ligne de force à la ligne de lumière 3-Fabrication digitale

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UNE ARCHITECTURE ÉMERGENTE À LA CONFLUENCE DES FLUX 1-Le campus, paysage support du projet 2-Morphogenèse 3-L’expérience de la continuité

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CONCLUSION

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BIBLIOGRAPHIE

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CRÉDITS ICONOGRAPHIQUES

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79 89

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INTRODUCTION

Le projet de fin d’études vient clôturer cinq années de formation, de recherche et d’explorations architecturales qui visent à forger une approche personnelle et singulière de l’architecture, aiguiser son regard critique et approfondir les apports théoriques et pratiques quant à l’exercice de la profession. Le PFE se présente, comme une occasion pour formaliser l’ensemble des savoirs acquis ainsi qu’une opportunité pour mettre en exergue notre approche architecturale développée tout au long de ces années afin d’ériger un projet qui non seulement répondrait aux exigences requises dans le cadre d’un travail de PFE, mais nous permettrait également d’exprimer notre sensibilité propre, transmettre une émotion, et s’interroger sur l’essence même des choses afin de construire un champ propice à la recherche, une pratique convoitée et très encouragée dans le cadre du master. L’expressivité de la recherche occupe une place importante dans l’architecture d’aujourd’hui. Cet élément ouvre le champ sur de nouveaux aspects qualitatives à travers l’expérimentation et l’analyse. En architecture, la recherche considère l’étendu des domaines de la pratique; la science, la sociologie, l’art…. L’incubation de ces connaissances de différents champs en architecture permet d’enrichir le travail conceptuel. Ainsi, la recherche représente une expérience singulière de la pensée. Research by design, «la recherche par la conception» renvoie aux différents liens qui interconnectent la conception et la recherche dans la manière de produire de nouvelles connaissances à travers l’acte de concevoir. 9


L’investigation des qualités et problématiques des résultats obtenus ainsi que le questionnement des potentialités et des caractéristiques architecturales portent l’expression libérative de la recherche, permettant ainsi d’établir un dialogue entre les connaissances anticipées et les nouvelles idées produites. Dans ce sens, le travail conceptuel est abordé d’une manière exploratoire, fondé sur des données relatives au site et au contexte du projet mais toutefois porté par la volonté de faire émerger un langage architectural singulier via la recherche formelle. Au sein du master Architecture, Ambiances et Culture Numérique, le travail de fin d’études s’interroge sur la notion de la culture, et en fait une porte d’entrée pour aborder les questions de réflexion et de conception architecturales qui constituent la problématique générique du projet, intrinsèque à la discipline même. Ensuite viennent les problématiques inhérentes à l’ère numérique qui constituent un enjeu de taille au sein du master. La fin ultime de ce travail réside donc en la faculté à articuler et concilier ces aspects tout au long de la réflexion menée.

1:Dictionnaire ‘’le petit Robert’’, édition 1998 2: M.-A. ROBERT, Ethos. Introduction à l’anthropologie sociale, Coll. « Humanisme d’aujourd’hui », Ed. Vie ouvrière, Bruxelles, 1968, p. 27 3:M.-A. ROBERT, op. cit., p. 19.

La notion de la culture admet une pluralité de sens, le mot ‘’culture’’ émane du latin ‘’cultura’’ et apparait dans la langue française vers la fin du XIII ème siècle désignant soit une pièce de terre cultivée, soit le culte religieux. On peut définir 3 sens différents de la culture. Le premier est le sens restreint de la culture savante qui désigne le développement de certaines facultés de l’esprit par des exercices intellectuels appropriés.1 Le deuxième est le sens courant qui désigne généralement la connaissance des oeuvres de l’esprit : littérature, musique, peinture…2 Finalement, il y’a le sens anthropologique et sociologique qui désigne l’ensemble des activités, des croyances et des pratiques communes à une société ou à un groupe social particulier3. 10


L’expression de la culture dans les villes vient par la construction et le renforcement de son identité culturelle, la preuve physique de l’investissement des villes dans cette action vient en premier lieu par le biais des équipements culturels urbains que les acteurs mettent à disposition des citoyens afin de répondre au besoin de production de la culture et sa consommation. Cette préoccupation est devenue un sujet de fond pour les décideurs politiques car elle constitue un pilier inhérent au développement économique et à la qualité de vie. La maison de la création et de l’innovation, que nous considérons comme une opportunité d’expression de l’identité et de la spécificité de la ville de Grenoble; soucieuse d’offrir une image urbaine qui repose sur des symboles culturels locaux, répond en premier lieu à un besoin logistique d’apporter une plateforme d’accueil pour les activités de recherche et de formation autour des thématiques de la création et de l’innovation mais émanerait également d’une volonté profonde de véhiculer l’image de la métropole en général et du ‘’Campus Grenoble université de l’innovation’’ en particulier au titre de l’opération financée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes. La réponse architecturale à ce programme d’une très grande symbolique liée à l’identité de la ville devrait alors porter les valeurs et les enjeux formulés pour la Maison de la Création et de l’Innovation à différentes échelles. Une réponse innovante à l’envergure de la mission portée par le programme qui permettrait de renforcer le rayonnement culturel, scientifique et artistique de la ville de Grenoble au niveau national, mais aussi dans le monde entier. Nous développons donc une architecture ambitieuse, tant par son programme que par son esthétique formelle et son expérience phénoménologique fondée sur cette politique volontariste de créer un levier économique et social, un catalyseur sur un plan plus large qui susciterait peut-être de l’étonnement mais jouerait un rôle essentiel dans la construction de 11


l’imaginaire social et de l’identité collective, car nous sommes fermement convaincues que l’architecture a ce pouvoir de porter des valeurs, transmettre un message et matérialiser une culture. L’espace conçu doit donc incarner l’ambition de son contenu. Conscientes des enjeux que représente le fondement même de notre position, et loin de la prétention de vouloir apporter une solution unique et toute faite à la problématique. Nous considérons plutôt ce projet final d’études comme une opportunité qui ne se présentera peut-être pas dans l’avenir, une occasion d’explorer la complexité du processus de conception d’architectures que nous qualifions de non-standards en utilisant l’outil numérique pour la génération de la forme ainsi que le rapport autopoiétique de cet édifice à son contexte. La présentation de notre travail dans ce mémoire est organisée en trois parties. Dans une première partie théorique nous allons développer notre positionnement intellectuel, en présentant certains concepts essentiels dans les domaines de l’architecture non standard qui est l’entrée que nous proposons pour ce projet comme les notions de la complexité, la fluidité, les champs et l’émergence. Nous allons ensuite exposer et expliquer le processus génératif du projet ainsi que le travail de prototypage et de fabrication digitale. Finalement, nous allons expliquer le développement architectural, urbain et paysager du projet à travers l’analyse du contexte, l’explication de la morphogenèse architecturale et paysagère et la configuration intérieure de l’édifice.

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LA QUÊTE DE LA FLUIDITÉ


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COMPLEXITÉ FORMELLE COMME EXPRESSION

4:Complexité-Simplexité , Jean-Luc Petit et Alain Berthoz

5:L’atelier des mémoires , Méthodologies , Florence Sarano

6: Introduction à la pensée complexe, Edgar Morin

La pensée architecturale est un vaste domaine d’investigation, pour lequel de nombreuses méthodes conceptuelles sont envisageables, ouvrant sur de multiples processus et potentialités. La volonté de se confronter à la complexité nous a orienté vers une étude des méthodologies de conception qui ont révolutionné l’architecture d’aujourd’hui. Le thème de la complexité a été largement remis en valeur en théorie de l’architecture en développant un point de vue critique opposable aux dérives du rationalisme. Le compliqué étant fini, la complexité est alors infinie4. En effet, cette démarche définit le processus de la conception architecturale, imaginer le développement du projet, son déroulement, sa problématique et ses solutions nous est propre. C’est alors l’ouverture d’esprit de l’architecte qui détermine l’orientation du projet, sa pensée est donc infinie. La réflexion sur le complexe du latin «complexus» : ce qui est « tissé ensemble », forge l’orientation de ce travail, désigne la pensée qui relie un tout à ses parties et articule au lieu de segmenter5. ll ne s’agit plus juste d’un positionnement esthétisant mais de l’amorce d’une réflexion sur la construction et la stratification des connaissances architecturales, un enchainement continu d’un système complexe en mutation constante. La pensée complexe d’Edgar Morin interroge les «reliances»6 entre le tout et les parties d’un objet qui le compose. La notion de la complexité dans la conception du projet est interprété donc sur les fondement de la pensée complexe , visant à créer un bâtiment à la confluence des flux qui le composent. L’ère de la révolution technologique forge la pensée du projet et en dévoile de nouvelles opportunités d’expérimentation générative de formes complexes. Un continuum computationnel allant de la conception à la construction est établi. L’introduction des nouvelles technologies permet en effet de s’affranchir des masses cubiques et cylindriques et de créer des ensembles sculpturaux redéfinissant le langage architectural et ainsi la nature des relations entre le corps et l’espace. 17


perceptions habituelles des configurations spatiales. Des formes à tendances organiques, des volumétries irrégulières et géométries «fragmentées» sont associées à cette architecture. Le mouvement et l’interaction entre les formes, la menace de l’instabilité, les volumes évidés de leur masse, le dynamisme de la complexité et la diversité sont des thèmes intrinsèques au déconstructivisme. Sous un dynamisme suscité par le contraste fragmenté de volumes, de formes courbes, et la diversité des matériaux, le Guggenheim museum Bilbao développe l’approche déconstructiviste de Gehry promouvant des formes organiques et ondulantes, jouant des matières et des lumières . Le croisement de la poésie architecturale du musée et son approche novatrice tant dans la conception que dans la réalisation, dont la faisabilité a été assurée par la translation de technologies développées dans l’aéronautique par la société Dassault systèmes avec le logiciel CATIA. Le logiciel numérise les points, les bords, les surfaces et les relie à la maquette faite à la main par Gehry pour effectuer par la suite différentes manipulations computationelles. CATIA calcule par la suite l’emplacement , le positionnement et les orientations structurelles propre a chaque pièce . Cela met en relation le génie conceptuel de l’architecte et l’outil technologique qui caractérise l’imprédictibilité stimulante et un chaos contrôlé de cette architecture . FIG (1) :Guggenheim museum Bilbao 3D View of the GMB on the software CATIA VS the built version .

Blobitecture Le terme même de ‘’Blob architecture’’ a été inventé par l’architecte Greg Lynn en 1995 suite à ses expérimentations avec logiciel de dessin Metaball, une technique d’infographie pour représenter les fluides et les formes « molles »7. Un caractère mouvant et dynamique est souvent associé à ce type d’architecture, ce caractère est inhérent au processus même de la conception. Depuis les premiers blobs de Lynn, ce formalisme se réfère à l’ambition d’aboutir à des 18


dynamiques générales alliant la complexité du mélange entre stabilité et instabilité, principale caractéristique du monde contemporain, menant à l’apparition d’un nouveau formalisme architectural, au vocabulaire sinueux, courbe, ou plié, sans les angles droits ou les formes symétriques traditionnelles, ces expérimentations ont pu aboutir grâce aux outils de dessin et modélisation assistée par ordinateur. Greg Lynn questionne également le rapport de certains des théoriciens et historiens vis à vis de cette architecture computationelle et l’usage du digital et des nouvelles technologies dans la conception et la construction. Il réévalue les conséquences sur la théorie et la pratique contemporaine de l’architecture et soulève l’impact des nouveaux medias et les évolutions technologiques sur la recherche architecturale (archeologie of digital). Plusieurs architectes ont rejoint et influencé le mouvement par la suite dont Peter Cook, membre du collectif britannique Archigram qui s’intéressèrent alors à l’architecture gonflable sans angles et aux formes obtenues grâce au moulage du plastique aux formes adoucies en référence au « soft object ». FIG (2) :EMBRYOLOGIC HOUSE , Anywhere,U.S.A A manufactured house system is based on a fixed number of double-curved panels , resting on a rolled alluminum tubes. While the number of exterior panels stays the same as the house configuration varies .

La paramétrique La conception paramétrique est une approche innovante du design numérique qui permet de générer des formes à géométrie complexe à partir de l’exploitation quantitative de données. La pensée architecturale va donc au delà de la création de formes et d’espaces pour prendre part à la coordination et l’interpretation de processus et de données complexes générateurs de géométries évolutives portées par les enjeux contextuels et conceptuels. Cela offre une surélévation de la conception formelle en définissant un spectre de possibilités, remplaçant le stable par le variable, 19


7:Production de l’ensemble des caractéristiques communes de ces déformations.

8: Marcos Novak , Transarchitectures and Hypersurfaces .

et la singularité par la multiplicité dans le processus architectural. Les paramètres donnent lieu à un nombre infini d’objets similaires, des manifestations géométriques d’un schéma articulant des dépendances dimensionnelles, relationnelles ou opérations variables. La conception paramétrique implique souvent une description algorithmique procédurale de la géométrie. Dans ses «algorithmes spectaculaires», c’est-à-dire les explorations algorithmiques de la «production tectonique»7 à l’aide du logiciel mathematica, Marcos Novak construit des « modèles mathématiques et des procédures génératives contraintes par de nombreuses variables sans rapport avec les préoccupations programmatiques … Chaque variable ou process est une « fente » dont une influence externe peut être cartographiée statiquement ou dynamiquement »8. Mark Burry démontre la possibilité de concevoir un « paramorph », une description spatiale et topologique instable de la forme avec des caractéristiques stables. Cette méthode consiste donc à la définition de paramètres variables afin d’en obtenir des itérations sérielles pour en déduire une sélection correspondante à un certain nombre de critères qui aboutissent à son optimisation.

FIG (3) :Paramorph , Mark Burry

9: Biothing , Alissa Andrassek

L’architecture du vivant «De la variation des paramètres émerge une multiplicité de réponses et le système architectural lui-même agit comme un organisme vivant. Cette recherche aboutit à une nouvelle écologie. Elle entend réduire l’écart entre l’abstraction numérique et la matérialisation de l’objet, afin de répondre de façon créative à la question cruciale du développement durable»9. 20


10:Ibid

L’exploration conceptuelle des phénomènes de la biologie définit un nouveau langage architectural représentatif des caractéristiques morphologiques et des processus biologiques de l’évolution du vivant. Le travail d’Alisa Andrasek, s’oriente vers la recherche de nouvelles formes et d’une nouvelle matérialité. D’origine croate, diplômée de l’université de Zagreb et de l’université de Columbia, elle fonde son agence Biothing en 2001. Son travail consiste à la définition et au paramétrage de séquences codées, permettant la production de formes calculées10. Ses recherches développent une architecture performante, évolutive, constituée de structures variables, presque «vivante» comme l’exprime son projet de plafond interactif Bifid, réalisé en 2005.

FIG (4) :Bifid , Alisa Andrasek , New Museum of Contemporary Art , New York 2005 Bifid: , Interactive ceiling prototype using interference patterns to generate interesting patterns for a lighted ceiling installation

La confluence des technologies et des études des phénoménologies biologiques donne naissance à un architecture hybride et évolutive. Les formes ne sont plus dessinées ou représentées mais font référence à une nature calculée, présupposé à une relation symbiotique entre nature et digital. «La mise en place d’un «script» spécifique, une séquence de code, doit permettre au tissu de se densifier en fonction de l’inclinaison. Un modèle d’interférence des ondes est introduit ensuite comme nouveau paramètre. (...) Les constellations nées de l’interférence des ondes vont constituer des cartes déterminant les intersections du matériau. Lorsque deux couches de matériau s’entrecroisent, il en résulte un nœud de bifurcation dynamique : Bifid. Le matériau choisi (polycarbonate) s’étire ou se densifie en fonction du degré d’éclairage souhaité de la structure en forme de vague. Lorsqu’on active une zone de ce matériau, l’ensemble du champ 21


11: Ibid

réagit comme une «créature» vivante, «frémissant» jusqu’à retrouver une stabilité propre»11. Cette architecture computationnelle met en place via des algorithmes les relations potentielles d’un multi-système pluri-scalaire et sa matérialité générative. Cette continuité conceptuelle connecte les multiples échelles de l’evolution du projet en s’appuyant sur le calcul informatique. Les formes sont générées, transformées et produites suivant l’algorithme mathématique défini par le concepteur. La morphogenèse numérique aux confins de la biologie définit cette approche innovante de l’architecture. L’exploration de ces différentes approches permet de définir un éventail de supports et de savoirs, conduisant à une architecture générative guidée par ces procédés et ces données . L’élaboration du projet de fin d’études vient donc s’appuyer sur les méthodologies et les connaissances qui ont orienté chacun de ces mouvements, afin de forger la directive du développement de notre architecture. L’évolution de ces approches s’enrichit via la dualité entre la pensée de l’architecte en coordination avec les nouvelles technologies, ce qui permet de donner une nouvelle valeur et une forte entité à l’architecture d’aujourd’hui dont la complexité est évolutive à travers les différentes étapes du développement du projet architectural.

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FLUIDITÉ

Dans ce contexte global fluctuant et dynamique, les flux matériels et immatériels (de marchandises, virtuels, d’hommes, de réseaux et de systèmes de communication…) se multiplient et coulent à travers les artères de nos villes, rendant notre monde complètement mobile. Dans cette tendance globale de mobilité, l’architecture qui est fixe par essence, rentre en phase avec ce flot d’évènements actuels et cherche à apporter une nouvelle réplique à ces usages naissants et configurations de nos villes. Elle fait écho à ce changement de paradigme et retranscrit l’ère du temps. En découlent ainsi, de nouvelles explorations spatiales et cognitives dans la façon de produire de nouveaux espaces-temps muables qui deviennent atmosphère, c’est à dire lumière, température et son… L’espace se transforme donc d’une entité fixe et immuable à un espace temporel et fluctuant. La dynamique du lieu et ses flux interviennent alors dans l’exercice de la conception créatrice, en faisant appel à l’imaginaire de l’architecte afin de mettre en correspondance ces substances matérielles et immatérielles du lieu. Le pli est utilisé comme geste clé dans la production de ces architectures où dans un sens premier la toiture, la façade et le sol deviennent continus et se confondent pour former une seule entité. Dans cette partie, nous allons chercher à développer le concept de fluidité en retraçant ses racines historiques, son étymologie ainsi qu’en explorant ses manifestations dans la pensée de la conception architecturale contemporaine. 12: Définition du dictionnaire Larousse

Fluidité nom féminin Fluide adj. (lat fluidus) : se dit d’un corps (liquide ou gaz) dont les molécules sont faiblement liées, et qui peut ainsi prendre la forme du vase qui le contient12. 25


13: THARAUD, Paris-Saïgon, 1932, p. 80

14: Larousse, TLFI

15: Wikipédia

Définition générale Sens premier : état, qualité de ce qui est fluide, de ce qui s’écoule régulièrement. Fluidité de l’air, des gaz, de l’eau ‘’ Je ne me souviens pas d’avoir jamais rien vu de plus enthousiasmant que ce paysage composé de ces deux éléments contraires et qui semblent pareils, la solidité du rocher et la fluidité de l’eau.’’13 Origine étymologique : Dérive de fluide (empreinte au lat. class. fluidus ‘’ qui coule ‘’) avec le suffixe -ité. Au figuré : _Souplesse, intelligence, facilité pour aborder et résoudre les difficultés. _Caractère de ce qui échappe à toute saisie, en raison de l’instabilité. Economie : situation dans laquelle l’offre et la demande s’adaptent aisément l’une à l’autre.14 ‘’La fluidité est la capacité d’un fluide à s’écouler sans résistance.’’ En physique elle renvoie donc à la mécanique des fluides qui est l’étude du comportement des fluides (liquides et gaz) et des forces internes associées. Dans ce domaine on remarque la présence d’une sous-partie la dynamique des fluides qui correspond à l’étude des mouvements de ces fluides.15 Après cette première investigation étymologique de la fluidité, nous nous attarderons plus sur l’interprétation architecturale de ce concept.

FIG (5) :MAXXI National Museum, Rome , Zaha Hadid FIG (6) : Heydar Aliyev Center , Baku , Zaha Hadid

Un nouvel éventail d’architectures aux formes fluides, avec des espaces déformés et courbés, sont apparues à la fin du siècle passé. Ces architectures qui défient la gravité et prônent la perte du repère orthogonal, introduisent 26


une nouvelle vision de l’espace où la déambulation est continue, laissant ainsi les seuils se succéder progressivement sans limite apparente, l’extériorité devient de cette manière intériorité et inversement. Souvent considérées comme futuristes, ces architectures puisent leurs racines dans des oeuvres et traditions bien plus anciennes, cette notion de fluidité se développera alors par apports successifs de différents architectes et théoriciens.

16: Gilles Deleuze, Le pli. Leibniz et le Baroque, éditions de Minuit, 1988.

Gilles Deleuze, dans son ouvrage Le pli, Leibniz et le Baroque, explique la composition de la matière à travers son plus petit élément qui serait le concept du pli sur pli à l’infini. Il explicite cette notion à travers l’image de la maison baroque. ‘’ Wolfflin a marqué un certain nombre de traits matériels du baroque (…) la constitution d’une forme tourbillonnaire qui se nourrit toujours de nouvelles turbulences et ne se termine qu’à la façon de la crinière d’un cheval ou de l’écume d’une vague; la tendance de la matière à déborder l’espace, à se concilier avec le fluide, en même temps que les eaux se répartissent elles-même en masses ‘’16.Deleuze élargit la problématique à la question de la topologie et amorce le début de la courbe de Bézier et ainsi de l’architecture paramétrique.

FIG (7) : Courbe de Bézier

La courbure étant l’élément fondamental du baroque, suggère également les notions d’objectile, d’inflexion et de monades, ces principes constituent le fondement même des nurbs, et B-spline rationnelle non uniforme dans les logiciels de modélisation tridimensionnelle. ‘’l’objet n’existe plus que que dans la variation de ses profils et renvoie à une transformation constitutive du sujet.’’ annonce Frédéric MIGAYROU dans son article les ordres du non standard.

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FIG (8) : Surface paramétrique NURBS sur Rhinocéros

17 : Anthony Elliott 2001, p. 217

Dans la poursuite de ces investigations, Claude Parent développe la théorie de la fonction oblique et se sert du pli comme outil de conception,« la fin de la verticale comme axe d’élévation, la fin de l’horizontale comme plan permanent, ceci au bénéfice de l’axe oblique et du plan incliné »17 La matière est donc continue, le plafond devient mur, puis sol et enfin mobilier. Le rapport du corps humain à l’espace évolue également, c’est désormais fondé sur le déséquilibre et l’instabilité.

FIG (9) : Claude Parent, Place Nouv.eds J.m. Vivre à l’oblique, 2004.

Dans cette lancée, le courant post moderne s’intéressera aussi à la fluidité dans l’architecture notamment les collectifs Archizoom et superstudio qui établissent les bases d’une ville nouvelle idéale continue et infinie. Des architectes comme Buckminster Fuller se passionnent pour les structures flexibles, croissantes et évolutives, dans une recherche continuelle de légèreté et de fluidité, il conçoit la Dymaxion House, dessinée par le mouvement de l’air, qui est considéré à la fois comme milieu, matériau et énergie. Très concerné par le climat, et l’air en particulier, il s’intéressera aux questions de la forme et de la substance de l’air, faisant du fluide son élément et de la fluidité son outil de conception. Il crée alors des bulles et des coques avec pour modèle la bulle de savon (dome géodisque). 28


FIG (10) : Dome géodisque de Buckminster Fuller.

18 : L’utilisation de la métaphore dans le processus de conception architecturale, Toyo Ito.

Finalement, la fluidité trouverait également racine dans la culture traditionnelle japonaise, où elle s’établit à travers le vide c’est à dire la continuité de l’espace vécu, et ce par la succession de plans entre l’espace du dedans et celui du dehors, entre l’intime et le public. A l’image de l’architecture de Toyo Ito, à la recherche incessante d’une fluidité minimaliste, ses oeuvres mélangent discrètement le dedans et le dehors, il poursuit son rêve de fluidité à la manière de tourbillons éphémères. «La ville est la matière même de la rivière. L’architecture consiste alors peut-être à créer des tourbillons, éphémères, qui n’ont de forme que par leur mouvement.»18 Il mobilise la transparence et la lumière pour construire sans fixer, des espaces sujets à une transformation perpétuelle. Le Learning Center de l’EPFL par Sanaa retranscrit également cette tendance de l’école japonaise, issue d’une tradition très ancienne, dont le maitre contemporain n’est autre que Toyo Ito.

FIG (11) :Rolex Learning Center , Lausanne , Sanaa

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Nous pouvons conclure suite à l’analyse étymologique des origines de la fluidité ainsi que par le retraçement historique de ses manifestations dans l’architecture qu’il s’agit communément d’une esthétique d’un mouvement continu et souple de la morphologie régi par la courbe et le pli. Cela se traduit également dans l’agencement des espaces et leur imbrication qui se fait de manière progressive et sans limite franche, cette transition est généralement accompagnée d’un changement progressif d’ambiances. La fluidité architecturale peut sembler être un concept flou que chaque architecte interprète à sa manière mais c’est sans nul doute un pas de plus vers une architecture mouvante et dynamique qui traduit cette tendance globale de la complexité.

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LES CHAMPS MAGNÉTIQUES : DE LA PHYSIQUE À L’ARCHITECTURE

Le programme de la maison de la création et de l’innovation requiert une structure visant à créer une nouvelle polarité sur le Campus de Grenoble, il s’agit d’un nouveau dispositif qui vise à générer une intersection entre différents champs disciplinaires et organismes déjà présents sur le campus afin de construire un champ, un espace de partage et de mutualisation des connaissances. Animées par une volonté de fluidité totale, le bâtiment à l’intersection des différents flux existants sur le campus, développera la notion d’espace public en apportant une suprastructure émergente appropriable dans son usage, ses abords, et sa toiture. Ainsi, la notion de champs magnétiques empruntée à la physique nous a interpellée, nous investiguons alors le potentiel de développement d’une forme dans une méthode de research by design grâce à cette notion. Nous étudions le comportement de champs électromagnétiques autour de points d’attraction et de répulsion, connectant les diverses conditions du programme. Dans une logique de production sérielle, nous développons plusieurs itérations. La forme générée garde alors dans sa mémoire génétique les forces d’attraction et de répulsion qui l’ont construite. Un champ magnétique est défini comme un champ de forces résultant du déplacement des charges. L’intensité du champ diminue à mesure qu’augmente la distance à sa source.

19: Définition des champs par Green facts

Les champs magnétiques se caractérisent par la donnée d’une norme, d’une direction et d’un sens, définis en tout point de l’espace, permettant de modéliser et quantifier les effets magnétiques du courant électrique ou des matériaux magnétiques comme les aimants permanents.19 La première manifestation de champ magnétique est rela33


tive au champ magnétique terrestre. Ce phénomène est engendré par les mouvements de convection du noyau externe de la terre. Ce noyau fonctionne comme une dynamo auto-excitée c’est-à-dire que le champ magnétique est à l’origine des courants électriques qui eux-mêmes engendrent le champ (imbrication de l’induction électromagnétique et de la loi de Biot et Savart). Le champ magnétique terrestre fait dévier les particules nocives du vent solaire formant ainsi les aurores boréales et australes. Le projet the Aurora Borealis Arctic Observatory, dans le cadre d’un concours visant à créer un observatoire des aurores boréales à l’extrême latitude habitée par l’homme. Le projet s’inspire du phénomène de la formation des aurores boréales pour faire émerger une architecture qui capture et enrichit l’éxpérience du lieu, alliant la forme à la fonction. Dans sa conception architecturale, le bâtiment répond au phénomène naturel, prenant conscience de l’ondulation du champ magnétique et du vent. Le choix des matériaux vise à capturer l’aurore et faire fondre l’architecture dans son contexte. FIG (12): Siivet aurora, Rovaniemi, Competition

20: Edith Blanquet, Notion de champ en Gestalt-thérapie, Page 151 à 196, 2008/1 (n° 22)

D’autres architectures se sont inspirées de la notion des champs dans une variation d’interprétation selon les projets, allant des notions physiques, phénoménologiques ou encore dans la psychologie de la perception avec la Gestalt où les champs sont définis sur une multitude de transpositions perceptives de cette notion ( les champs comme environnement, comme organisme, comme objet perceptive, comme éxpérience ….) ou le champs amène à la suppression de l’évidence et ouvre l’esprit sur une nouvelle manière perceptive en invitant à une posture d’humilité fort éloignée des concepts narcissique promouvant la rencontre 20.

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L’étude éxpérimentale de Parametric Semiology :The Design of Information - Rich Environments, de Patrick Schumacher sur la notion des champs introduit une dimension d’articulation phénoménologique et sémiologique de la notion des champs. La distinction se fait dans l’incorporation des réponses comportementales des agents cognitifs, et l’engagement communicatif des acteurs socialisés dans la conception. Faisant référence au travaux de Peter Eisenman et Charles Jencks qui s’appuyaient sur la semiosis historial de l’architecture. Le refondement de l’architecture sémiologique en analogie avec la programmation digitale met en relation les fonctions systématiques de ces comportements avec les caractéristiques architecturales. La modélisation computationnelle permet ainsi d’anticiper les dispositions et les interactions sociales qui constituent le design et la fonctionnalité des espaces conçus. Les géometries et morphologies sont par conséquent déterminées par l’ensemble de ces données comportementales afin de determiner une réponse architecturale aux systèmes sémiologiques.

21: The Autopoiesis of Architecture , Patrick Schumacher

« La théorie de l’Autopoiesis of architecture a adopté la théorie des systèmes sociaux de Niklas Luhmann comme une méta-théorie globale qui permet à l’architecture de se théoriser dans la matrice comparative de tous les autres systèmes fonctionnels importants de la société: Le système juridique, l’économie, les médias de masse et le système médical. C’est à l’aide de l’analyse de Luhmann de ces domaines sociétaux que l’appareil théorique proposé ici a été construit. La comparaison continue avec ces autres systèmes fonctionnels, en termes de leurs structures de communications (permanentes et variables), était une heuristique centrale dans les recherches qui ont conduit à l’identification de structures comparables dans le domaine de l’architecture»21. Les theories de Patrick Schumacher sont dans la continuité de la pensée qu’il a introduit dans the Autopoiesis of architecture. L’« Autopoiesis » fait reference a l’autoproduction , ce terme introduit d’abord dans les domaines de la biologie en 1970 pour décrire les caractéristiques d’organisme qui s’auto-regenèrent. L’architecte applique ce système

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dans le contexte architecturale ; en faisant référence à une architecture discursive auto-reférencielle. Le paramétrique vient donc comme outil de fabrication de cette architecture en perpétuant l’autopoesis.Le codage de ces champs de connaissances en script définissant ainsi les paramètres qui fabriquent l’architecture tout au long du process évolutif, regroupant les champs de données et d’informations en une théorie globale qui serait en mesure de comptabiliser et d’intégrer toutes les pensées: passées, présentes et futures. Considérant ainsi l’architecture comme un réseau autonome ou un champ de communication autopoetique. FIG (13): Parametric Semiology: Semio-field, differentiation of public vs. private as parametric range.

FIG (14): Parametric Semiology: Semio-field, master-plan with program distribution

FIG (15): Vienna University of Applied Arts, Masterclass Hadid, Parametric Semiology: Semio-field. Project authors: Magda Smolinska, Marius Cernica, and Monir Karimi.

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Le projet de Zaha Hadid Sofia Karo reprend le langage des champs en définissant plusieurs points dans l’espace parcellaire du projet. Chaque point porte une charge, un sens et une direction formant ainsi un champ de potentialité d’espace privé ou public. Le projet est pensé simultanément comme un seul bâtiment et comme un champ de bâtiments. Dans cette modélisation paramétrique, les logiques d’attraction et repulsion des trajectoires, tels que pour les champs magnétiques sont appliquées à la conception de ce projet. FIG (16): Sofia Karo Master plan , Zaha Hadid

Nous considérons donc les champs magnétiques comme une représentation analogique au différents flux qui constituent l’espace. Il s’agit de la traduction immatériel des composantes contextuelles et programmatiques qui déterminent la génération du projet de la maison de la création et de l’innovation. Formant un ensemble fluide et mouvant de conditions qui déterminent la formation des lignes de forces qui sculptent le paysage urbain et le projet architectural.

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ÉMERGENCE

22: Emergence from Chaos to Order, John Holland, Oxford University Press, 1998.

23: Wikipedia

‘‘ Nous sommes partout, confrontés à l’émergence dans les systèmes complexes adaptatifs - les colonies de fourmis, les réseaux de neuronnes, le système immunitaire, internet, et l’économie globale pour n’en citer que quelques unsoù le comportement du tout est beaucoup plus complexe que celui des parties ‘‘ 22 Le terme émergence nous provient de la théorie des systèmes, ce terme définit les propriétés d’un système résultant qui est supérieur à l’unique somme de ses parties, cette notion est souvent associée à la théorie de la complexité, qui étudie les comportements non linéaires et les systèmes auto-organisés. Pour clarifier cette théorie, commençons par établir ses fondements. Le terme auto-organisation fait référence à un processus dans lequel l’organisation interne d’un système, qui est habituellement hors équilibre, augmente automatiquement sans être dirigée par une source extérieure. Typiquement, les systèmes auto-organisés ont des propriétés émergentes (bien que cela ne soit pas toujours le cas).23 L’exemple le plus concret de ces systèmes auto-organisés nous provient de la physique où le terme est apparu pour la première fois. Ainsi, se manifeste l’émergence évolutive des formes vitales, quand les activités des neurones forment le cerveau, l’émergence des étoiles, la naissance des éléments et du tableau périodique, l’apparition deu système solaire et des planètes… L’univers est fait de moments d’émergence particulièrement importants dans l’histoire de l’évolution.

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Cette notion se développera par la suite grâce aux travaux de René Descartes qui a muri l’idée dans son livre intitulé Le Monde. Il affirme ainsi que les lois de la nature produisent nécessairement de l’ordre. La théorie de l’émergence, capturera ainsi le zeitgeist, et s’introduira dans de nombreux domaines dont : la physique, la biologie, les sciences sociales…

FIG (17) :coupe transversale de la tige d’Aspargus.

Leonard de Vinci, a introduit l’idée que l’architecture prendrait racine dans la nature. Les manifestations de cette pensée murissent et se développent par apports successifs à travers les courants, Gaudi et Frei Otto ont considérablement contribué à cette vision de l’architecture. Cette pensée naturaliste étudie les processus spontanés de création de formes et tente d’adopter l’entrée de la morphogenèse du vivant dans la conception architecturale. Ainsi, Michael Hensel, Achim Menges et Michael Weinstock, plus contemporains, reprennent cette pensée en formant ‘’Emergence and design group’’. En effet, leurs travaux réunissent des biologistes, des ingénieurs, des mathématiciens et divers scientifiques autour d’une approche plurielle et interdisciplinaire de l’architecture. Cette approche tente d’appliquer les principes de la morphogenèse à une logique architecturale.

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Au même titre que la théorie de la formation, de l’évolution du sol terreste et de son relief, ‘’Emergence and design group’’ tend à considérer qu’un bâtiment n’est jamais complètement détaché de son environnement, ce n’est pas un simple objet posé, il doit en effet être assimilé à un corps complexe, plein d’énergie, de matières et de vie. Michael Weinstock, Achim Menges et Michael Ulrich Hensel s’intéresseront à la façon de traduire ces mathématiques de l’émergence afin de produire des formes architecturales complexes, des designs innovants de structures évolutives, ainsi que dans la manufacture de processus et matériaux ‘’intelligents’’. Michael Weinstock dans son livre, The architecture Emergence, explore les conséquences architecturales ce paradigme, en effectuant une analyse approfondie géométries, de processus, et de systèmes qui traitent l’émergence.

of de de de

La morphogenèse en biologie et la théorie de l’évolution ont depuis longtemps inspiré la conception assistée par ordinateur (CAD), sauf qu’au lieu du code génétique, nous avons un script paramétrique. Michael Hensel, Achim Menges et Michael Weinstock appliquent les principes de l’auto-organisation aux bâtiments qui sont ainsi conçus comme des éco-systèmes à part entière, tant dans leurs aspects tectoniques que thermodynamiques. Néanmoins, ils admettent l’écart qui existe entre tout ce qui est produit par la nature et la production de la machine. Dans «Morphogenesis and the Mathematics of Emergence» Weinstock retrace les origines du concept de l’émergence et définit quelques processus mathématiques qui produisent des formes et comportements émergents, dans la nature ainsi que dans les environnements computationnels. Ces modèles mathématiques peuvent être utilisés afin de générer des designs, des formes et des structures évolutives.

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Les stratégies morphogénétiques de design qui utilisent l’émergence doivent inclure les logiques de l’auto-organisation ainsi que les logiques de la production sérielle. De ce fait, l’émergence nécessite de considérer le bâtiment non seulement comme un corps fixe, mais comme une synergie complexe générée en cohésion avec les autres bâtiments de son environnement, ou encore comme une itération d’une longue série qui procède par développement évolutionnaire vers un écosystème global intelligent. Frei Otto, grand pionnier dans ce domaine, explique dans ‘‘Frei Otto in Conversation with the Emergence and Design Group’’ le développement de la modélisation par le biais des techniques de ‘‘form finding’’. Porté par son intérêt aux systèmes et processus naturels, il développe la relation des modèles expérimentaux à la géométrie, aux mathématiques itératives et à l’irrégularité. Otto n’incite aucunement au retour à la nature, mais appelle à comprendre et à analyser les modèles qui sont présents dans la nature, leurs principes fondamentaux, leurs causes et leurs effets, afin de baser dessus la technique humaine en général et l’architecture en particulier. Il déclare donc que les bâtiments les plus intelligents ne sont pas simplement une imitation des structures naturelles, mais de véritables processus d’expérimentation orientés vers la compréhension de processus de formation autonomes. Il soutient entre autres que la nature, ne disposant que de peu de matériaux de construction, ne produit pas toujours les éléments les plus optimaux, ce n’est donc que la forme qui peut-être optimisée et non le matériau. L’émergence réfère donc dans notre cas à la production de formes et comportements par le biais de systèmes naturels dotés d’une complexité irréductible qui nécessite une approche mathématique pour sa modélisation dans un environnement computationnel. Nous pouvons conclure que l’émergence résulte d’un changement progressif de paradigme qui a débuté il y’a plus de 80 ans, un changement global qui a impacté l’industrie et le monde technologique. Un changement qui suggère un nouveau mode de penser l’architecture ainsi que la façon dont nous la produisons. L’étude de systèmes 42


émergents dans la nature et leur émulation peut sans doute produire un environnement bâti sensible et intelligent. L’émergence nous semble ainsi être la solution pour une architecture durable, consciente et responsable vis à vis des défis engendrés par la croissance démographique de nos organisations humaines.

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Du processus computationnel Ă la fabrication


Processus génératif

24: Architecture et complexité . Damien CLAEYS

Le processus de conception du projet architectural est le lieu privilégié où peut s’instaurer la complexité de l’architecture, trois postulats épistémologiques peuvent être définis24. Le premier concerne la définition de l’objet architectural, à la fois comme un objet et comme un projet, prenant conscience de sa temporalité, son lieu et l’indétermination de son élaboration. Le second porte sur les conditions de production de la connaissance architecturale, les moyens mobilisés en terme d’outils et nouvelles technologies comme appuis et les finalités ainsi que les volontés qui y sont visées. En tant que processus, le projet rassemble les conditions méthodologiques par lesquelles est produite la connaissance de l’architecture. Le troisième est relatif à ce qui rend légitime cette connaissance en regard des contingences et des fondements théoriques partagés dans le domaine de l’architecture orientés par les notions citées dans la quête de la fluidité. Le projet étant donc une pratique réelle et située, dictée autant par ce qu’elle a de général que par sa relation à ce qui est concret et spécifique. Le processus de morphogenèse mettant en corrélation la fluidité à différentes échelles et la confluence interdisciplinaire des flux et des savoirs est structuré d’abord par l’étude approfondie de la phénoménologie des champs magnétiques, qui a permis la compréhension du comportement et du fonctionnement qui les conditionnent . L’organisation de ce système autour de points d’attraction et de répulsion positionnés dans l’espace génère un pattern tridimensionnel, sculptant les premiers tracés de l’architecture. Le script utilisé confronte plusieurs points de l’espace caractérisés chacun par leur charge, une direction et un sens, l’intersection de plusieurs champs crées par des points 47


forme un pattern qui définit un champ magnétique. Dans la modélisation paramétrique, nous étudions et appliquons donc les logiques d’attraction et répulsion des trajectoires. L’utilisation des expressions algorithmiques construisant un script permettant l’expérimentation et l’appréhension de ces champs, offre des potentialités de variation et génère une série d’itérations adaptable et réactive au site. Le positionnement de ces points de force détermine la relation au contexte suivant les observations analytiques l’intégrant ainsi dans chaque essai qui compose la matrice. L’altération et la manipulation de certains paramètres, réels et contextuels, en relation avec les axes majeurs du site, les promenades existantes, les croisements et les relations de proximité, ainsi que les points de vue et les divers éléments programmatiques de la maison de la création et de l’innovation, sont utilisés en tant qu’inputs, assurant par conséquent l’appartenance des formes générées au site et le dialogue avec le contexte environnant.

CHAMP MAGNÉTIQUE EN UN POINT

POSITIONNEMENT DES POINTS

Génération de vecteurs en mimétisme aux champs magnétique

INterférence des champs et génération du pattern

La génération de cette matrice permet la compréhension des inputs et outputs du script, faisant émerger une proposition cohérente aux contraintes contextuelles et programmatiques. Le processus génératif du projet s’appuie donc sur une série de flux physiques ou immatériels qui délimitent, prolongent ou intersectent les dynamiques programmatiques ou propres au site, les convergeant au sein de la parcelle du projet. L’émergence du projet à partir de ces champs est un levier d’ancrage du projet dans son contexte et une réponse au contraintes programmatiques présentant ainsi un postulat congruent avec le processus génératif du projet.

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L’exploration des différentes qualités des formes générées suivant leurs potentialités et en relation avec une série de critères nous ont permis d’élire la géométrie la plus adaptée. Les critères définissent : - La relation au contexte : le dialogue établi entre l’architecture générée et les différentes composantes du site en termes de circulations, d’accès, d’épannelage urbain, de vues, et d’orientations. - La qualité plastique : la fluidité des lignes, l’équilibre des volumes, l’harmonie globale de la composition et des proportions, le design paramétrique ne fonctionne donc pas seulement comme une méthode générative mais permet en sus des géométries complexes en assurant un contrôle maximum tout au long du process. - Le potentiel de fabrication : la faisabilité de la forme en tenant compte des contraintes constructives et techniques, en allant du prototypage jusqu’à la réalisation du bâtiment. - La spatialité : La qualité architecturale des espaces crées en terme de dynamique, de hauteurs, de luminosité, de qualités sensibles et de confort. - L’adaptabilité : l’adaptabilité aux exigences programmatiques prédéfinies. - La surface utilisable : surface exploitable en lien avec les différentes entités du programme. La production du projet architectural et le travail de la mise en forme du processus de morphogenèse fluide et continu, décrit antérieurement, intègre les différentes échelles de la conception; du paysage à l’architecture afin d’amener et d’engager le dialogue entre les multiples strates évolutives de la conception du projet de la maison de la création et de l’innovation . Créant donc un fil conducteur entre les étapes du développement du projet qui garde tout au long du process les lignes qui l’ont construites dans sa mémoire génétique.

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ALGORITHME

us

ise à faire émerntersection des s sur le campus, d’espace public astructure émerans son usage et sa toiture en

Points 0.25 1

POINT Charge DECAY bounds

0.03

POINT Field CHARGE

0.2 0.01

PLANE STRENGHT RADIUS DECAY Bounds

Plane Radius

0.5 SPIN FORCE

C

Field

onté de fluidité ons et compléet promenades re bâtiment qui avec le contexte point

magnétiques ue nous a inguons alors le ement d’une de de ree à la notion es. Nous étut de champs utour de points lsion, connections du progique de prodéveloppons forme générée emoire généction et de reuite.

te vectors s to mimic etic fields

surface

surface 40

point

45 toggle true -3.4

surface Point closest uv point point distance

surface Point divide u Count normals surface parameters V count

points array point attractor twirl field visualize field twirl force

twirl

point curve

curve point closest tangent point distance

gate

unit y

B plane vertices degree periodic knotstyle

curve

interpolate curve

weave new point array

point

36 toggle true 4

lenght domain

points array point attractor twirl field visualize field twirl force

Angle

A

angle

0 1

stream filter Strea

reflex

curve

point evaluate tangent curve angle parameter

twirl

weave new point array

point

40 toggle true 3

points array point attractor twirl field visualize field twirl force

Allow fields to influence each other and generate the pattern

50

weave new

twirl point arr


LES POINTS

Circle

Curve

20

Count Kinks

divide curve

Points Field

tangents parameters

source target

am

remap numbers

mapped

unit Z

Clipped

vector amplitude

MOVE

bounds domain 12

A B

Multiplication

POINT

GEOMETRY Transform

U COUNT INTERPOLATE

SURFACE FROM SURFACE POINTS

A B

Field line

Le script utilisé points de l’espace par leur charge, sens, l’intersection crées par des poi qui définit un cham

Curve

Dans la modélis nous étudions et logiques d’attract trajectoires.Tout c en utilisant des e miques pour con permet à la struct table et réactive a

Curve BREP

PROJECT

DIRECTION

3 40

Amplitude vector 1

numbers

FIELD POINT STEPS ACCURACY METHOD

Field

5000

GEOMETRY MOTION value

Merge fields

Curve Degree Count tangents

rebuild Curve curve

Des observations du contexte ont début dans chaqu pose la matrice. permet de comp les outputs désiré proposition cohé est un outil vital p différentes qualité rée. L’altération e certains paramètr tuels, sont utilisés qui permet à la fo nir à son site et d contexte environn

ADDITION RESULTS

RESULTS

w ray

51


DE LA LIGNE DE FORCE À LA LIGNE DE LUMIÈRE

La lumière occupe un rôle prépondérant dans le processus de morphogenèse, puisqu’elle constitue un matériau à part entière, elle révèle les espaces et renforce leur expérience. Notre réflexion dans ce cadre vise à mettre en oeuvre la lumière de manière sensible et poétique afin de créer une ‘’lumière émotion’’ qui selon sa nature (diecte, zénithale, réfléchie, chaude, claire, solide…) fait varier l’expérience du lieu. Une réflexion sur la manière d’amener la lumière est menée en parallèle avec le processus morphogénétique. Le jeu contrastant d’ombres et de lumière, la réflexion de la nature ambiante à l’intérieur de l’édifice, et la gradation d’ambiances accompagnée d’un apport lumineux qui varie selon les exigences programmatiques sont des points fondamentaux dans notre conception. La lumière est considérée comme facteur immatériel intrinsèque au site, le dégagement autour du bâtiment permet une grande liberté dans le travail de la lumière qu’on essaiera d’optimiser afin d’assurer le confort de l’usager de la maison de la création et de l’innovation ainsi que pour donner un rendement énergétique plus efficace. La matérialité choisie pour la maison de la création qui est le béton, gage de continuité et de fluidité, permet également de mettre en scène la lumière grâce à sa capacité à refléter et dynamiser cette dernière. La lumière interagit avec les murs courbes de béton lisse qui semblent irradier une lumière interne et ce par simple réflexion, les arrêtes de ces murs découpent la lumière faisant de cette dernière un matériau à part entière.

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Cette lumière souligne de manière subtile tout les mouvements de courbures, d’inflexion et de bifurcation des murs. Elle accompagne cette danse, et l’orchestre en créant différentes situations quand elle rencontre une courbe. La lumière nous permet également de créer ou effacer des limites, au delà de celles matérialisées par les parois. Elle sert notre logique de continuité et établit des différenciations subtiles entre les espaces. Dans une démarche processuelle plus scientifique afin de répondre aux besoins en lumière de l’édifice, nous étudions l’irradiation solaire du bâtiment, c’est à dire la quantité d’énergie solaire reçue par la morphologie du bâtiment afin de déterminer les stratégies d’apport lumineux en définissant les endroits caractéristiques de la géométrie qui nécéssitent un traitement particulier en raison de leur grande ou faible exposition solaire.

KWH/M2

485,88 437,26 388,82 340,09 291,51 242,09 194,37 145,75 97,27 46,68 < 0,0

RADIATION ANALYSIS

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Les caractéristiques inhérentes à la forme, ses plis et ses nervures font que la lumière doit être traitée différemment à chaque fois, nous remarquons suite à l’analyse de l’irradiation solaire sur une période donnée que les crêtes reçoivent le plus de soleil tandis que les creux sont à l’ombre. Il est donc judicieux de contrôler l’apport solaire par les crêtes et maximiser les ouvertures dans les creux, deux stratégies sont alors adoptées : celle des perforations régulées par un script pour les crêtes et celle des lignes plus conséquentes qui suivent les isoparamétriques de la géométrie au niveau des creux. On assure ainsi la quantité de lumière adéquate pour chaque espace en limitant le risque d’éblouissement ou de surchauffe au sein du bâtiment. Pour générer les perforations, nous nous basons sur un script qui détermine la quantité et la taille de ces dernières grâce à l’analyse d’irradiation solaire pour proposer le résultat optimum en termes d’apport lumineux. Plusieurs itérations ont été effectuées afin de définir la solution la plus juste en terme d’ambiances générées et d’esthétique formelle adaptée à l’écriture architecturale du bâtiment, en adéquation avec les spécificités programmatiques (lumière diffuse ou directe). La coupe sensible d’ambiances lumineuses, traitée en négatif pour mettre en exergue la lumière montre la façon dont nous avons mobilisé les nervures et profité de ces potentialités morphologiques pour générer des ambiances variées et riches à l’intérieur du bâtiment. En articulant ces enjeux programmatiques et d’ambiances, l’amphithéâtre est un bel espace concave propice à la propagation du son, il dispose d’une lumière diffuse par le biais des perforations . L’atelier sensoriel est quant à lui un espace atypique qui profite d’une lumière diffuse, la salle de travaux à titre d’exemple requiert une lumière indirecte générée grâce au pli.. La gradation d’ambiances lumineuses offre une expérience variée et magnifie les espaces dans leur perception selon le moment de la journée; la perception de l’espace et des objets est modifiée avec l’intensité lumineuse. 57


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FABRICATION DIGITALE

25: La matérialité numérique : une illustration, Philippe Marinn , Philippe Liveneau, Yann Bianchi

26: Whitelaw, Mitchell, Metacreation: Art and Artificial Life

L’outil numérique assure un continuum computationnel dans la pensée architecturale, allant du processus de conception à la fabrication en passant par les caractéristiques programmatiques et esthétiques du projet. L’avènement de ces nouvelles technologies libère la pensée architecturale en offrant un espace de travail, en partie virtuel, porteur de potentialités expérimentales. Cette complexité des dimensions inhérentes à l’esthétique du projet est retranscrite à travers sa matérialité numérique qui ancre le projet dans une logique processuelle25 et renvoit à une démarche de genèse algorithmique. L’hybridation des outils de modélisation ( rhino, grasshoper …), la fabrication digitale du prototypage fait émerger de nouvelles modalités de conception architecturale, alternant l’espace virtuel et la réalité du geste. Ces dispositions numériques imposent l’articulation d’une pensée intuitive émergente et d’une pensée de logique qui modifie la notion de créativité et prend place par la réflexion du concepteur. (Whitelaw, 2006). La forme architecturale est généré par le biais d’un processus de morphogénèse, elle n’est plus statique, définitive, solidifiée, mais mouvante et évolutive. Nous developpons ainsi un processus génératif d’expérimentation à travers l’outil numérique, nous étudions les potentialités créatrices de diverses géométries et nous examinons les itérations obtenues. La fluidité et la complexité caractérisant l’émergence de ce projet architectural implique une production numérisée des éléments constituants de cette architecture à différentes échelles.

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La fabrication physique du projet dans le cadre du prototypage des composantes architecturales du projet ( la morphologie, la spatialité, les perforations lumineuses de la matière, la structure,…) a nécessité le recours aux outils à disposition dans le cadre du Research by Design Lab ( Digital RDL ) dont les imprimantes tridimensionnelles qui permettent l’étude physique des géométries complexes générées ( fig photo des imp), de leur composition morphologique en terme d’expérience esthétique, de fluidité des lignes et d’équilibre des volumes . La mobilisation de la CNC, Computer numerical control, ( Machine-outil à Commande Numérique) pour la fabrication du coffrage non standard de la morphologie complexe, nécessite un codage effectué sur RhinoCAM, mettant en relation le travail conceptuel numérique et le geste manuel apodictique pour la confection de cette maquette. L’intégration de la pratique numérique et la modulation de la matière illustre la recomposition du processus conceptuel du projet alliant une logique collaborative de donnée numérique et de notre pensée propre. La forme issue des mécanismes génératifs virtuels se matérialise en objet physique manifestant une matérialité et une occupation palpable de l’espace réel. Les machines de fabrication numérique ont rendu constructibles les formes initialement inscrites dans une virtualisation de « l’artefact ». La fabrication réelle de l’objet rend compte des problématiques liées à sa construction, sa résolution et sa matérialisation dans l’espace. Les modalités d’assemblage et de fabrication deviennent des composantes du projet et sont prises en compte en amont dans les phases du processus de conception. Ces dispositions viennent apporter des modifications sur l’architecture dans son épaisseur, sa courbure, et sa configuration. Lors du prototypage le redimensionnement a été une étape impérative pour la confection de la maquette physique, ainsi que la résolution des courbures inversées pour la fabrication du coffrage qui a été usiné en deux parties compte tenu des dimensions de la machine. Suite à cela 64


nous avons effectué des finitions de jonctions et de lissage des surfaces avant l’utilisation du moule. L’expressivité des interactions avec le réel instrumentées par les dispositifs numériques transforme la perception de l’espace et du temps modifiés par l’usage des nouvelles technologies. L’expérience physique se voit déterminée par le traitement de données immatérielles qui la fabriquent. La matérialision de l’action et du geste complète le mécanisme digital et virtuel associant ainsi l’activité cognitive mentale et physique à l’espace computationnel.

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UNE ARCHITECTURE ÉMERGENTE À LA CONFLUENCE DES FLUX


LE CAMPUS , PAYSAGE SUPPORT DU PROJET

Le projet de la maison de la création et de l’innovation s’inscrit dans le cadre de la restructuration d’un grand axe urbain et piéton au niveau de l’avenue centrale sur le Campus de Grenoble. Un campus en périphérie de la ville, à la jonction de trois communes; Gières, Saint-Martin d’hères et Grenoble. Le campus est un véritable espace urbain et paysager qui s’étend sur plus de 180 hectares. (fig h) 27: Principe de la place centrale , des axes principaux , zones végetalisées ... fig 18 : situation du campus universitaire

Établi en 1960, le campus s’insère dans le paysage de l’agglomération Grenobloise, en s’appuyant dans sa conception sur le principe du «campus village»27 avec ses élements structurants. campus universitaire

Meylan

gieres Grenoble

saint-martin d’heres

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Le campus se matérialise comme un parc, arboré et ponctué de diverses oeuvres d’art, dans lequel les universités se sont installées, avec des circulations libres alternant des zones fortement boisées et de grandes « prairies ». Le campus offre de multiples potentialités culturelles et inscrit son action profitable à la vie de la région. Permettant ainsi le partage des savoirs et une ouverture culturelle à tous, ayant pour objectif la favorisation de la réflexion et de la concertation des acteurs culturels et universitaires, et la valorisation du patrimoine architectural et artistique des sites universitaires. Étudier, habiter, circuler, se détendre, ces principes de la vie quotidienne sont intégrés dans la conception urbaine du campus. La composition d’une « ville autonome », favorisant les circulations douces et les courtes distances , organise les flux internes du campus. Avec des aménagements mis à la disposition des piétons et des cyclistes comme enjeux majeurs de l’organisation urbaine, valorisant l’alternative à l’automobile avec des moyens de transport moins énergivores et moins polluants. Cette hiérarchie organisée est confronté aux circulations déterminées par les usagers qui, selon un sondage (fig i), viennent introduire une liberté de déplacement sur le site, mettant en avant leurs propres trajectoires et une organisation indépendante de celle préconçue par les urbanistes. Il s’agit d’une appropriation de l’espace urbain poussée par la notion de promenade comme dans unfluxparc. l déplacements des étudiants fig 19 : représentation d’un sondage effectué* auprès d’une centaine d’étudiants du campus sur modes de déplacements et les trajets effectués quotidiennement.

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La vision architecturale du campus s’enracine dans l’héritage des grandes figures du modernisme. L’influence du Corbusier est présente avec les immeubles sur pilotis, les toits terrasse, les loggias… La matérialité ainsi que la linéarité des volumes, les traversées et les portiques qui connectent les divers bâtiments font référence au Bauhaus de Dessau de Walter Gropius. La maison de l’innovation et de la création instaure un nouveau langage architectural, un dialogue entre la fluidité et le massif, une opposition à l’architecture moderniste et orthonormée qui regne dans le campus. Manifestant ainsi l’étonnement des usagers, et définissant un nouveau repère sur l’axe de l’avenue centrale en créant une expérience inédite tant par son architecture que par sa fonction. Il s’agit d’un bâtiment à la confluence des flux existants sur le site, érigeant une nouvelle polarité à l’intersection des différents champs de savoirs afin de construire un espace de partage et de mutualisation des connaissances. La fluidité du bâtiment émerge en harmonie avec son contexte, naissant du prolongement des circulations et faisant continuité avec les promenades environnantes. Le paysage vient assoir le projet et brouille les relations contrastées de proximité, requalifiant ainsi les seuils et les espaces. L’architecture se mèle au paysage pour créer un seul élément. Le projet émerge progressivement du sol, avec ses rampes qui s’elevent pour atteindre les hauteurs de l’épannelage urbain et dessiner ainsi l’édifice. Il s’agit d’une architecture paysage, appropriable dans son usage, ses abords et sa toiture praticable. Cette ascension introduit une nouvelle perception de l’environnement autour, que cae soit le paysage proche ou lointain, la promenade définit diverses perspectives et enrichit l’expérience du site.

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c.e.r.m.o

iram

rue de la physique

labo interdisciplinaire de physique observatoire terre univers environnement

le blanche

rue de la houil

intermezzo

le

avenue centra

ctures

résidence les no de fauré iel fauré

résidence gabr resto universitaire barnave


gypsa lab

halle ampere

arret de tram Gabriel FaurĂŠ

UniversitĂŠ grenoble alpes iae

dĂŠpartement licence ies sciences et technolog


MORPHOGENÈSE

« Dans cette perspective inclusive, la morphogenèse numérique en architecture porte une grande partie analogue ou une relation métaphorique avec les processus de morphogenèse dans la nature, partager avec elle la dépendance à l’égard du développement progressif mais n’adopte pas ni ne réfère nécessairement aux mécanismes actuel de croissance ou d’adaptation. De récents discours ont lié la morphogenèse numérique en architecture à un nombre de concepts tel que l’émergence, l’auto-organisation et la recherche de forme » — Stanislav Roudavski, Towards Morphogenesis in Architecture. La morphogenèse définit alors l’ensemble des lois qui régissent le développement des formes. genèse de la forme, issue des sciences naturelles, où elle s’applique à la croissance des organismes, la notion est également utilisée en architecture. Du point de vue architectural, Greg Lynn a donné une interprétation intéressante de ce concept en écrivant ‘’ l’espace de la conception est imaginé comme un environnement de force et mouvement et non pas comme un vide neutre’’ Il est nécessaire avant d’aborder la morphogenèse du projet en tant que tel, de parler des prémices du développement de notre pensée, et notamment du travail de Greg Lynn sur la forme animée qui s’inspire beaucoup de Thompson D’Arcy dans son ouvrage ‘’ On Growth and Form’’ (1917), dans lequel Thompson affirme que les formes dans la nature et les changements de forme sont dus à ‘’l’action des forces’’. Avec sa recherche sur l’utilisation de la dynamique du mouvement pour générer une forme architecturale, Lynn a démontré de façon convaincante que : ‘’La forme physique, d’après D’arcy Thompson, est la résolution à un instant de temps de nombreuses forces qui sont régies par 79


des taux de changement. Dans le contexte urbain, la complexité de ces forces dépasse souvent la compréhension humaine. Une machine, quant à elle, pourrait générer des formes qui répondent à beaucoup de dynamiques non gérables… présentant des alternatives et possibilités de forme non imaginées par l’homme’’ Lynn ajoute que traditionnellement, dans l’architecture, l’espace abstrait du design est conçu comme un espace neutre idéal de cordonnées cartésiennes, mais que dans d’autres domaines, l’espace de conception est conçu comme un environnement regorgeant de forces et de dynamiques. Il affirme que la forme physique peut être définie en termes de coordonnées statiques, néanmoins la force virtuelle de l’environnement dans lequel elle est conçue contribue également à cette forme, faisant ainsi des forces présentes dans le contexte une donnée de fabrication nécessaire de la forme. Il annonce alors un changement de paradigme et le passage d’un espace passif de coordonnées statiques à un espace actif d’interactions et de spécificité contextuelle. Ce changement de paradigme vient avec une utilisation nouvelle des outils numériques qui étaient jusqu’alors des outils de rendu, de visualisation et d’imagerie, et qui deviennent ainsi de véritables outils de conception. Dans cette optique de répondre à la spécificité contextuelle du site donné, et suite au processus de morphogenèse, comme expliqué dans la partie ‘‘processus génératif’’ p.46, nous avons procédé à la sélection de cette géométrie par rapport à son potentiel général d’adaptation au site en termes de surface exploitable, relation au contexte, qualité plastique, spatialité, adaptabilité et potentiel de fabrication. Par la suite, nous avons procédé à des ajustements afin de mieux ancrer le bâtiment dans son site. Un travail sur la mise à l’échelle, le proportionnent de l’architecture, la définition des accès et la résolution des problèmes d’exploitation des espaces ainsi que l’optimisation de la géométrie de manière à s’adapter aux contraintes de la fabrication. Cette géométrie retenue émane d’une longue série d’itérations qui procède par développement évolutif d’une géométrie initiale, façonnée par les forces intrinsèques au 80


contexte et notre volonté propre. Cette architecture sera dans un deuxième temps optimisée, afin de mieux l’ancrer dans le site, le projet émerge alors en continuité avec l’environnant; le sol se plisse, s’étend, converge, diverge ou se soulève pour venir envahir ou recouvrir l’architecture qui se fond avec ce dernier afin de donner à voir et à pratiquer un paysage fluide et continu. Les autres paramètres qui génèrent l’aménagement paysager, au delà de cette volonté de fluidité, sont les flux de mobilité, les promenades existantes, et le parcours de la trame verte. Cette partie du campus, ayant été pendant longtemps délaissée à cause de son éloignement des centres névralgiques (bibliothèques, restaurants universitaires…) était jusqu’alors sans attrait considérable pour les flux, c’était un lieu secondaire de passage et de transition vers les organismes situés autour. Le programme de la maison de la création et de l’innovation s’inscrit dans le cadre d’une volonté de redynamisation de cette zone par la création d’une nouvelle polarité afin d’attirer les flux par le biais de la maison de la création et de l’innovation ainsi que du nouveau restaurant universitaire avoisinant ‘‘L’intermezzo’’. Faisant réplique à ce plan stratégique, la maison de la création et de l’innovation est conçue comme l’expression architectonique d’une expérience dynamique et fluide dans le but d’amener les passants vers cette architecture. C’est un bâtiment mouvant qui est intrinsèquement connecté à l’identité du campus et qui en plus souligne cette identité grâce a sa présence symbolique. Les promenades existantes sont alors prolongées grâce au bâtiment, les flux venant de l’arrêt du tram à proximité (Gabriel Fauré) sont subtilement amenés vers la maison de la création et de l’innovation grâce à la promenade instaurée sur le bâtiment ainsi que l’enroulement de la matière qui guide, dirige et accueille le visiteur.

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Un axe central au sein du bâtiment vient appuyer la traversée et lier l’avenue centrale à la voie du tramway ainsi que les résidences universitaires aux organismes présents de l’autre coté de la parcelle (Labo interdisciplinaire de physique, UFR Phitem…). Cette intériorité traduit la pensée développée au niveau du plan et la transpose à la coupe qui exprime la qualité de la matière qui se plie en formant des nervures ce qui génère des moments particuliers de l’architecture qui peuvent être exploités au profit du programme grâce au potentiel que ces espaces présentent pour le travail des ambiances, les nouvelles relations qu’ils établissent au corps en lui offrant de nouvelles expériences. Ceci génère au niveau de l’espace architectural et de l’espace urbain des jeux perspectifs et perceptifs qui établissent une tension permanente entre le flux et le lieu en introduisant de nouvelles manières d’investir l’espace et en générant ainsi de nouvelles expériences sociales.

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+6m

+5m

+4m

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+12 m

+11m

+10 m

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l’EXPéRIENCE DE LA CONTINUITÉ

L’interdépendance de la morphogenèse de la géométrie et des contraintes programmatiques prédéfinies par la maison de la création et de l’innovation a nécessité un travail analytique des composantes fonctionnelles de l’édifice. La représentation schématique des éléments du programme regroupe deux entités institutionnelles; le bâtiment culture et le bâtiment création. À travers l’étude diagrammatique du détail du programme, nous considérons les intersections autour d’un axe central, nous qualifions ainsi les espaces et mettons en relation les entités mutualisables. La distribution se fait de manière rayonnante en regroupant les éléments programmatiques selon l’entité à laquelle ils appartiennent et en fonction des besoins relationnels qui les rattachent. À l’instar de l’espace détente, des locaux multi-associatifs et de la cafétéria qui s’ouvre sur l’agora, et dont la fluidité de la circulation témoigne de la connexité programmatique. Dans l’idée de maximiser le partage et la mutualisation, les espaces sont conçus communicants et ouverts. L’amplification des moments de la géométrie avec les nervures et les décollements assure la gradation de l’intimité selon les besoins du programme. Les espaces s’articulent et forment un seul corps mouvant et dynamique. La morphologie est investie au service du programme, en multipliant les accès qui se dessinent à travers l’enroulement de la matière et qui qualifient la nature de chaque transition. Le travail sur le paysage multiplie la succession des seuils en continuité avec le langage de fluidité qui mêle le paysage à l’architecture, au programme et aux circulations.

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Batiment innovation - Creation

Création 1920 m2

Innovacs (umpf) 1100 m2

Batiment culture 1405 m2

Création-craft 425 m2

LA MAISON DE LA CRÉATION ET DE L’INNOVATION

administration

ENSEIGNEMENT

Salles de conférence Seminaire bUREAUX RECHERCHE SALLES DE COURS sALLE INFORMATIQUE

LOGEMENTS

administration

bureaux salle de reunion Archives locaux

experimentation

STUDIOS MULTIFONCTION ATELIER DE PRATIQUE SENSORIELLE PLATEAUX DE RECHERCHE LABORATOIRE mini-studio numerique atelier de production

experimentation

ESPACES communs

ACCEUIL CAFÉTERIA AMPHI DOCUMENTATION

acceuil ( reservé) bureaux information salle de reunion

BUREAUX DE RECHERCHE ATELIER DE SCENOGRAPHIE BUREAUX ENCADREMENT LOCAUX

VIE ÉTUDIANTE

ENSEIGNEMENT

LOGEMENTS

SALLE DE COURS SALLE DE REPETITION PLATEAU DE RECHERCHE

LOCAUX ASSOCIATIFS ESPACE DETENTE

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Des transitions ininterrompues et fluides se font subtilement entre les espaces intérieurs et extérieurs et au sein même de l’édifice. Les circulations verticales prolongent les promenades extérieures à l’intérieur du bâtiment et amènent les flux environnants vers les flux endogènes. Les entités programmatiques nécessitant des dispositifs particuliers, en raison des nuisances émises lors de leurs fonctionnement, tel que l’atelier de pratiques sensorielles avec les studios de travail de la voix, la musique... sont situés au niveau supérieur du bâtiment afin de limiter toute incongruence au reste du programme. La disposition architectonique des éléments du programme suggère des circulations pluri-directionnnelles, ouvrant les espaces les uns aux autres, multipliant ainsi les opportunités d’interaction et valorisant un dialogue interdisciplinaire continu entre les usagers. La mobilisation des potentialités de la morphologie pour générer diverses ambiances à l’intérieur de l’architecture en concordance avec les nécessités programmatiques apparie l’enveloppe aux espaces intérieurs. Le bâtiment est imaginé comme une surface fluide et continue qui émerge du sol et recouvre le programme. Ces dynamiques fluides du plan s’élèvent dans l’espace en considérant les champs initiaux générateurs de la morphologie architecturale et urbaine, formant ainsi la spatialitésinterne du projet. La maison de la création et de l’innovation est donc l’expression d’un champ graduel d’espaces continuellement connectés à travers l’analogie perpétuelle entre le paysage, l’architecture et l’intérieur de l’édifice. L’extrapolation des champs s’exprime plastiquement par la continuité de la géométrie, des surfaces, des nervures qui se plient et se déplient formant l’harmonie globale de l’architecture en y intégrant l’ensemble des conditions programmatiques, d’usage, d’ambiances et de réalité constructive.

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RELATIONS PROGRAMMATIQUES CIRCULATIONS VERTICALES ACCES

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La fluidité se matérialise également dans l’organisation des espaces et leur imbrication qui se fait de manière progressive et sans limite franche, conduit par un changement d’ambiances progressif, mobilisant ainsi la transparence et la lumière qui perce, soulève ou suit la matière en concordance avec les besoins lumineux du programme, générant ainsi des atmosphères riches et diverses de l’espace vécu. La géométrie se transforme ingénieusement en dessinant des qualités spatiales et en définissant des ambiances incombée aux hétéroclites éléments programmatiques.

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CONCLUSION

Flowing Linkages interroge la connectivité des différents champs de connaissance et de savoirs sur le campus de Grenoble. L’investigation du positionnement d’un bâtiment culturel de cette ampleur sur le territoire grenoblois au regard du numérique a orienté le travail de conception vers la notion des champs magnétiques. Celle-ci revitalise, restructure et remet en scène la mémoire des lignes qui l’ont construites. La transposition de cette notion héritée à la physique enrichit la pensée architecturale et donne de nouvelles opportunités au méthode de la conception. Cette implication interdisciplinaire représente le projet de la maison de la création et l’innovation tant dans sa morphologie que dans son rôle sur le site. L’expérimentation morphogénétique et la composition fluide et continue du bâtiment est une entrée projectuelle complexe. Il a donc fallu se focaliser tout d’abord sur la compréhension des méthodologies de conception numérique ainsi que l’étude des comportements des champs magnétiques comme élément physique organisé par les points de forces définis sur le site. La maitrise et l’utilisation des outils de calcul et d’expérimentation computationnels ont permis un développement concret des dispositifs immatériels du projet ( champs, lumière, ….) Le travail par la suite sur les apports lumineux à l’intérieure d’une géométrie complexe et continue oblige à appréhender la relation entre la morphologie spatialisante et la matière lumineuse comme vecteur d’ambiances et d’éclairement. Les dispositifs lumineux (décollements de la facade, perforations et lignes de lumière) conduisent la lumière mais également les usagers. Les affordances et potentialités lumineuses ponctuent le parcours dans le bâtiment et 95


guident l’usager dans ses promenades et déambulations. La démarche adoptée dans la conception du projet met en situation l’expérimentation à travers la mobilisation des outils numériques. Nous avons questionné les limites de ces derniers, les potentialités et les contraintes qui résultent de ces méthodes de conception. Nous avons constaté l’implication d’une part de subjectivité qui rentre dans la procédure mais qui laisse libre court à l’inspiration et à l’expression personnelle. Il s’agit donc d’une réflexion interconnectée et ininterrompue entre les calculs algorithmiques et la pensée du concepteur. Cette approche expérimentale de l’architecture nous a permis dans le cadre de projet de fin d’études d’élaborer un projet architectural qui requestionne les méthodologies de conception via la corrélation entre le digital, l’espace de travail virtuel et notre pensée propre.

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ICONOGRAPHIE

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Fig (12): http://www.formakers.eu/project-769-jensenliu-aurora-borealis-arctic-observatory-the-wingsof-the-daw Fig (13) : Patrick Schumacher , The Autopoeisis of Archte chiture: A New Framwork For Architecture , John Wiley and Sons, 2011 Fig (14): Ibid Fig (15): Ibid Fig (16): http://designlike.com/tag/zaha-hadid-sofia-ka ro-multifunctional-masterplan/ Fig (17): https://fr.scribd.com/document/7427076/Emer gence-in-Architecture Fig (18-35) : Dessin personnel


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abstract

Ce document décrit le processus de développement du PFE Flowing Linkages, les problématiques qu’il soulève, la base théorique qu’il invoque et l’entrée que nous adoptons pour articuler la pensée projectuelle pure, aux enjeux politiques et sociétales à l’ère du numérique. Les flux et les dynamiques propres au lieu façonnent l’architecture grâce à la notion de champs magnétiques, qui invoquent des principes comme l’émergence et la fluidité. La forme générée, suite à une production sérielle paramétrique, garde dans sa mémoire génétique les forces d’attraction et de répulsion qui l’ont construites. Un bâtiment émerge alors à l’intersection des flux, en offrant une suprastructure appropriable dans son usage intérieur, ses abords, et sa toiture accessible.

This paper describes the development process of the project Flowing Linkages, the issues it raises, the theoretical basis it invokes and the input we adopt to articulate pure projectual thinking, to the cultural, political and societal challenges in the era of digital. The flow and the dynamics of the urban environment shape the architecture using the notion of magnetic fields, which invokes principles such as emergence and fluidity. The generated form, following a serial parametric production, keeps in its genetic memory the forces of attraction and repulsion that built it. Thus, the architecture emerges at the intersection of flows, offering a suprastructure appropriable in its interior use, its surroundings, and its accessible roof.

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Flowing Linkages - Mémoire PFE - Digital RDL- ENSAG  
Flowing Linkages - Mémoire PFE - Digital RDL- ENSAG  
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